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Full text of "Le Naturaliste"

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LE  NATURALISTE 


REVUE    ILLUSTREE 


DES    SCIENCES    NATURELLES 


AYFX  LA  COLLABORATION  DE  MM. 


ALLARD,  membre  de  la  Société  eotomologique  de  France. 

AiVCEY,  membre  de  la  Société  malacologiquo  de  France. 

AUSTAUT,  membre  de  la  Société  entomologiqne  de  France. 

BATAILLON,  préparateur  à  la  Faculté  des  sciences  de  Lyon. 

BOCOUUT,  cx-conservateur  des  galeries  de  zoologie  du  Muséum  do  Pans. 

BOIS,  assistaut  do  Culture  au  Muséum  d'histoire  naturelle  de  Paris. 

BONNET  (D'),  attaché  au  hiboratoirc  de  Botanique  du  Muséum  de  Paris. 

BONNIER  (Gaston),  professeur  à  la  Sorbonno. 

BOULE,  assistaut  do  Géologie  au  Muséum  do  Paris. 

BOUVIER,  professeur  au  Muséuui  do  Paris. 

BRONGNIART  ^Ch.),  assistant  .au  Muséum  d'histoiro  naturelle  de  Paris. 

CIIAUVEAUD,  agrégé  de  l'Université. 

CHRÉTIEN,  membre  de  la  Société  entnuinlogique  do  Franco. 

COLOMB,  préparateur  de  Botanique  à  la  Sorbonno. 

COSMOVICI  (D'),  de  Jassy. 

COSTANTIN,  maitre  de  conféreucos  à  l'Ecole  normale  supérieure. 

COUPIN,  préparateur  à  la  Sorbonno. 

CUÉNOT,  docteur  es  sciences,  charge  de  cours  à  la  Faculté  des  sciences  de  Nancy 

D.AGUILLON,  maître  do  conférences  à  la  faculté  dos  sciences  do  Paris 

DANGEARD,  maitro  de  Conférences  à  la  Faculté  de  Poitiers. 

DECAUX,  membre  de  la  .Société  entomologique  de  France. 

DENIKER,  bibliothécaire  du  Muséum  de  Paris. 

DUFOUR,  docteur  es  sciences. 

FABRE-DOMERGUE,  directeur  du  laboratoire  de  Conoarneau. 

FOLIN  (Marquis    de),  membre    de    la   mission   scientifique  du    Traimillmy    et   du 

Talimiftn. 
GADEAU  DE  KERVILLE,  membre  do  la  Société  zoologiquo  de  France. 
GAUBERT,  préparateur  au  Muséum. 
GIARD,  chargé  de  cours  à  la  Sorbonno. 

GIROD  (D'  Paul),  professeur  à  la  Faculté  des  sciences  de  Clermont-Ferrand. 
GLANGEACD,  attaché  au  Collège  de  France. 
GOUX,  du  Muséum  d'histoire  naturelle  de  Paris. 
GRANGER  (A.),  membre  de  la  Société  linnéenne  do  Bordeaux. 
GRUVEL,  chef  de  travaus  à  la  Faculté  dos  sciences  de   Buideaux. 
HARIOT,  attaché  au  Muséum  d'histoiro  naturelle  de  Paris. 
HECKEL  (D'  Ed.),  professeur  à  la  Faculté  des  scieuees  de  Marseille. 
UOULBERT,  Docteur  es  sciences. 
JACOB,  membre  de  la  Société  de  photographie. 


JOUSSEAUME  (D^),  ex-président  do  la  Société  zoologique  do  Franco. 
KtEIILER  (D'),  professeur  à  la  Faculté  dos  sciences  do  Lyon. 
LAIIILLE,  docteur  es  sciences. 

Iv.VT.VSTE  (F.),  s. -directeur  du  musée  do  Santiago  (Chili). 
LECO.MTE  (IL),  agrégé  de  l'Université. 

LÉVEILLÉ  (H.),  ox-professeur  au  collège  colonial  de  Pondichéry. 
M.VGAUI)  IV.VITBUSSON,  membre  de  la  Société  zoologique    de  France. 
IVL'VL.ART,  directeur  du  laboratoire  maritime  de  .Sc-Vaast. 
MALINVAUD,  secrétaire  général  de  la  Société  botanique  do  France. 
M.M-LOIZEL,  secrétaire  bibliothécaire  au  Muséum  de  Paris. 
MASSAL,   attaché  au  Muséum. 
MÉNÉGAUX,  agrégé  de  l'Université. 

MEUNIER  (Stanislas),  professeur  de  Géologie  au  Muséum  de  Paris. 
MOCOUARD  (F.),  assistant  do  Zoologie  au  Muséum  de  Paris. 
NOËL  (Paul).  D'  du  laboratoire  d'ontomulogie  do  Rouen. 
OUSTALET,  assistant  de  Zoologie  au  Muséum  de  Paris. 
PATOUILLARD,  membre  do  la  Société  botanique  de  France. 
PIZON  (A.),  professeur  au  lycée  Janson,  Paris. 
PLANET,  membre  de  la  Société  entomologique  de  France. 
PLATEAU,  professeur  à  l'Université  do  Gand. 
POU.IADE,  du  Muséum  d'histoire  uaturello  de  Paris. 

POUSSARGUES  (E.  de),  préparateur  au  Muséum  d'histoire  naturelle  do  Paris. 
PRIEAL  agrégé  de  rUnivorsité. 
RABAUD  (Et.),  licencié  es  sciences  naturelles. 
RAILLIET,  professeur  à  l'Ecole  vétérinaire  d'Alfort. 
REGNAULT,  docteur  en  médecine. 
RENAULT,  du  Muséum. 

ROUY  ,  ancien  vice-président  de  la  Société  botanique  de  France. 
SANTINI  (Em.),  professeur  do  sciences. 
SAUVINET,  assistant  de  Zoologie  au  Muséum  de  Paris. 
SAINT-LOUP  (Remy),  maitre  de  conférences  à  l'Ecole  des  Hautes  Etudes. 
SCIIAECK  (F.  de),  attaché  au  Muséum  d'histoire  naturelle  de  Paris. 
SP.VLIKOWSKI,  de  Rouen. 

TROUESSART  (D'),  ex-dirocteur  du  Muséum  d'histoire  naturelle  d'Angers. 
VAILLANT,  iirofesseur  au  Muséum  do  Paris. 
XAMBEU  (Cap".),  membre  de  la  Société  entomologique  de  France. 
ETC.,  BiTC. 


a 


PARAISSANT  LE  r  ET  LE  15  DE  CHAQUE  MOIS 


PAUL    GROULT,  Secrétaire  de  la  Rédaction 


19'  Année 

11*  Année  de  la  S"  Série 

ABONNEMENT    ANNUEL 

France 1 0  ir.  " 

Algérie 10       ,> 

Pays  compris  dans  l'Union  postale 11       » 

Tous  les  autres  pays 12      » 

PARIS 
LES   FILS   D'EMILE    DEYROLLE,    ÉDITEURS 

46,    itiE    DU    lîAc,    46 
1897 


19"  ANNÉE 


2»  SÉRIE  —    M*  «3e 


1"  JANVIER  1897 


LE    NATURALISTE 

HKVUB   ILLIISTHÉE 

DES  SCIENCES    NATURELLES 


LES   RACES  DE  L'INDE 


LES   BEDES 

Ce  peuple  est  connu  depuis  une  li.uitc  antiquité.  Pto- 
léniee  fait  mention  do  cette  rare,  et  les  auteurs  sanscrits 


eux-mt^mes  en  parlent  dans  leurs  ouvrages.   Ils  les  dé- 
signent sous  le  nom  de  Védas. 

Assez  répandus  dans  l'Inde,  h'.ti  Bédés  habitent  le  sud 
de  la  chaîne  des  Gliattes,  les  montagnes  boisées  de 
Ceylan  et  les  monts  de  Mysore  et  aussi  le  Bengale  où  ils 
portent  tantôtle  nom  de  Bédés, tanKHcelui  de  Bêdars,  tan- 
tôt,  enfin,  relui    ilr    Vc'Irn-'!   nu   chasseurs.  Entièrement 


sauvages,  possédant  un  dialecte  intelligible   à  eux    seuls, 
ilss'eni])loient,  pour  vivre,   à  châtrer  les    animaux   et    à 


t'alirii|uer    des  tambours.  Fort  habiles  à  prendre  des  ser- 
pents et  à  exécuter  des  tours   d'adresse,    ils  passent  en 


Slnvaio  liills  :     Vue    tlYercaud. 

outre  leur  temps  à  mendier,  et  au  besoin  à    voler.   Cou-   l   veux  et  leur   barbe  pendant  en   tresse,  sans  jamais  les 
verts  d'un  simple  lambeau  de  toile,  ils  portentleurs  che-  |  couper  ni  les  nettoyer.  Ils    habitent    dans  le   creux  des 

Le  Naturaliste,  46,  rue  du  Bue,  Paris. 


LE     NATURALISTE 


arbres  et  dans  les  cavernes,  ol  se  nourrissent  de  Iriiils, 
de  racines,  de  la  viande  de  toutes  espèces  d'animaux  et 
d'aliments  que  les  oiseaux  les  ]ilus  voraces  sont  seuls  à 
leur    disputer. 


Les  Bédés  no  possèdent  ipi'une  épouse  et  le  divorce 
leur  est  interdit.  Ceux  du  Bengale  honorent  une  divinité 
qu'ils  appellent  Masstt.  Celle-ci  se  complaît  au.\  sacrifices 
humains.  Ceux    de  l'Inde  méi'idionale  et  de  Cpylan  n'ont 


Shivai'O  Hills 

ni  temples  ni  idoles;  ils  rendent  un  culle,  particulier  aux 
astres,  aux  esprits  de  leurs  ancêtres  (;t  aux  démntis,  qu'ils 
s'elTorcent  d'apaiser  ])ar_des  sacrifices.  Ils  exjjosent  leurs 
morts  dans  les  forêts  et  les  livrent  en  pàtun;  aux  ani- 


Cliuti's  dr   K(;iiiieily. 

maux   féroces.   Très   adroits    chasseurs,  ils   excellent   à 
]ireudro  les  éléphants. 

Les  Védars  de  Ceylan  constituent  la  race  aborigène  de 
cettiî  ih',  où  ils  portaient  jadis  le   nom  de  Yakkos.  Après 


.Sliivarn  Hills  :  Rochers  ilo  Kennedy. 

la  conquête  de  l'île,  il  y  a  environ  deux  mille  ans,  ils  se  l  des  forêts,  imitant  ainsi  la  retraite  des  autres  peuplades 
retirèrent  sur  les  montagnes  escarpées  et  au  plus  profond       aborigènes  de  l'Inde,  devant  l'invasion  aryenne. 


LE     NATURALISTE 


l'iio  fraction  iIps  Biklùs,  les  Curiimbars  de  l'inile  eonli- 
uontalp,  ciinnurcMit  jadis  les  jours  il(?  ploiro,  et  consti- 
tuèrent, dans  l'Inde  antiiine  un  puissant  royaume.  Celui-ci 
s'étendait  deiiuis  la  ])rovince  d'Orissa  et  la  Ni-rliudda  au 
nonl  iusi|u';i  la  rivière  Velhir  au  sud.  Canjiverani  élail, 
li'ur  capitale.  Les  temples  souterrains  et  les  senl[]tufes 
des  sept  pagodes  de  Sadras  paraissent  être  l'œuvre  de 
leurs  princes.  Les  Bédés  semblent  avoir  été  un  des  pre- 
miers peuples  (pii  aient  occupé  l'Inde  dés  l'origine.  Quand 
ils  y  apparurent,  le  pays  entier  était  une  immense  forêt, 
habitée  par  les  animaux  sauvages.  Si  l'on  en  croit  la 
tradition,  les  Bédés  se  livrèrent  tout  d'abord  à  la  chasse 
des  bétes  féroces;  ils  n'eurent  k  l'origine  ni  forts,  ni 
huttes,  ni  rois,  ni  livres,  ni  civilisation.  Totalement  nus, 
ils  ne  connaissaient  pas  même  l'iustitutinn  du  mariage. 
Ils  possédaient  seulement  quelques  idées  religieuses. 

Leur  cruauté  leur  fit  donner  le  nom  de  Cnrumbars.  (J'est 
sous  ce  nom  ijn'ils  se  répandirent  de  plus  en  plus,  con- 
vinrent d'élire  un  chef  et  bâtirent  les  premiers  forts. 

Aux  Bédés,  mais  sans  pourtant  avoir  de  relations  avec 
eux,  se  rattaclient  les  Irulas,  dont  nous  avons  parlé  au- 
trefois, et  les  Maley-Arasars  ou  rois  des  montagnes,  peu- 
ldades([ue  nous  avons  vues  tant  sur  les  Nilgiris  que  sur 
les  Shivaroliills,  lors  de  notre  séjour  dans  l'Inde.  Ces 
Ijenples,  tombés  au  dernier  degré  de  la  dégradation  in- 
tellectu(dle  et  morale,  vont  presque  nus,  vivent  de  rep- 
tiles, d'animaux  qu'ils  prennent  à  la  course  et  au  piège, 
de  miel  sauvage,  de  graines  et  de  racines,  errent  en  va- 
gabonds, habitant  les  cavernes,  les  troncs  des  vieux- 
arbres,  les  anfractuosités  des  rochers  et  offrent  en  secret 
di's  sacrifices  sanglants  au  démon,  qu'ils  adorent  sous  le 
nnni  lie  liulam. 

Nous  donnons  ici  c(uebiues  vues  des  pays  huliid's  par 
les  Bédés  ou  les  races  qui  s'y  rattachent. 

Hector  Léveilli'j. 


LE  r"  JANVIER  1896  EN  AMÉRIQUE 

ANNIVERSAIRE  D'UNE  PLUIE  ÉTRANGE 


Le  jour  où  ce  numéro  jjaraitra,  il  y  aura  juste  un  an 
i|u'un  phénomène  aussi  étrange  que  rare,  frappait  de 
stupéfaction  les  habitants  de  l'Etat  de  l'Utah,  et  ceux  du 
Wyoming.  Depuis  Oyden  jusqu'à  Evanston  (plus  de 
180  kilomètres),  une  i)luie  salée  s'abattit  subitement. 
L'eau  était  si  salée  que  les  étoffes  mouillées  étaient  cou- 
vertes, une  fois  séchées,  d'une  épaisse  couche  de  cristaux 
de  chlorure  de  sodium.  A  Evanston,  il  y  en  avait  telle- 
ment sur  les  vitres,  qu'on  ne  voyait  plus  au  travers.  A 
Almy  (Wyoming),  ville  de  23  kilomètres  carrés,  au  ilire 
du  r»"'  C.-T.  Gamble,  qui  en  a  fait  le  calcul,  l'averse  a 
déposé  plus  de  28  tonnes  de  sel  ! 

La  pluie  est  tombée  pendant  deux  heures  environ.  Puis 
le  soleil  a  réapparu,  séchant  les  surfaces  mouillées  qui 
apparurent  alors  recouvertes  d'une  couche  blanchâtre  de 
sid  cristallisé  :  tout  avait  pris  cette  teinte  uniforme,  don- 
nant l'illusion  lie  la  neige.  Mais  quand,  avec  la  nuit,  vint 
le  refroidissement  /le  la  température,  on  si^  trouva  en 
présence  d'une  conséquence  fâcheuse  et  imprôviie  de  ce 
qui  s'était  passé,  dans  la  journée  :  les  communications 
télégraphiques  étaient  interrompues  sur  un  parcours  de 
idus  de  60  kilomètres.  L'exjjlication  en  est  fort  simple; 
l'eau  salée  se  congela  dans  les  isolateurs  et  autour  d(!S 
tiges  qui  les  supportent,  et  la  glace  salée  étant  bonne 


conductrice  di!  l'électricité,  le  courant  se  perdit  dans  le 
sol.  On  dut  avoir  recours  aux  pompiers  pour  laver  abon- 
damment poteaux  et  isolateurs  avec  une  pompe  à  in- 
cendie. 

Il  était,  paiiiit-il,  cependant  quelquefois  arrivé  dans  le 
Wyoming  que  la  jiluie  ou  la  neige  fussent  quelque  peu 
salées,  lorsque  le  vent  souflle  de  l'ouest,  car  il  rase  alors 
la  surface  du  tirand  Lac  salé,  situé  à  plus  de  100  kilo- 
mètres de  Ôyden!  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  qu'il  a  une 
superficie  de  plus  do  !j.300  kilomètres  carrés. 

Des  phénomènes  do  ce  genre  ont  souvent  été  remar- 
qués à  Sait  Lake  Cily. 

Le  Raiiroad  Gazelle  fait  remarquer  que  ces  faits  sont 
sans  doute  la  cause  pour  laquelle  on  trouve  toujours  de 
l'eau  plus  ou  moins  salée  lorsqu'on  creuse,  dans  celte 
région,  des  puits  au  pied  des  vastes  plateaux. 

Espérons  que  cotte  année,  les  habitants  d'Oyden  et 
ceux  d'Evanston  [lourront  s'envoyer  librement  leurs 
télégrammes  de  souhaits  de  nouvel  an. 

Voilà  encore  un  curieux  exemple  des  pluies  étranges. 
Ils  sont  assez  nombreux,  et  nous  y  reviendrons  avec 
quelques  détails. 

Paul  .Iacoiî. 


UN    DERNIER    MOT 


LA    MÉTÉORITE    DE    MADRID 


(;)n  se  rap]ielle  la  sensation  profonde,  portée  en 
Espagne  jusqu'à  l'épouvante,  que  provoqua,  le  10  février 
1800,  l'explosion  d'un  bolide  dans  les  environs  de  Madrid. 
Les  météorites  recueillies,  fort  peu  abondantes,  sont  for- 
mées d'une  roclie  presque  blanche  à  grains,  cristallins 
très  fins  et  que  traversent  en  tous  sens  des  veinules  d'un 
noir  profond.  Grâce  à  la  bonne  obligeance  de  M.  J.  Mac- 
l'herson,  je  me  suis  trouvé  tout  de  suite  en  possession 
d'un  petit  échantillon  de  cette  substance  précieuse,  que 
j'ai  déposé  dans  la  riche  collection  du  Muséum,  mais 
dont  j'ai  prélevé  des  parcelles  pour  un  examen  prélimi- 
naire qui  fut  communiqué  à  l'Académie  des  sciences  dès 
le  9  mars. 

Je  n'y  reviendrais  ]ias  s'il  ne  se  trouvait  que  des  chi- 
mistes espagnols,  ayant  repris  le  sujet  avec  des  maté- 
riaux plus  abondants,  n'avaient  cru  devoir  accompagner 
la  publication  de  leurs  analyses  d'une  critique  de  ma 
note.  Je  suis  heureux  de  pouvoir  profiter  de  la  grande 
jjublicité  du  Naluralhte  pour  rétablir  les  choses  à  leur 
juste  point  de  vue. 

Tout  d'abord,  voici  dans  quels  termes  très  concis  j'ai 
résumé  mes  déterminations  dans  le  Compte  rendu  de 
l'Académie  :  «  La  substance  de  la  météorite  contraste, 
par  sa  teinte  d'un  gris  très  clair,  avec  la  nuance  foncée 
de  la  croûte  qui  recouvre  le  fragment  de  plusieurs  côtés. 
Cette  croûte  varie  nettement  suivant  les  régions,  et  ses 
caractères  dans  les  différents  points  permettent  de  dis- 
tinguer la  face  du  fragment  qui  se  trouvait  en  avant  pen- 
dant le  trajet  atmosphérique  et  celle  qui  se  trouvait  en 
arrière  :  daus  la  première,  la  croûte  est  d'un  noir  rous- 
sàtre  avec  des  reflets  un  peu  mordorés  très  remarqualdes; 
elle  est  relativement  mince.  Dans  la  seconde,  la  croule, 
qui  est  plus  épaisse,  est  d'un  noir  profond.  Au  travers  de 
la  roche  météoritique  se  luontrent  des  veines  tout  à  fait 
noires   et  parfois  épaisses  de, plus  de  deux  millimètres; 


8 


LE     NATURALISTE 


ces  veines  s'anastomosent  entre  elles,  se  bifurquent  et, 
çà  et  là,  se  perdent  insensiblement  dans  la  masse.  La 
densité  du  fragment,  prise  à  la  température  de  16°,  a  été 
trouvée  égale  à  3,o98.  Différents  essais,  faits  sur  une  très 
petite  quantité  dépoussière,  soit  à  l'aide  du  chalumeau 
et  de  quelipies  réactifs,  soit  au  moyen  de  la  liqueur 
lourde  de  M.  Thoulet,  soit  enfin  au  microscope,  ont  per- 
mis de  reconnaître  la  coexistence  de  granules  métal- 
liques très  magnétiques,  formés  de  fer  nickelé,  avec  du 
sulfure  de  fer  (troïlite),  de  péridot  facilement  attaquable 
aux  acides,  des  minéraux  feldspathiques  tricliniques  très 
maclés  et  des  pyroxènes  magnésiens  (1).  La  réaction  du 
chrome  a  été  nettement  obtenue  avec  de  tous  petits 
grains  noirs  faciles  à  isoler. 

C'est  postérieurement  à  ma  publication  que  "SI.  Bouilla 
publia  une  analyse  chimique  quantitative,  et  M.  Gre- 
dilla  un  examen  microscopique.  Leur  résultat  fut  que  la 
pierre  de  Madrid  appartient  à  un  type  lithologique  nou- 
veau, qu'il  faudrait  appeler  la  Madridtte.  Je  proteste 
contre  cette  conclusion,  qui  me  semble  tout  à  fait  illégi- 
time, et  je  persiste,  comme  au  début,  à  ranger  la  nouvelle 
météorite  dans  mon  ancien  type  chantonnite  où  se  ren- 
contrent déjà  un  très  grand  nombre  de  chutes  distinctes. 
Dans  une  lettre  qu'il  a  bien  voulu  m'écrire  récemment, 
M.  Gredilla  affirme  que  ses  échantillons  sont  trècho'ides 
et  formés  de  fragments  juxtaposés  consistant  les  uns  en 
chantonnite  et  les  autres  en  montréjite.  Je  ne  puis  con- 
trôler cette  assertion  et  le  spécimen  du  Muséum  est  en- 
tièrement fait  de  chantonnite. 

Tout  d'abord  il  me  sera  facile  de  montrer  que,  malgré 
la  forme  donnée  à  leur  publication,  les  chimistes  de 
Madrid  ne  modifient  pas  sensiblement  mes  propres 
résultats.  Voici,  en  deux  colonnes,  la  composition  miné- 
ralogique  de  la  pierre  : 


D'après  M.  Gredilla  : 

Troïlite. 

Chromile. 

Schreibersite. 

Oligolilase. 

Augite.       ) 

Eustatile.   i 

Péridot. 


D'après  tues  essais  : 
Fer  nickelé. 
Troïlite. 
Cliromite. 
Schreibersite. 
Feldspath  Iriclinique. 

Pyro.Nèues  magnésiens. 
Péridot. 


Les  différences  se  bornent  à  ce  qui  concerne  d'une 
part  les  minéraux  feldspathiques  et,  d'autre  part,  les 
minéraux  pyroxéniques. 

En  ce  qui  concerne  la  matière  feldspathique,  j'en  ai 
très  nettement  reconnu  la  présence  et  j'avais  vu  qu'il 
s'agit  de  cristaux  tricliniques  ;  mais  je  doute  fort  d'une 
reconnaissance  sérieuse  de  l'oligolvlaso.  Dans  les  coupes 
minces  des  pierres  comparaldes  à  celles  de  Madrid, 
les  feldspaths  ne  se  montrent  guère  grains  déterminables 
cristallographiquement,  et  on  conclut  d'ordinaire  la  pré- 
sence de  tel  ou  tel  d'entre  eux  des  résultats  de  l'analyse 
chimique  ;  c'estun  procédé  extrêmement  peu  suret  si  je 
suis  convaincu  qu'il  y  a  des  jilagioklases  dans  la  météo- 
rite espagnole,  je  ne  voudrais  pas  garantir  que  c'est 
plutôt  de  l'oligolclase  (|u'un  antre  ou  que  le  mélange  de 
plusieurs. 

Pour  ce  qui  est  des  minrraux  jiyrûxéniques,  il  faut 
avant  tout  prévenir  un  malentendu.  Il  s'agit,  dans  ma 
détermination,  des  3)i/roa;ènes  rhombiques  de  la  famille  de 


(1)  Une  faute  typographique  a  mis  ces  trois  mots  au  sin- 
gulier dans  le  Compte  rendu,  ce  qui  donuail  à  ma  détermi- 
uatiou  une  pn'cision  qu'elle  n'avait  pas  et  ijui  serait  inexacte. 


l'hypersthène  et  non  des  pyroxènes  monocliniques,  comme 
sont  l'augite  et  le  diopside.  Ces  pyroxènes  rhombiques 
appartiennent  à  plusieurs  espèces;  la  plus  abondante  est 
la  bronzite,et,  à  ce  titre,  la  météorite  de  Madrid  reproduit 
les  caractères  de  toutes  les  météorites  blanches  d'aspect 
analogue.  On  peut  voir  par  exemple  que  M.  Brezina,  que 
je  cite  justement  parce  que  j'ai  été  souvent  en  désaccord 
avec  lui,  les  définit,  sous  le  nom  déjà  pi'oposé  par  Gus- 
tave Rose  de  Chondrite,  comme  étant  «  im  Wesentlichen 
aus  Bronzit,  Olivin,  Nickeleisen,  bestehend  (i)  ».  Quoi 
qu'en  dise  M.  Gredilla,  la  météorite  de  Madrid  n'a  rien 
d'exceptionnel,  et  en  particulier  elle  coïncide  exactement 
avec  les  pierres  tombées  le  3  février  1882,  à  Mocs,  eu 
Transylvanie.  J'avais  "antérieurement  compris  cette  der- 
nière chute  dans  le  type  lucéite,  mais  je  l'en  ai  retirée  à 
la  suite  de  l'étude  des  veinules  noires  de  certains  spéci- 
mens qui  en  font  de  la  chantonnite. 

J'ajouterai,  en  terminant,  que  je  ne  conteste''ni  la 
présence  de  l'augite  ni  celle  de  l'eustatite  signalées  par 
i\I.  Gredilla.  Mais  ces  minéraux  ne  sont  certainement 
pas  essentiels.  J'ai  rencontré  bien  souvent,  on  peut  dire 
ordinairement,  de  l'eustatite  dans  des  pierres  analogues 
à  celles  de  SLadrid,  soit  en  géodes  (et  j'ai  même  décrit 
dans  le  temps  la  plus  lielle  géode  de  ce  genre  qu'on  ait 
jamais  signalée),  soit  en  groupements  radiés  constituant 
le  siiueletto  d'un  grand  nombre  de  ces  globules  que 
Rose  a  désignés  sous  le  nom  de  chondres.  Mais  les  chondres 
sont  aussi  nomlireux  dans  les  montréjites  qu'ils  sont 
rares  dans  les  lucèitcs  et  dans  les  chantannites. 

Je  crois  devoir  ajouter,  à  cette  occasion,  qu'il  résulte 
d'expériences  que  je  n'ai  pas  encore  terminées,  mais  qui 
promettent  quelque  perfectionnement  dans  l'analyse 
immédiate  des  météorites,  qu'on  peut  distinguer  la  bron- 
zite  même  très  peu'  ferrifère,  de  l'eustatite  à  l'attaque 
([u'elle  éprouve  d'un  courant  de  chlore  au  rouge,  après 
lequel  elle  est  devenue  partiellement  solulile  dans  les 
acides. 

Si,  dans  l'avenir,  quelque  circonstance  favorable  met 
le  Muséum  en  mesure  d'augmenter  sa  quantité  de  météo- 
rite de  Madrid,  je  ne  manquerai  pas  d'ailleurs  de  com- 
jiléter  avec  elle  la  série  de  nos  lames  minces  et  je  sou- 
mettrai sa  composition  à  uu  contrôle  no\iveau. 

Stanislas  Meunier. 


La  i^ixestion  des  Sources 


La  question  des  sources,  si  importante  au  point  de  vue  de 
l'hygiène,  intéresse  encore  bien  plus  le  géologue,  car  c'est  lui 
qui  permet  à  l'ingénieur  de  diriger  ses  travaux  avec  méthode. 

Une  première  erreur  très  répandue  dans  le  monde,  c'est  de 
voir  dans  la  recherch'e  des  sources  quelque  chose  do  mysté- 
rieux :  il  faudrait  avoir  un  don  spécial,  un  génie  à  part!  Sans 
doute,  il  faut  pour  cela  des  connaissances  spéciales;  mais  on 
ne  naît  pas  plus  découvreur  de  sources  t[u'on  ne  naît  géologue. 
C'est  l'étude  qui  permet  do  savoir  ce  que  l'on  doit  faire  en 
pareil  cas.  Il  faut  certainement  avoir  un  jugement  droit  et  ré- 
Héchi;  mais  c'est  en  cela  comme  en  toute  autre  chose,  quand 
on  est  ingénieur.  N',a-l-on  ))as  vu  des  municipalités  faire  ap- 
peler des  bergers  munis  d'une  baguette  magique  pour  tout 
diplôme?  Cela  me  rappelle  une  de  mes  arrière-grand'  tantes, 
abbesse  mitrée  dans  un  couvent  cloîtré  au  sommet  d'une  colline 
qui  tenta  d'un  coup  de  crosse  faire  jaillir  l'eau  du  rocher.  Sa 
foi  naivo  excusait  son  ignorance  :  mieux  vaut  imiter  Moïse 
que    de  s'en   rapporter  aux   devins   du  village.   Et  puis   cette 

(I)  l>ie  Meleorischersammlung  der  KK.  llofmuseum,  am 
i"  mai  1803   (Vienne). 


LE     NATURALISTE 


sainte  femme  agissait  par  elle-m<Mnc;  pourquoi  les  éclievins 
no  confiaient-ils  pas  i\  leurs  ingi'nieurs  le  soin  de  tenir  la  ba- 
guette de  couili'icr  qui  s'incline  d'elle-même  au-dessus  des 
sources  ;  au  lieu  de  la  confier  à  un  ignorant,  qui  peut  la  ma- 
nœuvrer sans  en  avoir  conscience,  par  auto-suggeslion,  quand 
il  croit  avoir  trouvé  la  source? 

Une  secoude  erreur  presque  aussi  répandue,  c'est  de  croire 
que  les  sources  vicnuent  du  tond  de  la  terre.  Sans  doute,  on 
trouve,  dans  les  pays  volcaniques,  des  sources  d'eau  chaude 
très  minéralisées,  qui  viennent  do  plusieurs  centaines  do  mé- 
trés de  profondeur;  mais  dans  les  terrains  de  sédiment,  les 
sources  ne  viennent  pas  d'en  bas,  elles  viennent,  au  contraire, 
d'en  haut  :  leur  partie  souterraine  est  toujours  au-dessus  du 
plan  de  leur  point  d'émergence.  Si  on  trouve  des  sources  sur 
le  plateau  des  montagnes,  ce  n'est  pas  à  leur  sommet,  mais 
dans  leur  partie  déclive.  La  question  des  sources  est  une  ques- 
tion do  niveau;  or  l'eau  ne  monte  pas,  à  l'état  liquide,  elle 
descend  toujours,  sauf  dans  les  vases  communiquants  ! 

Nos  collines  sont  simplement  des  lémoiiix  de  la  hauteur  pri- 
mitive du  terrain,  raviné  par  le.s  eau-x  de  pluie  qui  ont  formé 
les  v.iUées  d'érosion,  où  coulent  les  ruisseaux,  les  riviéies  et 
les  fleuves.  Quant  aux  sources,  elles  viennent  tout  bonnement 
de  la  pluie  qui  tombe  sur  les  plateaux  des  collines  Cela  est  si 
vrai,  qu'elles  sont  plus  abondantes  après  île  longues  pluies,  et 
qu'elles  tarissent  toujours  un  peu,  quand  il  a  été  longtemps 
sans  pleuvoir  L'eau  de  jiliiie  tombe  sur  les  collines,  s'inlilire 
dans  le  sol,  et  en  traverse  les  différentes  couches,  en  se  char- 
geant de  ce  qu'elle  y  peut  dissoudre,  jusqu'à  ce  qu'elle  soit 
arrêtée  par  une  couche  imperméable  d'argile.  Elle  suit  cette 
couche  dans  toutes  ses  dépressions,  la  ravine  d'une  foule  de 
petits  canaux  raméfiés  comme  des  veines,  qui  vont  en  grossis- 
sant, jusqu'à  ce  ([u'elle  finisse  par  gagner  l'endroit  où  se 
trouve  le  prolil  de  la  colline.  Théoriquement,  la  source  est  là! 
C'est  la  source  cachée  aux  regards  des  hommes  et  que  la  géo- 
logie leur  indique  mieux  que  toutes  les  baguettes  magiques. 
Dans  le  fait,  elle  émerge  plus  bas,  car  la  pente  de  la  colline 
est  elle-même  recouverte  d'éboulis  provenant  du  sommet  et  de 
terre  végétale.  Aussi,  l'eau  s'infiltre-t-elle  dans  ces  terrains  de 
dégradation,  pour  devenir  visible  un  peu  plus  loin,  et  pro- 
duire des  ruisseaus  ou  des  marécages,  ou  tout  au  moins  pour 
donner  à  la  végétation  desséchée  un  ton  vert  tout  particulier. 
La  moindre  habitude  fait  dire  aux  enfants  de  dix  ans  :  là,  il  y 
a  une  source.  Aussi,  en  faisant  tout  le  tour  de  la  montagne, 
on  trouve  toutes  les  sources  à  peu  prés  à  la  même  hauteur, 
quand  la  couche  d'argile  est  horizontale.  L'épaisseur  varinble 
de  l'éboulis  à  traverser  fait  que  la  source  peut  afileurer  un  peu 
plus  haut  ou  un  peu  plus  bas. 

Pour  sim)dilicr  les  choses,  nous  avons  supposé  qu'il  n'y  avait 
qu'une  seule  couche  imperméable;  mais  cette  couche  peut  pré- 
senter des  solutions  de  continuité,  qui  permettent  à  une 
partie  de  l'eau  retenue  de  descendre  plus  bas  et  de  traverser 
d'autres  couches  plus  perméables,  jusqu'à  ce  qu'elle  soit  ar- 
rêtée à  son  toui'  par  un  second  lit  d'argile  placé  plus  bas  que 
le  premier.  On  a  alors  une  seconde  ligne  de  sources,  souvent 
plus  importante  que  l'autre,  parce  que  son  périmètre,  excen- 
tri(|ue  par  rapport  à  la  première,  est  forcément  plus  étendu. 

Le  grand  secret  de  la  captation  des  sources,  quand  on  a 
reconnu  les  principales  veines  qui  doivent  être  recoupées  par 
les  tranchées,  c'est  d'ouvrir  ces  tranchées  le  plus  prés  pos- 
sible do  la  bordure  de  la  couche  d'argile  sêdimentaire,  afin  de 
ne  pas  laisser  de  jour  entre  celte  bordure  et  le  fond  de  la 
tranchée.  Sans  quoi,  une  partie  notable  de  la  veine  ou  de  la 
nappe  liquide  peut  s'infiltrer  à  travers  cette  solution  de  conti- 
nuité, et  passer  sous  le  fond  de  la  tranchée,  malgré  sa  pro- 
fondeur. D'ailleurs  on  comprend  qu'on  n'a  aucun  intérêt  à 
faire  descendre  celle-ci  plus  bas  que  la  couche  imperméable. 
Son  fond  doit  lui  faire  suite  sans  la  moindre  interruption. 
Tout  le  talent  de  l'ingénieur  consiste  iirêciscment  à  éviter  le 
plus  |)0ssible  la  déperdition  de  l'eau  qui  peut  s'infiltrer  entre 
les  deux.  Nous  supposons,  bien  entendu,  que  toutes  les  veines 
imporlantes  ont  été  reconnues  et  qu'il  n'en  a  pas  oublié  une 
seule.  La  faible  quantité  d'eau,  qui  reste  dans  la  rivière  voisine 
après  le  cajitage,  montre  jusqu'à  quel  p"int  le  (;aptage  a  ê-té 
complet  dans  son  exécution. 

D'  BoccoN. 


DESCRIPTION  DE   DEUX  ESPÈCES  NOUVELLES 
de    Singes 

DE    LA   COLLECTION    DU    MUSÉUM    DE    PARIS 


La  riclio  collecliou  ili^  Primates  qui  figure  dans  les 
galeries  du  Muséum  renferme  deux  espèces  (un  Cerco- 
cèlio  et  un  Macaque)  déierminées  et  dénommées  par 
M.  le  Professseur  Milne-Edwanls,  mais  qui  n'ont  pas 
encore  été  décrites  et  peuvent  èlre  considérées  comme 
inédites. 

M.  M ilne Edwards  m'ayanl  autorisé  à  inildier  la  diagnose 
de  ces  deux  espèces  dans  la  seconde  édition  du  Catalogue 
des  Mammifères  vivants  et  fossiles  actuellement  sous  presse, 
je  crois  utile  d'en  donner  ici  une  description  jikis  com- 
plète. 

\.  —  C'eucocehus  .\r;iLis,  M. -Edwards,  188fi. 

Cercocebus  artulnis  (jracitibus,  niijro  fnlvoquc  variegatus 
{siatt  in  Ccrcopitli.  callithricho,  sed  obsciirior),  pilia  alter- 
natim  fulvo  et  nigro  annelatis,  sitbtus  albieantibus  ;  facie, 
auribus,  pedibusque  nigris;  pilû  frontis  erectis;  cauda 
longitudinem  corporis  cum  capitc  paiilo  superante,  cum 
dorsû  concolore,  pilis  curtis  vestita;  Cercocelio  albigena 
minor  (Mus.  Paris).  —  Congo  intiriore,  a  De  Drazza. 

Ce  Cercocèbe,  découvert  dans  l'intérieur  ilu  Congo  par 
M.  de  Brazza,  a  fait  partie  de  l'Exposition  des  objets  rap- 
l)0rtés  par  ce  voyageur  et  organisée  en  1886  au  Muséum. 
Ses  caractères  n'étaient  connus  quepar  l'indication  insuf- 
fisante donnée  par  M.  Rivière  dans  l'article  qu'il  a  con- 
sacré au  compte  rendu  de  cette  exposition  (1),  indication 
qui  semble  avoir  échappé  à  la  plupart  des  naturalistes. 

Le  Cercocèbe  agile  est  remarquable  par  ses  membres 
grêles  qui  contrastent  avec  les  formes  robustes  de  la  plupart 
des  espèces  de  cegenre,  nolammenUbiCei'cocebus albigena 
(Gray},(iui  habite  aussi  le  Congo.  La  nouvelle  espèce  s'en 
distingue  à  première  vue  par  son  pelage  tiqueté,  chaque 
poil  étant  annelé  alternativement  do  brun  et  de  gris 
fauve  comme  chez  la  Guenon  Callitriche,  mais  l'ensem- 
ble du  pelage  parait  plus  foncé.  Les  poils  de  la  tète  et  du 
dos  sont  plus  nettement  annelés  que  ceux  des  lianes,  de 
sorte  i|ue  la  teinte  passe  insensiblement  au  fauve  brun, 
puis  au  fauve  clair  et  au  blanc  sous  le  ventre.  L'extrémité 
des  quatre  membres  est  d'un  gris  foncé.  Cette  dernière 
couleur  est  aussi  celle  de  la  queue  qui  est  grôle,  couverte 
de  jioils  courts,  unicolore,  le  dessous  n'étant  pas  plus 
clair  que  le  dessus,  mais  avec  la  toufl'e  terminale  blan- 
châtre. Les  parties  nues,  c'est-à-dire  la  face,  les  oreilles, 
les  mains  et  les  pii'ds,  sont  noirâtres. 

La  disposition  des  poils  de  la  tète  est  caractéristique  : 
ceux  du  sommet  de  la  tète  sont  assez  longs  et  drcssiJs  en 
brosse  :  ils  paraissent  diverger  d'un  point  central  en 
forme  de  houppe,  mais  ne  sont  pas  rabattus  ni  séparés 
par  des  raies.  Les  poils  qui  ombragent  les  yeux  en  guise 
d(î  sourcils,  sont  seuls  dirigés  hori/.ontalement  en  avant, 
comme  c'est  d'ailleurs  l'ordinaire  chez  la  plupart  des 
(  'ercoi)itliéciens  ;  ceux  des  joues  sont  longs  et  forment  de 
grands  favoris  étalés  en  éventail,  mais  non  relevés  en 
arrièro  et  en  haut  comme  ceux  d'autres  espèces. 

(1)  Revue  Scientifique,  18SC,   XII,  p.  15. 


10 


LE     NATURALISTE 


CIMRNSIONS  : 

Corps  avec  la  Icte 0  »>,  63 

—     (sans  la  tête) 0  ,45 

Queue  (sans  la  touffe  terminale) 0  ,  C4 

Paume  de  la  main 0  ,09 

Avant-bras 0  ,20 

Plante  du  pied 0  ,16 

Jambe  (longuoui- du  tibia) 0  ,21 

L'ospèce  doni,  1(î  Cercocebus  agilis  se  rapprorlip  In  plus 
pst  évidpmmi'nt  lo  Cercocehux  yaltritus  [Petors  (1)]  de 
rAfriqun  oriciilalc  (Mitola)  dont  le  pelage  est  également 
tiqueté,  et  (jui  présente  des  formes  grêles.  Mais  la  dispo- 
sition des  poils  de  la  tête  est  différente  dans  les  deux 
espèces.  Si  la  figure  que  Peters  a  donnée  de  son  Cercocèbe 
est  exacte,  <;e  singe  présente  une  coiffure  aplatie  très  carac- 
téristique, i-ap|]eiant  celle  du  Macaiiue  lionnet-chiuois 
(Macacua  sinicus,  L.).  Comme  rindi(iue  le  nom  de  »  gale- 
ritus  », c'est  une  sorte  de  iicrruque  ilout  les  poils  rayonnent 
d'un  point  central  et  se  divisent  en  trois  touffes  rabattues 
etdivergentes,  séparées  par  dos  raies  très  nettes,  une  touffe 
antérieure  et  deux  latérales.  Tout  autre  est  la  disposition 
des  poils  chez  le  C.  agilis,  dont  la  chevelure  se  dresse  en 
houppe,  imitant  la  coiffure  dite  «  enracinea  droites  «.  Il 
est  donc  inqiossihle  de  confondre  l'espèce  de  l'Al'riciue 
occidentale  (Congo  français)  avec  celle  de  l'Afrique 
orientale  précédemment  connue. 

II.  —  Macaci;s  Harmandi,  M.  Edw.  (Musée  de  Paris). 

Macacus  fiixco-nigcr,  infrù  pallidior,  pilis  haitd  annclath  ; 
orbitis,  geiiis,  genubun,  prymnisque  badio  tinclis  ;  cauda 
brevissima.  —  l'utlits  fulvo-griseus.  —  Monte  Chantidioun 
(Siam),  a  Doctore  llarmand. 

Ce  Macaque  est  remarquable  par  sa  couleur  sombre, 
presque  noire,  teinte  qui  ne  se  retrouve  au  même  degré 
dans  aucune  autre  espèce  du  genre  et  qui  rappelle  le 
Cijnopitheciis  niger  (Desm.)  des  îles  Célèbes.  Le  Macacus 
muunis  (F.  Cuv.)  qui  habite  également  Célèbes  est 
beaucoup  moins  foncé  et  présente  d'ailleurs  des  formes 
moins  robustes. 

Le  Macacus  Harmandi  est  d'un  brun  très  foncé  parais- 
saut  complètementnuirlorsqupl'animal  est  dans  l'ombre. 
Le  jielage  est  formé  de  poils  très  longs  sur  le  dos  et  les 
flancs  (H  à  12  centimètres),  remarquablement  lisses  et 
brHlanU,cc  qui  contribue  à  les  faire  paraître  plus  foncés. 
Ces  poils  sont  un  peu  plus  clairs  à  l'intérieur  des  jambes 
et  sous  le  ventre  où  ils  passent  au  brun  roux. Cette  même 
couleur  se  retrouve  aux  genoux  et  au  pourtour  des  callo- 
sités fessières;  mais  cette  teinte  pourrait  bien  être  artifi- 
cielle, comme  on  l'observe  sur  d'autres  singes.  Le  pour- 
tour des  orbites,  les  pommettes  des  joues  et  les  callosités 
sont  d'un  rouge  bai  ou  carminé  ;  le  museau,  le  centré  des 
callosités  et  les  quatre  extrémités  sont  noires.  La  queue, 
très  courte,  n'a  pas  plus  de  A  centimètres  sans  la  toulfe 
terminale  de  poils.  Les  poils  du  front  sont  courts,  divi- 
sés sur  la  ligne  médiane  et  appliqués  de  chaque  côté  en 
forme  de  bandeaux  ;  sous  le  cou  il  existe  une  petite 
barbe  qui  ne  s'étend  pas  jusqu'au  menton.  Les  formes 
trapues  et  la  taille  sont  celles  du  Macacus  arctoides 
(Geoff.).  Un  très  jeune  individu  provenant  de  la  même 
localité  est  d'un  gris  fauve  assez  clair. 


(1)  M.  B.  Akad.  Berlin.  1819,  p.  830,  pi.   1  B. 


DIMENSIONS  : 

Corp.s  avec  la  tête 0™,  63 

Queue 0   ,  03 

—    avec  la  touffe  terminale 0   ,  05 

Paume  de  la  main 0    ,  Il 

Avant-bras 0   ,  17 

Plante  du  pied 0    ,  14 

Jambe  (tibia) 0    ,  23 

Cette  nouvelle  espèce  est  voisine  du  Macacus  arctoides 
par  ses  propoi'lioiis  robustes  et  la  coloration  de  sa  face; 
mais  aucune  des  nombreuses  variétés  décrites  et  figu- 
rées jiar  les  auteurs,  notamment  par  M.  Anderson  (1) 
—  M.  melanotus  (Gray)  et  M.  brunneus  (Andcrs.),  par 
exemple,  . —  ne  ])résente  des  teintes  aussi  foncées  ni  lo 
pelage  lisse  et  iirillant  qui  la  caractérise.  Chez  M.  arctoides 
le  pelage  est  toujours  plus  ou  moins  tiqueté;  chezM.ffar"- 
mandi  au  contraire,  tous  les  poils  sont  d'une  teinte  uni- 
l'orme,  même  sous  le  ventre  oit  la  couleur  plus  claire  du 
I)elage  permettrait  de  distinguer  les  anneaux  s'il  s'agissait 
simplement  d'une  variéti'  nègre  de  M.  arctoides  ou  d'un 
mé/ani'sjne  accidentel. 

Dans  l'état  actuel  de  la  science,  on  doit  donc  consi- 
dérer cette  forme  intéressante  comme  constituant  une 
espèce  distincte  propre  aux  montagnes  qui  séparent  le 
Cambodge  du  royaume  de  Siam,  à  peu  de  distance  de  la 
mer,  dans  la  parlio  orientab'  du  golfe  de  Siam. 

D"-  E.   TnOUESSART. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


M.  de  Keihervé,  à  Lacres  par  Samer  (Pas-de-Calais), 
offre  et  demande  des  Gyrinides  du  globe. 

. —  A  vendre  :  fîoUection  de  Coléoptères  européens  et 
exotiques,  comprenant  23  espèces  (jxotiquea,  61  exem- 
plaires; 52b  espèces  européennes,  1028  exemplaires,  ren- 
fermés dans  17  cartons,  plus  4  cartons  renfermant  divers 
ColéO)itères. 

Celte  collection  est  formée  des  familles  suivantes  : 
Cicindélides,  Carabides,  Ilydrocanthares,  Pectinicornes, 
Lamellicornes, Curculionides,  quelques  genresdela  famille 
des  Longicornes,  Chrysomélides  et  Coccinellides. 

Pi'ix  :  O'a  francs. 

Histoire  du  dévi'l(i|jprmiMit  du  ( 'l'iquet  pèbM'in,  depuis 
l'œuf  jusqu'à  l'âge  adulte,  20  âges,  le  tout  renfermi/  dans 
un  carton  vitré. 

Prix  :  25  francs. 

1  lot  de  Coléoptères  de  Madagascar,  50  espèces;. 
102  exemplaires. 

Prix  :  15  francs. 

S'adresser  pour  les  lots  et  colleclions  ci-dossus  à 
(I  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle,  46,  rue  du  Bac,  Paris.  » 


(t)  Anatom. 
pi.  I  et  II. 


and  Zool.  Researches   of  Yunnan,  1878,  p.  45, 


LE     NATURALISTE 


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13 


L'ERODIUM  BÂTTAÎfDIERIANÏÏM   linuy 


ESPÈCE  ALGÉRIENNE  NOUVELLE 


En  compulsant  récemment  les  Erodium  de  mon  herbier, 
afin  de  préparer  li'S  diagnoaes  des  Erodium  .lacriiiiiiianinn  P. 
cl  iM.,  teniiisecluiii  G.  et  G.  liltoreiiin  l,ém..  pour  le  l'asciculc 
VI  des  llliisha/iones  pluntanim  Europ.v  rafioriiin,  et  relies 
des  espèces  de  ce  goure  pour  le  louielVde  \a.Eloi'edc  France, 
je  me  suis  apen-u  que  je  n'avais  pas  encore  donné  la  descrip- 
tion d'un  Erodium  iurdittrouvé,  eu  mai  1S92,  eu  compagnie  de 
Mme  Uouy  et  de  JIM.  Charpentier,  de  Naiiteuil  et  Pellercau, 
dans  les  gorges  du  Chabet-el-Akhra  (chaîne  des  Babors),  entre 
Sétif  et  Bougie,  plante  qu'avait  également  vue  M.  Poisson, 
assistant  au  Muséum,  qui  avait  aussi  appelé  sur  elle  mon  at- 
tention. 

Depuis  lors,  cet  Erodium  existe  dans  mes  collections  sous  le 
nom  de  E.  Ballandic.rianum,  car  je  t'avais  dédié  aussitôt  à 
mon  ami  M.  Battandicr  en  souvenir  des  excellentes  excursions 
qu'il  nous  lit  faire,  ainsi  que  SI.  le  D'' 'l'rahut,  eu  Algérie  eu 
189-2.  Voici  sa  description: 

K.Battaudierianum.  —  Radiée  perenni  fusiformi  satis  gracili 
stipulis  coronata.  Caule  millo.  Foliis  radicatibtis  nunierosis 
longe  petiolatis  limbo  ptibesceiite  amhilu  orbiciilnri  irreijii- 
lariler  crenalo  rariiis  Irilobo  lobis  fere  œr/iiatibus  dentatis. 
Peliolix  leuuibu?  s;epissime  limljo  2-i-plo  Innr/ioribiis.  Scapis 
gracilibus  rniillifloris,  umbelliirtnn  radiis  eloiigrilis  pariiin 
iii:pi/ualibiis  ;  hracleoWs  ovato-acutis  ruiescentihus.  Sepnlis 
apice  late  seariosis  hreuissbne  inucroniilitlis  loiii/e  elliplicis 
striatis  pubescentibus  ; /je/n/i's  magnis  rosels ;f.\.iim'mum  Hla- 
mentis  hirsutis  sterilibus  late  oblongis  apice  rotundalis.  Car- 
pidiis  oblongis  longe  pilosis  a'me  plica  coiicenlrica,  rostro 
eloiif/uto  glabro,  robusto. 

Hab  Algérie  :  rochers  herbeux  et  bords  des  fossés  à  l'entrée 
et  jusqu'au  milieu  des  gorges  du  Cliabet-el-Akhra,  entre 
Kerrala  et  Bougie  (3  mai  1S92). 

Plante  appartenant  au  groupe  des  Acaidia  Batt.  et  Trab. 
{FI.  .ilg.,  p.  125)  et  comprenant,  en  outre,  pour  la  région 
composée  du  Maroc,  de  l'Algérie  et  de  la  Tunisie,  les  E.  as- 
plenioides'WMd.j  Atlanticum  CoBS.  et  C/wuletlianuin  Coss.  Ce 
dernier  que  je  possède  des  récoltes  de  Choulotte,  de  Cossou 
et  du  D'  Julien,  s'en  écarte  k  première  vue  parles  feuilles  bi- 
pinnatiséqués  (1).  LE.  Atlanticum,  d'après  mes  exemplaires 
du  Djebcl-Aziwel,  Ait-Adouyous  {Marocj,  en  diffère  par  les 
.feuilles  i  limbe  ovale  presquetriséqué,  à  lobes  profondément 
dentés,  le  médian  subtrilobé  ou  triparti!,  les  scapes  pauci- 
Oores  (1-3-flores  au  lieu  de  3-n-Uores),  les  Meurs  une  fois  plus 
petites  et  le  bec  des  carpelles  très  grêle.  Enfin  \'E.  asplenioides 
Villd.  [Geranimn  asplenioides  Desf.  FI.  AUa>U.,2,\t.  lOO.t.  16S) 
en  est  distinct,  d'après  la  planche  de  Dcsfoutaines  et  mes 
exemplaires  algériens  du  Djebel  Bou-Chenak  {Icr/.  i.  Reboud), 
et  du  Djebel-Maruuf  près  El-.Miliah  [leg.  Cossoul,  par  les 
feuilles  velues,  à  limbe  ovale  S-ii-lobé,  le  lobe  terminal  sensi- 
blement plus  grand  et  sublobé,  les  rayons  de  l'ombelle  très 
iuégaux,  les  sépales  mutiques,  larges,  elliptiques  ou  ovales, 
les  pétales  violets,  le  bec  du  double  plus  long  et  plus  gros. 

Il  me  parait  inutile  d'insister  sur  les  caractères  dillérentiels 
qui  séparent  l'E.  Ilallandierianum  des  autres  espèces  vivaces 
acaules  européennes  ou  orientales  qui  toutes,  même  1'^.  liois- 
sieri  Coss.  [E.  asplenioides  Boiss.,  non  Villd.),  présentent  des 
feuilles  pinuatiséquées  ou  bipinnatiséquées. 


G.  RouY. 


(I)  Les  sépales  sont  indiqués  par  erreur  mutiques  dans  la 
Elorede  l'.llge'rie  :  ils  sont  brièvement  mais  nettement  mucro- 
nés,  surtout  sur  les  exemplaires,  cultivés  à  l'école  de  Méde- 
cine d'Alger,  que  m'a  remis  en  1892  M.  le  D'-  Trabut. 


ANIMAUX 

Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de   bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Corbeau.  —  Au  sujet  de  cet  oiseau  fameux,   Pline 

dit  (Hisloriarum  mundi  lib.  X,  cap.  X\)  :  «  Tous  les 

autres  oiseaux  du  rnèuie  peure  chasseat  leurs  petits  du 
nid  et  les  contraignent  à  voler;  les  corbeaux,  quoiqu'ils 
ne  vivent  pas  uniquement  de  chair,  font  la  même  chose  ; 
ils  ne  souffrent  pas  même  que  leurs  petits,  devenus  adultes, 
demeurent  dans  leur  voisinage.  Aussi  n'en  voit-on  pas 
plus  de  deux  couples  dans  les  cantons  peu  étendus;  il  n'y 
eu  a  jamais  qu'im  dans  les  environs  deCranon.en  Tlies- 
salie  ;  le  père  et  la  mère  cèdent  la  place  à  leurs  enfants. 
Les  corbeaux  produisent  avant  le  solstice;  ils  sont  ma- 
lades soixante  jours,  et  souffrent  surtout  de  la  soif  avant 
la  maturité  des  figues  d'automne.  La  corneille,  à  cette 
époque,  commence  à  être  allaijuée  de  cette  maladie.  Les 
corbeaux  pondent  ordinairement  cinq  (cufs.  Le  vulgaire 
croit  qu'ils  pondent  ou  s'accouplent  par  le  liée  ;  que,  ]iour 
cette  raison,  une  l'emmc  enceinte,  si  elle  mange  un  œuf 
de  corbeau,  rendra  son  enfant  par  la  bouche,  et  qu'en 
général  elle  accouchera  dillicilemeiit  si  ou  porte  un  œuf 
de  corbeau  dans  la  maison.  Aristote  nie  expressément 
que  le  corbeau, pas  plus  (jm^  l'ibis  euEgypte,  s'accouplent 
de  la  sorte:  les  baisers  qu'ils  se  donnent  si  souvent  ne 
sont  jias  différents  de  ceux  des  colombes. 

<c  Les  corbeaux  seuls,  dans  les  auspices,  paraissent 
avoir  l'intelligence  des  choses  qu'ils  annoncent.  Leur 
plus  sinistre  présage  a  lieu  quand  ils  étouffent  leur  voix 
comme  si  on  les  étranglait.  » 

Nous  reviendrons  à  Pline  tout  à  l'heure. 

Le  corbeau  est  souvent  mentionné  dans  la  Bible,  l'éty- 
mologie  de  son  nom,  oreb,  'orab,  vient  d'une  racine  si- 
gnifiant être  noir.  Un  corbeau  fut  envoyé  par  Noé  hors 
de  l'arche  pour  voir  si  les  eaux  s'étaient  enfin  écoulées  ; 
Genèse,  viii,  7  :  «  Et  il  lâcha  un  corbeau,  qui  sortit,  allant 
et  venant,  jusqu'à  ce  que  les  eaux  séchassent  sur  la 
ferre. » 

Le  corbeau  était  un  oiseau  impur  chez  les  Hébreux  ; 
Woitique,  xi,  13  :«  Entre  les  oiseaux  vous  tiendrez  ceux- 
ci  pour  abominables  et  l'on  n'en  mangera  point:  savoir... 
15.  Toute  espèce  de  corbeau.  »  Sous  ce  nom  générique 
étaient  évidemment  com[n-is  les  freux,  la  corneille,  la 
pie,  etc. 

8ur  l'ordre  de  Dieu,  les  corbeaux  furent  chargés  de 
nourrir  le  prophète  Elle  près  duruisseauCarith.  :  IIlRois 
XVII,  3  :  Il  Va  t'en  d'ici;  va  vers  l'orient  et  cache-toi  sur 
les  bords  du  torrent  de  Carith,  qui  est  en  face  du  Jour- 
dain. —  4.  Tu  boiras  là  de  l'eau  du  torrent:  j'ai   ordonné 

aux  corbeaux  de  t'y  apporter  de  la  nourriture.  — 6. 

Les  corbeaux  lui  apportaient  du  pain  et  de  la  viande,  et 
le  soir  aussi  du  pain  et  de  la  viande,  et  il  buvait  de  l'eau 
du  torrent.  » 

Les  Ecritures  mentionnent  souvent  le  corbeau  comme 
témoignage  de  la  bonté  de  Dieu  envers  ses  créatures  : 

Job,  xxxviii,  41.  i(  Qui  préjiare  au  corbeau  sa  nourri- 
ture lorsque  les  petits,  courant  çà  et  là,  crient  vers  Dieu, 
]iarce  qu'ils  n'ont  rien  à  manger'^  » 

Psaume  CXLVI,  9.  «  Qui  donne  aux  bétes  la  nourriture 


16 


LE     NATURALISTE 


qui  leur  convient,  et  qui  nourrit  les  petits  des    corbeaux 
invoquant  son  secours?  » 

Luc,  XII,  24.  Considérez  les  corbeaux  ;  ils  ne  sèment  ni 
ne  moissonnent  ;  ils  n'ont  ni  cellier  ni  grenier;  cepen- 
dant Dieu  les  nourrit.  Et  combien  leur  êtes-vous  supé- 
rieurs? » 

Ils  sont  énumérés  avec  la  chouette,  le  héron,  etc., 
pour  marquer  la  désolation  et  la  ruine  futures  d'Kdum  ; 
Isiiie,  XXXIV,  12.  «  Le  butor  et  le  hérisson  la  possédi'i-oiU, 
(ridumt'c):  le  héi'on  et  le  corbeau  y  établirdiil  leur 
demeure,  »  etc. 

lien  est  de  même  pour  l'Assyrie  :  Sop/jonù-,  il,  14. 
«  Les  troupeaux  se  reposeront  au  milieu  d'elle  (Assur), 
ainsi  que  toutes  les  bétes  des  pays  d'alentour.  Le  butor 
et  le  hérisson  habiteront  dans  ses  riches  vestibules,  les 
oiseaux  crieront  sur  ses  fenêtres,  et  le  corbeau  au-des- 
sus de  ses  jiortes,  parce  que  j'anéantirai  toute  sa  puis- 
sance. » 

Les  cheveux  du  Bien-aimé,  dans  le  Cantique  des  Can- 
tiques (v,  H),  sont  comparés  au  noir  et  brillant  plumage 
du  corbeau  :  «  Sa  tète  est  comme  un  or  très  pur  ;  ses 
cheveux  sont  tout  frisés  et  noirs  comme  le  corbeau.  » 

Le  corbeau  était  consacré  à  Apollon  ;  aussi  Stace  dans 
sa  Thébaïdc  (III,  v.  KOO)  l'ajipelle-t-il  noir  compagnon  du 
dieu  au  trépied,  et  Pétrone  (Satyricon,  122)  oiseau  de  Del- 
phes. 

Ovide  (ilelamofplioses,  liv.  II,  v.  S34  et  sqq.)  et  Hyginus 
{Fable  202)  disent  que  jadis  le  corbeau  était  blanc,  mais 
qu'il  fut  noirci  complètement  par  Apollon  pour  lui  avoir 
fait  connaître  l'infidélité  de  sa  maîtresse  Coronis,  en  ce 
moment  sur  lo  point  de  donner  le  jour  à  Esculape.  Il  y  a 
toujours  eu  comme  cela  des  gens  qui  se  mêlent  de  ce  qui 
ne  les  regarde  pas.  Irrité  au  suprême  degré,  le  dieu  perça 
d'une  flèche  le  corps  doulilement  sacré  de  la  malheu- 
reuse princesse,  arracha  l'enfant  de  son  sein,  et  le  confia 
aux  soins  du  Centaure  Chiron,  ce  vieil  érudit  qu'on  ren- 
contre si  souvent  dans  les  récits  mythologiques;  mais 
bientôt  désolé  de  la  perte  de  celle  qu'il  avait  tant  aimée, 
et  reconnaissant  (trop  tard,  hélas  !  pour  la  réhabiliter; 
l'innocence  de  sa  maîtresse,  il  tourna  ce  qui  lui  restait 
de  colère  contre  son  tropbavard  satellite,  et  il  lui  noircit 
complètement  les  )duraes. 

Selon  qu'un  corbeau  apparaissait  en  l'air,  volant  à 
votre  droite  ou  à  votre  gauche,  c'était  un  bon  ou  un 
mauvais  présage;  ainsi,  pour  une  foule  allant  dans  les 
deux  sens  d'une  route,  le  même  corbeau  présageait  du 
malheur  aux  uns  et  du  bonheur  aux  autres. 

Il  annonçait  la  pluie  etles  orages  par  ses  croassements. 
Nicandro  y  fait  allusion  au  vers  406  de  ses  Thériaques  : 

«  Lo  milan,  le  vautour  et  le  corbeau  annoncent  la 
pluie  eu  criant.  « 

Lucrèce  {De  naturd  rerutn,  \ih.  V,  v.  1082  et  sq.)  dit 
aussi  : 

Et  partim  mutant  cum  tempestatibiis  una 
RauL-isonus  c.intus  coruii.'um  et  .saecla  vetusta, 
Corvorum(|uc  grèges,  abi  aquain  dicuntur  et  imbres 
Poscere,  et  interdum  ventos  aurasque  vocare. 

«  Leurs  chants  rauques  changent  souvent  à  l'approche 
des  tempêtes;  telle  est  la  corneille  séculaire,  et  les  nom- 
breuses troupes  de  corbeaux  dont  l'àpre  croassement 
semble  demander  la  pluie,  les  vents  et  les  orages.  » 

Ils  étaient  connus  comme  ne  vivant  que  de  carnage  et 
dévorant  les  cadavres  des  supphciés.  C'est  ce  que  dit  la 
Bible  dans  lesProverbes,  xxx,  17:  «  Que  l'œil  qui  insulte 


a  son  père  et  qui  méprise  sa  mère,  soit  crevé  par  les  cor- 
beaux des  torrents  et  mangé  par  les  petits  de  l'aigle.  » 
Horace,  dans  VEpttre  xvidu  livre II,  vers  48,  fait  allusion 
au  dicton  romain  :  donner  à  manger  aux  corbeaux,  c'est- 
à-dire  être  attaché  au  gibet  : 

non  pasres  in  cruce  corvos. 

«  Ton  corjjs  ne  servira  pas  de  pâture  aux  corbeaux.  » 
Catulle,  dans  son  Epigramme  cviii   contre  Cominius, 

parlede  cet  attrait  invincil)le  qu'ont  lesyeux  pour  le  cor- 

lieau  :  <•  Si  tu  mourais. 

Non  equidem  dubito  qiiin  primùm  inimi.-a  bonorum 
Lingua  e.xsecta  avido  sit  data  vulUu-io  ; 
Effos.sos  oculos  voret  atro  gutture  corvus, 
Intestina  canes,  caetera  niembralupi, 

je  ne  doute  pas  ijue  ta  langue,  ennemie   de    tous  les 

gens  de  bien,  ne  fut  d'abord  coupée  et  livrée  à  l'avide 
vautour  ;  le  noir  corlieau  creuserait  à  coups  de  bec  et 
dévorerait  tes  yeux;  tes  entrailles  seraient  jetées  aux 
chiens,  et  les  loups  se  disputeraient  le  reste  de  tes 
membres.  »  —  Il  y  en  aurait  pour  tout  le  monde. 

Aristophane,  dans  les  Oiseaux,  dit  aussi  :  «  Le  corbeau 
arrive  et,  volant  avec  précaution,  il  crève  à  coups  de  bec 
les  yeux  du  parjure.  »  Et,  plus  loin  :  «  Les  corbeaux  ar- 
rachent les  yeux  dos  bieufs  lafiourant  les  champs  et  des 
brebis  qui  y  paissent.  » 

Saint  Grégoire  de  Nysse,  dans  son  i/omé/ie  xiii,  appelle 
les  corbeaux  :  «  crapxoêôpov  t(ôv  ètpôaXixwv  à^avicTTtxov  *  des- 
tructeurs des  yeux  des  carnivores.  » 

L'écrivain  arabe  Alcazuin  dit  également  :  «  Il  se  pose 
sur  tous  les  grands  animaux  qui  sont  dans  les  champs, 
les  chameaux,  les  chevaux,  mémo  sur  l'homme,  et  il 
s'oll'orce  de  leur  arracher  les  yeux.  »  Du  reste,  au  cha- 
pitre xx.xv  du  livre  VII  de  son  De  rerwnvarietate,  Cardan 
dit  cela  de  beaucoup  d'autres  oiseaux:  «  Il  n'existe  aucun 
genre  d'oiseaux  de  forte  taille,  soit  poules,  soit  paons, 
soit  corbeaux,  grues,  cigognes,  etc.,  même  apprivoisés, 
qui,  s'ils  sont  près  de  vous,  ne  cherchent  à  vous  crever 
les  yeux.  » 

Le  proverlie  ;  «  Les  loujjs  ne  se  mangent  pas  entre 
eux  »  avait  jadis  un  pendant  :  «  Les  corbeaux  ne  se  crè- 
vent pas  les  yeux  entre  eux.  »  Nous  lisons  dans  Gré- 
goire de  Tours  (Hisloria  Francorum,  lib.  V,  cap.  xix)  que 
deux  évêques  qu'il  croyait  ses  bons  amis  (Bertrand,  de 
Bordeaux,  et  Raguemod,  de  Paris)  l'avaient  dénoncé  au 
roi  Chilpcric  comme  tenant  des  propos  diffamatoires 
contre  lui.  Le  roi  l'envoya  aussitôt  chercher  par  un  offi- 
cier du  jialais  :  «  Dès  que  le  roi  m'apergut,  il  me  dit  : 
O  Evêque,  tu  dois  distribuer  à  tous  la  justice,  et  cepen- 
dant je  ne  reçois  pas  de  toi  ma  jiart  de  justice  ;  mais  tu 
soutiens  l'iniquité,  et  tu  justifies  bien  le  iiroverbe  :  «  le 
corbeau  ne  crève  pas  l'œil  du  corbeau  !  » 

Le  naturaliste  anglais  Pennanta  raconté  l'histoire  d'un 
gros  crapaud  apprivoisé,  qui  passait  toute  sa  journée 
sous  un  escalier  et,  le  soir,  pénétrait  dans  la  salle  à 
manger  dès  qu'il  y  voyait  de  la  lumière.  On  l'avait  habitué 
à  se  laisser  mettre  sur  la  table,  où  il  recevait  une  large 
provende  de  mouches  et  de  vers;  il  se  dressait  même  sur 
ses  pattes  de  derrière,  lorsqu'on  tardait  trop,  et  essayait 
de  grimper  contre  l'un  des  pieds  de  la  table.  Il  fut  de  la 
famille  pendant  trente-six  ans,  et  il  aurait  sans  doute  vécu 
bien  longtemps  encore,  sans  un  infernal  corbeau,  com- 
mensal de  la  maison,  qui  s'amusa  un  jour  à  lui  crever  un 
œil.  Santini  de  Riols. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 


Paris.   —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  n. 


19»  ANNÉE 


2»  Sékie  —     X'  Sîir 


13  JANVIER  1897 


LES  mis  DE  IIIITI  l)E  SHSSEl-PyiiniCT 


Le  Bitume,  ai)|)olé  aussi  Pissasplialle,  Poix  minérale, 
Goudron  minéral,  ost  une  substance  molle,  glutineuse, 
se  ramollissant  pendant  l'été,  et  s'atlacliant'aux  doigis.et 
se  durcissant  |ien(lanl  les  l'roids.  De  couleur  noire,  il  esl 
solulile  dans  l'alcool  avec  un  résidu  bitumineux,  etsoluble 
complètement  dans  le  napbte  et  l'essence  de  térébenthine. 

Il  forme  à  l'yrimont  près  de  Seyssel,  département  de 
l'Ain,  sur  la  rive  droite  du  Rhône,  une  exiiloitation  ix}- 
dustrielle. 

Le  liitume  se  trouve  en  veines  dans  le  calcaire  urgo- 
nien,  comme  le  montre  l'échantillon  ligure,  mais  il  im- 
prègne plutôt  ce  calcaire  et  forme  l'asphalte  industriel. 

Le,  calcaire  imprégné  est  do  couleur  brun  noirâtre  se 
réduisant  en  grains  aux  doigts:  il  conlient  12  0/0  de  bi- 
tume . 


L'exploitation  se  fait  dans  la  colline  de  Pyrimont,  i[ui 
s'étend  sur  une  longueur  de  400  mètres  et  une  largeur 
de  dOO  à  120  mètres.  11  y  a  sept  couches  de  calcaires 
asphalti(]ues  séparées  par  sept  zones  stériles.  Ces  couclies 
sont  parallèles  et  concentriques  à  un  cône  de  calcaire 
formant  le  centre  du  mamelon.  Le  tout  est  surmonté  de 
molasses  dont  quelques  parties  sont  imprégnées  de 
bitume  et  d'une  grande  masse  d'alluvions  provenant  du 
Rhône. 

Le  calcaire  bitumineux  provenant  de  Pyrimont  est  traité 
à  Seyssel  pour  formcn-  le  mastic  d'asphalte  qui  sera  em- 
ployé dans  l'industrie. 

On  réduit  en  poudre  les  moellons  il'asphalte  au  moyen 
d'un  concasseur.  C'est  une  paire  de  cylindres  armées  de 
dents  qui  réduisent  l'asphalte  en  morceaux  de  la  gros- 
seur d'une  noix.  Ces  morceaux  sont  ensuite  réduits  en 
poudre,  dans  un  broyeur;  c'est  une  sorte  do  grand  moulin 
à  café  qui  broie  la  matière  dans  un  engrenage. 

La  poudre  est  alors  mélangée  à  de  l'asphalte  naturel. 
Cet  asphalte  est  noir,  à   cassure   conchoide,  brillant;  il 


Calcaire  avec  veines  de  Bitume. 


provient  du  lac  de  la  Poix  dans  Pile  de  la  Trinidad. 

On  mélange  l'asphalte  et  le  bitume  dans  les  proportions 
de  13  iiarties  d'asphalte  pour  1  partie  de  bitume,  dans 
des  chaudières  munies  d'agitateurs.  Le  tout  est  chauffé 
pendant  une  demi-journée  environ  et  coulé  dans  des 
moules  cylindriques  contenant  2o  kilogrammes.  On  traite 
à  chaque  Ojiération  4.000  kilogrammes  de  matière. 

Pour  utiliser  l'asphalte  ainsi  (jréparé,  on  le  refond  dans 
des  chaudières  et  on  l'étend  sur  le  sol  après  avoir  sau- 
iJûudré  de  gravier  pour  donner  plus  de  cohésion. 

E.  M.4SSAT, 
Attachd  au  Muséum. 


Le  Xaturalisle,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


DANS      L'ORNEMENTATION 


Quoique  complètement  dépourvues  de  fleurs  aux  bril- 
lantes couleurs,  à  l'agréable  parfum,  les  graminées  n'en 
sont  pas  moins  éminemment  ornementales.  Il  est  jieu  de 
végétaux  qui  puissent  lutter  avec  certaines  d'entre  elles 
pour  l'élégance,  la  délicatesse,  le  vaporeux  des  épis  ou 
des  panicnles.  Mélangée  de  place  en  place  de  quelques 
lleurs,  d'immortelles  à  bractées,  de  bleuets,  etc.,  une 
gerbe  de  graminées  produit  un  charmant  efl'et:  c'et  le 
plus  simple  et  en  même  temjis  le  jjIus  gracieux  des  bou- 
quets champêtres.  Aux  environs  de  Paris,  le  commerce 
des  graminées  des  chamiis  et  des  bois  joue  un  certain 
rôle.  Les  abords  des  gares,  dans  les  localités  fréquentées 
de  préférence  le  dimanche  par  les  Parisiens,  sont  ]iarfois 
encombrés    de   gens    qui    iiroposent   des     bouquets    de 


18 


LE     NATURALISTE 


Canche  flexueuse.  On  rencontre  mi-meces  industriels  jus- 
que dans  l'intérieur  de  la  capitale,  où  ils  pratiquent  leur 
petit  commerce.  Ce  sont  les  mêmes  ([ui,  à  d'autres  mo- 
ments de  l'année,  vendent  des  bouquets  de  Muguet,  des 
bottes  de  Bruyère  ou  des  touffes  de  Fougères. 

Nombreuses  sont  les  graminées  sauvages  susceptibles 
d'entrer  dans  la  composition  de  bouquets.  Si  nous  avons 
cité  la  Canche  flexueuse  (Aira  flewuosa),  c'est  qu'elle  do- 
mino de  beaucoup  et  qu'elle  est  facile  à  recueillir  dans  les 
bois  sablonneux  des  environs  de  Paris,  où  elle  croit  en 
abondance.  Mais  bien  d'autres  espèces  peuvent  encore 
être  utilisées  :  VAlopecurus  pratensis  aux  longs  épis 
soyeux,  vert  pâle  ou  violacés;  lePanisum  capillare  dont 
l'inflorescence  estdisposée  en  une  panicule  lâche,  dressée, 
à  rameaux  très  lins  et  étalés  ;  le  Soryhum  halepense  et 
VErianthus  Ravennœ  aux  vastes  panicules  pyramidales, 
rameuses,  panachées  de  vert  et  de  violet  et  soyeuses  ;  les 
Phragmites  plus  connus  sous  le  nom  de  roseaux  ;rA9)'os- 
tis  Spka  Venti,  le  Lagurus  ovatus  frér|uemment  cultivé, 
bien  reconnaissable  à  son  épi  ovoide  ou  globuleux,  mou, 
blanc  soyeux  et  très  serré  ;  le  Stipa  pennala  remarquable 
par  sa  glume  inférieure  munie  d'une  longue  arête  \Au- 
meuse  qui  peut  atteindre  jusqu'à  trois  décimètres. 

Les  Aira,  les  Avena,  les  Agrostif,  certains  Glyceria,  les 
Bromus  sont  tout  aussi  doués  de  (jualités  ornementales 
qui  doivent  les  faire  rechercher. 

VAira  fiexuosa  ou  la  Canche  flexueuse,  dont  nous 
avons  déjà  parlé  plus  haut,  mérite  d'être  décrite  en  raison 
même  de  sa  beauté  et  de  l'abondance  avec  laquelle  elle  se 
présente.  C'est  une  plante  ([ui  croit  dans  les  bois  secs  et 
siliceux  d'une  grande  partie  de  la  France;  ses  chaumes 
ou  tiges  peuvent  atteindre  de  cinq  à  six  décimètres  ;  ils 
sont  dressés,  raides,  rudes  au  sommet  et  rassemblés  en 
touffe  i)lus  ou  moins  fournie  ;  l'inflorescence  est  formée 
d'une  panicule  dressée  et  un  peu  penchée  au  sommet, 
étalée  quand  la  floraison  est  complète,  puis  con- 
tractée; les  rameaux  sont  très  lins,  llexueux,  longuement 
nus;  les  épillets  sont  élégamment  panachés  de  blanc,  de 
violet  et  de  jaune,  plus  rarement  d'un  vert  jaunâtre  ;  les 
feuilles  sont  radicales,  dressées,  très  étroites.  Une  autre 
plante  du  mémo  genre  mérite  également  de  fixer  l'atten- 
tion, c'est  VAira  ca;s2'*'''sa aux largespanicules, rameuses, 
dressées  et  un  peu  étalées.  Les  tiges  sont  plus  élevées 
que  dans  la  plante  précédente;  elles  peuvent  atteindre 
un  mètre  et  les  feuilles  sont  plus  larges,  planes,  fermes 
et  rudes  à  la  face  supérieure. 

Si  les  graminées  peuvent  servir  à  confectionner  des 
bouquets,  elles  sont  également  susceptibles  de  concourir 
à  l'ornementation  des  jardins.  Et  pourtant  on  n'en  cultive 
que  bien  peu  d'espèces,  la  plupart  exotiques.  Il  n'y  a  guère 
que  le  Slipa  pennala  et  le  Lagurus  ovatus  qu'on  puisse 
citer  parmi  les  indigènes.  La  culture  des  graminées  est 
pourtant  généralement  facile;  ce  sont  des  plantes  qui 
poussent  raindement  et  s'acconimodimt  de  tous  les  ter- 
rains. Nous  ne  parlons  pas,  bien  entendu,  des  Bambous 
qui,  quoique  appartenant  à  la  famille  des  graminées,  con- 
stituent un  type  en  quelque  sorte  spécial  tant  au  j)ointde 
vue  cultural  que  décoratif. 

Dans  les  parterres  se  plaisent  :  le  Pennisetum  longi- 
stylum,  en  toull'es  étalées  d'où  s'élèvent  d'élégants  épis 
flexueux;  VAgroslis  nebulosa,  ga/.onnant,  avec  des  inflo- 
rescences véritablement  nébuleuses,  dont  l'ensemble 
constitue  une  panicule  vaste,  élégante  et  légère;  VAira 
pukhella  aussi  gracieux  et  aérien  (jne  la  jdante  précé- 
dente ;  le  Briza  maxima,  dont  les  gros  épillets  eu  forme  de 


cu'ur  et  penchés  sont  d'un  beau  jaune  d'or  à  la  matu- 
rité; le  Panicum  plicalum  dont  les  feuilles  sont  d'un  beau 
vert  et  élégamment  plissées;  VHordeum  jubatwn  à  épis 
hérissés  de  très  longues  arêtes  vertes  à  la  base  et  osées 
au  sommet  ;  le  Stipael  le  Lagurus  déjà  mentionnés,  etc. 

Dans  les  pelouses  le  Gymnothrix  latifolia  fait  merveille 
avec  ses  chaumos  élevés,  ses  larges  feuilles  engainantes, 
dressées  jjuis  déflêchies  ;  malheureusemem  il  craint  le 
froid  sous  le  climat  de  l'aris.  h'Eidatia  japonica  lui  tient 
dignement  compagnie,  mais  c'est  le  Gynerium  argenteum 
qui  triomphe,  h' Ber  be  des  Pampas  est  originaire  du  Para- 
guay ;  elle  forme  des  touffes  volumineuses,  à  feuilles 
rudes,  flexueuses  et  longues  ;  du  centre  des  touffes  s'élèvent 
des  chaumes  robustes  et  dressés  qui  peuvent  atteindre  et 
même  dépasser  deux  mètres  et  terminés  par  d'immenses 
panicules  soyeuses  et  argentées.  L'Herbe  des  Pampas  est 
bien  la  reine  des  graminées  :  aucune  ne  peut  lutter  avec 
elle  pour  l'élégance  et  la  qualité  décorative.  Ajoutez  à 
cela  que  la  coloration  des  panicules  a  été  déjà  modifiée 
par  la  culture  et  qu'on  connaît  aujourd'hui  des  formes  à 
fleurs  violacées  et  même  presque  foncées. 

Les  bordures  se  trouvent  bien  également  de  la  présence 
des  graminées,  quand  cène  serait  que  de  celle  du  roseau 
panaché  ou  Phalaris  arundinacea  picta,  dont  les  feuilles 
sont  rubanées  de  vert  clair  et  de  blanc  rosé;  ou  bien 
encore  du  Poa  tiivialis  à  feuilles  panachées,  du  Festuca 
glauca,  plante  de  premier  ordre  pour  la  formation  des  bor- 
dures serrées  et  de  longue  durée  autour  des  corbeilles  et 
des  massifs  de  plantes  fleuries. 

Les  bassins  et  les  pièces  d'eau  ne  peuvent  manquer 
de  servir  de  rendez-vous  à  quelques  grandes  espèces,  telles 
que  le  roseau  ou  Phragmites,  la  Canne  de  Provence  ou 
Arundo  Donax  surtout  dans  le  midi  de  la  France,  le  Gly- 
ceria speetabilis.  Cette  dernière  plante  est  assurément  la 
plus  belle,  la  plus  recommandable  de  nos  graminées  aqua- 
ticjues.  Ses  chaumes  sont  épais,  élevés,  raules  et  dressés; 
l'inflorescence  forme  une  vasti:  panicule,  très  fournie  et 
rameuse,  composée  d'êpillets  ]janacliés  de  vert  et  de  vio- 
let; les  feuilles  sont  fermes,  linéaires,  terminées  brus- 
quement par  une  pointe  fine,  planes,  rudes  aux  bords  et 
carénées.  La  souche  est  longuement  rampante,  ce  qui  en 
assure  la  facilité  de  culture  et  de  multiplication.  Dans 
son  entier  développemeutcette  belle  graminée  est  de  tous 
points  superbe;  ses  tiges  gigantesques  dépassent  la  hau- 
teur d'un  homme  et  peuvent  lutter  avantageusement  avec 
celles  des  roseaux.  On  peut  aussi,  et  on  aura  tout  lieu  de 
s'en  louer,  disposer  de  place  en  place  quehiues  toull'es  de 
Typha,  dont  les  larges  feuilles  glauques  ou  vertes  et  les 
tiges  terminées  par  des  épis  compacts,  allongés,  de  nuance 
plus  ou  moins  brune  tirant  sur  le  châtain  roux,  ne  man- 
quent pas  d'un  certain  cachet.  Enfin  disséminés  sous  les 
ombrages  et  dans  le  fouillis  des  graminées  et  des  Typha, 
l'Iris  à  fleurs  jaunes  et  le  Carex  pseudo-Cyperus  aux  épis 
élégamment  penchés,  ne  seront  nullement  déplacés. 

P.  IIaiuot 


MOYENS   DE  CONSERYER   LE  &IBIER 


Bien  des  personnes  se  demandent  quel  est  le  meilleur 
moyen  de  conserver  le  gibier  ou  de  le  faire  voyager. 

Le  moyen  le  plus  élémentaire  est  de  l'expédier  dans  de 
bonnes  bourriches,  bien  sèches,  le  plus  vite  possible  et  de 
le  consommer  dans  un  bref  délai. 

Mais,  s'il  doit  être  envoyé  à  de  longues    distances,  ou 


LE     NATURALISTE 


19 


conservé  pondant  un  temps  quelque  peu  prolonf;é,  il  y  a 
un  moyen  ûo  le  conserver  préférable  aux  réfrigérants 
tels  i]ue  la  glace  pilée  avec  du  sel  de  cuisine  :  on  peut 
fairi'  une  injection,  par  la  carotide,  au  moyen  d'une 
seringue  de  l'ravaz,  d'une  solution  de  borax  dans  l'eau  à 
raison  de  oinquanle  centigrammes  de  borax  ]iar  kilo- 
gramme de  la  venaison  injectée. 

P.  .Tac.oii. 


ANIMAUX 

Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de   bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Corbeau  (Suite). 

Nous  lisons  aussi  dans  Aristotc  {Hhtoirc  des  animaux, 
liv.  IX,  cil.  n,  §  9)  :  «  Le  corbeau  est  l'ennemi  du  tau- 
reau et  de  l'àne,  qu'il  frappe  en  volant  sur  eux,  et  il  leur 
crève  les  yeux.  » 

«  Le  corbeau  et  le  renard  s'entendent  aisément,  parce 
que  le  corbeau  est  bostile  à  l'émerillon,  el.  ([u'il  pri'ud  la 
défense  du  renard  contre  lui  »  (Liv.  IX,  ch.  ii,  ^  13). 

«  LesCorbeauxnevont  que  deux  à  deux  dans  les  cantons 
peu  fertiles,  qui  ne  fournissent  pas  une  nourriture  suffi- 
sante à  un  nombre  plus  grand.  Dès  que  leurs  petits  sont 
en  état  de  voler,  ils  les  chassent  d'abord  du  nid,  et 
ensuite  ils  les  expulsent  du  canton  qu'ils  habitent.  Le 
corbeau  poml  i|uatre  ou  cinq  œufs.  A  l'épociue  où  les 
hôtes  lie  Médias  périrent  à  Pharsale,  on  vit  tout  à  coup 
l'Attique  et  le  Péloponèse  désertés  par  tous  les  corbeaux, 
qui  disparurent  comme  s'ils  s'étaient  mutuellement 
avertis.  » 

On  se  rappelle  le  fameux  corbeau  qui  aida  le  jeune  tri- 
bun des  soldats  Valérius  à  vaincre  un  Gaulois,  au  temps 
des  guerres  du  grand  Camille.  Tite-Live  {Histoire  romninc, 

liv.  VII,  cil.   xxvi)  raconte  ainsi   le  fait  :  «  Déjà  le 

Romain  avait  commencé  l'attaque,  quand  soudain  un 
corbeau  se  percha  sur  son  casque,  faisant  face  a  l'en- 
nemi, ce  qui  parut  d'abord  un  augure  envoyé  du  ciel;  le 
tribun  l'accepte  avec  joie,  puis  il  prie  le  dieu  ou  la  déesse 
qui  lui  envoie  cet  heureux  présage  de  lui  être  secourable. 
Chose  merveilleuse  :  non  seulement  l'oiseau  demeure  au 
lieu  qu'il  a  choisi,  mais,  chaque  fois  que  la  lutte  recom- 
mence, se  soulevant  de  ses  ailes,  il  frappe  du  bec  et  des 
ongles  le  visage  et  les  yeux  de  l'ennemi,  qui,  tremblant 
enfin  à  la  vue  d'un  tel  prodige,  tombe  égorgé  par  Valérius. 
Le  corbeau  disparut  alors,  emporté  vers  l'orient.  » 

Cet  événement  eut  lieu,  dit  Aulu-Gelle  (jui  le  raconte 
aussi  {Suits  attiques,  liv.  IX,  c.  Xl),  40o  ans  après  la  fon- 
dation de  Rome  (:i49  ans  avant  Jésus-Christ). 

Klien  parle  souvent  du  corbeau  dans  son  Histoire  des 
animaux.  Selon  lui,  le  corbeau  est  tué  par  le  suc  de  la 
roquette  (liv.  VI,  ch.  xlvi;;  il  imite  le  bruit  de  la  pluie 
qui  tombe  (liv.  VI,  ch.  Xix);  il  préserve  son  nid  contre 
les  encliantements  en  l'entourant  de  fragments  de  vigne 
(liv.  I,  ch.  xxxv);  lorsqu'il  se  fait  vieux,  il  se  donne  en 
nourriture  à  ses  enfants,  lesquels  le  dévorent  sans  hésiter  ; 
d'où  serait  venu  le  proverbe  :  à  mauvais  corbeau,  mauvais 
û?»/' (liv.  III,   ch.  XLiii);  le  milan  et  lui  sont  ennemis 


(liv.  IV,  ch.  v)  ;  il  est  aussi  auilacieux  que  l'aigle  (liv.  Il, 
ch.  Ll);  il  est  l'ennemi  du  boMif  et  de  l'àue,  sur  la  tète 
desquels  il  se  pose  pour  les  frapper  et  leur  crever  les  yeux 
(Ibidem);  le  vautour  de  mer  et  lui  sont  ennemis  (liv.  VI, 
ch.  XLv);  le  lièvre  le  redoute  beaucoup  pour  ses  petits 
(liv.  XIII,  ch.  XI);  les  Egyptiens  habitant  autour  do 
Coptos  n'ont  jamais  vu  ([uo  deux  corbeaux  dans  ces  loca- 
lités (liv.  Vil,  ch.  xviii);  les  corbeaux  d'Egypte  ont  l'ha- 
bitude de  venir  mendier,  pour  ainsi  dire,  auprès  des 
navigateurs  du  Nil.  Si  on  leur  accorde  quelque  chose,  ils 
se  tiennent  tranquilles;  mais  si  on  leur  refuse  ce  qu'ils 
demandent,  ils  envahissent  le  navire,  brisent  les  chaînes 
et  rongent  les  cordages  (liv.  II,  ch.  XLViii)  ;  ils  mettent 
des  cailloux  dans  les  vases  contenant  de  l'eau  et  où  ils  ne 
peuvent  atteindre,  afin  d'en  faire  monter  le  niveau  {Ibi- 
dem); leurs  fcufs  rendent  les  cheveux  noirs;  celui  qui 
enduit  sa  chevelure  de  cette  substance  doit  conserver  de 
l'huile  dans  sa  bouche  ;  car,  faute  de  cette  précaution,  les 
dents  aussi  deviendraient  noii'es,  et  il  serait  bien  ditficile 
de  leur  restituer  leur  blancheur  (liv.  I,  ch.  XLViii). 

Plutarque  parle  de  l'un  de  ces  faits,  et  il  dit  même  avoir 

vu  un  chien  accomplir  ce  tour  de  force  :  «   Ainsi, 

moi-même  je  refusais  de  croire,  ce  qu'on  nous  contait 
des  corbeaux  d'Afrique,  qiii,  voulant  boire  dans  une 
cavité  trop  profonde,  jettent  des  cailloux  pour  la  remplir 
et  pour  faire  monter  i'enn  jusqu'à  ce  qu'ils  puissent  l'at- 
teindre. Mais  jilustard,  sur  un  vaisseau,  j'ai  vu  un  chien 
qui,  profitant  de  l'absence  des  matelots,  jetait  de  petites 
pierres  dans  l'IiLiile  d'une  amphore  insuffisamment  rem- 
plie, et  j'ai  été  saisi  d'admiration  en  voyant  comment 
cet  animal,  par  son  inteUigencc,  avait  compris  que,  sous 
la  [iression  de  corps  plus  lourds,  s'élèvent  des  liquides 
plus  légers  (Quels  animaux  sont  les  plus  intelligents,  des 
terrestres  ou  des  aquaUques,  ch.  .\). 

Quant  à  la  croyance  à  la  propriété  des  œufs  de  cor- 
lieaux  de  noircir  les  cheveux,  elle  était  assez  commune 
chez  les  anciens.  Pline  dit  (liv.  XXIX,  ch.  xxxiv,  §  4)  : 
«  Un  œuf  de  corbeau,  mis  dans  un  vase  d'airain,  et 
étendu  ensuite  sur  la  tête  rasée,  fait  i-epousser  des  che- 
veux noirs;  mais,  jusqu'à  ce  ([u'il  soit  sec,  il  faut  garder 
de  l'huile  dans  la  bouche,  de  peur  que  les  dents  ne  noir- 
cissent aussi.  Il  faut  faire  cette  opération  à  l'ombre,  et  ne 
]ias  se  laver  la  tôto  avant  le  quatrième  jour.  D'autres  per- 
sonnes emploient  le  sang  et  la  cervelle  du  corbeau  avec 
du  vin  noir;  d'autres  font  cuire  l'oiseau  lui-même  et  le 
mettent,  au  milieu  de  la  nuit,  dans  un  vase  de  jilomb.  » 

Apulée,  dans  ses  Métamorphoses  (liv.  Il),  parle  du  che- 
veu Corvina  nigredine  ewnilus,  «  bleu  de  la  noirceur  cor- 
vine  ». 

Martial,  dans  sa  XLlll"  Epiyramme  du  livre  III,  contre 
Lentinus,  lui  dit  : 

Mentiris  juveneni  tinctis,  Lentine,  capillis, 
Tam  subito  torvus,  qui  modo  cycnus  eras. 

('  Tu  te  rajeunis,  Lentinus,  avec  tes  cheveux  teints  : 
te  voilà  bien  vite  corbeau,  do  cygne  que  tu  étais  tout  à 
l'heure.  » 

D'après  Albert  le  Grand,  —  ou  du  moins  d'après  quel- 
que gâteux  qui  a  mis  ce  racontar  et  bien  d'autres  à  l'ac- 
tif du  savant  évêque  do  Ratisbonne,  —  si  l'on  fait  cuire 
les  (oufs  du  corbeau  et  qu'ensuite  on  les  remette  au  nid, 
l'oiseau  s'en  va  dare  dare  dans  une  ile  où  Alogricus, 
aliàs  Alruy,  a  été  enseveli,  et  il  en  rapporte  une  pierre 
avec  laquelle,  touchant  simplement  ses  œufs  cuits,  il  les 
fait  revenir  dans  leur  premier  état...  —  Quel  dommage 


20 


LE    NATURALISTE 


que  nos  cuisinières  ne  possèdent  pas  ce  talisman  pré- 
cieux!... Que  d'omelettes  et  d'œufsàla  coque  ratés,  qui 
seraient  promptement  remis  au  point. 

Straliou  nous  conté  une  singulière  histoire  dans  sa 
Géographie  (liv.  IV,  chap.  vi  ;  il  la  cite  d'ailleurs  sur  la 
foi  d'Artémidore,  qui  devait  la  tenir  de  ses  ancêtres  : 
«A  l'en  croire,  dit-il,  il  existerait  surles  côtes  de  l'Océan 
un  port  appelé  le  Port-des-deux-Corbeaux,  parce  qu'il  s'y 
trouvait  en  elTet  naguère  deux  de  ces  oiseaux  à  l'aile 
droite  blanchâtre.  Les  personnes  qui  avaient  ensemble 
quelque  contestation  s'y  transportaient,  plaçaient  une 
planche  dans  un  lieu  élevé,  et,  sur  cetle  planche,  elles 
disposaient  des  gâteaux;  chaque  partie  arrangeait  les 
siens  de  manière  qu'on  ne  put  les  confondre.  Puis,  les 
corbeaux  s'abattaient  sur  ces  gâteaux,  mangeaient  les  uns 
et  culbutaient  les  autres;  celle  des  deux  parties  qui  avait 
eu  ses  gâteaux  ainsi  culbutés  triomphait.  » 

En  1820,  on  voyait  voler  dans  l'Eglise  métropolitaine 
de  Lisbonne  deux  autres  corbeaux,  que  les  chanoines 
entretenaient  perpétuellement,  en  mémoire  de  ce  que  le 
corps  de  saint  Vincent,  leur  patron,  ayant  été,  après  son 
martyre,  jeté  dans  la  campagne  pour  servir  de  proie  aux 
bêtes  féroces  et  aux  oiseaux,  fut  défendu  par  des  cor- 
beaux jusqu'à  ce  que  des  personnes  pieuses  l'eussent 
enlevé  pour  lui  rendre  les  honneurs  de  la  sépulture. 

Le  R.  P.  Gazée,  cité  par  Saignes  (Errews  et  préju- 
gés, etc.,  1818,  3  vol.  in-12),  nous  dit,  d'après  une  chro- 
nique de  l'abbaye  de  Corbie,  en  Allemagne,  qu'un  abbé 
de  cette  abbaye,  nommé  Conrad,  voulant  se  laver  les 
mains,  déposa  son  anneau  sur  une  table,  et  ne  le  retrouva 
plus  quand  il  voulut  le  remettre.  On  eut  beau  chercher, 
le  bijou  di'meura  introuvable.  En  désespoir  de  cause,  le 
prélat  excommuuia  l'auteur  inconnu  du  vol,  et  l'ana- 
thème  tomba  sur  un  corbeau  qui  avait  emporté  la  bague  : 
i<  L'oiseau  sentit  le  coup,  et  se  confina  dans  son  nid  avec 
une  tristesse,  une  langueur  et  des  maux  extraordinaires. 
Ce  changement  sultit  fit  naître  des  soupçons;  on  chercha 
la  bague,  et  elle  fut  trouvée  dans  le  nid  du  corbeau. 
L'excommunication  fut  alors  levée,  et  le  malade  reprit 
aussitôt  son  appétit,  sa  gaieté  et  son  embonpoint.  « 

C'est  d'une  digestion  plutôt  laborieuse. 

Le  corbeau  et  le  merle  blancs  sont  généralement  pris 
pour  des  mythes;  pourtant,  ils  existent,  et,  tout  derniè- 
rement encore,  chez  un  oiseleur  du  quai  du  Louvre,  27, 
M.  F.  Guilly,  on  pouvait  voir  un  merle  blanc;  les  cor- 
beaux de  cette  couleur  ont  été  signalés  de  tout  temps, 
quoique,  ainsi  que  de  nos  jours,  ils  fussent  assez  rares. 
Arislote,  Scaliger,  Olaus  Magnus,  Longolius,  Vossius  en 
parlent. 

Dans  son  livre  V  sur  la  Génération  (chap.  vi),  Aristote 
dit  :  «  On  a  vu  des  perdrix  et  des  corbeaux  blancs.  »  — 
Héraclide,  dans  son  Trailé  surla  constilution  des  Etats,  dit 
aussi  :  «  Sous  le  règne  d'Arcosilaus,  un  corbeau  blanc 
api>arut.  »  —  En  Suède  et  en  Norwège,  les  oiseaux  de 
cette  couleur  ne  sont  pas  rares. 

Dans  sa  satire  VII,  Juvénal  dit  (v.  203)  : 

Félix  ille  taiiien,  corvo  quocpie  rarior  albo. 

«  Mais  cet  homme  heureux  est  plus  rare  qu'un  cor- 
beau blanc.  » 

Déjà,  dans  sa  satire  VI,  Sur  les  femmes,  il  avait  dit 
(v.  16;j)  : 

Rara  avis  in  terris,  nigroque  simillima  cycno... 

«  Cet  oiseau  {une  femme  chaste)  n'est  pas  moins  rare 
sur  terre  qu'un  cygne  noir. 


Dans  VAnthologic  Palatine,  t.  II,  liv.  XI,  épig.  436, 
Lucien  dit  : 

©ÔTTov  ÏTiv  ).e'jxo-J;  «ôpaxaç,  itTÉpa;  t;  -/eXuivaç 
Eupeîv,  ri  Sôxi[jiov  priTopa  KannaLÔnr^y  ■ 

«  Il  serait  plus  facile  de  rencontrerdes  corbeaux  blancs 
et  des  tortues  ailées,  qu'un  honnête  rhéteur  en  Cappa- 
docc  )). 

Le  corijeau  a  parfois  été  employé  à  la  chasse  : 

«  On  a  parlé  dernièrement,  dit  Pline  (Historiarum 
mundi,  lib.  X,  cap.  lx),  d'un  certain  Craterus,  surnommé 
Monoceros,  qui  chassait  avec  des  corbeaux  dans  l'Eri- 
zène,  contrée  d'Asie.  Illes  portait  dans  les  forêts,  perchés 
sur  des  baguettes  et  sur  ses  épaules;  les  corbeaux  cher- 
chaient le  gibier;  et  ils  avaient  poussé  l'art  si  loin  que, 
lorsqu'il  sortait  pour  la  chasse,  les  corbeaux  sauvages 
eux-mêmes  l'accompagnaient.  » 

Et  Pline  ajoute  ici  le  récit  des  corbeaux  (jui  jettent  des 
cailloux  dans  une  cavité  à  moitié  pleine  d'eau,  pour  en 
élever  le  niveau.  Je  me  rappelle  avoir  jadis  lu  quelque 
chose  de  semblable  d'un  rat,  qui  plongeait  sa  queue  dans 
une  fiole  d'huile  et  la  suçait  ensuite.  Cela  vaut  le  chien 
de  Plutarque. 

Fulgence,  dans  son  livre  De  nalurà  rerum,  dit  avoir  vu 
un  corbeau  si  bien  apprivoisé,  qu'il  chassait  et  prenait 
les  perdrix,  et  même,  avec  l'aide  des  hommes,  des  cor- 
beaux sauvages. 

Dans  la  Vie  des  animaux,  à  l'article  Corbeau,  le  D'  Jo- 
nathan Franklin  dit  que  le  propriétaire  d'une  auljerge, 
dans  le  Cambridgeshire,  possédait  un  corbeau  (jui  allait 
à  la  chasse  avec  un  chien,  dans  la  compagnie  duquel  il 
avait  été  élevé.  «  Un  jour  qu'ils  s'en  allaient  comme 
Oreste  et  Pylade,  le  chien  fit  lever  des  lièvres  et  des  la- 
pins qui  se  trouvaient  dans  un  hallier,  tandis  que  le  cor- 
beau, posté  en  dehors  du  fourré,  saisit  chacun  de  ces 
animaux  (jui  se  trouvaient  à  portée  de  son  bec.  Le  chien 
vint  au  secours  de  l'oiseau,  et  rien  n'écliappa  à  leurs 
elforts  réunis.  » 

Quelle  est  la  durée  de  la  vie  du  corbeau?  Si  l'on  en 
croit  ce  qui  a  été  dit  sur  lui,  on  pourrait  le  classer  dans 
la  tribu  des  Mathusalem. 

Pline  (livre  VII,  ch.  .XLix)  nous  dit  :  «  Hésiode  a 
attribué  neuf  de  nos  âges  à  la  corneille,  le  quadruple  de 
la  corneille  au  cerf,  le  triple  du  cerf  au  corbeau,  et  fait 
des  calculs  encore  plus  fabuleux  pour  le  phénix  et  les 
nymphes.  » 

Or,  Hésiode  attribue  à  la  durée  de  la  vie  humaine  en- 
viron 96  ans. 

En  faisant  le  calcul  nous  aurons  : 

Corneille  :  90  X  9  =  804  ans; 

Cerf  :  864  X  4  =:  3,456  ans; 

Corbeau  :  3,4o0  X  3  =  10.368  ans 

Si  donc  il  y  a  sit"  mille  ans  que  Dieu  a  créé  le  monde, 
il  y  avait  à  cetle  époque-là  des  cerfs  âgés  de  ijuatre  mille 
ans  et  plus  qui  couraient  dans  les  forêts. 

Faut-il  parler  de  l'intelligence  du  corbeau  ?  On  vient 
d'en  voir  des  preuves  : 

Mais  voici  qui  est  assez  curieux  : 

Nous  lisons  dans  Macrol>e  iSaturnaliorum  liber  IL 
cap.  IV)  : 

«  Auguste  revenait  triomphant  k  Rome,  après  la  ba- 
taille d'Actium.  Parmi  les  complimenteurs,  il  aperçut  un 
homme  tenant  dans  sa  main  un  corbeau  qu'il  avait  ins- 
truit à  dire  :  Salut,  César  vainqueur,  empereur!  »  César, 
émerveillé,  achetal'oiseau 20. 000 petits  sesterces  (4.000  fr.). 


LE     NATURALISTE 


21 


Un  camarade  de  cet  artisan,  qui  n'avait  eu  aucune  part 
dans  la  libéralité,  dit  au  prince  que  son  compagnon  avait 
encore  un  autre  corbeau  pareil,  et  demanda  qu'on 
l'olilitreâl  à  le  montrer.  On  apporta  l'oiseau,  qui  aussitôt, 
répétant  une  leçon  depuis  longtemps  apprise,  se  mil  à 
croasser  :  «  Salut,  Antoine  vainqueur,  empereur! 

Le  compliment  se  trompait  |  mallieureusement  d'a- 
dresse). 

«  Auguste  ne  se  montra  pas  fâché  le  moins  du  monde, 
et,  jiour  toute  punition,  il  enjoignit  au  coupable  de  par- 
tager la  somme  avec  son  camarade. 

«  Salué  de  même  par  un  perroquet;,  il  l'acheta. 

«  Le  phénomène  se  reproduisit  chez  une  pie,  et  il 
l'acheta  encore.  » 

Ces  exemples  donnèrent  l'idée  à  un  pauvre  cordonnier 
d'entreprendre,  à  son  tour,  l'éducation  d'un  corbeau. 
Mais  souvent,  mal  payé  de  ses  soins,  il  lui  échajipait  de 
dire  à  l'oiseau  muet  :  «  Allons,  j'ai  ]ierdu  mon  temps  et 
mon  argent!...  » 

«  A  la  fin  cependant,  l'oiseau  sut  jiar  cœur  son  com- 
pliment, et  il  le  récita  à  Auguste  comme  il  passaitdans  la 
rue;  à  quoi  l'empereur  répondit  :  «  Oh!  assez!  j'ai  déjà 
pas  mal  de  complimenteurs  de  ce  genre,  chez  moi  !  » 

«  Aussitôt  le  corbeau,  en  veine  de  mémoire,  se  mit  à 
brailler  la  plainte  habituelle  de  son  maître  :  «  Allons, 
j'ai  PERDt;  MON"  TE.MPs  ET  MON  argfnt!  »  —  César  partit 
d'un  éclat  do  rire,  et  il  acheta  l'oiseau  plus  cher  (ju'il 
n'avait  payé  tous  les  autres.  » 

.'Vpulée,  dans  ses  Floi-ides  (livre  II,  ch.  xii),  nous  dit  : 
<i  Le  perroquet,  comme  U  corbeau,  ne  prononce  absolu- 
ment rien  que  ce  qu'on  lui  apprend.  Enseignez-lui  des 
grossièretés  :  jour  et  nuit  ce  sera  un  débordement  d'in- 
jures, qui  seront  pour  lui  comme  le  serait  une  poésie  et 
qu'il  redira  en  guise  de  chansons.  Quand  il  a  débité  toute 
la  kyrielle  d'injures  qu'il  sait,  il  recommence  encore,  et 
c'est  toujours  le  même  refrain.  Si  vous  voulez  vous  dé- 
barrasser de  ce  langage  des  halles  (convicio),  il  faut  lui 
couper  la  langue,  ou  le  renvoyer  au  plus  tôt  dans  ses 
forets.  » 

Au  livre  l'y  de  ces  Florides,  chap.  xxiii,  il  raconte  en 
ces  termes  une  fable  d'Esope,  traduite  par  La  Fontaine  : 

«  Le  corbeau  et  le  renard,  ayant  aperçu  tous  deux  à  la 
fois  un  morceau  friand,  se  hâtaient  pour  aller  le  saisir, 
avec  un  empressement  égal,  il  est  vrai,  mais  avec  une 
inégale  vitesse,  parce  que  le  renard  courait  et  que  le  cor- 
beau volait.  L'oiseau  eut  bientôt  pris  les  devants,  saisi  la 
proie,  et  il  alla  se  percher  en  toute  stireté  sur  la  cime 
d'un  chêne  voisin. 

«  Le  renard,  ne  pouvant  de  ses  pieds  monter  sur  l'arbre, 
y  fit  à  sa  place  grimper  la  ruse.  Il  se  plaça  donc  au-des- 
sous du  ravisseur,  que  sa  proie  rendait  si  fier,  et  il  lui 
adressa  ces  éloges  perfides  : 

«  Quelle  folie  était  la  mienne  de  le  disputer  sans  espoir 
de  succès  à  l'oiseau  d'Apollon!  A-t-on  jamais  vu  un 
corps  mieux  jjroportionné?  Il  n'est  ni  trop  petit  ni  trop 
grand  ;  il  est  tel  iju'il  le  faut  pour  ses  besoins  et  sa  beauté. 
Que  ce  plumage  est  moelleux;  cette  tête,  gracieuse;  ce 
bec,  solide  1  Quel  regard  perçant  !  Quelles  serres  vigou- 
reuses !  Parlerai-je  de  sa  couleur"?  Il  y  en  avait  deux  prin- 
cipales, la  noire  et  la  blanche,  qui  constituent  la  diffé- 
rence des  jours  et  des  nuits  :  Apollon  les  a  données  toutes 
les  deux  à  ses  oiseaux  chéris,  la  blanche  au  cygne, 
la  noire  au  corbeau.  Mais  pourquoi  faut-il  que,  de  même 
qu'il  a  donné  le  chant  au  cygne,  il  n'ait  pas  également 
donné  de  la  voix  à  sou  rival'?  Au  moins  ce  bel  oiseau,  qui 


domine  si  incontestablement  la  gent  ailée,  ne  serait  pas 
privé  du  mérite  de  la  voix;  ce  favori  du  dieu  de  la  mu- 
sique ne  vivrait  pas  muet  et  silencieux!  » 

Le  corbeau  n'eut  pas  plus  tôt  entendu  cela,  qu'il  vou- 
lut donner  un  vigoureux  coup  de  gosier  ;  et,  oubliant  le 
gâteau  qu'il  tenait,  il  ouvrit  son  bec  de  toute  sa  gran- 
deur, de  manière  que  ce  qu'il  avait  conquis  par  son  vol, 
il  le  perdit  par  son  chant,  et  que  le  renard,  au  contraire, 
regagna  par  la  ruse  ce  qu'il  avait  perdu  à  la  course.  » 

Sait-on  qu'il  s'est  trouvé  ijuebiu'un  pour  faire  une 
sorte  de  dictionnaire  abrégé  du  langage  du  Corbeau?... 
Parfaitement.  Dans  son  livre  intitulé  :  Quelques  mémoires 
sur  différents  sujets  (pages  174  et  suivantes),  et  dans  son 
autre  ouvrage  :  Sur  l'Instinct  (mémoire  lu  à  l'Institut 
dans  les  séances  du  21  juillet,  M  et  18  août  1806,  pages  17 
et  suivantes),  I)upont  de  Nemours  s'occupe  des  corbeaux, 
et  nous  donne  ainsi  qu'il  suit  les  mots  principaux  de  leur 
idiome. 

Cra,      Cré,      Cro,      Crou,      Crouou, 
Grass,  Gress,  Gross,  Grouss,  Grouous, 
Craé,   Créa     Croa,     Croua,    Grouass, 
Crao,  Créo,    Croé,    Croué,    Grouess, 
Craou,  Créou,  Croo,     Crouo,    Grouoss. 

D'après  notre  naturaliste,  en  accouplant  ces  mots  deux 
par  deux,  trois  par  trois,  etc.,  on  peut  évidemment  former 
une  langue  d'une  richesse  inouie  :  «  Au  reste,  dit  Dupont 
de  Nemours  (page  20  de  l'Instinct),  je  suis  loin  de  penser 
qu'ils  fassent  tant  de  combinaisons,  ni  même  aucune 
combinaison  de  leur  dictionnaire;  leurs  vingt-cinq  mots 
sutlisentbien  pourexprimer  :  ici,  là,  droite,  gauche,  en  avant, 
halte,  pâture,  garde  à  vous,  l'homme  armé,  froid,  chaud, 
partir,  je  t'aime  (oh  !  combien  !),  moi  de  même  (parbleu!), 
un  nid,  et  une  dizaine  d'autres  avis  qu'ils  ont  à  se  donner 
selon  leurs  besoins.  » 

Familier  et  insolent  comme  il  l'est,  le  corbeau  est 
considéré  par  les  uns  comme  rendant  des  services  et  par 
les  autres  comme  ne  commettant  que  des  méfaits;  des 
fables  absurdes  ont  couru  sur  son  compte;  dans  certains 
pays,  on  le  considère  avec  respect  et  même  avec  affec- 
tion, parce  qu'il  purge  la  terre,  les  villages  surtout,  des 
immondices  que  l'incurie  des  hommes  y  laisse  accumu- 
ler: dans  d'autres,  au  contraire,  il  est  traqué  sans  pitié, 
parce  qu'il  est  considéré  comme  un  vulgaire  bandit  :  aux 
iles  Féroë,  il  vole  le  poisson,  et  tout  homme  exerçant 
l'ind.istrie  de  pêcheur,  dit  Jonathan  Franklin,  doit  pré- 
senter annuellement  au  juge  provincial  le  bec  d'un  cor- 
beau, —  ou  payer,  quand  il  n'a  pas  été  heureux  dans  sa 
chasse,  une  certaine  somme  d'argent,  qui  sert  à  la  des- 
truction de  ces  ennemis  dupays.  Tous  ces  becs  sont  mis 
en  tas  et  brûlés  publiquement  à  la  Saint-Jean. 

Mais  ce  qui  est  bien  curieux  dans  l'histoire  de  cet  oiseau, 
c'est  l'événement  dont  parle  Pline  au  chapitre  LX  du 
livre  X  ;  il  s'agit  des  funérailles  publiques  d'un   corbeau  : 

«  Rendons  aussi  justice  au  mérite  du  corbeau,  mérite 
senti  par  le  peuple  romain,  attesté  même  par  son  indi- 
gnation. 

«  Sous  le  règne  de  Tibère,  un  jeune  corbeau  tombant 
d'un  nid  placé  sur  le  temple  des  Dioscures  s'abattit  en 
volant  dans  une  boutique  de  cordonnier  (toujours  un  cor- 
donnier!) adossée  au  temple,  ce  qui  le  rendaitsacré  pour 
le  maître  de  la  boutique. 

L'oiseau  apprit  de  bonne  heure  à  parler  ;  tous  les  ma- 
tins il  s'envolait  sur  la  tribune  :  là,  tourné  versie  forum, 
il  saluait,  parleurs  noms,  Tibère,  les  Césars  Germanicus 


22 


LE     NATURALISTE 


et  Drusus,  ensuite  lo  peuple  romain  qui  passait  sur  la 
place,  ])uis  il  retournait  à  la  boutique,  et,  pendant  plu- 
sieurs années,  il  s'acquitta  admirablement  de    cet  office, 

Un  cordonnier  voisin  (encore  un!)  le  tua  par  jalousie, 
ou,  comme  il  voulut  le  faire  croire,  dansun premier  mou- 
vement de  colère,  parce  qu'il  avait  laissé  tomber  quelque 
chose  sur  une  chaussure  quelconque.  La  multitude  fu- 
rieuse commença  d'abord  par  le  chasser  du  quartiei',  jjuis 
elle  le  mit  en  pièces.  Un  fit  à  l'oiseau  des  funérailles  so- 
lennelles. Le  lit  funèbre  fut  porté  sur  les  épaules  de  deux 
Ethiopiens  précédés  d'un  joueur  de  flûte,  avec  des  cou- 
roimes  de  toute  espèce,  jusqu'au  bûcher,  construit  à 
droite  de  la  voieAppia,  à  deux  milles  de  Rome,  dans  le 
champ  nommé  Rediculus. 

Le  taletU  d'un  oiseau  parut  donc  au  peuple  romain 
un  motif  assez  juste  de  funérailles,  ou  la  cause  suffisante 
du  supplice  d'un  citoyen  romain,  dans  une  ville  où  per- 
sonne n'avait  conduit  le  deuil  de  plusieurs  grands  jier- 
sonnages,  où  personne  n'avait  vengé  la  mort  de  Scipion 
Emilien,  destructeur  de  Carthage  et  de  Numance  . 

«Ce  fait  se  ])assa  sous  le  consulat  do  M.  Servilius  et  de 
C.  Cestius,  le  cinquième  jour  avant  les  calendes  d'avril. 
Au  moment  où  j'écris,  il  existe  à  Rome  une  corneille  ap- 
portée de  la  Bétique,  et  qui  appartient  à  un  chevalier 
romain  :  elle  est  d'un  noir  admirable;  elle  prononce  des 
phrases  entières,  et  elle  en  apprend  chaque  jour  de  nou- 
velles. )> 

Le  D'  J.  Franklin  jjarle,  dans  sa  Vie  des  animaux,  d'un 
sien  corbeau,  élevé  chez  lui,  et  dénommé  Jacob:  «...Dans 
les  rues,  il  trouve  toujoursdes  sujets  d'amusement  et  des 
compagnons.  Il  joue  avec  les  enfants  qui  se  rassemblent 
autour  de  lui.  déchire  leurs  vêtements, mange  leur  pain, 
attaque  ceux  qui  cherchent  à  le  battre  et  leur  enlève  le 
bâton  des  mains;  si  un  grand  garçon  se  présente,  l'oiseau 
s'esquive  prudemment.  Il  permet  aux  petits  enfants  de  lé 
toucher,  mais  non  aux  adultes,  u  —  En  outre,  ce  corbeau 
était  un  fiefl'é  ivrogne  : 

«  Comme  beaucoup  de  vauriens  qui  ont  passé  par  les 
écoles,  il  entend  un  peu  de  latin.  Jacob  prononce  aqua, 
mais  il  préfère  très  décidément  le  vinàl'eau.  Un  jour,  ma 
ménagère  posa  un  verre  de  vin  rouge  sur  la  table;  en  un 
instant,  l'oiseau  se  le.  versa  tranquillement  dans  l'estomac  ; 
—  je  veux  dire  qu'il  plongea  son  bec  dans  la  précieuse 
liqueur  et  qu'il  la  huma  goutte  par  goutte.  Lorsque  ma 
ménagère,  craignant  qu'il  ne  brisât  le  verre,  le  retira, 
1  oiseau  lui  vola  à  la  ligure  {loii/ours  les  yeu.v\)  dansun 
véritable  accès  de  fureur.  Si  vous  placez  trois  verres  sur 
la  table,  l'un  plein  d'eau,  l'autre  de  bière,  et  le  troisième 
de  vin,  il  laisse  les  deux  premiers  et  ne  s'adresse  qu'au 
verre  de  vin.  (Dn  peut  en  conclure  que  les  oiseaux  ne  sont 
pas  tellement  liés  au  régime  diététique  ofîert  par  la  nature 
qu'ils  se  montrent  insensibles  aux  perfectionnements  de 
la  cuisine  et  aux  trésors  de  la  cave.  » 


(A  nuiire.) 


E.    SANTtNI    DE    RiOLS. 


ABERRATION  DE  ZYCŒN&  TRIFOLII 


Nous  trouvons  dans  notre  confrère  anglais  The  ento- 
mologist,  deux  aberrations  curieuses  de  Zygfrna  trifolii, 
que  nous  signalons  ci-après.  Ces  deux  variétés  ont  été 


prises  par  M.  Christy  dans  le  Sussex.  La  ligure  1  a  seule- 
ment quatre  taches  sur  chaque  aile.  La  figure  2  rappelle 
la  Zt/gcena  lilosellse. 


LA    PELLOTINE 

NOUVEL      HYPNOTIQUE 


Cette  substance  extraite  de  la  pellote,  espèce  de 
cactus  qui  croit  au  Mexique,  se  présente  sous  la  forme 
d'un  corps  cristallin,  amer,  peu  soluble  dans  l'eau. 

Après  des  expériences  préalables  sur  des  animaux, 
IIefter  s'est  assuré  sur  lui-même  et  sur  ses  amis  de 
l'action  narcotique  incontestable  de  la  pellotine. 

JOLLY  a,  dans  40  cas  environ,  essaye  la  pellotine  (et 
surtout  son  chlorhydrate  que  l'on  peut  facilement  pres- 
crire en  injections  sous-culanées)  :  lui  aussi  se  ]irononce 
en  faveur  de  l'action  hypnotique  du  chlorhydrate  de  pel- 
lotine. 

Donné  à  la  dose  de  0  gr.  02,  le  chlorhydrate  de  pello- 
tine n'exerce  presque  aucune  action  et  le  sommeil  ne 
survient  qu'après  des  doses  de  0  gr.  04,  0  gr.  05,  0  gr.  06 
(par  la  bouche  ou  en  injections  sous-cutanées)  ;  le  som- 
meil ainsi  provoqué  diffère  d'intensité  et  de  durée  sui- 
vant les  cas.  On  n'a  échoué  que  dans  quelques  cas.  Mais, 
en  revanche,  le  sommeil  est  survenu  même  chez  des 
sujets  atteints  de  douleurs  intenses.  En  même  temps 
que  le  sommeil,  la  pellotine  (quoique  non  d'une  manière 
constante)  provoque  aussi  le  ralentissement  appréciable 
du  pouls. 

Des  recherches  comparatives  ont  démontré  à  l'auteur 
que  0  gr.  fifi  ])ris  par  la  bouche  (en  injections  sous-cuta- 
nées la  dose  maxima  semble  avoir  été  de  0  gr.  04),  de 
]iar  leur  action  hypnotique,  sont  équivalents  à  i  gramme 
de  trional  et  à  I  gr.  o-2  gr.  de  chloral  hydraté. 

Comme  phénomènes  secondaires  fâcheux,  on  a  noté, 
chez  quelques  malades,  une  sensation  de  chaleur,  du 
vertige  et  un  bruit  désagréable  dans  la  tète;  parfois  on 
était  même  obligé  pour  cela  de  suspendre  le  médica- 
ment, les  malades  s'étant  refusés  à  continuer  son  admi- 
nistration. 

Tout  en  ne  se  croyant  pas  en  droit,  de  par  le  petit 
nombre  d'observations  personnelles,  d'alfirnicr  l'inno- 
cuité constante  et  absolue  de  la  pellotine,  l'auteur, 
s'appuyant  sur  l'absence,  dans  ses  observations,  de  tout 
phénomène  secondaire  grave,  recommande  vivement 
d'essayer  la  pellotine  (jui  peut  être  utile  comme  rem|da- 
Oanl,  de  temps  en  temps,  les  autres  narcotiques  dont 
nous  disposons. 

(Journal  de  médecine  de  Paris.) 


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DESCRIPTION   DE  COLÉOPTÈRES  EXDTIOUES 


Euriijeniomorpliu.i,  n.  RPare.  Dernier  article  des  tar?es 
large  avec  uue  sorte  d'appendice  corné  sous  les  ougles. 
l'alpes  ssécnriforuies.  Antennes  fj;rèles,  i  dernier  article  à 
l)eine  plus  louf;  que  le  précédent,  insérées  eu  dessous  d'une 
saillie  cornée.  Prothorax  étranglé  prés  de  la  base.  Yeux  n  peine 
bordés,  à  peine  siuués.  Mésosternuui  caréné,  granuleux,  étroit 
en  arrière,  eu  arc  de  cercle,  légèrement  anguleux  sur  son 
milieu,  eu  avant.  Parait  devoir  reutrer  dans  je  groupe  des 
Semalaplini  par  les  ongles  des  tarses  munis  d'un  appendice 
corné:  par  sa  forme  il  rappelle  plutôt  le  groupe  des  Eiirl- 
geniiiii. 

F.,  niffosiis.  .Vllongé  brunfttre  V.  ou  noir  un  peu  métal- 
lique '  ',  avec  les  antennes  et  les  pattes  plus  ou  moins  d'un 
rouge  foncé  :  pom-tuatiou  générale  ruguleuse,  très  forte  aux 
éljlrfs:  pubesceni^e  couchée,  grisâtre,  fine  et  écartée  avec 
ipieli^ues  longs  poils  fins  dressés.  Tête  tronquée  en  arriére,  a 
front  |ilan  orné  d'ui:e  partie  cornée,  relevée  au-dessus  de 
l'insertion  des  antennes  :  yeux  peu  saillants,  à  peine  sinués. 
Antennes  rougeàtres,  minces,  à  articles  allongés;  premier 
plus  gros,  parfois  obscurci,  2""'  court,  dernier  à  peine  plus 
long  que  le  précédent.  Palpes  obscurcies.  Prothorax  assez 
transversal  et  bien  arrondi  au  milieu,  prolongé  en  cou  long 
en  avaut,  diminué  en  arrière,  marqué  de  gris  sur  les  cotés 
posiérieurs  avec  la  base  sillonnée  transversalement  et  un  peu 
relevée  en  arrière.  Ecusson  en  carré  long,  grand,  bien  garni 
de  poils  jaunes  à  l'état  frais.  Elytres  allongés,  droits  sur  les 
épaules  qui  sont  arrondies,  bien  atténués  et  anguleusement 
arrondis  ,à  l'extrémité  c".  presque  cylindriques  2,  rt>bordés, 
très  nettement  et  fortement  ruguleux  avec  des  points  torts. 
Pattes  moyennes  avec  les  cuisses  épaisses;  tibias  denticulés, 
légèrement  échanerés  eu  dehors  à  1  extrémité;  tarses  remar- 
quables. Dessous  du  corps  foncé  o*,  rougeûlre  'i  ;  poitrine 
très  pubesceute  de  grisfttre.  Long  10  à  13  mill.  N.-S.  Wales 
(Australie). 

Diffère  de  tous  les  Pseudoanlliicides  américains,  au  moins 
par  son  aspect  rugueux. 

Foitnicomus  iititberculaliis.  Noir  de  poix  à  pubescence 
fine  et  couchée  avec  les  élytres  un  peu  verdâtree,  les  premiers 
articles  des  antennes  duu  testacé  rembruni.  Tèle  assez  courte, 
à  peine  conifère,  à  ponctuation  assez  rapprochée.  Une.  An- 
tenues  modérémimt  longues,  minces,  obscurcies  à  partir 
du  4™«  article.  Prothorax  peu  allongé,  bien  dilaté,  arrondi 
en  avant,  de  la  largeur  de  lu  tête,  nettemeut  étranglé  prés  de 
la  base  et  ayant  sur  celle-ci  deux  petits  tubercules  nets; 
ponctuation  écartée  sur  la  portion  antérieure,  dense  et  rugu- 
leuse sur  la  base.  Elytres  eu  ovale  assez  court,  avec  les 
épaules  [leu  saillantes,  l'extrémité  largemeut  tronquée,  la 
ponctuation  marquée,  espacée.  Pattes  vaguement  brunâtres, 
fortes,  pubesceutes  avec  les  cuisses  bien  épaissies.  Tibias 
antérieurs  courts,  assez  minces,  intermédiaires  et  postérieurs 
légèrement  sinués  4".  Long,  3  mill.  1/2.  Benul. 

A  placer  prés  de  F.  rjua^stor  Laf.  et  facilement  séparable  de 
la  plupart  des  espèces  du  genre,  soit  par  sa  coloration  géné- 
rale foncée,  soit  par  son  prothorax  â  base  tuberculée. 

Mauiuce  Pic. 


La  Photosplière 


La  photosphère  est  l'enveloppe  brillante  du  soleil,  que 
nous  voyons  tous  eu  regardant  cet  astre. 

Elle  recouvre  la  sphère  centrale,  où  les  corps  sout  dans  un 
état  de  dissociation  particulier,  dû  à  leur  énorme  température 
qui  s'oppose  à  la  liquétication  que  devrait  enlrainer  la  pression 
incalculable  à  laquelle  ils  sont  soumis.  En  arrivaut  à  la  surface, 
ces  corps  dissocies  sont  soumis  à  une  pression  beaucoup  moins 
considérable,  et  à  une  température  diminuée  par  le  rayonne- 
ment qui  commence  à  s'y  taire  sentir  . 

On  les  voit  alors  s'associer  pour  former  des  gaz  métalliques 
lumineux,  analogues  à  ceux  que  nous  connaissons  sur  la 
terre,  qui  prennent  l'aspect  de  ballons  incandescents,  en 
dégageant  alors  une  chaleur  et  surtout  uue  lumière  excessive. 

Aussi,  quand  on  examine  les   photographies  du  soleil,  obte- 


nues par  E.  Janssen  i  l'observatoire  national  de  Meudou,  on 
voit  des  traînées  de  pi;lils  grains  blancs  disséminés  à  sa  sur- 
face, comme  du  riz  étalé  sur  une  feuille  de  papier  gris.  La 
photosphère  est  donc  une  couche  de  ballon  incandescente, 
d'un  indescriptible  éclat,  llottaul  à  la  périphérie  de  la  sphère 
centrale,  que  notre  œil  ne  peut  regarder  sans  en  être  immé- 
diatement aveuglé.  Ces  grains  riziformes  sont  des  sphéroïdes 
allongés,  qui  mesurent  environ  .'iOO  lieues  de  diamètre,  et  qui 
son',  entraînés  dans  tous  les  sens  à  la  surface  du  soleil  par 
des  courants  extrêmement  puissants,  en  restaut  toujours  à 
peu  près  an  même  niveau.  Quelquefois  ils  se  fondent  ensem- 
ble en  disparaissant  pinson  moins  et  c[i  perdant  de  leur  écla'. 
D'autres  fois,  au  contraire,  ils  acquièrent,  eu  se  fusionnant 
ainsi,  une  luminosité  beaucoup  plus  intense  et  forment  alors 
ce  qu'on  appelle  des  facules.  Tout  est  relatif  en  ce  monde,  et 
je  les  comparerai  à  des  vers  blancs  sur  uue  peau  blaui-he 
d'orange.  Voilà  comment  se  comporte  la  matière,  en  quittant 
la  spnère  centrale  du  soleil  pour  arriver  à  sa  surface,  où  la 
pression  est  de  moins  en  moins  grande,  et  où  peuvent  exis- 
ter des  vapeurs  métalliques  extrêmement  chaudes  et  lumineu- 
ses, identiques  a  celles  que  nous  connaissons  sur  la  terre  i 
une  moindre  température.  C'est  alors  que  ces  I  gaz  déjà  si 
chauds  par  eux-mêmes  au  moment  de  leur  formation,  acquiè- 
rent sous  nos  yeux  une  lumiuosité  si  éclatante,  qu'elle  éclipse 
complètement  la  lueur  de  la  sphère  ceutralc,  qui  parait  noire 
par  ellet  de  contraste;  au  point  de  ressemblera  des  taches 
n'encre,  quand  on  la  voit  à  travers  les  éclaircies  de  la  photo- 
sphère: telle  est  l'origine  du  noyau  noir  des  taches  du  soleil. 
Les  grains  de  riz  de  la  photosphère  sont  donc  l'état  particu- 
lier qu'affecte  la  matière  dans  le  soleil,  quand  elle  est  soumise 
à  uue  énorme  température  et  a  une  diminution  de  pression. 
Ces  ballons  lumineux  sont  des  giiz  métalliques  incandes- 
cents. Ils  ne  renferment  de  particules  liquides  incandescentes 
à  l'état  vésiculaire  que  dans  la  photosphère,  qui  fait  suite 
;i  cette  couche  et  est  moins  chaude  encore  ;  puisqu'elle  est 
plus  superficielle,  et  partant,  plus  relVi'idie  qu'elle  par 
l'effet  du  rayouuemeut.  Oh!  alors  là,  c'est  tout  autre  chose  : 
les  gaz  se  trauslorincut  eu  vapeurs  métalliques,  en  vrais  nua- 
ges lumineux,  qui  douneutde  la  vraie  pluie  iucandesceule  ou 
qui  disparaît  à  l'état  de  gaz  dans  les  couches  chaudes  de  l'at- 
mosphère du  soleil.  Ces  nuages  sout  agités  de  tourbillons 
comme  les  nôtres  ici-bas,  et  sont  sujets  à  des  orages  avec 
cyclones  et  tourbillons  à  cône  descendant,  qui  confirment  la 
théorie  ds  il.  Paye  sur  les  tourbillons  atmosphériques.  Ce  sont 
précisément  ces  phénomènes  qui  produisent  les  protubérances 
de  la  chromosphère,  qui  est  rougeâtre. 

Mais  la  photosphère  peut  être  aussi  le  siège  de  tourbillons  tout 
particuliers  bien  différents  de  ceux  qui  se  passent  dans  lachro- 
mospnère,  en  ce  qu'ils  constituent  les  taches  du  soleil.  Lr 
photosphère  n'est  guère  beaucoup  plus  épaisse  que  le  diamè- 
tre de  la  terre,  soit  3  ou  4  mille  lieues  d'épaisseur.  Comme 
elle  est  d'une  aveuglante  blancheur  et  que  la  sphère  ceutrale 
sous-jacente  nous  semble  obscure  en  comparaison,  on  con>- 
prend  qu'il  sullit  d'un  tourbillon,  qui  agite  les  ballous  lumi- 
neux ae  la  photosphère,  pour  produire  des  vides,  des  éclair- 
cies, par  lesquelles  on  voit  la  surface  noire  de  la  sphère  cen- 
trale du  soleil,  c'est  ce  qui  constitue  le  noyau  des  lâches.  Tout 
autour  de  cette  ouverture,  les  grains  riziformes  se  fondent  les 
uns  aux  autres  en  longues  traînées  parallèles,  qui  bordent  le 
noyau  d'une  pénombre  beaucoup  plus  lumineuse  que  celui-ci. 
Ces  traînées  s'irradient  autour  du  noyau  ;  tout  en  étant  bien 
délimilées  extérieurement  à  leur  périphérie,  là  où  elles  se 
séparent  du  reste  de  la  photosphère,  qui  reste  calme  autour 
du  tourbillon,  tant  que  celui-ci  ne  s'èteudpas  plus  loin.  Ces 
taches  durent  plusieurs  jours,  mais  elles  changent  lentement 
de  forme,  comme  les  touibillons  qui  se  traduisent  dans  notre 
atmosphère  ou  dans  un  fluide  quelconque,  gazeux,  nuageux 
ou  liqaide.  Ici  le  fluide  est  le  gaz  incandescent  de  la  photo- 
sphère. On  voit  donc  les  taches  grandir,  se  diviser  et  dispa- 
raître en  se  rétrécissant  de  plus  eu  plus;  comme  on  voit  un 
tourbillon  s'étendre,  se  diviser  en  d'autres  tourbillons  plus 
petits,  qui  se  modifient  et  disparaissent  à  leur  tour. 

Ce  qui  est  remarquable,  c'est  de  voir  la  tache  rester  creuse 
pendant  tout  ce  temps,  comme  si  elle  était  maintenue  dans 
cette  forme  par  une  force  invisible.  Elle  est  remplie  eu  eii'et 
par  l'atmosphère  incolore  du  soleil,  qui  pèse  sur  elle;  et  sui>- 
tout  par  la  force  tourhillonnaire  qui  la  creuse  dans  toute  sa 
surface,  en  entraînant  ses  bords  en  l'air.  Il  y  a  là  une  sorte 
d'aspiration  sur  les  bords,  qui  les  relève  pendant  que  Je  cen- 
tre est  déprimé. 


26 


LE     NATURALISTE 


C'est  identiqiicmeut  ce  que  nous  voyons  sur  l'eau  d'une 
rivière,  dans  les  remous  qui  se  forment  à  sa  surface.  Ou  voit 
Bellement  les  concavités  de  la  tache,  quandcelle-ci  se  présente 
de  profil  sur  le  bor.l  du  soleil.  Une  tempête  tumultueuse 
agite  autour  d'elle  la  chromosplière  et  l'atmosphère  solaire, 
les  facuh'S  et  les  protubérances  sont  loujour.*  plus  nombreuses 
aux  environs  des  taches  que  partout  ailleurs.  Ces  violents 
orages  sont  uccompafrnés  d'un  dégagement  d'électricité  telle, 
que  la  boussole  enregistre  sur  la  terre  des  perturbations  con- 
sidérables du  magnétisme  terrestre.  Les  années  où  il  y  a  beau- 
coup de  taches  sont  précisément  celles  où  ces  perturbation^ 
magnétiques  sont  les  plus  accentuées.  On  sait  depuis  long- 
temps que  ce  n'est  pas  une  simple  coïncidence,  et  qu'il  y  a 
là  des  relations  identiques  avec  celles  qui  unissent  l'effet  à  sa 
cause  directe.  Les  aurores  boréales  suivent  fidèlement  les 
oscillations  qu'éprouvent  les  taches  du  soleil  dans  leur  nom- 
bre et  dans  leur  importance.  Les  phénomènes  électriques  qui 
se  passent  dans  le  soleil  rctenlissent  jusque  sur  la   terre. 

D.  Bougon. 


NOTE   SUR    CANTHARIS    VESICATORIA 


CANTH.A.niS   VESIC.4.T0HI.\  (L.) 

La  Cantharide  est  un  coléoptère  de  la  famille  des 
vésicants,  ces  insectes  apparaissent  en  nombre  considé- 
rable dans  les  lieux  qu'ils  fréquentent.  Leur  usage  thé- 
rapeutique remonte  à  la  plus  luiule  antiquité  et  fait 
l'objet  d'un  commerce  important. 

La  Cantharide,  d'après  les  analyses  de  Béguin  (1),  con- 
tient de  3  gr.  10  cà  6  gr.  31)  de  cantharidine  par  kilo- 
gramme d'insectes. 

Le  prix  du  kilo  d'insectes  (suivant  les  renseignements 
de  M.  le  D'  Fumouze),  vaut  environ  14  à  i^  francs,  quel- 
quefois 20  francs,  selon  les  années;  il  faut  en  moyenne 
10,000  insectes  secs  pour  peser  un  kilogramme. 

Insecte 2wrfail . ■ — Longueurs  à  18  millimètres,  d'un  vert 
cuivreux  avec  des  reflets  dorés,  tète  triangulaire,  forte- 
ment sillonnée  au  milieu,  antennes  plus  longues  que  la 
moitié  du  corps,  corselet  transversal,  angulé  sur  les  côtés, 
élytres  finement  ruguleux,  plus  larges  que  le  corselet, 
parallèles  et  recouvrant  généralement  l'abdomen,  pattes 
longues  à  jambes  armées  de  deux  éperons.  Les  carac- 
tères sexuels  s'observent  principalement  dans  les  an- 
tennes, plus  robustes  et  plus  longues  chez  les  mâles. 

C'est  à  M.  J.  Lichtenstein  (de  Montpellier)  (2)  que 
revient  l'honneur  d'avoir  réussi  le  premier  à  élever  (en 
captivité)  la  Cantharide  depuis  l'œuf  jusqu'à  l'insecte 
parfait,  et  d'avoir  prouvé  d'une  manière  indiscutable  les 
diverses  phases  de  l'hypermélamorphose,  et  à  M.  le 
D'  Beauregard  (3)  d'avoir  découvert  ses  mœurs  en  liberté. 

Mœurs.  ■ —  Les  Cantharides  apparaissent  ordinairement 
vers  la  fin  de  mai  jusqu'au  lo  juillet,  on  les  trouve  sur 
les  frênes,  les  lilas,  les  troènes  et  quelquefois  l'olivier 
dont  elles  dévorent  les  feuilles,  elles  répandent  une  odeur 
caractéristique  très  désagréable  (odeur  de  souris'^)  qui 
permet  de  reconnaître  leur  présence. 

Aussitôt  après  l'accouplement  la  femelle  creuse  un 
puits  dans  le  sol  d'environ  2  à  3  centimètres  de  pro- 
fondeur, elle  dépose  au  fond  ses  œufs,  en  deux  masses 

(1)  Béguin.  Histoire  des  insectes  qui  peuvent  itre  employés 
comme  vésicunts.  Paris,  1874. 

(2)  Lichtenstein.  Coni;j/fsrfrif/vs(/e/'j^cod.f/e«t<'c.,  19  mai,  1879 
p.  10S9. 

(3)  Dr  Beauregard.  Les  vésicanls.  Paris,  1890. 


d'environ  130  à  200  œufs  chacune,  cela  fait  elle  comble 
le  puits  en  tassant  la  terre  en  dessus.  Les  œufs  éclosent 
au  bout  de  quinze  à  vingt  jours;  les  triongulins  s'en- 
foncent dans  la  terre  et  restent  inactifs  pendant  (juelques 
jours  durant  lesquels  leurs  téguments  prennent  plus  de 
résistance  et  une  couleur  plus  foncée.  Alors  poussés  par 
le  besoin  de  nourriture,  ils  se  mettent  à  la  recherche  des 
cellules  de  certains  hyménoptères  souterrains  :  Colletés 
et  3/fegachiles,  qu'ils  savent  très  bien  découvrir  ;  leur 
extraordinaire  activité  et  leur  résistance  vitale,  qui  leur 
permet  de  vivre  de  trente  à  quarante  jours  sans  aliments, 
leur  donnent  des  chances  multiples  de  réussite. 

Une  fois  le  triongulin  dans  la  cellule  de  son  hôte,  il  se 
nourrit  avec  voracité  du  miel  qu'elle  contient  ;  dès  lors, 
les  diverses  phases  de  son  évolution  se  succèdent  régu- 
lièrement :  le  triongulin,  qui  mesurait  à  peine  ï  milli- 
mètres de  longueur,  devient  en  trois  semaines  un-e  larve 
de  18  à  20  millimètres  de  long  sur  5  à  6  millimètres  de 
large.  Après  une  première  et  une  deuxième  mue  à  cinq 
ou  six  jours  d'intervalle,  le  triongulin  se  change  en 
deuxième  larve  qui  arrive  à  son  complet  développement 
au  bout  de  neuf  à  dix  jours,  s'enfonce  en  terre,  se  cons- 
truit une  petite  loge  'et  se  métamorphose  en  pseudo- 
chrysalide  dont  la  longueur  varie  entre  12  et  16  milli- 
mètres ;  c'est  sous  cette  forme  qu'elle  passe  l'hiver. 

La  pseudo-chrysalide  est  de  couleur  jaune  très  pâle, 
d'apparence  cireuse  et  comme  légèrement  nuancée  de 
rose.  Elle  est  un  peu  courbée  en  arc,  les  pattes  sont 
figurées  par  de  courts  moignons.  Les  neuf  paires  de 
stigmates  se  reconnaissent  facilement  à  la  couleur  brun 
fonce  de  leur  périlrème. 

En  avril  la  jiseudo-chrysalide  se  fond  sur  la  ligne  mé- 
diane du  dos  et  se  transforme  en  une  troisième  larve 
d'un  blanc  jaunâtre,  à  mandibules  brunâtres  et  très  sem- 
blable à  la  seconde.  Au  bout  de  douze  à  quinze  jours 
cette  troisième  larve  se  transforme  en  nymphe  avec  tous 
les  membres  bien  visibles,  quoique  encore  emmaillotés, 
qui  accentue  son  évolution  et  devient  un  insecte  parfait 
après  une  nouvelle  période  de  quinze  jours.  L'évolution 
complète  dure  un  peu  moins  d'un  an.  Il  arrive  quelque- 
fois que  la  pseudo-nymphe  passe  l'année  complète  sans 
changement  et  ne  se   transforme  que  la  seconde  année. 

Récoltes.  —  On  peut  s'étonner  qu'en  France,  où  les 
Cantharides  sont  dans  certaines  régions  très  abondantes 
et  très  belles,  la  récolte  soit  devenue  à  peu  près  nulle, 
au  point  que  les  pharmaciens  des  localités  hantées  par 
ces  insectes  ne  trouvent  pas  à  se  les  procurer.  On  sait 
que  les  Cantharides  apparaissent  en  juin  et  vivent  sur 
les  frênes,  lilas,  etc.  Il  suflit  le  matin,  alors  que  les 
insectes  encore  engourdis  couvrent  les  feuilles  et  les 
branches,  d'éteridre  des  draps  sur  le  sol  au-dessous  des 
arbres,  qu'on  secoue  énergiquement,  pour  obtenir  rapi- 
dement une  abondante  récolte.  Il  ne  reste  plus  qu'à  les 
faire  jiérir,  soit  en  les  trempant  dans  du  vinaigre  ou  en 
les  enfermant  dans  un  vase  suscejitible  d'une  fermeture 
hermétique  et  en  versant  une  petite  quantité  de  sulfure 
de  carbone  pour  les  asphyxier.  On  fait  ensuite  sécher 
les  insectes,  puis  on  les  conserve  dans  des  boites  bien 
fermées.  Sans  cetteprécaution,  les  Cantharidosdeviennent 
la  proie  d'une  quantité  de  parasites  coléoptères  qui  les 
dévorent  jusque  dans  les  carions  de  collection,  savoir  : 
Anthremis  varius  (Fab.),  Ptinus  fur  (L.),  Derwetes  tar- 
darius  (L.),  AUagejius  Pcllio  (L.),  Anobimn .  paniceum 
(L.);  etc. 


LE     NATURALISTE 


27 


M.  le  D'  Fumouzc  cite  ooiiinifi  ennemis  des  Cantha- 
rides  dans  les  pharmacies  les  espèces  d'acariens  sui- 
vantes : 

Tyrof^lyphus  lonf;ioi-  (Gervais). 
Tyrofilyplms  Sieulus (Robin  et  Fumouze). 
Glycipliai;us  cursor  (Gervais). 
Glyciiiliagus  spinipes  (Koch). 

Chelytus  eruditus. 

Decaux, 
Membre  de  ta  Soc.  Ent.  de  France. 


Sarcoptides. 


Répertoire  étimologiqye  des  noms  français 

ET  DES  DÉNOMINATIONS  VULOAIRES  DES  OISEAUX 
{Suile] 


PInvian.  —  Nom  donné  par  les  ornithologistes  à  un  petit 
Echassier  d'Egypte  {Hyas  /Eçj>ipliaciis),  parce  qu'il  est  inter- 
médiaire entre  les  Coiirvitos  et  les  Pluviers.  Les  Arabes  lui 
ont  donne  le  surnom  A'AcerLissetir  du  Crocodile.  Pline,  qui 
emprunte  son  récit  à  Hérodote,  dit  du  Pluvian  :  «  Quand  le 
Crocodile  est  couché  sur  le  sable,  la  gueule  ouverte,  un  Oi- 
seau, le  Trocliilns,  arrive,  entre  dans  sa  gueule  et  la  nettoie. 
Cela  est  agréable  au  Crocodile  ;  aussi  ménage-t-il  cet  Oiseau 
et  ouvre-t-il  sa  gueule  plus  grandement  encore  pour  qu'il  ne 
s'y  blesse  pas.  Cet  Oiseau  est  petit,  de  la  taille  d'une  Grive; 
il  se  lient  prés  de  l'eau  ;  il  avertit  le  Crocodile  de  l'approche 
de  l'Ichneumon  ;  il  vole  à  lui,  l'éveille  en  criant,  en  lui  bec- 
quetant le  n^useau.  »  «  On  serait  tenté  do  ne  voir  là  qu'une 
fable,  et  cependant  ce  récit  est  basé  sur  un  fait.  Ce  que  les 
anciens  avaient  vu,  on  peut  le  constater  encore,  et  c'est  à 
juste  titre  que  l'on  a  donné  à  cet  Oiseau  le  nom  à'Averlis- 
seur;  il  avertit  bien  réellement  le  Crocodile  et  tous  les  autres 
animaux,  n  (Brehm.) 

Pluvier.  —  Ce  nom,  donné  à  des  Echassiers  [Charadrins], 
dériverait,  d'après  Belon,  du  mot  Pluie.  «  Le  Pluvier  a  été 
ainsi  appelé,  parce  qu'on  le  prend  plus  aisénrent  dans  un 
temps  pluvieux  qu'en  tout  autre  temps.  »  (Belon.)  «  Je  crois 
plutôt,  ajoute  Ménage,  que  c'est  à  cause  qu'il  aime  la  pluie.  » 
Longolires  {Dtcttogtis  de  at'ibu.s  et  eorum  nominibifs)  donne  à 
cet  Oiseau  le  nom  allemand  l'idvier,  Puloer,  que  Turner  fait 
dériver  du  latin  l'tilvis  (poussière),  parce  que  ces  Oiseaux  sont 
pulvéri.sateurs. 

Podarge.  —  Nom  donné  par  Cuvier  à  une  famille  d'Oi- 
seaux d'Australie  et  de  la  Nouvelle-Guinée,  intermédiaires 
entre  les  Chouettes  et  les  Engoulevents.  Ce  nom  est  formé  des 
mots  grecs  poiis  (pied)  et  arr/os  (blanc). 

Porphyrion.  —  Nom  donné  par  les  anciens  à  des  Poules 
d'eau  {Porpliyrio),  plus  connues  sous  le  nom  de  Poule-i-Sul- 
lanes  «  Les  modernes  ont  appelé  Poule-Sullane  un  Oiseau 
fameux  chez  les  anciens  sous  le  nom  de  l'oiphyrioii.  Nous 
avons  déjà  plusieurs  fois  remarqué  combien  les  dénomina- 
tions données  par  les  Grecs,  et  la  plupart  fondées  sur  des 
caractères  dislinctifs,  étaient  supérieures  aux  noms  formés 
comme  au  hasard  dans  nos  langues  récentes,  sur  des  rajipKrts 
fictifs  ou  bizarres  et  souvent  démentis  par  l'inspection  de  la 
Dature.  Le  nom  de  Poule-Sultane  nous  en  fournit  un 
exemple  :  c'est  apparemment  en  trouvant  quelque  ressem- 
blance avec  la  Poule  et  cet  Oiseau  de  rivage,  bien  éloigné 
pourtant  du  genre  Gallinacé,  et  en  imaginant  un  degré  de 
supériorité  sur  la  Poule  vulgaire  par  sa  beauté  et  par  son 
port,  qu'on  l'a  nommée  Poule-Sullane;  mais  le  nom  de  Por- 
phyrion, en  rappelant  à  l'esprit  le  rouge  ou  le  pourpre  du 
bec  et  des  pieds,  était  plus  caractéristique  et  bien  plus  juste,  u 
(Buffon.) 

Porte-Iaiubcanx.  —  Le  Vaillant  a  donné  ce  nom  à  un 
Etourneau  de  l'Afrique  orientale  \Dilophus  carunculalu.s),  à 
cause  des  espèces  de  lambeaux  ou  crêtes  noires  qui  ornent  sa 
gorge  et  sa  tête  sans  les  surcharger,  caractère  qui  paraîtrait 
rapprocher  cet  Oiseau  du  genre  Mainate. 

Porzane.   —  Surnom   du    Ràle-Marouette    [Porzana-Ma- 


ruelln)  et  tiré  de  son  nom  italien  Porzann,  qui  ne  serait  qu'un 
diminutif  de  Porcelluna. 

Poaillot.  —  Nom  donné,  à  cause  do  sa  petitesse,  à  un 
Pa.ssereau  du  genre  Ficedida  (Ficedula  fitis),  que  Belon  avait 
surnommé  le  Chanire,  à  cause  de  son  ramage.  «  Le  nom  de 
l'ouillof,  comme  celui  de  Poui  donné  au  Roitelet,  parait  venir 
de  Pullus,  Pu.iiUus,  et  désigne  également  un  Oiseau  très 
petit,  n  (Buffon.) 

Poule.  —  Mot  tiré  da  bas-latin  Pulla,  féminin  de  l'nllus 
(petit),  et  employé  pour  désigner  la  femelle  du  Coq,  proba- 
blement parce  que  sa  taille  est  plus  petite  que  celle  du 
mâle. 

Ponle-.4ntarc(lqne.  —  Surnom  donné  par  les  navigateurs 
au  Bec-en-Fùurreau  {Cliionia),  parce  qu'il  a  une  certaine  res- 
semblance avec  une  Poule  et  vit  ilans  les  îles  de  la  rc"ion 
antarctique.  ° 

Poule- d'Kau.  —  Nom  donné  aux  Gallinules,  à  cause  de 
leur  ressemblance  avec  la  Poule  et  de  leurs  habitudes  aqua- 
tiques. 

Ponle-de-iVumidie.  —  Nom  donné  autrefois  à  la  Pintade, 
parce  qu'elle  est  originaire  de  Numidie. 

Poule-des-C»udricr.«i.  —  Surnom  donné  à  la  Gelinotte 
des  bois  \Iionaaiu  sylvestris),  parce  qu'elle  recherche  surtout 
les  taillis  de  noisetiers  sauvages  ou  Coudriers. 

Ponle-des-Steppes.  —  Nom  vulgaire  du  Syrrhapte  para- 
doxal [Syrrhaptes  paradoxus),  parce  qu'il  n'habite  que  les 
steppes  à  l'est  de   la  mer  Caspienne. 

Ponle-d'Iudc.  —  (Voyez  le  mot  Dindon.) 

Poule-Snlt:ino.  —  (Voyez  le  mot  Porphyrion.) 

Poulet.  —  Diminutif  du  mot  Poule,  servant  à  désigner  les 
petits  de  la  Poule. 

Poussin.  —  Mot  tiré  du  latin  Pullicenus,  diminutif  de 
Pullus  (petit),  employé  en  ornithologie  pour  désigner  les 
jeunes  Oiseaux  lorsqu'ils  sont  encore  couverts  de  duvet. 

Proyep.  —  Nom  vulgaire  d'un  Bruant  (Emberiza  miliaria) 
et  dérivé  du  mot  Pré,  car  Belon  dit  que  Proyer  se  prononçait 
Preyer,  qui  signifiait  Oiseau  de  pré;  ce  qui  confirme  cette 
opinion,  c'est  que  Salerne  nous  apprend  que  le  Proyer  se 
nomme  en  certains  endroits  Pré  ou  Verdat  des  prés. 

Ptarnii^^an.  —  Nom  écossais  conservé  pour  désigner  le 
Lagopède  des  Alpes. 

Puffin.  —  Nom  donné  à  des  Laridés  {Puffinus)  et  qui, 
d'.après  Klein,  serait  une  onomatopée  formée  d'après  le  cri  de 
ces  Oiseaux. 

Pygargue.  —  Ce  nom,  donné  à  un  Rapace  {Haliœtus  al- 
bicillai,  dérive  du  grec  Pyyaryos.  Aldrovande,  à  la  science 
duquel  on  peut  avoir  confiance  pour  ce  qui  regarde  les  an- 
ciennes étymologies,  a  dit  que  cet  Aigle  a  reçu  des  Grecs 
cette  dénomination,  parce  qu'il  a  la  queue  blanche.  Cette  opi- 
nion a  été  confirmée  par  Gaza,  qui  a  traduit  le  mot  grec  par 
le  terme  latin  Albicilla. 


Qnadrieolor.  —  Nom  donné  par  Buffon  à  un  Passereau 
d'Australie  [Erylltrura  piasiiia),  connu  des  oiseliers  sous  le 
nom  de  Pape  de  prairie.  «  Nous  lui  donnons  le  nom  de  Qua- 
dricolor,  qui  suffira  pour  le  distinguer  de  tous  les  autres  et 
qui  lui  convient  très  bien,  parce  que  c'est  un  bel  Oiseau  peint 
de  quatre  couleurs  vives,  également  éclatantes  :  ayant  la  tête 
et  le  cou  bleus,  le  dos,  les  ailes  et  le  bout  de  la  queue  vcrta, 
une  large  bande  rouge  en  forme  de  sangle  sous  le  ventre  et 
sur  le  milieu  de  la  queue,  et,  enfin,  le  reste  de  la  poitrine 
et  du  ventre  d'un  brun  clair  ou  couleur  de  noisette,  n 
(Buffon.) 

Quetzal.  —  Nom  donné  par  les  indigènes  du  Guatemala  au 
Couroucou  resplendissant  [Pharornacrus  resplendens) . 

Queue-de-Vinaigre.  —  Surnom  donné  par  les  oiseliers 
à  l'Astrild  gris  bleu  ou  Bengali  cendré  (Estrilda  cœrules- 
cen.<!).  Cet  Oiseau  a  la  queue  d'un  rouge  cramoisi,  ce  qui 
n'explique  pas  le  singulier  surnom  que  lui  donnent  les  oi- 
seliers. 

Quiscale.  —  Nom  créé  par  Vieillot  pour  désigner  un  genre 
de  Sturnidés  d'Amérique  [Quiscalus) . 


28 


LE     NATURALISTE 


Bâio.  —  Ce  nom  a  été  donné  primitivement  au  Râle  de 
genêts,  par  onomatopée  de  son  cri.  «  C'est  du  cri  désagréable 
ou  plutôt  du  râlement  de  ce  dernier  Oiseau  que  s'est  formé 
dans  notre  langue  le  nom  Je  Râle  pour  l'espèce  entière.  » 
(BuBon.)  Le  petit  Râle  d'eau  (Porzana  maruetla)  est  connu 
sous  le  surnom  de  Maroiielle,  qui  parait  du  à  Brisson,  mais 
dont  on  ignore  l'étymologie. 

RanieFon.   —   Nom  formé   du  mot  Ramier  et  créé  par  Le 
■Vaillant  pour  désigner  un  genre  de  Pigeons  d'Afrique  (Slric- 
tœnas)  que  les  indigènes  surnomment  Pigeons  des  olives. 
{A  suivre.) 

A.  Gkanger. 


LIVRE     NOUVEAU 


Histoire  naturelle  de  la  France  :  Mînéi-alogie,  par 
Paul  Gaubert,  D''  es  scipnces,  attaché  au  Muséum  d'his- 
toire naturelle.  1  vol.de  260  pages,  avec  18  planches  en 
couleur  et  H9  fig.  dans  le  texte.  Prix  broché,  5  fr.  ; 
franco,")  fr. 35;  cartonné  toile  anglaise, 5 fr.  7b;  franco, 
6  fr.  20.—  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle,  éditeurs,  46,  rue 
du  Bac,  Paris. 

Le  volume  consacré  à  la  Minéralogie  de  l'Histoire 
naturelle  de  la  France  vient  enlin  de  paraître;  nous  disons 
enfin,  car  nous  savons  que  l'apparition  de  ce  volume  était 
impatiemment  attendue  depuis  bien  longtemps. Lorsqu'on 
demandait  aux  éditeurs  à  quelle  époque  paraîtrait  le 
volume,  il  était  toujours  répondu  :  «  Prochainement; 
mais  les  dessinateurs,  graveurs,  imprimeurs,  etc.,  nous 
tiennent  et  nous  retiennent;  mais  vous  verrez  les  plan- 
ches, nous  disait-on!  »  Et  nous  attendions  sur  ces  bonnes 
paroles,  comptant  que  l'exécution  des  planches  nous 
dédommagerait  de  l'attente.  Nous  venons  d'examiner  en 
détail  le  volume  en  question,  et  nous  sommes  heureux  de 
dire  que  nous  n'avons  pas  ét^  déçus  et  que  nos  espé- 
rances se  sont  réalisées  :  les  planches  sont  absolument  re- 
marquables, nous  ne  saurions  trop  féliciter  les  éditeurs  et 
les  collaborateurs,  dessinateurs,  graveurs,  imprimeurs,  du 
résultat  inespéré  qu'ils  ont  obtenu.  On  peut  dire  que 
c'est  le  premier  ouvrage  de  ce  genre  qui  voie  le  jour  ; 
ouvrage  élémentaire,  tout  en  étant  scientilique,  et  dix-huit 
planches  en  couleur,  accomiiagnant  le  texte,  sans  comp- 
ter les  figures  du  corps  de  l'ouvrage!  L'auteur,  !M.  Paul 
Gaubert,  attaché  au  laboratoire  de  Minéralogie  du 
Muséum  de  Paris,  a  bien  compris  l'esprit  qui  devait  pré- 
sider à  la  rédaction  d'un  tel  ouvrage.  Il  est  d'une  par- 
faite clarté  ;  les  descriptions  comprennent  les  caractères 
suffisants  pour  déterminer  tous  les  minéraux  de  France, 
basés  sur  les  signes  extérieurs  et  les  essais  au  chalumeau. 
L'ouvrage  est  divisé  en  deux  parties  :  la  première  traite 
des  propriétés  générales  des  miuéraux,  cristallographie, 
propriétés  physiques,  propriétés  chimiques.  La  deuxième 
partie  comporte  les  descriptions. 

En  un  mot  cet  ouvrage  de  Minéralogie  de  l'Histoire 
naturelle  de  la  France  est  certainement  appelé  au  plus 
grand  succès  ;  on  ne  saurait  trouver  un  traité  de  Minéra- 
logie plus  simple  et  en  même  temps  suffisamment  corn- 
plet  et  orné  de  planches  aussi  belles  et  d'un  jirix  modique. 

P.  Fucus. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


Lots  et  collections  a  vendre  : 

Quelques  exemplaire  de  Goliathus  giganteus,  (pas- 
sables),  8  francs. 

1  Lot  d'Apatides  européens  et  exotiques  comprenant 
45  espèces,  77exemiilairesdans2  cartons.  Prix  :  20  francs. 

Collection  de  Dermestides  européens  et  exotiques  : 
U9  espèces,  472  exemplaires,  3  cartons  Prix  :  40  francs 

S'adresser  pour  les  lots  etcollections ci-dessus  à  «  Les 
Fils  d'Emile  Deyrolle  »  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  M.  S.  D...  11°  o634  —  Nous  annonçons  précisément 
dans  ce  numéro  le  volume  «  Minéralogie  »  de  l'histoire 
naturelle  de  la  France.  Veuillez  vous  y  reporter. 

M.  J.  'V,  à  Versailles. —  Lorsque  vous  aurez  l'occasion 
de  passer  à  nos  bureaux,  nous  vous  montrerons  une  série 
de  tableaux  muraux,  avec  échantillons  et  appareils  en  na- 
ture pourl'enseignement  élémentaire  de  la  Physique.  Au 
moyen  de  ces  tableaux,  on  peut  faire  un  cours  complet 
de  Physique  sans  autres  accessoires  ou  appareils  queceux 
que  comportent  les  tableaux  en  question.  (Voyez  détails 
sur  la  couverture  du  présent  numéro.) 

—  A  céder  une  très  remarquable  collection  de  Fossiles 
des  terrains  jirimaires  :  Cambrien  de  l'Hérault,  Silurien 
de  France,  de Belgi(iue,  d'Angleterre,  de  Russie,  de  Suède 
d'Amérique,  Dovonien  de  France,  de  Belgique,  d'Amé- 
rique; Ilouillièredo  France,  Belgique,  Hollande  ;  Pormien 
de  Saxe,  Russie,  Lodève,Saaibruck;  Salifériendu  Tyrol; 
Conchylien  des  Vosges,  Luxembourg  ;  Sinémurien,  etc. 
Cette  collection  comporte  environ  1000  espèces.  S'adres- 
ser aux  Bureaux  du  Journal,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  Magnific|ues  Ammonites  du  Corallien  de  Crussol 
(Isère),  localité  épuisée.  Liste  et  prix  sur  demande  à  Les 
Fils  D'Emile  Deyrolle,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

Le  Gérant:  Paul  GHOULT. 


Paris.   —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,,  37. 


VBENT   DE    PARAITRE 


HISTOIRE  NATURELLE  DE  LA  PRAU CE 

MINÉRALOGIE 

AVEC  18  PLANCHES  EN  COULEURS 

PAR 

PAUL  GAUBERT 

Attaché  au  laboratoire  de  Minéralogie 
du  Muséum  de  Paris. 

Prix  :    broché,  5  fr.  franco,    5  fr.  35 

Cartonné  toile  anglaise  5  fr.  75 
franco    G    fr.    13 

LES  FILS  D'ÉIVIILE  DEYROLLE,  ÉDITEURS 

.'«G,    rue   du    Uac,  Paris. 


19»  ANNÉE 


y\ 


IV  «38 


FÉVRIER  1897 


LES  ANCIENS'^WÂCIERS 

►lB25  lf89f 

I 

En  1S17,  Jlmii  l'iM-audin,  puido  du  Valais  et  chasseur 
de  chamois,  dnnnait  l'hospitalité  à  un  savant  glacié- 
riste,  M.  de  Cluupentier.  Assis  au  coin  du  feu,  les  doux 
hommes  s'entretenaient  des  f;laciers  qui,  de  toutes  parts, 
se  dressaient  autour  d'eux;  M.  de  Charpentier  parlait  des 
eaux  diluviennes  qui  avaient  transporté  les  6/ocs  erra- 
tiques  à  de  si  grandes  distances  des  Alpes  :  «  Pourquoi, 
re|>artit  le  guide,  inventez-vous  des  déluges  et  des  cours 
d'eau  pour  les  charger  de  rochers  évidemment  trop 
lourds  pour  eux'^  N'est-il  pas  plus  simple  de  penser  que 
ces  pierres  ont  été  transportées  par  des  glaciers,  qui  tous 
les  jours  en  transportent  sous  nos  yeux.  »  C'était  l'idée 
féconde  de  la  découverte  des  aticiens  glaciers. 

Tous  les  glaciers  ont  ])Our  origine  les  blancs  ncvés  qui 
s'accumulent  et  se  compriment  sur  les  sommets,  ]>our  se 
transformer  en  glace  transparente  ;  ils  descendent  dans 
les  vallées  qui  sillonnent  les  flancs  de  la  montagne,  avan- 
çant lentement,  rabotant  les  falaises,  qui  les  encaissent. 
Les  roches  de  fond,  sous  cette  action  puissante,  se  po- 
lissent, perdent  leurs  angles;  les  parois  sont  de  même 
transformées,  portant  les  rayures  des  cailloux  tombés 
entre  elles  et  les  glaciers  :  elles  sontpoHes  et  sériée.';. 

Sur  le  glacier,  de  longues  files  de  blocs  de  pierre  mar- 
([uent  l'emplacement  des  morames;  ce  sont  les  débris 
détachés  des  falaises  encaissantes  qui  roulent  sur  le 
glacier  et  sont  transportés  avec  lui.  Souvent  d'énormes 
quartiers  de  rocher  s'éboulent  et  constituent  des  blocs 
erratiques. 

Si  la  glace  vient  à  fondre,  ces  pierres  tombent  sur  le 
sol  sous-jacent,  en  lignes  correspondantes  à  celles  occu- 
pées à  la  surface  du  glacier,  et  jalonnent  ainsi  la  direc- 
tion des  moraines;  les  blocs  erratiques  sont  déposés  par 
cette  fusion  au  point  où  ils  se  sont  arrêtés. 

L'emplacement  d'un  ancien  glacier  est  donc  facile  à 
reoonuaitre  par  les  caractères  énumérés  :  Va/pect  poli  et 
jîd-iédes  roches  encaissantes,  la  présence  de  cailloux  striés, 
la  position  des  moraines  et  des  blocs  erratiques.  Seule,  la 
glace  man([ue,  mais  ces  témoins  persistent  et  permettent 
au  géologue  de  reconstituer  en  pensée  la  direction,  l'ex- 
tension, l'épaisseur,  les  étapes  de  la  marche  du  glacier 
disparu. 

Cette  comparaison  si  simple  à  faire  aujourd'hui  entre 
nos  glaciers  muderues  et  les  formations  glaciaires  an- 
ciennes, a  cependant  demandé  de  longues  et  patientes 
recherches,  et  il  a  fallu  les  travaux  ininterrompus  do 
toute  une  phalange  de  savants  : 

Charpentier,  Venetz,  Schimper,  Agassiz,  Delor,  Co- 
lomb. Julien,  Boule,  etc.,  pour  établir  l'histoire  des  an- 
ciens glaciers  et  tracer  les  limites  de  l'ancienne  exten- 
sion glaciaire. 

Grâce  à  leurs  travaux,  il  nous  est  possible  de  prendre 
une  idée  exacte  de  ce  phénomène,  et,  si  l'on  ne  peut  en- 
core en  déterminer  les  causes,  il  est  démontré  que,  à 
plusieurs  reprises,  les  glaces  ont  envahi  nos  continents. 

II 

L'étude  de  la  montagne  do  Perrier,  près  d'Issoirc  (Puy- 
de-Dôme)  permet  de  reporter  à  l'époque  tertiaire  l'appa- 
rition de  glaciers  fort  importants  dans  le.  Plateau  Ceu- 

Le  Naturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


tral.  Sur  ce  point  un  conglomérat,  formé  de  blocs  des- 
cendus des  Monts  Dores  et  enchâssés  dans  une  boue 
épaisse,  présente  tous  les  caractères  d'une  formation 
glaciaire.  Des  dépôts  analogues  so  retrouvent  sur  divers 
]ioints,  au  pied  dos  Monts  d'Auvergne.  A  Perrier,  cette 
formation  est  datée  ;  elle  rejiose  sur  les  couches  kMasto- 
don  arver7iensis,  elle,  alterne  avec  des  dépôts  à  Elephas 
meridionalis  et  Rhinocéros  leptorhinus,  elle  est  superposée 
au  Pliocène  inférieur  et  appartient  au  Pliocène  supérieur. 

Au  moment  où  parait  Elephas  meridionalis,  \a  faune  de 
la  France  avait  les  plus  grandes  allinités  avec  celle  de 
l'Afrique  actuelle  :  des  éléphants, des  rhinocéros,  des  hip- 
popotames, des  cerfs,  des  antilopes,  des  bisons  se  multi- 
pliaient dans  de  vastes  pâturages,  sur  les  bords  des  grands 
lacs  et  des  fleuves  de  cette  époque  lointaine.  C'est  à  ce 
niveau  que  les  géologues  jilacent  la  (in  des  temps  ter- 
tiaires. 

Le  début  de  l'époque  quaternaire  est  marqué  par  un 
refroidissement,  et  par  des  précipitations  atmosphériques 
abondantes  qui  déterminent  la  première  extension  gla- 
ciaire quaternaire.  La  calotte  glaciaire  des  pôles  s'avança, 
par-dessus  la  Suède  et  la  Norwège,  jusqu'à  une  ligne 
jalonnée  par  Londres,  Dresde,  Cracovie,  Lemberg,  Kiev 
et  Saratov,  recouvrant  presque  toute  la  Russie,  l'An- 
gleterre, l'Allemagne  et  la  Hollande.  En  Amérique,  ces 
dépôts  s'arrêtent  aux  Montagnes  Rocheuses,  suivant  le 
cours  du  Missouri  et  de  l'Ohio.  En  même  temps,  tous  les 
massifs  montagneux  de  l'Europe  se  hérissaient  de  glaciers: 
le  Caucase,  les  Alpes  de  Transylvanie,  le  Rhodojie, 
étaient  des  centres  de  formation  ;  en  France,  les  glaciers 
des  Alpes  et  du  Jura  se  confondaient;  les  Vosges,  la 
Forêt  Noire,  le  Plateau  Central,  les  Pyrénées,  envoyaient 
leurs  fleuves  de  glace  dans  toutes  les  directions. 

Les  manifestations  glaciaires  de  cette  époque  se  pré- 
sentent avec  une  puissance  extraordinaire.  Si  l'on  prend 
comme  exemple  le  massif  des  Alpes,  on  peut  considérer 
que  l'épaisseur  des  glaciers  qui  comblaient  les  anciennes 
vallées  atteignait  plus  de  1.000  mètres.  Leur  extension 
était  telle  qu'ils  touchaient  la  chaîne  du  Jura  et  déjio- 
suient  sur  ses  fleuves  des  blocs  erratiques  de  gneiss  et  de 
granit  d'origine  alpine.  Le  glacier  du  Rhône,  réduit 
maintenant  à  une  coulée  do  10  kilomètres,  a  formé  alors 
une  nappe  glaciaire  de  400  kilomètres  de  longueur.  Des- 
cendu du  massif  du  Saint-Gothard,  il  recevait  de  nom- 
breux affluents  sur  son  parcoui-s,  se  butait  contre  Chas- 
seron,  et  se  divisait  en  deux  branches  divergentes.  L'une 
se  dirigeait  vers  le  bassin  de  l'Aar,  l'autre  s'engageait 
dans  la  vallée  du  Rhône,  couvrait  d'une  immense  nappe 
de  glace  la  région  du  Léman,  pour  se  diriger  vers  Lyon 
où  la  colline  de  Fourvièro  et  de  nombreux  blocs  erra- 
tiques marquent  la  limite  de  son  extension. 

Par  comparaison,  il  est  possible  de  concevoir  le  dé- 
veloppement excessif  do  tous  les  glaciers  actuels  à 
l'époque  quaternaire,  et  de  comprendre  l'apparition  de 
semblal)les  formations  sur  nos  chaînes  de  montagnes 
actuellement  dépourvues  de  glaciers. 

Puis,  les  glaciers  s'arrêtent  dans  leur  marche  ;  ils 
reculent,  abandonnant  leurs  moraines  et  leurs  blocs  erra- 
tiiiues.  Des  forêts  de  pins,  de  sapins,  de  mélèzes,  d'ifs, 
de  bouleaux,  de  chênes,  de  noisetiers  et  d'érables  se  dé- 
veloppent sur  les  boues  mises  à  nu.  La  température 
redevient  plus  douce  et  bientôt  un  éléphant  voisin  du 
meridionalis  :  Elephas  antiquus  prend  possession  du  sol, 
avec  des  rhinocéros  {Rhinocéros  Merckii),  des  aarocûb, 
des  cerfs,  des  élans,  des   carnassiers  divers.   C'est  une 


30 


LE     NATURALISTE 


période  interglaciairù  très  nette,  très  évidente  sur  tous  les 
continents  observés. 

Mais  l'extension  glaciaire  —  deuxième  extension  qua- 
ternaire —  se  produit  de  nouveau,  les  vallées  déblayées 
sont  envahies  par  les  fleuves  glacés  qui  entraînent  de 
nouvelles  moraines  et  des  blocs  erratiques.  Le  mam- 
moutli  fait  son  apparition.  Cet  éléphant,  dont  Pallas  a 
découvert  des  cadavres  entiers  dans  les  glaces  de  Sibérie, 
était  organisé  pour  vivre  dans  un  climat  froid,  sa  toison 
frisée  et  laineuse  le  caractérise  à  ce  point  de  vue.  Il  est 
accompagné  d'animaux  nombreux  dont  les  uns  ont  dis- 
paru, comme  Rhinocéros  tichorinus  et  l'ours  des  cavernes, 
dont  les  autres  sont  relégués  sur  les  hautes  montagnes, 
citons  :  la  marmotte,  le  chamois,  le  bouquetin,  le 
lagomys,  —  ou  dans  les  régions  boréales  :  le  renne,  le 
renard  bleu,  le  glouton,  le  lemming,  le  bœuf  musqué. 
Les  chevaux,  les  bisons,  les  aurochs  formaient  la  popula- 
tion la  plus  abondante  des  vallées,  avec  des  cerfs  et  des 
antilopes  saïga.  L'hyène  des  cavernes  et  le  lion  des 
cavernes,  relégués  plus  tard  vers  le  Sud,  vivaient  à  coté 
de  ces  espèces,  dont  l'ensemble  constitue  une  faune 
d'animaux  adajités  à  des  températures  moyennes. 

Cette  seconde  formation  glaciaire  n'a  point  atteint  les 
limites  extrêmes  de  la  première,  elle  s'est  arrêtée,  et  le 
recul  s'est  produit  par  suite  de  conditions  climatériques 
nouvelles.  Les  précipitations  atmosphériques,  si  abon- 
dantes au  début  du  quaternaire,  deviennent  de  moins  en 
moins  importantes.  Le  climat  d'humide  devient  sec  et 
froid.  Donc  les  glaciers  reculent  faute  d'aliment;  plus 
tard,  la  température  s'élève  et  le  climat  actuel  s'établit, 
après  quelques  alternatives.  Nous  assistons  aujourd'hui 
aux  dernières  manifestations  glaciaires  de  cette  dernière 
extension.  Les  glaciers  de  nos  Alpes  et  de  nos  Pyrénées 
qui  s'accrochent  aux  sommets  les  plus  élevés,  sont  les 
derniers  restes  de  ces  gigantesques  fleuves  de  glace  qui 
ont  couvert  presque  la  moitié  du  continent  européen. 

Cette  modification  dans  le  climat  n'a  pas  amené  la 
disparition  des  êtres  animés  sur  notre  sol  :  le  mammouth, 
le  rhinocéros  à  narines  cloisonnées  et  l'ours  des  cavernes 
sont  les  seuls  qui  no  soient  point  arrivés  jusqu'à  nous. 
D'autres,  comme  le  renne,  ont  émigré  vers  le  Nord, 
ayant  besoin  d'une  température  plus  froide,  le  plus  grand 
nombre  est  demeuré  sur  notre  sol  et  constitue  la  faune 
sauvage  actuelle  de  l'Europe. 

Par  ses  travaux  sur  l't'jjogMc  houUUre,  M.  Julien  pense 
qu'on  est  en  droit  d'assigner  une  origine  glaciaire  à  cer- 
tains conglomérats  des  formations  carbonifères.  Il  s'agis- 
sait de  glaciers  descendant  de  la  grande  chaîne  de  mon- 
tagne —  la  chaîne  hercynienne  —  qui,  ]iartant  de  la 
Bretagne,  passait  par  le  Plateau  Central  et  se  poursui- 
vait, à  travers  le  Forez,  les  Vosges,  l'Ardenne,  la  Forêt 
Noire,  vers  le  Hartz  et  la  Bohème.  Si  ses  conclusions 
sont  adoptées,  les  formations  glaciaires  apparaîtraient 
dès  les  temps  géologiques  les  plus  reculés. 

L'extension  glaciaire  tertiaire  correspond  à  la  fin  des 
manifestations  volcaniques  du  massif  des  Monts  Dores. 
Pendant  le  quaternaire,  s'ouvrent  les  volcans  à  cratères. 
Ces  volcans  sont  nombreux  en  Auvergne  ;  ils  ont  con- 
servé leurs  cônes  de  scories,  leurs  cratères  en  coupes 
étalées,  et  de  leurs  flancs  partent  de  longues  coulées  de 
lave  qu'on  croirait  à  peine  refroidies. 

L'homme  a-t-il  contemplé  les  puissantes  manifesta- 
tions glaciaires  que  nous  avons  décrites?  L'homme  a-t-il 
assisté  aux  éruiitions  volcaniques  de  l'Auvergne?  Les 
découvertes  faites  depuis  un  demi-siècle  ont  permis  de 


répondre  alOrmativement  à  ces  questions.  Nous  nous 
jiroposons  de  résumer  en  quelques  chapitres  les  con- 
naissances préhistoriques  qui  sont  désormais  acquises, 
en  faisant  connaître  l'histoire  des  races  humaines  qui 
ont  habité  les  grottes  au  pied  des  grandes  Alpes  et  des 
grandes  Pyrénées  quaternaires  et  qui  ont  tressailli  au 
grondement  des  éruptions  volcaniques  du  Plateau  Cen- 
tral. 

D'  Paul  GiROD, 
Professeur  à  l'Université  de  Clermont-Ferrand. 


ANIMAUX 

Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de    bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Cyfftie.  —  L'irascible  reine  des  dieux  et  des  hommes, 
sœur  et  épouse  de  Jupiter;  celle  qui,  iclernum  servons  siib 
pectore  vulnus,  parce  qu'elle  voyait  le  pieux  Enée  échap- 
per à  sa  vengeance,  s'écriait  classi(juement  : 

Mené  incepto  desistere  victam, 

Nec  posse  Italià  Teucrorum  avortera  regem  ? 


Astego,  qure  divùm  incedo  regina,  Jovisque 
Et  soror  et  conjux,  una  cuni  gente  tôt  annos 
Bella  gero  '?  Et  quisquam  nomen  Junonis  adoret 
Prœterea,  aut  supplex  aris  imponat  honorem?.. 

Cette  reine,  cette  déesse,  cette  divine  mère,  avait  pour 
époux  un  singulier  personnage,  —  roi,  dieu,  divin  père 
lui-même.  Et  malgré  ses  colères,  malgré  sa  suprême 
beauté,  elle  ne  pouvait  empêcher  que  Jupiter  ne  conser- 
vât la  fâcheuse  habitude,  dès  qu'une  mortelle  était  à  son 
gré,  dès  qu'il  pouvait  lui  appliquer  cet  autre  beau  vers 
de  'Virgile  :  Jam  matura  viro,  jam  plenis  nuhilis  annis,  de 
se  déguiser  en  quoi  que  ce  fût,  et  de  lui  faire  une  cour 
aussi  assidue  qu'irrésistible. 

Quatre  de  ses  métamorphoses  ont  été  mises  ]iar  un 
vieux  grammairien  dans  ce  distitiue  mnémotechnique  en 
vers  rapportés  : 

Taiirus,  olor,  satyrus  fit  et  aurum  Jupiter,  ai'dcns 
l'^uropen,  Lccden,  Antiopen,  Danacn. 

Il  se  lit  donc  :  1°  taureau,  2°  ci/jne,  3°  satyre,  4°  louis 
d'or,  pour  séduire  :  i"  Europe,  2"  Léda,  3°  Antiope, 
4"  Danaé. 

Ne  retenons  ici  que  le  cygne.  On  sait  que  la  princesse 
Léda,  lille  de  Tyndare,  roi  de  Sparte,  se  baignant  dans 
l'Eurotas,  fut  soudain  aperçue  par  l'incorrigible  père  des 
dieux  et  des  hommes.  Il  pria  aussitôt  Vénus,  la  céleste 
meretrix,  de  se  transformer  en  aigle  et  de  le  poursuivre, 
lui  métamor])hosé  en  cygne.  Ce  fut  l'aU'aire  d'un  clin 
d'œil.  Le  dieu  galant  se  réfugia  incontinent  dans  les  bras 
de  la  charmante  mortelle,  dont  les  compagnes  chas- 
sèrent facilement  l'oiseau  persécuteur.  Résultat,  neuf 
mois  après  ;  lUmx  œufs  dont  sortirent  deux  paires  de 
jumeaux:  Castor  et  Clylemnestre,  Pollux  et  la  belle 
Hélène,  chère  à  Oft'enbach. 

Cette  aventure  a  été  célébrée  à  l'envi  par  tous  les  my- 
thologues de  l'antiquité.  Un  de  nos  vieux  auteurs  reli- 
gieux latins  du  xii«  siècle.  Honoré  d'Autun,  s'exprime  à 


LE     NATURALISTE 


31 


ce  sujet  en  ces  termes  (De  imagine  mundi  libritres,  lib.  I, 
cap.  r.xiii)  :  «  Jupiter  s'étant  transformé  on  cy^ne  pour 
l'animir  de  la  reine  Léda,  cet  oiseau  fut  mis  au  noml)i-e 
des  astres.  » 

ElTectivenient,  nous  avons,  dans  le  ciel  de  nos  astro- 
nomes, une  constellation  boréale  de  81  étoiles  située  au- 
dessous  de  la  lA-re,  et  qui  s'étend  le  long  de  la  voie  lactée 
eu  formant  luii'  grande  croix;  elle  est  opposée  aux 
Génu-aux  relativement  au  polo,  qui  est  au  milieu  des 
deux  constellations.  C'est  dans  cette  constellation  que  se 
trouve  la  fameuse  étoile  Gl-^  duCyjne,  la  première  dont 
on  ait  pu  mesurer  la  parallaxe,  et  qui  est  la  plus  rappro- 
chée, pour  nous,  de  toutes  celles  (|ui  sont  visibles  sur 
l'hémisphère  boréal;  elle  est  située  à  quinze  trillions  de 
lieues  de  la  terre,  et  sa  lumière  nous  arrive  au  bout  d'en- 
viron six  ans... 

Aruiiult,  né  caustique,  a  écrit  sur  ravoiUuri'  de  Léda 
un  cou]det  assez  mordant  et  que  je  crois  de  circonstance 
aujourd'hui  que  les  journaux  racontent  à  qui  mieux 
mieuxles  scandaleuses  amours  d'une  autre  princesse  avec 
un  simple 'mortel  grêlé,  dont  le  violon  chante,  parait-il, 
comme  le  cygne  sur  le  point  de  mourir: 

On  nous  raconte  que  Léda. 
l*ar  le  diable  autrefois  tentée, 
D'un  amant  à  l'aile  argentée 
Un  beau  matin  s'accommoda. 
Ilélas!  ces  caprices  insignes 
Sont  encor  les  jeux  des  amours, 
Si  ce  n'est  qu'on  voit  de  nos  jours 
Les  Dindons  remplacer  les  Cygnes. 

Quoi  (ju'il  eu  soit,  la  constellation  dont  il  s'agit  aurait 
encore  d'autres  origines:  Cycnus,  fils  d'Apollon  et  de 
Thyrie,  s'étant  noyé  dans  le  marais  de  Canope,  fut  mé- 
tamorphosé en  cygne  par  son  père;  un  autre  Cycnus, 
(|ui  mourut  de  la  main  d'Achille  sous  les  murs  de  Troie, 
eut  le  même  sort  :  un  troisième,  ami  intime  de  Phaé- 
ton,  autre  fils  d'Apollon  foudroyé  par  Jupiter  comme 
compromettant  la  sûreté  du  monde,  serait  (jlntôt  le  titu- 
laire de  ladite  constellation.  Voici  ce  qu'en  dit  Virgile 
au  X''  chant  de  l'Enéide,  vers  185  à  193  : 

«  Tu  ne  seras  point  oublié  dans  mes  vers,  intrépule 
Cyniro,  le  plus  brave  des  Liguriens  ;  et  toi,  Cupavon, 
qu'accompagne  un  petit  nombre  de  guerriers,  et  dont  le 
casi[ue  est  ombragé  de  plumes  de  cygne,  triste  monu- 
ment de  la  métamorphose  de  ton  père,  dont  l'amour  fut 
tout  le  crime.  On  raconte,  en  effet,  qu'accablé  jiar  la 
perte  de  son  cher  Phaéton,  Cycnus  se  retira  à  l'ombre 
des  peupliers,  autrefois  les  sœurs  de  son  ami;  tout  en- 
tier à  sa  douleur  qu''il  s'efforçait  vainement  de  calmer 
jiar  la  douceur  de  ses  accents,  il  vit  sa  vieillesse  se  revê- 
tir insensiblement  d'un  blanc  et  léger  duvet,  et  prenant 
son  essor  loin  de  la  terre,  il  porta  dans  les  plaines  du 
ciel  la  plaintive  mélodie  de  ses  chants.  » 

Ovide,  au  livre  II  de  ses  Métamorphoses  (v.  327-380), 
nous  fait  un  récit  à  peu  ])rès  semblable,  mats  il  ne  place 
pas  au  ciel  le  métamorphosé: 

«  Le  fils  de  Sténélée,  dit-il,  Cycnus,  fut  témoin  de  ce 
prodige  (les  sœurs  de  Phaéton  transformées  en  peupliers)  ; 
bien  qu'il  te  fût  uni  par  le  sang,  ô  Phaéton,  il  l'était 
encore  davantage  par  les  nœuds  de  l'amitié.  Abandon- 
nant son  royaume,  il  faisait  retentir  des  cris  de  sa  dou- 
leur les  vertes  campagnes  qu'arrose  l'Eridan,  les  eaux 
du  lleuve  lui-même,  et  les  arbres  dont  les  sœurs  venaient 
d'augmenter  le  nombre.  Soudain  sa  voix,  de  virile 
([u'elle  était,  devient  grêle  ;  des    plumes  blanches  rem- 


placent les  cheveux  ;  son  cou  se  prolonge  loin  de  son 
sein  ;  une  memlirane  de  pourpre  unit  les  doigts,  le  duvet 
('ouvre  les  flancs;  sa  bouche  devient  uu  bec  arrondi; 
Cycnus  est  transformé  en  un  oiseau  jusqu'alors  inconnu; 
il  ne  se  confie  ni  aux  plaines  célestes,  ni  à  Jupiter,  car  il 
garde  le  souvenir  des  feux  injustement  lancés  sur  Phaé- 
ton; il  habite  les  étangs  et  les  vastes  lacs,  car  sa  haine 
])0ur  le  feu  lui  fait  choisir  une  demeure  au  sein  de  l'élé- 
ment contraire.  » 

Platon  veut  que  ce  soit  Orphée  ([niait  été  transformé  en 
cygne,  à  cause  di;  sa  beauté,  et  transporté  au  ciel  auprès 
de  sa  lyre. 

Autres  traditions  encore: 

Athénée,  Deipnosophistes  (livre  IX,  chap.  xi),  nous 
dit  : 

«  Les  cygnes  ])arurent  souvent  à  notre  table.  Cet  oi- 
seau, dit  Aristote,  prolifîe  beaucoup  (1).  Il  est  coura- 
geux, se  bat  avec  son  semblable  jusqu'à  la  mort,  et 
même  contre  l'aigle,  qu'il  n'attaque  pourtant  pas  le  pre- 
mier. Les  cygnes 'chantent  mélodieusement",  surtout  aux 
approches  de  la  mort.  Ils  traversent  la  mer  en  chantant, 
sont  palmipèdes,  et  paissent  l'herbe.  Cependant, 
Alexandre  de  Mynte  dit  en  avoir  vu  plusieurs  expirants 
et  ne  pas  les  avoir  entendus  chanter.  » 

{C'est  absolument  comme  moi,  diraient  les  pages  de  la 
comtesse  de  Panada,  dans  la  Mascotte.) 

«  Ilégésianax  d'Alexandrie,  continue  Athénée,  qui 
composa  l'ouvrage  intitulé  Les  Troiques  de  Céphalion,  rap- 
liorte  que  Cycnus,  qui  combattit  seul  contre  Achille,  fut 
nourri  par  un  cygne  à  Leucophrys,  Boios  dit,  dans  son 
Ornithogénie,  selon  Philocore,  que  Cycnus  fut  changé  en 
cygne  par  le  dieu  Mars.  » 

L'antiquité  admettait  absolument  que  le  cygne  avait 
un  chant  harmonieux,  qu'il  faisait  surtout  entendre  au 
moment  de  mourir.  Ovide  {Héiûidcs,  ép.  VIII,  v.  i),  dit  : 

Sic,  ubi  fatavocant,  udis  ahjectus  in  lierbis. 
Ad  vada  Jltcandn  concinit  albus  olor. .. 

«  Tel,  étendu  sur  des  herbes  marécageuses,  le  blanc 
cygne  (olor  ou  cycnus),  quand  les  destins  l'appellent, 
chante  aux  bords  du  Méandre.  » 

En  outre,  les  cygnes  possédaient  l'art  de  la  divination, 
ils  connaissaient  d'avance  le  moment  de  leur  mort;  Pla- 
ton, qui  faisait  dire  à  Socrate  bien  des  choses  auxquelles 
l'illustre  Sage  n'avait  jamais  songé,  le  fait  parler  ainsi 
dans  son  Phédon  : 

«  Vous  me  croyez,  Simmias,  bien  inférieur  aux  cygnes 
pour  ce  qui  concerne  le  pressentiment  et  la  divination'^ 
Les  cygnes,  quand  ils  sentent  qu'ils  voutiuotirir,  chantent 
encore  mieux  ce  jour-là  qu'ils  ne  l'ont  jamais  fait,  dans 
leur  joie  d'aller  trouver  le  dieu  qu'ils  servent.  Mais  la 
crainte  que  les  hommes  ont  eux-mêmes  de  la  mort  leur 
fait  calomnier  les  cygnes,  en  disant  qu'ils  pleurent  leur 
mort  et  que  la  tristesse  seule  les  fait  chanter.  Et  ils  ne 
font  point  cette  réflexion  qu'il  n'y  a  jias  d'oiseau  qui 
chante  quand  il  a  faim  ou  froid,  ou  (juand  il  souffre  de 
quelque  autre  manière,  pas  même  le  rossignol,  l'hiron- 
delle ou  la  huppe,  dont  on  dit  que  le  chant  est  une  com- 
plainte. Mais  je  ne  crois  pas  que  ces  oiseaux  chantent  de 
tristesse,  ni  les  cygnes  non  plus  ;  je  crois  plutôt (ju'étant 
consacrés  à  Apollon,  ils  sont  devins,  et  que,  prévoyant  le 
bonheur  dont  on  jouitau  sortir  de  la  vie,  ils  chantent  et 
se  réjouissent  ce  jour-là  plus  qu'ils  n'ont  jamais  fait.  » 

Pline  s'inscrit  en  faux  contre  cette  croyance  (Histoire 

(1)  Aristote,  Histoire  des  animaux,  livre  IV,  chap.  ii. 


32 


LE     NATURALISTE 


naturelle,  liv.  X,  ch.  xxxil):  «  On  dit  qu'au  momout  du 
mourir  les  cygnes  font  entendre  un  cliant  funèbre;  c'est, 
je  pense,  une  erreur  ;  du  moins,  cela  résulte  pour  moi 
de  quelques  expériences.  Cesmèmesoiseaux  se  mangent 
entre  eux  (lidcm  mvtua  carne  vescimtur  inter  se).  » 

Mais  GicéTon  (Tusculanes,  livre  I,  ch.  xxx)  se  range  à 
l'avis  de  Socrate,  qu'il  cite  à  peu  près  d'après  Platon  : 

«  On  con.sacré  les  cygnes  à  Apollon,  disait  Socrate, 
parce  qu'ils  semblent  tenir  de  lui  l'art  de  connaître  l'ave- 
nir; et  c'est  par  un  effet  de  cet  art  que,  prévoyant  de 
quels  avantages  la  mort  est  suivie,  ils  meurent  avec  vo- 
lupté et  tout  en  chantant.  Ainsi  doivent  faire,  ajoutait 
Socrate,  les  hommes  savants  et  vertueux.  « 

Notre  La  Fontaine  ne  pouvait  mieux  faire  que  de  s'em- 
parer de  cette  fiction,  et  sa  fable  xiidu  livre  III,  le  Cygne 
et  le  Cuisinier,  nous  parle  encore  du  chant  du  cygne  : 

Dans  une  ménagerie 
De  volatiles  remplie 
Vivaient  le  cygne  et  l'oison. 

Un  jour,  le  cuisinier,  ayant  trop  bu  d'un  coup. 
Prit  pour  oison  le  cygne,  et,  le  tenant  au  cou, 
Il  allait  l'égorger,  puis  le  mettre  en  potage; 
L'oiseau,  prêt  à  mourir,  se  plaint  en  son  ramage. 
Le  cuisinier  lut  fort  surpris. 
Et  vit  bien  qu'il  s'était  mépris  : 
Quoi  !  je  mettrais,  dit-il,  un  tel  chanteur  en  soupe  ? 
Non,  non,  ne  plaise  aux  dieux  que  jamais  ma  main  coupe 

La  gorge  à  qui  s'en  sert  si  bien  ! 
Ai7tsi  dans  les  dangers  qui  nous  suivent  en  croupe. 
Le  doux  parler  ne  nuit  de  rien. 

Du  reste,  La  Fontaine  ne  croyait  pas  un  traître  mot  de 
cette  universelle  légende:  «  Ce  n'est  pas,  dit-il  dans  le 
Songe  de  Vaux,  que  tous  les  cygnes  chantent  en  mourant. 
Bien  que  cette  tradition  soit  fort  ancienne,  on  peut  en 
douter  sans  impiété,  aussi  bien  que  de  plusieurs  autres 
articles  de  la  croyance  des  poètes.  » 

Les  poètes  comparaient  volontiers  un  écrivain  de  mé- 
diocre talent  à  quelque  oiseau  vulgaire,  oie,  corbeau,  etc., 
voulant  entrer  dans  la  compagnie  des  cygnes. 

"Virgile,  dans  son  Eglogue  IX,  vers  36,  dit  : 

Nam  neque  adhuc  'Varo  videor,  nec  dicere  Cinna 
Digna,  sed  argutos  inter  strepere  anser  olores. 

«  Car  je  n'ai  encore  rien  fait  qui   me  semble  digne  de 
"Varus  et  de  Cinna  ;  faible  oison,  je  mélo  au  chant  mélo- 
dieux du  cygne  mes  chants  discordants.  « 
Dans  son  Eglogue  YIU,  v.  55,  il  dit  aussi: 
«  Que  l'on  voie  désormais  le  loup  fuir  devant  la  brebis 
etc.,  etc.,  et  le  hibou  égaler  le  chant  du  cygne.  » 

certent  et  cycnis  ululaî. 

Dans  son  De  naturâ  î-ei-wm,  chant  III,  v.  G,  le  plus  beau 
chant  de  son  poème,  Lucrèce  a  pu  dire  aussi,  après  avoir 
exalté  Epicure  aplanissant  aux  mortels  le  chemin  de  la 
vie  et  faisant  jaillir  la  lumière  des  ténèbres,  par  son  en- 
seignement philosophique  : 

« Je  te  suis,  non   pas  en  rival  audacieux,  mais, 

disci])le  zélé,  je  cherche  à  t'imiter;  l'hirondelle  pourrait- 
elle  défier  le  cygne '^ 

quid  enim  contendet  hirundo 

Cycnis?...  » 

Martial  {Épigrammes,  livre  I,  épigr.  liv,  v.  7)  dit  éga- 
lement : 

Sic  niger,  in  ripis  errât  quum  forte  Caystri, 
Inter  Ledseos  ridetur  corvus  olores. 

«  Ainsi,  lorsque  parfois  il  erre  sur  les  bords  du  Caïstre, 


mêlé  aux  cygni's  chers  à  Léda,  le   noir  corbeau  devient 
un  objet  de  risée.  » 

Plus  loin,  livre  'VIII,  épigr.  xxvill,  v.  13  (sur  une  robe 
blanche  que  lui  avait  clonnôe  Parihenius),  comparant  la  lilan- 
cheur  de  ce  vêtement  à  celui  du  cygne,  il  dit  encore 
(mais  c'est  tout  le  contraire)  : 

Spartanus  tibi  cedet  olor,  etc. 

<•  Devant  toi  doit  s'humilier  le  cygne  de  l'Eurotas  »,  etc. 

Et,  pour  en  revenir  à  cette  extraordinaire  croyance  au 
chant  harmonieux  du  cygne,  d'où  peut  venir  cette  lé- 
gende, démentie  chaque  jour  par  tous  les  cygnes  passés 
et  présents '(" 

Dans  sa  Chasse  au  fusil  (chap.  'VII,  p.  539)  Magné  de 
Marolles  dit  :  «  Les  cygnes  peuvent  entre]irendre  de 
longs  voyages.  Le  mouvement  de  leurs  ailes  produit  un 
bruit  sonore  et  harmonieux  que  l'on  entend  de  fort  loin,  et 
que  Sonnini  est  tenté  de  regarder  comme  la  source  de  la 
fable  relative  à  leur  chant...  » 

Serait-ce  là  l'explication  de  ce  chant  aussi  harmonieux 
que  funéraire,  que  personne  n'a  jamais  entendu,  et  qui 
a  été  tant  célébré  'i 

■Voyons  encore  ce  que  dit  Isidore,  évéque  d'Hispaiis 
(Etymologiarum,  liber  XII)  : 

«  Olor  est  l'oiseau  que  les  Grecs  appellent  xOxvov  ;  on 
l'appelle  olor  jiarce  que  son  plumage  est  entièrement 
blanc  ;  personne,  en  effet,  n'a  vu  de  cygne  noir  :  le  mot 
grec  "oXov  signifie  tout  entier  (l'Australie  et  les  cygnes 
noirs  étaient  inconnus  au  savant  prélat). 

«  Le  nom  de  cycnus  lui  vient  de  son  chant  {canei'e), 
parce  qu'il  module  harmonieusement  les  sons  de  sa 
voix.  On  dit  qu'il  chante  si  mélodieusement  parce  que 
son  cou  est  long  et  flexible,  ce  qui  oblige  précisément 
sa  voix  à  prendre  diverses  modulations  en  parcourant 
ce  chemin  long  et  tortueux. 

«  On  raconte  que,  dans  les  régions  hyperboréennes, 
des  cythares  ayant  été  jouées,  des  cygnes  accoururent 
au  vol  et  mêlèrent  leur  chant  à  celui  des  instruments. 

«  On  dit  que  les  navigateurs  tirent  d'heureux  présages 
de  la  vue  de  ces  oiseaux,  ainsi  que  l'explique  Emile  (1) 
dans  ces  vers  : 

C}'cnus  in  auspiciis  lastissimus  aies. 

Hune  optant  nautse,  quia  se  non  mergit  in  undas. 

«  Le  cygne  est  un  oiseau  très  favorable  dans  les  aus- 
pices. Il  est  en  grande  faveur  chez  les  marins,  parce 
qu'il  ne  disparaît  pas  sous  les  eaux.  » 

Il  résulte  de  ceci  qu'une  ancienne  croyance  faisait 
accourir  les  cygnes  vers  des  joueurs  d'instruments  de 
musique,  et  que,  dans  leur  vol,  ils  accompagnaient 
l'harmonie  de  ces  instruments.  Ne  s'agissait-il  pas  ici 
du  bruit  sonore  et  harmonieiuv  de  leurs  rémiges,  dont 
parle  Magne  de  Marolles'? 

Evidemment.  Et  si,  par  une  association  d'idées  facile 
à  comprendre,  les  anciens  ont  cru  que  les  cygnes  allaient 
mourir  en  pleine  mer,  incapables  de  franchir  d'aussi 
grandes  étendues  d'eau,  leur  prétendu  chant  ne  célé- 
brait-il pas  d'avance  leurs  funérailles? 

D'un  autre  côté,  voici  ce  que  dit  A.  de  Chesnel  dans 
son  Dictionnaire  des  superstitions  populaires,  page  270 
(Migne)  : 

«  Néanmoins,  si  le  cygne  ne  chante  pas  avant  de 
mourir,  nous  trouvons  un  fait  particulièrement  curieux 
dans  le  Voyage  au  Brésil,  de  Luccok.  En  parlant  d'un 
oiseau  de  couleur  pourpre,  nommé  sabiar,  qui  fut  blessé 

(1)  iEmilius  Macer,  Orlhogonia. 


LE     NATURALISTE 


33 


mortellement  près  de  San-Gonzalès,  il  ajoute  que  cet 
oiseau  se  mit  aussitôt  à  chanter  d'une  voix  pleine  et 
mélodieuse,  pour  ne  se  taire  qu'au  moment  où  il  rendit 
le  dernier  soupir.  » 

Cet  oiseau,  ce  sabiar,  est-il  réellement  connu  au 
Brésil  ? 

C'est  facile  à  vérifier.  Du  reste,  la  particularité  de  ce 
cliant  mélodieux  au  moment  de  mourir  doit  être  parfai- 
tement connue  des  indigènes,  et  si  Luccok  ne  s'est  pas 
trompé  (a  beau  mentir  qui  vient  de  loin.'),  l'oiseau  doit 
ftre  un  des  plus  célèbres  de  la  faune  brésilienne...  Un 
de  mes  lecteurs  le  connaît-il'? 

Nous  avons  vu  plus  haut  que  le  cygne  était  consacré  à 
Apollon;  il  l'était  aussi  à  Vénus,  cette  bonne  à  tout  faire 
du  Ciel  et  de  la  Terre,  déesse  de  la  volupté,  en  raison 
de  son  tempérament  assez  semblable  à  celui  de  la  mère 
de  Cupidon:  voilà  pourquoi  les  poètes  attelaient  souvent 
des  cygnes  à  son  char. 

Ovide  dit,  dans  son  Art  d'aimer  (livre  III,  v.  808|  : 
Lusus  habet  finem  :  c^cnis  descendere  tempus 
Uuxerunt  coUo  qui  juga  nostra  suo. 

n  Mon  badinage  touche  à  sa  fin  :  il  est  temps  mainte- 
nant de  dételer  les  cygnes  qui  ont  traîné  mon  char.  » 

Horace  dit  aussi  (C>de  I'°  du  livre  IV,  à  Vénus,  vers 
9-12)  : 

ïempestivius  in  domum 
Pauli,  purpureis  aies  oloribus 

Commessabere  Maxirai, 
Si  torrere  jecur  quœris  idoneum. 

(I  Si  tu  cherches  un  C(eur  fait  pour  tes  feux, transporte- 
toi,  sur  l'aile  de  tes  cygnes  pourprés,  dans  la  demeure 
de  l'aulus  Maximus.  » 

Horace  fait  sans  doute  ici  allusion  à  une  espèce  parti- 
culière de  cygne  qui  a  toutes  les  plumes  de  la  tête  et 
quelques-unes  de  la  poitrine  marquées  à  l'extrémité 
d'un  jaune  d'or  rougeàtre,  et  dont  parle  le  dictionnaire 
de  Trévoux  au  mot  Cygne  (tome  III,  p.  175)  :  «  M.  Redi, 
médecin  de  Florence  et  académicien  de  la  Crusca,  sur 
ce  qu'Horace  appelle  purpurei  les  cygnes  qui  traînent  le 
char  de  Vénus,  observe  qu'il  y  a  véritablement  une  race 
de  cygnes  dont  personne  n'a  encore  parlé,  et  qu'il  a  sou- 
vent vue  dans  les  chasses  de  M.  le  Grand-duc,  lesquels 
ont  toutes  les  plumes  de  la  tète,  et  du  cou  et  de  la  poi- 
trine, marquées  à  l'extrémité  d'une  pointe  jaune  comme 
de  For,  tirant  sur  le  rouge.  » 

Stace,  dans  les  Syhes  (livre  I,  Epithalame  de  Stella  cl 
Violantilla.  v.  142),  dit  également  : 

thalamique  egi'essa  supcrbum 

Limen,  Amyclasos  ad  frena  citavit  olores 

«  Franchissant  le  seuil  brillant  qui  conduit  à  sa 
couche,  elle  (Vénus)  appelle  sous  le  joug  les  cygnes 
d'Amyclée.  » 

L'abbé  Delille,  —  qui,  quoique  abbé,  possédait  une 
femme  légitime  aussi  aimable  que  la  fameuse  épouse  de 
Socrate,  Xantippe,  —  a  résumé  dans  de  fort  beaux  vers 
quelques  anciennes  croyances  relatives  au  cygne  (Les 
trois  règnes  de  la  nature,  chant  VIII,  vers  84  et  sui- 
vants) : 

Mais  quel  heureux  amaiit  égale  en  volupté 
Le  cygne  au  cou  flexible,  au  plumage  argenté  ; 
Le  cygne  toujours  beau,  soit  qu'il  vienne  au  rivage, 
Certain  de  ses  attraits,  s'offrir  à  notre  hommage. 

Soit  que,  de  nos  vaisseaux  le  modèle  ac'uevé 

...Fier,  il  vole  au  milieu  de  son  escadre  ailée 

Il  prouve  aux  flots  émus  par  son  ardeur  féconde, 


Que  la  mère  d'ami)ur  est  la  fdle  de  l'onde; 

Et  de  .son  coi^is  choisi  pour  plaire  à  deux  beaux  yeux, 

Justifie,  en  aimant,  le  monarque  des  dieux. 

La  fable  de  sa  voix  a  vanté  la  merveille  ; 

L'œil  enchanté,  sans  doute,  avait  séduit  l'oreille. 

Et  qu'avait-il  besoin  de  ce  titre  emprunté? 

Lui  seul  réunit  tout,  force,  grâces,  fierté; 

Il  habite  à  son  choix  les  airs,  l'onde  et  la  terre; 

Modéré  dans  la  paix,  valeureux  dans  la  guerre, 

Terrible,  impétueux,  il  fond  sur  ses  rivaux  : 

Leur  choc  trouble  les  airs,  il  agite  les  eaux. 

Tel  Antoine  jadis,  sur  le.s  plaines  de  l'onde. 

Disputait  Cléopàtre  et  l'empire  du  monde. 

Le  cygne  a  souvent  servi  à  qualifier  un  poète,  un  ora- 
teur, un  musicien,  etc. 

En  parlant  de  Piudaro,  Horace  a  dit  (livre  IV,  ode  il, 

v.  2b)  : 

Mnlta  Dircaeum  levât  aura  cycnum, 
Tendit,  Antoni,  quoties  in  altos 
Nubium  tractus... 

«  Antoine,  un  souffle  vigoureux  soutient  le  cygne  de 
Dircé,  quand  il  s'élance  dans  le  séjour  des  nuages...  » 

Dircé  était  le  nom  d'une  fontaine  de  la  Béotie,  et 
Pindare  était  de  Thèbes,  Guinguené  a  dit  aussi  : 

Quand  sur  les  vainqueurs  d'Olympie 
Planait  le  cygne  de  Dircé, 
Peut-être  à  quelipie  oreille  impie 
Son  chant  parut-il  insensé. 

Virgile,  dans  son  Eglogue  IX,  vers  27,  dit  eu  jiarlant 
des  poètes  : 

Vare,  tuum  nomeii  superet  modo  Mantua  aobis, 
Mantua  vîe  miserae  nimium  viciua  Crenionœ! 
Cantantes  sublimé  ferent  ad  sidéra  cycni. 

«  Varus,  que  Mantoue  nous  soit  conservée,  Mantoue, 
trop  voisine,  hélas  !  de  Crémone  !  Et  nos  cygnes,  dans 
leurs  chants,  porteront  ton  nom  jusipi'aux  astres.  » 

Nous  disons  aussi  :  le  cygne  de  Matitoue,  pour  Virgile  lui- 
même;  le  cygne  de  Cambrai,  pour  Fénelon,  et  le  cygne  de 
Pesaro,  pour  Rossini. 

Le  dictionnaire  de  Trévoux  parle  d'un  cygne  tout 
particulier  : 

<■  Il  y  a,  dit-il,  une  espèce  de  cygne  ([ui  a  le  pied  droit 
comme  les  serres  d'un  oiseau  de  proie.  Il  en  prend  et 
arrête  sa  proie  en  plongeant.  Son  pied  gauche  est 
comme  celui  des  autres  cygnes,  et  il  ne  lui  sert  qu'à 
nager.  Il  y  en  a  beaucoup  de  cette  espèce  en  Amérique; 
on  en  tua  un  en  16o4  dans  l'étang  de  l'alibaye  de  Sully, 
près  de  Dammartin;  cette  espèce  ne  se  plaît  que  dans 
l'eau  et  ne  peut  être  apprivoisée.  » 

Ce  cygne,  tué  dans  l'étang  de  l'abbaye  de  Sully, 
venait-il  d'Amérique'?  qui  en  a  vu  do  semblable'?... 

La  Chesnaie  des  Bois  fait  mention  de  cette  espèce  dans 
son  Dictionnaire  universel  des  animaux,  ainsi  que  Thillaie 
dans  le  tome  I  dn  Journal  d'histoire  naturelle  (1792),  alors 
dirigé  par  Lamarck,  Bruguières,  etc.  —  Ce  cygne  ne 
serait-il  qu'un  monstrueux  canard"?  Cela  ne  sortirait  pas 
de  la  famille. 

A  propos  des  vertus  de  la  chair  du  cygne,  l'abbesse 
Sainte-Hildegarde  {Physica,  lib.  VI,  de  avibus,  cap.  v) 
s'exprime  ainsi  : 

«  Cet  oiseau  est  froid  et  humide,  et  il  tient  de  la  nature 
de  l'oie  et  du  canard.  Il  se  plaît  volontiers  dans  l'eau, 
et  il  préfère  d'ailleurs  au  vol  la  natation  et  la  promenade 
à  terre.  Dans  l'eau,  il  sonde  et  recherche  les  ordures;  sa 
chair  est  saine  et  bonne  à  manger,  mais  elle  ne  convient 
pas  aux  malades... 


34 


LE     NATURALISTE 


(Ici,  rextati(iae  allemande  dévoile  de  singulières  pro- 
jtriotés  de  cette  viande  :  ) 

(1  L'homme  malade  de  la  poitrine  qui  mange  souvent 
du  foie  de  cygne  cuit,  voit  ses  poumons  se  reformer, 
et  sa  guérison  est  promptement  assurée;  celui  qui 
souffre  de  la  rate  doit  souvent  manger  du  poumon  do 
cygne...  etc.  » 

Nous  avons  vu  plus  haut  que,  dans  les  Deipnosophisles, 
Athénée  parle  des  plats  de  cygne  servis  sur  les  tahles 
grecques;  du  temps  de  notre  abbesse  allemande  (1098- 
1180),  on  mangeait  encore  de  cet  oiseau;  et  aujourd'hui 
encore,  dans  le  nord  de  la  Hollande,  on  fait  des  pâtés 
fort  estimés  avec  de  jeunes  cygnes  sauvages. 

Les  Hébreux  ont-ils  connu  le  cygne  ?  Dans  sa  traduction 
de  la  bible,  saint  Jérôme  a  exjjliqué  Imschcmeth  ]]ar 
cycnits,  dans  les  deux  passages  {Lévitique  et  Deulcronome) 
où  il  se  trouve;  la  version  grecque  des  Septante,  com- 
mandée parPtoIémée,  traduit  par  têi;,  Tiopcpupîwv;  Bochart 
(Hierozoccon)  veut  le  traduire parnocfîfd  (hibou,  chouette)  ; 
Gesenius,  par  pélican;  Ostcrvald,  par  cygne...  Voilà 
bien  des  interprétations. 

Quel  que  soit  d'ailleurs  l'oiseau  dont  le*  législateur 
Moïse  a  voulu  parler,  en  le  désignant  comme  impur,  les 
conjectures  ci-dessus  sont  loin  de  satisfaire  la  critique; 
en  outre,  le  hibou  et  le  pélican  ont  leur  nom  spécial  dans 
la  Bible;  il  ne  s'agit  donc  pas  d'eux  dans  les  passages  du 
Lévitique  et  du  Deutéronome.  Mais,  d'un  autre  coté, 
est-il  bien  certain  que  Moïse  et  les  Israélites  aient  connu 
le  cygne ':"  Cet  oiseau  était-il  assez  connu  en  Egypte,  en 
Palestine,  etc.,  pour  que  Moïse  ait  pu  en  interdire  la 
chair  comme  malfaisante  dans  ces  climats';'... 

La  question  est  encore  pendante,  malgré  les  efforts 
des  érudits  pour  l'élucider,  et  voici  les  deux  passages  des 
livres  saints  où  il  est  question  du  tinscheneth  ; 

LÉVITIQUE,  XI,  i'i.  —  Et  entre  les  oiseaux  vous 
tiendrez  ceux-ci  pour  abominables,  et  n'en  mangerez 
point... 

il.  —  Lachouette,  le  plongeon,  le  hibou; 

18.  —  Le  CYGNE,  le  cormoran,  le  pélican... 

Deutéronome,  XIV,  12.  —  Voici  les  oiseaux  dont 
vous  ne  mangerez  point;... 

16.  —  La  chouette,   le  hibou,  le  cygne; 

I'i'.  —  Le  cormoran,  \e  pélican,  le  plongeon... 

Et  je  terminerai  par  ce  projet  de  devise,  offert  par  le 
dictionnaire  de  Trévoux,  faisant  allusion  au  plumage  du 
cygne  et  au  ton  foncé  de  sa  peau,  pour  tout  être  géné- 
ralement réputé  comme  Ironipeui-  (le  fourbe,  l'hypocrite, 
le  menteur,  la  femme)  :  Cutis  nigerbima  subter  ;  tra- 
duction libre  et  intervertie  :  âme  noire  sous  peau  blanche. 

E.  Santini  (de  Riols). 


VENTE    PUBLIQUE 

DES 

Collections  et  de  la  BilDliotlièpe 

DE  FEU  AUGUSTE  SALLE 


Du  18  au  27  février  prochain,   aura  lieu  la  vente  aux 
enchères  publiques  des  Collections  de   Coléoptères,  Co- 
quilles, etc.,  et  des  livres  de  feu  Auguste   Salle.  La  vente 
est  faite  par  le  Ministère  do  M°  Bailly  et  de  son  collègue  I 
M^  Citerne,  Commissaires-priseurs,  assistés  de  M.  Heu-  1 


l'i  Deyrolle,  expert.  Cette  vente  otïre  certainement  un 
grand  intérêt  eu  égard  à  la  i)ersonnalité  du  défunt.  Nous 
ne  saurions  mieux  faire  qu'en  reproduisant  une  partie  de 
l'introduction  que  M.  Henri  Deyrollo  consacre,  dans  le 
Catalogue  de  cette  vente,  à  feu  Auguste  Salle. 

La  réputation  de  Salle  comme  voyageur  naturaliste  est 
universelle  parmi  les  savants;  celle  de  sa  bibliothèque  et 
de  ses  collections  ne  l'est  pas  moins.  L'inspection  du 
Catalogue  de  sa  Bibliothèque  où  sont  mentionnées 
environ  10,000  brochures  et  volumes,  ces  derniers  sou- 
vent soigneusement  reliés,  parfois  avec  luxe,  dira  son 
amour  des  livres. 

Ceux  traitant  l'Entomologie  y  sont  en  grand  nombre  ; 
ceux  sur  l'Ornithologie  et  la  Conchyliologie  y  font  bonne 
ligure,  ainsi  de  même  pour  les  Scienees  Naturelles  en 
général;  ceux  de  Géographie  et  d'Histoire  des  décou- 
vertes et  voyages  y  représentent  dignement  le  membre 
de  la  Société  de  Géographie  et  l'énergique  voyageur; 
enfin  ceux  d'Histoire  dos  pays  qu'il  a  [larcourus  diront 
combien  il  s'intéressait  aux  régions  qu'il  visitait. 

Aussi  l'Amérique  du  Nord  et  toutes  ses  provinces; 
le  Mexique  et  les  différentes  républiques  voisines,  l'Amé- 
rique centrale  en  un  mot,  où  il  a  fait  de  si  remarquables 
découvertes  ;  les  Antilles  où  il  s'est  rendu  plusieurs-fois  ; 
Saint-Domingue,  Haïti,  Cuba,  la  Guadeloupe,  etc..  y 
ont  de  nombreuses  histoires  et  récits  de  voyages. 

Le  Mexique  surtout,  si  intéressant  à  tous  les  points  de 
vue,  par  les  événements  anciens  et  modernes,  contrée  où 
du  reste  il  a  voyagé  à  diflérentes  époques,  l'a  captivé 
plus  que  toute  autre;  on  le  reconnaîtra  au  nombre 
d'ouvrages  sur  ce  pays,  la  plupart  en  français,  mais  de 
nombreux  aussi  en  esjiagnol. 

La  Colombie,  le  Venezuela  ont  de  même  été  explorés 
par  lui  et  figure  dignement;  pourtant  le  Brésil,  Cayenne, 
le  Chili,  le  Pérou,  la  Bolivie,  etc.,  ainsi  que  la  Chine, 
l'Inde,  le  Japon,  l'Australie,  l'Océanie  et  l'Afrique, 
quoique  n'ayant  jamais  été  visités  par  lui,  s'y  trouvent 
représentés  par  de  nombreux  ouvrages,  voyages,  his- 
toires, vues  pittoresques,  atlas,  etc. 

A  l'examen  des  Collections  de  Salle,  on  est  surpris  des 
immenses  matériaux  qu'il  a  pu  réunir,  de  leur  magni- 
fique préparation,  ne  laissant  rien  à  désirer,  et  surtout 
de  voir  qu'ayant  réparti  son  amour  des  collections  sur 
cinq  sujets  si  divers  :  les  Livres,  les  Insectes,  les  Oiseaux 
et  les  Coquilles,  il  ait  encore  trouvé  le  temps  de  s'occuper 
de  timbres-poste.  Pourtant,  qui  trop  embrasse  mal  étreint! 
Salle  l'a  prouvé  une  fois  de  plus  :  tout  entier  à  la  préoc- 
cupation d'amasser,  de  préparer  et  d'entretenir-  de  si 
nombreux  et  si  riches  matériaux,  il  a  fini  par  négliger 
leur  classification  intégrale  oubliant  que  viendrait  un 
temps  où  il  ne  pourrait  plus  le  faire. 

A  force  d'ajouter  continuellement  des  matériaux  nou- 
veaux sans  les  mettre  en  ]]lace  au  fur  et  à  mesure  à  force 
de  combler  les  vides  qu'il  avait  réservés,  il  a  fallu  à  la 
fin  mettre  ailleurs,  hors  de  leur  vraie  place,  les  matériaux 
arrivant  toujours. 

La  collection  des  Mexicains,  à  cause  sans  doute  des 
classifications  nécessitées  par  la  Bioloijia  Centralis  Ame- 
ricana  (à  laquelle  Salle  a  fourni  un  assez  large  contin- 
gent) est  classée  méthodiquement;  la  plupart  des 
espèces  y  sont  typiques. 

Les  Colombiens  sont  très  peu  mélangés;  quelques 
autres  pays  sont  aussi  assez  homogènes,  sans  éléments 
étr^angers.- 

Somme  toute,  quels  que  soient  les  cartons,  boites   ou 


LE     NATURALISTE 


35 


lots,  les  niasses  de  raretés  que  possédait  Salle  font  que 
partout  il  s'en  trouve  plus  ou  moins;  tous,  boites  de 
collections,  chasses  ou  lots,  offrent  nu  beau  coup  d'oeil 
par  la  belle  prp|]aration  iiu'apportaii  le  chasseur  dans 
tout  ce  (|u'il  récoltait. 

Voici  i[ucl  est  l'ordre  des  vacations  : 

Salle  Sylvestre ,  8  heures  du  soir. 
l"  vacation     18  février,  vente  du  n°         1  à  201   bis. 

2  —  l'.l       —  —  202  à     385 

3  —  20      —  —  386  à     5;i'.) 

4  —  22       —  —  560  à     746 

5  —  23       —  —  747  à     9liO 


6  — 


9,-il   à  1104 


Hôtel  Drouot,  2  heures  de  l'apirs-nùdi. 
7"    vacation     2i)  février,  vente  du  n"  1  à  134 

8  —  26       —  —  135  à  190 

9  —  27       —  —  191  à  la    lin. 

L'expert,  M.  Henri  Deyrolle,  fait  savoir  aux  iiersonnes 
qui  ne  i]0urraient  assister  à  la  vente,  que  leurs  commis- 
sions seront  exécutées  par  M>L  Les  Fils  d'Kmile  Dey- 
rolle, naturalistes,  46,  rue  du  Bac,  à  Paris,  qui  se  char- 
geront, au  mieux  des  intérêts  de  leurs  commettants,  des 
ordres  d'achats  qui  leur  seront  confiés,  moyennant  une 
commission  de  5  0/0  sur  le  prix  de  la  vente. 

Ou  peut  se  procurer  le  catalogue  de  cette  vente  à  l'a- 
dresse ci-dessus. 


L'EUMENES   POMIFORMIS  F. 

ET   SES  VICTIMES 


Les  hyménoptéristes  ne  sont  pas  d'accord  sur  l'unité  de 
celte  espèce  A'Eiimencs.  Certains  la  dédoublent,  nom- 
mant pomilormis  les  individus  dont  le  deuxième  sef^anent 
abdominal  est  glabre  ou  couvert  d'une  puljescence  rare 
et  couchée,  etcoarctata  ceux  qui  ont  le  deuxième  segment 
abdominal  velu  et  dont  les  poils  sont  droits. 

Je  comprendrais  à  la  rigueur  que  ceux  dont  le 
deuxième  segment  abdominal  est  glabre,  fussent  sépa- 
rés de  ceux  qui  l'ont  velu,  avec  poils  couchés  ou  relevés 
Mais  non,  ces  poils,  qui  dans  un  cas  n'ont  aucune  im- 
portance puisque  la  même  espèce  peut  en  posséder  ou  en 
manquer,  sont  tout  d'un  coup,  parce  qu'ils  ne  sont  plus 
couchés,  mais  redressés,  élevés  à  la  hauteur  d'un  carac- 
tère spécifu[ue.  Alors,  je  ne  comprends  plus. 

Je  préfère  me  ranger  à  l'avis  de  Lepelleticr  de  Saint- 
Fargeau,  aux  yeux  de  qui  pomiformis  et  coarclala  ne 
constituent  qu'une  môme  espèce. 

D'ailleurs,  si  laissant  de  côté  les  différences  «  essen- 
tiellement fugitives  »  que  je  pourrais  trouver  entre 
pomit'onrds  et  coarctata  (insectes  parfaits),  je  tenais 
compte  de  l'aspect  des  nids,  attribuant,  comme  le  soup- 
çonnait Ed.  André,  les  plus  lisses  à  coarctata  et  les  plus 
rugueux  et  chargés  d'aspérités  à  pomiformis,  je  serais 
encore  amené  à  n'admettre  qu'une  espèce,  car  les  nids 
les  plus  lisses  à  l'extérieur  donnent  des  sujets  dont 
l'abdomen  est  aussi  velu  que  celui  des  Eumenes  prove- 
nant des  nids  les  plus  granuleux. 

h'Eumenes  pomiformis  est  un  chasseur  de  chenilles. 
Je  le  suis  également,  et  à  ce  titre,  je  devais  tut  ou  tard 


m'occuper  de  lui.  Longtemps  nous  nous  sommes  ren- 
contrés sans  nous  prêter  mutuellement  la  moindre  atten- 
tion, rivaux  sans  le  savoir  et  chassant  chacun  de  notre 
ciité;  lorsqu'un  beau  jour,  furetant  parmi  des  fleurs 
A'Eupatorium  cannabinum  où  il  espérait  sans  doute  ravir 
des  chenilles  d'Eupithecia  coronata  »,  il  se  laissa  étour- 
diment  capturer  par  un  coup  de  iilet  qui  ne  lui  était  pas 
destiné.  Sa  livrée  noire  et  jaune,  sa  large  tête  et  son 
thorax  bariolés,  l'étrange  étranglement  des  premiers 
segments  de  son  abdomen,  la  «  pomme  »  figurée  par 
les  autres  segments  qui  se  «  télescopent  >>,  éveillèrent 
mon  attention  et  immédiatement  des  questions  se  posè- 
rent à  ma  curiosité  sur  les  mœurs  de  ce  chasseur,  ses 
armes,  son  gibier  préféré. 

h'Eumenes  pomiformis  ne  vit  pas  en  société,  c'est  un 
solitaire,  et  s'il  chasse  la  chenille,  ce  n'est  pas  pour  son 
usage  personnel,  car  il  est  probable  qu'à  l'état  parfait,  il 
vit  seulement  de  produits  végétaux,  pollen  et  sucs  des 
fleurs  que  lui  offrent  surtout  les  Composées  et  les  Om- 
bellifères  —  c'est  pour  sa  progéniture  à  laquelle  il  faut 
une  chair  fraîche  et  approiniée. 

Mais  avant  d'être  ardent  chasseur,  il  est  habile  maçon, 
avant  de  piquer  de  l'aiguillon,  il  travaille  des  mandibules 
et  des  tarses.  Sans  hésitation,  sans  tâtonnements,  sans 
coup  d'essai,  il  édifie,  il  façonne,  et  son  travail  est  sur- 
prenant. 

Amassant  un  peu  de  terre,  n'importe  laquelle,  n'im- 
porte sa  couleur,  il  l'humecte  avec  un  liquide  ([u'il  dé- 
gorge, en  fait  une  petite  pelote  et  l'emporte  au  point 
qu'il  a  choisi  préalablement  pour  y  construire  son  nid. 
C'est  tantôt  la  surface  d'un  mur,  le  dessous  d'un  chape- 
ron, le  côté  d'une  pierre,  tantôt  et  le  plus  souvent  sur- 
tout en  pleine  campagne,  une  tige  sèche  d'herbe,  une 
racine  descendant  le  long  d'un  talus  ou  même  simple- 
ment la  surface  d'une  feuille  ou  sa  côte  principale. 

La  première  pelotte  de  terre  est  étalée,  une  seconde 
lui  est  adjointe,  étirée,  superposée,  une  troisième...  une 
vingtième  et  plus  peut-être  si  besoin  est,  sont  apportées 
et  mises  en  œuvre.  Si  le  nid  doit  reposer  sur  une  surface 
plane,  il  afl'ecte  une  forme  hémisphérique;  s'il  est 
comme  aérien,  suspendu  ou  accroché  à  une  tige,  il  est 
globulaire,  plus  ou  moins  régulier.  Dans  tous  les  cas,  il 
est  toujours  surmonté  d'un  col  à  ouverture  évasée  pour 
faciliter  l'entrée  du  nid  à  son  propriétaire.  L'intérieur 
de  ce  nid  est  toujours  à  peu  près  lisse,  sans  saillie  sen- 
sible ;  l'extérieur,  au  contraire,  est  le  plus  souvent  comme 
rocailleux,  couvert  d'aspérités,  portions  des  pelotes  de 
terre  non  ouvrées  et  laissées  brutes. 

La  bâtisse  terminée,  notre  insecte  éprouve  une  modi- 
fication soudaine  dans  ses  instincts  :  son  activité,  em- 
ployée jusqu'ici  à  des  travaux  pacifiques,  va  se  dépenser 
bientôt  eu  fatigues  d'un  autre  genre.  Ce  nid,  construit 
si  industrieusement  dont  l'enveloppe,  quoique  mince, 
est  cependant  imperméable  à  l'eau  et  dont  la  capacité 
n'excède  pas  celle  d'une  petite  noisette,  doit  recevoir  un 
(L'uf  et  être  rempli  de  vivres  pour  la  larve  qui  sortira  de 
cet  œuf.  Et  il  faut  se  bâter  :  l'œuf  éclôt  promptemcnt, 
la  larve  mange  gloutonnement.  Aussi  notre  Eumènes  re- 
double-t-il  d'activité.  Les  antennes  redressées  et  conti- 
nuellement agitées  en  quête  d'émanations  chenillennes, 
il  s'élance  sur  les  arbustes,  les  plantes  en  fleur  et  cherche 
avec  animosité. 

Pauvres  bestioles  de  chenilles,  elles  ont  beau  se  «  mi- 
metiser  »,  se  confondre  en  forme,  en  couleur,  avec  la 


36 


LE     NATURALISTE 


tige  ou  les  feuilles  de  leur  plante  nourricière,  elles  n'é- 
chapperont pas  au  sort  qui  les  attend. 

Ce  n'est  pas  avec  ses  yeux  aux  multiples  facettes  que 
l'hyménoptère  découvre  ses  victimes;  c'est  avec  ses  an- 
tennes, siège  de  l'odorat.  Et  ce  sens  est  si  subtil,  si  dé- 
veloppé chez  les  hyménoptères  tant  ravisseurs  que  para- 
sites, qu'il  semble  tout  dominer  chez  eux  et  commander 
en  maître.  Ses  ordres  ne  se  discutent  pas  et  tout  absurdes 
qu'ils  soient  parfois  — j'en  ai  vu  des  exemples  — ils  sont 
exécutés  ponctuellement. 

A  cette  précieuse  qualité  de  l'antenne  décelant  de  loin 
le  gibier,  il  faut  joindre  toutes  celles  d'un  autre  sens  très 
délicat,  le  toucher. 

Chez  cet  être  complexe  qu'est  VEu7nenes,  les  sens  sont 
harmonieusement  partagés  :  si  le  chasseur  a  du  nez, 
l'artisan  a  de  la  main;  si  le  premier  est  remarijuable  par 
son  flair,  le  second  ne  l'est  pas  moins  par  sa  métrique. 

Un  tour  d'antennes  sur  sa  victime  et  l'insecte  de  proie 
sait  si  le  poids  n'est  pas  trop  considérable  pour  ses 
forces  et  si  le  volume  n'est  pas  trop  gros  pour  l'ouverture 
de  son  nid. 

Seules  sont  retenues  les  chenilles  que  VEiunenex  juge 
pouvoir  transporter  et  introduire  aisément  dans  son  nid. 

Saisies  sur  le  dos  des  premiers  segments,  elles  sont 
percées  de  l'aiguillon  généralement  entre  les  pattes  tho- 
raciques  ;  mais  le  coup  n'est  pas  mortel,  il  détermine 
seulement  une  paralysie  partielle.  La  chenille  peut  vivre, 
digérer,  agiter  ses  mandil)ules,  ses  pattes,  faire  ondu- 
ler son  corps  :  elle  ne  sait  plus  se  tenir  debout,  elle  ne 
peut  plus  marcher. 

C'est  dans  cet  état  qu'elle  est  portée  au  niil  de  VEumenes 
où  d'autres  ne  tardent  pas  à  la  rejoindre  apprêtées  de 
même  façon  jusqu'à  ce  que  le  nid  soit  complètement 
garni.  Puis,  l'ouverture  est  obturée  par  une  petite  pelote 
de  terre. 

Entre  temps,  VEumenes  avait  fixé  à  la  paroi  interne  du 
nid, généralement  sur  le  côté,  un  œuf  de  forme  cylindrique 
un  peu  aminci  aux  extrémités  et  dont  la  surface  est 
très  finement  chagrinée.  En  outre,  cet  œuf  est  muni 
d'un  court  pédicelle  de  nature  soyeuse  ou  gommeuse  et 
flexible  à  son  point  d'attache. 

Il  est  difficile  de  préciser  ia  durée  de  l'état  d'œuf  :  il 
faudrait  être  témoin  de  la  ponte,  ce  qui  n'est  guère  aisé 
puisqu'elle  a  lieu  dans  l'intérieur  du  nid.  Tout  ce  que  je 
puis  dire  à  ce  sujet,  c'est  que  le  17  septembre  1895 
je  trouvai  un  nid  d'Eitmenes  dont  le  col  était  encore  ou- 
vert et  par  conséquent  dont  rappro\isionnement  n'était 
pas  encore  terminé;  je  le  laissai  en  place.  Huit  jours 
après  je  trouvai  la  jeune  larve  ayant  dévoré  déjà  la 
moitié  de  ses  vivres.  On  peut  donc  s'approcher  beaucoup 
de  la  réalité  en  assignant  une  durée  de  six  jours  à  l'état 
d'œuf  :  mais  ce  délai  peut  varier  et  être  plus  ou  moins 
long  suivant  la  température. 

h'Eumenes  approvisionne  un  même  nid  avec  des  che- 
nilles de  grosseur  presque  constamment  uniforme  :  on 
en  voit  rarement  de  grosses  mêlées  aux  petites  et  natu- 
rellement cet  insecte  proportionne  le  nombre  de  ses 
prises  à  leur  grosseur.  Jusqu'à  présent,  j'ai  constaté  un 
minimum  de  trois  et  un  maximum  de  trente-huit  che- 
nilles dans  le  même  nid.  Cependant,  j'ai  également  re- 
marqué que  plus  les  chenilles  sont  petites,  plus  le  nid 
est  plein,  il  est  quelquefois  bondé  à  en  éclater.  On  dirait 
que  l'insecte  prévoit  que  parmi  ces  nombreuses  pièces 
de  gibier,  plusieurs  pourront  se  gâter  et  n'être  d'aucun 
profit  pour  la  larve. 


Cette  dernière  emploie  quatre  à  cinq  jours  à  dévorer 
ses  provisions,  quelquefois  moins,  rarement  plus. 

Une  fois  son  repas  terminé,  la  larve  se  met  immédia- 
tement à  tapisser  de  soie  l'intérieur  du  nid,  et  cela  dans 
un  double  but  :  pour  consolider  sa  fragile  maison  de 
boue  et  lui  permettre  de  résister  efficacement  à  toutes 
les  intempéries  —  l'humidité  en  effet  pourrait  en  avoir 
raison  à  la  longue  et  le  mince  tissu  soyeux  dont  elle  est 
ainsi  revêtue  suffit  à  rendre  plus  intime  la  cohésion  de 
toutes  ces  boulettes  terreuses  employées  à  sa  construc- 
tion; en  second  lieu,  pour  s'isoler  complètement  de  tout 
corps  étranger,  surtout  des  reliefs  de  son  festin,  tête  et 
morceaux  de  peau  de  chenilles  et  même  chenilles  entières 
gâtées  auxquelles  la  larve  de  YEumenes  n'a  pas  touché  et 
qu'elle  relègue  au  fond  du  nid  entre  la  paroi  terreuse  et 
une  solide  cloison  soyeuse.  Ainsi  séparée  de  ces  détritus, 
elle  ne  peut  être  incommodée  par  leurs  émanations 
putrides. 

Si  l'état  larvaire  de  VEumenes  est  toujours  très  court, 
par  contre,  l'état  de  nymphe  a  une  durée  plus  longue 
et  très  variable.  Les  nids  que  l'on  trouve  en  juin  et 
juillet  donnent  l'insecte  parfait  au  bout  de  deux  à  trois 
semaines,  tandis  que  ceux  de  septembre  ne  donnent  le 
leur  que  fin  mai  ou  juin  suivants,  la  larve  ayant  passé 
l'hiver  jusqu'enmai. 

On  a  voulu  faire  un  mérite  aux  Eumenes  de  se  borner 
sinon  à  une  seule  et  même  espèce,  du  moins  à  un  même 
genre  de  chenilles  dans  l'approvisionnement  de  leur  nid. 
C'est  sans  doute  faute  d'avoir  songé  que  les  Eumenes  sont 
répandues  un  peu  partout  et  peuvent  avoir  plusieurs 
générations  par  an,  qu'une  même  esjièce  de  chenille  n'est 
pas  toujours  facile  à  rencontrer  au  nord  et  au  midi,  au 
printemps,  en  été  ou  en  automne,  que  telle  espèce  com- 
mune une  année,  peut  être  très  rare  l'année  d'après. 
Dans  de  telles  circonstances,  la  diversité  des  vivres 
s'impose,  et  c'est  ce  qui  a  lieu. 

Ce  fut  en  juillet  1890  que  je  vis  pour  la  jiremière  fois 
des  chenilles  paralysées  par  des  Eumenes.  Elles  me  furent 
adressées  de  la  Ferté-sur-Amance,  où  elles  avaient  été 
trouvées  par  M.  Renaut,  au  nombre  de  six,  dans  deux 
coques  terreuses  appliquées  contre  la  partie  intérieure 
d'un  volet.  C'étaient  des  chenilles  de  Cidaria  fulvatâ 
Forst.,  récoltées  fpar  l'hyménoptère  sur  les  rosiers  du 
voisinage. 

A  la  fin  de  1893,  on  me  présenta  le  dessin  de  la  tête 
d'un  géomètre  dont  trois  sujets  avaient  été  trouvés  par 
M.  Bonnel'oi  dans  un  nid  d'Eumenes  pomiformis.  Je  re- 
connus la  Lythoria  pui'purarial. 

En  juillet  1894  j'eus  enfin  le  plaisir  de  rencontrer  moi-- 
même  des  nids  d'Eumenes  fraîchement  approvisionnés. 
C'était  dans  l'étroit  curtil  de  l'abbaye  en  ruines  de  Saint- 
Martin  du  Canigou  :  trois  petites  coques  terreuses  étaient 
fixées  à  une  haute  tige  d'herbe.  Les  ayant  ouvertes  délica- 
tement, j'en  fis  sortir  les  chenilles  qui  y  étaient  empri- 
sonnées. Je  reconnus  Leucania  albipuncta  F.  jeune,  Helio- 
this  armigera  Hb.  jeune  également,  Depressaria  applana  F. , 
Oxyptilus  tristis  Z.  et  Amblyptilia  acanthodactyla  Hb. 

Eu  septembre  de  la  même  année,  j'ai  trouvé  encore 
plusieurs  nids  d^Eumenes  fixés  aux  rochers  qui  se  dressent 
à  l'entrée  du  Val  d'Esquiorry  près  de  Luchon.  Ces  nids 
contenaient  chacun  quatre  ou  cinq  chenilles  de  Thej-a 
Juniper at a  L. 

'Vers  le  20  juin  1893,  je  trouvai  dans  les  environs  im- 
médiats de  Chatou  cinq  nids  d'Eumenes  dont  trois  étaient 
attachés  à  la  nervure  principale  d'une  feuille  de  Verhas- 


LE     NATURALISTE 


37 


rum  Ihapstis,  Ips  deux  autres  suus  le  chaperon  d'un  mur 
exposé  ail  midi.  Les  trois  premiers  contenaieut  unique- 
ment des  elieiiilles  de  Depressaria  applana  F .,  \c&  deux 
antres  des  l'heniiies  de  Lygdiii  aduUata  Schiff  ,  avec  une 
Eiipilherin  pumilata  Hb.,  dans  l'un  des  deux. 

Vm  septcmlire  I89"i.  M.  Chevalier  qui  depuis  idnsieurs 
années  avait  déjà  remarqué  que  les  nids  iVEumenc^ 
à  Chatou  étaient  garnis  principalement  de  chenilles 
iXEupithecia  linariata,  récolta  une  centaine  de  nids 
iV Ewnenes  pomiformis  et  me  fit  voir  toutes  les  espèces 
de  chenilles  que  ces  nids  renfermaient.  Outre  VEupithc- 
cia  linariata  déjà  nommée,  je  reconnus  :  lleliothis  dipsa- 
l'eus  L.,  Pinnca  extimalia  Se,  Honurosoma  nimbella  Z., 
Cochylis  crucntunn  VrnA.,  Cochylis  hijbridt'llallh.,  PhUelta 
cruciferarum  Z.,  Amblyptitia  acanthodactyla  Uh.,  el  Ptcro- 
phonts  monodaitylus  L. 

Enlin,  en  1896,  j'ai  trouvé  dans  l'Ardéche,  deux  nids 
de  pomiformis  ayant  encore  quelques-unes  de  leurs  pro- 
visions :  elles  consistaient  en  chenilles  de  Pyrausta 
aicrata  Se,  Eupithecia  sextiala  Mill.,  Hom.  nimbella  et 
/'/.  cruciferarum. 

En  résumé,  comme  gibier  do  ÏEumenes  pomiformis. 
nous  connaissons  : 

3  noctuelles; 
7  géomètres  ; 
3  pyralites  ; 
2  tordeuses  ; 

2  tinéites; 

3  ptérophorides. 

Soit  vingt  espèces  :  dix  chenilles  de  macrolépido- 
ptères, dix  de  microlépidoptères. 

J'avoue  sincèrement,  en  faisant  le  dénombrement  des 
eepèces  de  chenilles  «  collectionnées  »  \ia.rVEumencs po- 
miformis, avoir  éprouvé  un  réel  étonnement,  non  pas 
tant  à  cause  de  la  quantité  d'espèces  qui  certainement 
doit  être  plus  considérable  encore,  mais  à  cause  de  la 
présence  de  certaines  chenilles,  telles  que  Homœosoma 
nimbella  et  les  Cochylis  cruentana  et  hybridella  dans  les 
nids  d'Eumenes. 

Que  cet  hyménoptère  s'empare  des  chenilles  qui  vivent 
sur  une  tige,  sur  une  feuille  à  découvert,  cela  s'explique 
aisément  quand  on  connaît  l'activité  déployée  jiar  ce 
chasseur  infatigable.  Alais  qu'il  aille  dénicher  dans  les 
anthodes,  dans  les  cajiitules  des  fleurs,  les  chenilles  qui 
y  sont  cachées,  c'est  tout  à  fait  surprenant. 

Nous,  chasseurs  de  microlépidoptères,  nous  recon- 
naissons aisément  à  certains  signes  caractéristiques,  la 
prés-ence  ou  du  moins  le  passage  d'une  larve  dans  les 
calathides  des  Composées,  mais  nous  ne  pouvons  dire 
sans  regarder  l'intérieur  de  ces  fleurs  si  nous  avons 
affaire  à  une  larve  de  diptère  ou  de  coléoptère  ou  à  une 
chenille  de  micro. 

Qui  donc  a  fait  savoir  à  VEumenes  pomiformis  qu'il 
pouvait  y  avoir  dans  certaines  tètes  de  Composées,  en 
tout  semhlahles  aux  autres  pour  le  vulgaire,  des  chenilles 
qu'il  serait  sans  doute  agréable  à  sa  larve  de  manger? 
Qui  lui  a  appris  à  les  extraire  de  leur  cachette'? 

A  ces  questions  VEumenes  ne  répond  que  par  le  fait 
brutal  ;  il  emmagasine  des  chenilles  de  Cochylis  dans  son 
nid  —  et  on  en  a  compté  plus  de  trente  dans  le  même 
nid! 

\u  Homœosoma  nimbella  vit  principalement  dans  les  an- 
thodes de  Seneciojacobxa  et  de  Solidago  virgaurea;  la.  Co- 


chylis hybridella  vit  surloul  dans  celles  de  Centaureaniyra 
et  de  Picris  hicracioides. 

Pour  s'en  emparer,  il  est  donc  nécessaire  que  VEu- 
menes, averti  par  ses  antennes  de  la  présence  d'une 
chenille  dans  les  anthodes  défleuries  de  ces  plantes,  pé- 
nètre par  le  haut,  écarte  brusquement  les  aigrettes  des 
graines,  fouille  à  travers  les  jeunes  graines,  saisisse  la 
chenille  et  l'extirpe  violemment;  ou  bien,  changeant  de 
tactique  et  préférant  une  voie  plus  directe,  il  lui  faut 
s'attaquer  de  front  à  l'involucre  lui-même,  y  pratiquer 
une  lirèche,  une  ouverture  avec  ses  mandiliules,  atteindre 
la  chenille  et  l'arracher  des  graines  dans  lesquelles  elle 
est  engagée.  Ainsi  pourquoi  s'explique  l'enveloppe  florale 
des  anthodes  de  Senecio  jacobxa  est  si  souvent  percée 
d'un  trou  rond  à  la  base. 

De  toute  façon,  c'est  un  travail  qui  dénote,  chez  VEu- 
menes pomiformis,  un  odorat  étonnant  de  subtilité  et  des 
organes  merveilleusement  conditionnés,  au  service  d'une 
rare  intelligence  d'insecte. 

P.  Chrétien. 


HEEBIER  ET  BIBLIOTHÈQÏÏE 

DE 

JAMES    LLOYD 

NOMINATION  D'UN  CONSERVATEUR 


L'auteur  bien  connu  de  la  Flore  de  l'Ouest  de  la  France, 
James  Lloyd,  décédé  à  Nantes,  le  lOmai  1896,  a  légué  àla  ville 
d'Angers  sa  fortune  et  ses  collections  scieDlifiques,  eu  stipu- 
lant pour  celles-ci  des  clauses  particuhères  rédigées  daus  les 
termes  suivants  : 

«  L'herbier. sera  conservé  dans  sa  disposition  actuelle  et  déposé 
dans  une  salle  spéciale  et,  si  l'ony  met  d'aiitresherbiers,  j'exige 
queceux-ci  soient  enfermés  dans  des  boites(noa  dans  des  car- 
tons) ci  empoisonnés  au  sublimé,  comme  le  mien.  11  formera 
une  collection  spéciale  qui  ne  pourra  en  aucun  cas  être  alié- 
née en  faveur  d'autres  collections. 

«  Labibliothèqueformeraégalementune  bibliothèque  spéciale 
placée  dans  le  bâtiment  de  l'herbier  et  ne  pourra  pas  être  con- 
fondue avec  une  autre  bibliothèque. 

«  Le  Maire  de  la  ville  d'Angers,  sur  la  présentation  de  trois 
candidats  proposés  par  la  Société  botanique  de  France,  nom- 
mera un  conservateur  chargé  de  l'entretien  de  l'herbier,  de  la 
bibliothèque,  et  qui  recevra  un  traitement  d'au  moins  3.0ÛU  fr. 
sur  les  revenus  que  je  laisse. 

K  Je  désire  que  ce  poste  soit  confié,  en  dehors  de  toute  consi- 
dération dégrades  universitaires,  à  un  botaniste  humble, ami 
de  la  nature,  voué  au  progrès  de  la  science  que  j'ai  aimée  et 
cultivée.  Si  ce  legs  est  fait  à  la  ville  d'Angers,  c'est  fu  souve- 
nir et  honneur  de  Bastard,  Desvaux,  et  surtout  de  Boreau,qui 
oni  illustré  la  botanique  dans  l'ouest  de  la  France.  Les  reve- 
nus que  je  laisse  seront  intégralement  consacrés,  après  le  pré- 
lèvement du  traitement  du  conservateur,  àl'eutretien  et  àl'aug- 
meutation  de  l'herbier  et  de  la  bibliothèque  ci-dessus  désignés 
au  perfectionnement  de  la  Flore  de  l'Ouest  de  la  France,  que 
j'ai  commencée.  Une  somme  de  2.000  francs  servira  annuelle- 
ment à  cet  entretien  et  aux  différents  achatsqui  pourraient  être 
faits,  et  le  surplus,  s'il  y  en  a,  sera  ajouté  au  traitement  du  con- 
servateur. » 

Nous  avons  reproduit,  dans  leur  teneur  exacte,  les  clauses 
ci-dessus,  afin  de  faire  connaître  d'une  façon  précise,  les  volon- 
tés du  testateur. 

•M.  le  Maire  d'Angers,  par  lettre  adressée  au  Président  de  la 
Société  botanique  de  France,  en  date  du  27  décembre  dernier, 
et  à  laquelle  était  jointe  une  copie  du  testament  de  J.   Lloyd, 


38 


LE     NATURALISTE 


deuiaiiiie  qu'où  lui  euToie  la  liste  des  trois  candidats,  paruii 
lesquels  il  devra  choisir  le  conservateur  à  uomœer. 

La  Société  botanique  de  France  a  décidé,  daus  la  séance  du 
8  janvier  deruier,  qu'elle  acceptait  la  mission  qu'on  la  sollicite 
de  remplir  :  mais,  avant  de  l'aire  la  présentation  demandée, 
et  afin  de  permettre  à  un  plus  grand  uombre  de  candidatures 
de  se  manifester,  elle  uous  prie  de  l'aider  a  répandre  le  plus 
possible  la  nouvelle  de  l'emploi  créé  parle  testameut  du  bota- 
niste nantais,  en  la  répandant  par  la  voie  du  «Naturaliste  », 
ce  que  nous  faisons  avec  le  plus  grand  plaisir. 

Les  candidats  devront  adresser  leurdcmande,  accompagnée 
d'une  indication  succincte  de  leurs  titres,  avant  le  15  mars 
prochain,  h  M.  le  Président  delà  Société  botanique  de  France, 
rue  de  Grenelle,  84,  à  Paris. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Plus  qu'aucune  autre  sorte  de  questions,  celles  qui  touchent 
à  la  Théorie  de  l'évolution  ont  toujours  le  don  d'attirer  Tat- 
teution  générale.  Nous  signalerons  donc,  en  commençant  cet 
article,  la  note  de  M.  H.  Quinton,  présentée  par  M.  Marey  sur 
le  refroidissement  du  globe  considéré  comme  cause  primor- 
diale d'évolution.  Toujours  les  théories  évolutionnistes  sont 
restées  muettes  sur  les  causes  d'apparition  des  grandes 
classes.  Suivant  l'auteur,  les  différents  modes  de  reproduction 
qu'on  observe  dans  l'échelle  animale,  particulièrement  dans 
l'embranchement  des  Vertébrés  (modes  ovipare,  marsupial, 
vivipare,  ovipare  avec  couvaison)  sont  la  conséquence  immé- 
diate du  refroidissement  du  globe,  et  toujours  suivant  lui,«  si 
l'on  considère  à  quel  point  sont  liées  au  mode  de  reproduc- 
tion l'anatomie  et  la  physiologie  des  êtres,  et  à  quel  point  ce 
mode  de  reproduction  peut  seul  les  déterminer,  il  ressortira 
que,  seul,  le  fait  de  l'incubation  marsupiale  et  vivipare  était 
capable  de  causer  l'apparition  de  la  classe  mammifère  dans 
tous  ses  caractères  généraux  :  si  le  globe  ne  s'était  point  re- 
froidi, quelles  que  soient  les  causes  d'évolution  qu'on  imagine, 
le  type  animal  ne  fCit  point  sorti  du  stade  reptilien.  L'Oiseau, 
qui  n'a  modifié  que  superficiellement  sou  mode  de  reproduc- 
tion, y  est,  comme  on  sait,  demeuré  ». 

Le  prince  Alberl  !■"■  de  Monaco,  en  exposant  k  l'Académie 
les  résultats  scientifiques  de  la  troisième  campagne  entreprise 
sur  son  yacht  «  La  Princesse  Alice  »  de  mai  à  août  1806,  si- 
gnale la  découverte,  au  voisinage  des  Açores,  d'un  banc  con- 
sidérable de  roche  et  sable  volcanique  à  faune  très  abondante 
comme  espèces  et  comme  individus. 

82  sondages,  19  prises  de  températures,  9  prélèvements  d'é- 
chantillons d'eau,  2  extractions  des  gaz  dissous  dans  l'eau  à 
1000  et  2700  mètres  de  profondeur,  23  dragages,  11  descentes 
de  nasses,  12  descentes  de  tremail,  enfin  plusieurs  descentes 
d'hameçons,  jusqu'à  1600  mètres,  une  descente  d'essai  à 
1000  mètres  du  filet  bathypélagique  Giesbrecht  modifié  repré- 
sentent le  bilan  des  opérations  effectuées  durant  cette  cam- 
pagne. 

Les  récoltes  ont  été  abondantes,  et  seront  étudiées  par  la 
suite.  On  peut  cependant  citer  la  capture  de  grands  cétacés, 
dans  la  Méditerranée:  Orca  Gladiator,  Grampus  Griseus,  Del- 
phinus  Delphis. 

C'est  un  fait  connu  depuis  longtemps  que  la  plupart  des 
Annélides,  soit  terrestres,  soit  marines,  peuvent,  lorsqu'on 
vient  à  les  couper  et  à  sectionner  leur  corps  en  plusieurs 
tronçons,  cicatriser  rapidement  les  plaies  ainsi  produites  et 
régénérer  rapidement  un  nouveau  bourgeon  caudal.  Beaucoup 
d'annélides  marines  retranchent  même  successivement  et 
d'elles-mêmes  par  autotomie  une  partie  de  leur  corps  eu 
souffrance  pour  la  régénérer  ensuite  quand  les  conditions 
devienuent  meilleures.  C'est  le  bourgeon  ainsi  formé  dont 
M.  Michel  a  recherché  l'origine  et  la  différenciation.  D'origine 
ectodermique  nait  un  tissu  indifférent  qui  se  différencie  ulté- 
rieurement ensuite  en  ectoderme  et  endoderme  nouveau. 

MM.  Maurice  Caullenj  et  Félix  Mesnil.  en  poursuivant 
l'étude  analomique  des  spirorbis,  petites  annélides  marines 
sédentaires  à  tube  calcaire  enroulé  eu  spirale  qu'on  trouve 
fréquemment  sur  les  Fucus  et  les  coquilles  et  cailloux  sub- 
mergés, ont  observé  que  la  constitution  de  ces  annélides  est 
elle-même  devenue  entièrement  asymétrique,  fait  présentant, 


suivant  M.  le  professeur  Edmond  Perrier  qui  en  fait  la  re- 
marque à  l'Académie,  un  certain  intérêt  en  ce  qu'il  précise  la 
parenté  déjà  entrevue  des  Mollusques  et  des  Vers. 

-M.  A.  Malaqiiin  pense  pouvoir  affirmer  que  deux  monstril- 
lides  (Thaumaleus  filigranarum  (u.  sp.)  et  monstrilla  (Hémo- 
cera  (u.  g.)  Daua-  (Claparède)  qu'il  a  observés  vivent  à  l'inté- 
rieur du  système  vasculaire  des  annélides  Tubicoles  Filograna 
et  Salmaeyna.  Fait  qui  semble  en  désaccord  non  seulement 
avec  les  récentes  observations  de  M.  Giard,  mais  avec  tout  ce 
que  l'on  connaît  jusqu'à  ce  jour  sur  ce  sujet? 

M.  i.  Ranvier,  dans  une  série  de  communications  à  l'Aca- 
démie, décrit  les  lymphatiques  de  la  villosité  intestinale  chez 
le  rat  et  le  lapin  et  le  système  lymphatique  de  la  grenouille.  Il 
étudie  la  théorie  de  la  confluence  des  lymphatiques  et  le  dé- 
veloppement des  ganglions  lymphatiques,  et  enfin  présente 
une  théorie  nouvelle  sur  la  cicatrisation  et  le  rôle  de  l'épithé- 
lium  antérieur  de  la  cornée  dans  la  guérison  des  plaies  de 
cette  membrane. 

L'étude  physiologique  du  venin  des  vipères  et  des  serpents 
et  l'immunité  contre  ses  effets  due  à  l'inoculation  préventive 
du  sérum  de  certains  animaux  ont  déjà,  à  plusieurs  reprises, 
fait  l'objet  de  communications  à  l'Académie. 

Comme  le  sérum  du  sang  de  Hérisson,  du  sang  de  Vipère, 
l'inoculation  du  sérum  du  sang  d'Anguille  peut,  suivant  les 
expériences  concluantes  de  M.  Physalix,  produire  cette  im- 
munité. 

Dans  le  même  ordre  de  recherches,  il  convient  de  citer  les 
procédés  employés  par  M.  Paul  Gibier  pour  recueillir  le  venin 
des  serpents,  sa  cage  particulière  et  l'emploi  d'un  courant 
alternatif  faible  agissant  sur  les  muscles  de  la  mâchoire  per- 
mettent de  faire,  sans  aucun  danger,  la  cueillette  du  venin. 

Dans  un  grand  uombre  de  localités  de  la  mi-juillet  à  la  mi- 
septembre,  on  voit  chez  l'homme  apparaître  sur  diverses  par- 
ties du  corps,  les  jambes  uotammeut,  des  boutons  accompa- 
gnés d'une  vive  inflammation  et  d'une  démangeaison  insup- 
portable. Ces  boutons,  on  le  sait  depuis  longtemps,  sont 
produits  par  la  piqi'ire  d'un  Acarien,  sous  sa  forme  larvaire 
hexapode,  désigné  vulgairement  sous  les  noms  de  Kouget, 
bête  ronge,  bête  d'août,  veudangeron.  Les  zoologistes,  con- 
sidérant d'abord  cet  hexapode  comme  une  forme  définitive, 
en  firent  une  espèce  d'un  genre  artificiel  «  Leptus  »,  sous  le 
nom  spécifique  d'Autumnalis.  Plus  tard,  lorsqu'on  eut  reconnu 
que  les  Acariens  hexapodes  sont  des  larves  conduisant  inva- 
riablement à  un  type  octopode,  ou  dut  rechercher  à  laquelle 
de  ces  dernières  le  rouget  doit  être  rattaché.  L'opinion  la  plus 
acréditée,  grâce  à  l'autorité  de  M.  Méguin,  est  que  le  Rouget 
représente  la  forme  hexapode  du  ïrombidiou  holosericum. 
Suivant  les  observations  que  M.  Sylvain  Jourdain  a  pu  faire 
dans  sa  propriété  del'orbail  (Manche),  il  semble  que  le  Rouget 
n'est  certainement  pas  la  larve  de  Trombidion  holosericum. 
Fait  intéressant  en  paléontologie,  M.  A.  Thévenin  uous  si- 
gnale la  découverte  de  nouveaux  Mosasauriens  trouvés  en 
France.  Depuis  que  l'Académie  des  sciences  a  justement  dé- 
cerné un  prix  à  M.  A.  Pomel  pour  la  publication  des  mono- 
graphies paléontologiques  des  Vertébrés  quaternaires  de  l'Al- 
gérie dont  il  a  entrepris  la  publication,  ce  distingué  paléon- 
tologiste a  continué  ses  recherches,  et  il  décrit  actuellement 
six  espèces  d'éléphants  quaternaires  dont  un  mastodonte  peu 
connu. 

Elephas  lolensis  (sp.  n.),  Elephas  voisin  de  E.  Melitensis, 
E.  Atlanticus  (Pomel),  Elephas  africanus  (Cuv.),  Elephas  meri- 
dioualis  ;  enfin  un  Mastodou  très  voisin  du  M.  Borstoni.  Les 
espèces  de  Rhinocéros,  que  ce  savant  a  pu  jusqu'ici  spécifier, 
sont  au  nombre  de  quatre  ;  il  en  publie  la  monographie  ainsi 
que  celle  des  Hippopotames.  Nous  voyons  chaque  jour  le 
monde  cryptogamique,  si  important  déjà  de  nos  jours  par  ses 
manifestations,  étendre  son  domaine,  et  l'esprit  demeure  sou- 
vent confondu  devant  les  manifestations,  infiniment  grandes 
comme  effet  de  ces  causes  infiniment  petites.  Sans  citer  les 
épidémies  animales  et  végétales  (1)  dont  ces  infiniment  petits 
sont  la  cause  et  dont  nous  trouvons  de  nouveaux  exemples 
presque  à  chaque  compte  rendu,  n'est-il  pas  absolument 
étourdissant  de  songer  que,  suivant  les  découvertes  de  M.  B. 
Renault,  nous  serons  bientôt  amenés  peut-être  à  considérer 
les  amas  immenses  de  combustibles  végétaux  que  renferme 
notre  globe^comme  dus  à  celte  activité  bactérienne? 
Cela  semble,  en  effet,  probable,  eu  égard  au  nombre  prodi- 

(1)  M.  Hoze.  Rhizoctone  de  la  pomme  de  terre  (séance  du 
7  décembre).  Microcoque  de  la  pomme  de  terre  (séance  du 
28  décembre). 


LE     NATURALISTE 


39 


gieux  et  à  la  natui'i'  iiarticulière  tles  microorganismes  dùcou- 
verts  par  ce  savant  dans  les  charbons  minéraux  de  diverses 
provenances. 

Nous  devons  à  M.  Pli.  Glaiigeauil  une  rtude  sur  le  juras- 
sique supérieur  des  environs  d'Angoulême. 

Kinmiériiigien  et  Portlandien  s'y  trouvent  représentés. 

[,es  différents  niveaux  à  espèces  saum'ilres,  l'existence  du 
sel  etilu  gypse  témoignent  de  l'état  laguuaire  de  la  région  à 
l'époque  du  Portlandien  supérieur,  mais  c'est  principalement 
vers  le  milieu  du  l'Aquilonieu  que  l'évaporatiou  des  eaux  des 
lacunes  acquiert  son  maximum,  amenant  le  dépôt  du  sel  et 
du  gypse  préludant  ainsi  au  retrait  définitif  de  la  mer  à  la  fia 
des  teaii>s  jurassiques. 

M.  J.  Blayac  a  étudié  le  crétacé  inférieur  de  la  vallée  de 
l'Oued-Cherf  (province  de  Constantine).  Le  crétacé  de  celte 
région  présente  au  nord  le  faciès  vaseux  i  faunes  pyriteuses 
semblables  à  celles  de  la  région  delphino-proveuçalc,  et  au 
sud  le  faciès  Recifal  qui  est  surtout  très  accusé  dans  l'aptiea. 

M.  Couuillon,  attaché  A  l.i  mission  Pavie,  communique  à 
l'Académie  le  résultat  de  ses  études  sur  la  constitution  géolo- 
gique des  environs  de  Luang-Prabang  (Cochinchine). 

Signalons  enfin,  pour  terminer,  quelques  observations,  faites 
par  M.  St.  .Meunier  sur  les  roches  asphaltiques  et  sur  l'ori- 
gine de  l'asphalte,  et  enfin  une  note  de  .M.  Mercey  sur  les  ca- 
ractères identiques  du  phosphate  riche  dans  les  bassins  de 
Paris  et  de  Londres  et  sur  l'âge  tertiaire  de  ce  dépôt. 

Eug.  Malard. 


Répertoire  ét|iiio!ogi(jU8  des  noms  français 

ET  DES  DÉNOfflNATIONS  VULGAIRES  DES  OISEAUX 

[Sicile) 


Ramier.  —  Nom  donné  au  Pigeon  sauvage  (Columba  pa- 
lumbus).  «  A  été  ainsi  nommé  à  raniex  arhornm  ou  de  rama- 
riiis,  selon  Ménage,  à  cause  que  cette  sorte  de  Pigeon  perche 
sur  les  branches  des  arbres.  »  (Salerne.) 

Kainiret.  —  Diminutif  de  Ramier,  créé  par  Lesson  pour 
désigner  un  genre  de  Pigeons  d'Amérique,  très  voisins  des 
R.Tmiers  et  connus  sous  le  nom  de  Picaziiro.  (Voyez  ce 
mot.) 

Kapace.  —  Synonyme  de  ravisseur,  employé  pour  dési- 
gner un  ordre  d'Oiseaux  connus  aussi  sous  les  noms  d'Oi- 
seaux de  proie  ou  Accipilres,  qui  ont  la  faculté  de  saisir  et 
d'enlever  leur  proie  à  l'aide  de  leurs  serres. 

Reniiz.  —  Nom  polonais  d'une  Mésange  (Œf/;/llialiis 
pendulinus),  conservé  par  les  ornithologistes  modernes  à  cet 
Oiseau,  connu  aussi  sous  le  nom  do  PenduVuie.  Croyez  ce 
mot.) 

Républicain.  —  Nom  donné  par  Le  Vaillant  à  des  Tisse- 
rins d'.Vfrique  {l'hilelœnis),  parce  qu'ils  se  réunissent  pour 
construire  des  nids  volumineux  composés  de  cellules.  «  Chaque 
couple  a  son  nid  dans  cette  liabitation  commune;  c'est  une 
vraie  République.  »  (Le  Vaillant.) 

Révcillenr.  —  Surnom  donné  à  des   Oiseaux  d'Australie 

[Slrepera],  voisins  des  Corvidés,  à  cause  do  leurs  cris  extrê- 
mement perçants  qu'ils  font  entendre  dés  l'aube  et  qui 
leur  ont  fait  donncj  par  les  colons  le  surnom  de  Pies 
bruyantes, 

Rocar.  —  Nom  donné  par  Le  Vaillant  à  un  Pétrocinclc 
d'Afrique  {Petrocincla  rupeslris),  parce  qu'il  recherche  les 
rochers. 

Roi-des-Cailles.  —  Surnom  donné  au  Râle  de  genêts 
{Crex  pralensis).  u  On  commence  à  l'entendre  vers  le  10  ou  le 
12  de  mai,  dans  le  même  temps  que  les  Cailles,  qu'il  semble 
accompagner  en  tout  temps,  car  il  arrive  et  repart  avec  elles; 
cette  circonstance,  jointe  à  ce  que  le  Râle  et  les  Cailles  ha- 
bitent également  les  prairies,  qu'il  y  vit  seul  et  qu'il  est  beau- 
coup moins  commun  et  un  peu  plus  gros  que  la  Caille,  a  fait 
imaginer  qu'il  se  mettait  à  la  tête  de  leurs  bandes,  comme 
chef  ou  conducteur  de  leur  voyage,  et  c'est  ce  qui  lui  a  fait 
donner  le  nom  de  Roi-de-Cailles.  »  (Buffon.) 


Roitelet.  —  Diminutif  do  Roi,  donné  â  ce  petit  Passereau 
{Rei/idds),  parce  qu'il  a  la  tétc  couronnée  d'une  huppe  jaune. 
«  .Son  titre  est  évident  ;  il  est  roi,  puisque  la  nature  lui  a 
donné  une  couronne,  et  le  diminutif  ne  convient  à  aucun 
autre  de  nos  Oiseaux  d'Europe  autant  qu'à  celui-ci,  jinisqu'il 
est  le  plus  petit  de  tous.  »  (BulTon.) 

Rolle.  —  Nom  formé  par  Le  Vaillant,  par  corruption  du 
mot  Rallier,  pour  désigner  des  Coraciadés  {Etcryslomus). 
«  Ces  Oiseaux  diB'érant  essentiellement,  par  les  caractères  du 
bec,  de  ceux  que  nous  avons  précédemment  décrits  (les  vrais 
Piolliers),  nous  avons  cru  qu'il  était  aussi  nécessaire  de  tirer 
entre  eux  et  ces  derniers  une  petite  ligne  do  démarcation,  en 
nommant  Rolles  ceux  dont  il  va  être  question.  »  (Le  Vail- 
lant.) 

Rollicr.  —  Il  n'existe  aucune  explication  satisfaisante  do 
ce  nom,  employé  pour  désigner  des  Oiseaux  de  la  famille  des 
Coraciadés.  Gesner  affirme  que  ce  mot  Roliier  vient  do  l'alle- 
mand Roller,  exprimant  le  cri  de  ces  Oiseaux,  n  Les  noms  de 
Geai  de  Slrasbniir;/,  do  Pie  de  mer  ou  des  bouleaux,  de  Per- 
roquet d'Allemagne,  sous  lesquels  cet  Oiseau  (le  RoUier  d'Eu- 
rope) est  connu  en  différents  jiays,  lui  ont  été  appliqués  sans 
beaucoup  d'examen  et  par  une  analogie  purement  populaire, 
c'est-à-dire  très  superficielle.  »  (Bufl'on.) 

Rosalbin.  —  La  belle  couleur  rose  tendre  de  son  plu- 
mage a  valu  ce  nom  à  un  Cacatoès  d'Australie  [Eolopkus 
roseicapillus). 

Rose-Gorge.  —  Nom  donné  par  Bufîon  au  Guiraca  (Ile- 
dymeles  Ludovicianus).  u  Nous  lui  donnons  le  nom  de  Rose- 
Gorge,  parce  qu'il  est  très  remarquable  par  ce  caractère,  ayant 
la  gorge  d'un  beau  rouge-roso,  et  parce  qu'il  difl'ère  assez  de 
toutes  les  autres  espèces  du  même  genre,  pour  qu'il  doive  être 
distingué  par  un  nom  particulier.  »  (Buffon.) 

Roselin.  —   (Voyez  le  mot  Martin.) 

Rossignol.  —  Ce  mot  serait  un  diminutif  de  son  nom 
latin  Luscinia,  dont  on  a  fait  Lusciniola  et  le  mot  français 
Rossignol.  «  Au  reste.  Rossignol  paraît  venir  de  Lusciniola 
par  un  léger  changement,  ainsi  que  l'italien  Rossignuolo, 
quoique  Oliva  dise,  comme  Belon,  qu'il  vient  de  sa  couleur 
rousse.  On  trouve  dans  Cotgrave  Roussignol  ou  Roussirjneau; 
c'est  de  cette  dernière  façon  qu'il  se  trouve  écrit  dans  le 
Roman  de  la  Rose,  n  (Salerne.)  Quant  à  son  nom  latin  de 
Luscinia,  les  explications  en  sont  peu  satisfaisantes.  «  Nos 
étymologistcs  font  venir  Luscinia  de  Luscus  (louche),  mais 
malheureusement  le  Rossignol  n'est  pas  louche;  d'autres  le 
tirent  .4  luce,  parce  qu'il  annonce,  dit-on,  le  retour  de  la  lu- 
mière, et  il  l'annonce,  en  effet,  tant  que  la  nuit  dure.  »  (G.  de 
Montbcillard.) 

Rossignol -d'.Viuériqne.  —  (Voyez  le  mot  Rouge-Gorge 
bleu.) 

RossîguoI-dn-Japoii.  —  Les  oiseliers  donnent  ce  nom  k 
un  Passereau  de  la  famille  des  (Egithinidés,  le  I^eiolJuix  lu- 
teus.  parce  qu'il  a  une  certaine  ressemblance  avec  le  Rossi- 
gnol et  habite  le  Japon. 

Ronge-Gorge.  —  Nom  donné  à  cet  Oiseau  {Erythacus  ?■«. 
becula),  à  cause  de  la  coloration  orangée  de  sa  gorge,  d'où, 
par  une  extension  un  peu  forcée,  le  Rouge-Gorge  a  pris  son 
nom.  «  C'est  mal  fait  do  le  nommer  Gorge-Rouge,  car  ce 
que  nous  lui  pensons  rouge  en  la  poitrine  est  orangé,  d 
(Belon.) 

Ronge-Gorge  bien.  —  Nom  vulgaire  d'un  Passereau  de 
la  famille  des  Sylvidés,  la  Sialia  Wilsoni,  surnommée  égale- 
ment Rossignol  d'Amérique;  ces  deux  dénominations  sont  im- 
propres, car  cet  Oiseau  diffère  sensibloment  du  Rossignol  et 
n'a  pas  la  gorge  rouge.  U  est  connu  aux  États-Unis  sous  le 
nom  de  Rlue-Bird  (Oiseau-Bleu),  qui  lui  convient  beaucoup 
mieux. 

Ronge-Qncne.  —  Nom  donné  au  Rossignol  de  murailles 
{Pliœnicurus  rulicilla),  à  causo  de  la  coloration  rouge  de  sa 
queue. 

Ronpenne.  —  Nom  formé  par  Le  Vaillant  par  contraction 
des  mots  roux  et  penne  (plumes  rousses),  et  donné,  à 
causo  de  leur  plumage,  à  des  Merles  d'Afrique  [Amydrus), 

Rousseline.  —  Nom  donné  par  Buffon  à  un  Pipit  {An- 
Ihus  campestris).  «  Je  l'appelle  Rousseline,  parce  que  la  cou- 
leur dominante  de  son  tilumage  est  un  roux  plus  ou  moins 
clair.  I)  (Buffon.) 


40 


LE     NATURALISTE 


Ronsserolle.  —  Nom  vulgaire  d'une  Fauvette  de  roseaux 
[Calamodyta  artmdinacea).  «  Belon  appelle  cet  Oiseau  Roiis- 
strolle,  à  cause  de  sa  couleur  rousse,  ou  Roucherolle,  parce 
qu'il  se  plaît  dans  les  rouches  ou  roseaus.  »  (Salerne.) 

Rnblette.  —  Diminutif  tiré  du  mot  latin  ruber  (rouge)  et 
employé  comme  synonyme  de  Roiiffe-Queue. 

Rnbin.  —  Nom  donné  par  BuÉfon  à  un  Oiseau  de  la  famille 
des  Tyrannidés  {P;/roceplialns).  «  M.  de  Commerson  l'avait 
nommé  Mésanfje-Cardi)ial  ;  mais  ce  petit  Oiseau  étant  encore 
moins  Cardinal,  nous  lui  avons  donné  un  nom  immédiatement 
relatif  à  la  vivacité  de  sa  couleur.  »  (Butfon.) 

Rubis.  —  Nom  donné  par  Buft'on  à  un  Oiseau-Mouche, 
parce  que  sa  gorge  a  le  brillant  et  le  feu  d'un  rubis. 

Rubis-Topaze.  —  Nom  donné  par  Marcgrave  à  un  Oiseau- 
Mouche.  «  De  tous  les  Oiseaux  de  ce  genre,  celui-ci  est  le 
plus  beau  et  le  plus  élégant;  il  a  les  couleurs  et  jette  le  feu 
des  deux  pierres  précieuses  dont  nous  lui  donnons  les  noms  : 
il  a  le  dessus  de  la  tête  et  du  cou  aussi  éclatant  qu'un  rubis; 
la  gorge  et  tout  le  devant  du  cou,  jusque  sur  la  poitrine, 
vus  de  face,  brillent  comme  une  topaze  aurore  du  Brésil.  « 
(Marcgrave.) 


Sacre.  —  Buffon  a  décrit  sous  le  nom  de  Sacre  ou  Vaiilour 
d'Ef/'jpte  le  Néopliron  percnoptére  non  adulte,  et  a  donné  ce 
mémo  nom  de  Sacre  à  une  variété  du  Lanier.  Le  mot  Sacre 
est  tiré  du  bas  latin  Sacer,  qui  dérive  de  l'arabe  Sakr,  em- 
ployé pour  désigner  tout  Oiseau  dressé  pour  la  chasse. 

Sagittaire.  —  (Voyez  le  mot  Messager.) 

Salangane.  —  Nom  indigène  conservé  à  un  genre  d'Hi- 
rondelles (Collocalia),  dont  les  nids  sont  comestibles  en  Chine. 
B  Salangane  est  le  nom  que  les  habitants  des  Philippines  don- 
nent à  une  petite  Hirondelle  de  rivage  fort  célèbre  et  dont  la 
célébrité  est  due  aux  nids  singuliers  qu'elle  sait  construire. 
Ces  nids  se  mangent  et  sont  fort  recherchés  soit  à  la  Chine, 
soit  dans  plusieurs  autres  pays  voisins  situés  à  cette  extrémité 
de  l'Asie.  »  (Guéneau  de  MontbeiUard.) 

Sanderling.  —  Ce  nom,  donné  à  un  petit  Échassier  (Ca- 
lidris  asenaria),  est  tiré  de  l'islandais  sand  (sable)  et  erla 
(bergeronnette),  parce  que  cet  Oiseau  recherche  les  plages 
sablonneuses. 

Albert  Ghanger. 


{A  suivre). 


OFFRES  ET  DEMANDES 

—  A.  R.  n"  3.043,'  à  Bergame  (Italie).  1°  Gmelinite  au 
lieu  de  Cmelinite  est  une  zéolithe,  voisine  du  mésotype 
dont  la  composition  est  .SiOH6,40  —  AP  0^21,08. 
Ca0  3,67.— Na07,29.  — Kol,60.  —Ho  20,41, fusibleen 
émail  blanc  et  faisant  gelée  avec  HCI;  se  Itrouve  surtout 
en  Irlande. 

2°  Xanthile  au  lieu  de  Xanthrite  est  une  variété  d'ido- 
crase. 

3°  Noumcite  de  Nouméa,  silicate  hydraté  de  magnésie 
et  de  nickel  contenant  jusqu'à  32  0/0  d'un  oxyde  de  ce 
métal. 

4°  Sa/t/('<t' ou  Sa/t(e  variété  de  Dioiisidc  contenant  jus- 
qu'à 20  0/0  d'oxyde  ferreux,  à  Sala  (Suède). 

a"  Catlinite  variété  d'argile. 

d'Cookcitc  variété  de  lépidolite. 

—  M.  B.  I,  n°  4,333.  —  "Voici  quels  seront  les  jours  de 
réunion  des  naturalistes  du  Muséum  de  Paris,  pour  cette 
année  :  23  février,  30  mars,  27  avril,  2o  mai,  29  juin, 
30  novembre,  21  décembre.  Les  séances  se  tiennent  à 
4  heures  dans  la  salle  des  cours  de  la  galerie  de  zoologie. 

■ — M.  C.  M.  à  Saint-Etienne.  — Nous  ne  savons  quand 
paraîtra  le  volume  que  vous  nous  désignez,  mais  nous 
pensons  que  cela  ne  sera  pas  de  sitôt. 


' —  Lots  et  collections  à  vendre  : 

Quelques  exemplaires  de  Goliathus  giganteus  (pas- 
sables), 8  francs. 

1  Lot  d'Apatides  européens  et  exotiques  comprenant 
4o  espèces,   77  exemplaires  dans  2  cartons.   Prix  :  20  fr, 

Collection  de  Dermestides  européens  et  exotiques  : 
119  espèces,  472  exemplaires,  3  cartons.   Prix  40  francs. 

S'adresser  pour  les  lots  et  collections  ci-dessus  à  «  Les 
Fils  D'Emile  Deyrolle  »  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  Demandede  cocons  vivantsdeB.'cynthia,  ricini,  etc., 
en  échange  de  Lépidoptères,  Hémiptères  et  Coléoptères 
de  rE(|uateur.  M.  C.  de  Labonnefon,  à  Cercoux  (Cha- 
rente-Inférieure). 

—  A  céder  . 

1°  Un  lot  de  500  espèces  environ  de  Coléoptères  de 
Franco,  bien  déterminés  et  en  bon  état  de  conservation. 
Prix  :  70  francs. 

2"  Un  lot  de  Coléoptères  d'Espagne  comprenant  37  es- 
pèces et  59  exemplaires  ;  ce  lot  renferme  de  très  bonnes 
espèces,  nous  citerons  :  Carabus  baîticus,  Zabrus  an- 
gustatus,  ÎHymenoplia  Chevrolati  (2  ex.),  Rbi/.otrogus 
Rosina',  Cétonia  oblouga  (2  ex.),  Tentyria  prolixa,  Den- 
darus  castilianus,  Tanymecus  angustulus,  Dorcadion 
Uhagoni,  Lachmca  variolosa.  Le  tout  en  parfait  état. 
Prix  :  17  francs. 

3°  Un  lût  de  Microlépidoptères  de  100  espèces  environ 
et  125  exemplaires.  Prix  :  60  francs. 

S'adresser  pour  les  lots  ci-dessus  aux  Bureaux  du  Jour- 
nal, 40,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  A  vendre  une  belle  collection  de  coquilles  européennes 
du  genre  Clausilia,  parfaitement  déterminées,  chaque  es- 
]]èce  dans  un  tube,  7o  espèces,  150  exemplaires.  Prix  : 
50  francs. 

S'adresser  à  «  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle  «,  46,  rue  du 
Bac,  Paris. 


VIENT    DE    PARAÎTRE 


HISTOIRE  NATURELLE  DE  LA  PRAICE 

MINÉRALOGIE 

AVEC  18  PLANCHES  EN  COULEURS 

PAR 

PAUL    GAUBERT 

Attaché  au  laboratoire  de  Minéralogie 
du  Muséum  de  Paris. 

Prix  :    broché,  5  fr.  franco,    5  fr.  35 

Cartonné  toile  anglaise  5  fr.  75 
franco    6    fr.   15 

LES  FILS  D'EMILE  DEYROLLE,  ÉDITEURS 

40,   rue  du   lîac,  Paris. 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 


Piris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  17. 


19»  ANNÉE 


2»  Série 


IV   »3» 


15  FÉVRIER  1897 


La  transformation  des  Bernards  l'Ermite  en  Lithodes 


Il  n'est  pas  de  crustacé  décapoJe  qui  paraisse  moins 
ressembler  aux  Lithodiens  que  les  Pagures  ou  Bernards 
l'Ermite  :  les  Litliodiens  sont  des  animaux  libres  et 
errants,  les  Pagures  s'abritent  au  contraire  dans  des 
coquilles  oudansles  cavités  de  corps  solides  qu'ils  traus- 
portont  avec  eux;  les  Litliodiens  ont  la  carapace  élargie 
et  fortement  calcifiée,  presque  toujours  munie  d'orne- 
ments épineux  ou  de  tubercules  ;  les  Pagures  se  recon- 
naissent à  leur  carapace  étroite  et  mince,  toujours 
dépourvue  d'ornements  en  saillie;  les  Lithodiens  ont 
une  queue  large,  solide  et  lamelleusequise  replie  contre  la 
large  surface  thoracique  sternale;  les  Pagures  se  font 
remarquer  par  leur  abdomen  allongé,  étroit  et  mou, 
beaucoup  plus  long  que  le  thorax,  contre  lequel  il  ne 
vient  jamais  se  replier  ;  les  Lithodiens,  en  d'autres  ter- 
mes, ont  tout  à  fait  l'apparence  de  vrais  crabes  et  ont 
été  regardés  comme  tels  par  beaucoup  d'auteurs,  tan- 
dis que  les  Pagures  ressemblent  plutôt  à  des  crustacés 
macroures,  et  doivent  être,  en  effet,  considérés  comme 
des  animaux  de  ce  groupe,  modifiés  par  une  longue 
adaptation  aux  coquilles  dans  lesquelles  ils  se  logent 
et  où  ils  se  retirent  complètement  dès  qu'un  danger  les 
menace. 

Si,  au  lieu  de  s'arrêter  à  ces  différences  qui  frappent 
au  premier  coup  d'œil,  on  étudie  de  plus  près  les  Litho- 
diens et  les  Pagures,  on  ne  tarde  pas  à  reconnaître  cer- 
tains caractères  communs  qui  les  rapprochent  étroite- 
ment les  uns  des  autres  Les  Lithodiens,  quels  qu'ils 
soient,  ont  la  même  formule  branchiale  et  les  mêmes 
branchies  que  VEupaijurus  Bcrnliardus  ou  Bernard  l'Er- 
mite de  nos  côtes;  ils  ont  les  mêmes  antennules  et  les 
agitent  continuellement  de  la  même  manière,  leurs 
appendices  buccaux  sont  identiques  et  se  distinguent 
notamment,  comme  l'a  fort  justement  observé  M.  Boas, 
par  la  présence  d'un  fort  tubercule  sur  la  face  interne 
du  3"  article  des  pattes-mâchoires  externes  ;  le  pre- 
mier slernite  abdominal  existe  seul  dans  les  deux  for- 
mes, et  dans  toutes  deux  aussi,  se  soude  au  der- 
nier sternite  thoracique,  (|ui  est  complètement  libre  et 
■qui  porte  une  paire  d'appendices  très  réduits  ;  l'abdo- 
men des  Lithodiens,  en  outre,  est  toujours  plus  court  du 
«ôté  gauche  que  du  coté  droit,  comme  celui  des  Pagures: 
celui  du  mâle  est  dépourvu  des  quatre  fausses  pattes  abdo- 
minales qu'on  trouve  à  gauche  chez  ces  derniers,  mais 
ces  quatre  fausses  pattes  se  rencontrent  chez  la  femelle 
dans  l'un  et  l'autre  groupe  et  rendent  singulièrement 
frappante  l'asymétrie  qui  rend  leur  abdomen  si  carac- 
téristique. Cette  particularité  n'avait  pas  échappé  aux 
yeux  perspicaces  de  Milne-Edwards,  et  il  s'en  était  servi 
pour  montrer  que  des  affinités  sérieuses  rattachent  les 
Lithodiens  aux  Paguridés. 

Ces  affinités  deviennent  bien  plus  évidentes  encore 
quand,  au  lieu  de  comparer  les  Pagures  aux  Lithodiens 
typiques,  on  s'adresse  aux  formes  les  plus  primitives  de 
ce  dernier  groupa,  les  Hapaloyaster  et\es Dcrinaturus, pour 
lesquels  J.-F.  Brandt  avait  formé  le  groupe  excellent  des 
Lilhodicm  h'ipatoQastriipies.  Les H((pa/ui/<;sit;c,  notamment, 
ont  conservé   des  caractères  paguriens  très  accentués  : 

Le  Xaluraliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


leur  rostre  est  peu  saillant,  triangulaire  dépourvu  de  la 
pointe  sub-terrainale  qui  caractérise  les  autres  Litho- 
diens et  semblable  à  celui  que  présentent  de  nom- 
breuses espèces  de  Bernards  l'Ermite  ;  leur  carapace 
conserve  un  aspect  nettement  pagurien  par  son  front 
encore  large,  par  son  contour  cordifornie,  par  sa  surface 
dorsale  peu  renllée,  par  la  structure  membraneuse  des 
parties  inférieures  de  ses  flancs,  enfin  par  la  présence 
d'une  aire  branchiale  antérieure  extrêmement  bien  déli- 
mitée, qui  rappelle  tout  à  fait  l'aire  correspondante  des 
Pagures  de  la  série  eupagurieiine  et  notamment  de 
V Eupagurus  bernhardus  ;  la  région  cardiaque  a  conservé 
les  caractères  qu'elle  a  dans  cette  dernière  série  et  com- 
prend deux  surfaces  :  l'une  enveloppante,  l'autre  enve- 
loppée, celle-ci  persistant  seule  chez  les  Lithodiens  nor- 
maux ;  les  lianes  présentent  un  réseau  de  ligues  mem- 
braneuses disposées  comme  celles  des  Kupagunts  et  qui 
délimitent  comme  elles  une  mosaïque  d'aires  polygo- 
nales, l'abdomen  enfin  est  encore  mou  dans  la  plus 
grande  partie  de  son  étendue  et,  à  ce  point  de  vue, 
rappelle  très  distinctement  celui  de  divers  Pagures.  Les 
Dermatwus  ne  diffèrent  guère  des  Hapologaster,  et 
comme  tous  les  Lithodiens  se  distinguent  des  Pagu- 
res par  la  disparition  des  deux  fausses  pattes  qui,  fixées 
sur  le  6°  segment  de  l'abdomen,  représentent  la  na- 
geoire caudale  des  macroures,  et  servent  aux  Paguriens 
à  se  fixer  à  leur  coquille.  Aussi  Brandt  a-t-il  pu  dire, 
avec  une  grande  justesse  d'expression  qu'  n  on  pourrait 
bien  considérer  les  Hapalogastriques  comme  des  Pagu- 
riens à  thorax  court  et  dépourvus  de  nageoire  caudale  ». 

Ces  caractères  et  ceux  que  nous  rappellerons  dans  la 
suite  de  cet  article,  établissent  sans  conteste  que  les 
Lithodiens  sont  des  Paguriens  qui  ont  abandonné  leur  ' 
coquille  et  évolué  vers  la  forme  crabe.  L'asymétrie 
de  l'abdomen  et  d'autres  traits  d'organisation  sur  les- 
quels il  est  inutile  d'insister,  rappellent  encore  l'ori- 
gine première  des  Lithodiens  ;  ils  prouvent  manifeste- 
ment que  les  Lithodiens  dérivent  des  Pagures,  et  que  les 
Pagures  ne  sauraient,  en  aucune  manière,  dériver  des 
Lithodes.  On  a  même  pu  fixer  très  exactement  la  forme 
pagurienne  qui  a  servi  de  point  de  départ  à  tout  le 
groupe  des  Lithodiens  ;  .\I.  Boas  l'a  fort  exactement 
considéré  comme  appartenant  à  la  série  eupagurienne, 
et  des  recherches  plus  récentes  à  des  espèces  voisines 
des  l'ijlopagurus,  mais  qui  n'auraient  pas  eu  les  pinces 
operculiformes  caractéristiques  de  ce  dernier  genre. 
Comme  les  Pylopagurus,  en  effet,  les  Lithodinés  fe- 
melles sont  munis,  sur  le  premier  segment  abdominal, 
d'une  paire  de  fausses  pattes  modifiées  qui  manquent 
complètement  chez  le  mâle. 

Après  avoir  quitté  les  coquilles  dans  lesquelles  ils 
avaient  jusqu'alors  trouvé  un  abri,  les  Bernards  l'Ermite 
qui  ont  servi  d'ancêtres  aux  Lithodinés,  perdirent  peu  à 
peu  leurs  caractères  paguriens  et  évoluèrent,  comme  tous 
les  crustacés  anormaux,  vers  la  forme  crabe.  Ayant 
abandonné  l'étroite  coquille  où  ils  pouvaient  momenta- 
nément se  retirer  tout  entiers,  ils  purent  se  développer  à 
leur  aise  et  leur  carapace  acquit  rapidement,  comme  le 
prouvent  les  Hapalogcuster,  la  largeur  et  la  forme  qui 
caractérisent  celles  des  crabes.  En  même  temps  se  modi- 
fièrent ou  disparurent  les  appendices  qui  étaient,  à 
divers  degrés,  le  résultat  de  l'adaptation  à  la  vie  pagu- 
rienne ;  les  râpes  écailleuses  qui  terminent  les  deux 
dernières  paires  de  pattes  des  Pagures,  et  qui  servent 
vraisemblablement  à  nettoyerla  coquille  de  ces  derniers. 


42 


LE     NATURALISTE 


tombèrent  sans  laisser  de  traces  ;  les  pattes  de  la  k^  paire 
reprirent  les  dimensions  normales  qu'elles  présentent 
chez  les  autres  crustacés  ;  les  fausses  pattes  de  Tavant- 
dernier  segment  abdominal,  celles  qui  fixent  l'animal  à 
sa  coquille,  n'eurent  plus  de'sormais  de  fonctions  à  rem- 
plir et  en  conséquence  s'atrophièrent  complètement  ; 
les  fausses  pattes  impaires  qui  agitent  l'eau  dans  les 
coquilles  des  Pagures,  devinrent  complètement  inu- 
tiles et  disparurent,  sauf  chez  la  femelle,  où  elles  se 
transformèrent  toutes  en  fausses  pattes  ovifères. 

C'est  aussi  à  l'abandon  de  la  coquille  qui  leur  servait 
d'abri  qu'on  doit  attribuer  les  autres  modifications 
qu'ont  subies  les  Paguriens  en  se  tiansformant  en  Litho- 
dinés  ;  leur  rostre  s'allongea  énorme'ment  et  se  modifia 
en  pointe  aiguë  ou  en  toit  protecteur;  leur  carapace  se 
calcifia  beaucoup  et  se  couvrit  de  saillies  ordinairement 
épineuses  ;   l'abdomen  prit  la  forme   lamellense   et   se 


replia  contre  le  sternum  thoracique  pour  s'y  abriter  ; 
cette  partie  se  couvrit  en  outre  de  pièces  tergales 
solides  et  acquit  peu  à  peu  une  structure  rappelant 
l'abdomen  des  crabes  et  fort  différente  de  celle  qui 
caractérise  l'abdomen  mou  et  allongé  des  Bernards 
l'Ermite. 

La  transformation  de  l'abdomen  des  Pagures  en  celui 
des  Lithodiens  s'est  effectuée  très  lentement,  et  ses 
stades  successifs  permettent  de  reconstituer  l'évolution 
des  animaux  qui  nous  occupent.  Chez  les  Eupaguriens, 
(fig.  t)  l'abdomen  est  très  imparfaitement  protégé  par 
des  pièces  tergales,  pour  la  plupart  peu  calcifiées,  et 
séparées  par  de  larges  intervalles  membraneux  ;  les 
segments  1,6  et  7  sont  recouverts  par  une  pièce  tergale 
impaire  et  très  solide;  les  quatre  autres,  par  une  paire 
de  petites  pièces  fort  minces  et  distinctes  les  unes  des 
autres,  aussi  bien  dans  le  sens  longitudinal  que'dans  le 


Abdomen     des    Paguridés,    face    dorsale. 

M  pièces  médianes,  l  pièces  latérales,  m,  pièces  marginales. 

La  figure  12  représente  un  l'hyllolithode  où    la  calcilication   des    pièces  médianes  et  latérales  est 

encore  incomplète. 


sens  transversal.  Chez  les  Lithodiens  les  pièces  impaires 
des  segments  d,  6  et  7  sont  semblables  à  celles  des 
Pagures,  mais  les  autres  sont  fort  différentes  et  se  mo- 
difient progressivement  depuis  les  formes  les  plus  pri- 
mitives jusqu'aux  formes  les  plus  évoluées  du  groupe. 

Chez  les  Ilapidogaitcr  (fig.  2)  les  pièces  paires  eupagu- 
riennes  des  segments  3,  4  et  b  persistent  ordinairement, 
mais  sont  fort  réduites  et  presque  perdues  sur  la  surface 
dorsale  molle  de  l'abdomen  ;  celles  du  deuxième  seg- 
ment ont  disparu,  mais  sont  remplacées  par  une  foule 
de  nodules  calcifiés  qui  tantôt  se  soudent  à  droite  et  à 
gauche  d'une  aire  médiane  pour  former  de  chaque  coté 
\xi\e2>ièce  mai-gmate  et  une  pièce  laténtle  fortement  calci- 
fiée, tantôt  se  soudent  aussi  dans  l'aire  médiane  et  forment 
alors  une  pièce  médiane  très  solide  en  dehors  de  laquelle 
on  trouve  d'abord  les  iiièces  latérales,  puis  les  pièces 
marginales.  11  en  est  de  même  chez  les  DermalurusCàg.'i), 


mais  les  pièces  tergales  eupaguriennes  des  trois  segments 
suivants  se  sont  atrophiées  sans  laisser  de  traces,  et  la 
surface  dorsale  tout  entière  de  ces  trois  segments  se 
recouvre  complètement  de  nodules  calcifiés  semblables 
à  ceux  du  2=  segment.  lien  est  encore  de  même  chez 
les  Xéulithode.f  (fig.  4)  ;  seulement,  la  calcification  des  no- 
dules devient  |ilus  intense,  les  nodules  s'élargissent, et  cer- 
tains se  soudent  entre  eux  pour  former  à  gauche  une  série 
linéaire  de  trois  petites  pièces,  qu'on  hotnologuerait  à 
tort  avec  celles  des  Eupaguriens  et  des  Hapalogaster,  bien 
qu'elles  occupent  la  même  place  ;  d'ailleurs  le  2»  seg- 
ment abdominal  comprend  déjà,  comme  chez  certains 
Dcnnatarus  et  Hapalogaster,  une  pièce  médiane,  une 
paire  de  pièces  latérales  et  une  paire  de  pièces  marginales. 
Le  20  segment  des  Paralithodes(Citi.  b)  ressemble  à  celui  des 
Néolithodes  ;  mais  les  nodules  des  trois  segments  sui- 
vants se  soudent  sur  une  grande  étendue  et   forment  de 


LE     NATURALISTE 


/i3 


chaque  côté  une  série  longitudinale  de  Irois  pièces 
latérales  contij^uës;  entre  ces  deux  séries  de  pièces, 
les  nodules  médians  se  groupent  en  séries  [transver- 
sales plus  ou  moins  régulières  ;  en  dehors,  ils  se  fusion- 
nent entre  eux  et  donnent  naissance  à  une  série  de 
petites  pièces  marginales.  Chez  les  Lithodes  on  voit  la 
pièce  médiane  du  2''  segment  se  souder  aux  pièces 
latérales  (fîg.  (,){L.antarclicn,  L.  ferox,e\.c.],  et  celles-ci  se 
souder  à  leur  touraux  pièces  marginales,  le  2'=  segment  ne 
comprenant  plus  alors  qu'une  seule  pièce  (flg.  7)(L.  maia, 
L.iropicalis,  elc.).CliPzles  (fi g.  8)  Acanlholitesei  iesEc/u.i- 
nocerus,  les  nodules  médians  des  trois  segments  suivants 
se  soudent  et  forment  trois  pièces  qui  correspondent 
exactement  aux  pièces  ialérales  de  ces  segments,  mais 
qui  restent  séparées  par  une  rangée  transversale  de 
nodules  libres  ou  incomplètement  soudés.  Il  en  est  à  peu 
près  de  même  chez  les  Paralomifi  avec  cette  exception, 
toutefois,  que  les  pièces  marginales  du  3'  segment  sont 
déjà  soudées  aux  latérales  (fig.  9).  Chez  les  lihinolUhodes, 
(flg.  10)  les  pièces  marginales  se  soudent  toutes  aux  laté- 
rales, et  les  nodules  qui  séparent  les  pièces  médianes  se 
fusionnent  complètement  pourformerd'étroites  baguettes 
intercalaires  ;  chez  les  Cryptnlilliodes  (fig.  11),  enfin,  ces 
baguettes  se  confondent  avec  la  plus  postérieure  des  deux 
pièces  qu'elles  séparent,  et  l'abdomen  se  trouve  constitué 
dans  sa  partie  moyenne  par  trois  séries  longitudinales  de 
trois  pièces  contiguës.  Si  les  trois  pièces  transversales 
d'un  même  segment  se  soudaient  alors  comme  celles 
du  deuxième,  l'abdomen  deviendrait  extérieurement 
identique  à  celui  d'un  crabe,  d'autant  plus  qu'il  est 
devenu  alors  presque  complètement  symétrique  ;  cet 
état  n'est  réalisé  chez  aucune  espèce  actuellement  con- 
nue; mais  c'est  évidemment  la  forme  vers  laquelle 
évolue  la  sous-famille  des  l.ilhodiens. 

En  résumé,  les  pièces  nbdorninales  des  LiUiodicns  (seij- 
menti  2  à  5)  bien  qu'analogues  par  leur  posilion  aux  pièces 
correspondantes  des  Eupaguricns,  ne  présentent  avec  elles 
aucune  homologie  réelle.  Pour  se  transformer  en  Lithodinés 
typiques,  les  Eupaguriens  ont  d'abord  peri/ti  toutes  les  piè- 
ces abdominales  des  segments  2  à  o,  puis  des  nodules  calci- 
fiés ont  emahi  la  vaste  surface  membraneuse  de  Vabdomen, 
et  c'est  par  la  fusion  progressive  de  ces  nodules  que  se  sont 
formées  les  pièces  tergales  solides  qu'on  observe  chez  ces 
animaux. 

Nous  venons  de  suivre,  dans  ses  détails  les  plus  essen- 
tiels, le  mécanisme  delà  transformation  en  crabe  d'un 
crustacéanomouredes  mieux  caractérisés:  ce  mécanisme 
est  intéressant,  mais  ce  serait  une  erreur  de  croire 
qu'il  n'en  existe  pas  d'autres.  Nous  aurons  l'occasion, 
eu  effet,  de  montrer  que  les  crustacés  cancériformes  du 
genre  Lomis  se  laitachent  aussi  à  des  Pagures,  mais  que 
leur  transformation  en  crabe  ne  ressemble  en  rien  à 
celle  que  nous  venons  de  décrire  chez  les  Lilhodiens. 

E.-L.  Bouvier 


LES  PLUIES  ÉTRANGES 


L'explication,  toujours  simple,  des  pluies  étranges, 
étant  déjcà  fort  \-ulgarisee  de  nos  jours,  elles  n'excitent 
])lus  guère  que  la  curiosité  ]iubliquo,  et  les  villages  per- 
dus où  elles  remplissent  encore  de  terreur  les  paysans, 


sont  maintenant  plus  que  rares.  Les  vents  violents  et  les 
trombes  sont  la  cause  principale  de  ces  phénomènes. 

Pluies  de  cendres.  —  Los  plui(;s  de  cendres  sont  uni- 
quement dues  à  des  éruptions  volcaniques.  Une  des  plus 
remarquables  est  celle  qui  fut  observée  à  la  Barhade,  le 
30  avril  181-2.  Le  phénomène  se  jn-oduisit  dans  la  soirée. 
On  entendit  d'abord,  pendant  quelques  minutes,  de  vio- 
lentes explosions,  tellement  analogues  à  des  salves  d'ar- 
tillerie, que  la  garnison  du  château  Sainte-Anne  passa  la 
tmit  sous  les  armes.  Le  jour  suivant,  dès  l'aurore,  la 
ligne  d'horizon  du  colé  de  l'Orient,  était  d'une  pureté 
i-emarquabl(\  Mais,  immédiatement  au-dessus,  on  voyait 
nu  nuage  noir  qui  couvrait  le  reste  du  ciel,  et  qui, 
presque  aussitôt,  s'étala  dans  le  ciel.  L'obscurité  se  fît 
peu  à  peu,  et  finit  par  devenir  si  intense,  que,  dans  les 
appartements,  on  ne  devinait  pas  même  la  place  des  fe- 
nêtres, et  qu'en  plein  air  il  était  impossible  de  percevoir 
un  mouchoir  blanc  placé  à  13  centimètres  des  yeux.  La 
cause  de  ce  phénomène  était  une  éruption  d'un  volcan, 
situé  dans'  File  de  Saint- Vincent,  distante  de  plus  de 
80kilomètres,d'oùleventapportait  une  pluie  abondante  de 
fines  cendres  volcaniques.  Ce  n'est  qu'entre  midi  et  une 
heure  que  cette  pluie  cessaet  qu'on  put  se  rendre  un  compte 
exact  de  ce  qui  s'était  passé.  On  avait  toutefois  remarqué 
à  plusieurs  reprises,  dans  la  matinée,  en  s'aidant  de  lan- 
ternes, comme  des  espèces  d'averses  pendant  lesquelles 
la  poussière  tombait  en  plus  grande  abondance.  Les  ar- 
brisseaux étaient  courbés  sous  leur  charge  de  poussière 
charbonneuse.  Les  branches  des  gros  arbres  cédaient 
avec  des  craquements  secs,  qui  contrastaient  d'une  façon 
étrange  avec  le  calme  parfait  de  l'atmosphère.  Les  cannes 
à  sucre  furent  toutes  renversées.  L'ile  entière  était  cou- 
verte d'une  couche  de  cendres  verdâtres  qui  n'avait  pas 
moins  de  3  centimètres  d'épaisseur!  Aussi  les  phéno- 
mènes précédents  s'expliquent-ils  facilement,  si  l'on  se 
rappelle  d'une  part,  la  très  grande  densité  du  carijone 
amorphe,  et,  d'autre  part,  avec  quelle  puissance  les  rayons 
solaires  sont  interceptés  par  une  couche  infinitésimale 
de  charbon  pulvérisé. 

Un  phénomène  du  même  genre,  mais  l)eaucuu]i  moins 
intense,  s'est  produit  en  France.  Au  commencement  du 
mois  do  novembre  dernier,  dans  le  canton  de  Trevières, 
puis  à  Bayeux  et  à  Longues,  s'abattit  une  pluie  noire,  à 
la  suite  de  la  grande  dépression  qui  passa  sur  le  Calva- 
dos le  21  octobre.  Or,  le  même  jour,  avait  éclaté  à  Caen 
un  grand  incendie  qui  avait  ravagé  des  constructions 
légères,  se  communiquant  à  des  fourrages  et  a  dos  fu- 
miers. Le  brasier  couvrait  plus  de  2,000  mètres  carrés. 
On  avait  jeté  des  torrents  d'eau,  et  la  vapeur,  s'élevant  à 
plusieurs  centaines  de  mètres  de  hauteur,  s'était  con- 
densée en  épais  nuages  sombres,  que  le  vent  chassa  vers 
l'ouest.  Or,  le  surlendemain,  la  pluie  tomba  noire  dans 
la  région  de  Bayeux,  à  l'ouest  de  Caen.  Si  un  fait  ana- 
logue ne  s'était  aussi  produit  dans  la  région  de  Saint- 
Servan,  on  pourrait  affirmer  que  l'incendie  fut  la  seule 
cause  du  phénomène  (1). 


Paul  Jacob. 


(1)  Voy.  Le  Naturaliste,  n"  236,  2»  série  du  1"  janvier  1897. 
«  Le  l"''  janvier  en  Amérique.  » 


44 


LE     NATURALISTE 


UNE  LARVE  DE  PSEUDO-NÉVROPTÈRE  DU  CHILI 

AYANT  L'APPARENCE  D'UN   CRÏÏSTACÉ 


En  chassant  la  bécassine  dans  les  marais  de  Penaflor,  j'ai 
recueilli,  dans  un  fossé,  quelques  exemplaires  d'une  larve 
aquatique  qui  n'a,  sans  doute,  pas  encore  été  signalée,  et 
dont  les  formes  bizarres  me  semblent  mériter  quelques  mots 
de  description. 

Elle  partage  l'apparence  crustacéenne  avec  la  larve  du  Pro- 
sopisloma  punctifrons  Joly  ;  mais  elle  en  difl'ère  considéra- 
blement sous  d'autres  aspects,  comme  il  sera  facile  de  s'en 
convaincre  en  comparant  les  figures  ou  descriptions  de  l'une 
et  de  l'autre. 

La  couleur  de  la  larve  de  PenaHor  est  brun  roux  sale. 

Sa  forme  générale  est  celle  d'un  bouclier  très  régulièrement 
ovale  et  fortement  déprimé,  dont  le  plus  grand  diamètre, 
antéro-postérieur,  varie  chez  mes  sujets  de  quatre  et  demi  à 
huit  millimètres.  Ce  bouclier  est  divisé  en  douze  segments 
imbriqués,  dont  les  trois  antérieurs,  occupant  un  peu  plus 
do  la  moitié  de  la  surface  totale,  correspondent  aux  trois 
anneaux  du  thorax,  taudis  que  les  neuf  autres  correspondent 
à  l'abdomen.  L'articulation  pro-mésothoracique  est  concave 
en  avant  ;  l'articulation  méso-métathoracique  est  à  peu  près 
exactement  rectiligne  ;  les  suivantes  sont  concaves  en  arrière. 
La  dernière  plaque  abdominale  est  pentagon.ale  à  angles 
arrondis,  presque  circulaire.  Tout  le  pourtour  de  la  carapace 
est  garni  d'une  rangée  de  poils  juxtaposés,  épais  et  rigides, 
articulés  à  la  base  et  terminés  à  la  pointe  par  un  fouet  laté- 
ralement recourbé,  leur  ensemble  formant  une  élégante  palis- 
sade, large  d'un  demi-millimètre  environ,  évidemment  des- 
tinée à  faciliter  l'adhérence  de  l'animal  aux  surfaces  contre 
lesquelles  il  s'applique. 

D'ailleurs,  cette  bordure  de  poils  ne  se  limite  pas  au  bord 
latéral  de  chaque  segment  ;  elle  se  poursuit,  de  chaque  côté, 
en  diminuant  progressivement  de  hauteur,  sur  ses  bords 
antérieur  et  postérieur,  jusqu'au  fond  de  l'échancrure  assez 
profonde  qui  sépare  latéralement  ce  segment  de  ses  deux 
voisins  :  les  poils  du  bord  postérieur  demeurant  presque 
aussi  serrés  que  ceux  du  bord  externe,  tandis  que  ceux  du 
bord  antérieur  sont  beaucoup  plus  espacés. 

Pour  terminer  cette  sommaire  description  de  la  carapace, 
j'ajouterai  que  sa  surface  se  montre  assez  régulièrement 
criblée  par  des  ponctuations  de  deux  sortes  ;  les  unes,  plus 
fines  et  assez  serrées,  en  relief,  semblent  correspondre  aux 
cellules  épithéliales  sous-jacentes  :  les  autres,  plus  grosses  et 
très  lâches,  sont  perforées  et  paraissent  en  relation  chacune 
avec  une  glande  tégumentaire. 

L'Insecte  avec  tous  ses  appendices  est  complètement  caché 
sous  cette  carapace,  qui  le  déborde  largement  dans  tous  les 
sens  ;  mais  celle-ci  présente,  au-dessus  do  la  tcte,  un  espace 
semi-circulaire  parfaitement  transparent,  comme  une  cornée, 
par  laquelle  il  peut  voir  ce  qui  se  passe  au  dehors,  comme  à 
travers  les  vitres  d'une  fenèire. 

La  tète  est  comme  appendue  au  segment  prothoracique  de 
la  carapace.  Vers  son  bord  antérieur,  en  arrière  des  yeux,  des 
antennes  et  du  labre,  elle  porte,  en  dessus,  un  certain  nombre 
de  poils,  articulés  au  centre  de  fossettes,  disposés  d'une  façon 
symétrique,  et  dont  quelques  paires  atteignent  une  longueur 
relativement  considérable.  Les  yeux,  au  nombre  d'une  paire, 
ont  l'apparence  d'une  grosse  tache  pigmentaire  et  sont  situés 
latéralement,  en  arrière  des  antennes.  Celles-ci  n'ont  que 
trois  articles,  dont  le  terminal  est  ovoïde  allongé  et  juxtaposé 
à  un  gros  poil  un  pou  plus  long  que  lui,  tandis  que  le  basai 
est  un  peu  plus  long  et  beaucoup  plus  gros  que  le  médian  et 
présente  quelques  poils  raidcs  épars. 

Recouvert  sur  toute  sa  surface  de  poils  longs,  grêles  et 
symétriquement  couchés  autour  de  deux  centres,  le  labre  est 
énorme  :  prolongé  jusqu'au  niveau  de  la  pointe  des  mandi- 
bules, transversalement  tronqué  et  légèrement  échancré  en 
cœur  à  son  extrémité  libre,  les  côtés  rabattus,  il  recouvre  en 
dessus,  comme  un  voile,  les  pièces  de  la  bouche.  Les  man- 
dibules sont  longues  et  très  robustes,  et  portent  chacune  un 
pinceau  de  poils  fixé  à  la  base  de  leur  partie  tranchante  et 
dirigé  vers  l'intérieur  de  la  bouche.  Les  mâchoires,  fortes  et 
terminées  par  un  faisceau  de  crochets  ou  poils  épais,  lisses, 
en  forme  de  boudin,  composés  de  quatre  articles,  et  une  galea 


fortement  dilatée  et  aplatie  et  armée  sur  son  bord  de  crochets 
un  peu  moins  robustes  que  ceux  des  mâchoires.  La  lèvre 
inférieure  ressemble  à  la  supérieure  ;  elle  est  seulement  un 
peu  plus  courte  et  plus  étroite,  et  elle  est  munie,  de  chaque 
côté,  d'un  palpe,  semblable  au  palpe  maxillaire  sauf  sa  plus 
petite  taille. 

Les  pattes,  relativement  courtes  et  robustes,  sont  à  cinq 
articles,  dont  le  dernier  est  constitue  exclusivement  par  un 
crochet  solide,  aigu  et  fortement  recourbé,  muni  d'un  éperon 
à  la  base.  Elles  vont  en  croissant  de  la  première  à  la  der- 
nière paire. 

La  dernière  plaque  de  la  carapace  est  doublée  inférieure- 
ment  par  une  plaque  plus  courte  et  plus  étroite,  dont  le 
bord  latéro-postérieur  est  arrondi  et  muni  de  poils  plus  longs, 
plus  souples  et  moins  serrés  que  ceux  des  bords  de  la  cara- 
pace. Cette  plaque  constitue,  sans  doute, un  dixième  et  dernier 
segment  abdominal. 

Pendant  la  vie  de  l'Insecte,  elle  était  constamment  animée 
de  mouvements  rythmiques,  évidemment  liés  à  la  fonction 
respiratoire.  Elle  découvre,  en  effet,  deux  grosses  houppes 
branchiales,  qui  naissent  au  niveau  de  ses  angles  latéro» 
antérieurs  et  garnissent  toute  sa  face  supérieure,  la  débor- 
dant même  en  arrière.  De  chacune  de  ses  houppes  tire  son 
origine  un  gros  tronc  trachéen,  qui  parcourt  d'avant  en  ar- 
rière le  côté  correspondant  de  la  larve. 

Je  m'abstiens  de  créer,  pour  colle-ci,  un  nom  qui  pourrait 
devenir  inutile  quand  on  l'aura  suivie  jusqu'à  l'état  parfait. 

Fernand  Lataste. 


NOTICE  SUR  QUELQUES  COSSIDES  NOUVEAUX 


DE    i^A.    perse: 


1"  Cossus  Iranicus,  Austaut  (Species  nova). 

La  tribu  des  Cossides  est  l'une  des  plus  intéressantes  de  la 
famille  des  Bonibycides,  tant  au  point  de  vue  des  caractères 
organiques  des  insectes  parfaits,  des  mœurs  de  leurs  che- 
nilles, qu'à  celui  de  l'histoire  de  l'évolution  des  Lépidoptères. 
Les  Cossides,  dans  Total  actuel  de  la  science,  sont,  en  effet, 
les  premiers  papillons  qui  aieut  paru  à  la  surface  du  globe. 
Le  genre  Cossus,  le  plus  remarquable  de  la  tribu,  est  formé 
d'iusectes  de  grande  taille,  mais  1res  peu  nombreux  en  es- 
pèces. A  part  notre  Cossus  Cossus  (Ligniperda)  qui  habite 
presque  toute  l'Europe,  ou  ne  connaît  encore  que  les  suivants  : 
Terebra  de  la  Saxe,  Balcauicus  de  la  Bulgarie,  Campicola  du 
pays  des  Kirghises,  Mongoliens  du  district  de  Kouldja  et  Are- 
nicola  du  Turkestan. 

L'espèce  nouvelle  que  je  décris  aujourd'hui  est  donc  la  hui- 
tième du  genre;  elle  uj'a  été  envoyée  récemment  par  M.  Arthur 
Speyer,  de  l'Institut  entomologique  d'Altoua,  comme  venant 
de  Sefti-Kech  (Perse),  où  elle  n'a  été  découverte  qu'en  quel- 
ques exemplaires. 

Le  Cossus  Iraniens  (c'est  le  nom  que  je  propose  pour  cette 
nouveauté)  possède  la  taille  du  mâle  de  Terebra,  mais  il  est 
plus  voisin  d'Arenicola,  quoique  ses  ailes  soient  proportion- 
nellement plus  larges,  plus  arrondies,  que  celles  de  cette  es- 
pèce, et  que  sa  taille  soit  plus  robuste.  Les  ailes  antérieures 
sont  en  dessus  d'un  gris  cendré  clair,  finement  réticulées  de 
brun,  laissant  apercevoir  :  1"  une  ligue  noire  prémarginale, 
flexueuse,  reliant  les  deux  bords  opposés  ;  2°  une  deuxième 
ligne  noire  submédiane  de  forme  arquée,  s'épanouissant  en 
réseau  vers  le  bord  interne  et  de  laquelle  rayonnent  quatre 
litures  noires  qui  aboutissent  au  bord  externe,  après  avoir 
croisé  la  ligne  préniargiuale  dont  il  vient  d'être  question. 

L'aile  inlérieure  d'irauicus  est  d'un  gris  uniforme,  sans  ré- 
ticules bien  apparentes.  La  frange  qui  la  termine,  de  même 
que  celle  de  l'autre  aile,  est  largement  eulrecoupée  de  brun. 
La  face  inférieure  est  blanchâtre,  avec  de  nombreuses  petites 
macules  brunes  et  quelques  dessins  plus  saillants,  que  ma 
figure  reproduit  très  exactement  et  qui  ne  se  retrouvent  chez 
aucun  autre  Cossus.  J'ajoute  que  le  collier,  les  ptérygodes  sont 
bordés  de  gris  clair,  qu'une  tache  blanche  limite  la  partie  in- 
férieure du  thorax  et  que  l'abdomen  de  cette  nouvelle  espèce 


LE     NATURALISTE 


4o 


présente,  sur  un  fond  cendré,  des  incisions  plus  sombres  qui 
correspondent  aux  segments  abdominaux. 

Ce  rare  et  remiirquabie  Cossus,  dont  je  ne  possède  qu'un 
seul  exemplaire  du  sexe  femelle,  est  donc  très  distinct  par  la 
taille  et  par  l'aspect  de  tous  ses  Congénères. 

2"  Zel'zeba  Speyeri,  Austaut  (Species  nova). 

Les  Zeuzera  sont  encore  moins  nombreux  que  les  Cossus, 
puisque  la  science  entomologique  n'est  encore  parvenue  à 
classer  que  notre  Pyriua  (Aesculi)  d'Europe  et  Paradoxus  de 
l'Asie  .Mineure.  L'espèce  nouvelle,  dont  je  donne  ici  la  des- 
cription offre  un  très  grand  iutérèt  à  cause  de  ses  caractères 
qui  sont  absulument  trauchés  de  ceux  des  deux  autres 
Zeuzera.  Elle  [est  plus  petite  que  Pyrinaj  ses  ailes  sont  plus 
élancées,  plus  aiguës  à  l'apex;  l'angle  anal  est  précédé  d'un 
sinus  assez  profood  qui  trausforuie  cet  aogle  en  un  lobe 
saillant.  Les  ailes  antérieures  sont  blanchâtres,  fortement  zé- 
brées de  noir  le  long  de  la  côte  et  du  bord  interne,  au-dessus 
duquel  s'étend  une  ligue  noire  horizontale  depuis  la  base  jus- 
qu'à une  tache  blanche  située  un  peu  en  avant  de  l'angle  ex- 
terue.  Le  disque  tout  entier  est  sablé  de  noir,  laissant  pour- 
tant apparaître,  ainsi  que  le  montre  la  figure,  trois  éclaircies 
dont  l'une  est  basilaire,  l'autre  médiane  et  la  troisième  api- 
cale.  Le  bord  externe  offre  des  espaces  blancs  internervu- 
raui ,  et  la  frange  est  distinctement  entrecoupée  de  noir. 
L'aile  postérieure  de  Spejeri  est  blanchâtre,  un  peu  transpa- 
rente, avec  des  zébrures  noires  à  l'angle  anal  ;  la  frange  de 
cet  angle  est  noire  et  entrecoupée  de  blanc  dans  le  reste  de 
son  étendue.  Le  dessous  est  semblable  au  dessus,  sauf  que  les 
teintes  y  sont  plus  pâles.  Le  corps  est  d'un  gris  uniforme, 
sans  incisions  abdominales  apparentes;  mais  le  thorax  est  orué 
de  trois  points  noirs  médians  et  de  deux  raies  concolore.s  la- 
térales. Les  antennes  ressembleut  à  celles  de  Pyrina.  J'ai  dédié 
cette  rare  nouveauté  à  M.  Arthur  Speyer  d'Allona,  qui  a  bien 
voulu  me  céder  les  Jeux  seuls  exemplaires  mâles  qui  ont  été 
recueillis  dans  la  Perse  à  Dhisato. 

3°  HoLCOCERus  Persicls,  Austaut  {Specits  nova)  ? 

J'ai  obtenu  de  mon  correspondant,  avec  les  deux  espèces 
précédentes,  différents  exemplaires  du  genre  Holcocerus, 
groupe  nouvellemeut  établi  en  faveur  de  Cossides  de  petite 
taille  propres  à  l'Asie  Centrale  et  qui  rappellent  d'assez  prés 
nos  Hypœta  d'Europe.  Parmi  ces  papillons  se  trouvaient  deux 
mâles  du  rare  et  superbe  Holcocerus  Gloriosus,  Erschoff,  espèce 
remaïquable  par  son  éclat  d'un  blanc  pur  nacré,  que  viennent 
adoucir  les  macules  fauves  qui  ornent  la  cote  et  le  disque  des 
ailes  supérieures,  puis  plusieurs  mâles  d'une  forme  réputée 
nouvelle,  mais  qui, au  premier  abord,  paraît  identique  à  Holco- 
cerus Holosericea  du  furkestan.  Cependant,  après  un  examen 
plus  attentif,  on  reconnaît  que  ces  Cossides  sont  plus  ro- 
bustes, plus  grands  que  leur  congénère,  et  que  leurs  ailes  pos- 
térieures sont  d'un  gris  sale  unilorine,  et  non  de  ce  beau  blanc 
pur  qui  est  caractéristique  chez  l'espèce  typique.  Le  revers  de 
l'aile  antérieure  des  papillons  doot  il  s'agit  est,  du  reste,  lavée 
au  milieu  du  même  gris;  et  la  côte  est  marquée  en  dessus 
vers  l'apex  de  trois  petites  taches  brunes,  qui  pourtant  ne 
paraissent  pas  constantes.  J'ai  désigné  cette  forme  sous  le  nom 
de  Persicus,  et  j'hésite  à  me  prononcer  sur  la  question  de  sa- 
voir s'il  s'agit  d'une  nouvelle  espèce  ou  seulement  d'une 
forme  géographique  d'Holoserica. 

4°  Holcocerus   Monticola, 

5°  HoLCOCEiius  Marmoratus,  Austaut  {Species  nova), 

6°  Holcocerus  Slrigatus,  Austaut  {Species  nova). 

Parmi  les  Holcocerus  que  m'a  envoyés  M.  Speyer,  trois  spé- 
cimens attirent  tout  pjfrticulièremeut  l'attention  en  raison  de 
leurs  caractères  exceptionnels.  L'un  deux  m'a  été  envoyé  par 
mon  correspondant  sous  le  nom  do  Monticola  sans  désigna- 
tion, d'auteur  ;  et  les  deux  autresporteut  la  même  détermina- 
tion maisavec  doute. En  effet, ces  trois  papillons  sontloiu  d'être 
semblables;  et  il  me  parait  impossible  de  les  réunir  sous  une 
même  forme.  Le  .Momicola  auquel  je  garde  le  nom  sous  lequel  il 
m'a  été  cédé  est  d'un  blanc  pur  mais  mat,  c'est-à-dire  sans  reflet 
nacré,  la  côte  des  ailes  supérieures  est  uniformément  blanche 
et  le  disque  laisse  apercevoir  en  brun  pâle  les  taches  qu'in- 
dique le  dessin  Les  ailes  postérieures  sont  blanches  avec  un 
lavis  d'un  gris  sale  à  l'angle  anal.  Le  dessous  tout  entier  de 
l'insecte  est  d'un  blanc  uuiforme,  sauf  le  disque  des  premières 
ailes  qui  est  marqué  d'un  lavis  grisâtre. 


Le  second  représente  une  forme  bien  distincte  de  la  précé- 
dente. Le  spécimen  auquel  elle  s'applique  offre  des  ailes  pos- 
térieures brunes,  avec  la  frange  seulement  blanchâtre,  et  les 
dessins  de  l'aile  antérieure  présentent  des  caractères  fort  dis- 
semblables par  leur  forme  et  par  leur  ampleur  de  ceux  de 
Monticola.  Ces  dessins,  du  reste,  apparaissent  intégralement  en 
dessous  dans  des  tons  plus  pâles.  ,ie  désigne  ce  type  sous  le 
nom  de  Marmoratus,  et  je  pense  qu'il  est  spécifiquement  dis- 
tinct de  celui  que  je  viens  d'analyser,  car  les  deux  exemplaires 
dout  il  s'agit  sont  du  sexe  femelle,  ce  qui  exclut  toute  idée 
de  différences  sexuelles,  et  d'autre  part  leur  cohabitation  dans 
un  même  lieu  empêche  d'attribuer  les  dissemblances  obser- 
vées à  l'influence  de  causes  de  variations  géographiques. 

Quant  à  l'insecte  donné  sous  le  nom  de  Strigatus  que 
j'ai  cru  devoir  lui  imposer,  d  est  d'un  aspect  également  bien 
spécial.  Toute  la  face  inférieure  et  le  dessus  des  secondes 
ailes  sont  d'un  blanc  mat  jaunâtre,  et  le  milieu  de  1  aile 
antérieure  est  marqué  d'une  série  de  cinq  lignes  brunes 
horizontales  parallèles,  offrant  un  aspect  bien  différent 
des  dessins  analogues  qu'on  observe  chez  Monticola  et  chez 
Marmoratus.  Le  sujet  représenté  est  un  mâle;  il  ne  sau- 
rait être  rattaché  à  l'un  des  types  précédents  comme  forme 
sexuelle  à  cause  de  ses  caractères  tranchés,  ni  comme  variété 
locale  pour  la  raison  déji  indiquée.  Je  dois  ajouter  que  tous 
ces  rares  et  curieux  Holcocerus  ont  été  recueillis  à  Baira- 
male  (Perse),  daus  une  région  encore  peu  explorée,  qui  sera 
sans  doute  par  la  suite  très  fertile  en  découvertes  intéres- 
santes. 

J.-L.  Austaut. 


L'ÉLEYiaE   DE  L'AÏÏTEÏÏCHE 

EN    RUSSIE    D'EUROPE 


La  récente  communication  de  M.  Yermoloff,  ministre 
de  l'Agriculture  de  Russie,  le  21  octobre  1890,  à  la  Société 
nationale  d'Agriculture  de  France,  est  uu  événement  zoo- 
logique dont  l'importance  est  assez  suggestive,  étant 
donné  que  la  France  qui  possède  les  territoires  les  plus 
favorables  à  cet  élevage,  n'en  fait  pas,  et  qu'elle  est  tribu- 
taire des  Anglais  et  des  Tripolitains  pour  alimenter  l'in- 
dustrie plumassière  parisienne,  qui  serait  sans  rivale  par 
le  monopolo  de  la  plume  barbaresque  produite  dans  nos 
colonies  africaines.  Pour  l'éclaircissement  de  ce  qui  pré- 
cède, je  dois  mentionner  uu  fait  récent  et  fort  curieux; 
c'est  l'essai  parfaitement  réussi  de  l'élevage  de  l'Autruche 
par  un  grand  propriétaire  du  midi  de  la  Russie  et  notam- 
ment du  gouvernement  de  la  Tauride.  Ces  oiseaux  si  inté- 
ressants semblent  s'adapter  très  bien  au  climat  de  ces 
régions,  supportent  des  froids  assez  rigoureux,  se  com- 
plaisent dans  l'immensité  des  steppes,  se  reproduisent 
dans  leur  nouvelle  patrie,  et  je  sais,  de  source  certaine, 
que  le  premier  stock  de  plumes  d'autruche  provenant  de 
la  ferme  en  question  a  déji  été  expédié  à  Paris,  où  il 
s'est  vendu  très  avantageusement.  La  récente  et  magni- 
fique exposition  de  Nijni-Novgorod  nous  a  montré  les 
produits  de  ces  oiseaux,  tant  en  œufs  qu'en  plumes,  ce 
qui  n'a  pas  manqué  d'attirer  l'attention  des  agricul'eurs 
russes  sur  cette  nouvelle  branche  d'élevage,  dont  nous 
étions  loin  de  soupçonner  la  possibilité  en  Russie. 

11  sera  intéressant  de  rappeler  ce  fait  rétrospectif. 
En  1884,  le  gouvernement  général  de  l'Algérie  livrait, 
pour  dix-huit  ans,  1.000  hectares  de  terre  sablonneuse 
au  Kreider  (Dèpt  d'Oran)  et  concédait  100  hectares  de 
même  terre  à  M.  Creput  pour  la  création  de  parcs  à 
Autruches.  Les  tentatives  d'élevage  sur  le  littoral  n'ont 
pas  très  bien  réussi,  le  climat  y  étant  trop  humide  et  l'es- 
pace consacré  à  ces  volatiles  du  désert  n'étant  pas  sulE- 


46 


LE     NATURALISTE 


sant  pour  leur  permettre  d'atteindre  leur  plein  développe- 
ment. 

La  création  des  parcs  au  Kreider  aurait  pu  remédier  à 
ces  inconvénients  et  assurer  la  pleine  réussite  de  l'élevage 
en  grand  de  l'Autruche. 

Malheureusement,  cette  concession,  qui  dès  1884  pou- 
vait devenir  le  salut  de  l'élevage  en  Algérie,  n'a  pas  été 
exploitée.  J'avais,  dans  ce  but,  assuré  la  fusion  des  divers 
groupes  d'éleveurs  algériens.  Des  considérations  clima- 
tériques,  basées  sur  l'altitude  des  hauts  plateaux  oranais 
et  du  climat  hivernal  rigoureux,  ont  produit  cet  échec  re- 
grettable pour  tous  les  intéressés.  La  réussite  de  l'élevage 
dans  le  sud  de  la  Russie,  dont  le  climat  est  certainement 
aussi  rigoureux  que  celui  des  steppes  oranaises  des  hauts 
plateaux,  établit  le  bien  fondé  des  observations  publiées 
sur  la  rusticité  de  l'Autruche  supportant  toutes  les  in- 
tempéries, l'humidité  exceptée. 

Dans  un  récent  rapport  sur  les  colonies  allemandes, 
M.  Gosselin,  de  l'ambassade  britannique  à  Berlin,  men- 
tionne que  la  question  de  la  protection  du  gros  gibier 
dans  l'Afrique  allemande  orientale  a  été  prise  en  consi- 
dération par  les  autorités  locales  depuis  quelque  temps 
et  qu'un  réglementa  été  notihé  à  Dar-es-Salam;  dans  le 
Zanguebar,  la  chasse  des  autruches  et  des  grues  est  inter- 
dite. Plus  loin,  dansleMoschi,distinctdeKilima-Ndjaro, 
personne,  qu'on  soit  muni  d'un  permis  ou  non,  n'est  au- 
torisé sans  permission  spéciale  du  gouvernement  à  tirer 
sur  des  autruches  ou  des  grues.  Le  major  Wissniann 
préconise  aussi  les  essais  de  domestication  des  au- 
truches, etc. 

Ainsi,  nous  voyons  d'une  part  l'élevage  de  l'Autruche 
réussir  dans  le  Sud  de  la  Russie  et  par  ailleurs  le  gou- 
verneur allemand  de  l'Afrique  orientale  interdire  la 
chasse  de  l'Autruche,  dans  toute  l'étendue  de  la  colonie. 
Pourquoi  le  gouvernement  français  n'aide-t-il  pas  à  la 
reconstitution  de  l'Autruche  de  Barbarie  et  comment  se 
fait-il  que.  dans  le  Soudan  français,  aucun  des  nombreux 
gouverneurs  qui  y  ont  passé  en  si  peu  de  temps,  n'ait  eu 
la  pensée  de  prendre  des  mesures  analogues  devant  au 
moins  assurer  la  perpétuité  de  l'espèce  et  empêcher  son 
extinction  comme  dans  le  Sahara  algérien.  Ce  sera 
l'étonnement  des  générations  suivantes  que  sous  le  régime 
républicain,  notre  fin  de  siècle  n'aura  pas  à  son  honneur 
les  mesures  de  prévoyance  générale  mises  en  pratique 
par  les  Conventionnels  à  la  fin  du  siècle  précédent. 
Y  aura-t-il,  en  1900,  un  Daubenton  pour  l'Autruche 
comme,  en  1800,  il  y  en  eut  un  pour  le  Mouton? 

L'Algérie,  la  Tunisie,  le  Soudan  français  exceptés,  on 
peut  dire  que  la  domestication  de  l'Autruche  est  aujour- 
d'hui généralisée  dans  presque  toute  l'Afrique  dans  les 
régions  favorables  à  son  existence. 

Dans  le  Soudan  central  comme  dans  l'Afrique  aus- 
trale, il  n'existe  presque  plus  d'oiseaux  sauvages  ;  je  me 
suis  informé  auprès  de  M.  le  lieutenant-colonel  Monteil 
qui  n'en  a  pas  vu  dans  sa  remarquable  traversée  de 
Saint-Louis  à  Tripoli;  de  môme  M.  le  commandant 
Toutée  a  constaté  leur  absence  dans  sa  périlleuse  montée 
du  Niger. 

En  ce  qui  concerne  l'Autruche  domestique  dans 
l'Afrique  australe,  M.  Ilugot,  juge  au  tribunal  de  com- 
merce et  membre  de  la  Chambre  de  commerce  de  Paris, 
de  retour  d'une  mission  au  Transvaal,  m'a  confirmé  la 
transformation  qui  s'est  produite  dans  l'Afrique  du  Sud. 
Les  petits  établissements  d'élevage,  ou  plutôt  les  ex- 
ploitations   agricoles    ayant    un   minime  groupe    d'oi- 


seaux accessoires  à  leur  ferme,  sont  plus  ou  moins 
ruinés  par  l'abus  du  crédit  trouvé  auprès  des  mar- 
chands du  pays  leur  fournissant  en  échange  des  plumes 
achetées  d'avance,  à  forfait,  tous  les  produits  de  l'indus- 
trie européenne.  C'est  le  phénomène  de  l'usure  connu  en 
Algérie,  mais  il  n'y  suscite  pas  ces  haines  ni  ce  parti 
pris  que  j'ai  constatés  en  Algérie. 

Les  difQcultés  qui  empêchent  la  création  de  l'élevage 
en  Algérie  sont  toujours  les  mêmes,  le  conflit  d'attribu- 
tions administratives,  ou  plutôt  la  confusion  des  pouvoirs 
civils  et  militaires  ne  se  sont  pas  modifiés.  El-Outaya, 
l'unique  emplacement  réalisant  nos  projets,  est  toujours 
l'apanage  du  3'  régiment  de  spahis  et  le  sénatus-con- 
sulte  de  1863  n'est  pas  abrogé,  donc  rien  à  faire  en  terri- 
toire militaire. 

Il  est  vrai  que  l'administration  algérienne  ne  réprime 
pas  le  vol,  la  fraude,  l'usure  à  l'aide  desquels  l'Européen 
arrive  à  s'emparer  des  biens  immobiliers  des  Arahes  ;  elle 
ne  le  garantit  donc  pas  contre  les  forces  destructives  qui 
l'assiègent  de  toutes  parts.  D'un  autre  côté,  les  -assassi- 
nats se  multiplient  d'une  façon  inquiétante  dans  les  trois 
départements,  on  n'arrive  pas  à  cette  sécurité  sans  la- 
quelle toute  colonisation  devient  impossible.  Ces 
réflexions  feront  comprendre  l'impossibilité  de  recons- 
tituer l'Autruche  d'Algérie  sans  l'action  efficace  du  Par- 
lement auprès  des  pouvoirs  publics;  mais  là  encore,  il  y 
a  empêchement,  la  crainte  d'être  suspect  de  patronner 
a  une  affaire  »  arrête  les  bonnes  volontés,  rebute  l'homme 
politique  soucieux  de  sa  tranquillité  personnelle  ou  même 
indifférent  à  une  question  trop  spéciale  n'ayant  pas  le 
don  de  passionner  l'opinion  publique  et  de  créer  une 
vaine  popularité. 

Pour  la  clarté  de  mon  récit  quelques  faits  seront  bons 
à  rappeler  : 

Entre  Tcniet  el  Hàad  et  Boghar,  à  la  limite  des  ré- 
gions telliennes,  se  trouve  une  propriété  d'environ 
20,000  hectares,  connue  sous  le  nom  de  Bled-Boudjema. 
Dans  cette  région,  les  tribus,  à  demi  nomades,  habitent 
sous  la  tente  ;  aussi  les  terrains  n'ont-ils  que  peu  de 
valeur. 

Lorsqu'il  fut  question  d'appliquer  le  sénatus-consulte, 
plusieurs  tribus  élevèrent  des  prétentions  à  la  propriété 
de  Blid-Boudjema. 

Un  procès  s'engagea  à  cette  occasion,  devant  le  tribu- 
nal de  Blidah,  et  il  se  termina  par  un  arrêt  de  la  Cour 
d'Alger,  reconnaissant  à  l'une  des  tribus  en  cause  la 
propriété  de  ce  «  bled  ». 

Le  procès  avait  duré  une  douzaine  d'années.  11  fallut 
en  payer  les  frais,  dont  l'avance  avait  été  faite  par  un 
riche  juif  d'Alger  :  ces  frais  s'élevaient  à  la  somme  de 
67.000  francs. 

Ne  pouvant  ni  payer  ni  trouver  à  emprunter  pareille 
somme,  les  représentants  autorisés  de  la  tribu  ont  cédé 
le  Bled-Boudjema,  par  acte  notarié  du  mois  de  mai  ou 
de  juin  1880,  à  leur  créancier  juif,  moyennant  un  prix  de 
80.000  francs,  sur  lequel  ce  dernier  a  retenu  les  67.000 
de  frais  avancés  par  lui.  Les  membres  de  la  tribu  ont  eu 
à  se  partager  13.000  francs. 

Treize  mille  francs  pour  vingt  mille  hectares  ! 

Et  qu'on  n'allègue  pas  que  ce  fait  est  isolé.  Non,  nous 
le  prenons,  comme  le  suivant,  dans  le  seul  arrondisse- 
mentjudiciaire  de  Blidah,  parmi  d'autres  faits  semblables. 
11  s'en  est  produit  certainement  d'analogues  dans  les 
autres  arrondissements  judiciaires  des  trois  dêiiarte- 
ments. 


LE     NATURALISTE 


47 


Il  existo,  non  loin  d'AflVeville  et  île  Miliana,  une  pro- 
priélé  d'environ  800  hectares,  sur  laquelle  vivait  autrefois 
une  population  indigène  de  400  à  500  personnes.  A  la 
suite  de  l'application  de  la  loi  du  26  juillet  1873  sur  ce 
territoire,  un  honorable  Européen,  intelligent,  instruit  et 
actif,  déjà  iiropriétaire  d'autres  terrains  situés  dans  la 
même  région,  conçut  l'idée;  de  se  créer  un  vaste  do- 
maine. 

Il  acquit,  dans  ce  but,  des  parts  indivises  de  ladite 
propriété  indigène,  et,  conformément  aux  dispositions  de 
la  loi  française,  il  jioursuivit  ensuite  la  licitation  judi- 
ciaire  des  800  hectares  en   question. 

Il  y  avait  [dus  de  quatre  cents  ayants  droit,  auxquels 
il  fallut  faire  des  significations  et  des  sommations.  Aussi, 
les  frais  «  exposés  »  pour  arriver  à  la  licitation  furent-ils 
considérables.  Ils  s'élevèrent  à  22.000  francs. 

On  comprendra  sans  peine  que,  devant  l'énormité  de 
ces  frais,  aucun  Européen,  autre  que  le  colicitant,  n'eut 
l'idée  de  concourir  à  l'adjudication. 

De  leur  cùté,  les  indigènes,  divisés  entre  eux,  n'ayant 
au  surplus  ni  les  ressources,  ni  le  crédit  nécessaires 
pour  faire  face  au  paiement  immédiat  des  frais,  ne  pou- 
vaient songer  à  enchérir. 

Le  résultat  fut  tel  qne  le  défaut  de  toute  concurrence 
permettait  de  le  prévoir  :  suivant  jugementdu  trilnuial  de 
Blidah,  au  mois  d'octobre  ou  de  novembre  1882,  notre  Eu- 
ropéen colicitant  resta  adjudicataire  des  800  hectares, 
moyennant  un  prix  de  8a0  francs,  et  à  la  charge  de 
payer  les  frais. 

Ces  frais,  nous  l'avons  dit,  s'élevaient  à  22.000  francs. 
La  procédure  suivie  a  été  absolument  correcte  et  régu- 
lière, et,  au  point  de  vue  légal,  l'affaire  a  été  parfaitement 
conduite. 

Le  premier  résultat  remarquable  de  cette  opération, 
c'est  qu'un  domaine  de  800  hectares  a  été  constitué  au 
profit  d'un  colon  avisé  par  son  initiative  hardie  et  avec 
ses  seules  ressources  —  et  c'est  le  revers  de  la  médaille 
—  une  population  de  cinq  cents  personnes  qui  a  été 
obligée  de  s'éparpiller  et  de  se  resserrer  dans  les  douars 
voisins,  et  ([ui  s'est  trouvée  dépossédée  de  800  hectares 
pour  une  somme  de  850  francs. 

Nous  le  répétons,  tout  s'est  passé  légalement  et  régu- 
lièrement dans  cette  affaire,  et  il  n'entre  pas  dans  notre 
pensée  de  blâmer  le  colon  qui  eijt  préféré,  sans  doute, 
donner  son  argent  aux  Arabes  qu'aux  officiers  ministé- 
riels, ([uitte  à  payer  plus  cher. 

Mais,  en  toute  sincérité,  devons-nous  être  fiers,  nous 
Français,  de  l'application  qui  a  été  faite,  dans  ce  cas  par- 
ticulier, de  nos  lois,  et  plus  spécialement  de  notre  procé- 
dure ruineuse"?  Est-ce  bien  une  œuvre  de  civilisation, 
d'humanité  surtout,  que  cette  dépossession  légale  d'une 
population  do  près  de  500  habitants,  à  laquelle  on  distri- 
buera (Allah  sait  quand!)  une  somme  de  830  francs  pour 
les  800  hectares  sur  lesquels  elle  vivait  autrefois  ? 

Pour  tout  esprit  impartial,  un  pareil  résultat  est  ré- 
voltant, navrant,  et  la  législation  qui  l'a  permis  est  con- 
damnée par  toutes  les  consciences. 

Nous  ne  retiendrons  de  ces  faits  que  deux  points,  sa- 
voir :  1°  L'énormité  des  frais  ([u'entraîne  l'application  de 
nos  lois,  et  spécialement  de  notre  procédure,  à  des  popu- 
lations et  à  des  situations  pour  lesquelles  elles  n'ont  pas 
été  faites  ; 

2°  Les  conséquences  parfois  désastreuses  que  la  stricte 
exécution  de  ces  mêmes  lois  impose  à  ces  mêmes  popu- 
lations. 


Nous  pourrions  également  en  tirer  argument  pour 
répondre  aux  aveugles  et  maladroits  défenseurs  des  indi- 
gènes qui  s'opposent  à  l'expropriation  administrative 
pour  la  colonisation,  parce  qu'ils  veulent  éviter  ce  qu'ils 
appellent  «  la  spoliation  des  Arabes  ».  Il  est  bien  évident 
que  l'expropriation  faite  par  l'intermédiaire  de  l'adminis- 
tration pour  remettre  ces  terrains  à  des  colons,  eiit  donné 
pour  les  indigènes  des  résultats  plus  satisfaisants  en  leur 
permettant  au  moins  de  toucher  de  leurs  terres  un  prix 
sérieux  (1). 

Nos  lecteurs  savent  par  divers  mémoires  et  études  pu- 
bliés dans  le  Naliirnlisle,  l'importance  au  point  de  vue 
français  de  la  reconstitution  de  l'Autruche  dans  le  Sa- 
hara, des  steppes  des  hauts  plateaux  algériens  jusque 
dans  le  Soudan  français. 

Cet  élevage  rationnel  assure,  en  effet,  la  pacification  de 
cet  immense  parcours,  il  serait  le  facteur  le  plus  essen- 
tiel dans  la  revivifaction  des  routes  île  caravanes  traver- 
sant le  Sahara,  abandonnées  aujourd'hui.  C'est  en  cela 
qu'apparaît  l'incurie  de  notre  administration  publique 
tenant  en  échec  la  reconstitution  de  l'élevage,  dont  le 
succès  serait  assuré  par  l'exploitation  de  l'unique  em- 
placeiuent  favorable  pour  créer  un  haras  de  repeuple- 
mcHit,  j'ai  nommé  le  domaine  de  la  smala  d'El  Outaya 
(département  de  Constantine)  (2). 

Les  Français,  qui  mettent  au-dessus  de  tout  la  gran- 
deur et  l'honneur  de  leur  pays,  applaudiront  sans  réserve 
à  ceux  qui,  à  force  d'énergie,  d'abnégation,  au  prix  des 
plus  grands  sacrifices,  malgré  toutes  les  difficultés  qu'ils 
ont  rencontrées,  continuent  avec  courage  la  lutte  pour 
la  création  d'une  œuvre  de  progrès,  de  civilisation  dont 
la  réussite  possible  dépend  du  ministère  de  la  Guerre  et 
de  son  administration,  et  du  bon  vouloir  du  Gouverneur 
général  de  l'Algérie,  investi  de  pouvoirs  suffisants  pour 
enfin  donner  satisfaction  à  l'opinion  publique. 

Le  département  de  la  Guerre,  par  un  sentiment  com- 
mun à  toutes  les  administrations,  ne  veut  pas  abandon- 
ner une  de  ses  prérogatives;  elle  lui  assure,  en  effet, 
quelques  ressources  affectées  au  3°  régiment  de  spahis 
et  le  moyen  de  faire  camper  dix-neuf  cavaliers  indigènes 
avec  leur  smala,  plus  deux  sous-officiers  européens  logés 
dans  le  Bordj.  Il  paraît  cependant  impossible  que  l'on 
sacrifie  plus  longtemps  les  intérêts  généraux  du  pays  à 
ce  que  nous  pourrions  appeler  des  intérêts  administra- 
tifs. 

La  Patrie  a  publié,  en  novembre  1896,  un  article  con- 
cernant la  suppression  des  Smalas.  Voici,  à  ce  sujet,  l'in- 
terview de  M.  Forcioli,  député  de  Constantine. 

«  11  y  a  déjà  deux  ans,  nous  dit  M.  Forcioli,  j'étais  in- 
tervenu à  la  Chambre  au  sujet  des  Smalas;  il  en  est 
quatre  que  je  vise  particulièrement  :  El-Outaya,  vers  le 
Sud,  entre  Batna  et  Biskra;  El-Méridj,  El-IIadjar,  le 
Tarf,  le  long  de  la  frontière  tunisienne. 

«  Je  laisse  décote  les  smalas  qui  bordent  le  département 
d'Alger  et  la  frontière  du  Maroc. 

«  Il  serait  peut-être  imprudent  de  dégarnir  des  postes 
qui  peuvent  rendre  des  services  en  face  d'un  pays  où 
l'insurrection  est  perpétuelle,  et,  pour  le  moins,  à  l'état 
latent. 

(1)  Revue  géographique  internationale,  1885. 

(2)  El-Outaia  (commune  mixte  d'Ain-Touta)  entre  Biskra  et 
Balna,  desservi  par  la  voie  ferrée,  est  le  centre  d'une  immense 
plaine  arrosable  en  partie.  La  végétation  arborescente  a  été  dé- 
ti-uite  à  vingt  kilomètres  à  la  ronde  pour  les  besoins  de  la 
smala. 


48 


LE     NATURALISTE 


«  Mais  je  ne  vois  vraiment  plus  la  nécessité  d'en  con- 
server d'autres. 

«  A  l'époque  où  la  Tunisie  n'était  pas  encore  sous  notre 
protectorat,  il  y  avait  lieu  de  se  tenir  sur  ses  gardes  de 
ce  coté,  mais  aujourd'hui  ces  précautions  me  paraissent 
superflues. 

0  Après  mon  intervention  à  la  Chambre,  le  général 
Zurlinden,  alors  ministre  de  la  Guerre,  me  mit  en  rap- 
ports avec  un  officier  connaissant  bien  l'Algérie. 

«  Celui-ci,  en  ce  qui  concerne  El-Meridj,El-IIadjar  et 
Le  Tarf,  me  fit  valoir  que  ces  smalas  pouvaient  nous 
rendre  encore  de  grands  services,  si,  dans  une  guerre 
européenne,  un  corps  d'armée  venait  à  débarquer  en 
Tunisie. 

«  Plus  tard,  M.  Cavaignac,  devenu  ministre  de  la 
guerre,  m'écouta  avec  beaucoup  d'intérêt;  il  suivit  avec 
moi  sur  la  carte  d'Afrique  les  lignes  que  je  lui  indiquai, 
en  marquant  au  crayon  rouge  les  postes  que  je  vous  ai 
nommés,  il  me  promit  d'étudier  très  sérieusement  ma 
proposition. 

0  Mais  M.  Cavaignac  est  tombé,  et  je  no  sais  encore 
l'accueil  que  lui  réserve  le  général  Billot. 

n  Quoi  qu'il  en  soit,  j'estime  que  si,  dans  le  principe, 
les  spahis  ont  été  destinés  à  devenir  en  même  temps  que 
des  gardiens  vigilants,  des  agriculteurs  actifs,  ils  ne  sont 
plus  aujourd'hui  que  des  pachas  indolents,  des  proprié 
taires  faciles,  autour  desquels  évoluent  à  leur  aise  des 
légions  de  serviteurs  et  de  pillards  qui  trouvent  un  re- 
fuge naturel  auprès  do  leurs  chefs. 

«  Mieux  vaudrait  donc  cent  fois  vendre  ces  terres  de 
colonisation  plutôt  que  de  les  laisser  progressivement 
péricliter.  » 

La  Patrie  termine  : 

«  Telles  sont  les  déclarations  qu'a  bien  voulu  nous 
faire  M.  Forcioli. 

0  Elles  sont,  en  quelque  sorte,  le  résumé  de  la  thèse 
que  l'honorable  député  se  propose  de  soutenir  très  pro- 
cnainement  en  faveur  de  la  suppression  des  smalas.  » 

Je  ne  crois  pas  que  les  escadrons  de  spahis  utilisés 
comme  troupe  régulière  nous  seront  iudispensablospour 
l'attaque  d'un  corps  d'armée  débarqué  en  Tunisie  ou  en 
Tripolitaine.  Un  goum  de  laOOchevaux,  organisé  à  temps 
et  au  moyen  d'exemption  d'impôt  des  tribus  nomades 
qui  le  fourniront,  sera  bien  plus  pratique  et  plus  écono- 
mique. Les  terres  de  Méridj,  El-IIadjar  et  le  Tarf,  pour- 
raient être  vendues  sans  inconvénient,  à  condition  que  les 
bâtiments  qui  y  existent  resteraient  propriété  de  T'Etat 
pour  être  utilisés  en  cas  de  ce  débarquement  comme 
magasin  de  vivres  et  d'orge  pour  les  goums  mis  en 
campagne.  Voilà  pour  les  smalas  de  frontière.  Quant  à 
celle  d'El-Outaya,  sa  parfaite  inutililé,])our  la  défense  du 
pays,  n'a  plus  besoin  d'être  démontrée.  Mais  là,  le  bâti- 
ment pourrait  être  utilisé  d'une  manière  autre  que  celle 
uela  vente  aux  enchères,  et  pourrait  servir  à  une  opéra- 
tion industrielle  qui  lutterait  avantageusement,  par  suite 
de  sa  position,  avec  des  établissements  étrangers  plus 
éloignés  des  centres  d'affaires.  Et  en  joignant  à  ce  bâti- 
ment un  lot  do  terre  correspondantpar  sa  production  aux 
besoin  des  premières  années,  on  ne  nuirait  pas  énormé- 
ment à  la  colonisation  et  aux  intérêts  de  l'Etat.  Celui-ci, 
au  contraire,  y  trouverait  des  avantages  au  point  de  vue 
politique  et  au  point  de  vue  économique  ou  fiscal. 

L'espoir  de  voir  adoptées  les  considérations  d'ordre 
supérieur,  justifiant  la  reconstitution  de  l'autruche  en 
territoire  français,  n'est  pas  une  illusion  et  ne    doit  pas 


être  une  déception.  La  marche  en  avant  vers  l'Extrême- 
Sud,  la  jonction  de  l'Algérie  et  du  Soudan  français,  si 
désirable,  sera  laconséquence  naturelle  des  déplacements 
de  nos  forces  militaires  qui  se  porteront  dans  des  postes 
nouveaux  d'une  importance  stratégique  incontestable  et 
rendront  libres  pour  le  service  de  la  colonisation  les 
emplacements  nécessaires  à  l'autruche.  Les  conséquences 
de  cet  événement  heureux  permettent  d'assigner  un 
terme  prochain  à  une  faute  économique  ruineuse  pour 
la  France  et  son  industrie,  et  justifieraient  notre  prise  de 
possession  de  Tombouctou  ainsi  que  la  création  récente 
de  postes  militaires  dans  le  Sud-Algérien  exigeant  leur 
point  terminus  :  les  oasis  du  Touat,  dont  la  possession 
nous  assure  la  soumission  des  Touareg  Ahaggar  et  la 
jonction  de  l'Algérie  et  du  Soudan. 

Quand  aurons-nous  la  satisfaction  patriotique  de  cons- 
tater l'existence  d'une  industrie  rivale  de  celle  de  l'étran- 
ger au  Cap  et  même  en  Russie,  dans  les  régions  favora- 
bles de  l'Algérie  et  du  Soudan  français? 

En  Algérie  incontestablement,  la  reconstitution  de 
l'autruche  en  territoire  militaire,  grâce  aux  autorités 
militaires,  aurait  la  valeur  d'une  victoire  économique  — 
sans  efl'usion  de  sang,  sans  nouvelles  charges  budgé- 
taires. 

L'ensemble  des  considérations  précédentes  nous  fait 
croire  avec  confiance  que  l'appui  et  le  concours  bienveil- 
lant de  tous  Jcs  Frar^çais  éclairi'S  font  acquis  à  la  cause  de  la 

KECONSTITUTION     DE    L'aUTRUCHE    B.\RB.\nESQCE   et     de 

son  élevage  dans  notre  empire  africain  de  I'Algérie  au 
Soudan. 

J.  FoREST  aîné. 


Les  Taches  du  Soleil 


Il  y  a  longtemps  que  j'examine  le  Soleil,  à  peu  près  tous  les 
jours,  à  3  h.  1/2,  après  ma  consultation.  Jamais  il  ne  m'est 
arrivé  une  seule  fois  de  regarder  le  Soleil  sans  y  trouver  au 
moins  une  tache.  J'en  ai  vu  parfois  une  cinquantaine,  et  peut- 
être  plus  encore.  Quand  il  y  en  a  beaucoup,  elles  sont  dispo- 
sées en  quatre  ou  cinq  groupes,  pas  plus.  11  peut  y  en  avoir 
une  seule,  ou  bien  une  ou  ijeus,  dans  un  groupe,  comme  il 
peut  y  en  avoir  plus  de  vingt  dans  un  autre  groupe. 

Il  y  a  de  grandes  taches  et  de  petites  taches.  Toutes  les 
taches  sont  d'un  noir  d'encre.  Il  est  rare  d'en  rencontrer  de 
grises.  Les  grandes  taches  forment  un  noyau  noir,  entouré 
d'une  pénombre  plus  ou  moins  visible;  mais  les  petites  taches 
sont  quelquefois  aussi  entourées  d'une  petite  pénombre.  C'est 
aujourd'hui  le  cas  (2  août). 

Pour  un  débutant,  la  pénombre  est  souvent  invisible.  Il 
voit  très  bien  le  noyau  de  la  tache;  c'est  seulement  au  bout 
d'un  certain  temps  qu'il  se  rend  compte  que  ce  noyau  est  en- 
touré   d'une  pénombre.    Les  dimensions  de   la  pénombre,  par 

2        3 

rapport  au   noyau,   varient  constamment    entre  -  et  -.   C'est 

5        5 

exactement  une  moitié  d'abricot  avec  son  noyau.  Avec  des 
verres  bleu  foncé,  le  Soleil  a  une  teinte  orangée,  ou  mieux 
abricot.  La  pénombre  se  détache  d'autant  mieux  du  Soleil, 
qu'elle  est  plus  gi'ise  à  l'extérieur  et  plus  blanche  à  l'intérieur, 
à  la  périphérie  du  noyau.  Elle  se  détache  aussi  nettement  du 
reste  t^u  Soleil  qu'un  timbre-poste  sur  une  enveloppe  de 
lettres.  Son  pourtour  est  nettement  délimité.  Il  peut  être  plus 
ou  moins  sinueux;  mais  la  forme  générale  est  circulaire  ou 
elliptique,  à  petit  axe  transversal.  Le  grand  axe  est  toujours 
longitudinal,  c'est-à-dire  de  haut  en  bas.  tandis  que  le  petit 
axe  est  en  travers,  de  l'est  à  l'ouest,  un  peu  oblique  par- 
fois. 

Le  pourtour  intérieur  de  la  pénombre,  en  contact  avec  le 
noyau,  est  ordinairement  plus  déchiqueté  que  son  pourtour 
extérieur,  en  contact  avec  le  reste  du  Soleil.  On  voit  même 


LE     NATURALISTE 


49 


comme  (les  gouttelettes  isolées,  cparses,  au  pourtour  du  noyau, 
dans  son  intérieur.  La  pénombre  est  toujours  bien  plus  claire 
on  dedans  ((u'en  dehors,  et  bien  plus  l'oncéo  en  dehors  (pi'cn 
dedans. 

Les  taches  du  Soleil  sont  concaves  et  déprimées  en  leur 
partie  centrale,  qui  correspond  au  noyau.  Cela  se  voit  très 
bien,  qu.md  la  tache  est  au  voisinage  du  bord  du  disque  du 
Soleil.  Quant  i  la  pénombre,  elle  est  formée  de  stries  rayon- 
nantes, aux  dépens  des  grains  riziformes  de  la  photosphère, 
qui  se  fusionnent  entre  eux  en  languettes  juxtaposées.  Par- 
fois, ces  languettes  forment  des  ponts,  qui  se  croisent  au- 
dessus  du  nojau,  et  le  partagent  en  deux  ou  en  plusieurs 
autres  petits  noyaux  partiels.  J'en  ai  mémo  vu  qui  formaient 
ainsi  des  taches  grillagées,  tant  le  nombre  des  petits  carreaux 
noirs  était  distinct,  grâce  aux  languettes  de  séparation,  qui 
jouaient  le  rôle  d'un  grillage  plus  pâle  que  lo  reste  de  la 
tache. 

La  pénombre  est  formée  de  languettes  de  la  photosphère, 
qui  s'élèvent  de  dehors  en  dedans  et  de  bas  en  haut.  Ces  lan- 
guettes se  volatilisent  dans  l'almosphère  solaire,  où  elles  dis- 
paraissent; ou  bien  elles  retombent  en  énormes  gouttelettes 
de  feu,  à  la  périphérie  du  noyau,  et  plus  ou  moins  dans  le 
voisinage  do  sa  partie  exiérieure. 

Les  taches  partent  du  bord  oriental  du  disque  solaire,  pour 
atteindre  en  treize  jours  son  bord  occidental.  Klles  tournent 
donc  autour  du  Soleil,  avec  les  éléments  de  la  photosphère 
qui  les  composent.  Elles  changent  de  forme  tous  les  jours,  et 
parfois  considérablement  d'un  jour  à  l'autre.  On  en  voit  de- 
puis une  seule  petite  tache  jusqu'à  une  cinquantaine  et  plus. 
Dans  ce  dernier  cas,  elles  se  réunissent,  de  manière  à  former 
trois  ou  quatre  groupes,  cinq  au  plus,  rarement  davantage. 
Souvent  il  n'y  a  qu'une  seule  tache  volumineuse,  avec  une  ou 
deux  aulres  très  petites,  dans  un  des  groupes. 

Les  taches  du  Soleil  sont  simplement  des  tourbillons  do  la 
photosphère,  tourbillons  qui  laissent  voir  la  sphère  centrale 
du  Soleil,  qui  parait  noire  par  contraste.  Elles  sont  très  sou- 
vent accompagnées  de  facules,  sortes  de  traînées  blanches 
très  courtes,  qui  rayonnent  autour  des  principales  taches.  Le 
spectroscopo  montre  presque  toujours  des  protubérances  de 
la  chromosphère,  au  voisinage  des  taches,  quand  ces  taches 
sont  accumulées  en  grand  nombre  près  des  bords  du  disque 
solaire.  11  est  évident  que  les  taches  indiquent  que  la  surface 
du  Soleil  est  dans  un  état  tout  particulier  d'effervescence. 
Aussi  les  aurores  boréales  et  les  variations  du  magnétisme 
terrestre  oscillent  avec  le  nombre  des  taches  du  Soleil.  Tous 
les  onze  ans,  il  y  a  un  maximum  de  taches  dans  le  Soleil,  au- 
quel correspond  sur  la  terre  un  maximum  dans  les  oscilla- 
tions de  l'aiguille  aimantée.  Or,  on  sait  que  les  réactions  chi- 
miques développent  de  l'électricité.  Il  est  d'autant  plus  lo- 
gique d'admettre  que  les  taches  du  Soleil  répondent  à  une 
activité  toute  spéciale  de  cet  astre,  que  les  nombreux  facules 
que  l'on  voit  alors  semblent  être  dus  à  la  chaleur  et  à  la 
lumière  dégagées,  par  des  réactions  chimiques,  à  la  surface 
du  Soleil. 

Les  taches  solaires  sont  connues  des  Chinois  depuis  la  plus 
haute  antiquité.  Certaines  d'entre  elles  sont  parfois  assez 
étendues  pour  produire  une  diminution  de  la  clarté  du  Soleil, 
comparable  i  une  éclipse  partielle. 

Dr  Bougon. 


DESCRIPTION   DE  COLÉOPTÈRES  NOUVEAUX 


Formicomiis  lianiji,  Pic,  v.  latior.  Grand,  d'un  noir  brillant, 
un  peu  verdâlre  aux  élytres,  hérissé  de  longs  poils  clairs. 
Tête  bien  atténuée  eu  arrière,  à  poncluatioii  irrégulière.  An- 
tennes grêles,  longues,  entièrement l'oucées.  Prothorax  étroit, 
allongé,  étrauglé  très  près  de  la  base.  Elytres  bien  plus  larges 
que  le  prothorax,  courts  et  larges  avec  les  épaules  bien  sail- 
lantes, l'extrémité  assez  arrondie.  Pattes  noires,  longues  ; 
o"  cuisses  antérieures  ayant  une  èiiine  ;  les  tibias  antérieurs 
munis  d'une  dent  saillante.  Long.  4  uiill.  Sumatra. 

l'oruic  élylrale  plus  courte,  plus  élargie  que  F.  liungi  Pic, 
pattes  plus  foncées. 

Anlhicus  anienitiiliis.  Petit,  brillant,  hérissé  de  longs  poils, 
large  aux  élytres;  tête,  prothorax,  antennes  moins  les  trois 
derniers  articles  noirs;  élytres  fauves  avec  les  épaules,  la 
suture   extérieurement  et   une  bande   médiane   transversale 


rembrunis;  pattes,  palpes,  partie  de  la  bouche  et  trois  derniers 
arlicles  <les  antennes  d'un  toslacô  jaunâtre.  Tôle  large,  con- 
vexe, bien  arrondie  en  arc  eu  arrière,  à  ponctuation  IVute  et 
écartée.  Prothorax  étranglé  près  de  la  base,  impressionné 
sur  les  côtés  en  dessous,  l'ebordé  sur  la  base,  à  ponctuation 
forte,  écartée.  Elytres  relativement  couits  et  larges,  un  peu 
élargis  après  le  milieu  avec  les  épaules  bien  marquées,  l'ex- 
trémité arrondie  ;  une  dépression  nette,  posthumérale -,  ponc- 
tuation très  forte  et  bien  espai:èe.  l'uttes  grêles.  Dessous  du 
corps  clair.  Long  2  niill.  Caracas. 

Cette  espèce  rappelle  beaucoup,  de  coloration,  ,1.  slrialo- 
pmicluliis  Laf.,  elle  présente  la  l'oruic  do  certains  Lepialeus 
comme  L.  ulbicincltisL&i.;  bien  carai;tèrisèe  au  moins  |iar  les 
antennes  avec  leurs  trois  derniers  articles  clairs. 

Antliiciis  albifiiscialiix.  (irand,  mat,  à  puhescence  générale 
grisâtre  couclièe  Une,  parallèle  et  modérément  allongé,  noir 
de  poix  avec  deux  bandes  rougc^âtres  denséiiieut  revêtues  de 
puhescence  d'un  gris  blanc  sur  chaque  élytre  ;  premiers  arti- 
cles des  antennes  et  pattes  d'un  rougefitre  obscurci.  Tète 
large  et  courte,  presque  droite  eu  arriére,  â  ponctuation 
dense  et  granuleuse.  Autennes  assez  courtes,  peu  fortes,  plus 
ou  moins  obscurcies  à  partir  du  2""=  ou  t™^  article.  Prothorax 
à  ponctuation  granuleuse  dense,  déprimé,  très  dilaté  en 
avant,  presque  plus  large  que  la  tête  dans  cette  partie,  très 
diminué  sur  la  base  qui  est  rebordée.  Elylres  à  cotés  paral- 
lèles, assez  allongés,  arrondis  à  rcxlrémitè  avec  une  pouclua- 
tion  fine  et  rapprochée,  les  épaules  courteuieiil  revêtues 
d'une  pubesceuce  plus  fournie  ;  deux  bandes  rougeûtres  dis- 
simulées sous  une  puhescence  serrée,  épaisse  sur  chaque 
élytre,  l'une  avant,  l'autre  après  le  milieu,  toutes  deux  un 
peu  obliques.  Pattes  assez  courtes  avec  les  cuisses  ordinai- 
rement un  peu  obscurcies,  peu  épaisses.  Dessous  du  corps 
foncé.  Long.  3  mill.  1/2.  Australie. 

Rentre,  dans  le  s.  g.  Ischi/ropalpiis  Laf ,  dont  je  ne  connais 
aucun  représentant  nommé  en  Australie  ;  l'orme  de  sericans 
Gr.,  avec  une  toute  autre  coloration.  M.  Pic. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  M.  P.  Mathieu,  .39,  boulevard  SiMjastoiiol.Oran  (Al- 
gérie), ollVe  en  échaugc  les  coléoptères  de  su  rcj^ioii. 

—  A  vendre  : 

Lot  de  200  Clirysomélides  européens  environ,  bien 
nommés,  IJO  francs. 

Lot  de  200  Clirysomélides  exotiques  environ,  bien 
nommes,  80  francs. 

Lot  de  Méloloiitliides  américains  (sauf  une  espèce) 
du  genre  Uieraniaau  genre  l'achydema  (inclus),  8  espèces» 
80  exemplaires,  en  carton,  12  fr.  .'10. 

S'adresser  aux  ])urcaux  du  joiii'iiiil  ]iour  les  lots  ci- 
dessus. 

—  A.  R.  11°  301.'î,  à  Bergame  (Italie). 

Nous  vous  donnons  les  nouveaux  renseignements  que 
vous  nous  demande/.  ; 

1°  Marmairolite,  variété  d'Knstatite  avec  alcalis.  — 
2°  Garniérite,  hydrosilicatc  de  nickel  et  do  magnésie 
vert  pomme  ou  vert  émeraude,  très  tendre  et  contenant 
de  1  à32''/„  d'oxyde  de  nickel.  —  :!<•  Chalcophanite,  alté- 
ration de  Franklinite  et  un  oxyde  de  Manganèse  et  de 
zinc  hydraté.  —  4°  Montecatinitè.  Nous  lu^  connaissons 
pas  de  minéral  de  ce  nom,  mais  ce  doit  être  une  variété 
de  Phillipsite  (cuivre  panaché),  facilement  reconnais- 
sablc  à  son  irisation  lorsqu'il  reste  exposé  à  l'air  et  que 
l'on  trouve  à  Monte  Catini.  —  5"  Pseudo!)riiokite 
Fé-0,^Ti-O''  Ter  titanifére  rhombique.  —  G»  Nagyagite  ou 
Nagyasite  (Elasmose),  tellure  natif  auro-ploinhifére 
(P0,Au)2  (Te,S,Sb)''  de  Nagyag  (Transylvanie)  assi;z  rare. 

—  M.  M.,  à  Calais,  n"  335o.  Ce  que  vous  nous  avez 
envoyé  n'est  autre  qu'une  serlulnire  ;  nous  ne  pouvons 
préciser  l'espèce,  l'échantillon  communinué  nous  étant 
parvenu  en  mauvais  état.  —  Consultez  le  volume  des 
C(elenlérés,''Ii;chiuoilermes  de  l'histoire  natimdle  de  la 
France,  1  vol.  3  fr.  90  franco  iLes  Fils  d'Fmile  Deyrolle, 
éditeurs,  40,  rue  du  Bac,  Paris). 

—  M.  C.  M.,  à  Lyon.  Essayez  des  épingles  nickel  pour 
vos  Coléoptères;  elles  sont  préférables  aux  épingles 
argentées. 


50 


LE     NATURALISTE 


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LE     NATURALISTE 


31 


LIVRES    NOUVEAUX 


MI.VÉRALOUlEDEL.l  FU.VXCE  ETDKSES  COLOi\IES 

par  M.  A.  Lacroix,  professeur  de  Mioéralogie 
au  Muséum  d'histoire  naturelle. 

M.  Lacroix,  In  s\uipatluque  et  savant  professeur  du  Muséum 
a  comuioucé  de  faire  paraître,  il  y  a  trois  ans,  un  ouvrage 
appelé  A  rendre  de  grauds  services  à  ceux  qui  s'occupent  de 
minéralogie.  Ce  travail,  dont  le  deuxième  volume  vient  de 
paraître,  a  pour  objet  l'étude  détaillée  des  minéraux  de  la 
France  et  de  ses  colonies.  Il  est  conçu  dans  un  esprit  beau- 
coup phis  large  que  tous  les  traités  de  minéralogie  actuels  : 
car  non  seulement  il  comprend,  comme  ces  derniers,  l'étude 
des  propriétés  pliysico-chimiques  des  minéraux,  mais  aussi 
les  coudilions  de  gisement  et  même  de  geuèse  des  minéraux. 
C'est  un  onvrage  de  haute  étude. 

Au  lieu  d'abstraire  un  minéral  en  le  cousidér^mt  eu  lui- 
même  sans  s'occuper  de  ses  rapports  avec  ses  congénères, 
M.  Lacroix  nous  fait  connaître  dans  quelles  conditions  et  sons 
quelles  formes  variées  il  se  présente  dans  la  nature  et  de 
quelle  façon  il  a  pu  prendre  naissance.  On  ne  peut  qu'ap- 
plaudir le  savant  professeur  du  .Muséum  de  donner  de  la  vie 
k  la  science  minéralogique  en  .ijoutaut  à  son  étude  physico- 
chimique une  étude  biologique. 

Eu  ce  faisant,  il  rattache  plus  étroitement  la  minéralogie  à 
la  géologie,  qui  a  aussi  pour  but  la  geuèse  des  roches  consti- 
tuant l'écorce  terrestre.  Dans  la  a  .Minéralogie  de  la  France  » 
les  éléments  des  roches  sont  envisagés  sous  toutes  leurs 
formes,  qu'ils  se  présentent  isolément  ou  associés  :  soit  dans 
des  filous,  soit  dans  des  roches  éruptives,  soit  dans  des 
roches  sédimentaires. 

Ce  simple  exposé  montre  l'importance  de  l'ouvrage  dont  le 
titre  est  justîHé  par  l'étude,  à  propos  de  chaque  espèce,  de 
tous  les  gisements  où  l'on  peut  la  rencontrer.  La  plupart 
d'entre  eux  ont  d'ailleurs  été  visités  par  l\L  Lacroix,  ce  qui 
achève  de  donner  une  plus  grande  valeur  à  son  travail. 

La  première  partie  du  tome  II  sera  d'un  grand  secours 
pour  ceux  qui  s'occupent  de  l'étude  microscopique  des 
roches  :  car  il  traite  des  wernérites,  des  zéolithes  et  surtout 
des  feUlspalhs.  Les  feldspaths  sont  sans  contredit  les  miné- 
raux les  plus  importants,  puisque  c'est  sur  leur  préseuce  on 
leur  absence  et  sur  les  différences  spécifiques  qu'ils  présentent 
qu'est    basée    la    classilicution  des  roches  éruptives. 

Aussi  est-ce  dans  ce  groupe  que  depuis  jirès  de  viugt  ans 
se  sont  conceutrées  les  recherches  de  la  plupart  des  minéra- 
logistes et  des  pélrographes. 

Il  sulUt  de  citer  les  noms  de  Des  Cloizeaux,  Tschcrmak, 
Rosembuch,  Fouqué,  .Michel  Lévy  ponr  rappeler  les  étapes 
successives  par  lesquelles  a  passé  l'étude  des  feldspaths, 
laquelle,  bien  que  poussée  très  loin,  n'est  pas  encore  défini- 
tive. 

M.  Lacroix  expose  excellemment  les  différentes  méthodes 
employées  pour  reconnaître  et  déterminer  les  feldspaths  dans 
les  roches.  Les  200  pages  consacrées  à  la  famille  des  feldspaths 
montrent  toute  l'impurlauce  que  l'ou  attache  à  la  détermina- 
tion de  ces  minéraux,  qu'ils  se  présentent  en  grands  cristaux, 
ou  en  microlithes,  comme  éléments  principaux  ou  accessoires, 
dans  les  roches  éruptives,  métamorphiques  ou  sédimentaires. 
Je  ue  peux  insister  davantage  ici  sur  la  valeur  scientifique 
et  pratique  de  l'ouvrage  de  M.  Lacroix  ;  je  dirai  seulemeut 
qu'il  comble  une  grande  lacune  dans  la  littérature  minéralo- 
gique. Nous  souhaitons  que  l'apparition  du  troisième  et  der- 
nier volume  ne  se  fasse  pas  trop  attendre.  Les  minéralo- 
gistes auront  alors  un  instrument  de  travail  précieux  pour 
i'étuile,  et  ils  ne  pourront  que  remercier  .M.Lacroix  de  le  leur 
avoir  procuré. 


Théorie  nouvelle  de  la  vie,  par  Félix  Le  Da.ntec,  ancien 
élève  de  l'École  normale  supérieure,  docteur  es  sciences. 
1  voL  cartonné  à  l'anglaise,  6  francs;  franco,  6  fr.  iJO. 

Nul  n'est  indifférent  aux  questions  que  soulève  l'étude  de 
la  vie;  aussi  celte  théorie  nouvelle  otfre-t-elle  un  intérêt  tout 
particulier,  présentée  par  un  zoologiste  qui   a  commencé   par 


l'étudier  dans  les  éléments  constituant  les  tissus  des  êtres  vi- 
vants. Nous  savons  eu  effet  que  tous  les  êtres  se  composent 
d'un  nombre  extrêmement  grand  de  petites  masses  gélati- 
neuses appelées  plastides  (autrefois  cellules),  munies  d'un 
noyau  et  quelquefois  d'une  membrane  d'enveloppe. 

La  vie  d'un  homme  est  la  résultante  des  activités  synergi- 
ques de  milliards  de  plastides,  comme  l'activité  d'une  plaslîde 
est  la  résultante  des  réactions  de  milliards  d'atomes.  Puisque 
l'homme  est  constitué  au  moyen  de  plastides,  M.  Le  Dantec 
examine  d'iibord  la  vie  des  êtres  monoplastidaires  qu'il 
appelle  vie  élémentaire,  pour  de  là  passer  à  celle  des  êtres 
polyplastidaires  ou  vie  proprement  dite.  Enfin,  il  recherche  les 
relations  entre  la  psychologie  de  l'homme,  son  histologie  et 
sa  physiologie.  Il  arrive  ainsi  aux  phénomènes  de  conscience 
qu'à  tort  beaucoup  de  philosophes  ont  pris  comme  point  de 
départ  pour  expliquer  les  phénomènes  vitaux,  mais  dont  ou 
ne  peut  trouver  l'explicatiou  rationnelle  qu'on  s'appnyant  sur 
des  faits  scientifiques. 


Les  parasites  aiiininiiv  de  la  peaii  Imniaîne,  petit  in-8" 
[Encyclopédie  s^ienli/iqiie  des  Aide-Mémoire),  par  Du- 
BREDiLH  (W.)  et  Beu-le  (L.),  profcsscurs  agrégés  à  la  Faculté 
de  médecine  de  Bordeau.\.  Broché,  2  fr.  50;  franco,  2  fr.  65. 
Cartonné,  3  francs  ;  franco,  3  fr.  20. 

Cet  onvrage  est  consacré  à  l'étude  des  Acariens  et  des  In- 
sectes parasites  de  la  peau  chez  l'homme,  et  il  ne  saurait  faire 
double  emploi  avec  le  volume  de  M.  Mégnin  sur  les  Acariens 
parasites,  publié  dans  la  même  collection.  Les  auteurs  ont, 
en  effet,  fait  une  beaucoup  plus  large  part  à  la  clinique,  com- 
prenant la  description  symptomatologique  des  éruptions,  le 
diagnostic  et  le  traitement,  .le  sorte  que  leur  livre  s'adresse 
plutôt  aux  médecins  qu'aux  zoologistes  purs.  La  partie  zoo- 
logique n'est  cependant  pas  négligée,  car  les  descriptions  et 
les  figures,  presque  toutes  originales,  sont  calculées  de  façon 
à  rendre  aussi  facile  que  possible  l'étude  toujours  très  com- 
pliquée des  pièces  buccales  de  ces  petits  animanx. 

Il  ne  suffit  plus  de  connaître  les  parasites  communs  en 
Europe,  il  faut  aussi  avoir  des  notions  sur  les  parasites  rares 
ou  particuliers  aux  pays  tropicaux,  et  les  auteurs  se  sont 
préoccupés  de  cette  partie  encore  incomplètement  connue  de 
la  pathologie  exotique. 

L'utilité  de  cet  ouvrage  ressort  de  la  façon  par  trop  suc- 
cincte dont  sont  décrits  la  plupart  des  parasites  animaux  dans 
les  traités  généraux  de  dermatologie.  Avec  des  descriptions 
zoologiques  et  cliniques  plus  complètes,  il  permet  de  mieux 
reconnaître  l'origine  d'éruptions  dont  on  est  souvent  exposé  a 
méconnaître  la  nature,  au  grand  dommage  du  malade  et  de 
son  entourage. 


Traité    de    zoologie,    par   Edmond   Pebriek,    membre    de 
l'Institut,  professeur  au  Muséum  d'histoire  naturelle. 

Fascicule  IV  :  Vers  (suite).  Mollusques,  792  pages,  avec 
566  figures.  Prix  :  16  francs. 

Ce  fascicule  commence  la  deuxième  partie  de  l'ouvrage  qui 
sera  complété  par  un  cinquième  fascicule  yTuniciers-Verlé- 
brés).  Il  contient  une  table  p'ovisoire;  le  titre  et  la  table  com- 
plète de  la  deuxième  partie  seront  donnés  avec  le  fasci- 
cule V. 

Ont  déjà  paru  : 

Fasc.  I  :  Zoolor/ie  f/énérale,  412  pages,  458  figures.  Prix  : 
12  francs. 

Fasc.  n  :  Protozoaires  et  l'ivjlozoaires,  432  pages,  243  fi- 
gures. Prix  :  10  francs. 

Fasc.  III  :  Arthropodes  et  Vers,  480  pages,  278  figures. 
Prix  :  S  francs. 

Ces  trois  fascicules  réunis  forment  la  première  partie. 
1  volume  in-S"  de  1344  pages,  avec  9S0  figures.  Prix  :   30  fr. 

Tous  ces  ouvrages  sont  en  vente  aux  bureaux  du  journal, 
46,  rue  du  Bac,  Paris. 


32 


LE     NATURALISTE 


Répertoire  étpoîogique  des  noms  français 

ET  DES  DÉNOMINATIONS  YULGAIEES  DES  OISEAUX 
[Suile] 


SanNOiinet.  —  Surnom  donné  en  France  à  l'Étourneau 
[Sturnus  viilqaris).  n  On  le  nomme  vulgairement  Sansonnet, 
comme  qui  dirait  Petit  Sainson.  »  (Salerne.) 

Saphir.  —  Nom  donné  à  un  Oiseau-Mouche  {Ihjlocharis), 
parce  que  son  plumage  a  les  reflets  de  cette  pierre  pré- 
cieuse. 

Sapho.  —  Nom  mythologique  donné  à  un  Oiseau-Mouche 
{Spaiyanura  Sapho). 

Sarcelle.  —  Mot  formé  par  altération  du  nom  latin  de  ce 
Palmipède  (Querquedula). 

Sarcoraniphe.  —  Nom  créé  par  Duméril  pour  désigner 
le  Condor  et  formé  des  mots  grecs  sarcos  (chair)  et  ramp/ios 
(bec),  par  allusion   au  bec  charnu  de  ces  Rapaces. 

Savana.  —  Nom  donné  par  Buffon  à  un  Oiseau  de  la  fa- 
mille des  Tyrannidés  {Milvuliis).  «  On  l'appelle  Veuve  de 
Cayenne;  mais  ce  nom,  ayant  été  donné  à  un  autre  genre 
d'Oiseaux,  ne  doit  pas  être  adopté  pour  celui-ci,  qui  ne  res- 
semble aux  Veuves  que  par  sa  longue  queue;  comme  il  se 
tient  toujours  dans  les  savanes  noyées,  le  nom  de  Savatia  nous 
a  paru  lui  convenir.  »  (Buffon.) 

Savacon.  —  Nom  donné  à  un  Echassier  {Cancroma  co- 
chlearia),  surnommé  le  Bec-en-Cuiller  (voyez  ce  mot).  Le  mot 
Saoacou  a  été  formé  par  contraction  des  mots  savane  et  cou, 
par  allusion  à  l'habitat  de  cet  Oiseau  et  à  la  dimension  consi- 
dérable de  son  cou. 

Scarlatte.  —  Nom  tiré  du  mot  anglais  Scaiiet  (écarlate)  et 
donné  par  Buffon  à  un  Tangara  (Itamphocclus  Brasiliensis). 
«  Nous  avons  adopté  le  nom  Scarlatte  que  les  Anglais  ont 
donné  à  cet  Oiseau,  parce  que  son  plumage  est  d'un  rouge 
écarlate.  »  (Buffon.) 

Scliel.  —  Nom  donné  par  les  indigènes  de  Madagascar  à 
des  MouchoroUes  et  conservé  pour  désigner  une  espèce  [Mus- 
cicapa  mutala^. 

Scops.  —  Nom  grec  du  Petit-Duc  {Scops  Europseus]  con- 
servé à  ce  Rapace  nocturne  par  les  ornithologistes  modernes 
et  qui  dériverait  de  scopto  (railler,  plaisanter),  parce  que  les 
anciens  trouvaient  que  ces  Oiseaux  ressemblaient  aux  bouf- 
fons. 

Secpétairc.  —  (Voyez  le  mol  Messager.) 

Sënëgali.  —  Nom  donné  par  les  anciens  naturalistes  à  un 
groupe  de  petits  Passereaux,  parce  qu'ils  les  croyaient  origi- 
naires du  Sénégal.  «  On  so  tromperait  fort,  dit  Buffon,  si, 
d'après  les  noms  de  Sénégalis  et  do  Bengalis,  on  se  persuadait 
que  ces  Oiseaux  ne  se  trouvent  qu'au  Sénégal  et  au  Bengale.  » 
Les  Sénégalis  sont  confondus  aujourd'hui  parmi  les  Astrilds 
et  placés  généralement  dans  le  genre  Lagonosticta. 

Septîcolor.  —  Nom  donné  par  Bufl'on  à  un  Tangara  (Cal- 
liste  tatao).  «  Nous  appelons  Septicolor  cette  espèce  de  Tan- 
gara, parce  que  son  plumage  est  varié  de  sept  couleurs  bien 
distinctes  dont  voici  l'énumération  :  un  beau  vert  sur  la  tête 
et  sur  les  petites  couvertures  des  ailes  ;  du  noir  velouté  sur  les 
parties  supérieures  du  cou  et  du  dos,  sur  les  pennes  moyennes 
des  ailes  et  sur  la  face  supérieure  des  pennes  de  la  queue;  de 
la  couleur  de  feu  très  éclatante  sur  le  dos;  du  jaune  orangé 
sur  le  croupion;  du  bleu  violet  sur  la  gorge,  la  partie  supé- 
rieure du  cou  et  les  grandes  couvertures  supérieures  des 
ailes;  du  gris  foncé  sur  la  face  inférieure  de  la  queue;  et, 
enfin,  du  beau  vert  d'eau  ou  couleur  d'aigue-marine  sur  tout 
le  dessous  du  corps  depuis  la  poitrine.  C'est  le  plus  beau  non 
seulement  de  tous  les  Tangaras,  mais  de  presque  tous  les  Oi- 
seaux connus.  »  (Buffon.) 

Sérîcale.  —  Diminutif  du  mot  latin  sericus  (de  soie) 
donné  à  un  genre  d'Oiseaux  (Sericulus),  à  cause  de  la  nature 
soyeuse  de  leurs  plumes.  L'espèce  la  plus  connue  {Sericulus 
chrysocephalus)  a  reçu  le  nom  de  Séricule  Prince-Rcgent, 
parce  cjue  les  Anglais  l'avaient  dédiée  à  Williams  IV,  alors 
prince-régent  de  la  Grande-Bretagne. 


Serin.  —  Belon  affirmait  que  ce  mot  dérivait  de  Syrène,  à 
cause  de  la  douceur  du  chant  de  cet  Oiseau;  mais  la  véritable 
étymologie  paraît  être  celle  donnée  par  M.  Rolland,  qui  fait 
dériver  le  mot  Serin  du  latin  cilritius  (qui  a  la  couleur  du  ci- 
tron). «  M.  Littré  commet  une  erreur  on  rattachant  la  forme 
Serin  à  la  forme  Serena.  11  s'appuie  sur  ce  texte  du  xiv»  siècle: 
Serena  avis  vi7'idis  coloris,  apes  edens.  Cet  Oiseau,  qui  est 
vert  et  qui  mange  les  Abeilles,  n'est  pas  le  Serin,  mais  le  .1/e- 
rops  apiaster  i Guêpier),  connu  dans  le  midi  de  la  France  sous 
les  noms  de  Serena  ou  Sereno.  »  (Rolland,  Faune  populaire 
de  la  France.) 

Serln-des-Bois.  —  Nom  vulgaire  du  Cini  {Serinus  meri- 
dionalis),  parce  qu'à  l'époque  de  son  passage  il  recherche  les 
vallons  boisés.  Le  mot  Cini  est  le  nom  espagnol  qui  a  été  con- 
servé à  cet  Oiseau. 

Serin-de-Mozanibique.  —  Surnom  donné  par   les    oisc 
liers  à  un  Passereau  de  Mozambique  {Crilhagra  butyracea),  à 
cause  de  sa  ressemblance  avec  notre  Serin  vert. 

Serpentaire.  —   (Voyez  le  mot  Messager.) 

Siiilet.  —  Nom  donné  à  un  Manucode  {Parotia  sexsetacea), 
l^arce  que  sa  tète  est  ornée  de  six  filets  ou  brins  grêles,  fili- 
formes, terminés  en  palettes  et  naissant  en  arrière  des 
oreilles. 

Sirli.  —  Nom  donné  à  un  genre  d'Alouettes  (Certhilauda) 
par  onomatopée  du  cri  de  ces  Oiseaux,  n  Perché  sur  le  haut 
d'une  dune,  cet  Oiseau  crie  d'une  vois  qui  retentit  au  loin  : 
sir-li,  en  traînant  beaucoup  sur  la  première  syllabe  sir,  qu'il 
prolonge  autant  que  le  permet  son  haleine  et  qu'il  termine 
ensuite  par  la  dernière  li,  poussée  avec  force  et  du  ton  le 
plus  aigu.  »  (Le  Vaillant.) 

SitteUe.  —  Nom  donné  par  Buft'on  à  un  Grimpeur  {Sitla 
cœsia)  et  tiré  de  son  nom  grec.  «  La  plupart  des  noms  que 
les  modernes  ont  imposés  à  cet  Oiseau  ne  présentent  que  des 
idées  fausses  ou  incomplètes  et  tendent  à  le  confondre  avec 
des  Oiseaux  d'une  toute  autre  esjièce.  Pour  éviter  toute  confu- 
sion et  conserver  autant  que  possible  les  noms  anciens,  j'ai 
donné  à  notre  Oiseau  celui  de  Sitlelle,  d'après  les  noms  grec 
et  latin  siltè,  sitta.  »  (Bufl'on.)  On  admet  que  les  anciens  lui 
avaient  donné  ce  nom  par  onomatopée  de  son  cri.  La  SitteUe 
est  connue  dans  certaines  parties  de  la  France  sous  le  nom 
vulgaire  de  Torcliepot.  «  Son  nid  est  composé  avecques  de  la 
terre  grasse,  de  si  grand  artifice  qu'il  ne  scaurait  estre  mieux, 
encore  qu'il  eust  été  dressé  de  la  main  d'un  potier.  C'est  de  là 
qu'il  est  nommé  Torchepot.  «  (Belon.) 

Sizain.  —  Surnom  donné  par  les  oiseleurs  à  une  variété 
de  Chardonneret,  caractérisée  par  les  six  taches  blanches  de 
la  queue.  M.  Bailly  {Ornithologie  de  la  Savoie)  fait  observer 
que  cette  distinction  n'est  point  fondée,  le  même  sujet  qui  a, 
en  été,  six  rectrices  tachées  de  blanc  n'en  ayant  souvent  plus 
que  quatre  après  la  mue. 

Sizerin.  —  Nom  donné  à  des  Passereaux  {Acanthis)  très 
voisins  des  Linottes.  Le  mot  Sizerin  est  une  onomatopée  du 
chant  (le  ces  Oiseaux.  Une  espèce  (Acantfiis  rufescens)  est 
connue  en  France  sous  le  nom  vulgaire  de  Cabaret.  (Voyez  ce 
mot.) 

Sonbuse.  —  Nom  donné  par  Bufl'on,  à  cause  de  ses  rap- 
ports avec  la  Buse,  à  la  femelle  du  Busard-Saint-Martin  {Cir- 
cus  cyaneus),  que  ce  naturaliste  avait  prise  pour  une  espèce 
distincte. 

Soucliet.  —  Nom  vulgaire  d'un  Canard  {Spatula  clypeata). 
Il  Souchel.  nom  botanique  appliqué  i  des  Canards  que  l'on 
suppose  aimer  à  séjourner  parmi  les  plantes  de  ce  nom;  telle 
est  l'explication,  due  à  l'abbé  Vincelot,  d'un  terme  qui  parait 
avoir  été  employé  pour  la  première  fois  par  Brisson,  et  cette 
explication  est  la  plus  vraisemblable  de  toutes  celles  que  l'on 
peut  donner  de  ce  mot.  »  (Olphe-Galliard.)  On  donne  à  ce  Ca- 
nard le  surnom  de  Rouge  dans  quelques  parties  de  la  France, 
(c  Sa  chair  est  tendre  et  succulente;  on  dit  qu'elle  est  toujours 
rouge,  quoique  bien  cuite,  et  que  c'est  pour  cette  raison  que 
le  Canard  Souchet  porte  le  nom  de  Rouge,  notamment  en  Pi- 
cardie, où  l'on  tue  beaucoup  de  ces  Oiseaux.  »  (Bâillon.) 
{A  suivre).  Albert  Gkanoer. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 
Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  il. 


19'  ANNÉE 


2"  Sérik  —    I^«  «^' 


La    Plante 

DANS  L'ANTIQUITÉ  : 

LÉGENDES.   POÉSIE.    HISTOIRE,    ETC  ,    ETC 


Acantlic.  —  Au  livre  IV  do  son  traité  De  architec- 
tura,  chapitre  l,  Vitruve  (l"  siècle  de  notre  ère)  nous 
raconte  une  légende  touchante  dans  son  antique  simjjli- 

cité;  il  énunière  les  divers  genres  de  colonnes  :  «  La 

troisième,  dit-il.  qu'on  nomme  corinthienne,  représente 
toute  la  grâce  d'une  jeune  fille,  à  laquelle  un  âge  plus 
tendre  donne  des  Termes  plus  déliées,  et  dont  la  parure 
vient  encore  augmenter  la  heauté. 

n  Voici  l'anecdote  que  l'on  raconte  au  sujet  de  l'inven- 
tion du  chapiteau  de  cette  colonne. 

«  Une  jeune  fille  de  Corinthe,  arrivée  à  l'âge  nubile, 
fnt  atteinte  d'une  maladie  qui  l'emporta;  après  sa  mort, 
de  petits  vases  qu'elle  avait  aimés  pendant  sa  vie  furent 
recueillis  par  sa  nourrice,  arrangés  dans  une  corbeille  et 
déposés  sur  sa  tombe  ;  et,  pour  qu'ils  se  conservassent 
plus  longtemps  au  grand  air,  elle  les  recouvrit  d'une 
tuile.  Cette  corbeille  avait  été  par  hasard  placée  sur  une 
racine  d'acanthe.  Pressée  par  le  poids  qui  pesait  en  plein 
sur  elle,  cette  racine  d'acanthe  poussa  vers  le  printemps 
des  tiges  et  des  feuilles.  Ces  tiges  grandirent  autour  de 
la  corbeille,  puis,  rencontrant  aux  angles  de  la  tuile  une 
résistance  qui  les  comprimait,  elles  furent  forcées  à  leur 
extrémité  de  se  recourber  en  forme  de  volute. 

«  Le  sculpteur  Callimaque,  que  l'élégance  et  la  délica- 
tesse de  son  ciseau  firent  nommer  chez  les  Grecs 
KoTâTe-/vo;  {premier  ouvrier),  passant  auprès  du  tombeau, 
aperçut  ce  panier  et  les  feuilles  qui  l'entouraient  d'une 
manière  si  gracieuse.  Charmé  de  cette  forme  nouvelle,  il 
l'adopta  pour  les  colonnes  qu'il  éleva  à  Corinthe.  Ce  fut 
d'après  ce  modèle  qu'il  établit  et  régla  les  proportions  de 
l'ordre  corinthien.  » 

L'acanthe,  comme  on  sait,  est  une  plante  herbacée, 
vivace,  une  espèce  de  chardon.  On  en  connaît  au  moins 
une  douzaine  d'espèces, dont  la  plupart  sont  particulières 
aux  pays  chauds  ;  mais  deux  espèces  surtout  sont  géné- 
ralement connues  :  l'acanthe  sauvage, épineuse  (Acanlhiis 
spinosus),  et  l'acanthe  lisse,  molle  {acanthus  mollis);  cette 
dernière  porte  aussi,  en  Italie,  le  nom  de  branca  ursina, 
à  cause  d'une  prétendue  ressemblance  de  ses  feuilles 
avec  le  pied  de  l'ours.  Les  Romains  employaient  volon- 
tiers cette  plante  pour  la  décoration  des  jardins,  ils  en 
formaient  la  bordure  des  parterres  et  des  bassins.  Pline 
nous  décrit  l'acanthe  et  ses  usages  de  la  manière  sui- 
vante, au  chapitre  xxxiv  du  livre  XXII  de  son  Histoire 
naturelle  : 

«  L'acanthe  est  une  herbe  do  ville  et  est  employée 
dans  la  topiaire.  Ses  feuilles  sont  longues  et  dressées  ; 
elle  revêt  tes  rebords  des  bassins  et  les  curreaux  des  par- 
terres.  II  y  en  a  deux  espèces  ;  l'une  épineuse  et  frisée, 
est  la  plus  courte  ;  l'autre  est  lisse,  et  on  l'appelle  aussi 
pxderos  et  melamphyllos.  La  racine  de  cette  dernière  est 
excellente  pour  les  brûlures  et  les  luxations.  Mangée 
cuite,  surtout  avec  la  décoction  d'orge,  elle  est  très 
bonne  pour  les  ruptures,  pour  les  spasmes,  et  pour  les 
personnes  que  menace  la  phtisie.  Pilée  et  chaude,  on  en 
fait  un  topique  pour  les  gouttes  avec  sentiment  de  cha- 
leur. » 

Le  Naturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


'-7 
1"  MARS  1897 


Dioscoride,  darft^n  'Irai Le  sur  la  Matière  médicale, 
livre  III,  chap.  xvi,  s'exprime  ainsi: 

'<  L'acanthe  est  semblable  à  l'épine  blanche  et  produit 
des  feuilles  piquantes  par  leurs  bords  ;  ces  feuilles  sont 
revêtues  d'un  léger  coton,  semblable  à  la  toile  de  l'arai- 
gnée ;  on  peut  d'ailleurs  le  filer  et  le  tisser  pour  en  faire 
des  étofl'es  (?).  On  prend  les  feuilles  ou  les  racines  en 
breuvage  contre  cette  sorte  de  spasme  qui  retire  le 
corps  en  arrière,  et  que  les  Grecs  appellent  'OTttirôotovoi;. 

«  (Chap.  xvii)  Los  Romains  appellent  l'acantlu^  P.rde- 
rota.  Elle  croit  dans  les  jardins  et  les  endroits  pierreux, 
près  des  eaux  courantes,  etc.  Ses  feuilles  sont  plus 
larges  et  plus  longues  que  celles  de  la  laitue  ;  sa  tige  est 
de  deux  coudées  de  haut,  lisse  et  de  la  grosseur  du  doigt, 
ayant  par  intervalles  auprès  de  la  cime  de  petites  feuilles 
longues  et  piquantes.  Sa  graine  est  longue  et  jaune  ;  ses 
racines  sont  longues,  baveuses,  rouges  et  gluantes,  elles 
sont  fort  bonnes  pour  les  brûlures  et  les  dislocations  des 
jointures.  Prises  en  breuvage,  elles  font  uriner,  mais 
resserrent  le  ventre.  Elles  sont  excellentes  pour  les 
spasmes  et  conviennent  fort  aux  phtisiques.  On  trouve 
aussi  une  espèce  de  brunca  ursina  sauvage,  semblable  à 
l'artichaut.  Sa  racine  a  les  mêmes  propriétés  que 
l'autre.  » 

Lorsque  Callimaque  eut  adopté  l'acanthe  —  ou  un 
feuillage  quelconque  ressemblant  à  cette  plante  —  pour 
en  faire  son  chapiteau  corinthien,  tous  les  sculpteurs  du 
monde  civilisé  s'empressèrent  d'imiter  l'illustre  Grec; 
mais  la  feuille  d'acanthe  se  modifia  considérablement 
en  chemin,  et  il  faut  réellement  la  foi  qui  soulève  les 
montagnes  pour  reconnaître  la  plante  dans  les  mille  re- 
productions fantaisistes  que  nous  possédons  encore  sur 
quelques  monuments  que  le  temps  n'a  pas  complètement 
détruits.  Parmi  ces  vénérables  témoins  d'époques  dispa- 
rues, je  citerai,  comme  offrant  de  beaux  modèles  d'a- 
canthe : 

Le  temple  d'Apollon,  à  Bassie  (dans  la  Messénie)  : 

Le  temple  d'Apollon,  à  Phigalie; 

Le  temple  de  Diane  Laphria,  à  Messène  ; 

Le_  théâtre  de  Bacchus  et  la  Tour  des  Vents,  à 
Athènes; 

Les  Temples  de  Mars  Vengeur,  et  d'Antonin  et  Faus- 
tine,  à  Rome  ; 

Le  temple  de  Castor  et  Pollux,  à  Cori  ; 

Le  Forum  de  Trajan,  l'Arc  de  Titus  ; 

Le  temple  de  Vesta,  à  Tivoli,  etc.,  etc. 

Dans  la  description  minutieuse  qu'il  fait  du  char  fu- 
nèbre d'Alexandre,  Diodore  de  Sicile.  (Bibliûlhcriiie  histo- 
rique, livre  XVIII,  chap.  xxvil)  nous  parle  d'acanthes 
d'orii  quiétaient  étaldies  dans  les  intervallesdescolonnes, 
s'élevant  presque  jusqu'à  la  hauteur  des   chapiteaux  ». 

L'acanthe  se  brodait  au  bas  des  vêtements,  en  laine  de 
diverses  couleurs  ou  en  or,  et  Virgile  nous  en  parle 
deux  fois  dans  l'Enéide  : 

Et  circumtextum  croceo  velamen  acantho 

Ornatus  Aigivîe  Helcnîe...  {.En.,  I,  v.  650). 

.<  ...  Un  voile  où  l'acanthe  serpentait  en  flexibles  rameaux, 
parure  de  l'Argienne  Hélène.  » 

Pallamque  et  pictum  croceo  velamen  acantho. 

{.En.,  I,v.  ni). 

«  {Il  admirait)  le  manteau  de  pourpre  et  le  voile  oti 
l'acanthe  enlace  ses  feuilles  d'or.  » 

Isidore,  archevêque  d'IIispalis  {Séville),  qui  vivait  aux 
vi'etviP  siècles,  rappelle  ce  détail  dans  son  traité  des 
étymologies  (Etymologiarum  liberXVII,  cap,  ix)  :] 


54 


LE     NATURALISTE 


n  In  cujus  iniitatiorie  {acanthi)  arte  vestis  ornatur,  quas 
acanthina  dicitur.  » 

Les  poètes,  ))ien  entendu,  se  sont  souvent  inspirés  de 
l'acautlie  pour  leurs  comparaisons.  Théocrite,  dans  son 
idylle  VI,   vers  15,  nous  dit  : 

«  Galathée  se  dessèche  (se  consume  d'amour)  pour  Poly- 
phème,  comme  les  feuilles  arides  tombées  de  l'acanthe 
sont  desséchées  en  été  par  les  feux  ardents  du  soleil.  » 

On  l'employait  souvent  pour  l'ornementation  des 
coupes,  des  vases,  etc. 

Hactenus  antique  signis  exstantibus  ;ere 
Summus  inaurato  crater  crat  aspcr  acantho 

(Ovide,  Mélamoi-phoses,  1.  XIII,  v.  701) 

«  Tous  ces  sujets  étaient  tracés  en  relief  sur  l'airain 
antique  :  l'acanthe  ornait  de  festons  dorés  les  bords  du 
vase.  » 

Et  nobis  idem  Alcimedon  duo  pocula  fecit 
Et  molli  circum  est  ansas  amplexus  acantho. 

(Virgile,  Eglor/ue  III,  v.  46.) 

(1  J'ai  du  même  Alcimedon  deux  coupes  où  il  a  fait 
entrelacer  aux  deux  anses  la  molle  acanthe.  » 

Virgile  parle  encore   quatre  fois  de  l'acanthe  dans  ce 

que  nous  possédons  de  lui  : 

Narcissum,  aut  flexi  tacuisscm  vimen  acanthi. 

(Ge'orgiqiies,  IV,  123.) 

{Je  n'oublierais)  ni  le  narcisse,  ni  les  tiges  ployantes  de 
l'acanthe. 

nie  comam  mollis  jam  tondobat  acanthi. 

[Géort/iques,  IV,  137.) 

«  Il  (le  vieillard)  commeuçait  à  tondre  la  molle  chevelure 
de  l'acanthe.  » 

Balsamaque,  et  baccas  semper  frondentis  acanthi  ? 
{Géorgiques  II,  1 19.) 

0  (Que  te  dirai-je  de  ce  bois  odorant  qui  distille  le)  baume, 
et  de  la  baie  de  l'acanthe  toujours  verte? 

Mixtaque  ridenti  colocasia  fundet  acantho. 

(Eglogue  IV,  20.) 

u  Le  colocase  mêlé  aux  riantes  touffes  de  l'acanthe.  » 

Toutes  les  variétés  de  chardons,  d'acanthes,  d'arbustes 
épineux,  fourmillent  en  Orient,  en  Judée  surtout,  et  les 
écrivains  sacrés  ne  manquent  pas  d'établir  un  rappro- 
chement entre  cette  encombrante  végétation  et  cette 
menace  de  Dieu  à  Adam  {Genèse,  ch.  m,  v.  17  et  18)  : 
«  Puis  il  dit  à  Adam  :  Parce  que  tu  as  obéi  à  la  jiarole  de 
ta  femme  et  que  tu  as  mangé  du  fruit  de  l'arbre  auquel 
je  t'avais  défendu  de  toucher,  la  terre  sera  maudite  à 
cause  de  toi;  et  elle  te  produira  des  épines  et  des  char- 
dons, et  lu  mangeras  l'herbe  des  champs.  » 

On  suppose  que  le  mot  hébreu  que  l'on  traduit  par 
chardon  pourrait  également  signifier  acanthe;  le  révérend 
Tristram  est  de  cet  avis,  et  il  traduit  toujours  charoid  par 
acanthe,  ou  bien  il  se  sert  du  mot  hébreu  : 

Job,  XXX,  7  :  Ils  poussent  des  hurlements,  parmi  les 
buissons  (mes  eîHiemis);  ils  se  rassemblent  sous  \e  charoul. 

Proverbes,  xxiv,  31  :  Les  charoullim  en  couvraient  la 
surface  {du  champ  du  paresseux). 

Sophonie,  u,  9  :  Moab  sera  comme  Sodome,  et  les 
enfants  d'Ammon  comme  Gomorrhe,  un  lieu  couvert  de 
charoul. 

D'autres  traducteurs  veulent  que  charoul  soit  l'ortie. 

Quoi  qu'il  en  soit,  saint  Jérôme  parle  deux  autres  fois 
du  chardon  (Carduus)  dans  sa  traduction  de  la  Bible  faite 
sur  le  texte  hébreu  ;  au  IV'  livre  des  Rois  (xiv,  9)  et  au 
II'  livre  des  Paralipomènes  (xxv,  18).  Quant  au  mot 
Spina,  terme  générique  de   tout  arbuste    épineux,   il  se 


trouve  quarante-sept  fois  dans  la  Bible,  et  l'adjectif 
Spinea  deux  fois  seulement,  et  dans  le  Nouveau  Testa- 
ment (Marc,  XIV,  17  ;  Jean,  xix,  5). 

Enfin  divers  érudits  veulent  que  l'acanthe  ait  été 
sculptée  çà  et  là  dans  le  temple  de  Salomon;  mais  cette 
opinion  me  paraît  un  peu  hasardée,  étant  donné  sur- 
tout que  nous  sommes  loin  de  connaître  exactement  le 
nom  hébreu  de  la  plante  dont  il  s'agit. 

E.-N.  Santini. 


VARIÉTÉS  DE  L'ABRAXAS   GROSSULARIATA 


Les  deux  spécimens  lYAhraxas  grossulariala  figurés 
ci-dessous,  d'après  The  Entomologist,  offrent  une  variété 
intéressante;  ce  sont  les  exemplaires  les  plus  recouverts 
de  taches  parmi  ceux  obtenus  par  M.  H.  Mac-Arthur  sur 
un  élevage  d'environ  300  chenilles  recueillies,  au  prin- 
temps dernier,  dans  le  voisinage  de  Fulham  (Angleterre) 
sur  VEvonymus  Japonicus  et  nourries  avec  la  même 
plante. 


La  majorité  de  ces  papillons  étaient  pour  la  plupart 
d'une  taille  au-dessous  de  la  moyenne  et  de  forme  nor- 
male, à  l'exception  d'une  trentaine  de  spécimens  environ. 

La  variation  qui  était  la  plus  fréquente  était  le  nombre 
assez  considérable  de  taches  noires,  plus  particulièrement 
sur  les  angles  des  ailes  antérieures,  et  parmi  deux 
exemplaires,  quoique  bien  marqués,  présentaient  l'im- 
pression de  gouttes  d'eau,  sur  la  totalité  des  ailes,  don- 
nant à  ces  insectes  une  apparence  très  curieuse.  {The 
Entomologist.) 


LE  MONDE  MICROSCOPIQUE  DES  EAUX 


Il  y  a  trois  ans,  en  septembre,  j'enlevai,  du  bout  d'une 
canne  plongée  dans  l'eau,  un  petit  fétu  de  paille  à  demi 
pourrie,  flottant  dans  l'onde  tranquille  d'une  petite 
rivière,  dont  on  avait  détourné  le  cours,  et  qui  présentait 
un  petit  golfe  en  cet  endroit.  Ce  fragment  de  graminée 
avait  à  peine  2  millimètres  de  large  sur  1  centimètre  de 
long,  tout  au  plus.  Je  le  conservai  dans  un  petit  flacon  à 
demi  plein  d'eau,  afin  de  lui  conserver  sa  fraîcheur,  et  je 
l'exposai  sur  le  rebord  de  ma  fenêtre  à  Paris,  pour  lui 
donner  à  la  fois  de  l'air  et  do  la  lumière.  Au  bout  de  six 
semaines,  j'avais  déjà  découvert  235  espèces  différentes 
d'animaux  et  surtout  de  végétaux.  Ce  qu'il  y  avait  de 
plus  curieux,  c'est  que  ce  petit  jardin  aquatique  en  mi- 
niature changeait  d'aspect  toutes  les  semaines.  Les 
animaux  surtout  variaient  avec  une  étonnante  rapidité  : 
tantôt  on  n'y  voyait  que  des  Cyclidium,  tantôt  les  Coleps 
étaient  en  très  grande  majorité.  Une  semaine,  c'étaient 
des  Kolpodes,  un  autre  semaine  les  Paramécies  y  occu- 


LE     NATURALISTE 


55 


paient  toute  la  place.  On  aurait  cru  à  une  génération 
spontanée.  Je  suis  bien  sur  (lue  si  les  gelées  de  l'hiver 
n'avaient  pas  mis  fin  âmes  cultures,  le  nombre  des  espèces 
aurait  atteint  plusieurs  autres  centaines.  Quand  on  sait 
que  les  êtres  inférieurs  se  reproduisent  de  deux,  trois  ou 
quatre  façons  dillérentes,  n'est-on  pas  en  droit  de  se 
demander  s'ils  n'auraient  pas  encore  d'autres  modes  de 
reproduction  que  nous  ne  connaissons  pas,  et  si  la  géné- 
ration, sinon  spontanée,  du  moins  par  transformation 
des  formes  spécifuiues,  est  absolument  impossible?  On 
sait  (|ue  non  seulement  la  science  n'a  pas  encore  dit  son 
dernier  mot,  mais  qu'il  y  a  encore  à  découvrir  beaucoup 
plus  de  choses  que  nos  prédécesseurs  n'en  ont  décou- 
vertes. Il  serait  d'autant  plus  naturel  de  croire  au  trans- 
formisme, qu'au  début  de  la  création  les  choses  ont  pro- 
bablement du  se  passer  de  cette  manière. 

Quand  on  examine  de  près  la  petite  algue  unicellulaire 
verte  (jue  l'on  appelle  Euglena  viridis  et  qu'on  la  compare 
à  certains  infusoires  voisins,  lesAstasia;  quand  on  songe 
qu'à  coté  de  l'Euglène  verte  il  y  a  l'Euglène  rouge, 
E.  sanguinea,  et  l'Euglène  transparente  comme  du  cristal, 
E.  byalina;  (|uand  on  voit  qu'il  y  a  si  peu  de  diiVérence 
entre  certaines  Astasia  et  l'Euglena  byalina,  il  est  tout 
naturel  de  se  demander  si  par  hasard  l'infusoire  que 
nous  appelons  Astasia  ne  s'est  pas  transformé  en  Eu- 
plène  hyaline,  et  si  cette  Euglène  hyaline  ([ue  la  majorité 
des  naluralistes  considère  également  comme  un  infusoire, 
ne  s'est  ])as  métamorphosée  en  Euglène  verte  tout  sim- 
plement en  se  chargeant  de  chlorophylle.  C'est  ainsi 
qu'une  petite  cellule  animale  aurait  donné  naissance  à 
la  première  algue  verte,  et  à  la  première  algue  rouge  en 
devenant  l'Euglène  rouge.  D'autant  plus  que,  je  le  répète, 
jiour  la  plus  grande  majorité  des  naturalistes,  l'Euglène 
hyaline,  verte  ou  rouge  est^un  infusoire!  Or,  nous  croyons 
avoir  démontré  de  la  façon  la  plus  absolue  que  l'Euglène 
est  une  algue,  dans  notre  mémoire  intitulé  :  «  La  Nature 
végétale  des  Euglènes  ».  Il  serait  donc  presque  absolu- 
ment prouvé  par  là  que  la  première  algue  est  due,  non 
pas  à  la  transformation  de  la  matière  brute  plus  ou  moins 
visqueuse  qui  se  forme  spontanément  dans  l'eau  crou- 
pissante, mais  à  la  transformation  d'un  infusoire  déjà 
assez  avancé  en  organisation,  malgré  son  état  rudimen- 
taire.  On  conçoit,  en  efl'et,  que  les  premiers  infusoires, 
qui  ont  i)ullulé  dans  les  mares  d'eau  primitives,  ont  fini 
par  modifier  leur  milieu,  en  le  chargeant  outre  mesure 
d'acid(>  carbonique,  impropre  à  leur  respiration.  Dès  lors, 
certains  de  ces  infusoires,  plus  résistants  que  d'autres, 
ont  commencé  à  avoir  de  la  cellulose  en  petite  quantité 
dans  leur  paroi  azotée;  ensuite  quelques-uns  de  ceux-ci 
se  sont  chargés  de  chlorophylle,  susceptible  d'absorber 
cet  acide  carbonique  en  excès,  et  de  rendre  resiiirable 
pour  d'autres  animaux  un  milieu  qui  allait  finir  par  ne 
plus  l'être  pour  les  premiers  infusoires  qui  l'avaient 
modifié.  C'est  ainsi  que  les  Euglènes  hyalines  et  vertes 
auront  très  bien  pu  faire  leur  première  ap|)arition,  en 
provenant  de  certaines  Astasia  plus  résistantes  que 
d'autres.  Cette  manière  de  voir  est  bien  jdus  naturelle 
que  celle  qui  consiste  à  supposer  à  chaque  instant  l'in- 
tervention du  Créateur,  toutes  les  fois  que  de  nouvelles 
espèces  ont  apparu.  Le  souverain  Auteur  de  la  création 
universelle  a  très  bien  pu,  en  créant  la  matière,  lui  donner 
du  même  coup  le  pouvoir  de  se  transformer,  non  seule- 
ment en  sels  et  en  acides,  mais  encore  en  matière 
vivante,  animale  ou  végétale.  Une  horloge  qui  donne  à 
la  fois  l'heure,  les  minutes,  les  secondes,  le  quantième 


du  mois  et  les  phases  de  la  lune,  est  plus  parfaite  que 
celle  qui  ne  donne  que  les  heures  et  les  minutes.  De 
même  une  matière  susceptible  de  jouir  de  [iropriétés 
pliysiques,  chimiques,  vitales,  organiques,  nerveuses, 
musculaires,  etc.,  etc.,  est  plus  parfaite  qu'une  matière 
absolument  inerte.  Il  est  donc  tout  naturel  de  supposer 
que  notre  divin  Créateur,  en  créant  la  matière,  lui  a 
donné  toutes  les  propriétés  que  nous  nous  plaisons  à 
reconnaître  dans  les  corps  les  mieux  organisés.  Nous 
croyons  l'honorer  davantage  en  raisonnant  ainsi,  bien 
loin  d'avoir  la  moindre  idée  subversive.  Le  transformisme 
est  une  doctrine  qui  répond  admirablement  à  l'explica- 
tion d'une  foule  de  choses,  qui  nous  sembleraient  incom- 
préhensibles sans  cela.  Aussi  croyons-nous  que  c'est  une 
théorie  qui  finira  jiar  triompher  un  jour,  si  ce  n'est  déjà 
un  fait  acconi[)li  depuis  longtemps. 

1)''  Bougon. 


OISEAUX  ACRIDOPHAGES 


Les   corvinés.  —  Corvidx. 

La  famille  des  Corbeaux,  très  nombreuse,  possède 
des  espèces  plus  ou  moins  régionales;  la  plupart  sont 
cosmopolites;  la  recherche  de  leur  nourriture  suivant 
les  saisons  les  fait  émigrer  du  nord  au  sud.  Dans  cette 
famille,  l'éminent  naturaliste  Schlegel  classe  la  tribu 
des  vrais  Paradisiers  et  les  Manucodias. 

Aujourd'hui,  comme  dans  le  passé,  il  y  a  divergence 
sur  les  fonctions  des  Corbeaux  dans  l'équilibre  que  la 
nature  établit  par  la  destruction  et  la  conservation  d'une 
foule  d'êtres  inférieurs  dont  nous  n'apprécions  que  les 
méfaits  :  certains  auteurs  les  déclarent  sans  restriction 
NUISIBLES  ;   d'autres  les  reconnaissent  utiles. 

L'impartialité  commande  de  tenir  la  balance  égale 
entre  les  services  rendus  et  les  méfaits,  qui  pourront 
être  la  conséquence  de  la  rareté  de  la  nourriture  ani- 
male; au  moment  des  semailles  d'automne,  les  Corbeaux 
recherchent  les  grains  germes,  certainement  fau'e  de 
trouver  les  vers  blancs,  etc.  qu'ils  recherchent  avide- 
ment en  temps  normal.  J'ai  pu  apprécier,  au  Maroc,  les 
services  que  rendent  ces  oiseaux  ;  les  Corbeaux  {Corms 
corax)  remplissaient  les  fonctions  de  purificateurs  de  la 
voie  publique,  en  concurrence  avec  les  chiens,  autres 
fonctionnaires  de  même  ordre  (les  poubelles»  sont  incon- 
nues dans  ce  pays  réfractaire  aux  bienfaits  du  j/rogrès 
et  de  la  civilisation...).  Ils  étaient  très  peu  farouches, 
juste  autant  que  les  pigeons  domestiques,  en  liberté  dans 
nos  contrées.  On  sait  que  les  Corbeaux  sont  piscivores 
et  qu'ils  savent  pécher  les  poissons  en  imitant  les  pro- 
cédés des  Pélicans. 

D'après  Land  and  Water,  deux  cent  cinquante  house 
crows  (Corvus  ou  Anomalocorax  nplendens  Temm.)  fu- 
rent importés  de  Bombay  (Inde  Anglaise)  pour  être 
làcliés  à  Zanzibar,  afin  de  remédier  à  l'état  insalubre 
de  la  ville.  Ce  Corvidé  se  rend  très  utile  aux  Indes,  où 
il  purge  des  immondices  les  abords  des  habitations. 
Cette  espèce,  d'habitudes  sociables  et  cosmopolites,  a  dû 
s'acclimater  très  facilement;  elle  est  de  la  taille  du 
Chouca  ordinaire  (Corvus  monedula  h.)  et  se  rapproche 
des  Corbeaux  de  la  Nouvelle-Guinée  {Corvus  oiru)  par 
ses  belles  couleurs  et  ses  reflets  niétalli(|ues. 

Les  diverses  espèces  européennes  sont  bien  connues, 


56 


LE     NATURALISTE 


quelques-unfis  fréquentent  ou  sont  sédentaires  dans 
l'Afrique  septentrionale.  Nous  citerons  les  trois  espèces 
africaines  du  Sud,  les  plus  intéressantes  du  groupe. 

i.    —   Le  corbeau  a  scjVpulaihe  (I).  Le  Corbeau  de 
Madagascar.  —  Corvus  scapulatus,  Daudin.) 

Le  Corbeau  à  scapulaire  est  tout  noir,  à  l'exception 
d'un  manteau  blanc  sur  les  épaules  et  d'une  large  cein- 
ture de  même  couleur  sous  la  poitrine.  Cette  espèce, 
répandue  dans  toutes  les  régions  de  l'Afrique,  septen- 
trionale exceptée,  est  très  commune  à  Madagascar;  on 
la  rencontre  partout,  aussi  bien  dans  les  montagnes  nues 
et  arides  du  centre  que  dans  les  plaines  boisées  des  côtes, 
dans  les  endroits  déserts  qu'auprès  des  villages. 

C'est  l'espèce  la  plus  commune  dans  le  centre  sud- 
africain,  elle  est  beaucoup  plus  nombreuse  que  le  Corvus 
capensis.  II  est  aussi  nombreux  dans  les  régions  litto- 
rales que  le  Corvus  albkoltis,  qu'il  remplace  dans  les  pays 
du  haut  plateau  de  l'intérieur.  On  le  trouve  dans  les 
contrées  les  plus  variées,  dans  les  bois,  dans  les  brous- 
sailles, dans  les  plaines,  sur  les  coteaux,  principalement 
dans  les  steppes  immenses,  richement  peuplées  de 
gibier,  des  plaines  du  nord  de  la  colonie  du  Cap,  de 
l'Etat  libre  d'Orange,  du  ^^'est  Griqualand,  duBushveld, 
du  Kalahari  méridional,  des  deux  régions  méridionales 
du  pays  Bechuana,  du  pays  Barolong,  du  pays  Batla- 
pine  et  du  Transvaal.  L'été,  il  se  nourrit  des  innom- 
brables insectes,  des  nuées  de  sauterelles  ;  après  la  pluie 
des  myriades  de  Juins,  qui  atteignent  jusqu'à  2b  centi- 
mètres de  longueur.  Pendant  l'hiver,  il  trouve  sa  nourri- 
ture en  se  repaissant,  en  compagnie  des  vautours,  des 
innombrables  animaux  domestiques  (principalement  des 
boeufs)  morts  à  la  suite  des  intempéries  hivernales,  ou 
par  la  sécheresse  ;  une  quantité  considérable  de  gibier 
blessé  par  les  chasseurs  et  mort  de  cette  -cause  ou 
d'autres  leur  sert  également  de  proie.  C'est  le  compa- 
gnon ami  du  chasseur  dans  la  steppe  et  à  son  campe- 
ment. D'habitude,  il  se  nourrit  de  charogne,  d'insectes, 
de  graines,  de  petits  oiseaux,  d'œufs,  de  lézards,  de  pois- 
sons, etc.  (Holub). 

2.  —  Le  corbeau  a  collier.  —  Corvus  albicoUis. 
Se  trouve  habituellement  dans  les  régions  chaudes  du 
voisinage  des    côtes    maritimes,    rarement   dans  l'inté- 
rieur. 

3.  —  Le  corbeau  du  Cap.  —  Corvxis  capeims. 
Réijandu  dans  la  plus  grande  partie  de  l'Afrique  du 
Sud,  il  n'est  pas  aussi  nombreux  que  le  Corvus  albicolUs 
et  le  Corvus  scapulatus.  On  le  trouve  généralement  par 
troupe  de  trois  à  cinq  individus  réunis.  D'habitude,  cet 
oiseau  se  trouve  près  des  localités  indigènes  pratiquant 
l'agriculture.  Par  ses  habitudes,  il  rappelle  notre  Corvus 
segetum.  (Ilolub). 

Les  paradisiers. 
Dans  la  variété  des  nombreuses  espèces  d'oiseaux 
éliminateurs  d'insectes  nuisibles,  répartis  par  la  Nature 
bienfaisante  dans  l'Univers  entier,  figurent  une  des 
merveilles  de  la  Création  :  les  Oiseaux  de  Paradis  de  la 
Nouvelle-Guinée,  classés  par  d'éminents  naturalistes 
dans  la  famille  des  Corvidés,  dont  ils  ont  les  mœurs  et 


(1)  Fig.  PI.  CLXXVII,  A  Grandidier,  Les  Oiseaux  de  Ma- 
darjascar.  Corvus  scapularis,  var.  yEthiops,  C.  curvirostris, 
C.  leiiconoliis,  C.  p/wocep/ialus. 


les  allures.  Une  monographie  complète  de  ce  groupe  in- 
téressant est  le  sujet  d'une  étude  :  «  Contributions  orni- 
thologiques  de  la  Nouvelle-Guinée  ou  Papouasie  au 
point  de  vue  industriel  »,  publiée  dans  la  Revue  des 
Sciences  naturelles  appliquées. 

Nous  plaçant  au  point  de  vue  particulier]  plus  spécial 
d'ami  des  oiseaux  utiles,  nous  serions  heureux  de  voir 
les  Anglais,  les  Allemands,  possesseurs  d'une  impor- 
tante partie  territoriale  de  l'Afrique,  dans  un  but  de 
prévoyance  et  d'enrichissement  des  possessions  afri- 
caines sous  leur  dépendance,  dont  le  climat  tropical  et  la 
flore  rappellent  celui  de  la,  Papouasie,  entrer  résolument 
dans  la  voie  du  progrès  'zoologique  en  introduisant  et  en 
assurant  la  paisible  reproduction  des  trésors  ornitholo- 
giques  qui  se  trouvent  en  quantité  dans  la  Nouvelle- 
Guinée  allemande  et  anglaise.  Ce  moyen  pacifique  du 
développement  de  puissance  coloniale  de  nos  rivaux,  ne 
suscitera  aucune  dilOculté  politique  et  devrait  servir 
d'exemple  dans  tout  l'univers.  Sans  doute,  l'analogie 
zoologique  de  la  faune  de  Madagascar  (la  rareté,  des  ra- 
paces,  des  carnassiers  et  des  serpents)  permettrait  l'in- 
troduction et  assurerait  l'acclimatation  des  Paradisiers 
dans  notre  grande  ile  africaine.  Honneur  et  succès,  voilà 
nos  souhaits  pour  les  promoteurs  de  cette  entreprise! 

gallinacés 

Cette  famille,  très  nombreuse,  a  des  représentants 
particuliers  à  toutes  les  contrées  du  monde  ;  suivant 
les  latitudes  et  les  régions  diverses  de  leur  habitat,  le 
mode  de  nourriture  varie  ;  mais  ces  oiseaux  sont  géné- 
ralement omnivores.  Nous  rechercherons  les  espèces 
suscejjtibles  d'être  introduites  avec  succès  en  Algérie, 
comme    oiseaux    de   chasse   et   destructeurs    d'insectes. 

I.  —  Les  pintades.   —  Nunuda.  —  Meleagris. 

L'Afrique  est  la  véritable  patrie  de  la  Pintade,  dont 
diverses  variétés  nous  sont  connues.  La  Pintade  était 
possédée  par  les  Grecs,  c'est  par  les  Romains  que  la 
Pintade  est  devenue  un  oiseau  européen  :  on  avait  à 
Rome  Numida  ptilorhynchus,  la  Pintade  à  caroncules 
bleues,  et  Numida  cristata  —  Meleagris,  la  Pintade  à  ca- 
roncules rouges.  Il  est  remarquable  que  la  répartition 
géographique  de  chaque  espèce  est  parfaitement  déli- 
mitée. 

M.  Dybowski  a  rencontré  dans  la  région  [du  Bangui, 
qui  semble  être  la  limite  de  la  grande  forêt  équatoriale, 
des  Pintades  appartenant  à  trois  espèces  différentes. 
Une  d'elles  est  la  forme  commune  à  toute  la  région  du 
Gabon,  du  Congo,  et  qu'il  avait  trouvée  très  abondante 
dans  la  région  du  Bas-Oubangui.  On  lui  a  donné  le  nom 
de  Pintade  do  Marche  [Numida  Marchei);  mais  elle  se  dis- 
tingue à  peine  de  l'espèce  commnne  (Numida  meleagris) 
dont  elle  semble  être  plutôt  une  race  distincte  qu'une 
espèce  véritable.  Elle  est  rare  dans  la  région  du  Bangui 
et  ne  semble  pas  s'étendre  au  delà  de  ce  point  vers 
le  Nord.  Elle  est  alors  remplacée  par  des  représen- 
tants des  deux  autres  espèces,  dont  une,  qui  porte  sur 
la  tête  un  plumet  droit,  est  assez  rare  (Numida  plu- 
mifera)  et  dont  l'autre,  au  cou  dénudé,  d'un  bleu  foncé, 
à  la  huppe  abondante  (Numida  cristata)  se  rencontre 
beaucoup  plus  communément.  Cette  dernière  est  propre 
au  Sénégal,  et  sa  présence,  ainsi  que  celle  d'une  foule 
d'autres  espèces  zoologiques  et  botaniques,  montre  bien 
que  c'est  là,  vers  ce  seuil  de  Bangui,  que  prend  fin  la  ré- 


LE     NATURALISTE 


37 


gion  du  climat  t-quatorial  (I).  La  Pintade  est  très  abon- 
dante dans  rAfri(iue  orientale. 

•c  Près  d'une  localité  dite  Mantai,à8  kilomètres  plus  au 
sud-sud-est,  le  large  lit  du  Chégolgol  renfermait  par  en- 
droits de  l'eau  courante.  La  richesse  des  oiseaux,  dans 
ce  lieu  rempli  d'eau,  fréquenté  tous  les  jours  par  les 
magnifiques  troupeaux  des  bœufs  des  Salandoa,  qui  s'en 
servaient  comme  d'abreuvoir,  dépasse  toute  imagination. 
Des  tourterelles  à  colliers,  des  penlrix,  des  pintades,  s'y 
pressaient  en  troupes  innombrables.  Il  ne  m'est  jamais 
rien  arrivé  de  semblable.  Je  dirai  seulement,  pour  citer 
un  exemple,  que  mes  compagnons,  le  matin  de  notre 
départ,  pendant  qu'on  chargeait  les  chameaux  et  qu'il 
s'agissait  de  nous  procurer  à  la  hâte  des  vivres  pour  nos 
gens,  tuèrent  dans  un  clin  d'œil  tant  de  Pintades  que  le 
butin,  une  soixantaine  de  pièces,  forma  la  charge  entière 
d'un  chameau  (2).  » 

La  Pintade  est  la  grande  ressource  alimentaire  des  ex- 
plorateurs africains,  nous  souhaitons  qu'elle  devienne 
l'oiseau  de  sport  favori  des  Nemrods,  afin  d'épargner 
divers  insectivores  dont  la  destruction  constitue  un  véri- 
table abus.  Le  régime  des  Pintades  varie  suivant  les 
localités  et  les  saisons.  Au  printemps,  saison  des  pluies, 
elles  se  nourrissent  principalement  d'insectes,  surtout  de 
criquets.  Plus  tard,  elles  mangent  des  baies,  des  feuilles, 
des  bourgeons,  des  pousses  d'herbe,  des  graines  de 
toute  espèce. 

Elles  peuvent  faire  des  dégâts  dans  les  champs  culti- 
vés en  mangeant  les  jeunes  pousses  des  plantes  et  en 
fouillant  le  sol  à  la  recherche  des  vers.  En  un  instant, 
elles  creusent  un  trou,  mettent  à  nu  les  graines  en  ger- 
mination et  les  mangent;  pourtant  elles  ne  touchent  pas 
aux  pommes  de  terre.  Cette  famille  serait  désirable 
comme  oiseaux  de  chasse,  et  sa  diffusion,  en  Algérie,  me 
semble  facile. 

I.  —  L.4  PINTADE  COM.MUNE  INumtda  cristata). 
Fig.  Elliot,  Monogr.  Phasia  Part.  III. 

La  Pintade  commune  est  l'espèce  souche  de  notre 
Pintade  domestique  et  parait  être  propre  à  l'ouest  de 
l'Afrique;  on  la  trouve  dans  la  Sénégambie,  jusque  dans 
le  Soudan  Central  à  la  Cote  d'Or  et  dans  les  îles  du  Cap 
Vert. 

2.  —  L.-v  PiNT.ADE   A  CASQUE  [Numida  mitrata). 

Fig.  Elliot,  Mo}iogr.  Phasia  Part.  III. 

Particulière  à  l'Afrique  Australe,  se  trouve  en  bandes 
nombreuses  autour  du  Zambèze  et  dans  la  région  des 
grands  lacs  de  l'Afrique  Orientale  ;  une  variété  très  voi- 
sine, iV.  Coronala,  se  répand  de  l'Afrique  orientale  sur  le 
plateau  central  jusque  vers  l'Atlantique. 

3.    —  La  pintade  vulti;iune  (yumida  vulturimun. 
—  AcryUium  Gray). 

Se  trouve  dans  l'Afrique  orientale,  dans  l'Abyssinie  et 
principalement  dans  les  pays  Somalis.  Elle  est  répandue 
dans  toute  la  contrée,  dans  les  steppes,  dans  les  bois, 
sur  les  montagnes.  Cette  Pintade,  très  remarquable,  ar- 
rive assez  fréquemment  en  Europe.  Le  port  de  Lamou  en 
exporte  d'assez  grandes  (juantités. 
Comparij. 

Xwnida  ptiloryncha. 
—      coronala. 

(1)  M.  G.  ScHWEiNFURTH,  MoH  dernier  voyuye  en  Eryllirée. 

(2)  La  Routedu  Tchad,  p.  318.  Fig.des trois  variétés,  p.  321. 


IL  —  LeS'CUPIDONs.  —  Cupidonia. 

Ces  oiseaux  sont  de  la  famille  des  Tétras,  décrits  par 
Wilson,  AikIuIhih,  etc.,  qui  nous  en  ont  fait  connaître 
les  mo'urs. 

Le  Cupidon  ou  gelinotte  des  prairies  est  particulier  aux 
plaines  de  l'Amérique  septentrionale,  il  a  les  mêmes 
habitudes  que  la  Pintade.  C'est  un  destructeur  de  saute- 
relles de  premier  ordre,  et  les  naturalistes  américains,  à 
ce  titre,  lui  ont  obtenu  la  protection  oilicielle.  Depuis  une 
cinquantaine  d'années,  une  loi  frap|ie  d'une  amende  de  dix 
dollars  quiconque  tue  un  de  ces  oiseaux,  hors  la  saison 
de  la  chasse  qui  est  ouverte  en  octobre  et  en  novembre. 
Il  est  probable  que  cette  loi  a  eu  pour  conséquence  une 
multiplication  considérable  des  Cupidons  dans  certaiiu-s 
localités;  car  tous  les  hivers,  il  en  arrive  des  quantités 
considérables  sur  les  marchés,  et  on  peut  parfois  acheter 
des  centaines  d'individus  vivants. 

Je  ne  doute  pas  que  l'acclimatation  de  ces  oiseaux  ne 
soit  possible  dans  la  région  des  Hauts  Plateaux  et  de 
l'Atlas,  il  compléterait  utilement  la  Pintade  comme  oiseau 
de  chasse  et  destructeur  de  sauterelles. 

III.  —  Les  gaxgas.  —  Pteroclœ. 

Les  Gangas  ne  se  trouvent  que  dans  l'ancien  conti- 
nent; ce  sont  des  oiseaux  particuliers  aux  steppes  et  aux 
immensités  sahariennes.  Nous  reconnaissons  en  eux  les 
véritables  habitants  du  désert;  on  les  rencontre  par- 
tout 011  ils  trouvent  de  quoi  vivre,  toutefois  sans  troubler 
leur  sécurité.  Leur  puissant  vol  i[ui  leur  permet  d'é- 
normes déplacements  pour  la  recherche  de  leur  nourri- 
ture est  l'explication  de  ce  que  souvent  on  les  rencontre 
dans  des  endroits  absolument  sans  aucune  ressource. 
C'est  surtout  au  moment  où  ils  descendent  vers  les 
sources  pour  s'abreuver,  le  soir  surtout,  qu'on  les  ren- 
contre le  plus  souvent  en  bandes  innombrables.  Cer- 
taines espèces  émigrent régulièrement,  d'autres  espèces, 
regardées  comme  sédentaires,  font  de  grands  déplace- 
ments, ])0ur  des  raisons  encore  inconnues. 

L'Afrique  septentrionale  possède  deux  espèces  qui  se 
répandent  jusque  dans  l'Asie  centrale,  l'Afrique  aus- 
trale a  ses  espèces  particulières  ainsi  que  l'Afrique  cen- 
trale. Ces  oiseaux  sont  granivores,  mais  exclusivement 
destructeurs  de  sauterelles,  au  moment  de  leur  éclosion 
surtout.  Les  Gangas  sont  très  sensibles  à  l'humidité  qui 
leur  est  funeste. 
1_  Le  ganga   des  sables.   —  (Pterocles    arenarius.) 

Répandu  dans  le  bassin  de  la  Méditerranée.  Dans  le 
sud  de  l'Espagne,  il  habite  le  Campo  semblable  à  nos 
hauts  plateaux  algériens  et  il  s'y  nourrit  de  graine  d'alfa 
et  des  insectes  qu'il  y  trouve. 

2.  —    Le  ganga  cata.  —  [Pterocles  alchala}. 
Cette  espèce  se  trouve  toujours  en  compagnie  du  pré- 
cédent. Les  Arabes  l'appellent  «  Khata  ».  Le  mâle  d'ha- 
bitude a  deux   plumes  caudales  longues,  alors  que  les 
autres  espèces  ne  les  ont  que  rarement. 

3.  —  Le  g.inga  brûlé.  —  {Pterocles  exustus). 

Se  trouve  dans  la  Sénégambie,  l'Afrique  orientale,'d'où 
il  se  répand  jusqu'aux  Indes. 

4.  _  Le  G.\nga  de  Lichtenstein.  —  Pterocles  Lichtcns- 
leinii. 

Ce  Ganga  semble  confiné  en  Afrique  et,  d'après  les 
observations  deBrehm,  on  ne  le  trouverait  qu'au  sud  du 


58 


LE     NATURALISTE 


18°  de  latitude  nord    et  non   dans  le    désert  iiropremeiit 
dit. 

5.  —  Pterodes  bicinctus.  (Fig.  Reichenbacli,  Ilûhner- 
vog,  tal).  CCIX,  fig.  182S-26). 

Celte  espèce,  particulière  à  l'Afrique  australe,  est  très 
commune  dans  les  pays  des  Daniaras  et  des  Grands  Na- 
maquas,  d'où  il  se  répand  jusque  dans  la  colonie  d'An- 
gola. 

6.  —  Pterodes  namaqua.    (Fig.   Reichenbach,  HCih- 
nervôgel,  tab.  CCX,  fig.  182S-26). 

Se  trouve  dans  l'Afrique  australe. 

Synop.  de  Heugtin. 

Pterodes  akhala. 

—  exustiis. 

—  gultalus. 

—  coronatus, 

—  Lichtensteinii. 

—  Iriemetus. 

—  decoratus. 


IV. 


Les    SYRRH.4PTES. 


Outre  les  Gangas,  l'Asie  est  encore  la  patrie  d'un 
autre  genre  de  ptéroclidés  :  celui  des  Syrrhaptes,  dift'érant 
légèrement  comme  plumage  et  asjiect  physique  des 
Gangas.  C'est  à  la  fin  du  siècle  dernier  que,  dans  son 
voyage  en  Sibérie,  Pallas  découvrit  le  Syrrhapte  para- 
doxal. 

Ces  oiseaux  ont  été  étudiés  par  Radde  et  Swinboé 
assez  complètement.  Ce  qui  est  très  remarquable,  c'est 
leur  arrivée  dans  l'Asie  centrale,  encore  couverte  de 
neige,  et  leur  reproduction  immédiate.  Radde  nous  dit  : 
«  Au  milieu  de  mars,  lorsque  la  neige  recouvre  encore 
les  coteaux  des  hautes  steppes,  cet  oiseau  arrive  du  sud, 
il  est  déjà  accouplé  et  vit  par  petites  bandes. 

«  Dans  les  hivers  jjeu  rigoureux,  on  le  rencontre  déjà 
aux  limites  nord-est  du  haut  Gobi;  mais,  après  les  hivers 
mêmes  les  plus  rudes,  il  y  arrive,  il  s'y  reproduit  de  si 
bonne  heure,  que,  sous  ce  rapport  encore,  il  est  singu- 
lier. Dans  les  premiers  jours  d'avril,  on  trouve  déjà  ses 
œufs;  à  la  fin  de  mai,  il  a  une  seconde  couvée.  Après 
avoir  élevé  celle-ci,  il  change  de  demeure,  et,  en  hiver, 
il  émigré  jusqu'aux  limites  sud  de  Gobi,  vers  les  con- 
treforts septentrionaux  de  l'Himalaya.  Le  10  mars  1856, 
alors  que  pendant  la  nuit  régnait  un  froid  de  —  13° 
Réaumur,  que  la  température  de  midi  ne  dépassait  pas 
+  2°  R.,  les  premiers  Syrrhaptes  se  montraient  au 
Tarai-Nor.  Ils  volent  en  rangs  serrés,  comme  les  plu- 
viers ;  au  printemps,  ils  se  réunissent  en  petites  bandes, 
formées  chacune  de  quatre  à  six  couples,  et  en  automne, 
ils  constituent  des  bandes  de  plusieurs  centaines  d'indi- 
vidus. En  volant,  ils  font  entendre  un  cri  particulier. 
Dans  cette  grande  bande,  chaque  couple  reste  uni.  » 

L'aire  de  dispersion  des  Serrhaptes  est  très  vaste.  On 
les  rencontre  à  peu  près  dans  toute  l'étendue  des  steppes 
de  l'Asie  Centrale  depuis  la  côte  orientale  de  la  mer  Cas- 
pienne jusqu'à  la  Dzoungarie  et  le  sud  de  l'Altaï,  mais 
on  en  trouve  également  au  sud-ouest  de  la  Caspienne, 
en  Mésopotamie  et  dans  certaines  parties  de  la  Syrie. 
Suivant  le  voyageur  russe  Prjevalski,  ils  remonteraient 
en  été  jusqu'au  delà  du  lac  Baikal,  où  ils  nicheraient. 

Dans  leurs  steppes  natales,  les  Syrrhaptes  se  nourris- 
sent des  grains  des  «  plantes  salines  ».  M.  G.  Radde, 
dans  les  jabots  de  ceux  qu'il  a  autopsiés  à  Tiflis,  a  trouvé 
des  semences  de  blé  et  de  trèfle   et  de  mauvaises  herbes. 


A  plusieurs  reprises  on  a  compté  700  à  850  grains  de 
de  seigle  dans  l'estomac  d'un  oiseau.  «  On  peut  alors  se 
demander  si  les  poules  des  steppes  en  troupes  nom- 
breuses ne  porteront  pas  un  grand  dommage  à  nos 
champs  ensemencés  à  l'automne  et  au  printemps.  »  Cette 
réflexion  de  M.  Radde  n'aurait  pas  de  raison  d'être  en 
Algérie  ;  les  Syrrhaptes  n'y  sont  que  migrateurs,  leurs 
passages  se  produisent  aux  époques  où  les  récoltes  sont 
faites,  leurs  dégâts  sont  nuls.  Ces  oiseaux  apparais- 
sent de  loin  en  loin  en  Europe  en  bandes  erratiques. 
D'après  Swinhoé,  elles  arrivent  dans  le  nord  de  la  Chine 
en  bande  énorme.  Les  Chinois  chassent  avec  ardeur  ces 
oiseaux  qu'ils  appellent  «  Poules  des  sables  »,  ils  savent 
que  ces  oiseaux  sont  originaires  des  plaines  de  la  Tarta- 
rie,  au  delà  de  la  Grande  Muraille, 

1.  —  Le  SvnriHAPTE  PAiiADOX.-iL  {Syrrhapte) 
paradoxiis). 

On  connaît  deux  variétés  de  Syrrhaptes,  le  plumage 
et  la  conformation  physique  les  distinguent  des  gargas. 
Dans  la  famille  des  Ptéroclidés  les  femelles  sont  plus 
petites  que  les  mâles  et  n'ont  pas  les  mêmes  disposi- 
tions de  plumage.  Toute  cette  famille  doit  être  classée 
dans  les  oiseaux  acridophages. 

V.  —  Les  perdrix  {Perdices). 

Les  Perdrix  habitent  l'Europe,  l'ouest  et  le  centre  de 
l'Asie,  le  nord  et  l'ouest  de  l'Afrique  septentrionale, 
Madère  et  les  îles  Canaries.  Ces  oiseaux  vivent  dans  les 
montagnes,  dans  les  plaines  désertes  et  évitent  les 
forêts,  quelques  rares  espèces  peuvent  percher,  en  géné- 
ral ce  sont  des  oiseaux  vivant  sur  le  sol. 

1.  —  La  , perdrix  grecque  [Perdue  Grxca). 

La  Perdrix  grecque,  aussi  dénommée  Bartavelle,  Per- 
drix saxatile,  se  trouve  dans  les  Alpes,  dans  la  Haute- 
Autriche,  la  Haute-Bavière,  le  Tyrol,  la  Suisse,  la 
France,  l'Italie.  Elle  est  plus  nombreuse  en  Grèce,  en 
Turquie,  en  Asie-Mineure,  en  Palestine  et  en  Arabie. 
Dans  les  Indes,  dans  l'Indo-Chine,  dans  le  sud  de  la 
Chine,  elle  est  remplacée  par  une  espèce  très  voisine, 
dont  certains  auteurs  ne  font  qu'une  variété.  En  Afrique, 
elle  parait  ne  se  trouver  que  dans  les  montagnes  com- 
prises entre  le  Nil  et  la  Mer  Rouge. 

La  Perdrix  grecque  se  nourrit  de  substances  végétales 
et  de  petits  animaux.  Dans  les  hautes  montagnes,  elle 
mange  les  bourgeons  des  rhododendrons  et  des  autres 
plantes  alpines,  des  baies,  des  feuilles,  des  graines,  des 
araignées,  des  insectes,  des  larves;  dans  la  plaine,  elle 
parcourt  les  champs  et  dévore  les  jeunes  pousses  de  cé- 
réales dont  elle  fait  en  certaines  saisons  sa  nourriture  ex- 
clusive; en  hiver,  elle  mange  des  baies  de  genévrier,  et 
quelquefois  même  des  aiguilles  de  sapin. 

2.  — 'La  perdrix  rouge  (Perdix  rubra) . 

Cette  Perdrix  habite  le  sud-ouest  de  l'Europe  et 
l'Afrique  septentrionale  jusqu'en  Tunisie.  Celte  Perdrix 
perche  volontiers  .  Les  jeunes  perdreaux  se  nourrissent 
exclusivement  d'insectes,  de  sauterelles,  de  larves,  de 
vers,  de  petites  graines  ;  adultes,  ils  mangent  des  grains, 
des  feuilles  et  des  fruits. 

3.  —  La  perdrix  des  roches  (Perdix  petrosa). 

La  Perdrix  des  roches  est  plus  connue  sous  le  nom  de 

Perdrix  Gamlira;  elle  habite  la  Sardaigne,  la  Corse  et  la 

Grèce,  elle  est  commune  dans  le  nord-ouest  de  l'Afrique. 

Par  ses  mœurs  et  ses  habitudes  la  Gambra  a  beaucoup 


LE     NATURALISTE 


S9 


de  rapports  avec  ses  congénères.  Malgré  son  nom  spéci- 
fique, cette  Perdrix  préfère  la  plaine  et  les  coteaux  aux 
montagnes,  au  Maroc  et  en  Algérie;  on  la  trouve  très  ra- 
rement dans  les  montagnes,  alors  qu'elle  est;  assez  com- 
mune dans  toute  la  région  du  littoral. 

4.  La  Perdrix  grise  (Pcrdix  starna  cinerea). 

La  Perdrix  grise  est  particulière  à  l'Europe  centrale 
et  à  une  partie  de  l'Asie  centrale.  Elle  habite  la  Grande- 
Rretagne,  le  nord  et  l'est  de  la  France,  la  Belgique,  la 
Ilollaiule,  le  Danemark,  l'Allemagne,  la  Hongrie,  la 
Turquie  :  elle  est  commune  dans  le  sud  et  le  centre  de 
la  Russie  et  en  Asie-Mineure.  C'est  le  gibier  le  plus 
commun  en  hiver  aux  Halles  à  Paris.  Elle  habite  les 
champs  cultivés,  les  prairies,  mais  elle  a  besoin  de  buis- 
sons pour  se  cacher.  Elle  évite  les  grandes  forêts,  mais 
elle  en  habite  les  lisières.  Une  variété  de  plus  petite 
taille  habite  la  Sibérie  et  émigré  l'hiver  dans  l'Europe 
centrale.  Cette  perdrix  détruit  considérablement  de  sau- 
terelles dans  les  champs  et  dans  les  prés  et  recherche  les 
larves  de  fourmis  dans  les  taillis.  La  Starne  grise  ne 
nous  cause  aucun  mal.  Elle  mérite  donc  protection. 
Syyxopsis  dus  perdrix.  —  Hetiglin. 

Ammoperdix  llayi. 

Caccabis  Sinaîca. 

—  Yemensis. 

—  Melanocephala. 

VI.  —  Les  fr.\ncolins.  —  IFrancolinus). 

Les  Francolins  vivent  en  compagnies  nombreuses  dans 
les  forêts  et  sur  les  collines  sablonneuses  couvertes  d'ar- 
bustes. C'est  dans  les  buissons  qu'ils  trouvent  un  re- 
fuge et  des  aliments.  Là  où  l'homme  les  poursuit  peu,  ils 
sont  très  communs.  Les  Francolius  sont  très  nombreux 
dans  l'Afrique  méridionale,  cette  grande  multiplication 
s'expliiiue  par  ce  fait  que  les  Francolins  ne  sont  nulle- 
ment difficiles  sous  le  rapport  de  la  nourriture.  Ils  sont 
omnivores,  dans  toute  l'acception  du  mot;  ils  mangent 
de  tout,  des  bourgeons,  des  feuilles,  des  pousses  d'herbe, 
des  baies,  des  grains,  des  insectes,  des  limaces,  de  petits 
vertébrés,  tous  aliments  tellement  répandus  dans  la 
forêt  qu'ils  les  trouvent  à  profusion,  réunis]  dans  un 
petit  espace,  Ils  courent  rapidement  et  savent  admira- 
blement se  glisser  au  milieu  des  fourrés  les  plus  serrés, 
des  rocailles  les  plus  bouleversées,  ils  volent  bien  mais 
rarement  loin.  Ces  oiseaux  dont  une  espèce  habitait 
l'Europejusque  dans  le  milieu  de  notre  siècle  se  trouve 
encore  dans  l'Asie-Mineure,  en  Syrie,  sur  la  côte  sud  de 
la  mer  Noire  et  dans  le  nord  des  Indes,  depuis  l'Hima- 
laya jusqu'à  la  vallée  du  Gange.  L'Afrique  méridionale 
dans  toutes  ses  parties  boisées  contient  les  variétés  de 
Francolins  les  plus  nombreuses. 

Les  Francolins  sont  le  sujet  d'une  très  complète  et 
fort  intéressante  monographie  par  notre  excellent  col- 
lègue M.  F.  de  Schœck,  publiée  dans  les  Mémoires  de  la 
Sociétd  zoologique  de  France  {t.  IV,  p.  272,  année  1891). 
C'est  un  travail  d'érudition  qui  intéressera  le  grand  pu- 
blic et  qui  donne  des  renseignements  utiles  pour  l'accli- 
matation de  ce  beau  volatile,  complément  nécessaire  des 
oiseaux  de  chasse  de  France.  Cette  monographie  décrit 
55  variétés  aujourd'hui  connues  de  la  grande  famille  des 
Francolins.  Le  savant  anglais  M.  Sclater  (1)  comprend  les 
oiseaux  de  ce  groupe,  comme  les  Perdrix,  les  Faisans, 
sous  le  norn  de  Familix  Paleogenx  sive  Orbis  veteris  par 

(i)  On  the  gênerai  distiibution  of  Aves  [Journal  of  Ihe  Linn. 
Soc.  1858,  p.  152). 


opposition  aux  Neogenx  sive  novi  Orbis.  En  consultant 
le  tableau  de  répartition  générale  des  espèces,  on  remar- 
que que  pour  l'Afrique  d'une  part,  1.3  sont  particulières  à 
la  région  occidentale  (4  au  nord  de  l'Equateur  et  9  dans 
le  sud).  Huit  espèces  sont  répandues  dans  l'Afrique  mé- 
ridionale, enfin  trois  espèces  se  rencontrent  au  centre, 
plutôt  vers  le  nord.  Une  seule  est  répartie  au  nord-est  de 
l'Afrique  et  également  dans  l'Asie  occidentale.  Enfin, 
cinq  espèces  vivent  dans  l'Asie  méridionale,  dont  une 
habite  l'archipel  malais.  Il  faut  encore  rattacher  à  ces 
dernières  formes  un  Francolin  qui  est  propre  à  Mada- 
gascar et  à  deux  des  îles  Mascareignes.  M.  de  Schaeck 
observe  qu'il  est  curieux  au  premier  abord  de  constater 
l'absence  presque  complète  du  Francolin  dans  l'Afrique 
septentrionale.  En  effet,  la  vaste  région  qui  s'étend  du 
Maroc  à  la  Tripolitaine  n'en  abrite  actuellement  aucun. 
Leur  répartition  est  liée  aux  conditions  d'existence  que 
leur  offrent  la  végétation  et  le  régime  des  eaux.  Or,  la 
Mauritanie  peu  boisée  manque  aussi  de  grands  fleuves,  et 
c'est  une  des  raisons  qui  nous  expliquent  l'absence  des 
Francolins.  Sur  le  tableau  qu'il  a  dressé,  on  peut  suivre 
les  grandes  aires  de  dispersion  par  rapport  aux  bassins 
des  principaux  fleuves,  le  Niger,  le  Congo,  les  rivières 
Orange  et  Vaal,  le  Zambèze  et  le  Nil.  Au  nord  du  conti- 
nent, le  Sahara  forme  une  barrière  infranchissable,  dont 
les  abords  seuls  offrent  quelques  ressources  à  des  oiseaux 
qui  sont  sédentaires.  » 

1.—  Le  francolix  vulgaire  {Francolinus  vulgaris). 

Le  Francolin  vulgaire  est  un  peu  plus  grand  que  notre 
Perdrix  bartavelle;  c'est  un  très  beloiseau  dont  la  dis- 
parition en  Europe  est  fort  regrettable.  La  chair  de  cet 
oiseau  est  supérieure  en  qualité  à  celle  du  Faisan.  Nous 
possédons  plusieurs  dépouilles  de  Francolins  vulgaires 
de  diverses  provenances  ;  il  n'y  a  pas  de  diflerence  spé- 
cifique pour  celles  originaires  de  la  Syrie  et  colles  prove- 
nant des  Indes. 

2.  —  francolinus  gariepensis  (Fig.  Smith,  lll.  S.  Afr. 

Zool.,  pi.  83  et  84). 

Cet  oiseau  est  répandu  sur  les  hauts  plateaux  de 
l'Afrique  australe. 

3.  —   francolinus  pileatus  (Fig.  Smith  S.  Af.  Zool. 

Avcs,  pi.  14). 

Cette  espèce  a  été  rencontrée  par  Andersson  sur  des 
coteaux  pierreux  et  boisés  du  pays  des  Damaras. 

FRANCOLINUS  SCHLEGELi'  (Fig.  Ileuglin,  Om.  N.  0., 
Afr.  tab.  XXX). 

Se  trouve  dans  l'Afrique  équatoriale. 

FRANCOLINUS    IIaRTLAUBI. 

A  été  trouvé  dans  la  colonie  d'Angola. 

FRANCOLINUS   SQUAMATUS. 

A  été  recueilli  pour  la  première  fois  par  du  Chaillu  au 
caji  Lopez,  se  trouve  répandu  sur  la  côte  de  Loango. 

FRANCOLINUS   ADSPERSUS. 

Cette  espèce  parait  se  trouver  exclusivement  vers  les 
confins  méridionaux  des  possessions  portugaises  d'An- 
gola. Au  sud  du  Cunène,  dans  le  pays  des  Damaras  et 
des  Grands  Namaquas;  il  serait,  d'après  Andersson,  le 
plus  commun  et  abondant  de  tous  les  Francolins  indi- 
gènes. 

FRANCOLINUS  Lathami  (Fig.  Temminck  Bydr.  tôt.  de 
Dicrk  I,  pi.  15 


60 


LE     NATURALISTE 


A  été  trouvé  sur  lu,  cùte  de  Loango. 
Heuglin.  —  Synopsis  des  Francolins  de  V Afrique  orientale. 

Franco  tenus  pilatus  (Fig.  Heuglin  XXXIV,  2.  —  Vogel. 
Nord-Ost  Afrikas). 

Francolinus  icterorynchus  (Fig.  Heuglin.  XXXIV,  I.) 

—  Schlegdii  (Fig.  Heuglin.  XXXV). 

—  Erketii  fr.  Crachi. 

—  icteropus  fr.  Numida. 

—  Ctappertonii  fr.  Ptetoryncha. 

—  Riippelii  fr.  Coronata. 

—  P.  Leatun. 

—  Grantii. 

—  Iclerorynchus. 

—  Giitliiraiis. 

—  lUitolaenus. 

—  Schlegilii. 

—  Leucoscepus. 

Les  ptehnistes  {Plemistes.  Francolinus  afer). 
Les  Pternistes  sont  des  Francolins  d'Afrique,  carac- 
térisés par  la  présence  à  la  gorge  d'un  espace  nu  vive- 
ment coloré.  L'aire  de  dispersion  du  Pterniste  s'étend 
du  nord  de  l'Abyssinie  au  pays  des  Somalis,  dans  l'Afri- 
que occidentale,  on  l'a  trouvé  en  Angola;  il  parait  ([u'il 
ne  se  répand  pas  au  sud  du  Cunène. 

FOREST. 


PLANTES     ÉTRANGÈRES 


Les  SARR.\cENrA. 
Parmi  les  végétaux  qui  s'éloignent  du  type  commun 
par  la  singularité  de  leurs  parties  constituantes,  les  uns 
le  font  par  leur  feuillage,  d'autres  par  leurs  fleurs. 
Aux  premiers  appartiennent  les  Nepenthes  que  tout  le 
monde  connaît  et  qui  ont  été'  de'crits  partout  avec  de  nom- 
breux détails,  les  Sarracenia  bien  moins  connus.  Ici 
nous  ne  trouvons  pas  en  effet  la  complexité  si  remar- 
quable du  feuillage  des  Nepenthes,  mais  pour  être  plus 
simple  leur  structure  n'en  mérite  pas  moins  de  fixer 
l'attention. 

C'est  Tournefort  qui,  le  premier,  fit  connaître  aux  bota- 
nistes de  son  temps  le  genre  Sarracenia,  qu'il  dédia  à  Jean 
Sarrasin.  Ce  dernier,  médecin  français  résidant  à  Québec 
et  correspondant  de  l'Académie  des  Sciences,  envoya  en 
Europe  les  premiers  échantillons  complets  de  Sarracenia. 
Mais  auparavant  les  feuilles  singulières  des  plantes  de 
ce  genre  n'avaient  pas  échappé  à  des  observateurs  intel- 
ligents qui  les  avaient  signalées  dès  la  (in  du  xvi"  siècle. 
Lobel,  Clusius,  G.  Bauhin,  Morison  en  parlent  déjà.  Le 
premier  de  ces  illustres  botanistes  avait  figuré  dès  1576 
le  Sarracenia  flava  que  lui  avait  envoyé  un  médecin  de  La 
Rochelle,  qui  lui-même  le  tenait  de  quelque  marin  reve- 
nant du  Canada.  Il  le  décrivit  sous  le  nom  de  «  feuille 
de  baume  ou  d'encens  liquide  »  parce  qu'il  l'avait  reçu 
rempli  de  baume  du  Canada.  Morison  fit  connaître  lés 
fleurs  de  cette  même  plante  d'après  les  notes  et  les  des- 
sins de  lîanister  qui  parcourut  la  Virginie  vers  l'an- 
née 1680. 

.  En  quoi  donc  consiste  la  particularité  qui  caractérise 
les  Sarracenia?  Les  feuilles  sont  creuses,  en  forme  de 
cornet,  pourvues  en  avant  d'une  arête  longitudinale 
plus  ou  moins  développée  suivant  les  espèces;  les  bords 
du  cornet  présentent  deux  lèvres,  l'une  antérieure  peu 
marquée  et  saillante,  tandis  que  la  postérieure  atteint 


des  dimensions  plus  ou  moins  considérables.  Quelle  est 
la  signification  de  ces  différentes  parties?  On  considère 
généralement  le  cornet  ou  ascidie  de  ces  plantes  comme 
provenant  du  pétiole  modifié,  taudis  que  la  lèvre  posté- 
rieure ou  opercule  représenterait  le  limbe.  D'autres  bo- 
tanistes admettent,  au  contraire,  que  l'ascidie  est  un 
limbe  fortement  creusé,  tandis  que  l'opercule  serait 
constitué  avec  les  saillies  latérales  qu'il  porte  fréquem- 
ment, par  les  lobes  inégaux  d'un  limbe  qui  existait 
auparavant.  Nous  avouons  ne  pas  bien  nous  rendre 
compte  de  celte  explication,  tandis  que  la  première  nous 
paraît  parfaitement  fondée  et  acceptable. 

L'intérieur  du  cornet  est  garni,  dans  la  plupart  des 
espèces,  de  poils  qui  sécrètent  un  liquide  sucré,  qui  finit 
par  s'amasser  dans  le  fond  de  la  cavité.  Il  arrive  alors 
fréquemment  que  les  insectes  viennent  pour  recueillir 
cette  liqueur,  chancellent  et  se  trouvent  précipités,  sans 
chance  de  pouvoir  en  ressortir,  dans  le  gouffre  au  bord 
duquel  ils  se  sont  imprudemment  aventurés.  Aussi  les 
Sarracenia  sont-ils  placés  au  premier  rang  des  plantes 
dites,  sans  aucune  nuance  de  vérité,  insectivores. 

Les  feuilles  des  Sarracenia  contiennent  assez  souvent 
une  certaine  quantité  d'eau  dont  l'origine  est  restée 
quelque  peu  obscure.  Est-elle  produite  par  les  feuilles 
elles-mêmes,  ou  bien  n'estelle  que  le  résultat  de  la  con- 
densation de  riiumidilé  atmosphérique?  On  ne  saurait 
encore  se  prononcer  avec  cerlitude.  Chez  [certaines 
espèces  en  effet,  les  jeunes  feuilles  sont  vides  et  celles 
seulement  dont  l'ouverture  est  béante  renferment  de 
l'eau;  dans  d'autres  l'opercule  recouvre  complètement 
l'orifice  du  cornet,  ce  qui  ne  permet  pas  d'admettre  que 
l'eau  y  soit  d'origine  pluviale. 

Les  botanistes,  qui  ont  étudié  sur  le  terrain  ces  singu- 
liers végétaux,  ont  pu  être  témoins  de  phénomène  des 
plus  intéressants  :  dans  les  plaines  de  la  Caroline,  pen- 
dant les  grandes  chaleurs  de  l'été,  si  l'on  détache  quel- 
ques feuilles  arrivées  à  leur  période  complète  de  déve- 
loppement et  qu'on  les  dispose  dans  l'intérieur  d'une 
chambre,  de  façon  qu'elles  soient  maintenues  dans  une 
position  verticale,  voici  ce  qu'on  peut  observer.  Les 
mouches  sont  attirées  en  grand  nombre,  elles  s'appro- 
chent de  l'ouverture  du  cornet  et  s'aventurent  peu  à  peu 
dans  l'intérieur;  elles  glissent  et  se  noient.  Il  arrive  que 
dans  une  maison  infectée  de  mouches,  les  ascidies  sont 
bientôt  complètement  remplies  :  c'est  donc  un  véritable 
piège  à  mouches.  La  matière  sucrée,  exsudée  par  les  pa- 
rois intérieures,  est  appréciable  à  l'œil  et  au  toucher. 

Quant  à  leur  Heur,  les  Sarracenia  ne  manquent  pas 
non  plus  d'intérêt.  Cet  organe  présente  des  caractères 
ambigus  qui  le  rapprochent  des  Papavéracées,  des  Dro- 
séracées,  des  Pyrolacées,  sans  pouvoir  cadrer  exacte- 
ment cependant  avec  aucune  de  ces  trois  familles. 

Les  Sarracenia  sont  des  végétaux  des  régions  fraîches 
de  l'Amérique  du  Nord,  où  ils  recherchent  les  marécages 
boisés,  à  l'ombre  des  forêts  de  pins,  dans  les  parties 
bourbeuses  et  humides  des  États  du  Sud.  Ils  sont  tous 
vivaces,  à  racines  fibreuses,  à  feuilles  plus  ou  moins 
pétiolées  presque  toujours  veinées  de  pourpre  et  diver- 
sement tachetées.  Les  macules  dans  le  S.  variolaris  sont 
arrondies,  conlluentes,  blanches  et  presque  transpa- 
rentes. On  les  a  comparées  aux  marques  produites  par 
la  variole,  d'où  le  nom  spécifique  que  cette  plante  a 
reçu.  Est-ce  à  cause  de  cela  qu'on  l'a  préconisée  comme 
remède  souverain  contre  les  maladies  êrupliv«s? 
Dans  le  S',  psittacena  les  ascidies  sont  veinées  de  vio- 


LE     NATURALISTE 


61 


let  sur  un  fond  blanchâtre  et  l'opercule  est  assez  de've- 
loppé  pour  rappeler  le  lobule  de  certains  Cyp'ipedium. 
Dans  le  S.  Dntmiiwndi,  qui  est,  sans  contredit,  la  plus 
belle  espèce  du  genre,  le  tube  est  blanc  jaunâtre,  veiné 
de  pourpre  violet  ainsi  que  l'opercule  ;  dans  le  S.  undu- 
tata  on  trouve  des  veines  purpurines  éle'gamraent  distri- 
buées sur  un  fond  vert  lavé  de  rose. 

Ces  plantes  ne  sont  donc  pas  seulement  curieuses, 
elles  sont  avant  tout  éminemment  ornementales.  Mal- 
heureusement elles  paraissent  assez  difficiles  à  cultiver 
et  réclament  des  soins  tout  spéciaux.  11  faut  leur  donner 
une  terre  chaude  et  humide  pendant  la  belle  saison  et  la 
serre  tempérée  pendant  les  mois  d'hiver.  Le  compost  doit 
être  parfaitement  perméable  à  l'eau  ce  qu'on  obtient  en  le 
composant  de  tourbe  mêlée  de  sable  et  de  tessons  me- 
nus. Pendant  l'hiver  on  donnera  juste  assez  d'eau  pour 
que  le  sol  ne  se  dessèche  pas;  pendant  la  période  de 
végétation,  il  ne  faudra  ménager  ni  les  arrosages  abon- 
dants, ni  le  seringage  des  feuilles. 

P.  Hariot. 


THÈSE   DE    DOCTORAT 


Auguste  Peïtit.  —  Recherc/tes  sur  les  capsules  surrénales. 
Thèse  de  la  Faculté  des  Sciences  de  Paris,  110  p.  et  -4  pi. 
doubles,  publiée  dans  le  Journal  de  l'anatumie  et  de  la  phy- 
siologie, 1896. 

Les  capsules  surrénales  appartiennent,  avec  le  corps  thy- 
roïde et  la  rate,  à  ce  groupe  d'organes  dont  la  fonction  et 
l'origine  sont  restées  longtemps  problématiques  et  n'ont  guère 
été  entrevues  que  dans  ces  dernières  années.  C'est  à  peine 
si  on  les  signalait  dans  les  ouvrages  classiques  d'anatomie  et 
de  physiologie;  on  se  contentait  de  mettre  en  relief  leur  forme 
variable  et  leur  connexion  très  fréquente  avec  les  reins;  mais 
leur  structure  et  leurs  relations  anatomiques  exactes  étaient 
à  peu  prés  inconnues,  et  les  auteurs  les  plus  érudits  daignaient 
seuls  aventurer  quelques  hypothèses  sur  le  rôle  qu'elles  doi- 
vent jouer  dans  l'organisme. 

En  1855  l'importance  fonctionnelle  de  ces  organes  fut  entrevue 
par  Addison,  et  l'année  suivante  mise  hors  de  doute  par  Brown- 
Séquard,  qui  montra  que  l'extirpation  des  capsules  surrénales 
est  invariablement  suivie  de  la  mort.  Plus  récemment,  StiUing 
a  rendu  évident  le  rôle  des  capsules  dans  l'économie  en  éta- 
blissant expérimentalement  que,  à  la  suite  de  l'extirpation  de 
l'une  d'elles,  celle  qui  est  laissée  en  place  est  le  siège  d'une 
hypertrophie  compensatrice  des  plus  appréciables;  dans  ces 
dernières  années  enlin,  Abelous,  Langlois,  Charrin  et  Dubois 
ont  été  amenés  à  conclure  que  les  capsules  surrénales  sont 
des  glandes  vasculaires  sanguines,  qu'elles  ont  avant  tout  des 
propriétés  antitoxiques,  en  ce  sens  que  leur  sécrétion  a  pour 
objet  de  détruire  et  d'annihiler  les  toxines  produites  chez 
l'animal  par  le  fonctionnement  des  éléments  musculaires  et 
peut-être  aussi  des  éléments  nerveux.  Les  expériences  de  Gley 
semblent  justifier  cette  manière  de  voir,  car,  lorsqu'on  injecte 
dans  le  sang  d'un  animal  des  toxines  microbiennes,  on  voit 
bientôt  s'hypertrophier  les  capsules  surrénales. 

Dans  ces  recherches  on  peut  dire  que  les  expériences  et  les 
inductions  physiologiques  ont  précédé  l'étude  anatomique 
rigoureuse  des  organes;  il  serait  absolument  oiseux  de  se 
demander  si  une  méthode  contraire  eut  été  préférable,  et  je  me 
contenterai  de  dire  que  la  physiologie  ayant  ouvert  la  voie  à 
l'anatomie,  celle-ci  vient  de  rendre  à  sa  devancière  un  signalé 
service  en  jetant  une  lumière  toute  nouvelle  sur  la  structure 
des  capsules  surrénales  et  en  faisant  disparaître  les  idées  peu 
préciseset  grossières  qu'on  se  faisaitdeces  organes.  C'est  là  le 
mérite  principal  du  remarquable' travail  que  M.  Pcttit  vient  de 
présenter  comme  thèse  à  la  Faculté  des  .Sciences  de  Paris  ; 
mais  ce  n'est  pas  le  seul,  car  le  mémoire  dont  je  vais  donner 
une  brève  analyse  renferme  une  partie  expérimentale  des  plus 
intéressantes,  qui  n'est  pas  sans  apporter  un  appui  sérieux  aux 
idées  jusqu'alors  émises  par  les  physiologistes. 


La  première  partie  de  la  thèse  de  M.  Pettit  sera  lue  avec 
intérêt  et  profit  par  tous  ceux  qui  trouvent  quelque  attrait  aux 
grands  problèmes  biologiques.  Kllc  est  justement  et  simple- 
ment consacrée  à  l'exposé  et  à  la  discussion  des  vues  qu'on 
avait  jusqu'ici  émises  sur  la  nature  des  capsules  surrénales; 
c'est  un  exposé  fort  complet  et  très  clair  qui  pourra  servir  de 
vade-mecum  aux  chercheurs,  et  do  guide  sérieux  aux  étudiants. 

La  deuxième  partie  est  consacrée  à  l'anatomie  comparée  des 
capsules  surrénales  et  renferme  une  très  riche  moisson  d'ob- 
servations nouvelles.  Les  auteurs  précédents  (Meckel  1806, 
EcUer  1846)  s'étaient  contentés  de  décrire  la  forme,  la  posi- 
tion, le  poids  et  la  valeur  de  ces  organes,  mais  n'avaient  pas 
envisagé  leur  structure.  M.  Pettit  montre  qu'au  milieu  dos 
variations  infinies  qu'otfrent  les  capsules  surrénales  dans 
leur  position  et  dans  leur  forme,  elles  présentent  néanmoins 
dïs  rapports  constants  avec  les  gros  troncs  vasculaires  de 
l'abdomen,  qu'elles  sont  le  siège  d'une  vraie  pléthore  sanguine 
et  qu'elles  sont  mêmes  traversées,  dans  certains  groupes 
(amphibiens,  reptiles  et  oiseaux),  par  un  système  porte-sur- 
rénal qui  affecte  une  disposition  segmentaire  chez  les  Ophi-t 
diens.  Les  descriptions  de  M.  Pettit  ont  toutes  été  faites 
d'après  des  pièces  injectées  ;  elles  s'étendent  à  quatre-vingts 
espèces  et  trois  cents  individus,  qui  lui  ont  été  fournis  par  la 
ménagerie  et  le  laboratoire  d'anatomie  comparée  du  Muséumi. 
Parmi  ces  esiièces,  il  s'en  trouve  un  bon  nombre  où  les  cap- 
sides  étaient  restées  inconnues  ou  n'avaient  pas  été  signalées; 
je  citerai  notamment  l'ornithorhynque,  l'aptéryx  et  les  pois-» 
sons  dipnoiques. 

Ces  recherches  d'anatomie,  en  mettant  en  évidence  la  riche 
vascularisation  des  capsules,  étaient  de  nature  à  convaincra 
M.  Pettit  du  rôle  important  que  doivent  jouer  ces  organes^ 
Une  fois  fixé  dans  cette  opinion,  il  s'est  efforcé  de  saisir  la 
structure  intime  des  capsules  et  de  constater,  pour  ainsi  dire 
de  visu,  la  manière  dont  elles  fonctionnent.  Parmi  les  nom* 
breux  animaux  dont  il  avait  fait  l'étude  anatomique,  il  acherché 
le  type  qui  se  prétait  le  mieux  à  des  travaux  de  cette  sorte, 
celui  dont  la  structureest,  en  quelque  sorte,  la  plus  primitive; 
Son  choix  s'est  arrêté  sur  r.\nguille  et  c'est  à  l'étude  histolo- 
gique  et  physiologique  des  capsules  surrénales  de  ce  poisson 
qu  il  a  consacré  la  troisième  partie  de  son  travail. 

A  l'état  normal,  la  glande  surrénale  de  l'Anguille  est  entière- 
ment constituée  par  une  série  de  cylindres  irréguliers  et  clos, 
limités  par  du  tissu  conjonctif;  dans  l'intervalle  de  ces  derniers 
circulent  de  nombreux  vaisseaux;  l'ensemble  est  enveloppé 
dans  une  capsule  conjonctive  résistante  :  n  Chaque  cylindre 
est  tapissé  ^surface  interne)  par  un  épithélium  columnaire, 
limitant  une  cavité  centrale  ;  ses  cellules,  à  l'état  normal,  sont 
réparties  à  peu  près  uniformément  sur  une  seule  rangée;  elles 
ont  en  moyenne  une  hauteur  de  15-20  [jl  et  possèdent  un 
noyau  bien  développé  renfermant  un  nucléole  volumineux.  Sur 
les  coupes,  on  constate  que  certains  de  ces  éléments  subissent 
une  évolution  particulière;  leur  protoplasma  s'accroît,  devient 
plus  clair  et  vient  faire  saillie  dans  la  lumière  du  cylindre; 
finalement  la  cellule  tout  entière  (noyau  et  protoplasma)  tombe 
dans  la  cavité  centrale.  Certains  de  ces  cylindres  peuvent 
ainsi  être  remplis  d'un  magma  amorphe  parsemé  de  noyaux  à 
divers  états  de  régression.  En  un  mot,  la  cellule  du  cylindre 
surrénal  subit  une  évolution  qui  aboutit  à  la  formation  de  pro- 
duits s'accumulant  dans  la  cavité  centrale  de  chaque  cylindre.» 
Après  avoir  établi  que  les  capsules  surrénales  sont  do  véri- 
tables glandes  vasculaires  sanguinaires  et  mis  en  évidence  le 
processus  histologique  de  la  sécrétion,  M.  Pettit  a  demandé  à 
la  méthode  expérimentale  la  démonstration  de  la  réalité  des 
phénomènes  sécréteurs. 

Ayant  extirpé  l'une  des  glandes  surrénales  à  plusieurs 
anguilles  et  sacrifié  quelques  semaines  après  ces  animaux,  il 
a  observé  les  modifications  suivantes  sur  les  capsules  laissées 
en  place  :  les  vaisseaux  qui  entourent  les  cylindres  ont  subi 
une  augmentation  de  volume  remarquable,  les  cylindres  pré- 
sentent deux  ou  trois  assises  de  cellules  épithéliales  très 
allongées,  qui  font  saillie  dans  la  lumière  interne  du  cylindre, 
enfin  la  régression  des  produits  élaborés  est  plus  rapide  qu'à 
l'état  normal.  Ces  faits  avaient  échappé  à  Stilling,  qui  s'était 
borné  à  constater  l'hypertrophie  compensative,  sans  chercher 
les  modifications  internes  correspondantes  que  subit  l'organe. 
Au  reste,  certains  agents  chimiques  permettent,  comme 
pour  la  plupart  des  glandes  ouvertes  et  closes,  de  faire  varier 
la  sécrétion  surrénale.  En  intoxiquant  lentement  l'animal  par 
la  pUocarpine  ou  le  curare,  M.  Pettit  a  constaté  dans  les  cap- 
sules  une   prolifération    anormale    des   éléments    sécrétants, 


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LE     NATURALISTE 


prolifération  qui  rappelle,  i  beaucoup  d'égards,  celle  qu'on 
observe  dans  la  capsule  laissée  en  place,  chez  les  sujets  soumis 
à  une  extirpation  partielle. 

En  opérant  avec  la  toxine  diphtéritique  M.  Pettit  a  observé, 
comme  Gley,  Cliarrin  et  Langlois,  que  les  capsules  surrénales 
prennent  un  accroissement  considérable;  mais  il  a  constaté,  en 
outre,  que  les  cellules  des  cylindres  sont  profondément  aliérées, 
que  leur  protoplasma  devient  granuleuï,  que  les  noyaux  sont 
en  dégénérescence, bref  que  la  sécrétion  delà  glandes'est  accrue 
dans  des  proportions  énormes.  L'organe,  en  d'autres  termes, 
semble  activer  considérablement  ses  fonctions  normales  pour 
détruire  l'excès  de  matières  toxiques  artificiellement  intro- 
duites dans  le  sujet;  comme  l'observo  à  juste  titre  M.  Pettit, 
ces  expériences  paraissent  déposer  en  faveur  du  rôle  anti- 
toxique des  capsules  :  elles  ne  constituent  pas,  si  l'on  veut,  des 
preuves  de  la  réalité  de  cette  fonction,  mais  elles  sont  bien 
certainement  des  arguments  de  grand  poids  en  sa  faveur. 

Telle  est  la  conclusion  de  ce  travail,  où  tout  est  ordonné 
avec  un  soin  minutieux  et  une  méthode  parfaite.  M.  Peltit  a 
établi  que  les  capsules  surrénales  sont  des  glandes  au  sens 
propre  du  mot,  qu'elles  sont  le  siège  de  phénomènes  sécrétoires 
se  traduisant  normalement  par  des  processus  histologiqucs, 
enfin  qu'elles  doivent  prendre  place  dans  la  série  des  glandes 
closes  à  coté  des  corps  thyroïdes.  Nous  voilà  bien  loin  des 
notions  vagues  qu'on  possédait  jusqu'ici  sur  les  capsules 
surrénales.  Aux  physiologistes  de  tirer  partie  maintenant 
des  notions  nouvelles  dont  M.  Pettit  vient  d'enrichir  la 
science.  Quant  aux  anatomistes,  il  leur  reste  à  observer  de  très 
près  le  développement  des  capsules,  à  étudier  l'histologie 
comparée  de  ces  organes  dans  toute  la  série  des  vertébrés, 
enfin  et  surtout  à  étudier  plus  complètement  les  formations, 
en  apparence  spéciales,  qui  paraissent  occuper  la  place  des 
capsules  chez  tous  les  poissons  les  plus  primitifs  :  les  Ganoidos, 
les  Elasmobranches  et  les  Cyclostomes. 

E.-L.   Bouvier. 


Répertoire  ét|mo!ogi(]ue  des  noms  français 

ET  DES  DÉNOMINATIONS  VULGAIRES  DES  OISEAUX 
(Suile) 


Sonïnianga.  —  Buft'on  avait  donné  ce  nom  à  des  Sucriers 
(Nectarinia).  u  Le  nom  de  Souïmanga,  que  Buffon  prétend 
être,  à  Madagascar,  le  nom  d'une  espèce  particulière  de  ces 
Oiseaux  et  qu'il  donne  pour  cotte  raison  à  toutes  les  espèces 
du  même  genre  qui  se  trouvent  dans  l'ancien  continent,  est 
aussi,  suivant  toute  apparence,  le  nom  général  de  tous  ces 
Oiseaux  dans  cette  ile,  et  non  celui  d'une  espèce,  puisqu'il 
signifie  mangeur  de  sucre  {manga,  mangeur,  et  soui,  sucre) 
dans  le  langage  mêlé  de  français  et  de  mauvais  portugais  que 
parlent  les  colons  et  les  nègres  de  Madagascar.  »  (Le  Vail. 
lant.) 

Sonicie.  —  Vieux  mot  français  employé  pour  désigner  un 
Moineau  [Velroiiia  rupeslris).  «  Nous  avons  raison  de  le 
nommer  à  la  Soulcie,  car  il  a  les  yeux  ombrez  d'une  soulcie 
blanche  sur  les  sourcils  en  chaque  côté  de  la  teste.  « 
(Belon.) 

Spalulc.  —  Nom  donné  par  Buffon  à  un  Échassier  {l'ia- 
lalea  leticorodia),  à  cause  de  la  forme  de  son  bec.  «  Le  nom 
de  pale  ou  palette  conviendrait  mieux,  en  ce  qu'il  se  rap- 
proche de  celui  de  Spatule  que  nous  avons  adopté,  parce  qu'il 
a  été  reçu  ou  son  équivalent  dans  la  plupart  des  langues  et 
qu'il  caractérise  la  forme  extraordinaire  du  bec  de  cet  Oiseau; 
ce  bec,  aplati  dans  toute  sa  longueur,  s'élargit,  en  effet,  vers 
l'extrémité  en  m.-inière  de  spatule  et  se  termine  en  deux 
plaques  arrondies,  trois  l'ois  aussi  larges  que  le  corps  du  bec 
même.  »  (Bufl'on.) 

Spipolelle.  —  Bufl'on  a  donné  ce  nom  à  un  Pipit  {Antlnis 
campestris),  qu'il  a  décrit  également  sous  les  noms  de  Rous- 
seline,  d'Alouette  de  marais,  de  Fiste  de  Provence  et  de  l'i- 
vole  ortolane.  k  J'adopte  le  nom  de  Spipolette,  que  l'on  donne 
à  Florence  à  l'Oiseau  dont  il  s'agit.  »   (Bufl'on.) 

Sppeo.  —  Nom  donné  par  Le  'Vaillant  à  un  Oiseau  de  l'A- 
frique méridionale  (Spi-eo  bicolor)  et  tiré  du  nom  Spreuw  que 


lui  donnent  les  colons  du  Cap  et  qui  signifie  Étourneau. 
Stapazin.  —  Nom  donné  à  un  Traquet  {Saxicola  trapa- 
zina)  et  que  l'on  devrait  écrire  Strapazin,  ce  mot  dérivant  du 
nom  italien  Strapazino  donné  à  cet  Oiseau  dans  les  environs 
de  Bologne. 

Stariqnc.  —  Nom  russe  conservé  à  des  Plongeurs  {Pha- 
leris)  qui  habitent  depuis  le  détroit  de  Behring  jusque  dans  les 
mers  du  Japon  et  sur  les  côtes  de  l'Amérique. 

Stereoraipe.  —  (Voyez  le  mot  Labbe.) 

Sterne.  —  Ce  nom,  employé  pour  désigner  les  Hiron- 
delles de  mer,  est  la  traduction  de  leur  nom  latin  Sterna,  qui 
dérive  du  danois  Tiirna  (jeune  fille). 

Stonriie.  —  Nom  formé  par  Temminck  du  mot  latin 
Sturnus  (Étourneau),  pour  désigner  un  genre  de  Sturnidés 
[Lainprotoryjis). 

Sainte-Hélène.  —  Surnom  donné  par  les  oiseliers  à  l'As- 
trild  ondulé  (Estrilda  undulata),  parce  ([ue  c'est  de  cette  île 
qu'est  importée  en  Europe  la  plus  grande  partie  de  ces  Oi- 
seaux, connus  aussi  sous  le  nom  de  Sénégali  rayé. 

Sucrier.  —  Nom  donné  à  une  famille  d'Oiseaux  voisins 
des  Colibris,  parce  qu'ils  vivent  du  suc  des  fleurs.  Bufl'on  a 
décrit  sous  ce  nom  une  espèce  (Cerlhiola).  «  Le  nom  de  cet 
Oiseau  annonce  l'espèce  de  nourriture  qui  lui  plaît  le 'plus; 
c'est  le  suc  doux  et  visqueux  qui  abonde  dans  les  cannes  à 
sucre,  et,  selon  toute  apparence,  cette  plante  n'est  pas  la 
seule  où  il  trouve  un  suc  qui  lui  convienne;  il  enfonce  son 
bec  dans  les  gerçures  de  la  tige  et  il  suce  la  liqueur  sucrée.  » 
Le  mot  Sucrier  est  synonyme  de  Souimanga.  (Voyez  ce 
mot.) 

(.i  suivre).  Albert  Gkanger. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  A  vendre  :  Bulletin  des  séances  de  la  Société  ento- 
mologique  de  France,  de  1873  à  1893  inclus,  12  francs. 
(S'adresser  aux  bureaux  du  journal.) 

—  M.  A.  S...  n°  6002.  —  A  la  vente  de  la  Inbliolbèque 
et  des  collections  Salle,  voici  les  prix  atteints  pour  les 
lots  que  vous  avez  désignés.  La  collection  coniplète  de 
la  «  Biologia  centrali-Americana  u  a  atteint  2.4S0  francs; 
les  Proceedings  de  la  Société  zoologique  de  Londres 
sont  montés  à  i  .OSO  francs,  et  l'exemplaire  vendu  ne 
comportait  de  planches  qu'à  partir  de  1865.  La  collection 
des  Coquilles  du  Mexique  a  été  acquise  à  1.400  francs, 
par  M.  Dautzemberg. 

Le  57*  fascicule  du  Species  des  Hyménoptères  d'Europe  et 
d'Algérie  vient  de  paraître. 

A  vendre  : 

—  t  lot  de  Coquilles  de  Cuba  contenant  53  espèces, 
7b  exemplaires,  spécialement  les  coquilles  terrestres  hélix, 
cboanopoma,  chondropoma,  helicina.  Prix:  50  francs. 

1  Herbier  de  30  fougères  de  Nouvelle-Calédonie,  par- 
faitement déterminées  'et  bien  conservées  dans  un  car- 
ton. Prix  :  25  francs. 

1  Collection  de  275  minéraux  classés  comme  les 
collections  du  Muséum  de  Paris,  avec  cuvettes  et  étiquettes. 
Prix  :  150  francs. 

(S'adresser  pour  ces  lots  et  collections  chez  «  Les  Fils 
D'Emile  Deyrolle,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  M.  Alb.  Mùhlenbruch,  à  Morat  (Suisse),  désire  rece- 
voir des  rapaces  diurnes  et  nocturnes  en  peaux  fraîches, 
ou  montés  en  très  bon  état.  Offre  en  échange  oiseaux 
d'Europe  en  peaux  sèches,  bien  préparés.  Liste  sur  de- 
mande. 

Le  Gérant:  Paul  GHOULT. 
Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  17. 


LE     NATURALISTE 


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19"  ANNÉE 


2'  Série  —    X'  'i^t 


1897    \ 


I  f 


SOR   OOELOUES  PHENQIÈHES  INTERESSANTS 

DUS  A  L'ACTION  BACTÉRIENNE 


A  diverses  reprises  nous  avons  Mppi^lé  l'attention  des 
lecteurs  du  Naturaliste  sur  le  travail  des  liactériacées 
fossiles,  travail  qui  se  manifeste  partout  et  sous  toutes 
les  formes.  Nous  avons  démontré  (1)  que  si  les  Cocci 
mesurant  en  moyenne  0  ij,,  5,  groupés  sous  le  nom  de 
llymenophagm,  opéraient  seuls,  les  cellules  végétales  se 
séparaient  les  unes  des  autres,  emportant  leur  contenu 
plus  ou  moins  altéré,  la  membrane  commune  des  cel- 
lules, dans  ce  cas,  ayant  été  dissoute  ;  si  les  Cocci  qui 
viennentserangerautourduMiC'ocoocu,sG((/f/r)a)'di,  travail- 
lent au  contraire  isolément,  on  ne  trouve  plus  qu'une 
trame  légère  constituée  par  les  membranes   moyennes  : 


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b  c 

Fig.   1. 
Coupe  d'une   purtion  du   novau  d'une  graine  du  terrain  liouil- 
1er  de  Grand'Croix  montrant  les  états  successils  d'altération 
du  tissu,  déterminés  par  l'action  des  Bactériacées. 

toutes  les  couches  d'épaississenient  ont  disparu,  la 
forme,  la  nature  des  tissus  soQt  méconnaissables  ;  mais, 
avant  d'arriver  à  cet  état 
presque  complet  d'altération, 
les  parois  passent  par  divers 
stades.  Nous  allons  citer  quel- 
ques exemples  intéressants 
qui  nous  ont  été  conservés 
par  la  pétriiication. 

Sur  la  figure  1,  qui  repré- 
sente une  portion  de  l'endo- 
testa  d'une  graine  silicifiée  de 
Grand'Croi.v,  on  peut  suivre 
facilement  les  progrès  du  tra- 
vail microbien:  en  a  les  cel- 
lules, munies  de  leurs  cou- 
ches      d'épaississenient     de 

couleur  foncée  sont  i  peu  près  intactes,  en  6  ces  couches 
ont  à  peu  près  disparu, on  ue  voit  plus  guère  que  les  mem- 
branes moyennes,  et  en  c  ces  membranes,  fortement 
attaquées  par  les  cocci,  ont  cependant  conservé  leurs  po- 
sitions relatives  en  formant  réseau;  dans  un  grand 
nombre  de  mailles,  les  microcoques  se  sont  rassemblés 
en  Zooglées,  que  le  moindre  choc  aurait  pu  disperser. 

Ces  altérations  jilus  ou  moins  profondes  de  tissus  qui 
cependant  ont  conservé  une  organisation  reconnaissable 
au  microscope,  peuvent  être  la  source  d'erreurs  assez 
graves  ;  nous  citerons  les  deux  faits  suivants  : 

1"   Le  genre  Aporoxi/lon,  _décrit  et  figuré  par   Unger, 

(1)  Le  Nalui-atisie.  15  juillet  1893. 

Le  Satutciliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


MARS   1807 


appartient  aux  GynïïPII..|»*Mli|«!raété  caractérisé  par  son 
iiois,  di'pourvii  de  zones  d'a(u;roissement  concentriques 
distinctes  et  formé  do  trachéidespriii^e*  de  ponctuations. 

Ayant  eu  l'occasion  de  revoir  les  préparations  d'Unger, 
nous  avons  pu  nous  convaincre  que  l'arrangement,  b;s 
dimensions  des  trachéides  ne  difi'(M-aient  pas  sensible- 
ment de  la  disposition,  du  calibre  des  trachéides  du  bois 
des  Cordaites:  la  plupart  des  trachéides  sont  dépourvues 
de  ponctuations,  il  est  vrai,  mais  quelques-unes  en  sont 
munies;  ces  ponctuations  larges  de  10  y.  sont  uni  ou 
pluri-sériées,  alternantes  dans  ce  cas,  leur  disparition 
frtMpiciUe  est  due  à  une  action  microbienne  ([ui  a  (Ht  pcmr 
conséquence  de  dimintier  les  couches  d'épaississenient 
et  de  détruire  les  iionctuatioiis. 

Sur  une  section  transversale  du  bois,  en  effet,  on  voit 
fréquemment  à  la  place  occupée  par  les  épaississeinents 
un  nombre  considérable  de  petits  corps  sphériques  teintés 
ib'  rouge,  mesurant,  quand  ils  ne  sont  pas  déformés,  ■2|j.2à  3|j.. 

Sur  d'autres  préparations  moins  altérées,  on  distingue 
eiiiic  les  couches  d'épaississenient  sur  la  membrane 
moyenne  d'autres  petits  corps  sphériques  noirs  ou  rouges, 
mesurant  Oti.b  à  0^,7. 

L'absence  de  ponctuations  dans  le  Genre  Apornxijhm 
est  donc  purement  accidentelle  et  due  au  travail  du  Mi- 
rrococcus  ilcvonkus  var.  A. 

Le  Micrococcus  devoniciis  var.  B.  de  dimensions  plus 
petites  s'attaquait,  sans  aucun  doute,  aux  membranes 
moyennes  comme  le  M.  hyinenophagus  du  terrain  houiller. 
Ces  deux  microcoques  dévoniens  sont  les  plus  anciens 
que  l'on  connaisse. 

•2°  Nous  avons  décrit,  sous  le  nom  de  Hapaluxylon  Ro- 
chei,  une  petite  tige  de  Gymnosperme  découverte  par 
J\L  Roche  dans  les  environs  d'Autun. 

Nous  donnons,  figure  2,  une  coupe  longitudinale  ra- 
diale do  cette  jeune  tige. 


Fig.  2. 
Coupe  longitudinale  radiale  d'une  jeune  tige  de  Ilapalorylon  lioc/iei. — a,  Quelques  trachéides 
entourant  la  moelle  dont  les  parois  portent  des  ponctuations  aréolées.  —  4,  Portion  du 
cylindre  ligneux  dont  les  trachéides  ne  monlrentpas  de  ponctuations.  —  r.  Hayon  cellulaire 
ligneux. —  c.  Zone  génératrice.  —  cy.  Tubes  grillagés  eniremélés  de  tubes  à  gomme  ou  à 
résine  et  de  parenchyme  libérien.  — p, Parenchyme  cortical.  —  s, Couche  subéreuse,  ?n, moelle. 

La  moelle  m  est  entourée  d'un  anneau  de  trachéides 
dont  les  parois  latérales  sont  ornées  d'une  rangée  de 
ponctuations  aérolées  ;  mais  à  une  petite  distance  de  la 
moelle,  les  trachéides  perdent  complètement  leurs  orne- 
ments, les  parois  sont  lisses,  et  elles  prennent  l'aspect 
de  parenchyme  ligneux,  parcouru  par  des  rayons  cellu- 
laires r  formés  d'une  rangée  de  cellules  en  épaisseur  et 
de  1  à  t  rangées  en  hauteur. 

Le  liber  contient  du  parenchyme  libérien,  de  nom- 
breux tubes  grillagés. 

L'écorce  assez  épaisse  offre,  au  milieu  d'un  paren- 
chyme cellulaire  abondant,  des  tubes  à  gomme  et  est 
limitée  par  une  couche  de  suber. 

L'épaisseur  do  la  partie  ayant  l'aspect  de  parenchyme 


ce 


LE     NATURALISTE 


ligneux  a  valu  à  celte  plante  le  nom  générique  de  Hapa- 
loxylon  (àTtoiAo;,  mou,$-J),ov,  bois). 

Un  examen  plus  attentif  nous  a  montré  que  cette  ré- 
gion était  composée  de  trachéides  dont  les  ponctuations 
avaient  été  détruites  par  des  Bactériacées  ;  en  effet,  en  se 
rapprochant  de  la  moelle,  on  voit  un  certain  nombre  de 
trachéides  portant  des  ornements  c,  c,  souvent  elles  sont 
séparées  les  unes  des  autres  et,  chose  remarquable,  on 
peut  observer,  au  milieu  d'elles,  un  certain  nombre  de 
ponctuations  détachées  et  flottantes  d. 

Les  cellules  de  la  moelle  e  offrent  également  un  as- 
pect des  plus  bizarres,  les  membranes  moyennes  et  les 


Fig.  3. 

Moelle  à'Artliropitus  lineata. 

a.  Cellules   en  partie   dissociées,  à    l'intérieur    desquelles   on 

voit  do  nombreux  microcoques. 

b,  Zooglées   encore  enfermées  dans  les  cellules. 

c,  Région  où  les  parois  des  cellules  sont  détruites. 

Les  noyaux  occupés  par  les  microcoques   réunis  en  zooglées 

sont  libres. 

épaississements  ont  généralement  disparu  ;  il  ne  reste  de 
visibles  que  la  cavité  et  les  canalicules  ramifiés  qui  par- 
couraient les  épaississements  ;  une  matière  plus  colorée 
remplit  l'intérieur  et  leur  permet  de  se  détacher  en  gris 
au  sein  du  milieu  transparent  et  amorphe:  on  y  distingue, 
ainsi  que  sur  les  membranes  moyennes  des  trachéides 
du  bois,  de  nombreux  Cocci  mesurant  0[i,o.  Ces  dilïé- 
rences  de  conservation  des  tissus  appartenant  à  un 
même  échantillon  prouvent  l'indépendance  des  actions 
bactériennes.  A  la  périphérie  de  la  tige,  les  microorga- 
nismes ont  commencé  par  attaquer  l'intérieur  des  tra- 
chéides, ont  fait  disparaître  les  épaississements  et  en 
même  temps  les  ponctuations  :  le  bois  se  trouve  réduit 
au  tissu  extrêmement  délicat  formé  par  les  membranes 
moyennes  des  trachéides.  Au  centre,  les  Bactéries  ont 
dissous  les  membranes  moyennes  d'abord,  puis  les  épais- 
sissements les  plus  anciens,  déterminant  le  décollement 
des  trachéides  et  ensuite  la  séparation  des  ponctuations 
qui  sont  devenues  libres  et  flottantes. 
(A  SMvn-e.)  B.  Renault. 


LES  PLUIES  ÉTRANGES 

{Suite} 

Un  curieux  exemple  de  pluie  noire  est  encore  celui 
qu'a  pu  observer  M.  Aimé  Girard,  en  Cochinchine.  Cette 
fois,  la  coloration  noire  était  due  à  de  petits  grains  de 
riz,  carbonisés  peu  à  peu  sous  l'action  de  l'air,  en  pré- 
sence d'eau  marécageuse.  L'agent  mécanique  était 
encore  le  vent. 

Les  pluies  rouges,  souvent  appelées  pluies  de  sang,  ne 


sont  pas  plus  rares  que  les  pluies  noires.  Dans  ce  cas, 
la  coloration  rouge  est  généralement  due  à  des  pous- 
sières minérales  soulevées  par  le  vent,  ou  encore  à  des 
myriades  de  plantes  ou  d'animaux  rougeâtres,  d'une  pe- 
titesse excessive,  qui,  dans  des  circonstances  encore  peu 
connues,  se  multiplient  d'une  manière  pirodigieuse  dans 
les  eaux. 

M.  Bursaux,  lieutenant  du  génie,  a  recueilli  les  rési- 
dus solides  d'une  de  ces  pluies,  qui  s'abattit  le 
4  novembre  dernier  sur  Bizerte  (Tunisie).  Leur  étude 
microscopique  fut  faite  par  M.  Ginestous.  Celui-ci  y 
découvrit  fort  peu  de  matière  organique;  le  dépôt  était 
constitué  par  des  matières  minérales,  du  quartz,  des 
cristaux,  donnant  à  la  poussière  une  teinte  rose,  ana- 
logue au  tripoli. 

M.  Ginestous  pense  que  ces  cristaux  devaient  provenir 
d'une  roche  feldspathique,  quoiqu'on  n'y  vît  point  de 
mica;  on  peut  les  assimiler  à  la  pegmatite  granulitique. 

Les  pluies  de  soufre  sont  purement  imaginaires.  Comme 
il  est  quelquefois  arrivé  qu'après  de  fortes  averses  la 
surface  du  sol  soit  couverte  d'une  poussière  jaunâtre, 
légère,  très  inflammable,  on  eu  a  conclu  que  c'était  du 
soufre.  Le  premier  examen  attentif  qui  en  a  été  fait,  a 
permis  de  reconnaître  qu'on  se  trouvait  tout  simplement 
en  présence  du  pollen  de  certains  végétaux,  notamment 
des  pins,  des  sapins,  des  aulnes,  des  bouleaux  et  des 
lycopodes,  balayé  par  les  vents  et  précipité  avec  la 
pluie. 

Les  témoins  sont  nombreux,  qui  mentionnent  les 
pluies  de  grenouilles  et  de  crapauds.  Les  vents  peuvent,  en 
efl'et,  les  enlever  facilement  à  la  surface  des  mares.  Il 
est  toutefois  à  remarquer  que  l'action  de  la  pluie  peut 
suffire,  à  elle  seule,  en  bien  des  cas,  pour  faire  sortir 
des  fissures  du  sol  de  nombreux  crapauds.  On  cite  une 
trombe,  qui,  le  13  septembre  183b,  enleva  toute  l'eau 
d'un  petit  étang  du  Pays  de  Caux,  avec  les  poissons  qui 
y  vivaient.  Peut-être  a-t-elle  occasionné  une  pluie  de 
poissons! 

Une  pluie  peut-être  unique  en  son  genre,  est  la  pluie 
d'oranges,  qui  eut  lieu  à  Naples  le  8  juillet  1833.  Deux 
corbeilles  d'oranges  ([ui  se  trouvaient  sur  le  rivage,  aux 
environs  de  la  ville,  furent  entièrement  vidées  par  une 
trombe.  Une  jeune  fille  qui  se  trouvait  à  une  terrasse 
assez  éloignée  de  là,  vit  cette  pluie  gracieuse  s'abattre 
autour  d'elle,  sans  la  blesser,  heureusement. 

Les  pluies  de  feuilles  d'arbres,  de  graines,  de  chenilles  et 
autres  insectes,  s'expliquent  trop  facilement  par  l'action 
des  vents,  pour  mériter  une  étude  spéciale. 

Dans  tous  les  cas,  ces  phénomènes  permettent  sou- 
vent de  remonter  au  point  de  départ  et  de  déterminer  la 
trajectoire  de  ces  petits  projectiles. 

On  a  longtemps  voulu  assimiler  à  ces  jjhénomènes  les 
pluies  de  pierres,  qui  ne  sont  que  des  chutes  abondantes 
d'aérolithes,  et  les  pluies  de  feu,  qui  sont  des  pluies 
d'étoiles  filantes. 

On  peut  encore  malheureusement  être  exposé  à  voir 
des  pluies  beaucoup  plus  graves  dans  nos  villes,  comme 
les  pluies  de  feuilles  de  zinc  déterminées  à  Paris  par  le 
cyclone  du  mois  de  septembre  189G. 

Paul  Jacob 


LE     NATURALISTE 


67 


POURQUOI 

L'ANNÉE   1900  NE  SERA  PAS   BISSEXTILE 


On  Siiit  que,  tous  les  4  ans,  l'année  compte  3G6  jours,  au 
lieu  de  365  jours  comme  les  années  ordinaires.  Cela  tient  à 
ce  que  nous  appelons  année  le  temps  que  met  la  terre  pour 
faire  le  tour  du  soleil.  Or  la  terre  tourne  autour  de  son 
centre  d'attraction  en  363  jours  1/4.  11  s'ensuit  que,  tous  les 
4  ans,  ou  est  en  retard  d'un  jour.  11  faut  donc  ajouter  ce  jour 
supplémentaire,  une  fois  tous  les  4  ans.  C'est  ce  qu'on  appelle 
une  année  bissextile.  Pour  savoir  si  une  année  est  bissextile, 
il  suflit  de  savoir  si  sa  date  est  divisible  par  4.  Ainsi  1896 
a  clé  une  année  bissextile,  parce  que  ce  nombre  est  divi- 
sible par  4.  Cependant  190U,  qui  est  divisible  aussi  par  4,  ne 
sera  pas  une  année  bissextile.  Pourquoi'?  Le  voici. 

C'est  pour  simplifier  les  choses  que  nous  avons  évalué  la 
rotation  de  la  terre  autour  du  soleil  à  36.Ï  jours  1/4.  La  vérité 
est  que  ce  nombre  est  un  peu  trop  fort.  11  en  résulte  qu'on 
compte  presque  un  jour  de  trop  par  siècle,  et  exactement  3/4 
de  jour  de  trnp.  Cela  fait  3  jours  de  trop  en  4  siècles.  11  faut 
donc  retrancher  un  jour,  à  la  fin  de  3  siècles  sur  4.  Il  en  ré- 
sulte que  les  années  HÛO,  1800  et  1900  ne  sont  pas  bissextiles 
comme  elles  auraient  dû  l'être,  puisque  ces  nombres  sont 
divisibles  par  4  :  par  contre  l'année  2000  est  bissextile  et  res- 
tera bissextile.  De  là,  la  ré^le  suivante  :  toutes  les  années  sé- 
culaires cessent  d'être  bissextiles,  sauf  quand  le  nombre  de 
leurs  centaines  est  lui-même  divisible  par  4.  De  sorte  que 
l'année  2000  sera  bissextile,  non  pas  parce  que  2000  est  divi- 
sible par  4,  mais  p.irce  que  20,  qui  exprime  le  nombre  des 
centaines,  est  divisible  par  4.  De  même  1600  a  été  jne  année 
bissextile,  parce  que  16  est  un  nombre  divisible  par  4  : 
•i  X  4  =  16,  4  X  5  =  20.  4  X  6  =  24;  donc  l'année  2400  sera 
bissextile,  et  2100,  2200,  2300  ne  le  seront  pas. 

11  est  vrai  quà  la  longue  il  se  glissera  plus  tard  une  petite 
erreur,  on  procédant  ainsi;  car  la  fraction  3/4  de  jour  par 
siècle  n'est  pas  elle-même  tout  à  fait  exacte;  mais  nos  arrière- 
petits-neveux  feront  un  jour  la  correction  nécessaire,  quand  le 
moment  sera  venu.  Ils  nous  sauront  gré  de  leur  avoir  préparé 
les  voies,  en  leur  livrant  un  calendrier  grégorien  parfaitement 
en  harmonie  avec  les  révolutions  sidérales. 

Peut-être  serait-il  bon  d'établir  un  nouveau  calendrier,  i 
partir  de  1900,  en  plus  parfait  accord  avec  nos  mœurs  et  nos 
usages,  .\insi  il  n'est  pas  naturel  d'appeler  décembre  le 
douzième  mois,  ni  d'avoir  des  mois  qui  commencent  par  des 
jours  dill'érents,  chaque  année.  Nous  verrons  combien  il  serait 
facile  de  réformer  le  calendrier  d'une  façon  très  pratique  pour 
tout  le  monde.  (1' 

D'  Bougon. 


LE   BOMBYX  DU   MURIER 


L'élevage  tics  vers  à  soie  et  la  fabrication  tles  tissus 
tirés  de  leurs  ]iroduits  reniontont  à  la  plus  haute  anti- 
quité. 

C'est  surtout  en  Chine  tjue  cette  industrie  s'est  déve- 
loppée ;  (le  tout  temps,  d'après  les  annales  du  Céleste 
Empire,  ona  vénéré  l'iuipératrice  Loui-Tsee  qui,  2700  ans 
avant  J.-C,  avait  fait  les  premiers  essais  pour  le  dévi- 
tlage  des  cocons. 

Depuis  lors,  tous  les  empereurs,  pour  montrer  à  leurs 
sujets  rini])ortance  d'une  telle  entreprise,  installaient 
dans  leurs  palais  une  véritalile  magnanerie. 

La  Chine  tenait  même  tellement  à  la  soie  qu'il  y  avait 
peine  de  mort  prononcée  contre  l'exiiortateur  du  ver  à 
soie. 

D'ailleurs,  ce  n'est  qu'après  la  conquête  de  l'Inde  par 
Ale.vaudre  que  la  soie  fut  connue  eu  Europe;  depuis, 
cette  industrie  n'a  fait  que  prospérer;  mais,  c'est  à  Olivier 

(1)  Voir  le  Xuturaliste,  La  réforme  du  Calendrier. 


de  Serres  d'abord  et  à  Colhert  ensuite,  que  nous  devons 
surtout  l'extension  considérahle  qu'elle  ajiris  en  France. 

Le  boml)yx  du  mûrier,  qui  mesure  un  maximum  de 
BO  millimètres  d'envergure,  est  velu,  d'un  blanc  sale;  ses 
antennes  présentent  des  rangées  do  dentelures  de  couleur 
foncée;  ses  ailes  courtes  sont  pliées  sur  le  dos,  c'est  donc 
un  papillon  nocturne  ;  les  ailes  antérieures  présentent 
une  grande  échancrure. 

La  chenille  porte  postéricuirement  uue  courte  corne, 
son  cou  est  épais,  sa  couleur  est  grise  avec  des  taches 
brunes  bifurquées  et  des  niari|ues  rouges  sur  le  dos. 

C'est  dans  des  établissements  nommés  magnaneries 
qu'on  élève  ces  insectes. 

Les  premières  conditions  d'une  bonne  magnanerie  sont 
d'être  sufDsamment  vaste  et  bien  aérée;  il  faut  souvent 
renouveler  l'air  de  la  pièce,  en  tiyant  soin  cependant  de 
garder  toujours  la  même  température  pour  éviter  de 
funestes  changements  bruscjues  dans  la  chaleur  de  la 
salle,  qui  demande  à  être  maintenue  constamment  entre 
la"  et  22°  degrés  Réaumur. 

On  élève  les  vers  sur  des  claies  superposées  et  éloignées 
les  unes  des  autres  d'environ  50  centimètres. 

La  chenille  du  bombyx  se  nourrit  uniijuement  de  feuilles 
de  mûrier;  la  ronce,  le  rosier,  l'érable  et  tutti  quanti  ont 
été  essayés,  mais  en  vain,  pour  l'élevage  du  ver  à  soie. 

Les  œufs  du  bombyx  ont  reçu  le  nom  de  graine  de 
ver  à  soie;  cette  graine  pendant  l'hiver  est  conservée 
dans  une  cave;  dès  l'arrivée  du  printemps,  quand  les 
mûriers  ont  ouvert  leurs  hourgeons,  on  porte  la  graine 
dans  la  magnanerie  et  on  augmente  progressivement  la 
température  de  14°  à  22°. 

On  a  l'habitude  de  ne  pas  laisser  l'éclosion  s'effectuer 
d'elle-même,  car  les  vers  à  soie  naîtraient  à  des  époques 
très  différentes  ;  les  uns  seraient  déjà  très  développés 
quand  les  autres  viendraient  à  peine  d'éclore,  ce  qui 
serait  une  beaucoup  tro])  grande  diniculté  ensuite  pour 
leur' éducation. 

La  graine  est  d'abord  gris  foncé,  après  huit  jours  en- 
viron de  séjour  dans  la  magnanerie,  elle  s'éclaircit,  l'éclo- 
sion approche ,  on  dispose  alors  sur  les  reufs  un  papier 
criblé  de  trous  et  sur  lequel  on  a  placé  de  jeunes  branches 
de  mûrier,  les  vers  ne  tardent  pas  à  couvrir  les  brindilles  ; 
on  les  enlève  ensuite  bien  doucement  et  on  les  porte  à 
l'endroit  qu'ils  doivent  occuper. 

On  doit  leur  donner  au  moins  six  repas  par  jour,  de 
façon  à  éviter  la  dessiccation  des  feuilles  de  mûrier,  qui, 
même,  doivent  leur  être  données  avec  le  plus  grand  soin  ; 
il  faut  bien  en  essuyer  la  poussière  et  répandre  convena- 
blement celles-ci  sur  les  claies  à  élevage,  de  façon  à  ce 
que  chaque  individu  puisse  sans  olfort  atteindre  sa 
pâture.  Il  importe  également  que  les  feuilles  soient  bien 
sèches,  qu'elles  ne  soient  avariées  en  aucune  façon; 
qu'elles  soient  coupées  en  morceaux  si  elles  ont  perdu  la 
tendresse  de  la  jeunesse,  car,  de  la  bonne  qualité  de  la 
nourriture,  dépend  le  succès  de  l'élevage. 

A  sa  sortie  de  l'œuf,  le  ver  à  soie  ne  dépasse  pas  2  mil- 
limètres, il  a  alors  un  appétit  féroce;  au  bout  de  six  ou 
sept  jours,  sa  faim  diminue;  il  mue  pour  la  première  fois, 
a  cette  époque  se  termine  son  premier  âge.  Le  dixième 
jour  les  vers  à  soie  ont  terminé  leur  second  âge.  Le  quin- 
zième jour,  le  magnan  est  prêt  à  entrer  dans  son  qua- 
trième âge,  qui  le  mène  jusqu'au  vingt-deux  ou  vingt- 
troisième  jour. 

Le  cinquième  âge  dure  dix  ou  onze  longs  jours;  les 
vers  jaunissent,  ils  deviennent  reluisants;  à  ce  moment 


68 


LE     NATURALISTE 


ils  sont  40  fois  plus  grands  qu'à  leur  naissance  et  plus 
de  9000  fois  plus  pesants  ;  vers  le  neuvième  ou  dixième 
jour  de  cet  âge  leur  corps  devient  transparent,  ils  sont 
prêts  à  filer  ;  on  met  alors  à  leur  disposition  des  branches 
de  bruyère,  ils  y  montent  pour  faire  leurs  cocons. 

La  matière  qu'ils  sécrètent  pour  faire  la  soie  est  pro- 
duite par  deux  glandes  tubulaires  contournées,  placées 
ne  chaque  côté  de  l'intestin,  chacune  se  continuant  anté- 
rieurement par  une  grêle  filière;  ils  finissent,  du  reste, 
par  former  un  canal  unique  où  les  deux  fils  visqueux  des 
glandes  sérigicènes  se  soudent  et  se  dessèchent;  le  tube 
est  terminé  par  un  renflenient  de  la  lèvre  inférieure  : 
dans  celui-ci  aboutissent  aussi  les  canaux  de  deux  petites 
glandes  qui  fournissent  le  grès,  sorte  de  vernis  qui  donne 
au  fil  de  soie  son  brillant. 

Le  fil  du  cocon  est  continu,  et  atteint  souvent  un  kilo- 
mètre. 

Le  magnan  s'enferme  donc  étroitement  dans  ce  tissu, 
l'opération  ne  dure  jamais  plus  de  trois  jours  et  demi. 

La  chenille  va  donc  se  transformer  en  chrysalide. 

C'est  alors  qu'on  ôte  les  cocons  des  bruyères;  ceux 
qu'on  veut  conserver  pour  la  graine  seront  placés  dans 
une  chambre  spéciale  où  ils  attendront  pendant  trois 
semaines  environ  l'éclosion  des  papillons;  les  autres 
devront  être  placés  dans  une  étuve  à  100°,  de  façon  à 
tuer  la  chrysalide,  ils  seront  prêts  ensuite  à  être  livrés 
au  filateur. 

Léon  Flameng. 


LA  RICHESSE  FAUNIQUE  DE  LA  NORMANDIE 


Depuis  que  j'ai  commencé  la  rédaction  de  ma  Fau7ie  de 
ta  Normandie,  laliorieux  ouvrage  auquel  je  consacre  une 
partie  de  mon  existence  et  qui  aura  plusieurs  milliers  de 
pages  (1),  je  me  suis  maintes  fois  demandé  quel  pouvait 
être  le  nombre  des  espèces  animales  sauvages  suscep- 
tibles d'être  trouvées  plus  ou  moins  régulièrement  ou 
plus  ou  moins  exceptionnellement  dans  cette  province. 

J'ai  effectué  les  longues  recherches  nécessaires  pour 
obtenir  ce  nombre,  évidemment  tout  à  fait  approximatif 
par  suite  des  lacunes  considérables  qui  existent  dans  la 
connaissance  de  la  faune  normande,  et  je  puis  répondre  a 
cette  ([uestion. 

Au  point  de  vue  de  la  division  administrative  actuelle 
de  la  France,  il  est  évident  que  le  terme  de  «  province  »  ne 
doit  pas  être  employé;  mais,  à  beaucoup  d'égards,  ce  terme 
est  très  utile,  et  je  prie  les  puristes  de  m'autoriser  à  dire, 
relativement  aux  études  fauniques,  que  la  Normandie 
est  une  province  constituée  par  les  cinq  départements 
suivants  :  Seine-Inférieure,  Eure,  Calvados,  Orne  et 
Manche. 

Offrant  une  grande  diversité  de  milieux,  la  Normandie 
possède,  par  cela  même,  une  faune  très  riche.  En  effet, 
nous  trouvons,  dans  cette  province,  des  plaines,  des 
collines,  quantité  de  lieux  boisés,  des  marais,  des 
étangs,  un  fleuve,  des  rivières,  etc.,  et,  ce  qui  a  une 
importance  considérable  pour  sa  richesse  faunique,  une 
ongue  étendue  de  côtes  maritimes.  Ajoutons  que,  dans 


(t)  Les  fascicules  I  (Mammifi-res)  et  II  et  III  ^Oiseaux)  sont 
publiés;  le  fascicule  IV  (Reptiles,  Batraciens  et  Poissons) 
paraîtra  cette  année. 


le  voisinage  de  ces  dernières,  se  trouvent  quelques 
dépressions  marines  ayant  une  assez  grande  profondeur. 
De  plus,  cette  province  possède  des  iles  et,  cela  est  évi- 
dent, des  eaux  saumâtres. 

Au  début  de  mes  études  sur  la  faune  normande,  la 
question  suivante  m'a  fortement  emlmrrassè  :  quelle  est, 
au  point  de  vue  faunique,  la  largeur  de  la  bande  littorale 
marine  qu'il  convient  de  regarder  comme  dépendante  de 
la  Normandie'? 

Après  y  avoir  mûrement  réfléchi,  j'ai  finalement 
adopté  douze  kilomètres  comme  largeur  maximum,  lar- 
geur qui  est  tout  à  fait  conventionnelle,  cela  va  sans 
dire.  Toutefois,  je  fais  une  exception  pour  le  petit  archipel 
de  Chausey,  situé  presque  entièrement,  il  est  vrai,  en 
dehors  de  cette  bande,  mais  qui  dépend  de  la  commune 
de  Granville,  et  que,  par  suite,  la  logique  oblige  à  rat- 
tacher en  entier  à  la  Normandie. 

.Je  tiens  à  dire  qu'à  mon  avis  on  doit  indiquer,  dans  un 
ouvrage  faunique,  toutes  les  espèces  sauvages  dont  la 
présence  a  été  reconnue,  d'une  manière  certaine,  d-ans  la 
région  étudiée,  que  ces  espèces  y  habitent  constamment, 
n'y  soient  que  de  passage  ou  n'y  viennent  que  d'une 
manière  tout  à  fait  exceptionnelle,  à  la  condition  que 
leur  venue  ait  lieu  en  dehors  de  l'action  de  l'homme. 

Voici,  en  adoptant  la  classification  suivie  par  Edmond 
Perrier  dans  son  très  remarquable  Traité  de  Zoologie,  — 
classification  dans  l'ordre  ascendant,  ce  qui  est  infiniment 
plus  logique  —  le  nombre  des  espèces  vivantes  des  diffé- 
rents groupes  zoologiques,  dont  la  présence  pourra  être 
constatée  en  Normandie.  Ces  nombres  sont,  je  tiens  à  le 
répéter,  pour  la  plupart  essentiellement  vagues,  en 
raison  des  énormes  lacunes  qui  existent  dans  la  con- 
naissance de  la  faune  de  cette  province,  dont  j'ai  indiqué, 
dans  les  lignes  précédentes,  les  limites  marines  iju'au 
point  de  vue  des  études  fauniques  j'ai  cru  devoir  lui  assi- 
gner. 

Protozoaires  et  Mésozoaires  :  3,000  espèces  environ. 

La  science  ne  possède  qu'un  fort  petit  nombre  de 
documents  sur  les  espèces  normandes  de  ces  deux 
groupes.  C'est  donc  avec  une  très  grande  imprécision 
que  j'évalue  leur  noiubre  à  3.000, 

Spon(;iaires  :  130  espèces  environ. 

Polypes  :  250  espèces  environ,  évaluation  très  approxi- 
mative. 

ECHINODERMES  :  00  espèces  environ. 

Arthropodes  :  13.000  espèces  environ,  nombre  très 
approximatif. 

Voici  la  décomposition  de  ce  nombre  en  les  classes 
qui  constituent,  dans  la  faune  normande  actuelle,  l'em-^ 
branchement  des  Arthropodes  :  Crustacés,  900  espèces 
environ  ;  Pycnogonides,  20  espèces  environ  ;  Arachnides, 
1.000  espèces  environ;  Myriapodes,  80  espèces  eitviron; 
et  Insectes,  11.000  espèces  environ. 

NÉMATHELMINTHES  :  400  espèces  environ,  nombre  très 
ap]iroximatif. 

LoPHOSTO.MÉs  :  600  espèces  environ,  que  l'on  peut, 
mais  d'une  manière  très  vague,  répartir  ainsi  dans  les 
trois  classes  composant  cet  embranchement  :  Rotifères, 
300  espèces  environ  ;  Bryozoaires  ,  300  espèces  environ  ;  et 
Bracliiopodes,  B  espèces  environ. 


LE     NATURALISTE 


69 


Vers  (MonomérUles,  Annelcs  et  Platyhelminthes)  : 
900  os]iéccs  environ,  uomlire  très  a|i])i'(ixiniatif. 

M(ii.i.usQUF.s  :  700  espèces  environ,  se  ivpartissant 
ainsi  dans  les  cinq  classes  qui  constituent  cet  enil)i'an- 
chemcnt  :  Amphineures,  10  espèces  environ  ;  Gastéro- 
podes, 440  espèces  environ  ;  Scaphopodcs,  5  espèces 
environ  ;  Lamellibranches,  230  espèces  environ  ;  et  Céiiha- 
lopodcs,  10  espèces  environ. 

TuNICIERS:  100  espèces  environ. 

Vertébrés  :  010  espèces  environ.  Ce  nombre,  vraisem- 
lilalilement  voisin  de  la  réalité,  peut  ainsi  être  décomposé 
en  les  cinq  classes  constituant  cet  embranchement  :  Pois- 
sons, 190  espèces  environ,  dont  à  peu  près  130  sont  de 
présence  plus  ou  moins  régulière  en  Normandie,  et  envi- 
ron 60  ne  s'y  trouvent  que  plus  ou  moins  exceptionnelle- 
ment; liiitrariens,  lo  espèces  environ;  Reptiles,  Il  espèces 
environ;  Oiseaux,  330  espèces  environ,  dont  à  pou  près 
190  sont  sédentaires  ou  de  passage  régulier  en  Norman- 
die (un  certain  nombre  d'espèces  y  sont  à  la  fois  séden- 
laires  et  de  passage  régulier),  et  dont  environ  140  n'y 
viennent  ([ue  d'une  manière  plus  ou  moins  acciden- 
telle; enfin,  Mammifères,  65  espèces  environ,  dont  à  peu 
près  30  sont  sédentaires  en  Normandie,  et  environ  13  n'y 
viennent  que  plus  ou  moins  exceptionnellement. 

La  totalisation  de  la  quantité  d'espèces  des  groupes 
zoologiiiues  indiquée  précédemment  donne  le  nombre  de 
19.770  nu  19.790,  selon  qu'on  additionne,  soit  uniquement 
le  nombre  d'espèces  des  groupes  principaux,  soit,  pour 
les  embranchements  des  Lophostomés,  des  Mollusques  et 
des  'Vertébrés,  le  nombre  d'espèces  des  subdivisions  de 
ces  trois  embranchements.  C'est  donc  un  total  d'à  peu 
près  20.000  types  spécifiques,  auxquels  se  rattache  une 
quantité  considérable  devariétés  que  l'entière  insuffisance 
de  renseignements  ne  me  permet  pas  de  fixer,  même  avec 
une  très  vague  approximation. 

En  résumé,  je  crois  pouvoir  évaluer  à  vimjt  mille  envi- 
ron le  nombre  des  espèces  animales  susceptil.des  d'être 
rencontrées  dans  la  province  normande,  dont  j'ai  indiqué 
précédemment  les  limites  terrestres  administratives  et 
les  limites  marines  conventionnelles;  mais  je  tiens  ab- 
solument à  répéter  encore  qu'il  ne  s'agit  là  que  d'une 
évaluation  fort  imprécise.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  n'était  pas, 
je  le  crois,  sans  intérêt  de  rechercher  quelle  pouvait  être 
la  richesse  faunique  de  la  Normandie,  richesse  qui  est 
très  grande  en  raison  de  la  situation  iirivilêgiée  de  cette 
province. 

Henri  Ci.\DEAU  de  Kerville. 

P. -S.  —  Je  recevrais  avec  beaucoup  de  reconnaissance 
des  documents  sur  les  Reptiles,  les  Batraciens  et  les 
Poissons  rares  en  Normandie.  Il  me  serait  particulière- 
ment utile  d'avoir  en  communication  des  'Vipères,  des 
Sonneurs  iliomhinator]  et  des  Loches  {Cobitis)  capturés 
dans  cette  [irovince.  [Henri  Gadeau  de  Kerville,  7,  rue 
Dupont,  Rouen.] 


MINÉRAÏÏX    NOÏÏYEAÏÏX 


présente  eu  petits  cristaux  a|iiiarteii:int  an  système  rhom- 
bique  et  no  dépassant  pas  3  millimètres  diUongueur.  Los 
cristaux  sont  allongés  suivant  l'axe  qui  joint  les  deux 
angles  aigus  de  la  base.  Ils  ressemblent  à  dos  cristaux  de 
dufrénoysite,  et  ont  par  conséqwuit  l'éclat  métallique. 
Leur  densité  est  de  3,32.  L'analyse  a  donné  les  résultats 
suivants  : 

Plomb 32,  9S 

Soufre 23,  72 

Arsenic 17,  24 

Antimoine 3,  33 

P\'r 0,  36 

Total 99,  03 

Cette  composition  nnuitre  qui' la  l'iiihite  est  un  mélange 
isomorphe  de  3  molécules  de  dufrénoysite,  qui  est  un 
sulfoarséniure  deplomb,  avec  une  molécule  dejamesonite, 
qui  est  un  sulfo-ammoniure  de  plomb. 

La  rathite  est  soluble  dans  l'acide  chlorhydrique.  Elle 
est  facilement  fusible  au  chalumeau. 

La  Schulzenite  possède  une  couleur  noire  et  est  amor- 
phe. Sa  cassure  est  conchoïdale  et  sa  poussière  est  noire. 
La  densité  est  3,39  et  la  dureté  3,5.  Elle  contient  46,  76  0/0 
de  cobalt,  12,65  de  cuivre,  14,08  d'eau  combinée  et  19,34 
d'oxygène  :  c'est  donc  un  mélange  hydraté  d'oxyde  de 
cobalt  et  d'oxyde  de  cuivre.  La  localité  de  cette  espèce 
est  inconnue.  Elle  a  été  trouvée  dans  la  collection 
F.  Schulze  et  vient  probablement  du  nord  du  Chili.  Sa 
description  est  due  à  M.  Pablo  Martens. 

La  Pearceite,  décrite  par  le  minéralogiste  américain 
M.  Penfîeld,  est  une  polybasite  arsénifère.  H.  Rose  avait 
constaté  que  la  polybasite  de  Chemnitz  renfermait  beau- 
coup d'arsenic  et  peu  d'antimoine,  c'est  donc  de  la  pear- 
ceite. M.  Penfleld,  pour  justifier  la  création  de  cette  nou- 
velle espèce,  fait  remarquer  que  l'on  a  l'habitude  de 
donner  des  noms  différents  aux  antimoniures  et  auxarsé- 
niures  ayant  la  même  formule,  bien  que  ces  deux  corps 
puissent  se  remplacer  mutuellement  et  que  Ton  ait  tous 
les  passages  entre  les  deux  types  extrêmes.  Ex.  :  la 
tétraédrite  et  la  tennantite  ;  la  nickeline  et  la  breithauptite. 


ANIMAUX 

Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,  de    bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


La  Rathite,  décrite  par  H.  Baumhauer  et  dédiée  au 
célèbre  minéralogiste  G.  von  Rath,  a  été  trouvée  dans 
la  dolomio  de  Binnenthal,  qui  est  bien  connue  par  sa 
richesse  en  espèces  minérales.  Elle  est  cristallisée  et  se 


Dauphin.  —  Le  dauphin  a-t-il  été  conim  des  Egyp- 
tiens et  des  Hébreux?  Evidemment,  puisqu'il  pullule 
dans  toutes  les  mers;  mais  nous  ue  connaissons  pas  le 
mot  dont  se  servaient  les  Juifs  pour  désigner  ce  pois- 
son. Quelques  auteurs  veulent  que  le  poisson  qui 
engloutit  Jonas  [ait  été  un  dauphin  :  or,  jamais  un 
dauphin  n'a  sérieusement  attaqué  l'homme  et  n'a  pu  en 
avaler  un  tout  entier  ;  il  y  a  à  cela  une  seule  raison,  mais 
elle  est  péremptoire  :  c'est  que  l'homme  est  un  morceau 
trop  gros  pour  l'estomac  de  ce  poisson. 

D'autres  théologiens  ont  cru  qu'il  s'agissait  du  maillet: 
impossible  encore,  toujours  pour  la  même  raison.  «  Il 
s'agit,  selon  toute  vraisemblance,  dit  Fillion,  du  Canis 


LE      NATURALISTE 


carchaiitis,  ou  Requin,  qui  est  parfois  lon^'  de  dix  mètres, 
et  dont  la  gueule  énorme  peut  mesurer  jusqu'à  1  m.  50 
entre  les  mâchoires.  » 

La  légende  veut  que  Jonas  ait  été  englouti  par  une 
baleine,  qui  le  garda  trois  jours  dans  son  estomac;  ici, 
encore  une  difficulté;  ce  roi  des  cétacés  a  le  gosier  trop 
étroit  pour  avoir  pu  remplir  le  rôle  qu'on  lui  prête;  le 
pauvre  Jonas  eût  été  laminé  avant  de  pouvoir  s'installer 
dans  son  domicile. 

Bochart,  pas  plus  que  d'autres  érudits  commentateurs 
de  la  Bible,  ne  souille  mot  du  dauphin. 

Néanmoins,  il  me  paraît  que  l'imagination  populaire 
est  plutôt  dans  le  vrai  en  attribuant  l'aventure  à  la  ba- 
leine plutôt  qu'au  dauphin  ;  en  cO'et,  la  taille  colossale 
du  cétacé  l'indiquait  naturellement  pour  cette  fonction 
providentielle,  et  le  peuple  n'avait  pas  à  s'inquiéter  des 
dimensions  particulières  du  gosier  de  l'animal.  Toute 
discussion  serait  d'ailleurs  oiseuse  à  ce  sujet.  Voyez  dans 
la  Bible  :  Jori'is,  chap.  il,  v.  1-11;  Mathieu,  ch.  xii,  v.40; 
Lamentations  de  Jérémie,  ch.  iv,  v.  3.  Ce  dernier  passage 
nous  montre  que  les  Hébreux  savaient  que  le  dauphin  (ou 
tout  autre  cétacé  désigné  par  lamia  dans  la  Vulgate) 
allaite  ses  petits  :  «  Même  les  monstres  marins  présen- 
tent la  mamelle  et  allaitent  leurs  petits;  mais  la  fille  de 
mon  peuple  est  cruelle  comme  l'autruche  du  désert.  » 

Le  vieil  Homère  connaissait  la  foudroyante  rapidité  de 
la  course  du  dauphin  et  sa  force,  qui  le  rendent  si  redou- 
table aux  autres  habitants  des  mers;  aussi  lui  compare- 
t-il  Achille  faisant  fuir  les  Troyens  devant  lui  : 

*Û;  6''j-ô  5î>9.îvo;  [Xïyay.r.TcOç  t'yO-js;  à'/)oi; 
i<  Tels  les  poissons  poursuivis  par  le  dauphin.  » 

Le  dauphin  a  fait  parler  de  lui  plus  encore  que  le 
cygne,  et  l'on  a  débité  sur  son  compte  les  fables  les  plus 
extraordinaires  et  les  plus  ineptes.  Le  premier  cou])able 
connu  est  Hérodote,  qui  s'est  borné,  bien  entendu,  à 
raconter  ce  qu'il  avait  entendu  dire,  et  ce  qui  constituait 
sans  doute  une  tradition  se  perdant  dans  la  nuit  des 
temps.  D'après  lui,  un  dauphin  aurait  sauvé  le  fameux 
cithariste  Arion,  que  des  matelots  avaient  obligé  à  se 
jeter  dans  la  mer,  et  l'aurait  transporté  au  plus  jirochain 
rivage.  Voyez  les  Histoires,  livre  I  [Ctio),  chap.  xxiii 
et  XXIV. 

Comme  tous  les  auteurs  qui  ont  parlé  du  dauphin  se 
sont  servis  de  ce  passage  d'Hérodote,  en  l'entourant  des 
mille  autres  légendes  qui  avaient  cours  de  leur  temps,  je 
me  bornerai  à  citer  ces  derniers  dans  les  passages  les 
plus  curieux  de  leurs  récits. 

Aristote  d'abord  : 

Histoire  des  animaux  (Livre  l,  ch.  ix,  §  1  et  2.)  —  Parmi 
les  animaux  marins,  les  cétacés,  tels  que  le  dauphin  et 
les  sélaciens,  sont  également  vivipares.  De  ces  animaux 
marins,  les  uns  ont  le  tuyau  souffleur  et  n'ont  pas  de 
branchies,  comme  le  dauphin  et  la  baleine.  Le  dauphin  a 
le  tuyau  sur  le  dos,  tandis  que  la  baleine  l'a  sur  le  front. 

(I,  IX,  §  b.)  «  De  tous  les  animaux  qui  ont  des  oreilles, 
l'homme  est  le  seul  chez  qui  elles  soient  immobiles,  car, 
parmi  les  animaux  doués  de  l'organe  de  l'ouïe,  les  uns 
ont  des  oreilles,  les  autres  n'en  ont  pas  :  ils  n'ont  à  l'ex- 
térieur que  le  conduit  auditif,  comme  tous  les  volatiles 
et  les  animaux  à  écailles.  Tous  les  vivipares,  excepté  le 
phoque,  le  dauphin  et  les  diverses  espèces  de  sélaciens 
ont  des  oreilles;  car  les  sélaciens  aussi  sont  vivipares. 

(II,  IX,  §  3.)  «  Le  dauphin  a  deux  mamelles,  non  pas 
placées  en  haut,  mais  situées  près  des  articulations.  Les 


mamelons  ne  sont  pas  apparents,  comme  dans  les  qua- 
drupèdes ;  mais  ce  sont  des  espèces  d'orifices,  un  de 
chaque  côté  sur  les  flancs  ;  c'est  de  ces  orifices  que  sort  le 
lait  tété  par  les  petits,  qui  suivent  leur  mère;  le  fait  aété 
constaté  par  quelques  personnes  qui  l'ont  parfaitement  vu. 

(IV,  IX,  5;  9.)  «  Le  dauphin  émet  aussi  un  sifflement,  et 
il  murmure  quand  il  sort  de  l'eau  et  est  à  l'air.  Mais  ce 
son  est  tout  autre  chose  que  ceux  dont  on  vient  de  parler 
{la  voix  ou  le  cri  des  autres  animaux).  Le  dauphin  a  bien 
une  voix,  puisqu'il  a  un  poumon  et  une  trachée-artère  ; 
mais  il  n'a  pas  la  langue  libre  et  il  n'a  pas  de  lèvres,  de 
manière  à  pouvoir  articuler  quelque  chose  avec  cette 
voix.  » 

(Inutile  de  dire  que  cette  prétendue  voix  du  dauphin 
n'est  autre  chose  que  le  bruit  de  l'eau  sortant  par  les 
évents;  en  outre,  un  poumon  et  une  trachée-artère  n'ont 
jamais  exclusivement  suffi  pour  créer  la  voix.) 

(IV,  X,  §  8.)  (1  Les  sélaciens  dorment  si  bien,  que  parfois 
on  peut  les  prendre  à  la  main  :  le  dauphin,  la  baleine  et 
tous  les  poissons  à  tuyau  dorment  en  élevant  au-dessus 
de  l'eau  ce  tuyau,  qui  leur  sert  à  respirer,  et  en  remuant 
doucement  les  nageoires.  On  prétend  même  qu'on  a  en- 
tendu le  dauphin  ronfler. 

(V,  XXV,  §  7.)  «  Dans  cette  partie  de  la  mer  qui  va  de 
Cyrène  à  l'Egypte,  le  dauphin  est  attaqué  par  un  poisson 
qu'on  appelle  le  pou  ;  ce  poisson  est  le  plus  gras  de  tous, 
parce  qu'il  profite  de  la  nourriture  abondante  que  le  dau- 
phin lui  assure  en  chassant. 

(VI,  XI,  §  1,  2,  4.)  «  Le  dauphin  et  la  baleine,  ainsi  que 
les  autres  cétacés,  qui  ont  un  tuyau  ou  évent  au  lieu  de 
branchies,  sont  vivipares.  En  général,  le  dauphin  ne  pro- 
duit qu'un  seul  petit,  rarement  deux.  La  baleine  en  a  or- 
dinairement deux  au  plus,  mais  elle  en  a  deux  plus  sou- 
vent qu'un.  Les  petits  du  dauphin  croissent  rapidement; 
en  dix  ans,  ils  acquièrent  leur  développement  complet. 
La  femelle  porte  dix  mois  ;  elle  produit  en  été  seule- 
ment, jamais  dans  une  autre  saison  ;  les  petits  la  suivent 
pendant  très  longtemps,  et  cet  animal  aime  beaucoup  sa 
progéniture.  Il  a  une  existence  assez  longue  :  on  en  a  vu 
vivre  jusqu'à  vingt-cinq  ans,  et  même  jusqu'à  trente.  Les 
pêcheurs  coupent  la  queue  de  quelques-uns  et  les  laissent 
aller  ensuite,  assurés  de  connaître  par  là,  plus  tard,  l'âge 
qu'ils  atteindront. 

(VIII,  IV,  §  8.)  «  La  rapidité  du  dauphin  et  sa  glouton- 
nerie sont  vraiment  inimaginables. 

(IX,  XXXV,  §§  1  à  4.)  0  Parmi  les  poissons  de  mer,  le 
dauphin  est  celui  dont  on  cite  le  p'.us  de  traits  de  dou- 
ceur et  de  docilité.  On  vante  même  ses  affections  et  son 
amour  pour  les  enfants,  à  Tarente,  en  Carie,  et  dans 
d'autres  pays.  Ainsi,  en  Carie,  on  prétend  qu'un  dau- 
phin ayant  été  pris  et  couvert  de  blessures,  une  foule 
de  dauphins  arrivèrent  dans  ce  port,  et  ne  le  quittèrent 
que  lorsque  le  pêcheur  eut  lâché  le  dauphin  blessé  ; 
alors  seulement  tous  s'en  allèrent.  Les  petits  dauphins 
sont  toujours  suivis  de  quelqu'un  des  gros,  pour  les  dé- 
fendre. On  a  observé  une  fois  une  troupe  de  grands  dau- 
phins et  de  petits,  réunis  tous  ensemble  ;  deux  autres, 
laissés  en  arrière,  parurent  à  peu  de  distance,  nageant 
sous  un  petit  dauphin  mort,  et  le  soutenant  sur  leur  dos 
quand  il  coulait  à  fond,  comme  si,  dans  leur  pitié  pour 
lui,  ils  voulaient  empêcher  que  d'autres  gros  poissons  ne 
le  dévorassent. 

«  On  raconte  delà  vitesse  des  dauphins  des  choses  non 
moins  incroyables,  et  l'on  peut  admettre  quec'est  le  plus 
rapide  de  tous  les  animaux  de  mer  et  de  terre,  dans  ses 


LE     NATURALISTE 


mouvements.  On  prétend  que,  dans  ses  bonds,  il  saute 
jusque  par-dessus  les  voiles  des  grands  vaisseaux.  C'est 
ce  qui  leur  arrive  surtoutquand  ils  poursuivent  quelque 
poisson  pour  le  dévorer;  ils  plongent  avec  lui  jusqu'au 
fond  des  mers,  où  il  fuit  ;  mais  quand  le  retour  doit  de- 
venir par  trop  Ions;,  ils  retiennent  leur  souffle,  comme  s'ils 
avaient  calculé  la  distance,  et,  se  retournant  soudain,  ils 
vont  avec  la  rapidité  d'une  flèche,  voulant  franchir  l'im- 
mense intervalle  aussi  vite  que  possible,  afin  de  pouvoir 
respirer  à  la  surface.  C'est  dans  cet  élan  qu'ils  bondis- 
sent par-dessus  les  bateaux  (jui  se  trouvent  là.» 

Dans  sa  Géographie  (liv.  XVII,  ch.  ii)  Strabon  nous 
dit  :  a  Aristobule  ])rétend  qu'aucun  poisson  do  mer  ne 
remonte  le  Nil,  à  cause  des  crocodiles,  et  qu'il  en  est 
trois  pourtant  qu'on  y  renconlre,  à  savoir  :  le  dauphin,  le 
ceftreus  et  le  thrissa  ;  le  dauphin,  parce  qu'il  est  plus  fort 
que  le  crocodile.  «  etc. 

C'est  ce  que  dit  aussi  Pline  au  livre  VIII,  ch.  xxxviii, 
de  son  Histoire  naturelle  : 

Il  Le  crocodile  était  un  fléau  trop  dangereux  pour  que 
la  nature  se  contentât  de  lui  opposer  un  seul  ennemi  :  aussi 
des  dauphins  qui  entrent  dans  le  Nil  ont  sur  le  dos  une 
épine  (I)  qui  semble  aiguisée  pour  servird'arme  :  les  cro- 
codiles veulent  les  empêcher  de  chasser  dans  un  fleuve 
qu'ils  regardent  comme  leur  domaine;  le  dauphin,  plus 
faible  que  son  ennemi,  le  met  à  mort  par  ruse  ;  en  effet, 
tous  les  animaux  ont  un  instinct  admirable  qui  leur  fait 
connaître  non  seulement  leurs  propres  avantages,  mais 
encore  les  désavantages  de  leurs  ennemis,  leurs  armes,  le 
côté  faible  de  ceux  qu'ils  attaquent.  Le  crocodile  a  sous 
le  ventre  la  peau  molle  et  mince;  le  dauphin,  comme 
effrayé,  plonge,  passe  sous  le  ventre  de  son  ennemi,  et 
il  le  lui  perce  avec  son  épine.  » 

Strabon  continue  ainsi  : 

(XII,  III,  §  19)  n  Lesdauphins,  onicsait,  viennent  vo- 
lontiers à  la  suite  des  poissons,  tels  que  les  cordyles,  les 
thynnes,  et  même  les  péiamydes,  qui  voyagent  par  bandes. 
Naturellement,  ils  s'engraissent  vite  aux  dépens  de  ces 
poissons,  et  n'en  deviennent  (jue  plus  faciles  à  prendre, 
leur  voracité  les  poussant  à  se  rapprocher  des  côtes  le 
plus  possible.  Or,  une  fois  qu'on  les  a  amorcés  et  pris, 
ou  s'empresse  de  les  dépecer  pour  extraire  toute  leur 
graisse,  qu'on  fait  servir  ensuite  à  mille  usages  diffé- 
rents. » 

Il  paraît  qu'on  voyait  aussi  des  dauphins  dansleGange 
et  ses  affluents  :  car,  au  ch.  i  du  livre  XV,  §  72,  Strabon 
dit  :  «...  Entre  tous  les  affluents  du  Gange,  Artémidore 
distingue  l'Œdanès,  qui  nourrit  dans  ses  eaux,  paraît-il, 
des  crocodiles  et  des  dauphins.  » 

Au  chapitre  li  du  livre  XIII,  §  4,  il  raconte  succincte- 
ment l'aventure  du  musicien  Arion  :  «...  Ici,  àMéthymne 
est  né  Arion,  personnage  qu'un  récit  fabuleux  d'Héro- 
dote a  rendu  célèbre,  et  qui,  jeté  à  la  mer  par  des  pirates, 
se  sauva,  dit-on  sur  le  dos  d'un  dauphin,  et  put  ainsi 
gagner  Ténare  :  cet  Arion  était  citharède.  » 

Ovide,  dans  ses  Fastes,  nous  parle  aussi  d'Arion,  éter- 
nel sujet  pour  les  poètes  (livre  II, v.  79  à  ll8);il  s'agit  de 
la  constellation  du  Dauphin  : 

«...  Le  Dauphin,  dont  vous  admirez  la  couronne 
d'étoiles,  vous  échappera  aussi  la  nuit  suivante.  Est-ce 
celui  dont  les  recherches  heureuses  secondèrent  les 
amours  secrètes  de  Neptune  (2),  ou  si  c'est  l'habitant  de 

(1)  D'après  Cuvier.  c'est  le  ^qualus  acanlhias. 
(.2)  Et  d'Amphitrite. 


l'onde  qui  porta  le  poète  de  Lesbos  et  sa  lyre  ?  Sur 
l'Océan,  sur  la  Terre,  quel  lieu  n'est  plein  de  la  gloire 
d'Arion  ?  Ses  chants  suspendaient  les  fleuves  dans  leurs 
cours.  On  vit  souvent,  aux  accords  de  sa  lyre,  le  loup 
quitter  la  poursuite  de  la  brebis  timide,  et  l'innocente 
proie  oublier  sa  peur  et  ses  dangers.  Le  même  arbre 
prêtait  son  ombre  aux  chiens  et  aux  lièvres,  la  biche 
prenait  place  sur  le  rocher  auprès  de  la  lionne;  pour  la 
première  fois,  l'oiseau  de  Minerve  supportait  sans  humeur 
le  babil  de  la  corneille  ;  la  colombe  ne  fuyait  plus  l'éper- 
vier.  On  dit  même,  harmonieux  poète,  que  la  scuur 
d'Apollon,  séduite  par  tes  chants,  croyait  entendre  son 
frère.  Le  nom  d'Arion  avait  retenti  dans  toutes  les  villes 
de  la  Sicile,  et  les  côtes  mêmes  de  l'Ausonie  avaient  répété 
ses  accords.  Le  poète  revenait  de  ces  beaux  lieux.  Il 
montait  un  vaisseau  chargé  des  trésors  qu'il  devait  à  son 
génie,  etc.,  etc.  —  Toute  œuvre  pie  attire  les  regards  du 
Ciel  :  Jupiter  jilaça  le  dauphin  parmi  les  astres  et 
l'entoura  de  neuf  étoiles.  » 

Cette  constellation  en  a  même  seize  visibles  à  l'oeil  nu. 

Dans  ses  Métamorphoses  (livre  III,  v.  670-687),  Acoetes 
raconte  comme  il  s'était,  avec  ses  compagnons,  emparé 
du  jeune  Bacchus  ivre,  à  Naxos,  et  comment  ce  dieu, 
pour  l'en  punir,  transforma  ses  compagnons  en  dau- 
phins : 

...  primusque  Mcdon  nigrcscere  pinnis 
Corpore  depresso,  et  spinœ  curvamina  flecti 
Incipit;  etc.,  etc. 

«  Médon,  le  premier,  voit,  sur  ses  membres  courbés, 
naître  de  noires  écailles,  et  l'épine  de  son  dos  se  courber 
en  arc.  Quelle  étonnante  métamorphose  !  lui  ditLycabas; 
et  pendant  qu'il  profère  ces  mots,  sa  bouche  s'allonge, 
son  nez  s'élargit,  et  sa  peau  durcie  se  couvre  d'écaillés. 
Un  autre  veut,  d'un  bras  vigoureux,  saisir  les  câbles; 
mais  il  n'a  plus  de  bras  :  mutilé,  il  tombe  au  fond  de  la 
mer,  et  son  corps  se  termine  par  une  queue  semblable  à 
une  faux  ou  au  croissant  de  la  lune  quand  elle  nous 
montre  la  moitié  de  son  disque,  (,'à  et  là  ils  bondissent  et 
font  jaillir  au  loin  les  flots; puis  ils  s'élancentdu  sein  des 
eaux  et  s'y  plongent  encore;  ils  nagent  en  chœur,  se 
livrent  à  mille  jeux,  et  l'onde  qu'ils  ont  aspirée  ils  la 
rejettent  hors  de  leurs  larges  naseaux.  » 

Avait-il  tout  à  fait  tort,  notre  Régnier,  poète  lui-même, 
quand  il  disait  : 

Pour  être  bon  poète  il  faut  tenir  des  fous  ? 

Et  Jean  Passerat,  poète  aussi,  n'a-t-il  pas  dit  : 

Le  poète  et  le  fou  sont  de  même  nature? 

Quant  au  poète  Malherbe,  il  est  encore  plus  incisif  : 

Un  bon  poète,  dit-il,  n'est  guère  plus  utile  à  l'Etat  qu'un 
bon  joueur  de  quilles. 

Eh!  eh!  ne  chicanons  pas  trop  ces  trois  augures  :  ils 
aimaient  la  vérité.  Mais  les  prosateurs  disent  parfois 
autant  de  folies  que  les  poètes;  écoutons-les. 

Voici  d'abord  Pline  l'ancien  et  son  Histoire  naturelle 
(livre  IX,  ch.vii)  :  «  Le  plus  rapide  de  tous  les  poissons, 
et  même  de  tous  les  animaux,  est  le  dauphin;  il  est  plus 
prompt  qu'un  oiseau,  qu'une  flèche;  et  s'il  n'avait  pas  la 
gueule  beaucoup  au-dessous  du  museau  (???)  et  presque 
au  milieu  du  ventre  (!!!)  aucun  poisson  ne  lui  échappe- 
rait, etc.,  etc.  » 

Puis  il  copie  mot  à  mot  Aristote,  et  il  continue  ainsi  : 

«...  Leur  langue,  contre  la  disposition  habituelle  aux 


LE     NATURALISTE 


animaux  aquatiques,  est  mobile,  courte  et  large,  et  ne 
dilTère  guère  de  celle  du  cochon.  Au  lieu  de  voix,  il  ont 
un  gémissement  semblable  au  gémissement  humain  ;  leur 
dos  est  voûté,  leur  nez  camard  (simus,  o-iixo;)  ;  c'est  pour 
cette  raison  qu'ils  reconnaissent  tous  d'une  manière  sin- 
gulière le  nom  de  Simon,  qu'on  leur  donne,  et  ils  aiment 
à  être  appelés  ainsi. 

Vin.  —  «  Le  dauphin  n'est  pas  seulement  ami  de 
l'homme,  il  aime  aussi  la  musique  ;  la  symphonie  le 
charme,  et  surtout  le  sondes  instruments  hydrauliques. 
Pour  lui,  l'homme  n'est  pas  un  étranger  dont  il  ait  peur  ; 
il  va  au-devant  des  vaisseaux,  il  joue,  il  bondit,  il  joute 
même,  et  dépasse  les  navires  quoiqu'ils  voguent  à  pleines 
voiles.  Sous  le  règne  du  dieu  Auguste,  un  dauphin  mis 
dans  le  lac  Lucrin  prit  en  amitié  l'enfant  d'un  pauvre 
homme.  Cet  enfant,  allant  habituellement  de  Baies  à 
Putéoles  (Pouzzoles)  pour  se  rendre  à  l'école,  s'arrêtait 
vers  midi  sur  la  rive,  l'appelait  du  nom  de  Simon,  et  l'al- 
léchait en  lui  jetant  des  morceaux  de  pain  qu'il  portait 
dans  cette  intention.  Je  n'oserais  rapporter  ce  fait  s'il 
n'était  consigné  dans  les  écrits  de  Mécène,  de  Fabianus 
Alfius  et  de  plusieurs  autres.  A  quelque  heure  du  jour 
qu'il  fijt  appelé,  eùt-il  été  caché  au  fond  des  eaux,  le 
dauphin  accourait.  Ayant  reçu  sa  portion  de  la  main  de 
l'enfant,  il  lui  présentait  son  dos  pour  qu'il  y  montât,  et 
cachait  ses  aiguillons  comme  dans  une  gaine.  Il  le  por- 
tait ainsi  jusqu'à  Putéoles  à  travers  un  grand  espace 
d'eau,  et  le  ramenait  de  la  même  façon.  Cela  dura  plu- 
sieurs années,  jusqu'à  ce  qu'enfin,  l'enfant  étant  mort  de 
maladie,  le  dauphin,  qui  venait  de  temps  en  temps  au 
lieu  accoutumé,  triste  et  affligé,  succomba  à  son  tour, 
victime  (ce  dont  personne  ne  douta)  des  regrets  qu'il 
éprouvait.  » 

On  verra  plus  loin  qu'Appien  a  encore  dramatisé  ce 
récit  plus  qu'il  ne  l'est. 

Voilà  un  fait  bien  incroyable,  et  contre  lequel  nous 
nous  insurgeons.  Eh  bien,  nous  avons  peut-être  tort. 
D'abord,  était-ce  réellement  un  dauphin  ?  ne  s'agit-il 
point  ici  d'un  plioque,  d'une  otarie  '?... 

Tout  le  monde  a  vu  les  otaries  du  Jardin  d'Acclimata- 
tion. Ces  animaux  accourent  d'un  bout  de  leur  bassin  à 
l'autre,  à  la  vue  d'un  morceau  de  pain;  un  enfant  leur  en 
fait  faire  le  tour  en  tenant  l'appât  à  la  hauteur  do  leur 
mufle.  Admettez  maintenant  que  ces  animaux  familiers 
puissent  jouer  avec  un  enfant;  que  celui-ci,  bien  connu 
du  camarade  aquatique,  le  flatte,  le  caresse,  l'habitue 
à  son  contact  continuel  (c'est  d'ailleurs  ce  qui  a  lieu  entre 
les  otaries  et  leur  gardien)  ;  qu'y  aurait-il  d'étonnant  à  ce 
que  l'amphibie,  nageant  cùte  à  cote  avec  son  ami,  le  lais- 
sât grimper  sur  son  dos  et  le  portât  ainsi  plus  ou  moins 
loin  ?...  Faites  maintenant  la  part  de  l'exagération  du 
vulgaire,  et  voilà  tout  un  roman  échafaudô,  revu,  em- 
belli, et  prenant  bientôt  tous  les  caractères  de  la  fable. 
C'est  ainsi  que  la  mythologie  —  comme  l'histoire,  sou- 
vent —  a  été  écrite. 

«  Un  autre  dauphin,  continue  Pline  l'Ancien,  il  y  a 
quelques  années,  sur  la  côte  d'Afrique,  près  d'Hippone 
Diarrhyte,  recevait  de  la  même  façon  les  aliments  de  la 
main  des  hommes,  se  prêtait  à  leurs  caresses,  jouait  avec 
les  nageurs  et  les  portait  sur  son  dos.  Il  fut  frotté  avec  un 
parfum  par  Flavianus,  proconsul  d'Afrique  ;  cette  odeur, 
nouvelle  pour  lui,  l'assoupit,  et  il  flotta  comme  un  corps 
mort.  Pendant  quelques  mois  il  s'abstint  de  la  société 
des  hommes,  comme  si  un  outrage  l'en  avait  chassé; 
puis  il  revint,  et  présenta  le  spectacle  des  mêmes  mer- 


veilles. On  accourait  le  voir  de  tous  côtés,  et.  comme  les 
visiteurs  étaient  parfois  d'un  rang  fort  élevé,  la  ville,  qui 
était  pauvre,  était  entraînée  à  des  dépenses  hors  de  ses 
moyens  pour  recevoir  convenablement  ses  hôtes.  On  ré- 
solut donc  de  se  débarrasser  du  bon  dauphin  et  on  le  fît 
secrètement  périr.  » 

C'est  là  où  le  crétinisme  humain  apparaît  dans  toute 
sa  splendeur. 

Pline  le  Jeune,  neveu  du  précédent,  a  écrit  cette  histoire 
à  son  amiCavinius,  dansune  longue lettre(xx.xiii°  épitre), 
où  il  ajoute  de  nombreux  détails,  et  dans  laquelle  il  dit 
que,  tel  qu'il  s'est  passé,  sans  y  ajouter  aucun  ornement 
étranger,  ce  fait  pourrait  être  célébré  en  vers  éloquents, 
et  constituer  un  beau  poème  ;  —  pas  en  l'honneur  de 
l'homme,  certes  ! 

n  Mais  avant  tout  cela,  continue  Pline  l'Ancien,  on  a 
cité  l'aventure  d'un  enfant  de  la  ville  d'Iassos  ;  longtemps 
un  dauphin  f^Jt  remarqué  pour  l'attachement  qu'il  portait 
à  ce  petit.  Un  jour,  le  suivant  avec  trop  d'ardeur  sur  le 
rivage,  au  moment  où  il  regagnait  la  terre,  il  s'échoua 
sur  le  sable  et  expira,  Alexandre  le  Grand  fit  cet  enfant 
prêtre  de  Neptune,  à  Babylone,  considérant  cet  attache- 
ment du  dauphin  comme  une  preuve  de  la  faveur  de  la 
divinité. 

«  Théophraste  rapporte  qu'un  dauphin  mourut  de  cha- 
grin à  la  suite  du  décès  d'un  enfant  son  ami,  mort  dans 
les  flots  en  jouant  avec  lui. 

«  Je  n'en  finirais  pas  si  je  voulais  citer  tous  les  faits  de 
ce  genre.  Les  Amphilochiens  et  les  Tarentins  font  les 
mêmes  récits  d'enfants  et  de  dauphins;  cela  donne  de  la 
vraisemblance  à  l'histoire  d'Arion...  » 

{Suit  l'histoire  d'Arion,  que  nous  verrons  tout  à  l'heure  en 
détail.) 

Pline  cite  ensuite  des  faits  d'une  prodigieuse  incohé- 
rence :  les  dauphins  venant  donner  un  coup  de  na- 
geoire aux  pêcheurs  pour  que  leur  pêche  soit  aussi  heu- 
reuse que  possible  : 

(Livre  IX,  chap.  ix.)  «  Un  nombre  infini  de  muges,  à 
une  épocjnefixe,  se  précipitent  dans  la  mer  par  l'ouverture 
étroite  de  l'étang  nommé  Latera,  dans  la  province  de 
Narbonne,  au  territoire  de  Nîmes,  au  moment  du  reflux. 
Cela  fait  qu'on  ne  peut  tendre  des  filets,  qui  ne  résisteraient 
pas  à  un  pareil  poids,  quand  même  le  choix  du  moment 
ne  favoriserait  pas  les  muges.  Aussi,  ces  poissons  se  ren- 
dent-ils en  toute  hâte  dans  une  mer  profonde  que  forme  un 
gouffre  voisin,  etils  s'empressent  de  fuir  le  seul  lieu  où 
l'on  puisse  tendre  des  filets.  Dès  que  les  pêcheurs  s'en 
sont  aperçus,  tout  le  peuple  (car  une  foule  immense,  con- 
naissant l'époque,  et  surtout  avide  de  ce  plaisir,  s'est 
réunie),  tout  le  peuple,  dis-je,  appelle  à  grands  cris,  du 
rivage,  Simon  à  l'afl'aire  et  au  spectacle. 

«  Les  dauphins  entendent  bientôt  qu'on  a  besoind'eux,' 
le  vent  du  nord  portant  rapidement  la  voix  de  leur  côté, 
et  le  vent  du  midi  la  retardant.  En  tout  cas,  ils  ne  font 
pas  attendre  leur  secours.  On  les  voit  arriver  en  bataille, 
et  prendre  aussitôt  position  là  où  l'action  va  s'engager  : 
ils  coupent  aux  muges  le  chemin  de  la  haute  mer,  et,  en 
les  effrayant,  les  repoussent  dans  les  bas-fonds.  Alors  les 
pêcheurs  jettent  leurs  filets  et  les  soulèvent  avec  des 
fourches;  néanmoins  les  muges, agiles,  les  franchissent; 
mais  les  dauphins  fondent  sur  eux,  et,  se  contentant 
pour  le  moment  de  les  tuer,  remettent  à  les  manger 
après  leur  victoire.  L'afl'aire  est  chaude.  Les  dauphins, 
qui  poussent  vigoureusement  leur  pointe,  se  laissent  en- 
fermer dans   les  filets  ;  et,  pour  que  leur   présence  ne 


LE     NATURALISTE 


73 


presse  poiiil  hi  fuite  de  reniienii,  ils  se  glissent  ontio  les 
barriiies,  les  filets  ou  les  nageurs,  avec  assez  de  ménage- 
mont  pour  ne  pas  ouvrir  une  issue  aux  poissons.  Ils  ne 
font  aucun  elVort  jiour  s'échapper  par  des  sauts  (ce  qui 
est  ordinairement  leur  amusement  favori)  avant  qu'on 
abaisse  les  lilcts  devant  eux  ;  sortis,  ils  combattent  aussi- 
tôt devant  l'enceinte.  Enfin,  la  pèche  terminée,  ils  dévo- 
rent ceux  qu'ils  ont  tués;  mais,  sentant  qu'ils  ont  rendu 
trop  de  services  pour  ne  recevoir  de  salaire  qu'un  seul 
jour,  ils  attendent  au  lendemain,  et  se  rassasient  non 
seulement  de  poisson,  mais  de  pain  tremiié  dans  du 
vin. 

E.  Santini  de  Riols. 


L<'lionaino    intorslaclairo 


Les  premières  traces  certaines  de  l'homme  dans  les 
formations  géologiques  se  rapportent  à  l'époque  inter- 
glaciaire. Dans  les  dépôts  sablonneux  laissés  par  les 
larges  fleuves  d'alors,  si  larges  qu'ils  atteignaient,  comme 
la  Seine,  par  exemple,  16  kilomètres,  on  rencontre,  avec 
les  molaires  d'Elepha^  antiquiis  et  de  Rhinuceros  Merckii, 
des  silex  taillés  par  l'homme. 

Ce  sont  des  instruments  rudinientaires,  tous  identiques, 
qu'on  a  décorés  du  nom  de  haches.  C'est  un  silex  ou  un 
fragment  d'autre  roche,  auquel  on  a  donné  la  forme 
d'une  grosse  amande  en  détachant,  par  le  martelage,  des 
éclats  sur  ses  deux  faces.  La  forme,  la  grandeur,  le  fini 
varie,  mais,  au  fond,  l'instrument  reste  le  même,  tou- 
jours identique,  et  il  est  aisé  de  le  reconnaître  à  première 
vue.  L'amande  est  plus  ou  moins  ovale,  se  terminant, 
d'une  part,  en  pointe  souvent  aiguë,  s'arrondissant 
d'autre  part  en  un  talon  épais.  Cet  instrument  pouvait 
servir,  par  sa  pointe,  d'arme  perforante,  par  son  talon, 
de  marteau  jiour  la  frappe.  Était-il  tenu  simplement  à 
la  main  ou  fixé  à  l'extrémité  d'un  épieu':"  La  réponse  est 
dillicile  à  donner,  car  aucun  indice  n'a  été  relevé  pour 
une  solution  définitive. 

C'est  en  1847  que  Boucher  de  Perthes,  dans  le  pre- 
mier volume  de  ses  Antiquités  celtiques  et  antt'dilnviennes, 
appela  l'attention  du  monde  savant  sur  ces  haches,  y  vit 
un  travail  intentionnel  et  n'hésita  pas  à  en  rapporter  la 
fabrication  à  la  race  d'hommes  détruite  par  le  déluge  uni- 
versel. L'idée  de  découvrir  dans  les  dépôts  sablon- 
neux du  diluvium  les  restes  des  hommes  qui  furent 
anéantis  par  le  déluge  de  Noé,  conduisit  Boucher  de 
Perthes  à  cette  importante  découverte.  C'est  en  recher- 
chant dans  les  alluvions  des  environs  d'Abbeville  les 
restes  des  antiques  humains  détruits  par  cette  mémorable 
inondation,  que  cet  homme  modeste  découvrit  ces  silex 
taillés. 

L'annonce  de  cette  trouvaille  imprévue  déchaîna  contre 
son  auteur  de  violentes  protestations.  «  Archéologue 
inconnu,  géologue  sans  diplôme,  dit  Boucher  de  Perthes, 
je  voulais  renverser  tout  un  système,  confirmé  par  une 
longue  expérience  et  adopté  par  tant  d'hommes  éminents. 
C'était  là,  disait-on,  une  étrange  prétention...  Ils  ne 
soupçonnaient  pas  ma  bonne  foi;  mais  ils  doutaient  de 
mon  bon  sens.  »  Le  mot  «  hérésie  »  fut  prononcé.  Et 
cependant,  même  en  se  plaçant  sur  le  terrain  des  textes 
bibliques,  il  était  étrange  de  contester  la  présence  d'armes 


humaines  dans  les  couches  formées  jiar  ce  cataclysme, 
puisque  les  hommes  avaient,  d'après  la  Bilde,  disparu 
dans  celte  inondation  universelle! 

Boucher  de  Perthes,  convaincu,  ne  se  laissa  pas  décou- 
rager; il  continua  ses  fouilles  et,  dix  ans  plus  tard,  il 
publia,  en  1857,  le  second  volume  de  son  travail. 

Pendant  ce  laps  de  temps,  la  question  de  l'homme 
antédiluvieiï  avait  fait  un  grand  pas.  Les  travaux  pres- 
que oubliés  de  Tournai  de  Narbonne  (1828),  de  Christol 
de  Montpellier  (1829),  de  Schmerlinde  Liège  (1833),  d'Ay- 
mard  du  Puy  M844).  d'Ami  Boue,  de  l'Académie  des 
Sciences  de  Vienne  (1823),  avaient  affirmé  la  présence 
d'ossements  humains  associés,  dans  les  dépots  des  ca- 
vernes et  du  diluvium,  aux  ossements  fossiles  d'animaux 
disparus.  Cuvier  leur  avait  opposé  une  dénégation  for- 
melle, en  niant,  dans  son  Discours  sur  les  révolutions  du 
globe,  l'existence  de  l'homme  contem])orain  des  derniers 
phénomènes  géologiques  et  des  derniers  animaux  d'es- 
pèces éteintes,  de  rhomme  fossile,  en  un  mot.  Les  décou- 
vertes de  Boucher  de  Perthes  soulevaient  de  nouveau 
la  question  et  apportaient  des  arguments  du  plus  haut 
intérêt.  Dès  18b4,  le  docteur  Rigollot,  d'abord  son  ad- 
versaire, se  déclarait  converti  et  groupait  autour  de  lui 
des  partisans  convaincus.  Les  savants  anglais  Joseph 
Prestwich  et  .John  Evans,  Ch.  Lyel,  donnaient,  en  18S9, 
l'appui  de  leur  puissante  autorité  au  savant  français, 
réunissant  ainsi  il'indiscutahles  matériaux  pour  établir 
les  Preuves  géologiques  de  Vantiquité  de  l'homme.  Le 
troisième  et  dernier  volume  de  Boucher  de  Perthes 
parut  en   1864. 

C'est  en  1832,  à  Thuisson,  aux  portes  d'Abbeville,  que 
Boucher  de  Perthes  avait  trouvé  la  première  hache   en 


y^GM 


Silex  taillé  interglaciaire  (Hache  clielléenuej.vue  do  face 
et  vue  de  profil. 

silex  taillé.  Toutes  les  alluvions  quaternaires  de  la  région 
montrent,  en  abondance,  des  instruments  du  même  type. 
Amiens  est  un  centre  aussi  riche;  le  gisement  de  Saint- 
Acheul  qui  touche  à  la  ville  a  donné  un  nombre  prodi- 
gieiix  débâches.  Le  D'' Rigollot  en  a  vu  sortir  du  sol  plus 
de  quatre  cents  en  cinq  mois;  on  estime  à  plus  de  vingt 
mille  le  nombre  des  pièces  recueillies  jusqu'à  ce  jour  sur 
ce  point.  De  nombreuses  stations  sont  disséminées  sur 
les  graviers  quaternaires  de  la  vallée  do  la  Somme  et  de 
ses  affluents. 


LE     NATURALISTE 


Le  bassin  de  la  Seine  a  des  carrières  de  graviers  aussi 
riches  en  silex.  En  1859  H.  Gosse  y  fit  les  premières  dé- 
couvertes. Les  vallées  affluentes  en  présentent  toutes.  Celle 
de  la  Marne  contient  le  gisement  de  Chelles.quedeMortillet 
a  pris  comme  type  de  cette  époque.  La  Normandie,  la 
Bretagne,  le  bassin  de  la  Loire,  la  Vendée,  les  Charentes, 
le  bassin  de  la  Dordogne,  les  liassins  du  Rhône  et  du 
Rhin  ont  offert  de  précieux  gisements.  En  Angleterre, 
la  station  de  Iloxne,  comté  de  Suffolk,  est  la  plus  célèbre  ; 
mais  le  bassin  de  l'Ouse  a  fourni  un  grand  nombre  de 
haches  bien  conservées.  De  nombreuses  stations  ja- 
lonnent les  vallées  (juaternaires. 

La  Belgique,  l'Espagne,  le  Portugal,  l'Italie,  la  Grèce, 
l'Afrique,  ont  donné  d'importantes  stations.  Pour  l'Alle- 
magne, la  Russie  et  le  nord  de  l'Europe,  les  points;  signa- 
lés sont  méridionaux  et  ne  s'avancent  pas  dans  la  zone 
glaciaire  qui,  malgré  le  recul,  couvrait  tout  le  nord  de 
l'Europe. 

Lorsque  M.  de  Mortillet  établit  la  classification  de  ses 
époques  préhistoriques,  il  donna  à  l'époque  qui  nous  oc- 
cupe le  nom  d'Acheuléen,  nom  tiré  de  la  station  de  Saint- 
.\cheul  si  bien  étudiée  par  le  D''  Rigollot  ;  plus  tard,  la 
station  de  Chelles  fut  décrite,  il  la  trouva  plus  typique  et 
substitua  le  nom  de  Chelléen  à  celui  d'.Acheulécn  qui 
restent  synonymes.  Cette  époque  correspond  géologi- 
quement  à  l'époque  interglaciaire. 

Elle  est  caractérisée  par  une  flore  que  les  Tufs  de  la 
Celle  (Seine-et-Marne)  ont  conservés.  Parmi  les  plantes 
déterminées  par  M.  de  Saporta,  plusieurs  espèces  dé- 
notent un  climat  plus  doux  et  assez  chaud.  Le  buis  et  le 
fusain  à  larges  feuilles  ne  dépassent  plus  la  Bourgogne, 
l'arbre  de  Judée  atteint  Orange,  le  figuier  sauvage  est 
propre  à  la  Provence  et  le  laurier  des  Canaries  n'a  plus 
de  stations  françaises.  Pour  que  ce  dernier  arbuste  put 
persister,  le  froid  maximum  ne  pouvait  dépasser  8°. 
Tous  les  gisements  végétaux  de  cette  époque  amènent 
à  cette  conclusion  que  la  température  était  égale,  uni- 
forme, à  écarts  beaucoup  moins  étendus  que  de  nos 
jours. 

La  faune  a  pour  types  caractéristiques  :  Elephas  anli- 
quus,  l.hlnoctros  Mcn-kii,  et  Hippopotamiis  amphibius.  Ces 
animaux  ont  des  allinités  étroites  avec  les  formes  de  la 
faune  chaude  accompagnant  Elephas  meridionalis. 
'  C'est surles bords  des  largesfleuves  de  cei.te  époque  que 
l'homme  chelléen  façonnait  ses  silex  en  amandes,  qu'il 
utilisait  à  divers  travaux  et  dont  il  se  servait  comme 
armes  pour  lutter  contre  les  animaux  dont  il  faisait  sa 
nourriture. 

Cet  homme,  nous  le  connaissons  par  le  squelette  de 
Nértnderlhal,  trouvé  dans  les  alluvions  quaternaires  de  la 
vallée  de  la  Dûssel,  près  Dusseldorf,  par  le  crâne  de 
Canstadt,  par  les  ossements  de  Lahr  redécouverts  au 
Muséum  par  N.-E.  Hamy,  par  les  crânes  d'Eguisheim, 
de  Brux,  de  l'OImo,  de  Denise,  par  des  pièces  diverses 
dont  les  plus  importantes  sont  les  mâchoires  de  la  Nau- 
lette,  de  Gourday,  de  Goyei,  de  Malarnaud,  etc.  Il  ne 
dépassait  pas,  comme  taille,  la  moyenne  actuelle  ;  il 
avait  des  muscles  puissants  et  une  grande  vigueur  tho- 
racique.  Avec  ses  arcades  sourcilières  proéminentes,  son 
front  étroit  et  fuyant,  sa  tète  aplatie  et  très  allongée 
(dolicocéphatie pure],  son  menton  rejeté  eu  arrière,  la  tête 
présente  des  caractères  simiens  très  évidents.  Il  s'agit 
d'une  race  inférieure,  se  rapprochant  île  l'Australien  ou 
du  Boschiman;  c'était  peut-être  un  négroïde.  Ce  type 
néanderthaloidc  constitue  la  Race  de  Cariiftadt. 


Ces  populations  qui  apparaissent  ainsi  dans  les  allu- 
vions interglaciaires  ont-elles  été  précédées  sur  notçe  sol 
par  d'autres  hommes?  Jusqu'ici  les  dépôts  glaciaires  de 
la  première  extension  et  les  couches  tertiaires  sont  restées 
muettes.  A  un  moment  donné  on  a  cru  avoir  découvert 
l'homme  tertiaire,  que  M.  de  Mortillet  appela  VAn- 
thropopilhcque,  mais  les  pièces  n'ont  pas  résisté  à  un 
examen  approfondi.  Les  entailles  et  incisions  observées 
sur  des  ossements  tertiaires  et  rapportées  à  l'action  de 
l'homme  ne  sont  que  des  empreintes  de  dents  d'animaux 
carnassiers.  Les  soi-disant  silex  éclatés  et  taillés  par 
l'homme  s'expliquent  par  l'intervention  des  causes 
naturelles. 

Le  19  aoiit  1867,  au  Congrès  d'anthropologie,  l'abbé 
Bourgeois  présenta  des  silex  provenant  du  calcaire  de 
Beauce  de  Thenay  et  qu'il  considérait  comme  déformés 
par  l'action  du  feu  et  retouchés,  usés  par  l'action  de 
l'homme.  C'était  la  question  de  l'homme  tertiaire  qui  se 
posait  devant  le  Congrès.  M.  G.  de  Mortillet  adopta  les 
idées  de  l'abbé  Bourgeois  et  bientôt  la  découverte, de  silex 
taillés  par  M.  Carlos  Ribeiro  dans  le  tertiaire  de  Portugal 
et  celle  de  formes  analogues  ]jar  M.  Rames,  au  Puy 
Courny,  près  d'Aurillac,  dans  le  miocène  supérieur, 
semblèrent  lui  donner  gain  de  cause.  Mais  l'entraîne- 
ment du  premier  moment  ne  dura  pas,  on  contesta  l'in- 
tervention humaine  pour  la  production  des  éclats  des 
silex,  et  peu  à  peu  les  anthropologistes,  même  ceux  qui, 
comme  Cartailhac,  avaient  admis  au  Congrès  de  Bruxelles 
de  1872  des  pièces  taillées  ]iarmi  les  échantillons  de 
Theoay,  refusèrent  le  caractère  intentionnel  aux  formes 
oliservées.  M.  Adrien  de  Mortillet  livra,  au  Congrès  de 
Paris  de  1891,  une  dernière  liataille  en  faveur  de  l'homme 
tertiaire.  MM.  Boule  et  Cartailhac  affirmèrent  que  Rames 
se  gardait  bien  de  soutenir  que  les  silex  de  Puy  Courny 
étaient  taillés,  et  M.  Cartailhac  résuma  l'opinion  générale 
des  anthropologistes  par  la  phrase  suivante  :  «  C'est  avec 
un  véritable  chagrin  que  j'ai  dû  me  séparer  de  M.  N.  de 
Mortillet  et  renoncer  à  voir  dans  les  silex  éclatés  de  la 
période  terliaire  des  preuves  de  l'action  humaine.  »  Les 
ancêtres  de  l'homme  chelléen  ou  interglaciaire  restent 
donc  à  découvrir. 

Lorsque  les  glaciers  reprirent  leur  marche  en  avant, 
lorsque  la  faune  froide  succéda  à  la  faune  chaude  de 
l'interglaciaire,  des  hommes  continuèrent  à  vivre  sur  le 
sol  de  la  France  ;  nous  leur  consacrerons  une  prochaine 
étude. 

D"'  Paul  (iiROD, 
Professeur  à  l'UnivL'rsito  de  Clermont-Ferrand. 


ACADÉDIIE  DES  SCIENCES 


Depuis  l'apparition  du  travail  de  M.  Nicolas  de  Zograff, 
sur  le  système  nerveux  embryonnaire  des  Crustacés,  M.  leD'R. 
S.  Bergh,  de  Copenhiague,  a  émis  l'opinion  que  les  cellules, 
répondant  à  la  réaction  du  bleu  de  méthylène,  ne  présentent 
pas  de  caractères  assez  décisifs  pour  être  reconnues  comme 
des  cellules  nerveuses.  Une  nouvelle  étude  des  Nauplius  d'eau 
douce,  en  appliquant  à  leur  étude,  outre  la  méihode  d'Ehr- 
lich,  les  méthodes  de  M  Golgi  et  Ramon  y  Cajal  conduisent 
M.  de  Zogralï(l)  à  la  confirmation  de  ses  premiers  résultats. 
Il  existe  donc  bien  chez   les  larves   de   Crustacés  un   système 


it)  Séance  du  23  janvier. 


LE     NATURALISTE 


nerveux  emln-yonnaire  différent  de  celui  de  l'adulte.  Ce  sys- 
tème est  formé  de  cellules  spéciales  S(uis-cuticulaires  qui  se 
relient  entre  elles  par  des  ramilications  très  épaisses  et  sont 
en  rapport  avec  le  ganglion  sous-ojsophagien.  Les  cellules 
qui  le  composent  ont  une  disposition  spéciale  et  sont  toujours 
situées  aux  mêmes  endroits. 

M.  Calois  (Il  en  employant  la  même  méthode  d'Erlich  à  des 
études  d'iiistologie  et  d'anatomie  microscopique  de  l'encé- 
phale des  poissons,  arrive  au  même  résultat  que  Ramon  y 
Cajal.  Suivant  ces  auteurs,  le  bleu  de  méthylène  rendra  des 
services  comme  moyen  de  contrôle  et  pour  des  recherches 
d'ensemble  ^marche  des  faisceaux  nerveux,  des  fibres  commis- 
surales,  étude  des  noyaux  d'origine,  etc.i  Mais  ce  réactif  colo- 
rant ne  saurait  remplacer  dans  la  technique  histulogique  des 
centres  nerveux  les  fines  et  délicates  imprégnations  au  chro- 
mate  d'argent  nu  de  mercure. 

(Méthodes  de  Golgi,  Cox,  etc). 

Si,  comme  le  fait  très  justement  remarquer  M.  Giard  dans 
la  préface  de  ses  Bopyriens,  les  mésaventures  de  la  cuisine 
histologiquo  n'ont,  la  plupart  du  temps,  aucune  importance 
au  point  de  vue  de  la  valeur  d'un  travail,  il  n'en  reste  pas 
moins  vrai  que,  si  certains  auteurs  se  font  un  titre  de  gloire 
d'un  colorant  nouveau,  d'autres  cachent  avec  un  soin  jaloux 
et  par  un  travers  d'esprit  semblable  les  méthodes  qui  leur  ont 
procuré  les  meilleurs  résultats.  Nous  no  pouvons  donc  que 
féliciter  ceux  qui,  sans  aspirer  à  prendre  un  brevet  d'inven- 
tion, nous  communiquent  libéralement  les  méthodes  d'inves- 
tigation ou  de  préparation  qui  leur  fournissent  les  meilleurs 
résultats. 

Ceux-là  sont  généralement  ceux  qui  senties  plus  riches  en 
bons  travaux;  ils  comprennent  l'intéiét  général  qu'il  y  au 
généraliser  les  bonnes  méthodes  et,  d'autre  part,  ils  ont  trop 
d'acquis  pour  avoir  rien  à  perdre.  M.  de  Zograf  (2i  nous  four- 
nit un  nouvel  exemple  en  nous  communiquant  une  méthode 
de  préparation  parfaite  pour  les  rotateurs,  beaucoup  d'Infu- 
soires,  Héliozoaires,  Uhizopodes,  etc. 

Après  avoir  narcotisé  à  la  cocaine  chlorhydrique  de 
M.  Rousselet  (Voir  Boles,  Lee  et  Henneguy,  dernière  édition) 
sans  y  ajouter  d'alcool  méthylique,  on  fixe  les  animaux  avec 
une    quantité    assez    grande    de    solution   d'acide   osmique    à 

p-  ou  —  agissant  environ  2  à  4  minutes.  On  soutire  le 
mélange  osmique  avec  une  pipette  sans  toucher  aux  animaux 
reposant  au  fond  du  vase  et  on  le  remplace  par  une  solution 
faible  (environ  1  volume  pour  8  ou  10  volumes  d'eau  distillée) 
de  vinaigre  de  bois  cru.  On  lave  ensuite  3  ou  4  fois  à  l'eau 
distillée  et  on  remplace  ensuite  l'eau  par  la  série  des  alcools 
en  commençant,  par  celui  à  50  0/0  pour  finir  par  l'alcool 
absolu.  On  monte    au  baume. 

M.  Alexandre  Amaudrut  (3)  décrit  la  structure  de  l'appareil 
masticateur  ou  bulbe  des  Mollusques  et  son  mécanisme.  Les 
modifications  que  présente  la  structure  du  bulbe,  dans  les 
difl'érents  groupes,  portent  sur  le  nombre,  la  forme  et  la  dis- 
position des  cartilages,  des  mâchoires,  des  dents  et  des 
muscles  extrinsèques,  dits  rétracteurs  du  bulbe.  La  fonction 
essentielle  de  l'appareil  radulaire  consiste  à  prendre  les  ali- 
ments au  niveau  de  l'orifice  buccal  et  à  les  porter  à  l'entrée 
deToesophage;  le  mécanisme  en  est  le  même  chez  tous  les  Mol- 
lusques. 

^[.  S.  Jourdain  (4)  nous  signale  chez  quelques  sarcoptides 
plumicoles  un  accouplement  particulier,  le  mâle  s'accouplant 
avec  une  larve  octopode  avant  qu'elle  n'ait  subi  sa  dernière 
mue;  ce  n'est  que  pendant  le  cours  de  l'accouplement  que  la 
transformation  de  la  larve  octopode  a  lieu.  M  .S.  Jourdain 
réserve  i  ce  singulier  cas  d'accouplement  le  nom  de  pseudo- 
larvaire. 

M.  J.  Kiinckel  d'Herculais  ^51  communique  à  l'Académie  les 
observations  qu'il  a  faites  sur  les  Sesamies  lépidoptères  nui- 
sible au  mais,  à  la  canne  à  sucre,  au  sorgho,  etc.  C'est  encore 
un  autre  insecte  nuisible,  l'Hylésine  brillant,  qui  fait  le  sujet 
d'une  intéressante  note  de  MM.  A.  Ménégaux  (6j  et  J.  Cochon. 
Cet  insecte,  inconnu  dans  les  collections  il  y  a  oO  ans  et 
classé  comme  non  nuisible,  a  fait  de  tels  dégâts  dans  les 
forêts  en  Russie,  en  Suède,  en  Norvège,   eu   Allemagne,  qu'il 

(1)  Séance  du  23  janvier. 
(2i  Séance  du  !"■  février. 

(3)  Séance  du  1"  février. 

(4)  Séance  du  25  janviei . 
(d)  Séance  du  15  février. 
(fi;  Séance  du  25  janvier. 


est  maintenant  considéré  comme  très  nuisible;  son  mouyement 
d'envahissement  de  l'est  à  l'ouest  semble  se  continuer  par  la 
Suisse  et  le  Haut  Jura  où  il  a  l'ait  son  apparition  en  1895. 

Ce  qui  fait  le  danger  de  l'Hylésine  brillant  (Dcndroctonus 
Micans,  Ratz)  c'est  qu'il  ne  s'attaque  qu'aux  arbres  sains, 
dédaignant  les  troncs  morts  ou  les  souches,  et  les  arbres- 
pièges  qu'on  peut  lui  réserver  et  qui  sont  acceptés  par  tous 
les  autres  Xylophages. 

M.  Edmond  Bordage  (1)  a  ou  l'occasion  d'étudier  à  l'ilo 
Bourbon,  où  il  est  directeur  du  jardin  botanique,  certains 
phénomènes  d'automie  qu'il  a  observés  chez  les  Phasmides 
appartenant  aux  genres  Monandroptera  et  Rhaphiderus,  ainsi 
que  chez  leurs  larves. 

M.  Bordas  (2)  a  étudié  dans  le  même  groupe  dos  Ortho- 
ptères lamorphologie  des  appendices  de  l'extrémité  antérieure 
de  l'intestin  moyeu. 

Tous  les  Orthoptères  (sauf  les  Forficulida;  et  les  Phasmidœ), 
portent,  à  l'origine  de  l'intestin  moyen,  des  appendices  plus 
ou  moins  volumineux,  de  formes  très  vai-iables  d'une  famille 
à  l'autre,  et  dont  le  nombre  est  toujours  compris  entre  doux  et 
huit. 

La  présence  ou  l'absence  de  ces  appendices  permet  de  di- 
viser les  Orthoptères  en  deux  sections  très  nettes,  compre- 
nant des  espèces  dont  la  structure  des  organes  internes  cor- 
respond à  des  caractères  morphologiques  externes  différents; 
de  plus,  le  nombre  de  ces  organes,  leur  disposition,  leur  mode 
d'insertion,  les  plissements  qu'ils  présentent  à  l'intérieur  et 
surtout  la  présence  ou  l'absence  de  diverticules  postérieurs 
permeltcnt,  suivant  l'auteur,  de  caractériser  un  certain  nombre 
de  familles. 

Lorsque,  au  moyen  de  culture  sous  cloche  humide,  on  ob- 
tient la  sortie  do  certains  microcoques  sur  les  gangrènes  de 
tubercules  de  Pommes  de  terre,  le  mucus  aggloméré  sur  ces 
gangrènes  contient  souvent,  comme  l'a  découvert  M.  E. 
Rozo  (3  ,  un  nouveau  type  générique  de  -Myxomycète,  ayant  la 
forme  plasmodique  végétative  Jet  la  forme  enkystée  reproduc- 
trice. 

M.  Roze  désigne  ce  nouveau  type  de  Myxomycète  sous  le 
nom  de  Vilmorinella  micrococcorum. 

Au  mémo  auteur,  on  doit  encore  quelques  nouvelles  re- 
cherches sur  les  Amylotrogus  (4),  cet  autre  Myxomycète  para- 
site précédemment  découvert   par  lui. 

En  géologie,  il  importe  seulement  de  citer  une  courte  note 
de  M.  Paul  Chappat  sur  lo  Crétacé  (5)  en  Portugal  dans  la 
région  de  Mondégo,  et  enfin  une  note  de  M.  S.  Tempère  sur 
les  Diatomées  contenues  dans  les  phosphates  de  chaux  sues- 
sonicns  du  sud  de  la  Tunisie. 

A.  Eug.  Mal.\rd. 


Répertoire  ét|mo!ogi(]ue  des  noms  français 

ET  DES  DÉNOMINATIONS  VULGAIRES  DES  OISEAUX 

(Snite) 


Tacco.  —  Nom  donné,  à  cause  de  son  cri,  à  un  Oiseau  de 
1.1  fiimiUe  des  Cuculidês  {Saiirothera),  qui  habile  l'Amérique 
tropicale.  «  Tacco  est  le  cri  habituel  de  cet  Oiseau,  d'où  son 
nom  que  je  lui  ai  conservé  ;  on  l'appelle  aussi  Oiseau  de  pluie, 
attendu  qu'il  crie  plus  souvent  lorsqu'il  doit  pleuvoir.  L'épi- 
thètc  de  Vieillard,  qu'on  lui  a  encore  imposée,  vient  de  ce 
qu'il  a  les  plumes  du  menton  blanches.  »  (Guéneau  de  Mont- 
beillard.) 

Tadorne.  —  Nom  donné  à  un  genre  de  Canards  (Tadorna). 
«  L'étymologie  du  mot  Tadorne  ne  parait  pas  difficile  à 
trouver,  si  l'on  se  souvient  que  le  nom  de  l'Outarde  est  com- 
posé de  tarda  (pesant)  et  de  oue  (oie).  Si  l'on  renverse  les 
syllabes  de  ce  nom  Outarde,  on  obtient  Tardoue,  qui  a  été 
corrompu  en  Tadourne,  Tadorne.  »  (Olphc-Galliard.^ 

(11  Séances  du  25  janvier  et  du  15  février. 
(2)  Séance  du  15  février. 
;3)  Séance  du  "^2  février. 
(41  Séance  du  l'''  février. 
^5 1  Séance  du  22  février. 


76 


LE     NATURALISTE 


Talève.  —  Mot  malgache  usitc  à  Madagascar  et  conservé 
par  Temminck  puui-  designer  la  Poule-Sultane  [Porphyrio  ve- 
teruin). 

Talpacoti.  —  Surnom  indigène  conservé  à  une  petite  Co- 
lombe d'Amérique  {CliamœpcUa  Talpacoti),  connue  également 
sous  les  dénominations  de  Colombe  couleur  cannelle  et  de 
Colombe-Collin. 

Taiiaonibé.  —  Nom  donné  par  Buffon  à  un  Merle  de  Ma- 
dagascar [llarllaubius  Madar/ascariensis).  «  Je  conserve  à  cet 
Oiseau  le  nom  qu'il  a  dans  sa  patrie,  et  il  serait  à  désirer  que 
les  voyageurs  nous  apportassent  ainsi  les  vrais  noms  des  Oi- 
seaux éU-angers;  ce  serait  le  seul  moyen  de  nous  mettre  en 
état  d'employer  avec  succès  toutes  les  observations  faites  sur 
chaque  espèce  et  de  les  apjiliquer  sans  erreur  à  leur  véritable 
objet.  »  (Bufl'on.) 

Tangara.  —  Les  ornithologistes  ont  conservé  ce  nom, 
donné  au  Brésil  à  des  Passereaux  conirostres  qui  forment  la 
famille  des  Tatiaçirhlés  et  dont  le  plumage  est  paré  de  bril- 
lantes couleurs.  Une  des  plus  belles  espèces  est  connue  sous  le 
nom  de  Tanqava  diable  enrhumé,  surnom  que  lui  donnent  les 
créoles  de  Cayenne. 

Tarier.  —  Col  Oiseau  (Praiincola  rubelra)  a  reçu  de  Belon 
le  nom  de  Tarier,  dont  09  ne-connait  pas  l'étymologi^,  mais 
qui  n'est  probablement  qu'une  corruption  du  mot  terrier,  parce 
que  cet  Oiseau  recherche  les  terres  incultes. 

Tarin.  —  Nom  donné  à  cet  Oiseau  [Spinus  viridis)  par  ono- 
matopée de  son  chant.  «  Belon  dit  que  le  Tarin  a  été  ainsi 
appelé,  parce  qu'il  semble  dire  en  chantant  tarin,  tarin.  .. 
(Salerne.) 

Tchitrcc.  —  Nom  donné  par  Le  Vaillant  à  un  genre  de 
Gobe-Mouches  [Muscipeta),  par  onomatopée  du  cri  de  ces  Oi- 
seaux. 
Tète-Chèvre.  —  (Voyez  le  mot  Crapaud  Volant.) 
Télras.  —  Mot  formé  de  l'ancien  nom  de  ces  Gallinacés 
(Tetrao)  et  employé  par  Bufl'on  pour  désigner  le  Coq  de 
Bruyère  [Tetrao  urorjallus).  <i  Afin  d'éviter  toute  équivoque, 
je  donne  au  Coq  de  Bruyère  le  nom  de  Tétras,  formé  de  celui 
de  Tetrao,  qui  me  parait  être  son  plus  ancien  nom  latin  et 
qu'il  conserve  encore  aujourd'hui  dans  la  Sclavonie,  où  il  s'ap- 
pelle Tetrez.  »  (Bufl'on.) 

Tinamoa.  —  Nom  donné  à  des  Gallinacés  (Cryplurus)  qui 
remplacent  nos  Perdrix  dans  l'Amérique  du  Sud.  Le  mot  Ti- 
namou  serait  formé  par  corruption  du  mot  }nambu.<!,  nom 
donné  à  ces  Oiseaux  par  les  Guaranis. 

TisNcrin.  —  On  a  réuni  sous  ce  nom  une  famille  de  Pas- 
sereaux [Plocéidés],  qui  construisent  des  nids  habilement 
tissés  C'est  Daudin  qui,  le  premier,  s'est  servi  de  la  dénomi- 
nation de  Tisserin  pour  cette  coupe  générique.  «  Il  y  a,  dit-il, 
dans  le  genre  des  Gros-Becs  un  petit  nombre  d'Oiseaux,  habi- 
tants de  l'Afrique  et  de  l'Inde,  qui  ont  beaucoup  de  rapports 
avec  les  Troupiales  par  leur  habitude  de  vivre  en  troupes 
nombreuses  et  par  leur  adresse  à  construire  des  nids;  je  me 
suis  décidé  provisoirement  à  les  désigner  sous  le  nom  de  Tisse- 
rins, en  attendant  que  des  observations  ultérieures  puissent 
aider  à  en  faire  une  section,  n 

Toillfi".  —  Nom  formé  du  mot  latin  inusité  todus  (petit)  et 
donné  à  ces  Syndactyles,  i  cause  do  leur  petite  taille.  Faustus 
a  employé  le  mot  Todi  pour  exprimer  particulièrement  de  pe- 
tits Oiseaux. 

Topaze.    —    Nom    donné    à    un    Oiseau-Mouche    (Topaza 
pella),  parce  que  sa  gorge,  suivant  l'incidence  de  la  lumière, 
présente  les  reflots  jaunes  d'une  topaze. 
Torchepot.  —  (Voyez  le  mot  Sittelle.) 

Toreol.  —  Ce  nom  est  synonyme  de  Tourne-Cou  et  a  été 
donné  à  ce  Grimpeur  [Yunx  torrjuilla),  parce  qu'il  a  l'habitude 
de  tourner  fréquemment  le  cou.  «  Cet  Oiseau  se  reconnaît  au 
premier  coup  d'œil  par  un  signe  ou  plutôt  par  une  habitude 
qui  n'appartient  qu'à  lui  :  c'est  de  tordre  et  de  tourner  le  cou 
de  côte  et  en  arriére,  la  tète  renversée  vers  le  dos  et  les  yeux 
k  demi  fermés,  u  (Buflon.) 

Toucan.  —  Les  ornithologistes  ont  conservé  à  ces  Oiseaux 
de  l'Amérique  tropicale,  qui  constituent  la  famille  des  Ram- 
phastidcs,  le  nom  de  Toucan,  qui,  en  langue  brésilienne,  si- 
gnifie plume;  ce  nom  a  été  donné  à  ces  Oiseaux  par  les  natu- 
rels, soit  à  cause   de   leurs  plumes  dont  ils   font  des  parures 


soit  par  allusion  à  la  singulière  conformation  de  leur  langue, 
qui  ressemble  à  une  plume.  «  La  langue  des  Toucans  est  en- 
core plus  extraordinaire  que  leur  bec;  ce  sont  les  seuls  Oiseaux 
qui  aient  une  plume  au  lieu  de  langue,  et  c'est  une  plume  dans 
l'acception  la  plus  stricte,  quoique  le  milieu  ou  la  tige  de  cette 
plume-lani/ue  soit  d'une  substance  cartilagineuse;  mais  elle 
est  accompagnée,  des  deux  côtés,  de  barbes  très  serrées  et 
toutes  pareilles  à  celles  des  plumes  ordinaires.  Les  sauvages 
atiribuent  de  grandes  vertus  à  cette  langue  de  plume,  et 
ils  l'emploient  comme  remède  dans  plusieurs  maladies.  » 
(Buffon.) 

Tonraeo  ou  Tnraco.  —  Nom  indigène  conservé  par  Le- 
Vaillant  à  des  Oiseaux  d'Afrique  [Turacus)  de  la  famille  des 
Miisophaginés. 

Tournepîerre.  —  Nom  vulgaire  d'un  petit  Echassier 
{Strepsilas  interpres).  «  Nous  adoptons  le  nom  de  Tourne- 
pierre,  donné  par  Caiesby  à  cet  Oiseau,  qui  a  l'habitude  sin- 
gulière de  retourner  les  pierres  au  bord  de  l'eau  pour  trouver 
dessous  les  vers  et  les  insectes  dont  il  fait  sa  nourriture, 
tandis  que  tous  les  autres  Oiseaux  de  rivage  se  contentent  de 
la  chercher  sur  les  sables  ou  dans  la  vase.  »  (Buffon.) 

Tourlelette.  —  Ce  nom.  diminutif  de  Tourterelle,  a  été 
donné  par  Bulfon  à  une  Colombe  d'Afrique  [ALna  Capensis). 
«  Nous  croyons  devoir  donner  à  cet  Oiseau  un  nom, propre, 
parce  qu'il  nous  paraît  être  d'une  espèce  particulière  et  difi'é 
rente  de  celle  de  la  Tourterelle;  nous  l'appelons  donc  Tour- 
lelette, parce  qu'il  est  beaucoup  plus  petit  que  notre  Tourte- 
i-elle.  M  (Buffon.)  Cette  espèce  est  connue  également  sous  les 
noms  de  Colombe  du  Cap  et  de  Tourterelle  à  cravate.  Les  oi- 
seliers la  vendent  sous  le  surnom  de  Masque  de  fer,  dénomi- 
nation que  ne  justifie  qu'imparfaitement  le  masque  noir  qui 
couvre  son  front. 

(.'I  suivre).  Albert  Ghanoeu. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  M.  A.  H.  Shepherd,  81,  Corcme  Road,  Tuflnell 
P;irk,  Londres,  ofl're  en  échange  des  lépidoiJtères  de  sa 
région. 

—  A  céder  d'occasion  un  loi  de  40  cartons  à  insectes, 
vitrés,  formai  39  X  26,  en  bon  état  de  conservation,  prix 
55  francs  le  loi.  (S'adresser  aux  bureaux  du  Journal.) 

—  A  vendre  ; 

Lot  de  50  espèces,  7'ô  exemplaires  des  Coléoptères 
de  Java,  en  partie  non  nommés,  certaines  belles 
espèces,  îiO  francs. 

Lot  de  .30  espèces  de  Coléoptères  d'Amboino  (non 
nommés),  25  francs. 

Beaux  exemplaires  de  Callipogon  barbatum,  3  francs. 

S'adresser  pour  les  lots  ci-dessus  à  «  Les  Fils  D'Emile 
Deyrolle,  46,  rue  du  Bac,  Paris  ». 

—  M.  C.  D...  1259  à  Lyon.  —  La  Maison  Emile  Dey- 
rolle, 46,  rue  du  Bac,  Paris,  vient  de  publier  un  catalogué 
des  lépidoptères  d'Europe  (macrolépidoplères)  par  le 
D''  Sériziat,  disposé  pour  servir  d'étiquettes  à  collection. 
Le  jirix  de  ce  catalogue  est  de  3  fr.  50  et  3  fr.  90  franco. 

M.  G.  G...  4007.  —  Il  est  nécessaire  de  passer  en  revue 
toutes  les  boites  de  votre  collection  de  Coléoptères;  c'est 
l'époque.  ■Vérifiez  bien  vos  tubes  ou  fioles  à  préservatifs; 
nous  vous  conseillons  les  boules  de  naphtaline,  concen- 
trée, montées  sur  épingles. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 

Paris.   —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  H. 


19«  ANNfiE 


2«    SÉRIE 


rv»  s-^s» 


LES    TRILOBITES 


Depuis  les  mémorables  études  de  Darrunde,  1rs  l ri- 
vaux relatifs  aux  Trilobites  ont  été  nombreux.  De  nou- 
velles espèces,  de  nouveaux  genres,  de  nouvelles  familles 
ont  été  créés  dans  ce  groupe  d(^  Crustacés  si  riche  en 
formes,  et  si  important  au  point  de  vue  paléontobjgique 
et  géologique.  Ces  découvertes  ont  singulièrement  com- 
pliqué leur  élude,  mais  en  même  temps  et,  grâce  à  des 
échantillons  remarquablement  conservés,  elles  ont  jeté 
un  Jour  tout  nouveau  sur  leur  véritable  constitution, 
leur  développement  et  leurs  allinités  avec  les  autres  Crus- 
tacés. 

Ce  sont  principalement  ces  dernières  découvertes  que 
je  voudrais  exposer  ici. 

Il   y   a  vingt   ans,  on  ne  savait  pas  si  les  Trilobites 


avaient  des  appendices  et  on  ne  connaissait  pas  leurs 
membres.  Un  paléontologiste  américain,  M.  Walcott,  eut 
l'idée  de  faire  des  coupes  dans  des  individus  enroulés;  il 
arriva  ainsi  à  observer  un  certain  noml)re  d'appendices 
dont  il  s'efforça  de  déterminer  les  rapports  avec  le  corps; 
mais  c'était  un  problème  diflicile  à  résoudre,  en  raison  de 
l'enchevêtrement  des  memlires.  Néanmoins  ses  travaux 
tirent  grand  brnit  tians  le  monde  des  paléontologistes. 
Ses  successeurs,  en  particulier  M.  ISeecher,  furent,  à  leur 
tour,  singulièrement  favorisés  parla  découverte,  en  Amé- 
rique, de  Trilobites  bien  conservés  dans  un  gisement 
silurien  situé  à  Rome,  près  de  New- York.  Le  silurien 
moyen  de  cette  localité  est  formé  par  des  schistes  noirs; 
la  chitine  des  Crustacés  a  été,  par  le  fait  de  la  fossili- 
sation, remplacée  par  de  la  pyrite.  Aussi  observe-t-on 
d'une  façon  remarquable  tous  les  détails  de  l'organisa- 
tion de  ces  animaux.  Nous  allons  donner  ici  le   résumé 


Fi 


1  2 

1.  —  Triuri.hrus  Beckn[gross.  2  (ois  i, '2,  d'après  Beechcr),  vu    par   la    face   dorsale.   —   Aut.,   antennes;  gl.,   glabelle; 
j/.,  joue  fixe;  jL,  joue  mobile;  y,  yeux.  —  La  ligure  montre  la  forme  des  anneaux  et  des  appendices  thoraciques. 

Fie.  2.  —  Triaiiltrus  Beckii  (gross.  2  fois  1/2,  d'après  Beecher),  vu  par  la  face  ventrale.  —  An'.,  antennes;  hyp.,  hypostome; 
0,  bouche;  m,  mélastome;  2,  antennes  postérieures  birameuses;  3,  4,  5,  appendices  céphaliques  avec  gnathoboses 
servant  de  michoires;  pt.,  pattes  thoraciques;  pp.,  pattes  du  pygidium  ;  cl,  ondopodite  ;  x,  exopoditc. 


des  dernières  découvertes  qui  ont  été  faites  et  qui  sont 
dues,  en  grande  partie,  à  M.  Beecher. 

Lorsqu'on  examineuuTrilobite  sur  lafaceventrale(fig. 2) 
on  constate  l'existence  des  ouvertures  du  tube  digestif. 
La  bouche  est  située  en  arrière  d'une  assez  grande  pièce 
appelée  hypostome  et  en  avant  d'une  lèvre  inférieure 
nommée  métastome.  L'anus  se  voit  à  l'extrémité  interne 
du  pygidium  et  il  est  bordé  par  un  anneau  plissé. 

Il  existe  cinq  paires  d'appendices  céphaliques  corres- 
pondant à  la  soudure  de  cinq  anneaux  existant  chez  la 
plupart  des  Trilobites.  Chaque  anneau  du  thorax  et  du 
pygidium  est  également  pourvu  d'une  paire  de  membres 
et  tous  ces  appendices,   sauf  la  première  paire,   sont  bi- 

Le  Naturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


rames.  Ils  sont  construits  sur  le  même  plan,  mais  offrent 
des  modifications  suivant  la  région  du  corps  considérée. 

La  première  paire  de  membres  est  constituée  par  une 
série  de  petits  segments  coniques.  Elle  est  l'analogue  des 
antennes  des  Crustacés.  Vient  ensuite  une  seconde  paire 
de  membres  ou  antennes  postérieures,  bifides,  s'insérant 
de  chaque  côté  de  la  glabelle  au-dessous  de  l'hypostome. 
L'article  basilaire  est  transformé  en  organe  masticatoire. 
L'exopodite  et  l'endopodite  sont  constitués  par  des  articles 
peu  nombreux  et  peu  développés. 

Les  trois  appendices  suivants  ont  leur  article  basilaire 
destiné  à  la  mastication  des  aliments,  car  la  partie  interne 
est  finement  denticulée.  Comme  les  antennespostérieures. 


78 


LE     NATURALISTE 


ces  a])pendices  sont  bifides,  mais  peu  développés;  les 
exopodites  sont  munis  de  nombreuses  soies. 

Les  membres  thoraciques  sont  construits  sur  le  même 
plan  que  ceux  de  certains  Crustacés  (Décapodes,  Sclii- 
zopodes).  Chaque  paire,  qui  correspond  à  un  segment, 
est  insérée  de  chaque  côté  de  la  ligne  médiane  du  corps. 
L'article  basilaire  ou  coxopodite,  fortement  développé,  est 
large  et  court.  Il  supjjorte  deux  branches  distinctes,  l'une 
interne  (endopodite),  l'autre  externe  {exopodUe).  L'endo- 
podite  est  assez  uniforme  chez  les  espèces  étudiées.  Il  se 
compose  de  dix-huit  articles  cylindro-coniques  de  plus 
en  plus  en  grêle  vers  leur  extrémité.  L'article  terminal 
(dactylopodite)  porte  quelques  soies.  L'exopodite  est  formé 
à  sa  base  de  sejit  à  huit  articles  courts,  munis  de  longues 
soies,  et  à  sa  partie  terminale  d'une  série  de  petits  arti- 
cles disposés  en  une  double  série,  dont  le  bord  inférieur 
est  muni  de  longues  soies. 

Ainsi  que   la    figure    3  l'indique,    les   appendices   des 


tour  circulaire  et  un  bourrelet  médian  annelé  et  longitu- 
dinal qui  formera  l'axe  du  corps.  La  portion  antérieure 


Fig.  4. 


Liostracus. 


correspondant  à  la  tète  est,  au  début,  de  beaucoup  la 
plus  développée,  tandis  que  le  pygidium  n'est,  d'abord, 
qu'à  peine  indiqué. 

Les  segments  thoraciques  n'apparaissent  qu'à  la  fin  de 
ces  différentes  phases. 

La  tête  se  détache  la  première,  puis  l'anneau  occipital, 
ensuite  la  métamérisation  se  fait  sur  la  glabejle.  Les 
joues  mobiles  qui,  on  le  sait,  portent  les  yeux,  sont  d'abord 
indiquées  sous  forme  de  deux  bandes  latéro-marginales; 


Fig.  :i.  —  Deuxième  paltc  llioracique  do  Triartlirus  Jieckii, 
vue  du  côté  dorsal;  — en,  endopodite;  p.r,  exopodite;  1,  dac- 
i.ylopodite;  2,  propodite;  3,  carpopodite;  4,  mésopodite; 
5,  ischlopodile:  6,  protopodite;  1,  guathobose;  a,  partie 
distale  de  l'esopodito;  b,  partie  proximale. 
Remarque.  —  Les  soies  ont  été  supprimées  dans  la  ligure 
supérieure. 

Trilobites  sont  construits  sur  un  plan  analogue  à  celui 
de  certains  Crustacés.  Ces  appendices  se  modifient  peu  à 
peu,  à  mesure  qu'on  s'éloigne  de  la  partie  céphalique; 
c'est  ainsi  que  l'endopodite  prend  un  développement 
transversal  de  plus  en  plus  grand;  dans  les  memlires 
du  pygidium,  il  se  transforme  en  véritable  palette  nata- 
toire, tandis  que  dans  les  membres  thoraciques  il  est  sur- 
tout ambulatoire.  L'exopodite  serait,  au  contraire,  dans 
ces  derniers  appendices,  un  organe  natatoire. 

Enfin,  dans  les  appendices  du  jjygidium,  l'exopodite 
largement  frangé  aurait  eu  une  fonction  branchiale. 

Les  Trilobites  ont  tous  passé  par  une  forme  larvaire 
montrant  des  caractères  assez  constants.  Cette  forme 
correspondrait,  pour  certains  paléontologistes,  au  Nau- 
plius  des  Crustacés  et,  comme  ce  dernier,  elle  présente- 
rait un  certain  nombre  de  mues. 

Les  trois  principales  phases  du  développement  (fig.  4,  H,  6) 
ontreunles  noms  d'anaprotaspis,metaprotaspis,  paraprotas- 
pis.  Pendant  le  stades  protaspis,  l'embryonprésente  un  con- 


Fig.  5.  —  (A)  (Mj  (P).  Dalmanites  (stades  anaprostaspis,  metapro- 
taspis,  paraprostaspis). 


elles  prennent  ensuite  une  importance  de  plus  en  plus 
considérable,  aux  dépens  dos  joues  fixes. 

Les  yeux  qui  consistent  en  deux  tubercules  ovoïdes 
sont  d'abord  marginaux-frontaux,  puis  s'éloignent  de 
plus  en  plus  en  arrière  suivant  les  espèces.  M.  Beecher 
pense  que  jirimitivement  les  yeux  ont  dii  occuper  une 
position  ventrale  et  que  peu  à  peu  ils  ont  cheminé 
vers  la  face  dorsale. 

Le  thorax  et  le  pygidium  se  segmentent  à  leur  tour  et 
prennent  un  développement  de  plus  en  plus  grand,  par 
rapport  à  la  tête. 

M.  Beecher,  se  basant  sur  tous  les  caractères  larvaires 
rencontrés  chez  les  Trilobites  et  s'aidant  des  faits  ob- 
servés chez  les  Crustacés  vivants,  a  essayé  de  reconstituer 


Fig.  6.  —  Stade  prota.spis  du  Triartlirus  Bec/ni  (tu  du  coté 
ventral). 

un  nauplius  de    Trilobite.  La  figure  6  montre  cette  res- 
tauration. 

La  tête  présente  à  la  face  ventrale  cinq  paires  d'appen- 


LE     NATURALISTE 


79 


dices,  11'  thorax  et  le  pygidium  portent  autant  de  paires 
qu'ils  ont  de  segments  constitués. 

La  i)remière  paire  d'appendices  cépliali(|ues  qui  cons- 
tituera les  antennes  est  uniranipuse  comme  chez  la 
deuxième  et  troisième  paire  devaient  être  birameuses; 
les  quatrième  et  cinquième  paires  et  les  membres  du  ]iy- 
gidiuni  seraient  au  contraire  unirameuses,  ainsi  qu'on 
l'observe  dans  les  stades  larvaires  des  autres  Crustacés. 

Le  protaspis  doit  doue  être  considéré  comme  un  proto- 
nauplius  et  représente  un  type  larvaire  ancestral  d'une 
importance  considérable  au  point  de  vue  de  la  phylogénie 
des  Crustacés. 

Tels  sont  les  princi]iaux  résultats  des  dernières  décou- 
vertes faites  sur  les  Trilobites. 

M.  Beecher,  dans  son  dernier  travail,  expose  les  prin- 
cipes d'une  classification  naturelle  des  Trilobites  en  la  fai- 
sant précéder  de  considérations  très  intéressantes  surla  va- 
leur morpholopiqup  des  appendices  de  la  tète.  Il  pense  que 
les  cin(|  anneaux  fusionnés  de  la  tête  correspondent  aux 
troisième,  quatrième,  cinquième,  sixièmeet  septième  seg- 
ments primitifs;  les  premier  et  deuxième  n'étant  pas  re- 
présentés par  des  segments  distincts  ou  des  appendices. 

Le  savant  paléontologiste  montre,  par  des  considéra- 
tions anatomiques,    qu'il  serait  trop   long  d'exposer  ici. 


que  l'on  peut  concevoir  do   la  façon  suivante   la  tète  des 
Trilobites  : 

Le  lircmier  segment  serait  représenté  par  l'hypostome. 
Le  deuxième   par   la    jiairc  d'yeux,  les  joues  libres  et 
l'épistome. 

Le  troisième  par  le  lobe  antérieui-  de  la  glabelle  et  la 
première  paire  d'antennes. 

Le  ([uatrième  par  le  second  lobe  de  la  glabelle  cl  la 
seconde  paire  d'antennes. 

Le  cin(|uième  par  le  troisième  lobe  de  la  glabelle  et 
les  mandibules. 

Le  sixième  par  le  quatrième  lobe  de  la  glabelle  et  la 
première  paire  de  mâchoires. 

Et  le  septième  par  le  lobe  occipital  et  la  seconde  paire 
de  mâchoires. 

Aucun  groupe  de  Crustacés  ne  fournissant  de  carac- 
tères aussi  constants  et  une  telle  structure  de  la  tète, 
M.  Beecher  on  conclut  qu'on  doit  considérer  les  Trilo- 
bites comme  une  sous-classe  des  Crustacés. 

Le  tableau  ci-après  montre  les  rapports  et  les  dillé- 
rences  de  constitution  des  Trilobites  avec  les  autres 
sous-classes  des  Crustacés,  les  Molacastracés  et  les 
Entomostracés. 


COMPOSITIONS   MORPHOLOGIQUES  DES  CRUSTACÉS 


I.  Sous-classe  des  Trilobites. 


1.  —  Tous  marins. 

2.  —  Libres. 

3.  —  Corps  trilobé  longitudinalement. 

4.  —  La  larve  est  un  Protonauplius. 


Le  nombre  des    segments    est  va- 
riable. 

La  tète   est  formée  de  sept  seg- 
ments soudés. 


7.  —  Ocelles  rarement  présents. 

8.  —  Yeux   composés,    pairs,     sessiles, 

supportés  par  des  joues  mobiles 
ordinairement  présentes. 

9.  —  Thorax   dislinct,  nombre    de  seg- 

ments variable,  tous  libres. 

10.  —  Abdomendislinct,  nombre  variable 

de  segments  soudés. 

11.  —  Tous  les  segments  de   la  tête,  du 

thorai  et  de  l'abdomen,  excepté 
le  segment  anal,  portent  une 
paire  d'appendices. 

12.  —  Tous  les  segments   sont  biramés, 

sauf  les  antennules. 

13.  —  Les    appendices    sont    construits 

sur  le  plan  de  ceux  dos  Phyl- 
lopodes  ;  l'exopodite  constitue 
une  patte  natatoire  ;  l'endopo- 
dite  est  modifié  pour  la  marche. 


II.    Sous-CLASSE  DES  Eitlomostracés . 


Marins  et  d'eau  douce. 

Libres,  parasites  et  fixés. 

Corps  de  forme  variée. 

La  larve  est  presque  toujours  un  Nau- 
plius. 

Le  nombre  des  segments  est  variable. 

La  tète  est  formée  de  cinq  segments  sou- 
dés, auxquels  est  rarement  attaché  un 
segment  thoracique. 


Ocelles  existant  pendant  la  vie  larvaire. 

Yeux  composés,  pairs,  ordinairement  pré- 
sents, pédicules  ou  sessiles,  absents 
chez  les  Cirripèdes  adultes  et  chez  quel- 
ques Copépodes. 

Thorax  avec  un  nombre  variable  de  seg- 
ments. 

Abdomen  avec  un  nombre  variable  de 
segments  séparés. 

Quelques  segments  sans  appendice. 


Plusieurs  appendices  sont  modifiés  et  ne 
possèdent  pas  la  structure  birameuse. 

Les  appendices  sont  généralement  très 
variés;  ils  sont  phjllopodiformes  dans 
les  formes  jeunes  et  pendant  toute  la 
vie  chez  les  Phyllopodes. 


III.   Sous-CLASSE  DES  Mdlacoslracés. 


Marins  et  d'eau  douce. 

Libres  et  parasites. 

Corps  de  forme  variée. 

La  larve  est  généralement  une  Zoé,  le 
stade  Nauplius  étant  souvent  indiqué 
avant  l'éclosion,  excepté  dans  Eupliau- 
sia  et  Peneus. 

Le  nombre  des  segments  est  fixe. 

La  tête  est  formée  de  cinq  segments  sou- 
dés; un  ou  plus,  ou  tous  les  segments 
thorâciques  peuvent  être  unis,  formant 
ainsi  un  céphalothorax  plus  ou  moins 
développé. 

Ocelles  absents  chez  les  adultes. 

Yeux  composés,  pairs,  ordinairement 
présents,  pédicules  ou  sessiles. 


Thorax  composé  de  huit  segments,  dont 
plusieurs  peuvent  être  soudés  à  la  tête. 

Abdomen  formé  généralement  de  sept 
segments  libres,  de  huit  chez  les  Lcp- 
tostracés. 

Tous  les  segments  portent  habituellement 
des  appendices,  excepté  le  dernier  ou 
les  deux  derniers. 

Quelques  appendices  n'ont  pas  de  struc- 
ture birameuse. 

Les  appendices  ont  la  forme  typique  de 
ceux  des  Phyllopodes:  mais  ils  sont 
fortement  modifiés  chez  toutes  les  es- 
pèces, sauf  dans  les  Sebalia. 


80 


LE     NATURALISTE 


I.  Sous-classe  des  Trilobites. 


14-  —  Tous  les  appendices  de  la  tète, 
sauf  les  antennules,  sont  pédi- 
formes. 

15.  —  Tous  les  appendices    thoraciques 

sont  ambulatoires  et  natatoires. 

16.  —  Les  membi'i's  abdominaux  de  tous 

les  segments,  excepté  le  segment 
anal,  sont  lamclleux. 


17.  —  Les   partics'fcoxales    de    tous   les 

membres  forment  des  gnatho- 
bases,  se  transformant  en  or- 
ganes masticatoires  sur  la  tète. 

18.  —  La  respiration  se  fait  par  la  peau 

et  les  franges  des  exopodites. 


IL  Sous-CLAS.SE  DES  Hnlomoslfacés. 


Quelques  appendices  de  la  tote  sont  mo- 
difiés sous  forme  de  rames,  de  mandi- 
bules ou  de  suçoirs. 

Les  appendices  thoraciques  sont  ambula- 
toires, natatoires  et  servent  à  la  pré- 
hension. 

Les  membres  abdominaux  manquent  gé- 
néralement. 


Lés   éléments  coxaux   forment    rarement 
des  gnathoboses,  sauf  sur  la  tète. 


La  respiration  est  surtout  superficielle. 
Elle  se  fait  également  par  les  membres 
et  les  appendices  lamelleux. 


III.   Sous-cLASsE  DES  Ualacostrocés . 


Plusieurs  appendices  de  la  tête  sont  trans- 
formés en  mandibules  ou  en  organes 
servant  à  la  préhension   des   aliments. 

Les  appendices  thoraciques  sont  ambu- 
latoires, natatoires  et  servent  à  la  pré- 
hension. 

Les  membres  abdominaux  sont  souvent 
réduits,  excepté  la  dernière  paire,  qui, 
avec  le  telson,  forme  fréquemment  une 
nageoire  caudale.  Ils  forment  des  bran- 
chies dans  quelques  groupes. 

Les  éléments  coxaux  forment  rarement 
des  gnathoboses,  excepté  sur  la  tête, 
jamais  sur  l'abdomen. 

La  respiration  est  cuticulaire  et  se  fait 
également  par  les  membres  et  les  épi- 
podites. 

Ph.  Glangeaud. 


ANIMAUX 

Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,    de    bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


X. 


Dauphin  (Suite). 
'<  Ce  que  Mitcianus  rapporte    d'un  même  mode 


de  pêche  dans  le  golfe  d'Iassos  diffère  du  précédent  en 
ceci  :  les  dauphins  accourent  spontanément  et  sans  être 
appelés  ;  iisreçoiventleurportion  des  mains  des  pécheurs 
et  chaque  barque  a  son  associé  parmi  les  dauphins,  hien 
que  la  pêche  se  fasse  de  nuit  et  aux  flambeaux.  » 

Dans  son  Histoire  de  la  Grèce,  Pausanias  dit  avoir  vu 
dans  l'île  de  Porosélèné,  un  dauphin  obéissant  avec 
l'exactitude  la  plus  scrupuleuse  à  la  voix  d'un  enfant  qui 
l'avait  guéri  de  ses  blessures. 

Aulu-Gelle  (Nuits  Attirâtes,  livre  'VIT,  ch.  viii)  cite 
l'aventure  du  jeune  enfant  qui  se  rendait  à  l'école  porté 
sur  le  dos  d'un  dauphin  qui  lui  faisait  traverser  ime  cer- 
taine étendue  d'eau  pour  abréger  son  chemin,  et  il 
raconte  le  fait  comme  extrait  des  Egyptiaques  du  gram- 
mairien Appion,  atlirmanten  avoir  été  témoin  :  «  J'ai  vu 
MOI-MÊME,  dit  l'auteur,  près  de  Dicéarchie,  un  dauphin 
pris  de  passion  pour  un  enfant  nommé  Hyacinthe;  il 
accourait  à  sa  voix,  s'approchait  du  rivage  et  recevait 
l'enfant  sur  son  dos,  ayant  bien  soin  de  replier  les  pointes 
de  ses  nageoires,  de  crainte  de  blesser  l'objet  de  sa  ten- 
dresse, qu'il  portait  ainsi  jusqu'à  200  stades  du  rivage. 
On  accourait  de  Rome  et  de  toute  l'Italie  pour  voir  ce 
poisfcon  guidé  dans  ses  courses  par  l'amour.  Cet  enfant 
si  tendrement  aimé  tomba  malade  et  mourut.  Après  être  re- 
venu plusieurs  fois  au  lieu  même  où  l'enfant  avait  coutume 
d'attendre  son  arrivée,  le  dauphin  ne  le  voyant  plus  venir, 
fut  saisi  d'une  douleur  si  vive  qu'il  ne  put  y  survivre, 
son  corps  fut  trouvé  sur  le  rivage  par  des  gens  qui  con- 
naissaient hier,  son  histoire,  et  qui  le  déposèrent  dans  le 
même  tombeau  que  l'enfant  qu'il  avait  tant  aimé...  » 


{A  suivre.) 

C'est  adorable  !  Si  seulement  c'était  vrai! —  D'un 

autre  côté,  il  fallut  singulièrement  agrandir  le  tombeau 

de  l'enfant  pour  y  déposer  son  colossal   ami Appion 

le  grammairien  y  a-t-il  songé'? 

Aulu-Gelle  raconte  ensuite  l'aventure  du  poète-musi- 
sien  Arion  (livre  X'VI,  chap.  xix),  d'après  Hérodote  : 
Sachant  que  les  matelots  corinthiens  qui  conduisent  le 
navire  veulent  le  tuer  pour  s'emparer  de  ses  trésors,  il 
leur  livre  tout  ce  qu'il  possède,  et  leur  demande  de  lui 
faire  grâce  de  la  vie.  Les  matelots  s'engagent  seulement 
à  ne  pas  tremper  leurs  mains  dans  son  sang,  et  ils  lui 
ordonnent  de  se  jeter  à  la  mer.  Alors,  avant  de  mourir, 
il  demande  à  ses  bourreaux  la  faveur  de  jouer  une  der- 
nière l'ois  de  sa  lyre.  Cette  faveur  lui  est  accordée. 
Revêtu  de  ses  plus  beaux  ornements,  debout  à  l'extré- 
mité de  la  poupe,  il  chante  d'une  voix  éclatante,  sur  le 
mode  orthius,  puis  il  se  jette  dans  les  flots. 

Un  dauphin  le  sauve  et  le  transporte  à  Ténare,  en 
Laconie.  De  là,  Arion  gagne  Corinthe  et  se  présente  à 
son  ami,  le  roi  Périandre,  auquel  il  raconte  son  aven- 
ture. Quand  les  matelots  abordent,  celui-ci  les  fait  mettre 
en  croix. 

Voici  maintenant  ce  que  nous  dit  Plutarque  dans  son 
Banquet  des  sept  Sages,  chap.  xix  :  «  Hésiode,  ayant  été 
assassiné  et  jeté  à  la  mer,  fut  rei"u  par  une  flottille  de 
dauphins,  qui  le  portèrent  au  promontoire  de  Rhium, 
près  de  Molycrie.  Il  se  trouva  qu'il  y  avait  pour  le  mo- 
ment à  Rhium  un  sacrifice  et  une  fête,  que  les  Locriens 
célèbrent  encore  aujourd'hui  dans  ce  même  lieu,  avec 
beaucoup  d'éclat.  A  la  vue  du  corps  ainsi  apporté,  on  fut 
saisi  d'un  étonnement  bien  naturel.  On  accourut  sur  le 
rivage,  on  reconnut  Hésiode  tout  fraîchement  assassiné, 
et,  en  raison  de  la  célébrité  du  poète,  on  n'eiit  rien  de 
plus  pressé  que  de  faire  une  enquête  sur  ce  meurtre.  Les 
assassins,  découverts,  furent  jetés  tout  vivants  dans  les 
flots,  et  leur  habitation  fut  rasée. 

0  Si  donc  les  dauphins  montrent  tant  d'empres- 
sement et  d'humanité  pour  ceux  qui  sont  morts,  il  est 
encore  plus  naturel  qu'ils  viennent  en  aide  aux  vivants, 
surtout  quand  ceux-ci  les  ont  attirés  par  les  accords  de 
la  flûte  ou  par  quelques  chants  mélodieux.   Car   nous 


LE     NATURALISTE 


81 


savons  tous  à  présent  que  ces  animaux  aiment  la  mu- 
si(iue,  qu'ils  la  recherchent,  qu'ils  nagent  auprès  des 
vaisseaux  où  l'on  vogue  au  bruit  îles  chants  et  de  la 
flûte,  et  (ju'ils  sont  heureux  d'accompaf^ner  ces  bâtiments 
dans  leur  marche  par  un  temps  calme.  Ils  se  plaisent 
aussi  à  voir  nager  les  petits  garçons,  et  ils  plongent  avec 
eux  à  l'envi.  Aussi  est-ce  une  loi,  bien  que  rien  n'en  soit 
écrit,  de  ne  pas  troubler  leur  sécurité.  Personne  ne  leur 
fait  la  chasse,  personne  ne  les  maltraite.  Seulement, 
lorsque  s'étant  laissé  prendre  dans  des  filets,  ils  embar- 
rassent les  pécheurs,  ceux-ci  les  châtient  en  les  ballant, 
comme  l'on  ferait  à  des  enfants  pris  en  faute. 

«  Je  me  souviens  aussi  d'avoir  entendu  dire  à  des  gens 
de  Lesbos,  qu'une  jeune  fille  do  ce  pays  avait  été  sauvée 
de  la  mer  par  un  dauphin.  C'est  une  tradition  avérée. 
Mais  Piltacus  la  connaît  par  dessus  tous  :  il  devrait  bien 
nous  en  conter  les  détails.... 

«  Pittacus  déclara  qu'en  effet  l'aventure  était  notoire, 
que  beaucoup  de  personnes  s'en  souvenaient  en- 
core, etc.,  etc.  1) 

(Chapitre  .will)  «  Arion  nous    dit,   en  effet,    que, 

décidé  depuis  longtemps  à  quitter  l'Italie,  et  une  lettre  de 
Périandre  ayant  rendu  ce  désir  plus  vif  encore,  il  s'était 
sans  aucun  retard  embarqué  sur  le  premier  bâtiment  de 
transport  corinthien  qui  avait  paru.  On  avait  gagné  la 
haute  mer  et  l'on  voguait  avec  un  vent  modéré,  lorsqu'il 
comprit  que  les  matelots  complotaient  de  le  faire  périr. 
H  sut  même  ensuite  du  pilote,  qui  lui  en  donna  l'avis 
secret,  qu'ils  étaient  convenus  d'exécuter  leur  projet  la 
nuit  même.  Etant  donc  privé  de  secours  et  sans  ressource, 
il  lui  vint  à  l'idée,  comme  par  une  inspiration  divine,  de 
se  costumer  magnifiquement;  de  pren(h-e,  vivant  encore, 
pour  linceul  funèbre  sa  robe  d'apparat,  et  de  chanter  au 
moment  de  mourir,  afin  de  ne  pas  se  montrer  en  cette 
occurrence  moins  courageux  queles  cygnes.  Il  se  revêtit 
donc  de  tous  ses  ornements,  et  il  commença  par  dire  qu'il 
se  sentait  animé  du  désir  de  chanter  l'hymne  à  Apollon 
Pythien,  pour  obtenir  son  propre  salut,  celui  du  navire 
et  celui  des  passagers. 

«  Alors  il  se  plaça  debout  à  la  poujip,  sur  le  bord  du 
vaisseau,  et,  après  avoir  préludé  par  une  invocation 
adressée  aux  dieux  marins,  il  entonna  cet  hymne.  Il  n'en 
était  pas  encore  à  la  moitié,  que  le  soleil  se  plongeait  dans 
la  mer  et  qu'apparaissait  le  Péloponèse.  Les  matelots, 
sans  attendre  la  nuit,  s'avançaient  pour  l'égorger.  Quand 
il  vit  leurs  épées  nues,  et  le  pilote  qui  se  voilait  déjà  le 
visage,  il  prit  son  élan  et  se  jeta  dans  la  mer,  aussi  loin 
du  vaisseau  ([u'il  le  put.  Mais  avant  que  son  corps  eut 
plongé  tout  entier  dans  les  flots,  des  dauphins  qui  étaient 
accourus  le  soulevèrent.  Ignorant  ce  que  c'était,  il  fut 
d'abord  saisi  d'hésita'Jon  et  de  trouble.  Toutefois,  attendu 
que  le  mode  de  transport  était  des  plus  doux,  qu'il  voyait 
un  grand  nombre  de  dauphins  l'entourer  d'un  air  em- 
pressé, se  succédant  tour  à  tour  comme  si  c'était  un 
hommage  que  chacun  cherchait  à  lui  rendre;  attendu, 
enfin,  que  le  vaisseau,  laissé  en  arrière,  lui  faisait  appré- 
cier la  rapidité  avec  laquelle  on  le  portait,  sa  frayeur  ne 
tarda  pas  à  se  dissiper u 

{Quels  animaux  sont  tes  plus  intéressants,  des  terrestres  ou 

des  aquatiques,  chap.  XXXVI)  « Du  reste,  Diane  Dyc- 

tynne  {Diane  aux  filets\  et  Apollon  Delphinien  ont  des 
teni|)les  et  des  autels  dans  beaucoup  de  villes  de  la  Grèce, 
mais  le  séjour  choisi  par  le  Dieu  pour  sa  résidence  par- 
ticulière fut  indiqué  à  une  colonie  de  Cretois  qui  s'y  lais- 
sèrent conduire    par  un  dauphin  ;  le   Dieu  avait  envoyé 


lui-même  ce  dnu]diin  à  ces  gens  pour  diriger  leur  navi- 
gation  et  les  hirc  aborder    à  Sinope Il   est  naturel, 

du  reste,  qu'Apollon  aime,  dans  le  dauphin,  le  goût  pas- 
sionné de  cet  animal  iiour  la  musique.  C'est  au  dauphin 
(|ue  Pindare  aime  à  le  comparer;  il  lui  inspire  de  l'ému- 
lation. 

«  Mais  je  crois  que  l'humanité  de  cet  animal  est  ce  qui 
charme  encore  plus  Apollon,  attendu  que  c'est  le  seul  être 
de  la  création  qui  aime  l'homme,  en  tant  qu'homme. 
Parmi  les  animaux  de  terre,  il  en  est  qui n'aimmit  jamais 
les  humains.  D'autres,  et  ce  sont  les  plus  doux,  ne  s'at- 
tachent qu'à  ceux  qui  les  nourrissent  :  c'est  le  besoin  qui 
fait  d'eux  nos  familiers,  comme  le  chien,  le  cheval,  l'élé- 
phant. Les  hirondelles  trouvent  chez  nous  ce  (]u'il  leur 
faut,  et  s'y  construisent  des  retraites  où  ell(!s  sont  à 
l'ombre  et  en  toute  sécurité.  Mais  elles  fuient  nos  per- 
sonnes, et  elles  ont  peur  de  l'homme  autant  que  de 
l'animal  le  plus  redoutable.  Le  dauphin  seul,  en  dépit  de 
tout,  réalise  l'idéal  recherclié  par  les  jihilosophes  les  plus 
vertueux.  Il  aime,  sans  être  déterminé  jiar  l'intérêt;  il 
est,  par  nature,  sympathique  à  notre  csiièce.  Sans  avoir 
besoin  en  quoi  que  ce  soit  de  l'assistance  humaine,  c'est 
])0ur  tous  un  ami  dévoué,  et  il  est  venu  bien  souvent  au 
secours  des  mortels. 

«  Enalus  l'Eolien  (c'est  Myrtile  de  Lesbos  ([ui  rapporte 
cette  histoire)  était  amoureux  de  la  fille  d'un  certain 
Phinée,  et  cette  jeune  fille,  d'après  un  oracle  d'Amphi- 
trite,  avait  été  précipitée  à  la  mer  par  des  prêtres  de  la 
famille  de  Penthilus.  Son  amant  se  jeta  lui-même  dans 
l'aliime  ;  mais  des  dauphins  le  recueillirent  et  le  rame- 
nèrent sain  et  sauf  jusqu'au  rivage  de  Lesbos. 

«  L'attachement  et  la  tendresse  d'un  dauphin  pour  un 
jeune  garçon  d'Iasos  ressemblait  à  l'amour  le  plus  exces- 
sif  {suit  l'histoire  que  nous  connaissons  déjà). 

«  Ulysse  portait  un  dauphin  pour  insigne  sur  son  bou- 
clier, dit  l'historien  Stésichore,  et  voici  pourquoi  :  Télé- 
maque,  encore  tout  petit,  avait,  dit-on,  glissé  dans  la  mer 
à  un  endroit  profond,  et  il  avait  été  sauvé  grâce  à  des 
dauphins  qui  l'avaient  recueilli  et  ramené  au  rivage.  Ce 
fut  pour  le  père  un  motif  suffisant  pour  faire  graver 
l'image  d'un  dauphin  sur  son  cachet  et  sur  son  bouclier.  » 

Rondelet  {De  piscibus  niarinis  libri  XVIII),  dit  que  «  les 
dauphins  nourrissent  leurs  parents  quand  ils  sont 
devenus  vieux,  et  qu'ils  les  aident  à  nager  quand  leurs 
forces  sont  affaiblies,  ainsi  que  le  déclare  J.  Tzetzès.  En 
regard  de  la  piété  du  dauphin ,  continue-t-il,  nous  pouvons 
mettre  l'impiété  de  l'hippopotame  ou  cheval  de  rivière, 
qui  dévore  ses  vieux  parents  comme  le  lapporte  Elien  au 
livre  VII  de  son  traité  sur  la  Nature  des  animaux, 
ch.  XIX,  etPlutarque  en  comparant  les  animaux  terrestres 
et  les  aquatiques,  et  Ilorapollo,  livre  I,  ch.  LVI.  » 

Il  cite  ensuite  Aristote,  Théodore,  Scaliger,  etc.,  etc., 
qui  parlent  également  de  l'affection  du  dauphin  pour  ses 
parents  et  ses  petits.  Or,  le  docteur  médecin  Rondelet 
(Guillaume),  qui  vivait  au  xv:'  siècle  {Montpellier,  f507- 
1356),  et  qui  fut  professeur  royal  de  médecine  à  la  Fa- 
culté de  Montpellier,  eût  été  fort  en  peine  d'expliquer 
comment  l'hippopotame,  vulgaire  herbivore,  peut  devenir 
soudain  Carnivore  à  la  vue  de  ses  vieux  parents,  et  rede- 
vient ensuite  herbivore  après  les  avoir  manges... 

Caïus  Julius  Solinus,  dans  son  Polyhistor  (cap.  XIII), 
nous  dit  à  son  tour  :  «  ...  Dans  ces  mers  {Bosphore  de 
Thrace)  se  trouvent  un  grand  nombre  de  dauphins.  Ces 
animaux  sont,  sous  bien  des  rapports,  dignes  d'observa- 
tion.  Ils  surpassent  en  vitesse  tous  les  poissons,  et  c'est 


82 


LE     NATURALISTE 


au  point  qu'on  bondissant  ils  s'élancent  souvent  par  des- 
sus les  voiles  des  vaisseaux.  De  quelque  côté  qu'ils  se 
dirigent,  ils  vont  par  couples.  Les  femelles  portent  dix 
mois;  c'est  en  été  qu'elles  mettent  bas;  elles  allaitent 
leurs  petits;  dès  qu'ils  sont  nés,  elle  leur  offre  leur  gosier 
comme  un  asile,  et  elle  les  accompagne  quelque  temps 
encore,  tant  qu'ils  n'ont  pas  acquis  assez  de  force...  » 

(//  copie  ensuite  tout  ce  qu'Hérodote,  Pline,  Aristote, 
Elien,  etc.,  ont  dit  sur  le  dauphin,  et  il  termine  ainsi  :) 

«  Ajoutons  que  si  les  jeunes  dauphins  s'ébattent  trop 
étourdirnent,  les  plus  vieux  leur  donnent  pour  gardien 
un  dauphin  moins  jeune,  dont  l'expérience  les  met  en 
garde  contre  les  attaques  des  monstres  marins,  quoiqu'il 
y  en  ait  peu  dans  ces  parages,  si  ce  n'est  des  phoques.  » 

Esope,  d'après  Plutarque  {Banquet  des  Sept  Saqes, 
chap.  xvill),  semble  vouloir  plaisanter  l'aventure  d'Arion 
et  généralement  l'affection  du  dauphin  pour  l'homme  ; 
«  mais,  dit  Plutar(|ue,  Dioclès,  en  rappelant  l'histoire  de 
Mélicerle,  fils  d'Ino,  déposé,  lui  aussi,  par  un  dauphin 
sur  l'isthme  de  Corinthe,  déclare  cet  attachement  du 
dauphin  pour  l'homme  absolument  démontré.  » 

Quant  à  Elien,  son  livre  De  Nalura  animalium  four- 
mille de  détails  sur  les  dauphins,  détails  compulsés  et 
recueillis  dans  tous  les  anciens  ouvrages  : 

Livre  II,  chap.  vi,  et  livre  VI,  ch.  xv.  —  Dauphins 
amis  des  enfants.  (Tous  les  récits  que  j'ai  déjà  cités  des 
vieux  auteurs). 

Livre  II,  ch.  vili.^  Les  dauphins  aidant  les  pécheurs 
dans  leur  besogne. 

Livre  IX,  ch.  Lix.  —  Les  dauphins  sont  nomlu'eux 
dans  le  Pont-Euxin. 

Livre  XI,  ch.  xii.  —  Mœurs  et  habitudes  des  dau- 
phins. 

Livre  XI,  ch.  xxii.  —  Les  dauphins  sont  toujours  en 
mouvement. 

Livre  XI,  ch.  xxxvii.  —  Le  dauphin  est  vivipare,  il 
donne  à  têter  à  ses  petits,  etc. 

Livre  XII,  ch.  xlv.  —  L'amour  du  daujihin  pour  la 
musique,  célébré  dans  l'hymne  écrit  par  Arion  en  com- 
mémoration de  son  sauvetage  par  ces  intéressants  ani- 
maux (cet  hymne  à  seize  vers).  Etc.,  etc. 

E.  Santini  (de  Riols). 


ESSAI  MONOGRAPHIQUE 

SUR 

les  Coléoptères  des  Genres  Pseudolucane  et  Lucane 


Note  complémentaire   sur   le  genre  Pseudolucane 
(Suite  et  fin). 

PSEUDOLUCANUS  MAZAMA  9-  —  Lcconte . 
De  même  taille  que  le  mâle  et  de  même  couleur,  mais 
un  peu  plus  luisante.  Tête  petite,  granuleuse,  notable- 
ment plus  étroite  que  le  corselet,  sensibli'ment  ]dus  allon- 
gée que  chez  les  femelles  des  autres  espèces  de  Pseudolu- 
canes. Feuillets  antennaires  courts,  labre  très  large, subco- 
nique ;  mandibules  robustes.  Yeux  médiocres,  rapprochés 
du  prothorax.  Celui-ci  est  bien  plus  étroit  que  les  élytres  ; 
il  est  nettement  convexe,  à  contours  arrondis,  à  bord  pos- 
térieur droit.   Il  est,   ainsi  ([ue  les  élytres,  couvert  sur 


toute  sa  surface  de  points  enfoncés,  petits  et  espacés, 
mais  bien  visibles.  Les  élytres  sont  amples,  un  peu  dé- 
primées, subparallèles,  à  bord  antérieur  subdroit,  à  bord 
postérieur  bien  arrondi.  Elles  présentent  l'une  et  l'autre, 
jusqu'au  tiers  de  leur  longueur,  doux  bandes  étroites,  lé- 
gèrement en  saillie,  un  peu  ^ilus  luisantes  que  le  restant 
de  la  surface.  Pattes  très  ponctuées,  les  antérieures  lar- 
ges et  robustes,  à  dents  arrondies.  Pattes  médianes 
grêles,  pattes  postérieures  subconiques,  présentant  deux 
dents  très  rapprochées  et  se  terminant  par  une  partie 
très  élargie    comme  cela   a   lieu    chez   le   mâle. 

Le  Pseudolucanus  mazama  est  peu  répandu.  Il  se 
trouve  dans  les  forêts  de  pins  des  régions  montagneuses 
de  rutah,  du  New-Mexico  et  de  l'Arizona,  durant  les  mois 
de  juillet  et  d'août.  Je  tiens  ces  intéressantes  indications 
de  M.  le  D'  Wickham,  assistant  au  Muséum  d'Histoire 
Naturelle  de  lova  (Amérique  du  Nord).  M.  Wickham 
m'a  écrit  «  avoir  trouvé  lui-même  des  individus  à  l'état 
«  parfait  émergeant  sous  des  troncs  de  pins  renversés.  » 

La  larve  du  Ps.  mazama  n'est  pas  encore  connue. 

LucANUS  CAPREOLUS.  —  Lin.  (Amérique  du  Nord.) 
M.  Wickham  me  signale  que  cet  insecte  est  commun 
dans  le  nord  des  Etats-Unis,  particulièrement  dans  la 
région  qui  se  trouve  à  l'est  du  Missouri;  il  est  abondant 
dans  les  régions  qui  avoisinent  les  vallées  arrosées  par 
des  rivières;  on  le  rencontre  en  été,  pendant  les  mois  de 
juin,  juillet  et  août,  volant  au  crépuscule  ou  pendant  la 
nuit.  La  larve  vit  non-seulement  dans  le  bois  mort  des 
chênes  de  différentes  espèces,  mais  aussi  dans  le  bois 
mort  du  hêtre,  dans  les  pommiers  et  dans  les  saules. 

Genre  Lucane  [Suite). 
LuCANUS  CERVUS  (Suite  et  fin). 

C'est  très  vraisemblablement  au  L.  cervus  qu'il  con- 
vient de  rattacher,  (comme  n'étant  que  des  formes  lo- 
cales de  cet  insecte)  deux  Lucanes  européens,  l'un  tétra- 
phylle,  l'autre  pentaphylle,  le  L.  maxillaris  et  le  L.  tau- 
ricus,  dont  Motschulsky  a  donné  la  diagnose  dans 
le  Bulletin  do  la  .Soc.  Entom.  de  Moscou  de  1845,  et  la 
description  dans  l'année  1870  do  la  même  publication. 

Malheureusement  ce  dernier  travail  do  Motschulsky,  qui 
concerne  également  d'autres  formes  de  Lucanes  euro- 
péens, est  sujetà  critique,  elles  figures  qui  l'accompagnent 
sont  lieaucoup  trop  insuffisantes  pour  permettre  de  se 
rendre  exactement  compte  du  faciès  des  insectes  auxquels 
elles  se  rapportent.  On  est  même  en  droit  de  se  demander 
comment  l'auteur  a  pu  critiquer  aussi  sévèrement  le 
travail  si  consciencieux  et  les  figures  pour  la  plupart  si 
exactes  de  la  monographie  du  D'  Kraatz. 

Ceci  dit,  voici,  telles  qu'elles  ont  été  données  par 
Motschulsky,  les  diagnoses  et  les  descriptions  du 
L.  maxillaris    et  du  L.  tauricus. 

LUÇANUS   MAXILLARIS.  {Motschulsky.) 

Motsch.  Bull.  soc.  ent.  de  Moscou,  1845,  I,  p.  60,  n"  168, 
et  1870,  p.  29-30,  table  2,  fig  3..  Kraatz,  loc.  cit.,  p.  269. 

«  Le  Luc.  maxillaris  se  rapproche  beaucoup  comme 
u  forme  du  L.  Capreolus  (\),  mais  parait  être  plus  court  et 
Cl  plus  convexe.  Ses  mandibules  sont  allongées,  courbées 
«  et  dilatées  intérieurement,  vers  l'extrémité,  de  sorte 
Cl  que  les  dents  ,  qui,  chez  les  autres  Lucanes,  bordent 
Il  cette  partie,  s'y  confondent  et  ne  possèdent  qu'une 
(I  cêrnelure  peu  prononcée.  La  massue  de  l'antenne  n'a 

(1)  Lire  L.  cervus  var.  capra  ou  capreolus. 


LE     NATURALISTE 


83 


Il  quo  4  articles.  Il  se  trouve  en  Crimée,  au  Caucase  et 
(I  en  Tourcménie. 

«  o'  —  nigro-piceus,  mandibulis  olytrisque  rufo-cas- 
«  taueis,  conferlissime  punctatus;  capite  transverso, 
«  postice  distincte  attenuato,  supra  piano,  ad  angulos 
(I  anticos  solum  paulo  marginato,  medio  antico  non  pro- 
«  ducto,clypeotruucato,  modioprofundoexcavato(lig.  3); 
n  thoraee  subtrausverso,  longitudine  1  1/2  latiore,  ca- 
«  pitis  lalitudine,  antice  oblique  angustato,  angulis  pos- 
«  ticis  obtusis,  non  prominulis;  elytris  capite  paulo 
((  latioribus  et  3  1/4  longioribus,  oblongo-ovatis  ;  man- 
«  dibulis  elytrorum  longitudine  fcre  dimidio  brevioribus, 
«  exsertis,  vix  arcuatis,  aute  médium  intus  subdilatatis 
a  vix  distinco  4-G  denticulatis,  apice  bidentatis  ;  anten- 
«  narum  articulo  1  capite  paulo  breviore,  clypeo  medio 
(I  lato  sinuato,  tibiis  anticis  angustatis,  trispinulosis. 
«  Long.  14-18  1.  —  hit.  cap.  3/12  —  4  1. 

«  Cette  espèce  se  distingue  facilement  du  t'c)'i'i(.s  et  du 
«  Capra  par  sa  taille  plus  petite,  sa  tète  à  peine  marginée 
«  vers  les  angles  antérieurs  et  fortement  rétrécie  trapé- 
«  zoidalementen  arriére,  par  ses  mandibules  plus  courtes, 
«  plus  droites,  sans  grande  dent  au  milieu  sur  le  bord 
«  interne,  qui,  sur  les  deux  tiers  de  sa  longueur,  pré- 
ci  sente  simplement  une  dilatation  anguleuse,  garnie  d'une 
«  deuticulation  peu  régulière  et  souvent  confondue,  par 
«  le  prepiier  article  des  antennes  plus  court;  par  son 
«  corselet  plus  long,  sensiblement  rétréci  en  avant,  et 
«  avec  des  angles  postérieurs  obtus,  pas  saillants. 

«  Je  possède  7  cT  tout  à  fait  semblables  par  la  forme 
«  et  les  couleurs,  et  seulement  un  exemplaire  du  Cau- 
«  case  parait  plus  étroit  que  les  autres  qui  proviennent 
«  de  la  Crimée,  de  Kharcow  et  de  la  Hongrie. 

«  Cet  exemplaire  du  Caucase  est  représenté  sur  la 
«  planche  II. 

«  Des  deux  femelles  que  je  possède  de  cette  espèce, 
0  l'une  présente  un  corselet  normal  à  angles  postérieurs 
«  obtus  comme  le  cf  :  chez  l'autre,  il  y  a  de  chaque  côté 
n   en  arrière  deux  impressions. 

Lrc.\NUS  TAURicus.  (Motschulsky.) 

Motsch.,  Bull.  soc.  ent.  de  Moscou  1843.  I  p.  60,  n"  168 
et  1870  p.  32-33,  table  II  fig.  6.  Kraatz,  loc.  cit.,  p.   269. 

«  Il  est  de  deux  fois  plus  petit  que  L.  cervus  et  d'une 
«  couleur  presque  noire  et  opaque.  Ses  mandibules  sont 
«  peu  courbées  et  plus  fortement  dentelées.  Le  corselet 
«  est  plus  long  et  plus  carré.  Je  l'ai  reçu  de  la  Crimée. 

«  o"  nigro-subpiceus,  mandibulis  rufo-piceis,  capite 
(I  thoraceque  conferlissime  rugoso-punctatis,  elytris  cor- 
«  poreque  subtus  subtiliter  punctatissimis;  capite  trans- 
«  verso,  postice  valde  obliquo attenuato,  supra  marginato, 
«  angulis  anticis  paulo  elevatis,  clypeo  truncato,  medio 
«  lato  arcuatim  excavato  ;  thorace  transverso,  antice 
«  fortiter  oblique  attenuato,  angulis  lateralis  valde  dis- 
«  tinctis  capite  paulo  latioribus,  posticis  obtusis,  non 
«  prominulis  ;  elytris  capite  1/4  latioribus  et  plus  triple 
«  longioribus,  convexis,  ovatis,  postice  arcuatim  atte- 
n  nuatis  ;  mandibulis  elytrorum  longitudine  dimidio  paulo 
«  longioribus,  versus  apicem  leviter  arcuatis,  valido  tri- 
«  dentatis,  dente  postico  subobtuso,  ante  médium  ins- 
«  tructo,  denticulis  antice  3  et  postice  3,  valde  distinctis, 
«  antennarum  articulo  primo  capitis  longitudine,  sequen- 
«  tibus  conjuncto  paulo  breviore  clypeo  arcuatim  trun- 
<(  cato,  angulis  acutis;  tibiis  anticis  tridentatis.  Long. 
«  201.  lat.  cap.  5  1. 

«  Comparée    aux   grands  exemplaires   du  Luc.  capra 


«  Oliv.,  cette  espèce  parait  un  peu  plus  ramassée,  sur- 
«  tout  la.  tête  et  le  corselet,  tandis  que  les  élytres  con- 
«  servent  les  mêmes  dimensions  que  (chez)  les  premiers 
(i  ou  deviennent  même  un  peu  plus  longues.  La  tête, 
«  quoique  plus  petite,  est  en  dessus  assez  fortement 
(<  marginée,  mais  l'espace  interrompu  au  milieu  du  bord 
«  po.'iténeur  est  plus  large,  les  angles  antérieurs  dirigés 
«  plus  latéralement,  le  chaperon  plus  étroit  et  plus  pro- 
«  fondement  découpé  au  milieu,  sans  présenter  cependant 
«  des  angles  latéraux  aussi  prolongés  et  aussi  saillants  ;  les 
«  i)etites  dents  (|ui  garnissent  le  côté  interne  des  man- 
<i  dibules  sont  plus  longues  que  même  chez  les  grands 
«  exemplaires  du  L.  cervus.  Le  corselet  présente  les 
«  angles  latéraux  plus  saillants  que  chez  le  Capra  parce 
«  que  les  côtés  sont  plus  fortement  rétrécis  vers  la  tête. 
n  Les  élytres  sont  un  peu  plus  longues,  leurs  angles 
n  huméraux  plus  saillants. 

«  Je  l'ai  pris  en  Crimée,  où  il  vit  dans  les  vieux  poi- 
((  riers  sauvages.  » 

Enfin  un  petit  Lucane  également  décrit  et  figuré  par 
Jlotschulsky  d'après  un  seul  exemplaire,  sous  le  nom  de 
brevicollis,  parait  n'être  qu'un  individu  de  petite  taille, 
de  son  L.  tauricus. 

n  Cette  espèce,  dit  l'auteur,  rappelle  du  reste  beaucoup 
«  le  L.  tauricus  qui  en  difl'ère  principalement  par  son  cor- 
«  selet  plus  allongé,  ses  élytres  moins  larges,  de  taille 
((  plus  grande  et  ses  mandibules  plus  nombreusement 
n  denticulées.  » 

LUCANUS    ORIENTALIS    Kraatz  et     LUCANUS    TETRAODON 

Thunbei-g. 

En  plus  du  L.  cervus,  si  répandu  partout  et  si  variable 
de  taille  et  de  structure,  la  faune  européenne  possède 
deux  autres  espèces  de  Lucanes  vrais,  dont  l'aire  d'ex- 
tension est  plus  restreinte,  mais  dont  la  taille  et  la  forme 
ne  sont  guère  moins  variables,  toutes  proportions  gar- 
dées cependant,  car  le  développement  de  ces  deux  es- 
pèces est  bien  loin  d'atteindre,  du  moins  chez  les  mâles, 
celui  du  L.  cervus. 

Je  dis  chez  les  mâles,  car  les  femelles  acquièrent  assez 
souvent,  au  contraire,  une  taille  au  moins  égale  à  celle 
des  plus  grosses  femelles  de  ce  dernier  insecte. 

Les  deux  Lucanes  dont  il  s'agit  sont  le  Luc.  orientalis 
de  Kraatz  et  le  Luc.  tetraodon  de  Thunberg. 

Le  premier,  qui  rappelle  davantage  le  L.  cervus,  ne  se 
rencontre  que  dans  l'extrême  Orient  de  l'Europe  et  dans 
la  basse  Asie. 

Le  second,  plus  aberrant,  appartient  très  nettement, 
au  contraire,  à  la  faune  européenne  puisqu'il  se  trouve 
d'une  façon  constante  en  Corse,  en  Italie,  en  Sicile,  en 
Grèce  et  dans  la  partie  méridionale  de  la  Russie  d'Eu- 
rope. 

Ces  deux  insectes,  voisins  l'un  de  l'autre  mais  cepen- 
dant bien  distincts,  rappellent  assez,  comme  structure 
générale,  la  forme  capra  du  L.  cervus,  mieux  encore  du 
L,  turcicus. 

Le  L.  orientalis  est  évidemment  celui  qui  s'en  rap- 
proche le  plus,  et  la  ressemblance  est  même  parfois  des 
plus  remarquables,  ainsi  qu'on  peut  le  voir  en  comparant 
la  fig.  1  et  la  fig.  1  bis  qui  représentent  :  la  première  un 
L.  turcicus  tant  soit  peu  difl'èrent  de  la  forme  habituelle 
et  la  deuxième  un  L.  orientalis  de  très  grande  taille. 

Mais  les  ressemblances  poussées  à  un  aussi  haut  point 
paraissent  être  fort  rares  et,  d'ailleurs,  si  voisin  que  le 
L.  orientalis  puisse  être  du  L.  turcicus,  il  s'en  écarte  par 


84 


LE     NATURALISTE 


trop  de  caractères  pour  pouvoir  être  considéré   unique- 
ment comme  une  variété  du  L.  cervus  pris   comme  type. 
Si  l'on  considère  en  effet  le  L.  orientalis   dans  son  en- 
semble, on  remarque   tout   d'abord  que  les    proportions 


est    entrée    dans  les  considérations  généralement  pré- 
sentées en   faveur  d'un    grand   développement    dans   la 
région  d'anciens  glaciers  maintenant  disparus. 
Comme  exemple  particulièrement  net  de  la  formation 
dont  il  s'agit,  nous  citerons  les  escarpe- 
ments d'En  Saumont  au-dessus  de  Brent, 
dans  la  vallée  de  la  Baie  do  Clarens  et  sur 
la  rive  gauclie  de  ce   torrent.     La  figure 
jointe  au    présent    article     montre  qu'il 
s'agit  d'une  masse  de  plus  de  deux  cents 
mètres  d'épaisseur  dont  la  constitution 
intime  est  des  plus  faciles  à  étudier  en 
détail  grâce    aux  ravinements  qu'y  ont 
ouverts  les  eaux  de  pluie. 

C'est  un  terrain  fort  hétérogène  où  des 
blocs  de  toute  grosseur  sont  mélangés  à 
des  sables  et  à  une  boue  très  fine.  Les 
blocs  sont  très  arrondis  et  leur  surface 
est  souvent  tout  à  fait  polie;  la  plupart 
sont  de  nature  calcaire,  mais  il  y  eu  a 
un  certain  nombre  qui  sont  tout  diffé- 
rents,formés  de  roches  gréseuses  et  même 
de  roches  cristallisées  variées.  Les  galets 
•,  ...  calcaires  sont  remarquables  par  la  pos- 

r.-      1        I     .      •         j,   r    _       u  ,  u  ui  .   •   .       .tj-  •  .1      session  de  slries  qui  ne  manquent  jamais 

rig.  l. —  L.  turcicus  cr,  forme   aberrante  probablement   intermédiaire  entre  le  i  i  j 

L.  turcicus  et  et  l'Orientalis  (Collection  H.  Boileau).  et  qui    sont  très  nombreuses  sur  toutes 

Fig.  lii«.  —  L'orientalis  o"  de  très  grande  taille  (Muséum  de  Paris).  les   faces,  en    faisceaux    s'entrecoupant 

sous  des  angles  variés.  Le  sable  est  sur- 


respectives des  différentes  parties  du  corps  sont  sensi- 
blement différentes  de  ce  qu'elles  sont  chez  le  L.  cervus 
et  chez  ses  variétés  même  les  plus  aberrantes,  tellesque 
pentaphyllus,  laticornis  et  akbesiana. 

Si  l'on  entre  dans  le  détail  de  ces  différentes  parties 
on  constate  : 

4°  Que  les  mandibules,  comme  le  dit  très  justement 
Kraatz,  sont  construites  d'après  un  tout  autre  type,  leur 
longueur  est  moindre,  leur  courbure  plus  accentuée,  leur 
base  beaucoup  plus  large,  leur  fourche  terminale  bien 
plus  courte  et  composée  de  deux  dents  égales  ;  enfin  la 
dent  médiane  n'est  pas  triangulaire  mais  bien  subcylin- 
drique et  se  trouve,  en  outre,  située  généralement  un  peu 
au  delà  du  milieu  do  la  mandibule  ; 

2"  Que  l'antenne  est  bien  hexaphylle  comme  chez  le 
L.  turcicus,  mais  que  les  feuillets  sont  plus  longs  et  bien 
plus  grêles  :  de  plus  les  articles  2,  3  et  4  de  la  tige  sont 
subégaux,  tandis  que,  chez  le  L.  ceruus  et  tous  ses  dérivés 
et  chez  le  L.  turcicus  plus  encore  peut-être  que  chez  les 
autres,  le  3"  et  le  4°  article  sont  toujours  beaucoup  plus 
longs  que  le  2"  ; 

3°  Que  le  prothorax  est  plus  long  et  plus  ample  ; 

Enfin,  4°,  que  les  pattes  et  les  tarses  ont  une  brièveté 
très  remarquable  qui  ne  se  retrouve  chez  aucun  des 
dérivés  du  L.  cervus. 

(A  suivre.)  L.  Planet. 


Sur  le  terrain  à  Cailloun  striés  des  Préalpes  Vaudoises 


Dans  un  très  grand  nombre  de  points  des  Préalpes,  les 
flancs  des  vallées  sont  recouverts  jusqu'à  une  hauteur 
plus  ou  moins  grande  d'un  placage  de  terrain  caillouteux 
que  les  géologues  n'ont  fait  aucune  difficulté  de  regarder 


comme  glaciaire.  On  peut  voir  ces  terrains  représentés 

sur  la  carte  géologique  de  la  Suisse  et  leur  aire  d'extension  |  pousser  ses  moraines  qui  sont  restées,  après  la  fusion,  sous 


tout  quartzeux;  laboue, riche  en  calcaire,  contient  beau-- 
coup  d'argile  et  montre  au  microscope  des  grains  de 
roches  très  diverses. 

Nos  lecteurs  savent  que  si  c'est  à  la  présence  des  stries 
(jue  la  plupart  des  anciens  géologues  ont  su  reconnaître 
le  caractère  glaciaire  aux  placages  boueux  du  genre  de 
celui  d'En  Saumont,  des  expériences  dont  le  résultat  est 
d'ailleurs  confirmé  par  les  raisonnements  les  plus  élémen- 
taires ont  montré  que  les  glaciers  ne  sont  pour  rien  dans 
la  production  des  stries  observées. 

Celles-ci  résultent,  sans  doute  possible,  des  tassements 
internes  subis  par  le  terrain  sous  l'influence  do  la  perte 
de  substance  que  lui  inflige  la  dénudation  réalisée  par 
les  eaux  d'infiltration  et  qui  détermine  des  glissements 
pendant  lesquels  les  grains  quartzeux  viennent,  le  plus 
aisément  du  monde,  travailler  à  la  surface  polie  et  tendre 
des  galets  calcaires.  Cette  remarque  qui  s'applique  même 
à  l'acquisition  de  stries  par  des  blocs  calcaires  compris 
dans  de  vraies  moraines,  a  dos  conséquences  1res  nom- 
breuses et  conduit  à  reconnaître  de  toutes  parts  des  témoi- 
gnages de  l'activité  incessante  qui  règne  dans  l'épaisseur 
des  roches. 

Toutefois,  étant  accepté,  conformément  à  ce  qui  précède 
ot  conformément  aux  expériences  sur  le  striage  dont  nos 
lecteurs  ont  eu  naguère  le  résumé,  il  reste  à  fixer  certains 
points  de  l'origine  du  terrain  caillouteux. 

L'un  des  plus  difficiles  à  première  vue  concerne  juste- 
ment la  présence  des  roches  cristallines  en  association 
avec  les  roches  calcaires  dans  le  lit  des  torrents  (jui, 
comme  la  Baie  de  Clarens,  descendent  de  massifs  mon- 
tagneux exclusivement  formés  de  roches  stratifiées. 

Jusqu'ici,  la  manière  d'exjiliquer  cette  circonstance 
consiste  à  dire  que  l'ancien  glacier  du  Rhône,  de  dimen- 
sions gigantesques,  descendant  par  le  Valais,  comblait 
tout  le  lac  Léman  el  bavait  à  droite  et  à  gauche  dans  les 
vallées  latérales  dont  il  remontait  les  pentes  de  façon  à  y 


LE     NATURALISTE 


85 


la  form(>  des  |iiacngps  k  galets  stries  qui  nous  occupent 
eu  ce  moment. 

Ce  raisonnement,  qui  revient  à  ilirc  i|iie  le  sol  avait 
déjà  la  l'orme  que  l'érosion  lui  a  donnée,  avant  que  les 
agonis  d'érosion  n'aient  l'ait  sentir  leur  action  et  qui 
répète  en  somme  celui  qu'on  tient  encore  si  souvent  pour 
le  phénomène"  général  du  creusement  des  vallées,  est  en 
contradiition  llagrante  avec  tous  les  faits  d'observation. 

Tout  prouve  ([ue  dans  le  passé,  c'est-à-dire  au  début 
des  phénomènes  d'érosion  dont  les  Alpes  ont  été  le 
théâtre,  le  relief  du  pays  avait  une  forme  tout  à  fait  dif- 
férente de  celle  qu'il  présente  aujourd'hui.  On  sait  en 
effet  que  chaque  cours  d'eau  se  comporte  vis-à-vis  du  sol 
qui  fait  le  fond  de  son  lit,  comme  fait  une  lame  de  scie, 


Le  ravin  d'En-Sauinunl,  pn/s  Brent,  dans  le  caiiLon  du  Vaud. 

ou  mieux  un  lil  enduit  d'(''meri,  à  l'égaril  de  la  pierre  sur 
la(|uelle  on  le  ferait  glisser.  Surtout  pour  les  cours  d'eau 
rapides  comme  sont  les  torrents,  le  lit  peu  accentué  de 
l'origine  se  creuse  i)rogressivement  en  gorge  et  réalise  la 
séparation  complète  de  régions  (jui  d'abord  étaient  en 
relations  mutuelles. 

Dans  ce  temps-là,  le  cours  d'eau  dont  la  Baie  de  Clarens 
peut  être  considérée  comme  un  représentant  actuel,  descen- 
dait des  massifs  granitiques  de  l'axe  de  la  chaîne  et  cou- 
lait très  au-dessus  de  son  niveau  d'aujourd'hui,  par  les 
flancs  des  montagnes  qu'on  reconstituerait  en  remettant 
les  Aljies  en  possession  de  la  gigantesque  quantité  de 
matière  que  l'érosion  leur  a  arrachée  dans  le  cours  des 
temps. 

A  cette  échelle  colossale,  tous  les  incidents  de  l'histoire 
des  rivières  se  sont  produits  et  en  particulier  la  régression 


des  sources  qui  peut  amener  la  capturi"  des  cours  supérieurs . 
Cette  capture,  combinée  avec  l'acquisition  par  le  sol  de 
modelé  tout  nouveau,  transforme  sans  peine  un  torrent 
qui  d'abord  avait  son  bassin  d'alimentation  dans  la  zone 
cristallisée  des  hauts  sommets  en  un  autre  torrent  qui 
n'est  plus  pourvu  d'eau  que  par  des  reliefs  secondaires. 
Il  en  résulte  alors  nécessairement  la  particularité 
d'abord  si  étrange,  et  cependant  si  simple,  d'un  torrent 
dont  le  lit  contient  des  galets  essentiellement  difl'érents 
des  masses  rocheuses  qui  constituent  le  fond  et  les  lianes 
de  sa  vallée.  On  a  cherché  longtemps  et  laborieusement 
dos  causes  compliquées  à  un  état  de  choses  qui  n'est  que 
la  répétition  dans  le  passé  de  lacon<lition  actuelle. 

Stanislas  Meunier. 


ERRATUM 


M.    Henri  Gadeau    de    Kerville   signale   l'erreur 
typographique    suivante,   que   renferme  son   article  sur 
la  richesse  faunique  de  la  Normandie  paru  dans  le  dernier 
numéro  (page  69,  col.  1,  ligne  27)  :  Il  faut 
19.791  au  lieu  de  19.790. 


L'ÉLEYA&E   DE  L'AUTRUCHE 


I 

LE    KREIDER 

En  1888,  à  la  clôture  de  la  période  de  mes  essais  d'éle- 
vage à  Misserghin,  je  fis  hommage  au  gouvernement 
général  de  l'Algérie,  à  titre  gracieux,  d'un  troupeau  d'en- 
viron 35  autruches  et  du  matériel  d'élevage,  afin  de  per- 
mettre à  l'Administration  de  faire,  à  peu  de  frais,  un 
essai  d'élevage  et  d'exploitation  au  Kreider.  Ce  troupeau, 
accepté  en  principe,  ne  fut  pas  utilisé,  le  gouvernement 
manquant  des   ressources   nécessaires    jiour   assurer   le 

transport   des  animaux    et    leur    établissement! Je 

dois  ajouter  que  mon  olTre  de  concours  pécuniaire  ne 
put  non  plus  aider  à  la  solution  espérée.  Ce  troupeau, 
offert  ensuite  à  la  Résidence  générale  de  Tunisie,  n'eut 
pas  un  meilleur  sort Finalement,  il  échoua  au  Jar- 
din Zoologique  d'Acclimatation  du  Bois  de  Boulogne,  de 

Paris,  qui  en  réalisa  In  valeur  en  compte qui  m'est 

inconnu  à  ce  jour,  malgré  mes  réclamations  annuelles. 

Voyons  un  peu  quelles  ressources,  quel  avenir  nous 
assurait  l'établissement  d'une  autrucherie  au  Kreider. 

Lorsqu'on  traverse  les  immenses  solitudes  des  hauts 
plateaux  où  la  gazelle  bondit  à  travers  les  touffes  d'alfa 
et  de  chih,  l'œil  ne  rencontre  en  fait  de  végétation  arbo- 
rescente, que  de  rares  genévriers  ou  oxycèdres  rabougris 
auxquels  se  mêlent  parfois  d'étiques  thuyas  au  feuillage 
sombre. 

Après  quelques  essais  infructueux,  on  a  fini  par 
constater  que  l'acacia  triacanlhos  est  le  seul  arbre  déco- 
ratif (lui  s'adapte  aux  conditions  telluriques  et  climaté- 
riques  de  ces  régions  sèches  et  sablonneuses.  Ceux  exis- 
tant au  Kreider  et  à  Méchériasont  d'une  fort  belle  venue. 


86 


LE     NATURALISTE 


ayant  parfaitement  résisté,  tandis  que  les  autres  essences 
plantées  dans  les  mêmes  conditions  ont  toutes  péri,  sans 
exception. 

A  l'heure  actuelle,  autour  de  toutes  les  gares  ou 
arrêts  qui  jalonnent  la  mer  d'alfa,  on  ne  voit  que  planta- 
tions de  triacanthos. 

Il  va  sans  dire  que  dans  les  sites  privilégiés,  où  l'abon- 
dance des  sources  permet  l'irrigation,  d'autres  essences 
peuvent  réussir.  C'est  le  cas  du  Kreider,  où  5,000  arbres 
d'essences  variées  ont  été  plantés  par  le  bataillon 
d'Afrique. 

En  évaluant  la  main-d'œuvre  à  2  francs  par  jour,  on  a 
calculé  que  chaque  arbre  revenait  à  2,000  francs.  Los 
travaux  de  plantation  du  Kreider  représentent  environ 
cinq  millions  de  journées  de  travail,  correspondant  à  une 
valeur  de  dix  millions. 

Cet  aveuglant  coin  du  désert  où, il  y  a  quelques  années 
à  peine,  ou  ne  voyait  pas  un  seul  brin  de  verdure,  où 
toute  végétation  s'arrêtait,  où  le  thym  et  l'alfa  eux- 
mêmes  refusaient  de  pousser,  est  devenu,  grâce  aux 
efl'orts  persévérants  de  l'armée,  une  verdoyante  oasis, 
pleine  de  promesses. 

Qui  a  vu  le  Kreider  en  1881,  et  qui  le  revoit  aujour- 
d'hui, a  sous  les  yeux  un  exemple  frappant  de  ce  que 
l'on  peut  faire  sur  les  parties  du  sol  d'Algérie,  même 
réputées  les  plus  arides,  avec  ces  trois  éléments  de  force 
réunis  :  la  vapeur,  l'eau  et...  des  bras.  Lisez  beaucoup 
d'argent. 

En  1881,  ce  que  les  cartes  désignaient  superbement 
sous  le  nom  de  Kreider,  écrit  en  petites  capitales,  n'était 
qu'un  point  d'eau  qui,  par  le  volume  relativement  consi- 
dérable de  son  débit,  et  par  sa  position  géographique  sur 
le  chott,  entre  les  premiers  hauts  plateaux  et  la  région 
des  Ksours,  d'une  part,  et  entre  Géryville  et  les  fron- 
tières du  Maroc,  d'autre  part,  servait  de  point  d'arrêt 
forcé  aux  caravanes,  aux  tribus  ou  aux  douars  traversant 
cette  région.  Mais  on  ne  s'y  arrêtait  que  juste  le  temps 
nécessaire  pour  laisser  boire  les  bêtes  et  remplir  les 
outres  de  peaux  de  chèvre.  Autour  des  sources  qui  sor- 
taient de  trois  ou  quatre  trous,  figurant  de  véritables 
cuvettes,  aucune  plante,  aucune  herbe,  rien  que  quel- 
ques roseaux,  des  lentisques,  de  l'armoise.  Bêtes  et  gens, 
piétinant  dans  la  vase,  défonçant  le  terrain,  y  accumu- 
lant des  ordures,  y  abandonnant,  de-ci,  de-là,  une  cha- 
rogne, avaient  fait  du  Kreider  un  cloaque  ;  ses  sources 
allaient  se  perdre  sous  la  terre,  à  quelques  pas  de  leurs 
"  cuvettes  »,  et,  chargées  de  matières  organiques,  elles 
donnaient  une  eau  claire  et  limpide,  il  est  vrai,  mais  qui 
entrait  en  putréfaction  au  bout  de  24  heures. 

Tel  était  le  Kreider  que  nos  troupes  ont  trouvé  en 
juin  1881.  Envoyées  sur  ce  point  pour  en  faire  un  poste 
avancé  contre  les  bandes  de  Bou-Amema,  et  plus  tard 
contre  celles  de  Si-Sliman,  on  sait  comment  elles 
échouèrent  dans  cette  «  protection  «  imjiossible  avec  les 
moyens  dont  elles  disposaient. 

Les  événements  firent,  cette  fois,  la  démonstration 
définitive  du  principe  que  les  vieux  praticiens  de  l'Algérie 
avaient  déjà  érigé  en  axiome,  à  savoir  que  «  prétendre 
assurer  la  soumission  du  sud  au  moyen  de  colonnes 
péniblement  ravitaillées  par  des  bêtes' de  somme,  était 
une  chimère  ». 

Les  généraux  Saussier  et  Delebecque  rompirent  net 
avec  les  errements  condamnés  par  l'expérience.  Ils 
demandèrent  des  moyens  d'action  mieux  approiiriés  au 
pays,  c'est-à-dire  l'occupaUon  directe  et  permanente  do 


points  stratégiques  situés  au  sud,  à  commencer  par  le 
Kreider,  reliés  par  une  voie  ferrée  au  centre  du  Tell  et 
aux  ports  du  littoral. 

Le  chemin  de  fer  d'Arzeu  à  Saïda,  construit  primiti- 
vement en  vue  de  l'exploitation  de  l'alfa  des  hauts  pla- 
teaux, avait,  à  cette  époque,  poussé  sa  ligne  jusqu'à 
Modzbah,  à  47  kilomètres  de  Saida  et  à  33  kilomètres  du 
Kreider.  En  128  jours,  73  kilomètres  avaient  été  cons- 
truits ;  le  27  septembre  1881,  la  iocomotive  entrait  en 
gare  au  Kreider;  aujourd'hui,  le  point  terminus  est  Dje- 
nien-Bou-Rosg,  à  quelques  kilomètres  de  Figuig,  sur  la 
route  directe  d'Algérie  à  Mekknès  au  Maroc  (1).  En  1891, 
l'ambassade  extraordinaire  de  M.  Patenôtre  auprès  du 
Sultan  ne  put  aboutir  à  la  prolongation  de  la  ligne 
d'Arzeu  jusqu'à  Fez  et  Mekknès,  deux  des  trois  capitales 
du  Maroc.  J'avais  obtenu  la  faveur  d'être  embarqué  avec 
la  mission  sur  «  le  Surcouf  »,  mais  mon  état  de  santé 
ne  m'a  pas  permis  de  suivre  de  Mogador  à  Maroc. 

Incontestablement,  la  sécurité  de  tout  le  Sud-Ouest 
algérien  et  la  prépondérance  de  l'influence  française  au 
Maroc  seront  les  conséquences  de  l'établissement  ae  la 
voie  ferrée  à  travers  les  Etats  du  Maghreb. 

En  même  temps  qu'on  posait  les  rails  dans  la  direction 
du  Kreider,  ce  poste  était  aménagé  dans  les  conditions 
voulues.  Aujourd'hui,  les  sources  captées,  endiguées, 
forment  un  bassin  de  2C0  mètres  de  long  sur  60  de  large. 
L'eau  de  ce  bassin,  sans  cesse  renouvelée,  est  dirigée 
par  de  petits  canaux  découverts  où  s'embranchent  des 
rigoles  sur  une  étendue  de  9  hectares  en  pleine  culture 
maraîchère.  Elle  est  en  telle  abondance  qu'il  a  été  pos- 
sible de  faire  une  piscine  où  les  hommes  de  la  garnison 
viennent  se  baigner,  par  escouade,  pendant  les  fortes 
chaleurs. 

Un  peu  plus  loin,  en  dehors  de  la  jiartie  irriguée  et 
réservée,  soit  à  la  culture,  soit  à  l'alimentation  des  habi- 
tants, on  a  creusé  un  vaste  abreuvoir  à  l'usage  des 
Arabes.  Force  a  été  de  parquer,  pour  ainsi  dire,  sur  cet 
abreuvoir,  les  indigènes  venant  au  Kreider  approvi- 
sionner leurs  douars  ou  faire  boire  leurs  troupeaux.  Sans 
cela  —  et  l'expérience  en  a  été  faite  —  tous  les  travaux 
de  captation  et  d'aménagement  seraient  bien  vite  dé- 
gradés par  l'inconscient  es])rit  de  dévastation  des  no- 
mades Allah  Kerim  !  Dieu  est  grand  !  et  ils  se  reposent 
sur  lui  du  lendemain. 

Le  soleil  d'Afrique  aidant,  les  bras  de  nos  soldats  ont 
fécondé  le  sable  que  les  eaux  souterraines  du  chott 
avaient  fait  cultivalile  :  et  ils  ont  ainsi  commencé  avec 
des  résultats  déjà  merveilleux  l'œuvre  de  colonisation 
que  le  chemin  de  fer  seul  avait  rendue  possible,  et  que 
le  peuplement  portera  à  sa  perfection. 

Des  allées  d'ormes,  de  faux  poivriers  et  de  peupliers 
traversent  les  cultures  de  légumes  et  de  fruits  de  toutes 
sortes  qui  y  prennent  des  proportions  inconnues  sous 
notre  climat.  Le  melon,  la  citrouille,  l'aubergine,  la 
tomate,  les  choux,  les  carottes,  les  pois,  les  asperges, 
les  radis,  la  jiomnie  de  terre,  etc.,  etc.,  y  crois.-ent,  y 
mûrissent  et  y  prennent  des  développements  inusités, 
sans  nuire  à  la  qualité  savoureuse  qu'ils  ont  sous  notre 
ciel  tempéré.  Le  vent  est  ici  le  grand  modérateur  du 
soleil  ;   l'hiver,  les  rafales  de  l'Atlantique  se  font  sentir 

(I)  Le  voyage  de  Pans  à  Oran  n'étant  que  de  trois  jours, 
on  peut  donc  passer  en  quatre  jours  de  l'asphalte  du  boule- 
vard au  sable  du  pays  des  Ksours,  des  rives  de  ia  Seino  aux 
bords  de  l'Oued  Ain-Sefra,  des  hauteurs  des  montagnes  des 
Ahmours. 


I-E     NATURALISTE 


87 


avoc  viffuour  dans  toute  la  réj;ion,  le  Djebel-Alimour 
seml>le  ('tre  lu  montagne  qui  est  la  limite  de  ce  régime 
météorologique.  Evidemment,  en  ayant  la  précaution 
d'ahriter  les  couples  d'Autruches  reproducteurs,  ce  que 
fait  d'ailleurs  l'éleveur  russe,  les  inconvénients  du  climat 
hivernal  auraient  été  atténués.  Quant  aux  troupeaux 
d'élèves,  ils  devaient  suivre  les  troupeaux  de  montons 
et  lie  chameaux  dans  leurs  ])acages  dans  le  sud  du 
Sahara  dans  des  conditions  de  sécurité  indiscutables, 
complétées  par  le  poste  de  Méchéria  (1),  malgré  la  proxi- 
mité des  tribus  nomades,  pour  ainsi  dire  indépendantes, 
qui  fré(]uentent  les  frontières  di'  notre  extrême  Sud- 
Ouest  algérien. 

Il  y  a  là,  au  reste,  un  fait  tout  à  fait  caractérisli(|ne  : 
(lartout  ou  pénètie  l'Européen,  les  plantations  d'arbres 
se  multi]dient  et  ou  peut,  en  ([uelque  sorte,  savoir  la 
densité  de  la  population  européenne  à  l'aspect  plus  ou 
moins  boisé  du  pays;  dans  les  cultures  arabes,  on  ne 
rencontre  pas  un  arbre,  (]uelques  broussailles,  des  mil- 
liers de  iialmiers  nains  s'élevant  à  un  mètre  au-dessus 
du  sol,  des  lauriers-roses  dans  le  lit  fangeux  des  rivières, 
mais  jamais  de  ces  beaux  platanes  qui  font  l'orgueil  de 
Boufarik,  ou  même  une  culture  régulière  d'oliviers  ; 
sans  doute,  il  reste  des  bois,  particulièrement  dans  la 
province  de  Constantine,  où  les  forêts  de  chênes-lièges 
dûiuient  de  beaux  revenus  ;  mais,  pour  que  des  arbres 
isolés  aient  "été  conservés,  il  faut  qu'il  s'y  attache  une 
idée  religieuse,  qu'ils  ombragent  un  tombeau,  qu'ils  en- 
tourent un  marabout,  et  que  la  piété  des  fidèles  les  pré- 
serve de  la'  destruction  :  c'est  ce  qui  est  arrivé  au  bois 
sacré  de  Blidah  où  l'on  admire  des  oliviers  séculaires, 
mais  ce  sont  là  de  rares  exceptions. 

En  déboisant  la  montagne,  en  laissant  les  moutons, 
les  chèvres,  les  chameaux  brouter  les  jeunes  pousses, 
l'écorce  des  arbres,  en  brûlant  les  herbes  sèches  et 
parfois  aussi  les  forêts,  les  Arabes  ont  amené  le  pays  à 
l'état  de  stérilité  complète  qui  le  désole  maintenant. 

On  sait  quels  succès,  en  peu  d'années,  le  colonel  Go- 
dron  a  obtenus  à  El  Goléa  dans  la  plantation  d'arbres 
qui  poussent  très  rapidement.  Grâce  aux  puits  arté- 
siens, l'oasis  d'El  Goléa,  dans  un  avenir  prochain,  sulTira 
aux  besoins  de  sa  garnison  et  aidera  au  ravitaillement  des 
postes  militaires  qui  jalonnent  la  route,  en  attendant  la 
prise  de  possession  du  Touat  nécessaire  pour  réaliser  la 
jonction  de  l'Algérie  et  du  Soudan. 

Évidemment,  les  circonstances  présentes  ne  justifie- 
raient pas  l'énormité  d'une  dépense  d'installation  parti- 
culière comme  elle  est  possible  à  des  détachements  de 
troupes. 

En  1884  et  en  1888,  la  main-d'œuvre  était  à  bas  prix, 
les  hommes  du  bataillon  d'Afrique  moyennant  50  à 
70  centimes  par  jour  eussent,  en  très  peu  de  temps  et  à 
peu  de  frais,  construit  les  habitations  du  personnel  et 
installé  les  parcs  à  Autruches.  Les  bois  de  construction 


(l)  On  l'a  dit  des  lo  premier  jour  :  la  création  do  Méchéria 
fut  une  erreur.  Altitude  11.18  mètres,  i  332  kilomètres  d'Ar- 
zcu.  —  ïouadjeur,  à  15  kilomètres  plus  à  l'est,  jiossède  de  l'eau 
en  abondance,  le»  terres  sont  susceptibles  de  culture.  —  On 
admet  l'utilité  de  l'occupation  permanente  de  ce  point,  mais 
notre  installation  aurait  du  être  réduite  aux  pro])ortions  du 
rôle  que  la  situation  topographique  et  politique  du  pays  assi- 
prnait  à  Méchéria.  Rien  de  plus  triste  que  l'aspect  du  pays. 
Partout  du  roc,  de  la  poussière,  des  pierres.  L'alfa  lui-même 
se  refuse  à  croître  sur  le  terrain,  où  il  ne  peut  prendre 
racine. 


nécessaires  pouvaient  être  livrés  à  bon  compte  par  la 
Compagnie  de  chemin  do  fer  d'Arzeu,  c'étaient  des  tra- 
verses inutilisées,  etc.,  etc. 

D'où  nous  devons  conclure  qu'une  Antrucherie  établie 
uu  Kreider  dès  1884  ou  en  1888  assurait  le  succès  de 
l'élevage  on  Algérie,  et  qu'il  serait  oiseux,  en  1897  de 
reprendre  cette  question,  sinon  au  titre  «  Historique  de 
la  colonisation  de  l'Algérie  ». 

II 

CHÉ.Vno.N-    I-AR    L'ÉT.\T   DtJN     H.ARA.S    DE    REPEUPLEMENT 
A   EL-OUTAVA 

Je  dois  déclarer  que  je  suis  contraire  à  toutes  tenta- 
tives de  reconstitution  d'élevage  non  basées  sur  une 
expérience  pratique.  En  faveur  de  cette  observation, 
nous  ne  trouverons  nulle  part  des  preuves  plus  con- 
cluantes que  celles  qui  nous  sont  fournies  par  les  éle- 
veurs du  Cap.  Nous  ne  devons  pas  chercher  d'autres 
moyens  que  ceux  consistant  dans  l'utilisation  de  grands 
espaces  et  le  climat  sec  :  voilà  tout  le  secret. 

La  dilficulté  en  Algérie,  pour  faire  œuvre  d'initiative 
privée,  consiste  dans  la  possession  du  champ  d'expé- 
rience décisive.  Avons-nous  ou  n'avons-nous  pas  en 
Algérie  des  emplacements  favorables  qui,  pour  toutes 
nouvelles  entreprises  bien  conçues,  établies  sur  des 
bases  certaines,  assurent  le  succès?  Je  vous  ai  dit  pré- 
cédemment que  les  emplacements  favorables  existent, 
je  vous  dirai  plus  loin  les  obstacles  s'opposant  à  leur- 
mise  en  emjiloi. 

Le  problème  d'un  rapide  accroissement  du  troupeau 
initial  ne  me  semble  pas  être  d'une  grande  difficulté, 
grâce  au  mode  d'incubation  artificielle  qui  so  pratiqué 
dans  l'Afrique  orientale.  Emin-Pacba  indique  le  procédé 
pratiqué  par  les  Latoukas,  peuplade  habitant  les  envi- 
rons du  lac  Nyansa.  Ils  enfouissent  les  œufs  d'Autruche 
dans  des  tas  de  paille  de  dourah  ;  l'éclosion,  sans  doute, 
est  le  résultat  de  la  fermentation  de  la  paille. 

Avant  la  disparition  de  l'Autruche  dans  le  Sahara 
occidental,  les  Maures  produisaient  l'éclosion  en  enfer- 
mant les  œufs  dans  un  sac  au  milieu  des  graines  de 
coton  qui  en  germant  fournissaient  le  degré  de  tempé- 
rature nécessaire  (environ  40°). 

D'ailleurs,  les  procédés  d'incubation  artificielle  par 
machines  spéciales,  tels  que  les  pratiquent  les  Anglais, 
sont  bien  connus  aujourd'hui  :  on  pourra  pratiquer  les 
procédés  les  plus  simples  ou  ceux  jdus  compliqués  sui- 
vant les  circonstances. 

Je  faciliterais  de  préférence  les  incubations  par  les 
couples  reproducteurs  ;  l'appareil  d'incubation  artificielle 
pourrait  être  utilisé,  en  cas  d'abandon  des  œufs  (1). 

L'expérience,  chèrement  acquise,  à  mes  dépens,  à 
Misserghin,  a  montré  que,  pour  n'être  pas  entraîné  dans 
des  dépenses  trop  considérables,  il  était  de  toute  néces- 
sité de  trouver  un  domaine  d'exploitation  dont  les  re- 
venus, dès  à  présent  certains  et  acquis,  pussent  couvrir 
les  dépenses  que  nécessitera  la  création  d'une  Antru- 
cherie. 

Incontestablement,  une  entreprise  dont  la  réussite 
pourrait  être  une  source  de  prospérité  certaine,  ne  doit 
pas  être  livrée  au  hasard.  L'élevage  des  Autruches  ne 

(1)  Voir  l'Autruche,  son  utilité,  son  élevage.  Paris,  les  fils 
d'Emile  Devrolle,  1894. 


88 


LE     NATURALISTE 


peut,  ne  doit  s'entreprendre  i|u'avec  toute  assurance  de 
succès  :  le  choix  de  l'emplacement  devant  servir  de  pépi- 
nière ou  de  haras  pour  le  repeuplement  saharien  a  une 
importance  capitale.  Cet  emplacement  existe  en  Algérie, 
dans  les  conditions  de  climat  les  plus  favorables,  à  l'al- 
titude de  267  mètres  :  eau,  sécitrilé,  terrains  convenables, 
abrités  du  sirocco  par  les  monis  de  Sfa;  tout,  enfin,  se 
trouve  réuni  dans  la  plaine  d'El  Outaya,  entre  Batna  et 
Biskra,  desservie  par  le  chemin  de  fer,  ce  qui  permet  le 
transport  des  oiseaux,  avec  des  risques  limités  à  ceux 
consécutifs  d'un  envoi  d'animaux  vivants,  énormes  bi- 
pèdes, très  fragiles.  Malheureusement,  le  sénatus-con- 
sulte  de  1863,  constituant  la  propriété  des  terres  commu- 
nales dans  les  Zibans,  est  un  obstacle  à  la  colonisation, 
l'État  ni  la  tribu  ne  pourrait  ni  vendre,  ni  céder  (1).  Dans 
cette  immense  région  saharienne,  uniquement  les  éta- 
blissements dépendant  du  ministère  de  la  guerre,  les 
Smalas  existant  par  droit  de  conquête,  pourraient  servir 
pour  la  reconstitution  de  l'Autruche. 

Grâce  au  dévouement  à  sa  tâche  et  à  un  travail  inces- 
sant de  M.  Humbert,  secrétaire  de  la  sous-commission 
départementale  du  Sénatus-Consulte  de  Constantine, 
l'opération  de  la  délimitation  des  propriétés  est  plus 
avancée  et  mieux  dirigée  que  dans  les  autres  provinces 
algériennes.  Cependant  sa  marche  en  avant  vient  de 
subir  un  temps  d'arrêt  par  le  jugement  que  le  tribunal  de 
Batna  a  rendu  en  1896  dans  le  procès  que  les  Douars  des 
Zibans  avaient  intenté  à  l'Etat.  Celui-ci,  par  les  soins 
de  ses  officiers  délimitateurs,  avait  prélevé  en  territoire 
militaire  sur  les  vastes  étendues  sahariennes  des  groupes 
de  terres  non  cultivées  auxquelles  on  réservait  un  emploi 
profitable  à  la  colonisation.  Ces  groupes  étaient  conti- 
gus  aux  terres  formant  les  communaux  des  Douars.  Or 
les  indigènes  conseillés  par  des  influences  hostiles  avaient, 
au  dépôt  des  dossiers,  réclamé  ces  terrains  réservés  par 
l'État  comme  terre  arch  et  conformément  à  la  loi,  les 
tribunaux  furent  saisis  de  l'alTaire.  Or,  qu'a  fait  le  tribu- 
nal de  Batna  '.''  il  a  tourné  autour  de  la  question  arch  ou 
non-arcfc  qu'on  lui  posait,  il  s'est  arrogé  le  droit  d'un 
classement  nouveau  et  a  déclaré  bien  communal  les 
espaces  en  litige.  Naturellement  le  domaine  ira  en  appel 
et  il  serait  à  souhaiter  qu'il  fasse  rapporter  le  jugement 
et  que  dorénavant  les  tribunaux  ordinaires  ne  puissent 
plus  juger  de  pareilles  affaires,  qui  ont  pour  résultat 
unique  d'engraisser  les  avocats  des  deux  parties.  Cette 
réserve  faite  par  l'État  avait  pour  but  de  faciliter  sur  ses 
terres  l'installation  de  sociétés  qui,  par  leurs  travaux,  y 
auraient  créé  des  ressources,  etc.,  etc.,  grâce  auxquelles 
des  terrains  jusqu'à  présent  incultivables  auraient  été 
rendus  fertiles.  En  même  temps  que  la  société  Rolland 
y  aurait  trouvé  de  quoi  remplacer  la  garantie  d'intérêt, 
une  Autrucherie  débutant  autour  du  bâtiment  de  la 
Smala,  y  aurait  rencontré  des  terrains  variés  où  la 
proximité  de  Biskra  amenait  tous  les  touristes  du  monde. 
Cela  viendra,  je  n'en  doute  pas,  mais  il  faut  commencer 
par  écarter  le  jugement  de  Batna;  cela  se  fera  et  une 
des  diverses  et  nombreuses  difficultés  entravant  l'œuvre 
delà  reconstitution  de  l'Autruche  sera  écartée.  Resterait 
celle  de  la  mutation  de  propriété  de  la  Smala,  dont  la 

(1)  En  novembre  1879,  l'administration  adjugeait  aux  en- 
chères publiques  les  deux  oasis  d'El  Amri  et  Foughala,  sé- 
questrées sur  les  insurgés  de  1876,  et  que  les  indigènes 
n'avaient  pas  voulu  racheter  lors  d'une  première  tentative  de 
vente,  au  mois  d'avril  précédent.  Elles  passèrent  toutes  deux 
aux  mains  de  colons  français. 


direction  du  génie  offre  la  vente  au  gouvernement  géné- 
ral de  l'Algérie,  empêché  de  l'acquérir,  faute  de  res- 
sources disponibles.  J'ai  l'espoir  que  l'on  trouvera  la 
somme  nécessaire  par  une  répartition  nouvelle  des 
70,000  francs  attribués  annuellement  à  l'établissement  de 
Mondjebeur,  sous  couleur  d'amélioration  du  mouton 
algérien. 

Cette  manne  gouvernementale  —  pour  un  animal  qua- 
drupède très  intéressant  —  n'a  jamais  produit  les  bons 
elfets  désirables  encore  présentement, malgré  son  inscrip- 
tion depuis  de  longues  années  au  budget  de  l'Algérie. 
(.4  suivre.) 

FOREST. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


A  vendre  : 

—  1  lot  de  102  espèces  de  chenilles  soufflées,  admira- 
blement préparées,  ayant  conservé  leurs  couleurs,  bien 
nommées  :  70  francs. 

—  Beaux  exemplaires  de  Callipogon  barbatum,  ce  beau 
longicorne  du  Mexique  :  4  francs. 

—  1  lot  de  109  espèces  de  coléoptères  de  Java,  en 
partie  nommés  :  40  francs, 

—  Mousses  européennes,  bien  déterminées  à  vendre  à 
la  pièce.  Envoyer  desiderata. 

—  A  vendre  quelques  exemplaires  de  la  belle  coquille  : 
Ceres  Salleana  du  Mexique. 

S'adresser  pour  ces  lots  à  «  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle  », 
46,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  M.  E.  D...  à  Paris.  N.  347.  —  L'insecte  envoyé  n'est 
autre  que  le  Tenebrio  Molitor.  coléoptère  malheureusement 
très  commun. 


VIENT   DE    PARAITRE 


Oatalogixe 

DES 


1 


(MICROLÊPIDOPTÉRES) 
DISPOSÉ  POUR  SERVIR  D'ÉTIQUETTES 


PAR 


le  Docteur  SERIZIAT 

Prix3fr.50,  Franco  3  fr.  85 


LES  FILS  D'EMILE  DEYROLLE,  ÉDITEURS 


46,   rue  du   Bac,  Paris. 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 


Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  17. 


19'  ANNÉE 


2*  Série  —    NJ*  «43 


13  AVRIL  1897 


LES   CAPUCINES 


Qui  ne  (.■uiiiKiil  l;i  Ca|uu'iiii',  t'i't  orinMiuMit  dos  gi-aiiils 
comme  des  iietits  jardins,  «  cotte  bonne  fille,  qui  con- 
descend jusqu'aux  salades  lioiirgooisos?  »  Elle  brille  au 
premier  rauj;  dos  plantes  grinipanlos  et,  de  ses  longues 
tiges  recouvertes  de  lleurs.  elle  (Migiiirlaudo  joliment  les 
fenêtres  et  les  balcons.  Tout  en  elle  est  plaisant,  depuis 
ses  feuilles  arrondies  que  les  botanistes  qualifient  de 
peltées  en  raison  de  leur  ressemblance  avec  le  bouclier 
dos  anciens,  jusqu'à  ses  lleurs  aux  teintes  variées  mer- 
veilleusement nuan  - 
cées.  Une  seule  cliose 
m'otonne,  c'est  qu'à  no- 
tre époque  où  l'on  n'at- 
tache de  valeur  i|u'mux 
végétaux  rares  et  jieu 
faciles  à  se  procurer, 
on  ait  conservé  dans 
toute  son  intégrité  le 
culte  de  la  Cajincine. 

Comment  définir  la 
Capucine  'f  une  plante 
annuelle,  à  tiges  volu- 
biles  atteignant  2  et 
même  3  mètres,  à  fleurs 
grandes  variant  du  rou- 
ge pur]mrin  au  rose  sau- 
moné et  à  l'amarante, 
en  passant  par  toutes 
les  teintes  du  jaune, 
avec  des  panacbures, 
dos  taches  et  des  stries. 
Telle  est  la  grande  Ca- 
pucine ou  Tropxolum 
majiis.  Une  autre  es])é- 
ce  à  lleurs  plus  ])etites 
et  de  taille  plus  humble 
est  le  Tropxohim  minus 
qui  forme  des  toulVes 
très  serrées  ne  dépas- 
sant guère  30  à  40  cen- 
timètres. 

Ce  sont  les  deux  es- 
pèces dont  les  formes 
sont  le  jdus  l'ré([uem- 
nient  cultivées.  On  ren- 
contre encore  les  capu- 
cines hybrides  repré- 
sentées par  de  nombreuses  variétés,  dont  les  principales 
senties  Capucines  Magenta,  Sulfdrmo,  brillante  et  jaune 
paille.  Issues  jirobablement  d'une  esjièco  plus  délicate 
(\m  exige  la  serre,  ce  sont  des  aristocrates  que  l'on 
multiplie  de  boutures  et  que  l'on  hiverne  en  orangerie 
pour  les  mettre  en  pleine  terre  au  printemps  ou  au 
commencement  de  l'été. 

Dans  l'organisation  des  Capucines,  tout  est  matière  à 
observations  intéressantes.  Les  fleurs  portent  uu  appen- 
dice en  forme  d'éperon  formé  de  trois  des  lobes  du 
calice.  Quant  aux  pétales  ils  présentent  une  irrégularité 
assez  marquée,  les  deux  supérieurs  étant  difl'éreuts  des 
trois  inférieurs  parla  forme  et  par  les  dimensions. 

Le  Saturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


La  C 


La  teinte  très  vive  ipio  pos.sèdont  les  flrurs  de  cer- 
tain(^s  variétés,  a  fait  l'objet  de  recliorches  f|ui  nous  ont 
appris  que  le  coloris  rouge  feu  de  la  petite  Capucine 
résulte  de  la  combinaison  des  efl'ets  produits  par  trois 
eouclies  de  cellules  superposées.  La  couche  supérieure 
<:ontiont  un  suc  cellulaire  rouge  tenant  en  suspension 
des  granules  jaunes  ;  l'inférieure  est  à  jieu  prés  identique, 
mais  avec  des  granules  de  nuance  |>lus  claire;  quant  à  la 
couche  moyenne,  on  y  trouve  encore  des  granules  jaunes 
(jui  nagent  dans  un  suc  incolore. 

Les  feuilles  ont  servi  de  sujet  à  d'intéressantes  obser- 
vations de  Darwin,  relatives  aux  mouvements  qu'elles 
accomplissent  pour  prendre  la  position  de  sommeil.  La 

Capucine  partage  en 
ell'et  cette  curieuse  pro- 
lu'iété  avec  un  certain 
nombre  d'autres  végé- 
taux parmi  lesquels  les 
Légumineuses  occu- 
pent le  premier  rang. 
Dans  les  plantes  qui 
nous  occupent, les  feuil- 
les qui  regardent  la  lu- 
mière sont  fortement 
inclinées  dans  la  jour- 
née et  leur  limbe  preml 
la  position  verticale  pen- 
dant la  nuit,  à  l'excep- 
tion toutefois  de  celles 
(jui  sont  placées  au  bas 
des  pots  et  n'ont  été  par 
suite  éclairées  que  par 
11'  haut.  Quelle  est  la 
cause  de  cette  particu- 
larité'? Darwin  a  trouvé 
que,  pour  que  les  feuil- 
les puissent  prendre  la 
nuit  leur  position  de 
sommeil, il  faut  qu'elles 
aient  été  fortement 
aé  'ées  pendant  au  moins 
une  partie  de  la  jour- 
née. Les  expériences 
suivantes  en  fournis- 
sentla  preuve  :  un  grand 
pot  contenant  plusieurs 
plantes  fut  placé ,  un 
malin,  horsde  la  serre, 
devant  une  fenêtre  au 
nord-est,  dans  la  même 
position  qu'il  avait,  au- 
tant que  possible,  occuj)ée  jusque-là  relativement  à  la 
lumière.  Vingt-quatre  feuilles  furent  marquées  avec  un 
(il,  sur  la  partie  desplantes  qui  regardait  la  fenêtre,  «  quel- 
ques-unes avaient  leurs  limbes  horizontaux,  le  plus  grand 
nombre  étaient  inclinées  d'environ  40"  sous  l'horizon. 
Vers  la  nuit,  toutes  sans  exception  devinrent  verticales. 
Le  lendemain  matin,  de  bonne  heure,  elles  reprirent 
leurs  positions  précédentes  et,  la  nuit,  elles  redevinrent 
verticales.  »  Ces  mêmes  plantes  furent  placées  ensuite 
dans  une  armoire  obscure  ajirès  avoir  été  soumises  à 
l'éclairage  pendant  deux  heures  seulement  dans  la 
matinée  :  elles  ne  prirent  la  position  verticale  qui 
caractérise    le    sommeil    ni    dans    la  journée,   ni   pen- 


iipucine. 


90 


LE     NATURALISTE 


dant  la  nuit  suivante.  Si  l'on  s'arrange  de  manière 
à  éclairer  seulement  une  partie  du  feuillage,  tandis  que 
l'autre  partie  est  soumise  à  la  lumière  dill'use,  on 
remarque  que  pendant  la  nuit  les  feuilles  éclairées  ont 
seules  leurs  limbes  foliaires  verticaux  à  l'exclusion  des 
autres,  qui  gardent  leur  position  normale  horizontale.  La 
même  plante  fut  replacée  devant  une  fenêtre  au  nord- 
est  après  être  restée  trente-six  heures  dans  l'obscurité; 
la  nuit,  les  limbes  de  toutes  les  feuilles  se  placèrent  net- 
tement dans  la  direction  verticale. 

La  Capucine  semble  donc,  quand  elle  n'a  pas  été  éclai- 
rée directement,  avoir  perdu  toute  tendance  ou  toute 
habitude  héréditaire  à  sommeiller  au  moment  convenable. 
C'est  à  peine  si.  dans  le  cours  de  ses  nombreuses  expé- 
riences, Darwin  a  remarqué  une  seule  fois  qu'il  en  fût 
ainsi  :  dans  un  cas  unique,  quelques  feuilles  devinrent 
-verticales  pendant  la  nuit,  après  avoir  passé  une  journée 
tout  entière  privées  de  lumière. 

Les  Capucines  ne  sont  pas  seulement  intéressantes  par 
leur  structure  florale  et  les  phénomènes  physiologiques 
dont  elles  sont  le  siège;  leur  coté  utilitaire  n'est  pas  à 
dédaigner.  Tout  le  monde  connaît  l'usage  qu'on  fait  des 
fleurs  pour  agrémenter  les  salades  auxquelles  elles  con- 
descendent, suivant  l'expression  pittoresque  et  imagée 
d'Armand  Silvestre.  Nos  aïeux  y  ajoutaient  les  fleurs  de 
Bourrache,  d'un  bleu  si  éclatant. 

Les  fruits  —  les  graines  comme  on  dit  habituellement 
—  conviennent  admirablement  à  la  confection  des  Pickles. 
Cet  emploi  est  encore  peu  connu  en  France;  il  n'en  est 
pas  de  même  aux  États-Unis,  où  les  fruits  de  la  Capucine 
se  vendent  couramment  et  sont  l'objet  d'un  commerce 
relativement  important  sur  les  marchés. 

Il  n'est  pas  jusqu'aux  racines  de  certaines  espèces, 
entre  autres  du  Tropxolum  tuberosim,  de  l'Amérique 
méridionale,  qui  ne  soient  capables  de  fournirun  appoint 
à  l'alimentation.  La  capucine  tubéreuse  a  des  tubercules 
sensiblement  arrondis,  variables  depuis  la  grosseur  d'une 
châtaigne  jusqu'à  celle  d'une  poire,  de  couleur  jaune 
pâle,  parsemés  de  petites  taches  sanguines.  Dans  les  pays 
d'origine,  en  Bolivie  particulièrement,  on  fait  cuire  les 
tubercules  qui  portent  le  nom  dTsano,  puis  on  les  sou- 
met à  la  congélation.  Ils  constituent  un  mets  très 
agréable  et  croquant  quand  ils  sont  mangés  avant  qu'ils 
n'aient  eu  le  temps  de  dégeler.  Weddell  rapporte  que  sur 
le  marché  de  la  Paz,  on  voit  de  nombreuses  marchandes 
qui  ne  vendent  autre  chose  que  ces  Ysanos  qu'elles  protè- 
gent du  soleil  en  les  enveloppant  d'une  étoffe  de  laine  ou 
de  paille.  Les  dames  de  la  Paz  en  sont  extrêmement 
friandes  et  les  consomment  en  guise  de  rafraîchissements 
après  les  avoir  trempés  dans  de  la  mélasse. 

En  Europe,  la  Capucine  tubéreuse  ne  paraît  pas  avoir 
donné  de  bons  résultats  comme  plante  comestible;  mais 
elle  peut  se  prêter  à  la  fabrication  de  conserves  au 
■vinaigre  que  des  amateurs  di  primo  Caitello  ont  trouvées 
excellentes.  A  cet  état  les  tubercules  conservent,  un  peu 
atténuée,  leur  saveur  particulière.  Voici  une  recette  de 
Pickles  dans  la  composition  de  laquelle  entre  la  capucine 
tubéreuse,  et  qui  a  été  donnée  par  M.  Paillieux,  maître 
incontesté  en  la  matière  :  Ciboule  de  Chine,  Concombre 
Angourie  des  Antilles,  ?tIioga  du  .lapon,  Stachys  tubéreux. 
Capucine  tubéreuse,  auxquels  il  n'est  ]ias  inutile  d'ajouter 
l'Estragon,  le  Piment  et  les  fleurs  de  Sureau. 

La  Capucine  tubéreuse  peut  encore  être  servie  dans 
des  raviers,  coupée  en  rondelles  minces  et  assaisonnée 
comme  le  céleri-rave.  P.  ILa.riot. 


LES   Ft^VY^OIVS 


Rien  de  plus  «impie  et  de  plus  curieux  que  les  fameux 
rayons  X,  qui  passent  à  travers  tous  les  corps,  même  à  travers 
les  vêtements  les  plus  noirs  et  les  plus  épais.  Pardessus 
d'hiver  doublé  de  fourrures,  redingote,  chemise,  gilet  de 
flanelle  :  tout  cela  est  traversé  comme  le  voile  le  plus  fin 
d'une  fiancée. 

En  fait  de  lumière,  la  lumière  électrique  provenant  d'une 
bobine  Rulimlcorlf,  diiiusée  dans  une  ampoule  de  verre  où  on 
a  fait  le  vide.  C'est  une  lumière  pile  et  terne,  d'un  vert  jau- 
nâtre, analogue  à  un  verre  d'absinthe  étendue  d'eau,  derrière 
lequel  on  aurait  allumé  une  bougie. 

On  pose  cette  ampoule  éclairante  sur  une  table,  dans  une 
chambre  obscure,  puis  le  corps  que  l'on  veut  traverser,  inter- 
posé entre  l'ampoule  lumineuse  et  la  plaque  photographique 
soigneusement  recouverte  d'une  triple  enveloppe  de  papier 
noir. 

En  deus  minutes  au  moins,  trois  quarts  d'heure  au  plus,  la 
plaque  sensible  est  impressionnée. 

On  le  voit,  on  ne  saurait  rien  imaginer  de  plus  simple  au 
monde,  à  moins  de  ne  rien  faire  du  tout  I 

Ce  qu'il  y  a  de  bien  curieux,  c'est  que  la  plupart  des  organes 
du  corps  sont  plus  ou  moins  bien  définis  par  ces  re]iroductions 
photographiques.  Les  rayons  X  ne  les  traversent  pas  tous 
également;  de  sorte  que  les  uns  se  dessinent  en  noir,  d'autres 
en  gris,  d'autres  en  blanc  :  ce  qui  donne  un  admirable  dessin 
des  os,  des  viscères  et  des  différents  tissus.  Tout  d'abord,  on 
croyait  que  l'on  ne  voyait  que  le  squelette  à  travers  la  peau; 
mais  on  voit  bien  d'autres  choses  ;  les  œufs  en  formation  dans 
l'ovaire  des  oiseaux,  les  détails  minutieux  de  la  cervelle  des 
animaux,  les  poumons  des  oiseaux,  les  cartilages  du  larynx, 
les  fragments  d'os  brisés  par  les  projectiles,  les  bouts  d'ai- 
guille restés  dans  les  chairs,  les  balles  restées  dans  l'épaisseur 
du  cerveau  ou  enchâssées  dans  l'os  du  rocher,  les  grains  de 
plomb  dans  le  corps  du  gibier.  Bref,  avec  un  peu  d'attention 
et  de  pratique,  on  finit  par  tout  voir  dans  la  perfection. 

Le  plus  grand  plaisir  que  l'on  puisse  nous  faire,  c'est  de 
nous  envoyer  des  cas  intéressants.  Nous  les  ferons  photo- 
graphier ou  radiographier  avec  bonheur. 

Nous  avions  enlevé  déjà  quatre  ou  cinq  fragments  d'aiguille 
de  la  main  d'une  jeune  dame,  qui  portait  ces  corps  étrangers 
dans  une  de  ses  mains  depuis  18  ans.  Les  rayons  X  nous  ont 
permis  de  voir,  de  la  façon  la  plus  précise,  un  fragment  de 
deux  millimètres  un  quart  qui  y  était  resté,  au  voisinage  de 
l'articulation  du  métacarpe  avec  la  première  phalange  du  jiouce. 

Un  mari  avait  reçu  de  sa  femme  une  balle  de  revolver  dans 
la  tête.  On  voyait  bien  l'orifice  d'entrée;  mais  il  n'y  avait  pas 
d'orifice  de  sortie.  D'autre  part,  on  ne  sentait  pas  la  balle 
avec  une  sonde,  mais  un  fouillis  d'os  fracturés.  Où  était  la 
balle  '?  Dans  le  cerveau  ?  il  fallait  l'y  laisser,  car  le  blessé  ne 
paraissait  pas  en  être  autrement  gêné.  Dans  le  rocher  ?  il 
fallait  se  hâter  de  l'extraire,  pour  éviter  une  suppuration 
peut-être  intarissable.  La  radiographie  nous  a  fait  voir  la 
balle  enchâssée  dans  les  cellules  mastoïdiennes  du  rocher.  II 
n'y  a  plus  qu'à  en  faire  l'extraction.  Le  blessé,  heureux  d'en 
être  quitte  à  si  bon  compte,  s'est  hâté  do  faire  sortir  sa  femme 
de  prison,  en  même  temps  que  sa  balle  ;  et  voilà  un  ménago 
réconcilié  :  qui  aime  bien  châtie  bien  !  dit  la  sagesse  des 
nations.  Cela  vaut  encore  mieux  qu'un  double  divorce  et  un 
quadruple  mariage  ensuite. 

Un  lièvre  a  succombé  sous  les  coups  du  chasseur  ;  sa  mort 
est  survenue  d'une  façon  singulière  :  il  a  commencé  par  être 
paralysé  du  train  de  derrière  avant  de  mourir.  Les  rayons  X 
apprennent  de  suite,  sans  autopsie  répugnante  pour  celui  qui 
doit  ensuite  manger  le  lièvre,  que  la  colonne  vertébrale  a  été 
brisée  en  plusieurs  fragments  en  un  point  absolument  précis. 
La  plus  jolie  photographie  d'une  fracture  compliquée  d'es- 
quilles ne  donnerait  rien  de  pareil  :  on  voit  le  jour  à  travers 
tous  ces  fragments,  on  dirait  du  verre  cassé  ! 

Un  colis  soigneusement  emballé  nous  est  expédié.  Que 
peut-il  contenir  ?  Sans  rien  déficeler,  sans  toucher  aux  quinze 
ou  vingt  enveloppes  de  tout  genre  qui  en  font  une  merveille 
d'emballage,  la  radiographie  nous  montre  deux  bouteilles  de 
pharmacie  d'inégale  grandeur,  noires  comme  de  l'encre  :  le 
verre  est  imperméable  relativement  au  reste,  qui  est  d'une 
transparence  absolue.  Et  cependant  il  y  a  autour  de  ces 
flacons  une  boite  en  carton,  du  papier  d'emballage  très  épais, 


LE     NATURALISTE 


91 


de  la  paille,  une  Ijoitc  en  bois,  du  feuillage  de  palmier,  du 
carton  tuyauté,  des  notices,  une  brochure,  du  papier,  des 
copeaux,  que  sais-jo  encore  '!  Jamais  nous  n'aurions  eu  la 
patience  de  tout  retirer  pour  voir  ce  qu'il  y  avait  dans  ce 
uallol  si  mystérieux.  Les  rayons  X  nous  l'apprennent  instan- 
tanément, à  l'aide  du  transparent  lumineux. 

D'  Bougon. 


LE  SYMBOLISME  DE  L  IllROADELLE 


On  :i  dil  que  les  oisoaux  sont  les  poètes  il(>  la  nature, 
mais  (jui  pourrait  dire  ce  qu'il  y  a  de  poésie  dans  les 
oiseaux?  La  vie  eile-niénio  de  l'oiseau  est  un  poème  :  il 
aime  et  il  clinuti'. 

Tous  cepeiulaut  n'ont  pas  reçu  en  partage  les  mêmes 
dons,  et  dans  ce  monde  chanuant  des  haliitants  de  l'air 
la  nature  a  ses  favoris.  De  ce  nombre  est  assurément 
riliroudelle.  Tout  en  elle  vient  solliciter  notre  sympa- 
thie et  notre  admiration.  Ses  mœurs  si  douces  et  si  ten- 
dres, ses  évolutions  aériennes  si  gracieuses,  son  frais 
gazouillement,  ses  voyages  lointains  et  sa  fidélité  dans 
le  retour,  les  services  éminents  (|u'elle  nous  rend  en 
détruisant  par  milliers  des  insectes  nuisibles  ou  incom- 
modes, en  font  un  être  privilégié  que  l'hoiume,  de  tout 
temps  et  jiresque  en  tous  lieux,  a  aimé  et  protégé.  Aussi 
est-elle  venue  habiter  près  de  nous  et  s'est-elle  intro- 
duite, sans  faron,  dans  notre  intimité.  Elle  suspend  sa 
demeure  à  la  nôtre,  sous  notre  propre  toit,  parfois  dans 
l'intérieur  du  logis.  Sa  naïve  confiance  dans  les  devoirs 
de  l'ainitié  et  de  la  reconnaissance  lui  enlève  toute 
crainte.  Elle  se  considère  comme  un  membre  de  la  fa- 
mille dont  elle  a  adopté  le  foyer.  Elle  ne  le  quitte  que 
pour  un  temps  et  fous  le  coup  d'impérieuses  nécessités. 
L'année  suivante  elle  reviendra.  L'époque  de  son  retour 
qui  coïncide  avec  celui  do  la  belle  saison  contribue  en- 
core à  lui  gagner  les  cœurs. 

L'homme,  en  effet,  a  vu  dans  l'Hirondelle  la  joyeuse 
introductrice  du  jirintemps,  la  messagère  ailée  des 
premiers  soleils.  Il  en  a  fait  comme  le  symbole  de  la 
saison  chaude  et  lumineuse  qui  dissipe  les  ténèlires  de 
l'hiver. 

Ce  sentiment  remonte  à  des  époques  lointaines.  L'ne 
peinture  de  vase  antique  nous  en  a  conservé  la  trace 
profondément  imprimée  chez  les  Grecs.  Trois  person- 
nages, un  éplièhe,  un  vieillard  et  un  enfant  montrent  du 
doigt  une  hirondelle,  et  le  dialogue  suivant  s'engage 
entre  eux  : 

L'ÉpHÈliE.  —  «  Regarde  une  hirondelle!  »  ('I5oO  -/^Xt- 
Sûv. 

Le  Vieill.vrd.  —  «  Oui,  par  Hercule.  »  (N«|  tôv  'llfa- 
xÀÉa. 

L'E.NF.vNT.  —  u  La  voici!  »  (.-vûtïiî). 

Le  'Vieillard.  —  «  Voilà  le  printemps.  »  ("Ea?  yjï-i)  (1). 

Le  retour  de  l'IIirondelle,  messagère  du  printemps, 
donnait  lieu  dans  le  monde  ancien  à  des  réjouissances. 
Des  enfants  y  jouaient  le  rôle  principal.  A  Rhodes,  par 
exemple,  ils  allaient  de  maison  en  maison  chanter  l'ar- 
rivée de  l'oiseau  de  lumière  et  de  félicité.  «  Elle  est 
venue,  elle  est  venue,  rilinindelb'  (pji  amène   avec  elle 

(1)  Monum.  deW  Iiisl.  Archeul.,  U,   tav.  XXU  . 


les  belles  saisons  et  les  belles  années,  blanche  au  ventre, 
noire  au  dos!...  »  Et  les  enfants  faisaiimt  une  quête  (I). 

Dans  VEdda,  le  livre  de  la  mythologie  Scandinave, 
Sigtird  n'ose  tuer  le  monstre  qui  garde,  le  trésor.  Sept 
Hirondelles  viennent  l'une  après  l'autre  combattre  son 
hésitation.  Sigurd  se  laisse  convaincre,  découvre  le 
trésor  caché  et  reprend  possession  de  son  épouse.  C'est 
l'image  du  Soleil  qui  épouse  le  Printemps,  la  Terre  ver- 
doyante et  lleurie,  lorsciue  les  Hirondidles  reviennent 
de  leur  lointain  voyage.  De  même  dans  le  Vunlmncrone, 
rilirondelle  crève  les  yeux  de  la  sorcière  ([ui  l'avait 
chassée  de  son  nid  :  l'hiver  oblige  l'Hirondelle  a  partir, 
mais  le  printemps  reparait  et  chasse  à  son  tour  l'hi- 
ver (3). 

Le  peuple  appelle  les  Hirondelles  les  oiseaux  du  bon 
Dieu.  11  i)ense  qu'elles  attirent  la  bénédiction  du  ciel 
sur  la  maison  ot'i  elles  suspendrni  leur  nid.  Car  ces 
oiseaux,  disent  les  bonnes  gens,  son!  demeurés  en  com-- 
munion  avec  la  Divinité  et  reçoivent  d'EUe  les  grâces  et 
les  dons  les  plus  ]irécicux.  Hs  l'ont  aidée  à  construire  le 
ciel  (3)  et  c'est  une  Hirondelle  qui  enleva  les  épines  de 
la  tête  du  Sauveur  (4).  Le  meurtre  d'un  de  ces  oiseaux 
bénis  ou  la  destruction  de  son  nid  et  de  sa  couvée  se- 
raient une  sorte  de  sacrilège  entrahiant  une  punition 
inévitable.  Aussi  dans  beaucoup  de  localités  croit-on 
que  quiconque  détruit  un  nid  d'Hirondelle  aura  une  des 
bêtes  de  son  étable  malade  dans  l'année.  Ailleurs,  la 
peine  encourue  est  encore  plus  grave.  La  mort  peut  en- 
trer dans  la  maison  qui  n'a  ]ias  été  hospitalière  à  l'Hi- 
rondelle. 

En  Allemagne  et  en  Hongrie,  si  queli|u'un  détruit  un 
nid  d'hirondelle,  sa  vache  ne  donnera  plus  de  lait  ou  il 
sera  mêlé  de  sang.  Ce  mélange  de  lait  et  de  sang  se  re- 
trouve dans  une  superstition  de  la  Franche-Comté,  mais 
avec  un  autre  caractère.  Les  gens  de  la  campagne 
croient,  dans  cette  province,  que  si  une  hirondelle  passe 
sous  le  ventre  d'une  vache  qui  pait  aux  champs,  son  lait 
sera  converti  en  sang.  On  dit  alors  que  l'animal  est 
«  arondalé  »,  et  il  n'y  a  pas  d'autre  remède  que  de  verser 
de  ce  lait  sanglant  près  de  la  croix  formée  par  quatre 
chemins. 

.\u  temps  de  Pline,  on  était  persuadé  que  la  tête  d'une 
hirondelle  coupée  eu  pleine  lune,  attachée  dans  un  linge 
et  suspendue  au  cou  était  un  excellent  remède  contre  le 
mal  de  tête.  Que  l'on  ne  se  hâte  ]ias  tro]]  de  sourire,  on 

(1)  Athénée,  Uanquel  des  savants,  VUl,  -300,  c.  —  Cf.  Aris- 
tophane, tes  C/ieco/itcs,  416-418. 

On  peut  rapprocher  de  l'usage  qu'avaient  les  Grecs  de  célé- 
brer par  un  liymnc  le  retour  des  Hirondelles,  l'habitude  qui 
s'est  conservée  dans  quelques-unes  de  nos  provinces,  notam- 
ment en  Berry,  où  les  enfants,  dès  qu'ils  aperçoivent  la  pre- 
mière Hirondelle,  se  mellent  à  chanter: 

«  Ah  !  l'aronde  v'ia,  v'ia  ! 

«  .\h!  l'aronde  v'ia,  via  donc!  >i 
Refrain  ingénu  de  couplets   d'une   simplicité   champêtre  dont 
l'imagination  villageoise  varie  le  thème  selon  les  localités. 

Un  proverbe  angevin  dit  aussi  (^d'après  l'abbé  Vincelot,  or- 
nithologiste angevin)  : 

«  L'Hirondelle  aux  champs 

Cl  Amène  joie  et  printemps.  » 

(2)  Angelo  de  Gubernatis,  Mythologie  zoolor/kpie.  Trad 
Paul  Hegnaud,  II,  p.  233  (1874).  —  Venlamerone,  cinquième 
conte  du  quatrième  livre, 

(;i)  Dans  la  comédie  des  Oiseaux  d'Aristophane,  les  Hiron- 
delles sont  chargées  de  construire  la  cité  des  oiseaux. 

(  i)  En  Bretagne,  cette  légende  touchante  est  appliquée  au 
Rouge-gorge. 


92 


LE     NATURALISTE 


trouve  encore  en  France  des  pcns  qui  pensent  que  l'on 
peut  s'attirer  des  amis  en  portant  sur  soi  le  cœur  d'une 
hirondelle  et  se  faire  aimer  d'une  femme  en  lui  donnant 
un  anneau  d'or  que  l'on  a  laissé  pendant  neuf  jours  dans 
le  nid  d'un  de  ces  oiseaux  (1). 

Là  ne  s'arrêtent  pas  les  vertus  attribuées  à  l'Hirondelle. 
Les  anciens  pharmacopoles  possédaient  la  recette  de 
spécifiques  merveilleux  tirés  de  cet  oiseau.  Ainsi,  le  nid 
d'hirondelle  appliqué  extérieurement  était  regardé 
comme  un  bon  médicament  contre  l'esquinancie,  et 
'Willughby,  qui  écrivait  dans  la  seconde  moitié  du 
XVII°  siècle,  remarque  dans  son  Ornithologie  (2)  que  les 
cendres  de  cet  oiseau  sont  excellentes  pour  les  yeux. 

L'Hirondelle  connaît,  du  reste,  l'art  de  guérir  la  cécité, 
au  moyen  d'une  petite  pierre  qu'elle  va  chercher  sur  le 
bord  de  la  mer.  Lorsqu'on  veut  se  la  procurer,  on  n'a 
qu'à  crever  les  yeux  à  un  petit  de  l'Hirondelle.  La  mère 
va  aussitôt  à  la  recherche  de  la  pierre  magique  et  après 
avoir  rendu  la  vue  au  jeune  aveugle  cache  le  précieux 
talisman  au  fond  du  nid.  Cette  singulière  croyance  est 
répandue  surtout  en  Normandie,  dans  le  Vivarais  et 
dans  le  Bas-Languedoc.  Elle  a  une  origine  ancienne,  car 
le  médecin  grec  Dioscoride,  qui  vivait  dans  le  i"  siècle 
de  notre  ère,  dit  qu'on  trouve  dans  l'estomac  des  jeunes 
hirondelles  de  petites  pierres  de  dilïérentes  couleurs  que 
l'on  emploie  dans  le  traitement  des  maladies  d'yeux  (3). 

En  Espagne,  on  croit  aussi  que  l'Hirondelle  va  cher- 
cher on  ne  sait  où  une  herbe  magique  à  l'aide  de 
laquelle  on  peut  opérer  des  prodiges  (4). 

Cependant  si  l'Hirondelle  a  des  panégyristes,  elle  a 
ausi^i  des  détracteurs. 

Pythagore  lui  refusait  l'entrée  de  sa  demeure,  préci- 
sément parce  qu'elle  dévore  les  insectes.  H  la  regardait 
comme  un  animal  barbare. 

Cicéron  a  comparé  les  faux  amis  à  l'hirondelle  que  l'on 
ne  voit,  dit-il,  que  durant  les  beaux  jours  et  qui  vous 
quitte  quand  survient  la  mauvaise  saison. 

Un  proverbe  grec  recommande  aux  hommes  sages  de 
ne  pas  abriter  d'hirondelles  sous  leur  toit,  c'est-à-dire 
d'être  en  garde  contre  les  bavards. 


(1)  «  11  y  a  vingt  ans,  j'ai  vu  des  marchands  d'oiseaux  à 
Paris  qui  tenaient  enfermées  dans  des  cages  des  hirondelles 
vivantes.  Ils  en  vendaient  en  gi-and  nombre  à  des  personnes 
de  toutes  les  classes  qui,  après  les  avoir  achetées,  leur  ren- 
daient, la  liberté.  Ces  personnes  pensaient,  par  ce  moyen, 
s'attirer  la  bénédiction  du  ciel  et  pouvoir  réussir  dans  leurs 
entreprises.  » 

Communication  de  M.  de  Terragon  ;i  M.  Eugène  Rolland  : 
Faune  populaire  de  la  France,  II.  p.  ii\  (1879). 

(2)  En  latin,  3  liv.  Londres  (IGTfi)  in-8". 

(3)  Cliélidoines  ou  pierres  d'hirondelle,  pierres  de  Sasse- 
nar/e,  pierres  ophtalmiques,  fausses  chélidoniennes,  chélonites, 
petites  pierres  siliceuses  de  forme  sphérique  ou  arrondie,  sont 
en  réalité  des  grains  de  quartz  pyromaque  ou  de  quartz  agate 
roulés  par  les  eaux. 

(4)  Pinol,  Diccionario  f/allef/o,  Barcelona  (1S"6). 

Nous  connaissons  la  Cliélidoine,  ce  Chelidonium  »,  du  grec 
«  yE/.iSwv  J),  hirondelle,  soit  parce  que  les  anciens  croyaient 
que  l'Hirondelle  avec  le  suc  acre  et  corrosif  de  cette  plante 
guérissait  les  maladies  des  yeux  de  ses  petits,  soit  qu'on  lui 
ait  donné  ce  nom  parce  qu'elle  fleurit  au  retour  des  hiron- 
delles. Les  gens  des  campagnes  la  nomment  «  Eclaire  i>  et  em- 
ploient parfois,  quoique  bien  à  tort,  son  suc  contre  les  ophtal- 
mies. ■ —  Genre  de  la  famille  des  Papavéracées.  11  a  pour  type 
la  grande  Chélidoine,  Chelidonium  majus,  vulgairement  appelée 
Il  Grande  Eclaire  ».  La  Chélidoine  porte  des  Heurs  jaunes, 
disposées  en  ombelles  terminales.  On  la  trouve  communément 
à  l'ombre  des  vieux  murs. 


«  Dans  un  apologue  qui  su  trouve  dans  la  lettre  de 
saint  Grégoire  de  Nazianze  au  ]>rince  Seleucus,  les  hiron- 
delles se  font  gloire  auprès  des  cygnes  de  gazouiller 
pour  le  plaisir  de  tous,  tandis  qu'eux  ne  chantent  que 
pour  eux-mêmes,  rarement  et  dans  les  lieux  solitaires. 
Les  cygnes  répliquent  qu'il  vaut  mieux  chanter  peu  et 
bien  pour  quelques  personnes  choisies  que  beaucoup  et 
mal  pour  tout  le  monde  (1).  »  Mais  on  sait  aujourd'hui 
ce  qu'il  faut  penser  du  chant  des  cygnes. 

Ailleurs,  dit  encore  M.  de  Gubernatis,  l'Hirondelle  se 
vante  au  Corbeau  de  sa  beauté  ;  celui-ci  répond  qu'il  est 
aussi  beau  un  jour  que  l'autre,  tandis  qu'elle  n'est  belle 
qu'au  printemps.  Et,  en  effet,  ajoute  le  savant  mytho- 
logue :  '<  l'Hirondelle,  belle  et  de  bon  augure  au  prin- 
temps, devient  laide  et  presque  démoniaque  dans  les 
autres  saisons.  C'est  pourquoi  les  anciens  croyaient  que 
rêver  d'hirondelles  était  un  funeste  présage  (2).  » 

L'hirondelle  doit  la  page  la  plus  sombre  de  son  histoire 
fabuleuse  à  la  mythologie  grecque.  Par  l'opération  de 
la  métamorphose,  elle  devient  Progné,  la  soeur  de  Philo- 
mèle,  l'épouse  vindicative  qui  fait  manger  à  son  mari 
volage  le  corps  de  son  enfant.  L'aimable  oiseau  revêt  ici 
un  caractère  sinistre  peu  en  harmonie  avec  sou  naturel 
inépuisable  de  tendresse  et  de  dévouement.  Les  prêtres 
égyptiens  qui  ont  mieux  suivi  la  vérité  symbolique  en 
avaient  fait,  au  contraire,  une  des  formes  mystiques  de 
l'âme. 

Les  poètes  ont  chanté  l'hirondelle.  Il  a  été  dit  d'elle, 
dans  toutes  les  langues,  des  choses  charmantes  en  prose 
et  en  vers.  Nul  autre  oiseau  ne  mérite  mieux  qu'elle  ces 
délicats  hommages. 

La  Bible  la  cite  souvent  dans  son  langage  symbo- 
lique. Le  Psalmiste  compare  l'homme  pieux  à  l'Hiron- 
delle, (jui  suspend  son  nid  à  la  voiite  du  temple.  Plus 
tard,  le  mysticisme  chrétien  accueillit  la  gracieuse 
créature.  Saint  François  d'Assises  lui  adressait  des 
harangues  et  l'appelait  sa  sœur. 

L'oiseau  de  lumière  qui  annonce  le  retour  du  soleil  et 
guérit  les  aveugles  a  reçu  de  la  nature,  du  moins  pour 
l'une  de  ses  espèces,  la  plus  gracieuse,  un  vêtement 
symbolique  :  la  rol)e  blanche  qui  réfléchit  tous  les  rayons 
lumineux,  le  manteau  noir  qui  les  absorbe  tous. 

M.^G.iUD  d'Aubusson. 


ROCHES 

FORMÉES  SOUS  UNE  INFLUENCE  BACTÉRIENNE 


Les  Bactériacées  ont  joué  un  certain  rôle  dans  la  for- 
mation de  quelques  roches  sédimentaires.  Nous  avons 
trouvé,  au  centre  desoolithes  de  calcaire  secondaire  delà 
Côte-d'Or,  des  granulations  sphériques  qui  peuvent  être 
considérées  comme  des  Microcoques,  malgré  leur  mau- 
vais état  de  conservation;  d'autre  part,  certains  cailloux 
siliceux  permiens  des  environs  d'Autun  nous  ont  j)ermis 
d'étudier  plus  complètement  l'origine  et  la  formation  de 
ces  oolithes. 

Les  couches  de  schistes  placées  au-dessus  du  banc 
principal  de  Boghead  exploité  aux  Thélots  et  à  Margenne 

{i)  Angelo  de  Gubernatis,  loc.  cit.,  p.  ioi. 
(2)  Loc.  cit.,  p.  254. 


LE     NATURALISTE 


93 


près  Autuii  contiennent  une  gnindo  qiianlité  de  rognons 
siliceux  (|ui,  examinés  en  |ila(]ues  minces,  laissent  voir 
une  organisation  toute  particulière. 

Aux.   Thélots  (lig.   1),  la  masse    parait    formée    d'une 


F.g.  1. 

Sphcrolithes  des  Thélots. 

a,  Auréole  cristalline  rayonnante   autour  d'un  noyau  central. 

b,  Noyau  occupé  pat*  des  granulations  bactériennes. 

sorle  de  réseau  polygonal  simulant  un  tissu  cellulaire 
très  apparent. 

A  l'intérieur  de  ces  sortes  de  cellules  polyédriques,  on 
remarque  un  ou  deux  noyaux  dont  la  surface  est  fine- 
ment granulée.  L'intervalle  qui  sépare  le  ou  les  noyaux 
du  contour  polygonal  est  tantôt  homogène,  tantôt  sil- 
lonné de  nombreuses  aiguilles  cristallines  rayonnantes. 

Les  dirhensions  moyennes  sont  :  pour  le  noyau  21  li,  et 
pour  la  cellule  polyédrique  58  (i  de  diamètre;  les  granu- 
lations mesurent  Uii,o. 

A  Margenne,  les  coupes  microscopiques  tirées  des  ro- 
gnons siliceux  ont  un  aspect  dill'érent  ;  on  ne  distingue 
plus  de  réseau  polygonal  ;  les  noyaux  sont  assez  forte- 
ment colorés  en  brun  et  entourés  d'une  zone  moins 
foncée  traversée  par  de  nombreuses  aiguilles  cristallines 
rayonnantes,  beaucoup  plus  apparentes  que  dans  les 
échantillons  des  Thélots. 

On  ilistingue  souvent,  à  la  surface  du  noyau,  de  fines 


Fig.  2. 

Sphérolithcs  de  Margenne. 

a.  Aiguilles  cristallines  siliceuses  partant  de  la  zooglée. 

4,  Noyau  foncé  formé  par  une  zooglée  coccoide. 

c,  Microcoques   disséminés  dans   ou  entre   les  spliérolithos. 

granulations  coccoides,  ces  granulations  se  retrouvent 
aussi  entre  les  aiguilles  cristallines  et  entre  les  sphéro- 
lithes,  leur  mode  de  jonction,  de  pénétration  réciproque, 
rappelle  en  tous  points  l'organisation  des  sphérolithes 
ordinaires. 

Le  diamètre  moyen  d'un  S])hérolithe  est  de  55  (x,  celui 
des  aiguilles  cristallines  1  |i  ;  leur  longueur  est  de  15  à 
18  ji,  le  noyau  21  à  24  (jl. 

Ces  dimensions  sont  sensiblement  les  mêmes  que  celles 
du  réseau  polygonal  des  sphérolithes  des  Thélots  et  des 
noyaux  que  l'on  remarque  à  l'intérieur  des  mailles  ;  il 


n'est  pas  rare  de  voir  les  noyaux  séparés  par  une  sorte 
do  cloison; d'autres  fois,([uatre  ou  cinq  noyaux  paraissent 
comme  fusionnés  en  partie;  mais  on  peut  toutefois  se 
rendre  compte  de  leur  nombre  primitif;  ils  sont  entourés, 
comme  lorsqu'ils  sont  séparés,  d'une  zone  cristalline. 

Le  contour  des  sphérolithes  est,  en  général,  assez  bien 
limité  sans  iiourtanl  c[u'il  y  ait  apparence  d'une  enve- 
loppe quelconque;  mais  quand  les  corps  sont  nombreux, 
pressés  les  uns  contre  les  autres,  les  aiguilles  iiénetrent 
réciproquement  dans  la  zone  cristalline  des  sphérolithes 
voisins.  Nulle  part  il  n'y  a  de  membrane  comparable  à 
celle  qui  limite  les  sphérolithes  des  Thélots,  de  plus  leur 
forme  est  si)hérique,  tandis  que  dans  cette  localité  le  con- 
tour est  polyédrique. 

Entre  les  sphérolithes  assez  volumineux  que  nous 
venons  de  décrire  s'en  trouvent  d'autres  beaucoup  plus 
petits  ;  les  uns  paraissent  formés  d'un  simple  noyau,  les 
autres  ont  déterminé  autour  d'eux  la  formation  d'ai- 
guilles de  longueurs  variables. 

Aux  Thélots  comme  à  Margenne,  au  milieu  des  sphéro- 
lithes   se  trouvent  de  nombreuses  prépoUinies,  a  (fig.  3), 


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1  -.  'fi^t 


/Ç;i»/?'^%?ïH>-::c  «i^-^ 


Fig.  3. 

Sphérolithes  au  milieu   desquels  on    remarque   des  grains  de 

pollen  divisé. 

a,  Grain  de  pollen  divisé  ou  prépollinie. 

6,  b,  Sphérolithes  de  forme  arrondie. 
cl,  Sphérolithes  plus  petits,  polyédriques. 

dont  les  contours  sont  bien  limités.  Le  prothalle  mâle 
remplit  complètement  Fintine  ;  ce  ne  sont  donc  pas  des 
grains  de  pollen  de  Cordaîte,  ils  n'ont  pas  provoqué 
autour  d'eux  la  formation  d'aiguilles  cristallines. 

Il  était  intéressant  de  rechercher  l'origine  de  ces  sphé- 
rolithes, qui  ont  dii  se  produire  dans  des  eaux  saturées 
de  silice  en  dissolution  et  successivement;  puisque 
nous  rencontrons  des  grains  de  pollen  intercalés,  ces 
grains  se  sont  évidemment  déposés  en  même  temps. 

Nous  avons  recherché  dans  nos  nombreuses  prépara- 
tions de  plantes  attaquées  par  les  Bactériacées  ;  les  bois 
d'ArlhropUus,  Mijeloxylon,  Cordailes,  Colpoxylon,  Sigil- 
laires,  etc.,  et  beaucoup  de  graines  nous  ont  montré 
que  ces  corps  pouvaient  résulter  de  la  présence,  dans  les 
tissus,  de  colonies  bactériennes  rendues  libres  par  la 
putréfaction  qu'elles  avaient  provoquée,  et  emportées 
par  de  faibles  courants.  Dans  certaines  moelles  volumi- 
neuses d'Arthropitus,  on  remarque  que  les  cellules,  non 
encore  disjointes,  sont  occupées  par  un  nombre  consi- 
dérable de  microcoques  de  taille  variant  entre  2  [i,  2  et 
0  fi,  5.  Dans  quelques-unes  les  microcoques  se  sont  par- 
tiellement rassemblés  au  centre,  et  des  cristaux  rayon- 
nants de  silice  se  sont  formés  autour  d'eux. 

La  minéralisation,  dans  cet  exemple,  a  eu  lieu  avant 


94 


LE     NATURALISTE 


la  destruction  complète  des  parois  des  cellules  et  avant 
leur  séparation. 

Dans  d'autres  cas  les  eaux  siliceuses  ont  pénétré  quand 
les  microcoques  étaient  déjà  complètement  rassemblés  à 
l'intérieur  du  noyau  des  cellules  et  les  parois  plus  ou 
moins  détruites. 

Cette  portion  de  moelle  d' Arthropitus  présente  une 
grande  analogie  d'aspect  et  de  constitution  avec  les  sphé- 


Fig.  4. 

Moelle  à'Arthropilus  lineata . 

a,  Tcllules  en  partie    dissociées,   à    l'intérieur  desquelles 

on  voit  de  nomljreux  microqucs. 

A,  Zooglécs  encore  enfermées  dans  les  cellules. 

c,  Région  où  les  parois  des  cellules  sont    détruites. 

Les  noyaux  occui)és  par   les    microcoques     réunis  en  zooglée 

sont  libres. 

rolithes  des  Thélots  (figure  1).  Le  diamètre  des  cellules  est 
de  33  (1.  environ;  la  zooglée  centrale  mesure  15  à  20  (i  . 

Les  granulations  qu'on  y  remarque  atteignent  à  peine 
0  (i  ,5  :  ce  sont  les  dimensions  que  nous  avons  trouvées 
pour  le  Micrococcus  hymenophagus  var.  B.,  qui  attaque 
les  membranes  moyennes  des  cellules  des  Arthropitus  et 
des  Sligmaria. 

Les  fragments  de  moelle  dont  nous  venons  de  parler 


Fig.  5. 

Coupe  longitudinale  d'un  jeune  rameau  d'^1W/iro/)e7us  bistriata. 

a,  Bois  secondaire. 

b,  Boulettes  de  moelle  abandonnées  par  des  larves. 

étaient  encore  en  place  à  l'intérieur  du  cylindre  ligneux, 
et  on  peut  se  demander  comment  leurs  cellules,  occupées 
par  les  Bactéries,  ont  pu  produire  les  sphérolithes  des 
Thélots  et  de  Margenne,  qui  ont  été  formés  par  l'arrivée 
successive  de  cellules  isolées  ou  associées  en  petit 
nombre,  comme  l'attestent  les  grains  de  pollen  déposés 
en  même  temps  et  intercalés;  l'examen  de  certains 
tissus  a  i)aru  nous  mettre  sur  la  voie.  La  figure  b  repré- 


sente une  section  longitudinale  du  cylindre  ligneux  oc- 
cupé par  la  moelle,  celle-ci  n'est  pas  continue,  mais  dé- 
coupée en  masses  arrondies,  irrégulières,  rappelant  les 
résidus  de  digestion  de  certaines  larves  xylophages. 
Ces  petites  masses  sont  formées  de  cellules  plus  ou 


Fig.  6.      . 

Portion  d'une  boulette  de  moelle  fortement  grossie, 

a,  Membrane  moyenne  des  cellules. 

6,  Zooglée  bactérienne. 

c,  Aiguilles  cristallisées  rayonnant  autour  de  la  zooglée. 

moins  altérées;  comme  il  ne  reste  que  les  membranes 
moyennes,  les  parois  sont  souvent  plissées,  écrasées  et 
l'intérieur  est  vide;  mais  un  certain  nombre  d'entre  elles 
paraissent  moins  désorganisées,  pour  ainsi  dire  moins 
digérées,  fig.  6  et  7. 

On  y  reconnaît  un  tissu  formé  de  cellules  polyédriques 
à  parois  plus  ou  moins  altérées;  à  l'intérieur  se  trouvent 
des  zooglées,  et  des  cristaux  en  voie  de  formation  rayon- 
nent autour  de  beaucoup  d'entre  elles. 

Il  est  clair  que  de  faibles  courants  auraient  pu  dotacber 
ces  petites  pelotes  et  les  laisser  déposer  en  même  temps 
que  les  menus  débris  végétaux  tenus  en  suspension  dans 
l'eau. 

D'autres  tissus,  bien  plus  résistants,  ont  donné  lien  à 


Fig.  1. 

Fragment  de  moelle  dont  les  cellules  contenant  une  zooglée 

centrale  sont  encore  réunies. 

a.  Membrane  moyenne. 

6,  Zooglée  bactérienne  autour  de    laquelle   on   remarque   une 

cristallisation  rayonnante. 

des  décompositions  analogues  ;  bon  nombre  de  noyaux 
de  graines  houillères  ont  eu  leurs  cellules  désagrégées 
par  les  microcoques  et  mises  en  liberté. 

Autour  et  à  l'intérieur  des  tissus  végétaux  désorganisés, 
on  observe  une  grande  quantité  de  zooglées  libres  envi- 
ronnées d'une  couche  cristalline  (fig.  0),  a,  rappelant  par 


LE     NATURALISTE 


95 


leur  forme  et  loms  (linioiisioiis  les  sphorolitlics  do  M;\v- 
genne  (fig.  2). 

En  résuiiK',  si  la  inonllp  dos  Arlln-opitui^  cl  rcllo  d'au- 
tres vogétaiix,  ou  d'uuo  l'ucon  plus  fioiioralo,  si  les  tissus 
jiarencliyinateux,  lui  plus  nu  uioius  lignifiés,  attaqués 
par  les  lîai'tériacéos,  ont  été  l'origine  des  rognons  à 
sphéi-olithos  des  Tliélots  et  de  MargiMuip,  on  peut  eom- 
lironili'o  les  détails  de  leur  formation  de  la  façon  sui- 
vante. 

Aux  Tliélots,  de  petits  l'i-ai;iiii'uls  de  tissus  envaliis  ]iar 
les    Microcoquos,    mais     dans    les(pi(ds     la    nienibraui' 


Fig.  8. 

Zooglées  à  l'état  de  liberté  prises  autour  de   débris  végétaux 

en  décomposition. 

a,  Zooglées  libres,  ayant  déterminé  la  production  d'une 

cristallisation  rayonnante  de  silice. 

6,  Microcoques  libres. 

moyenne,  des  ccUulos  existait  encore  en  partie,  ou  mémo 
des  cellules  isolées  (fig.  4),  ont  été  entraînés  par  de  fai- 
bles courants  et  se  sont  déposés  dans  des  eaux  peu 
troublées,  en  nu''nie  tem])s  que  des  grains  de  pollen 
amenés  par  les  venis,  et  d'autres  débris  végétaux  tonus 
en  suspension  dans  le  liquide  ;  les  restes  do  membranes 
ont  entravé  dans  beaucoup  de  cas  la  cristallisation  de  la 
silice  sous  forme  d'aiguilles  rayonnantes. 

A  Margenne,  les  tissus  végétaux  qui  ont  donné  nais- 
sance aux  sphérolithes  ont  été  plus  profondément  dé- 
composés par  les  Bactériacées;  la  dissolution  des  enve- 
lopiies  cellulaires  a  été  comi)lète  ;  il  n'est  resté  de  la 
cellule  que  les  produits  altérés  du  protoplasma  et  des 
parois  formant  une  sorte  de  gelée  autour  du  noyau  oc- 
cupé par  les  Microcoques. 

En  contact  avec  les  eaux  siliceuses,  les  Zooglées  ont 
été  le  point  de  départ  de  cristaux  se  développant  libre- 
ment, ou  dans  une  couche  de  gélose. 

L'absence  de  membrane  autour  des  sphérolithes  de 
Margenne  est  la  cause  principale  de  la  dilTéronce  d'as- 
pect que  l'on  remarque  entre  les  structures  des  rognons 
siliceux  des  deux  localités. 

Le  nombre  considérable  de  Zooglées  existant  à  l'inté- 
rieur et  autour  des  végétaux  en  décomposition  explique 
l'abondance  des  sphérolithes  formés  au  milieu  de  ces  dé- 
bris et  qui  ont  été  entraînés. 

Les  Zooglées  bactériennes  ont  donc  provoqué  la  for- 
mation de  certaines  roches  sphérolitiques. 


RECTIFICATION 


L'insutlisance  des  documents  bibliugrapliiques  dont  je  pou- 
vais disposer  au  Chili  m'a  fait  regarder  comme  appartenant 
à  un  type  nouveau  de  Pseudo-Nevroptére  une  larve  aquatiquo 
dont  la  description  a  été  puldiée  par  Le  Xatiiraliste  dans  le 
numéro  du  15  février  1897,  p.   li. 

J'ai  appris,  depuis  mon  retour  en  France,  que  cette  larvo 
ne  peut  être  que  celle  d'un  Cciléoptère  de  la  famille  des 
Elmide».  Elle  ressemble  singulièrement,  en  etl'et,  à  la  larve 
d'iiliiiis  repiéscntée  dans  le  C(italo(/iic  des  lari'es  de  Coléop- 
tères, de  Chapuis  et  Candèze,  ]il.  III,  lig.  1. 

Des  larves  voisines,  celle  du  Potinnop/nliis  iniilealus  et 
celle  du  Macronychiis  quadriliiberci/latiis,  ont  été  décrites  et 
ligurées,  la  prendèro  par  Léon  Dutour  [Atin.  des  Se.  nat., 
■i"  s.,  t.  XVII),  la  seconde  par  J.  Pérez  i.-t/i».  Suc.  eiitoinol.  de 
France,  k"  s.,  t.  III). 

Ces  deux  auteurs  ont  fait  connaître,  chacun  dans  l'espèce 
qu'il  a  étudiée,  les  branchies  trachéennes  à  mouvements 
rythmés  qui  m'avaient  frappé  dans  la  larve  chilienne.  J. 
Pérez  a  figuré,  en  outre,  au  bord  interne  de  la  mandibule 
du  Macronyque,  un  cirrhe  velu,  qui  est  évidemment  l'homo- 
logue de  la  liouppe  de  poils  dont  j'ai  parlé. 

Il  est  permis  de  s'étonner  qu'une  adaptation  de  la  respi- 
ration trachéenne  à  la  vie  aquatique,  aussi  curieuse  et  aussi 
anciennement  connue  que  celle  des  larves  d'Elmides  et  de 
Damidos,  ne  se  trouve  mentionnée  dans  aucun  traité  de  Zoo- 
logie ou  d'Anatomie  comparée, 

P.  Lataste. 
Cadillac-sur-  Garonne  (Gironde). 


ANIMAUX 

Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de    bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


L.e  Dauikliin  (Suite) 

Oppicn  (Les  Halieutiques,  poème  sur  la  Poche,  chant  I) 
jiarle  aussi  longuement  du  dauphin,  en  répétant  à  peu 
près  ce  que  les  autres  en  ont  dit,  mais  en  ajoutant  de 
fort  curieuses  particularités  : 

«  Rien  ne  tient  plus  du  prodige  que  l'histoire  des 
dauphins,  soit  qu'ils  aient  fait  autrefois  partie  de  l'espèce 
humaine,  soit  qu'ils  aient  habité  dans  des  villes  avec  des 
hommes  ;  que,  cédant  ensuite  aux  conseils  de  Bacchus, 
ils  aient  changé  leur  élément  pour  celui  des  mers,  en 
revêtant  la  forme  do  poissons.  Ils  on  ont  conservé  dans 
les  niieurs  une  douce  urbanité  dont  toutes  leurs  actions 
portent  l'empreinte.  Lorsque  deux  dauphins  jumeaux, 
fruit  ordinaire  de  leur  hymen,  sont  venus  au  jour,  ils  ne 
se  quittent  pas  ;  ils  sont  toujours  sautant  et  nageant  au- 
tour de  leur  mère  ;  ils  passent  à  travers  ses  dents  dans 
sa  bouche,  et  y  restent  sous  l'abri  protecteur  de  son  pa- 
lais. Cette  mère  leur  prodigue,  do  son  coté,  ses  douces 
caresses,  s'agite  sans  cesse  autour  d'eux,  ivre  d'orgueil 
et  de  joie,  leur  tend  à  tous  deux  ses  mamelles,  d'où  cha- 
cun peut  faire  jaillir  un  lait  doux  et  nourrissant.  Les 
dauphins  ont  reçu  des  dieux  du  lait  et  des  seins  sem- 
blables à  ceux  des  mortelles  ;  aussi  exercent-ils  le  doux 
ministère  de  nourrices.  Les  petits  sont-ils  devenus  plus 
forts,  aussitôt  leur  mère  les  conduit  et  les  précède  dans 
le  lieu  de  leurs  chasses  et  leur  enseigne  à  poursuivre  le 
poisson,  etc.,  etc.  » 

Plus  loin,  parlant  du  chien  de  mer,  il  en  dit  ce  que  plus 


96 


LE     NATURALISTE 


tard  IIu^'O  de  Saint- Victor  dira  du  dauphin  (voyez  plus 
bas)  : 

«  Ses  petits  ont-ils  quelque  chose  à  craindre,  sur- 
vient-il quelque  sujet  pressant  d'alarmes,  elle  leur  donne 
asile  dans  les  flancs  par  la  même  route,  par  la  même 
voie  que  celle  de  leur  naissance.  Elle  affronte  volontiers 
toutes  les  douleurs  qui  l'attendent,  et  recèle  une  seconde 
fois  ses  petits  dans  son  sein  maternel,  pour  leur  donner 
de  nouveau  le  jour  dès  que  le  danger  aura  cessé...  i> 
Au  chapitre  V  du  même  poème,  Oppien  dit  encore  : 
(I  La  pèche  des  dauphins  est  réprouvée  par  les  dieux  ; 
les  sacrifices  de  celui  qui  oserait  la  faire  ne  leur  seraient 
point  agréables;  il  n'approcherait  de  leurs  autels  qu'une 
main  profanée.  Les  immortels  sont  également  irrités  du 
meurtre  des  humains  et  de  celui  de  ce  prince  des  mers. 
Un  même  génie  est  le  partage  des  hommes  et  de  ces  mi- 
nistres de  Neptune.  De  là  le  principe  de  leurs  affections, 
le  nœud  qui  les  lie  à  l'homme  d'une  amitié  si  particu- 
lière; aussi,  dans  les  parages  de  l'Eubée  (1),  les  dauphins 
prêtent-ils  leur  assistance  aux  pêcheurs,  quels  que  soient 
les  poissons  qu'ils  ambitionnent  de  prendre,  etc.,  etc.  » 

—  {Suivent  des  histoires  d'enfnnis  et  de  dauphins,  celte 
d'Arion,  etc.  Puis  il  ajoute)  :  «  Toutefois,  quehjue  bonté 
qui  distingue  le  naturel  des  dauphins,  quel  que  soit 
l'esprit  de  bienveillance  qui  les  anime  en  faveur  des 
hommes,  les  Thraces  barbares,  ainsi  que  les  habitants 
de  Byzance  leur  font  sans  pitié  la  guerre.  Ces  peuples 
sont  éminemment  féroces  et  méchants.  Ils  conduisent 
ainsi  cette  cruelle  pèche,  etc.   » 

La  chair  du  dauphin  n'était  cependant  pas  fort  prisée, 
si  nous  nous  on  rapportons  au  médecin  grec  Oribase 
(325-400).  Voici  ce  que  nous  lisons  dans  sa  Collection  mé- 
dicale, livre   II,  chap.  lvii  (Des  grands  animaux  marins)  : 

—  «  Les  phoques,  les  baleines,  les  dauphins,  les  mar- 
teaux, les  grands  thons,  les  chiens  de  mer,  et  tous  les 
autres  animaux  semblables,  ai)partiennent  à  cette  classe  : 
ils  ont  la  chair  dure  et  imprégnée  d'humeurs  mauvaises 
et  de  matières  excrémentitielles;  voilà  pourquoi  l'on  ne 
s'en  sert  qu'après  les  avoir  salés.  » 

Si  maintenant  nous  passons  aux  anciens  écrivains 
religieux,  nous  trouverons  les  mêmes  opinions,  les 
mêmes  idées,  les  mêmes  légendes  répandues  dans  leurs 
écrits. 

Eustathe  (480  ap.  J.-C.)  s'exprime  ainsi  ilans  sa  para- 
phrase deVHexaemcron  de  saint  Basile  (lib.  VII,  cap.  il)  : 
«  Les  dauphins  et  les  ])hoques  font  des  petits  ;  l'on  dit 
que  si  un  danger  imminent  les  menace,  si  une  cause  de 
terreur  agit  sur  eux,  ils  renferment  immédiatement  leur 
progéniture  dans  leur  ventre  pour  la  protéger.  » 

RabanMaur,  archevêquede  Mayence(vii»,  viii'siècles), 
dans  son  livre  De  Universo  (lili.  VIII,  cap.  v),  nous  cite 
du  Pline,  etc. 

«  Les  dauphins  possèdent  un  certain  langage,  car  ils 
peuvent  comprendre  celui  de  l'homme,  et  aussi  parce 
qu'ils  se  réunissent  en  troupe  dès  qu'ils  entendent  une 
symphonie.  Rien  dans  la  mer  n'est  aussi  rapide  qu'eux  : 
en  effet,  dans  leurs  sauts  ils  franchissent  souvent  les 
navires.  Quands  ils  jouent  dans  les  flots,  et  quand,  sous 
l'action  de  leurs  bonds  précipités,  l'eau  jaillit  fortement 
autour  d'eux,  c'est  là  un  signe  de  tempête.  On  les  ap- 
pelle proprement  Simons.  Il  y  a  dans  le  Nil  un  genre  de 
dauphins  dont  le  dos  est  armé  d'une  scie,  au  moyeu  de 
laquelle  ils  percent  le  ventre  du  Crocodile.  « 


(1)  Ile  de  la  mer  Kgée  (l'Archipel^. 


Saint  Isidore  de  Séville  répète  mot  à  mot,  dans  les  Éty- 
mologies  (Etymologiarum  liberXll,  cap.  vi,  ,§  H),  sans  en 
omettre  une  virgule,  la  citation  ci-dessus  de  Raban 
Maur. 

Hugo  de  Saint- Victor  (xii"  siècle,  dans  son  livre  De 
Destiis  et  aliis  rébus  libri  quatuor  (livre  II,  ch.  Lv),  nous 
cite  de  l'Oppien  ;  il  commence  d'abord,  lui  aussi,  par 
répéter  mot  à  mot,  sans  y  changer  un  iota,  le  texte  de 
Raban  Maur,  puis,  une  cinquantaine  de  lignes  plus  loin, 
il  reprend  l'idée  d'Oppien  et  d'Eustache,  et  continue 
ainsi  : 

«  D'autres  (poissons)  font  des  petits  vivants,  comrne  les 
grands  cétacés,  les  dauphins  et  les  phoques,  et  plusieurs 
autres  du  même  genre  qui,  si  un  grand  danger  se  pré- 
sente autour  de  leur  petits,  afin  de  les  protéger  et  pour 
éloigner  tout  péril  de  leur  tendre  jeunesse,  ouvrent  immé- 
diatement une  vaste  gueule  et  prennent  leur  progéniture 
dans  leurs  dents;  puis  ils  la  reçoivent  dans  leur  corps  et 
la  cachent  dans  ce  môme  ventre  qui  les  engendra. 

«  Quelle  affection  humaine  pourrait  approcher  de  cet 
amour  des  poissons  pour  leurs  petits? 

«  Les  baisers  des  nôtres  nous  impatientent  prompte- 
ment,  et  eux  ne  se  fatiguent  pas  d'ouvrir  leurs  entrailles 
aux  leurs,  de  les  y  recevoir  encore  et  de  les  y  conserver 
à  l'abri  de  tout  péril  ;  de  réchauffer  encore  ce  fœtus  de 
leur  chaleur  animale,  enfermant  ainsi  deux  corps  l'un 
dans  l'autre  jusqu'à  ce  que  tout  péril  soit  éloigné  ! 

i<  Qui  ne  serait  saisi  d'admiration  devant  ce  spectacle 
pieux? 

((  Qui  ne  s'étonnerait,  qui  ne  serait  stupéfié  devant  cette 
étrange  propriété  accordée  par  la  nature  aux  poissons 
quand  elle  l'a  refusée  aux  hommes  ? 

«  Plusieurs  marâtres  soupçonneuses  et  haineuses 
tuèrent  leurs  enfants  ;  quelques-unes,  poussées  par  la 
faim,  ainsi  qu'on  l'a  souvent  lu,  dévorèrent  leur  progéni- 
ture, lui  faisant  ainsi  un  tombeau  de  leurs  propres 
entrailles  ;  mais  les  petits  des  poissons  sont  dans  le  ventre 
de  leur  mère  comme  derrière  une  muraille;  leur  sein  est 
pour  eux  un  retranchement  dans  lequel  l'ennemi  ne  peut 
les  atteindre  !  » 

II  est  évident  que  tout  cela  est  fort  beau  et  pas  du  tout 
banal.  —  mais  l'érudit  chanoine  de  Saint- Victor  accordait 
trop  facilement  aux  poissons,  sur  la  foi  d'Oppien,  ce  que  la 
nature  n'a  jusqu'ici  donné  qu'aux  marsupiaux;  et  encore 
ne  faudrait-il  pas  confondre  les  entrailles  de  ces  animaux 
avec  leurs  poches.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'était  une  excel- 
lente occasion  pour  donner  une  leçon  aux  hommes,  et 
l'auteur  l'a  fait  avec  une  éloquence  dont  ma  traduction 
no  donne  qu'une  faible  idée. 

Cela  me  rappelle  ces  deux  vers  de  La  Fontaine,  dans  la 
dédicace  de  ses  Fables  au  Dauphin  (de  France,  bien 
entendu)  : 

Tout  parle  en  mon  ouvrage,  et  même  les  poissons  : 
Ce  qu'ils  disent  s'adresse  i  tous  tant  que  nous  sommes. 

Et,  puisque  nous  parlons  du  Fabuliste,  n'oublions  pas 
qu'il  a  écrit,  lui  aussi,  une  histoire  ressemblant  à  celle 
d'Arion:  le  Dauphin  et  le  Singe  (Livre  IV,  fable  vil).  Ua 
navire  fait  naufrage,  et  un  singe  allait  infailliblement  se 
noyer,  lorsque 

Un  dauphin  le  prit  pour  un  homme, 
Et  sur  son  dos  le  fit  asseoir 
Si  gravement,  qu'on  eut  cru  voir 
Ce  chanteur  que  tant  on  renomme. 
Le  dauphin  l'allait  mettre  à  bord 
Quand,  par  hasard,  il  lui  demande  : 


LE    NATUUALISTE 


97 


Etes-Tous  d'Athènes  la  grande? 

—  Oui,  dit  l'autre,  on  m'y  connaît  fort; 
S'il  vous  y  survient  quelque  atVaire. 
Kniployez-nioi,  car  mes  parents 

Y  tiennent  tous  les  premiers  l'angs; 
Un  mien  cousin  est  juge-maire. 
Le  dauphin  dit  :  Bien  grand  merci. 
Et  le  l'irée  a  part  aussi 
A  l'honneur  de  votre  prosenco? 
Vous  le  voyez  souvent,  je  pense? 

—  Tous  les  jours  :  il  est  mon  ami; 
C'est  une  vieille  connaissance. 
Notre  magot  prit,  pour  ce  coup, 

Le  nom  d'un  port  pour  un  nom  d'homme. 
De  telles  gens  il  est  beaucoup 
Qui  prendraient  Vaugirard  pour  Rome, 
Et  qui,  caquetant  au  plus  dru, 
Parlent  de  tout  et  n'ont  rien  vu. 

Lr  (luupliiu  SI'  rrtoiinio,  l'cji'ilp  Ip  siiigi' ù  l'eau,  l't  va 
voir  s'il  n'y  a  jias  quoique  homme  à  sauver. 

Mais  le  daupliiu  a  eueore  eu  uu  autre  penre  de  eélé- 
brité  que  celui  ([ui  lui  es^t  venu  des  légendes  des  anciens, 
II  fut  aussi,  à  l'urigine  du  christianisme,  le  symbole  du 
chrétien,  le  sif;n('  de  ralliement  de  la  nouvelle  association. 
Ce  ne  fut  pas  tout  d'abord  le  dauphin,  ce  fut  simplement 
le  POISSON  :  néanmoins,  l'imape  du  dauphin  prévalut  ilans 
la  suite,  parce  que  les  anciens  l'avaient  prise  pour  l'eiu- 
blème  de  la  vélocité,  et  qu'elle  était  tout  naturellerni-nt 
aussi  l'emliléme  de  la  diligence  que  devaient  apporter  les 
chrétiens  a  se  hùler  vers  le  salut.  Son  image  fut  prise 
aussi  pour  un  symbole  d'amour,  ju-écisément  à  cause  de 
tous  les  traits  d'all'ection  rapportés  par  les  anciens  et  que 
j'ai  consignés  dans  cet  article;  aussi  voit-on  souvent 
l'image  du  dauphin  sculptée  ou  gravée  sur  les  tombeaux 
des  catacombes,  sur  des  pierres,  des  anneaux,  des  styles 
à  écrire,  etc.,  etc. 

Le  dauphin  enlacé  à  une  ancre  se  voit  souvent  sur  les 
anneaux  des  pri'miers  chrétiens;  certains  antiquaires 
(le  P.  Lupi,  etc.)  vinilent  (juc  l'ancre  représente  la  croix, 
et  le  dauphin,  le  Clirist:  d'autres  (l'olidori,  etc.)  veulent 
au  contraire  que  l'ancre  représente  le  Christ,  et  le  dau- 
phin, le  chrétien. 

Quoi  qu'il  en  soit,  et  sans  nous  lancer  à  la  suite  des 
«avants  dans  des  considérations  où  tout  le  monde  a  rai- 
son selon  le  point  de  vue  où  il  se  place,  voici  pourquoi  le 
dauphin,  c'est-à-dire,  à  l'origini',  le  poisson,  devint  le 
symbole  du  Christ,  et  est  encore  aujourd'hui  gravé  sur 
l'anneau  du  Pape.  Le  mot  grec  IX0TS  ('Ix6ù;),  poisson, 
se  compose  de  i'ini|  lettres,  dont  chacuiu!  est  l'initiale  des 
ciu<i  mots  suivants  : 


'It|Tojç,  Jésus 
XpKTTÔ;,   Christ 
©eo'j,  lie  Dieu 
y\hi.  Fils 
SuTrifi,  Sauveur 


Jésus-Christ,  fils  de  Dieu, 
Sauveur. 


Cet  extraordinaire  acrostiche  devint  rapidement  en 
faveur  dans  la  religion  nouvelle,  d'autant  plus  que,  dans 
son  langage  symbolique,  Jésus-Christ  parlait  souvent  du 
poisson;  il  donnait  le  nom  de  pc'cheurs  d'hommes  à  ses 
apôtres;  plusieurs  avaient  été  pécheurs;  il  avait  marché 
sur  les  flots;  il  avait  fait  faire  une  pèche  miraculeuse,  ete. 
On  garda  d'abord  le  secret  sur  la  signification  exacte  de 
l'emblème,  mais  ou  l'imposa  aux  fidèles;  dés  le  n'  siècle 
nous  voyons  saint  Clément  d'Alexandrie  leur  prescrire  de 
faire  graver  sur  leurs  cachets  l'image  du  poisson,  sans 
leur  en  donner  le  motif.  Un  autre  auteur,  dont  nous 
ignorons   le  nom,  mais  dont   nous  possédons   l'ouvrage 


(De  promissionihus  et  benedictionibus  Dei,  II,  :!0|  dit  que 
les  lettres  sacrées  du  mot  'I/OO;,  el  leur  interprétation 
ont  été  ])rises  ]iar  nos  ])ères  dans  les  livres  syliillins 
('I-/OÛV,  lutitie  piscem,  sacris  littcris,  majores  nostri  interpre- 
lati  sunt  hoc  ex  sibyllints  versibus  coUigentes).  Ce  secret  fut 
imposé  et  gardé  tant  que  la  religion  fut  persécutée  :  mais 
([uand  remi)ereur  Constantin  fut  devenu  chrétien,  il  n'y 
eut  jdus  de  raison  di^  cacher  les  symboles  (>t  les  signes  de 
reconnaissance  du  christianisme,  et  nous  voyons  saint 
Augustin  (D."  civilate  Dci,  xviri,  25)  donncn-  lui-même  du 
poisson  une  explication  alisolument  claire  :  «  'iTjdoOç, 
Xpi(TTo;,  QeoO.  Tîbî,  StoTTip,  si  vous  réunissez  les  premières 
lettres,  vous  aurez  le  mot  IX0V1,  poisson,  dans  leiiuol 
le  Christ  est  désigné  mystiquement.  " 

E.  N.  Santini  de  Uiot.s. 


NOUVELLE  FLORE   DES  LICHENS 

LA   DÉTERMINATION    FACILE  DES    ESPÈCES 

SA.\S    .yiCIIOSCdPE  ET  fiAXS  ItÉACTll'S 
Par    A..  BOISXRL, 

PKOKESSEUR  DE  l'uN  I  VKRSrrÉ   1>E    PARIS 


Parmi  les  plantes  qui  résistent  le  mieux  aux  rigueurs  de 
l'hiver  et  qui  dédommagent  en  toute  saison  le  botaniste  avide 
d'herborisation,  une  place  d'honneur  revient  aux  Lichens  :  ce 
sont,  comme  on  l'a  dit,  "  les  fleurs  de  l'hiver  ».  Us  résistent 
aussi  aux  conditions  climatériques  les  plus»  défavorables  : 
quand  l'explorateur  s'élève  sur  les  flancs  d'une  montagne 
élevée,  quand  il  franchit  les  limites  des  régions  arctiques,  ce 
sont  encore  les  Lichens  qui  viennent  consoler  son  regard, 
s'il  est  quelque  peu  exerce  à  l'observation.  Ainsi  que  le  dit 
si  bien  M.  Gaston  Bonnier,  .<  souvent  un  promeneur  qui  vient 
<i  de  parcourir  une  contrée  rocheuse  croira  n'avoir  pas  vu  un 
I.  seul  lichen  ;  on  l'étonnerait  beaucoup  en  lui  disant  qu'il  u'a 
Il  peut-être  pas  vu  un  seul  coin  de  rocher  et  que  ce  qu'il  a 
«  pris  pour  la  couleur  de  la  pierre  n'est  que  la  teinte  des  nom- 
«  breus  Lichens  qui  la  recouvrent  ». 

Or  il  n'existait  pas,  jusqu'à  ce  jour,  de  flore  élémenlairc  et 
générale  qui  permit  à  un  novice  de  se  familiariser  avec  l'étude 
de  végétaux  aussi  répandus  el  d'arriver  à  nommer  avec  certi- 
tude les  espèces  même  les  plus  communes. 

Non  pas  que  les  Lichens  aient  jamais  été  délaissés  par  les 
botanistes.  On  sait,  au  contraire,  tout  l'intérêt  qui  s'est  attaché 
à  l'étude  de  ce  groupe  depuis  qu'un  botaniste  allemand,  Schwen- 
dener,  a  émis  l'idée  que  le  Lichen  ne  serait  pas  un  végétal 
simple,  mais  le  résultat  de  l'association  de  deux  espèces,  une 
Algue  et  im  Champignon,  qui  contracteraient  une  union  assez 
intime  pour  que  l'une  et  l'autre  en  retirent  de  précieux  avan- 
tages. Combattue,  dès  son  apparition,  par  la  plupart  des  li- 
chénologues,  cette  théorie  séduisante  a  reçu  la  conlirmation 
do  l'expérience  et  a  fini  par  rallier  à  peu  prés  tous  les  suf- 
frages :  parmi  les  savants  qui  ont  tenté  avec  succès  do  re- 
constituer le  Lichen  en  partant  de  ses  éléments  hypothétiques, 
d'en  faire,  en  un  mot,  la  synthèse,  il  convient  de  citer  deux 
botanistes  français,  MM.  Bonvet  et  Gaston  Bonnier;  ce  dernier 
est  parvenu  à  composer  do  toutes  pièces,  dans  des  conditions 
de  rigueur  qui  défient  toute  objection,  des  plantes  que  des 
lichénologues  exercés  ont  déterminées  sans  hésitation  comme 
des  Lichens  naturels. 

Il  n'est  donc  pas  de  personne,  quelque  peu  au  courant  des 
choses  de  la  botanique,  qui  ne  se  sente,  peu  ou  prou,  attirée 
vers  l'élude  des  Licliens. 

Mais  comment  se  tirer  d'affaire,  au  début  de  l'étude  d'un 
groupe  aussi  nombreux  et  aussi  varié,  quand  on  ne  dispose 
que  de  flores  locales,  forcément  incomplètes  pour  peu  qu'on 
les  emploie  en  dehors  des  limites  qu'elles  se  sont  fixées,  ou  de 
simples  catalogues,  parfois  très  volumineux,  mais  se  réduisant 
à  peu  prés  à  une  sèche  énumération,  presque  à  l'exclusion  de 
toute  description  d'espèces? 

Le  moment  était   venu   de  faire  pour  les  Lichens  ce  que 


98 


LE     NATURALISTE 


MM.  Bonnier  et  de  Lajens  ont  fait  depuis  quelques  années, 
avec  tant  de  succès,  pour  les  plantes  vasculaires,  ce  qu'ont 
fait,  après  eux,  MM.  Coslantin  et  Dufour  pour  les  Champi- 
gnons, M.  Douin  pour  les  Mousses  et  les  Hépatiques  :  pré- 
senter, sous  forme  synoptique,  les  clefs  des  genres  et  des  es- 
pèces; exclure,  autant  que  possible,  de  la  rédaction  de  ces 
clefs  les  termes  techniques  qui  pourraient  rebuter  le  lecteur 
inexpérimenté,  enfin  y  joindre  une  représentation,  aussi  exacte 
que  possible,  du  caractère  saillant  de  chaque  espèce.  C'est 
cette  tâche  méritoire  qu'a  entreprise  et  menée  à  bien  M.  Boistel, 
professeur  de  l'Université  de  Paris. 

Quoique  très  soucieux  de  la  simplification,  M.  Boistel  ne 
s'est  pas  proposé,  de  parti  pris,  d'aller  à  l'encontre  des  pro- 
cédés qu'emploient  les  spécialistes  dans  leurs  déterminations. 
Il  s'est  bien  plutôt  attaché  à  découvrir  la  marche  qu'ils  suivent 
dans  l'examen  des  échantillons  qui  leur  sont  soumis,  puisqu'ils 
ne  ]irennent  généralement  pas  la  peine  de  nous  l'indiquer  ou 
que  peut-être  ils  n'en  ont  pas  eux-mêmes  une  conscience  par- 
faitement claire.  Il  n'a  pas  tardé  à  reconnaître  de  la  sorte  qu'à 
côté  des  caractères  anatomiques  que  l'usage  seul  du  micros- 
cope permet  de  vérifier,  et  des  caractères  chimiques  qui  exi- 
gent l'emploi  de  réactifs  appropriés,  on  peut  tirer  utilement 
parti  des  caractères,  plus  accessibles,  que  révèlent  la  forme, 
la  couleur  et  la  taille  des  échantillons.  Or  sur  la  question  de 
la  taille,  par  exemple,  la  plupart  des  flores  existantes  étaient 
absolument  muettes  :  sans  exiger,  ce  qui  serait  illusoire,  une 
détermination  rigoureuse  des  dimensions  de  chaque  espèce, 
le  lecteur  est  cependant  en  droit  de  se  demander  si  l'espèce 
dont  il  lit  la  description  atteint  la  taille  de  la  main  ou  se  ré- 
duit à  celle  de  l'ongle.  M.  Boistel  s'est  assuré  que,  même  pour 
l'étude  des  formes  les  plus  inférieures,  les  caractères  macro- 
scojiiqucs  fournissent  de  précieuses  indications. 

Nul  n'était  mieux  préparé  que  l'auteur  de  la  Nouvelle  Flore 
à  aplanir  les  voies  devant  les  débutants  dans  l'étude  des  Li- 
chens :  il  a  certainement  atteint  le  i)ut,  éminemment  utile, 
qu'il  s'était  proposé.  Le  savant  auteur  de  la  préface  qui  pré- 
cède l'ouvrage,  M.  Gaston  Bonnier,  a  vérifié,  sur  quelques 
exemples,  que  l'usage  des  clefs  de  M.  Boistel  conduit,  sans 
difficulté  et  avec  certitude,  aux  noms  d'espèces  ;  nous  avons 
fait,  avec  le  même  succès,  la  même  expérience,  et  nous  nous 
plaisons  à  en  rendre  témoignage.  Certes,  les  partisans  d'une 
extrême  «  pulvérisation  »  risqueraient  de  ne  pas  trouver  leur 
compte  dans  les  tableaux  de  M.  Boistel  ;  il  a  eu,  en  effet,  la 
sagesse  de  ne  pas  multiplier  à  l'infini  les  formes  spécifiques, 
ce  qui  aurait  eu  tout  au  moins  l'inconvénient  de  dérouter  les 
débutants,  et  de  conserver  seulement  toutes  les  espèces  bien 
et  nettement  caractérisées,  avec  les  espèces  secondaires  les 
plus  importantes  et  un  grand  nombre  de  variétés. 

Les  tableaux  synoptique»  sont  précédés  d'une  introduction 
qui  comprend  d'abord  des  notions  générales  sur  les  Lichens 
(exposé  très  exact,  sulfisamment  développé  et  fort  intéressant 
de  l'ensemble  des  connaissances  que  nous  possédons  sur  ce 
groupe),  puis  des  instructions  sur  la  récolte,  la  préparation  et 
la  conservation  des  échantillons,  enfin  les  indications  néces- 
saires sur  la  manière  d'employer  la  flore  pour  arriver  à  leur 
détermination. 

En  somme,  excellent  ouvrage  et  peu  coûteux,  auquel  c'est 
un  devoir,  en  même  temps  qu'un  plaisir,  de  souhaiter  la  for- 
tune qu'il  mérite  (I). 

Aug.  Daguillon. 


ESSAI  MONOGRAPHIQUE 

SI'R 

les  Coléoptères  des  Genres  Pseudolucane  et  Lucane 


Envisagés  dans  leurs  rapports  réciproques,  le  Luc. 
orientalis  et  le  Luc.  tetraodon  peuvent  être  considérés 
comme  très  voisins  l'un  de  l'autre,  car  ils  possèdent  sen- 
siblement la  même  taille  et  les  mêmes  phases   de  déve- 

(1)  Cet  ouvrage  forme  la  21"  partie  de  l'Uisloire  Naturelle  de 
la  France  que  publient  «  Les  Fils  d'Emile  DeyroUe  »,  46,  rue 
du  Bac,  Paris.  (Prix  broché,  5  fr.  FiO  ;  franco,  'i  fr.  90;  cart., 
6  fr.  25  ;  franco,  6  fr.  75 


loppementet,  de  plus,  leur  structure,  pourtant  bien  diffé- 
rente chez  les  très  grands  exemplaires,  acquiert  chez  les 
moyens  et  chez  les  petits  un  degré  de  ressemblance  des 
plus  prononcés. 

Cette  analogie  est  encore  accrue  par  ce  fait  que  la 
massue  antennaire  est  hexaphylle  chez  ces  doux  Lucanes, 
que  les  pattes  présentent  la  même  conformation  et  la 
même  brièveté  (conformation  et  brièveté  qui  ne  se 
retrouvent  que  chez  le  L.  lentus  de  l'Amérique  du  Nord) 
et  enfin  que  la  coloration  est  sensiblement  la  même,  par- 
fois même  identique. 

Quoi  qu'il  en  soit,  cependant,  deux  caractères  impor- 
tants et  faciles  à  saisir  peuvent  servir  à  distinguer  aisé- 
ment ces  deux  insectes.  Ce  sont  : 

1°  L'emplacement  de  la  grosse  dent  mandibulaire  qui 
est  située  au  milieu  de  la  mandibule  ou  même  un  peu 
au  delà  chez  le  L.  orientalis  et  se  trouve,  au  contraire, 
ramenée  dans  le  voisinage  immédiat  de  la  tète  chez  le 
L.  tetraodon. 

2"  La  forme  de  la  massue  antennaire  dont  les  fe.uillets 
sont  beaucoup  plus  longs  et  plus  grêles  chez  le  L.  orien- 
talis. 

Le  premier  de  ces  caractères  peut  perdre  une  partie 
de  sa  valeur  chez  les  trèspelits  exemplaires  :  car  alors  la 
grosse  dent  mandibulaire  s'atténue  au  point  de  ne  plus 
présenter  de  dill'érence  appréciable  avec  la  dent  qui  lui 
fait  suite,  comme  cela  se  voit  chez  le  L.  bidens  de  Thun- 
berg,  lequel  n'est  autre  que  la  forme  minima  du  L. 
tetraodon,  mais,  à  défaut  de  ce  caractère,  celui  tiré  de  la 
massue  antennaire  j)eut  toujours  être  utilisé,  car  il  paraît 
subsister  d'une  façon  constante. 

La  même  remarque  peut  être  faite  au  sujet  de  certains 
spécimens,  d'ailleurs  très  rares,  qui,  par  exception,  ont 
la  dent  médiane  située  vers  le  milieu  de  la  mandibule. 

On  peut  dire  aussi  que  les  mandibules  du  L.  tetraodon 
sont  habituellement  un  peu  plus  cylindriques  et  qu'elles 
ont  généralement  quelque  chose  de  plus  épais,  de  moins 
lourd  et  de  moins  fini  que  les  mandibules  du  L.  orientalis. 
Enfin,  bien  que  la  coloration  soit  souvent  à  peu  près 
identique  chez  ces  deux  Lucanes,  il  convient  de  signaler 
que  les  élytres  du  L.  tetraodon  présentent  presque  tou- 
jours depuis  le  bord  suturai  jusque  vers  les  2/3  de  leur 
largeur  une  plaque  luisante  bien  délimitée  et  générale- 
ment bien  visible,  car  elle  est  de  couleur  plus  foncée  que 
le  restant  des  élytres. 

Ces  mêmes  organes  possèdent  aussi  le  plus  souvent, 
surtout  chez  les  grands  exemplaires,  deux  côtes  plus  ou 
moins  saillantes. 

LUCANUS    ORIENTALIS   KHAATZ. 

Kraatz  —  iiber  europ.  Hirschkafer-loc.  cit.,  p.  208-272 
etfig.  d8-2L 

Syn.  L.  tetraodon.  —  L  du  VinZ-Genera-loc,  cit. 

Syn.  L.  piger  Motsch.  Bull.  Mosc.  1870,  p.  37,  38  et 
39  pi.  II,  lig.  10. 

Syn.  '/  ou  var.  '!  L.  ibericus.  Motschulsky. 

Motsch.  Bull.  Soc.  Ent.  Moscou,  1845,  1,  p.  60,  u°  167 
et  1870  p.  39-40  Kraatz,  loc.  cit. 

cf  Couleur  assez  variable.  Tantôt  elle  est  sensiblement 
la  même  que  chez  le  L.  turcicus  (tel  est  le  cas  du  grand 
exemplaire  (fig.  1  bis),  qui  fait  partie  de  la  collection  du 
Muséum  de  Paris  et  qui  est  noté  du  Caucase  sans  pro- 
venance précise).  Tantôt  elle  est  en  entier  d'un  brun 
rougeàtre  plus  ou  moins  foncé,  parfois  même  noirâtre 
avec  les  mandibules  seules  un  peu  carminées  ou  tout  au 


LE     NATURALISTE 


99 


moins  di'  toinie  plus  claire;  d'autres  fois  enfin  l'insecte 
est  entii'rcnient  noirâtre. 

La  gnuiuhilion  est  lialiituellenient  plus  espacée  (pie 
chez  le  L.  turciciif,  mais  elle  est  aussi  forlc;  de  plus  elle 
est  à  i)eu  près  également  répartie  sur  la  tète,  le  thorax 
et  les  élytres,  de  telle  sorte  que  la  contexture  de  ces 
différentes  parties  est  sensililenient  la  même. 

Malgré  leur  granulation,  les  téguments  du  L.  oricntalif. 
sont  généralement  plus  luisants  ([ue  ceux  du  L.  lurcicus, 
mais  parfois  aussi  ils  sont  assez  ternes;  quelquefois 
même  ils  deviennent  subrugueux;  tel  est  le  cas  par 
exemple  de  l'exemplaire  de  la  figure  i,  qui  m'a  été  com- 
niuni(|uée  par  M.  H.  Uoileau. 

Cet  insecte  est  d'ailleurs  remaniuable,  à  un  autre  jjoiut 
de  vue,   par    son  apparence   trapue  et  robuste,   par  la 


forme  parallèle  de  ses  élytres  et  par  les  côtés  du  bord 
|iostériour  du  prothorax  qui  sont  fortement  rabattus 
vers  les  élytres. 

Au  reste,  il  est  ])Ossible  que  les  modifications  de  cou- 
leur ou  de  granulation  du  L.  orientalis  soient  dues  à  l'in- 
fluence climatérique  et  se  retrouvent  à  peu  de  chose  près 
les  mêmes  chez  les  individus  d'une  môme  région. 

Mandibules  courtes,  à  peine  )ilus  longues  que  la  tète. 
Elles  sont  de  forme  assez  variable,  plus  arquées  en 
dedans  que  celles  du  L.  cervus,  et  toujours  bien  plus 
larges  à  la  base.  Elles  sont  très  remarquablement  rétré- 
cies  et  déprimées  vers  la  fourche  terminale.  Celle-ci  est 
formée  de  deux  Atmls  subégales  et  mémo  égale»,  fort  peu 
écartées  l'une  de  l'autre;  elles  sont  courtes,  subarrondies, 
il  pointe  [leu  aiguë,  jiarfois  complètement  mousse;  par- 


Fif;.  1,  2,  ;!  et  i.  —  Luc.  Orientalis  cf.  Kraatz,  à  dilïérents  degrés  de  développement.  Fig.  S.  —  Luc.   Orientalis  9. 
Fig.  6.  —  Luc.  Orientalis  c*^  provenant  de  Constantinople.  Collection  H.  Boileau 


fois  même  elles  sont  complètement  soudées  et  les  autres 
dents  sont  émoussées  (voir  fig.  3).  Dent  médiane  non 
plus  nettement  triangulaire  comme  chez  le  L.  cerviis 
mais  plutôt  grêle,  subcylindrique  et  ayant  son  extrémité 
coupée  oblic|uement.  Elle  est  précédée  d'un  seul  denticule 
et  rarement  suivie  de  plus  de  trois.  Habituellement  les 
denticules  sont  opposés.  Si  la  mandibule  gauche  en  porte 
un  ou  deux,  la  droite  en  possède  deux  ou  trois  et  récipro- 
quement, l'alpes  maxillaires  et  labiaux  brunâtres,  à  der- 
nier article  comparativement  plus  large  et  plus  déprimé 
que  chez  le  L.  cervus.  Massue  de  l'antenne  composée  de 
six  feuillets  longs  et  très  grêles,  précédés  de  trois  articles 
subégaux. 
Tête  bien  plus  convexe  que  chez  l'espèce  précédente,  à 


joues  assez  larges,  peu  rétrécie  en  arrière  des  yeux. 
Labre  assez  variable  de  forme,  généralement  subdroit  ou 
peu  échancré;  épistome  médiocre,  ordinairement  tron- 
qué. Carène  antérieure  nulle;  carènes  postérieures  vi- 
sibles  chez  les  exemplaires  moyens;  carènes  latérales 
larges  et  très  arrondies  à  leur  partie  antérieure,  effacées 
à  l'arrière  chez  la  majorité  des  spécimens  ;  renflement  de 
la  tête,  en  arrière  de  l'insertion  de  la  mandibule,  habituel- 
lement bien  accentué. 

Prothorax  long,  plutôt  plus  large  que  la  tête  ;  il  a  la 
même  forme  générale  que  celui  du  L.  cervus,  mais  il 
est  plus  convexe  et  ses  contours  sont  plus  arrondis.  Sa 
ligne  médiane  est  plus  accentuée.  Les  côtés  sont  plus 
fortement  rugueux  que  le  disque. 


100 


LE     NATURALISTE 


Ecusson  petit,  arrondi,  très  ponctur,  de  la  même  cou- 
leur que  le  restant  du  corps.  Elytres  médiocrement  con- 
vexes. Elles  sont  courtes,  amples,  élargies  au  milieu, 
élégamment  rétrécies  à  l'arrière  et  laissent  souvent  aper- 
cevoir l'extrême  pointe  du  dernier  arceau  abdominal.  La 
strie  suturale  est  assez  marquée;  elle  n'est  pas  recti- 
ligne,mais  légèrement  renflée  vers  son  milieu. 

Pattes  construites  sur  le  même  modèle  que  celles  du 
L.  cervus,  mais  bien  plus  courtes.  Les  antérieures  affectent 
une  forme  nettement  triangulaire,  leur  extrémité  étant 
bien  évasée  ;  en  dehors  des  deux  dents  terminales,  elles 
ne  présentent  habituellement  que  deux  dents  situées  vers 
leur  milieu  et  assez  rapprochées  l'une  de  l'autre. 

Quant  aux  autres  paires  de  pattes,  ellesne  se  distinguent 
guère  de  celles  du  L.  cervus  que  par  leur  brièveté. 
Tarses  très  courts  à  toutes  les  pattes.  Griffes  courtes. 
La  coloration  des  pattes  est  habituellement  la  même 
que  celle  du  restant  du  corps.  Chez  beaucoup  d'exem- 
plaires on  observe  sur  le  milieu  des  cuisses  et  vers  le 
milieu  des  pattes  une  partie  bien  délimitée  plus  claire,  de 
teinte  rougeâtre,  mais  cependant  peu  apparente. 

Nous  avons  remarqué  précédemment  qu'une  disposi- 
tion analogue  se  rencontre  chez  la  femelle  du  L.  penta- 
phyllus  de  Reiche. 

Dessous  finement  ponctué,  assez  luisant  sur  l'abdo- 
men; poitrine  couverte  de  poils  jaunes  assez  longs. 

La  décroissance  de  la  taille  influe  peu  sur  le  faciès  du 
L.  orientalis  ;  les  individus  de  moyenne  ou  de  petite  taille 
ne  dilTèreut  guère  des  grands  spécimens  que  par  l'atrophie 
plus  ou  moins  complète  des  carènes  céphaliques  et  par 
un  léger  rétrécissement  de  la  tête  et  du  prothorax;  de 
plus,  chez  les  très  petits  exemplaires  (fig.  6)  la  mandi- 
bule se  termine  presque  en  pointe  simple,  la  dent  infé- 
rieure de  la  fourche  terminale  étant  très  atténuée  et 
rejetée  très  en  arrière  de  la  dent  supérieure. 

Ç  .  La  femelle  du  L.  orienlalh  est  très  voisine  de  celle 
du  L.  cervus.  Elle  s'en  distingue  par  sa  couleur  entière- 
ment noirâtre  et  par  sa  granulation  plus  uniformément 
répartie.  La  ponctuation  de  la  tête  est  à  peine  sensible. 
Le  corselet  est  plus  convexe  et  souvent  bien  plus  ample; 
ses  contours  sont  plus  arrondis.  Il  se  rap|iroche  comme 
forme  de  celui  de  la  femelle  du  Ps.  barbarossa.  Les 
élytres  sont  notablement  plus  rétrécies  à  l'arrière  ;  aux 
épaules  elles  sont  très  saillantes. L'an  tenue  est  hexaphylle. 
J'ai  conservé  à  cet  insecte  nom  de  Luc.  orientalis  que 
lui  a  donné  le  D'  Kraatz,  parce  que  ni  le  texte  ni  les 
figures  de  cet  auteur  ne  laissent  jilace  à  aucun  doute  ; 
mais  il  est  très  probable  que  le  Lucane  hexaphylle  de  la 
Géorgie,  dont  Motschulsky  a  donné  la  diagnose  en  1845, 
sous  le  nom  de  L.  ibericus,  ne  fait  qu'un  avec  le  Luc. 
orientalis  ou  qu'il  n'en  est,  tout  au  moins,  qu'une  modi- 
fication de  taille. 

Si  l'on  se  reporte,  en  effet,  à  la  diagnose  de  Mots- 
chulsky et  surtout  à  son  mémoire  de  1870,  on  remar- 
que que  le  principal  caractère  qu'il  assigne  à  son  L.  ibe- 
ricus est  la  présence  de  quatre  dents  seulement  aux  man- 
dibules. 

u  Cette  espfcce,  dit-il,  est  de  la  forme  du  L.  piger,  mais 
<i  plus  petite  et  un  peu  plus  étroite  et  remarquable  par 
((  les  denticules  des  mandibules  qui  sont  beaucoup  plus 
«  longs  et  les  deux  médians  presque  égaux,  ce  qui  fait 
i<  disparaître  la  grande  dent  qu'on  voit  chez  les  autres 

«  Lucanides cette  espèce  est  la  plus  commune  on 

«  Géorgie'». 

(A  suivre.)  Louis  Planet. 


lUSÉUM   D'HISTOIRE  NATURELLE 


Excursion  géologii/uc.  —  M.  Stanislas  Meunier,  profes- 
seur au  Muséum  d'histoire  naturelle,  fera  une  excursion 
géologique  publique  dans  le  Boulonnais,  les  Flandres  et 
l'Artois,  du  19  au  23  avril  prochain.  On  visitera  succes- 
sivement les  falaises  de  Boulogne  à  Wimereux,  les  car- 
rières de  Marquises,  d'Hydrequent  et  de  Ferques;  les  envi- 
rons de  Saint-Omer,  Cassel  et  les  dunes  de  Zuydtcoote 
près  de  Duukerque,  Béthune  et  les  mines  de  liouille  de 
Nœux. 

ENSEI&NEMENT    SPÉCIAL  POUR    LES  VOYAGEURS 

Les  leçons  commenceront  le  mardi  27  avril   1897,  à 

10  heures  du  matin,  dans  l'amphithéâtre  de  la  Galerie  de 
zoologie,  et  continueront  les  jeudis,  samedis  et  mardis 
suivants,  à  la  même  heure. 

Dans  des  Conférences  pratiques  faites  dans  les  labora- 
toires ou  sur  le  terrain,  les  auditeurs  seront  initiés  à 
la  récolte  ou  à  la  préparation  des  collections,  aux  relevés 
photographiques,  à  la  détermination  du  point  en  voyage 
et  à  des  notions  sommaires  de  Géodésie  et  de  Topogra- 
phie. 

Les  jours  et  heures  de  ces  conférences  seront  indiqués 
à  la  suite  des  leçons. 

PliOCrRAMME    DES   COURS 

27    avril  Leçon  d'ouverture. .. .     M.  Milne  Edwards. 
29      —    L'homme  dans  ses  rap- 
ports zoologiques. .  .     M.  Ilamy. 
1"  mai   L'homme  dans  ses  tra- 
vaux et  son  industrie .     M.  Verneau. 

4  —    L'homme  dans  ses  rap- 

ports de  société. . . .  M.  Cheysson. 

6      —    Mammifères M.  E.  Oustalet. 

8      —    Oiseaux M.  E.  Oustalet. 

11  —     Heptiles  et  Poissons. .  .  M.  L.  Vaillant. 

13       —     Mollusques M.  E.  Perrier. 

|y      —     Vers  et  Zoophytcs. . . .  'SI.  Bernard. 

18  —    Crustacés,  Arachnides, 

Myriapodes M.  Bouvier. 

20      —     Insectes M.  Ch.  Brongniart. 

22      —  Anatomie  comparée .. .  M.  II.  Filliol. 

2;;       —  Plantes  phanérogames.  M.  E.  Bureau. 

29      —  Plantes  cryptogames. .  M.  Morot. 

!«■  juin   Plantes  vivantes M.  Bois. 

3      —    Géologie M.  St.  Meunier, 

5  —    Minéralogie M.Lacroix. 

8      —    Paléontologie M.  Gaudry. 

10      —    Hygiènedes'Voyageurs.     M.  Gréhant. 

12  —    Météorologie M.  II.  Becquerel. 

15      —     Déterminationdu point  \ 

en   voiiaqe.   Notions  1 .,   ^.         , 

.        ,       ,   , .   l  M.  Bigourdan. 
sommaires  de  géode- 1 

sie  et  de  topographie.  ] 

19  —    Photographie  en  voya- 

ge.       M.  Davanne. 

22      —    La  Photographie  dans  \ 

la   construction    des  i  M.  le  colonel  Laussedat. 
cartes  et  plans ) 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 
Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassettie,  17. 


19»  ANNÉE 


Ot     Scl«DCi« 
2"  Série  —    IV«  «^-4 


/S 
1"  MAI    1807 


CEEYASSES  DE  MYHEIEI^T 

SUR  LA  LÈVRE  D'UNE  VALLÉE  SÈCHE  DE  LA  CRAIE 


Les  rideaux  et  les  vallées  sèches  sont  fréquents  eu  l'i- 
carilie;  on  peut  y  voir  tous  les  degrés  de  vallonneuicnl, 
depuis  de  simples  dépressions  de  la  dimension  d'un  sillon 
fait  à  la  charrue,  jusqu'aux  vallées  et  ravins  qui  entaillent 


si  profondément  les  falaises  crétacées  de  la  Seine-Infé- 
rieure, de  la  Somme  et  du  Pas-de-Calais. 

Au  nord  do  Moutdidier,  à  la  surface  de  la  craie  à  mi- 
crastercomnguinum,  le  phénomène  se  présente  d'une  faeon 
particulièrement  intéressante  pour  la  démonstration  du 
rôle  si  important  des  eaux  météoriques  et  profondes  dans 
le  relief  du  sol. 

En  allant  de  Montdidier  à  Gratihus,  en  face  de  Conr- 
temanche,  on  traverse  une  grande  vallée  sèche,  dont  l'axe 
est  légèrement  courbe  et  dirigé  en  moyenne  perpendicu- 


t'vg.   1.  —  Vue  d'ensemble  de  la  crevasse  au  point  de  plus  grande  ouverture. 
\Cadre     c/e  la    Fig    I . 


Mord 


<j. lOOm     env/ron  j> 


>< 


Fig.  2.  —  Profd  en  travers  de  la  vallée  sèche. 

lairement  à  la  vallée  des  trois  Doms  (sous-aûluent  de  la 
Somme  par  l'Avre). 

Sur  la  lèvre  nord,  on  observe  une  profonde  fissure  pa- 
rallèle à  la  vallée  sèche.  Cette  fente,  dont  la  profondeur 
visible  est  de  3  à  4  mètres  à  l'entrée,  s'étend  sur  une  cen- 
taine de  mètres  de  longueur  et  est  située  dans  un  plan 
vertical. 

L'origine  de  cette  fissure  ne  fait  aucun  doute  à  l'obser- 
vation][:   les  eaux  sauvages  suivent  une  fracture  de  la 

te  Naturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


roche  sous-jacente,  fracture  parallèle  appartenant  au 
mémo  réseau  que  la  vallée  sèche  et  des  nombreux  rideaux 
de  la  région. 

Dans  ce  cas  particulier,  le  phénomène  est  accentué 
par  la  nature  de  la  roche  superficielle.  Les  doux  bords  de 
la  vallée  sèche  et  de  toutes  les  collines  de  la  région,  de- 
puis Moutdidier  jusqu'à  Pierrepont,  sont  formés  par  une 
roche  détritique  présentant  au  plus  haut  degré  tous  les 
caractères  d'une  décalcilication  lente  et  progressive. 


102 


LE     NATURALISTE 


Sous  la  terre  végétale  assez  sèche  (fig.  2)  (a),  on 
trouve  1  m.  50  à  2  mètres  d'un  limon  siliceux  gris  (b) 
contenant  de  nombreux  petits  silex  éclatés  non  classés 
ou  plutôt  peu  classés. 

Plus  bas,  en  (c),  la  roche  est  formée  d'un  agrégat  peu 
cohérent  de  fragments  de  craie  ayant  un  volume  de  quel- 
ques millimètres  cubes  seulement,  très  arrondis  dans 
toutes  les  parties,  même  dans  les  creux,  ne  pouvant  pas 
être  usés  mécaniquement  par  frottement.  Ces  petits  mor- 
ceaux de  craie  corrodés  par  les  eaux  sont  empâtés  dans 
un  limon  sec  de  même  nature  argilo-siliceuse  que  la 
couche  supérieure  (6). 

Les  silex  brisés  de  petit  volume  sont  assez  abondants 
et  présentent  encore  un  léger  classement  en  lits  un  pou 
inclinés  vers  le  thalweg. 

La  petite  coupe  ci-dessus  montre  donc  une  réduction 
de  toute  la  craie  à  silex  qui  préexistait  en  ce  point.  La 
direction  générale  de  la  vallée  sèche  a  été  donnée  par  un 
réseau  de  fractures  locales  de  la  craie,  et  l'abaissement 
progressif  du  thalweg  a  amené  l'inclinaison  des  couches 
des  matériaux  détritiques  accumulés  sur  les  lèvres.  Il  en 
est  résulté  les  alignements  de  plus  en  plus  inclinés  des 
lits  des  silex  et,  enfin,  l'ouverture  de  la  fissure  principale 
a  pu  être  acceotuée  par  le  léger  mouvement  de  bascule 
de  toute  la  lèvre  vers  le  centre  de  la  vallée. 

BOURSAULT. 


LA  GREFFE  ET  SES  APPLICATION 


Depuis  quelques  années,  les  questions  de  grefie,  qui 
avaient  été  trop  longtemps  délaissée.s,  ont  repris  dans  la 
science  et  la  culture  le  rang  qu'elles  n'auraient  jamais 
dû  perdre,  étant  donnés  leur  importance  pratique  et 
leur  intérêt  physiologique. 

Si  tout  le  monde  sait  aujourd'hui  que,  grâce  à  l'art  de 
la  greffe,  la  Vigne  française  peut  résister  au  Phylloxéra, 
on  connaît  beaucoup  moins  d'autres  résultats  intéres- 
sants, récemment  obtenus  en  France,  et  qui  sont  appe- 
lés, à  mon  avis,  à  révolutionner  quelque  peu  la  pratique 
agricole  et  horticole. 

Il  s'agit  de  la  création  de  variétés  nouvelles  par  la  greffe, 
en  profitant  des  variations  qu'elle  peut  produire  sur  les 
deux  associés,  autrement  dit  en  se  servant  de  l'influence 
réciproque  du  sujet  et  du  greffon. 

On  sait  que  les  anciens  agronomes  admettaient  pour 
la  plupart  la  réalité  de  cette  influence.  Ils  pensaient  avec 
raison  que  le  changement  dans  la  nutrition  des  deux 
plantes  ainsi  obligées  de  se  servir  d'appareils  assimila- 
teurs  et  absorbants  différents  se  répercutait  fortement 
sur  leur  économie  générale. 

Mais  tandis  que  les  plus  sages  considéraient  cette 
influence  comme  très  limitée  et  ne  s'exerçant  que  dans 
des  cas  particuliers,  les  autres  l'admettaient  sans  restric- 
tion aucune.  Ils  croyaient,  par  exemple,  qu'en  grefl'ant 
un  pommier  sur  un  mûrier,  on  récoltait  des  pommes 
couleur  de  sang,  qu'on  enlevant  la  moelle  de  la  vigne  et 
en  la  remplaçant  par  des  aromates,  des  couleurs  ou  des 
médicaments,  on  obtenait  des  raisins  ayant  l'odeur,  la 
couleur  ou  le  goût  des  substances  employées. 

Dans  ces  derniers  siècles,  une  réaction  très  vive  s'est 
faite  contre  un  pareil  engouement,  mais,  comme  toutes 
les  réactions,  elle  a  dépassé  le  but. 

Non  seulement  on  a  démoli,  avec  raison,  les  légendes 


ridicules  accumulées  par  les  amateurs  du  merveilleux, 
mais  on  est  allé  jusqu'à  prétendre  que  les  deux  plantes 
que  l'on  réunit  par  la  greffe  n'ont  aucune  influence  l'une 
sur  l'autre. 

Dans  ces  conditions,  la  greffe  devenait  l'unique  moyen 
de  conser'ver  une  création  ou  une  variation  accidentelle  avec 
l'intégrité  de  ses  caractères,  mais  elle  ne  pouvait  être  em- 
ployée pour  obtenir  de  nouvelles  variétés. 

C'est  d'ailleurs  l'avis  de  beaucoup  de  savants  et  de 
praticiens  actuels  qui  considèrent  leur  manière  de  voir 
comme  un  dogme  auquel  il  ne  faut  pas  toucher. 

Au  risque  de  m'attirer  toutes  leurs  foudres,  je  porterai 
la  main  sur  l'arche  sainte,  et  je  démontrerai,  à  l'aide  de 
documents  incontestables,  qu'un  pareil  dogme  ne  tient 
pas  debout,  même  théoriquement. 

On  sait,  en  effet,  depuis  longtemps,  que  la  culture 
dans  des  sols  variés  a  permis  d'obtenir  des  variétés  nou- 
velles, ce  qui  démontre  bien  l'influence  considérable  que 
la  nutrition  générale  peut  avoir  sur  les  caractères  exté- 
rieurs de  la  plante. 

Si  l'on  étudie  la  structure  des  plantes  venues  dans  des 
conditions  biologiques  différentes,  on  constate  entre  elles 
une  remarquable  différence  dans  le  développement  des 
divers  appareils. 

Bien  que  l'on  n'ait  pas  encore  recherché  si  ces  der- 
nières variations  se  transmettent  par  le  semis  comme 
les  premières,  on  peut  poser  eu  thèse  générale  que  la 
composition  du  sol  a  une  influence  marquée  sur  le  déve- 
loppement interne  et  externe  d'une  plante  donnée. 

Et  l'on  voudrait  que  cette  même  plante,  placée  sur  des 
sujets  où  porte-greffes  différents  qui  lui  donnent  une 
nourriture  beaucoup  plus  variée  encore ,  ne  subit  au- 
cune modification  dans  sa  structure  et  dans  la  nature 
de  ses  produits.  C'est  tout  bonnement  absurde. 

Un  grand  nombre  de  faits,  que  tout  le  monde  peut 
observer,  se  chargent  d'ailleurs  d'établir  nettement  l'in- 
fluence réciproque  du  sujet  et  du  greft'on,  en  dépit  de 
toutes  les  négations  des  adversaires  de  cette  influence. 

La  plupart  de  ces  faits  concernent  la  greffe  des 
plantes  herbacées,  mais  on  peut  aussi  en  observer  d'ana- 
logues sur  les  plantes  ligneuses. 

Pour  la  commodité  de  l'étude,  on  peut  les  classer  en 
faits  d'influence  directe  et  en  faits  d'influence  indirecte. 

Dans  la  première  catégorie  rentrent  les  variations 
produites  sur  les  plantes  greffées  elles-mêmes  :  augmen- 
tation ou  diminution  de  vigueur,  changements  de  saveur 
des  parties  comestibles,  variations  dans  la  résistance  au 
milieu  extérieur,  modifications  dans  la  forme  extérieure 
ou  la  structure,  etc. 

Dans  la  seconde,  il  faut  ranger  les  modifications  qui 
ne  sont  pas  directement  sensibles  sur  les  plantes  gref- 
fées, mais  qui  apparaissent  à  la  suite  de  la  reproduction 
par  voie  agame  et  surtout  par  voie  sexuelle. 

Ces  diverses  variations,  jusqu'ici  négligées  ou  incon- 
nues, ont  une  importance  considérable  au  point  de  vue 
biologique  et  au  point  de  vue  horticole. 

La  transmission  par  graine  de  certains  caractères  du 
sujet  au  greffon,  dûment  constatée,  a  une  portée  biolo- 
gique qu'on  ne  saurait  lui  contester.  Elle  touche  en 
effet  aux  questions  si  controversées  de  la  variabilité  et 
de  l'héréditô  des  caractères  acquis. 

Contrairement  aux  idées  de  Weismann,  le  célèbre 
auteur  de  la  Théorie  des  Déterminants,  les  faits  d'in- 
fluence indirecte  sont  une  preuve  irréfutable  de  l'action 
du  Soma  sur  les  éléments  reproducteurs. 


LE     NATURALISTE 


103 


L'agriculture  et  l'horliculture  peuvent  en  tirer  parti 
pour  la  création  do  variétés  nouvelles  et  faire  ac(iuérir 
à  une  plante  sauvaye  ou  à  une  plante  alimentaire  telle 
qualité  qui  lui  manque  comme  saveur,  comme  forme"  ou 
comme  résistance  au  froid,  etc.,  en  la  greffant  sur  une 
plante  possédant  ces  qualités. 

Deux  méthodes  difl'érentes  pourront  être  employées 
jiour  arriver  à  ce  résultat,  suivant  que  la  plante  se  mul- 
tipliera exclusivement  par  voie  agame  comme  le  topi- 
nambour, ou  par  graines  comme  le  chou.  L'une  et 
l'autre  de  ces  méthodes  pourront  servir  d'ailleurs  quand 
il  s'agira  de  plantes  qui,  sous  notre  climat,  se  repro- 
duisent à  la  fois  par  voie  aganie  et  par  graines,  comme 
la  pomme  de  terre. 

Dans  le  jireinier  cas,  il  sullira  de  greft'er  deux  variétés 
différentes  pour  avoir  des  chances  d'obtenir  des  tuber- 
cules mixtes  qui,  s'ils  sont  préservés  des  variations  ulté- 
rieures, reproduiront  indéfiniment  les  caractères  qu'on 
leur  aura  fait  acquérir  par  la  greffe. 

Dans  le  second  cas,  on  profitera  des  faits  d'influence 
directe  qui  dénotent  en  général  une  influence  indirecte 
plus  marquée  (ou  s'il  n'y  a  pas  d'influence  directe,  on 
gretïera  (juand  même),  et  souvent  les  plantes  provenant 
du  semis  des  graines  du  greffon  donneront  naissance  à 
des  sortes  d'hybrides  qui  seront  intermédiaires  entre  le 
sujet  et  le  ga"efl'on. 

Cette  hybridation  par  la  grelïe  sera  suivie  d'une  sélec- 
tion comme  dans  l'hybridation  sexuelle,  et  les  varia- 
tions finiront  ainsi  par  se  fixer  au  gré  du  chercheur. 

Je  suis  convaincu  que  ces  questions  nouvelles  inté- 
resseront plus  d'un  lecteur  du  Naturaliste  qui  se  livrera 
par  la  suite  à  des  recherches  du  même  genre.  C'est  à  ce 
titre  que,  dans  d'autres  articles,  j'essaierai  de  les  initier 
à  la  méthode  nouvelle  et  aux  résultats  féconds  qu'elle 
peut  produire. 

L.  Daniel, 

Docteur  os  sciences,  Professeur  au  lycée  de  ftennes 


LES   ECREVISSES 

REPRODUCTION,    ÉLEVAGE 

HEl'Iill'LEME.XT  DES    COURS    IPEAU    E.\    ÉCltEYISSES 
AD  .VOIS  D- AVRIL. 


Voici  l'époque  de  l'année  la  plus  favorable  lorsqu'on 
veut  peupler  d'écrevisses  des  cours  d'eau,  et  la  produc- 
tion de  ces  crustacés  a  une  imiiortance  telle  que  nous  ne 
saurions  la  passer  sous  silence. 

L'Ecrevisse  appartient,  comme  on  le  sait,  à  la  famille 
des  décapodes.  Nous  en  possédons  en  France  deux 
variétés  :  X'Ètrevme  à  pattes  rouycs  et  VÉcrevisse  à  pattes 
blanches.  Les  unes  vivent  à  la  surface  des  eaux  froides  ; 
les  autres,  tant  recherchées  pour  leur  taille  et  la  délica- 
tesse de  leur  chair,  vivent  dans  les  eaux  profondes  et 
tièdes. 

Les  femelles  commencent  dès  la  fin  d'octobre  à  se 
mettre  en  quête  d'un  abri.  Elles  creusent  le  long  de  la 
rive  des  trous  presque  modelés  sur  leur  propre  corps. 
Pour  arriver  à  ce  résultat,  elles  commencent  par  détacher, 
à  l'aide  de,  leurs  jiattes  ambulatoires,  quelques  parcelles 
de  terre.  Elles  minent  ainsi  le  sol  à  un  ou  deux  centi- 
mètres de  profondeur  ;  puis,  introduisant  dans  cette  cavité 


les  lamelles  de  leurs  nageoires  caudales,  elles  leur  im- 
priment un  mouvement  de  rotation.  Prenant  en  même 
temps  leurs  pinces  comme  point  d'ajipui,  elles  réussissent 
à  se  glisser  comiilètoment  dans  cette  sorte  de  trou  de 
mine,  où  elles  sont  à  l'abri  de  tout  danger,  l'ouverture 
unique  de  leur  cachette  étant  défendue  par  leurs  pinces. 

Les  mâles,  eux,  après  avoir  erré  jusqu'à  l'hiver,  se 
réfugient  dans  des  trous  les  uns  après  les  autres.  A 
l'époque  de  la  jionte  seulement,  la  femelle  sort  de  son 
trou.  Alors  commence  la  sortie  des  œufs,  qui,  grâce  à 
une  matière  visqueuse  sécrétée  par  des  glandes  spéciales, 
viennent  se  fixer  aux  fausses  pattes.  La  ponte  dure  trois 
àquatre  jours.  L'éclosion  ne  se  produit  que  vers  le  ISmai, 
c'est-à-dire  six  mois  après  la  ponte.  Celle-ci  est  de 
•2o0  œufs,  sur  lesquels  on  en  voit  éclore  100  au  plus. 

L'Ecrevisse  mue  huit  fois  la  première  année,  sept  fois 
la  seconde.  L'Ecrevisse  adulte  ne  mue  qu'une  fois  par 
an.  Vers  deux  ans  elle  pèse  4  grammes.  A  25  ans,  elle 
en  pèse  de  100  à  135.  L'Ecrevisse  nouvellement  née  est 
de  teinte  grisâtre  et  mesure  environ  un  centimètre  et 
demi  de  longueur.  Leur  croissance  est  extrêmement 
lente. 

Lorsiju'on  veut  élever  des  Ecrevisses,  il  faut  leur  fournir 
une  profondeur  d'eau  de  ^"',oO  à  2";  cette  eau  doit  être 
chargée  de  carbonate  de  chaux,  pour  permettre  à  la 
carapace  de  l'animal  de  se  développer  normalement.  A 
l'époque  de  la  mue,  on  a  souvent  trouvé  dans  l'estomac 
de  ces  crustacés  des  concrétions  calcaires,  employées 
autrefois  en  médecine  sous  le  nom  d'Yeux  d'Écrevisses. 

Lorsqu'on  les  place  dans  des  étangs,  il  est  bon  de  leur 
aménager,  à  l'ombre,  quelques  îlots  factices,  pour  éviter 
la  détérioration  des  berges. 

Lorsqu'on  veut  peupler  des  cours  d'eau,  il  faut  se  pro- 
curer des  animaux  de  5  à  7  ans  seulement  (poids  :  23  à 
30  gr.),  pour  qu'elles  ne  se  sauvent  pas,  et  les  y  introduire 
au  commencement  d'avril.  Il  faut  compter  en  moyenne 
40  mâles  pour  00  femelles.  Si  la  proportion  de  ces  der- 
nières était  plus  considérable,  les  mâles  les  mangeraient. 
Lorsque  les  Ecrevisses  ont  séjourné  longtemps  hors  de 
l'eau,  il  ne  faut  pas  les  y  rejeter  brusquement,  à  cause 
des  accidents  provenant  de  la  brusque  irruption  de  l'eau 
sous  la  carapace.  On  les  dispose  alors  sur  des  claies 
flottantes  et,  en  cas  de  soleil,  on  les  couvre  avec  des 
branchages. 

Les  Ecrevisses  sont  omnivores,  et  se  nourrissent  par- 
ticulièrement de  mollusques  et  de  vers.  Pour  les  con- 
server dans  des  bassins,  il  est  bon  de  leur  donner  de  la 
viande  fraîche. 

Leur  élevage  artificiel  est  très  difficile,  extrêmement 
long  et  donne  de  fort  médiocres  résultats. 

Jlalheureusement,  une  maladie  sur  les  causes  et  la 
nature  de  laquelle  une  multitude  d'hypothèses  ont  été 
émises,  mais  sur  laquelle  on  ne  sait  rien  de  précis,  a 
sévi  depuis  quelques  années  sur  les  ecrevisses,  d'une 
façon  si  terrible  qu'on  en  a  parfois  vu  périr  de  grandes 
masses  subitement.  Tout  ce  qu'on  peut  dire  avec  certi- 
tude sur  cette  maladie,  qui,  apparue  en  1878  sur  les 
bords  de  l'Ill,  a  envahi  en  1881  le  bassin  de  la  Seine  et 
s'est  depuis  étendue  jusque  dans  le  Midi,  c'est  qu'elle  se 
développe  toujours  d'aval  en  amont  et  se  laisse  arrêter 
par  les  barrages. 

On  a  tenté  récemment  d'acclimater  dans  nos  eaux  une 
Écrevisse  venant  de  Russie,  mais,  jusqu'ici,  aucun  ré- 
sultat concluant  n'a  encore  été  obtenu. 

Paul  Jacob. 


104 


LE     NATURALISTE 


lYlŒURS  ET  mÉTAMORPHOSES 

De    l'ANTHOUNUS  A  M  ICTUS,    Erichson 

Coléoptèfe  de  la  famille  des  Malac/iides 


Larve.  Longueur  3  millimolres;  largeur  0  millimètre  3   à   8. 

Corps  allongé,  rouge  vif,  chagriné,  couvert  de  courtes  soies, 
convexe  en  dessus,  arrondi  en  avant,  bifide  en  arrière. 

Tête  petite,  déprimée,  éparsement  ciliée,  avec  ligne  mé- 
diane blanchâtre  bifurquée  ;  épistome  transverse,  flavescent  ; 
labre  court,  cilié;  mandibules  larges,  à  base  rouge'itre,  à 
extrémité  noiritre;  mâchoires  droites,  lobe  frangé  de  courtes 
soies,  palpes  maxillaires  de  trois  articles,  arqués  en  dedans, 
menton  allongé,  encastré  entre  les  deux  montants  maxillaires, 
lèvre  inférieure  bilobée  avec  palpes  labiaux  très  courts  et  co- 
niques; antennes  très  allongées  à  article  terminal  accolé  à  un 
article  supplémentaire  presque  aussi  long  que  lui;  ocelles  au 
nombre  de  quatre  disposés  en  deux  rangées. 

Segments  Ihoraciques  quadrangulaires,  chagrinés,  couverts 
d'un  léger  duvet,  au  nombre  de  trois,  le  premier  large,  blanc 
rougeitre,  le  deuxième  long,  d'un  rouge  vif,  incisé  à  son 
bord  postérieur,  le  troisième  allongé,  incisé  en  arc  ouvert  à 
son  bord  antérieur,  de  la  même  couleur  que  le  précédent. 

Seipnents  atidominaux  au  nombre  de  neuf,  d'un  rouge  vif, 
couverts  d'un  duvet  soyeux,  les  huit  premiers  courts,  trans- 
verses, avec  fovéole  latérale  ;  le  neuvième  rougeâtre  à  extré- 
mité terminée  par  deux  pointes  droites,  coniques  et  ciliées;  le 
dessous  de  ces  segments  est  couvert  de  quelques  longs  cils, 
le  mamelon  aval  est  prolongé  par  un  pseudopode  dont  la 
fente  est  transverse. 

Pattes  longues,  de  couleur  testacée  paie,  de  cinq  pièces  ter- 
minées par  un  court  onglet  brunâtre. 

Stigmates  petits,  orbiculaires,  roux  à  péritrème  clair,  la 
première  paire  près  du  bord  antérieur  du  deuxième  segment 
thoracique,  les  autres  aux  huit  premiers  segments  abdomi- 
naux. 

La  taille,  la  forme,  la  couleur  rouge  vif  du  corps  sont  des 
traits  particuliers  à  cette  larve  qui,  issue  d'une  génération 
pondue  en  juillet  et  août,  vit  dans  l'amas  des  feuilles  acicu- 
laires  de  pin  ou  de  sapin  accumulées  contre  le  bas  du  tronc 
des  conifères,  dans  ce  milieu  souvent  infesté  de  végétations 
cryptogamiques  où  grouillent  des  légions  d'animalcules,  po- 
dures,  podurelles,  acariens  et  où  aussi  s'introduisent  des  my- 
riapodes et  des  jeunes  mollusques  :  c'est  dans  cet  intérieur  dé- 
daigné par  les  entomologistes  que  vivent  des  espèces  de 
Coléoptères  réputés  rares,  tels  que  Ei/conus  Schiirdtei  et 
slricticiis,  Cephenium  Sicaense,  Mynnedonia  humeralis,  Otio- 
ry7ic/ius  miiscorum,  et  cependant  en  réalité  toutes  ces  espèces 
sont  abondantes;  l'existence  de  notre  larve  se  prolonge  tant 
que  dure  la  belle  saison;  aux  approches  de  l'hiver  elle  prend 
position  dans  un  léger  réduit,  le  coin  d'une  écorce,  l'intérieur 
d'une  brindille,  d'un  cône  de  pin;  au  retour  du  beau  temps, 
elle  reprend  sa  vie  un  instant  interrompue  et  la  mène  avec  la 
plus  grande  activité  jusqu'aux  derniers  jours  de  mai,  époque 
il  laquelle,  soucieuse  du  sort  qui  l'attend,  elle  tisse  entre  deux 
feuilles  un  léger  couvert  et,  après  quelques  jours  de  transition, 
elle  subit  sa  transmutation  en  la  forme  suivante  ; 

Nymphe.  Longueur  ?•  millimètres;  largeur  1  millimètre  en- 
viron. 

Corps  allongé,  oblong,  rouge  carmin,  à  extrémités  plus 
claires,  couvert  de  cils  brunâtres,  convexe  en  dessus,  déprimé 
en  dessous,  à  région  antérieure  arrondie,  la  postérieure  atté- 
nuée et  bifide. 

Tête  déclive,  ciliée,  front  saillant,  avec  double  impression 
entre  les  deux  yeux;  premier  segment  thoracique  grand,  cilié 
à  bords  relevés,  deuxième  court,  à  milieu  incisé,  troisième  un 
peu  plus  grand  à  milieu  sillonné;  segments  abdominaux  peu 
convexes,  s'atténuant  vers  l'extrémité  postérieure,  les  sept 
premiers  incisés  et  ciliés,  à  flancs  dilatés,  huitième  allongé, 
neuvième  terminé  par  deux  courtes  épines  brunâtres  diver- 
gentes; genoux  en  saillie  uniciliée  ;  antennes  arquées,  con- 
tournant par  leur  milieu  les  cuisses  des  deux  premières  paires 
de  pattes. 

La  nymphe  dans  sa  loge  repose  sur  la  région  dorsale,  au 
moindre  déplacement,  au  moindre  sujet  de  crainte,  elle  im- 
prime à  ses  segments  abdominaux  de  légers  mouvements  la- 
téraux; c'est  le  système  défensif  dont    l'a  pourvue  la  nature. 

La  phase  nymphale  d'une  durée  de  quinze  à  vingt  jours  est 


suivie  de  quelques  jours  encore  nécessaires  au  nouveau-né 
pour  se  remettre  du  profond  travail  d'élaboration  qui  s'est 
produit  en  lui  ;  ce  temps  écoulé,  vienne  une  lueur  de  soleil, 
il  abandonnera  aussitôt  son  berceau  pour  s'élancer  dans  l'es- 
pace. 

Adulte.  Miilsant  dans  ses  Vésiculifères,  1867,  p.  169,  en  a 
donné  la  description  :  c'est  à  1400  mètres  d'altitude,  sur  le 
revers  oriental  du  Canigov.  aux  alentours  de  la  maison  fores- 
tière de  Belage,  qu'aux  premiers  rayons  de  l'astre  solaire  on  le 
voit  surgir  du  dessous  des  feuilles  ou  du  calice  des  fleurs;  son 
vol,  quoique  assez  soutenu,  est  bas  et  de  courte  durée,  aussi 
peut-on  s'en  emparer  avec  la  pli'S  grande  facilité  ;  c'est  de 
mai  à  juillet  qu'il  est  assez  abondant  dans  le  domaine  qu'il 
habite. 

Capitaine  Xambeu. 


LES    XJTFMCXJLAIPIES 


On  a  depuis  longtemps  signalé,  au  nombre  des  plantes 
insectivores  les  plus  intéressantes  et  les  plus  remarquables, 
les  Utriculaires.  Ces  singuliers  végétaux  tirent  leur  nom  de 
la  curieuse  conformation  de  leurs  feuilles.  Ces  organes,  des 
plus  ténus,  découpés  en  lanières  fines,  présentent,  à  l'aisselle 
de  leurs  divisions,  de  petites  outres  ou  vtrictites.  Ces  ulricules 
sont  destinés  à  soutenir  la  plante  au  milieu  de  l'eau  et  à  lui 
permettre  d'opérer  sa  fécondation.  Quand  la  fécondation  a  eu 
lieu,  les  ulricules  jusque-là  gorgés  d'air,  se  remplissent  d'eau, 
et  la  plante  tombe  au  fond.  Des  bourgeons  terminaux,  formés 
avant  l'hiver,  séjournent  au  fond  de  l'eau  et  multiplient 
YUtriculaire.  Les  fleurs  sont  jaunes,  disposées  en  grappe  et 
aériennes.  Il  est  bon  de  noter  le  fait  suivant,  signalé  par 
M.  Van  Tieghem  :  c'est  que  les  parties  immergées  et  celles 
qui  sont  situées  au-dessus  de  l'eau  ont  une  structure  anato- 
mique  toute  différente.  Dans  les  premières,  on  trouve  la  com- 
position rudimentaire  des  organes  aquatiques,  tandis  que, 
dans  les  secondes,  la  structure,  beaucoup  plus  développée, 
rappelle  de  tous  points  celle  des  végétaux  ordinaires. 

La  description  suivante  permettra  de  reconnaître  l'Utricu- 
laire  commune,   VUtricularia   vulgaris     :  feuilles    étalées    en  i 

tous  sens,  pourvues    de  vésicules   en   grand  nombre,  pennati-  I 

séquées    et   divisées  deux  à   trois   fois  en  lanières  capillaires,  ] 

denticulées-spinescentes;    lige   florifère,  haute  de  2   à  3  déci-  I 

mètres,  portant  de  trois  à  dix  fleurs;  corolle  grande,  d'un 
beau  jaune,  à  palais  très  saillant  et  fermant  la  gorge  marquée 
de  stries  orangées,  à  lèvre  supérieure  entière  de  même  lon- 
gueur que  le  palais,  à  lèvre  inférieure  plus  grande  à  bords 
réfléchis.  Dans  une  espèce  voisine,  VUtricularia  minor,  la 
fleur  est  beaucoup  plus  petite  et  jaune  pâle.  Mais,  dans  l'une 
comme  dans  l'autre  plante,  les  feuilles  ne  présentent  qu'une 
même  forme;  dans  VUtricularia  intermedia,  espèce  que  l'on 
rencontre  beaucoup  plus  rarement,  les  feuilles  sont  de  deux 
formes  :  les  unes  no  portent  pas  d'uliicules,  tandis  que  les 
autres,  de  composition  beaucoup  plus  simple,  sont  pourvues 
de  petites  outres,  plus  grosses  que  dans  les  espèces  voi- 
sines. 

Le  mode  de  végétation  des  Utriculaires  suffirait  pour  expli- 
quer la  présence  des  ulricules;  mais  on  a  fait  observer  que 
l'on  trouve    fréquemment  des   insectes    emprisonnés  dans  les  J 

vésicules,    et  on   a    émis  l'opinion  que  la  plante  en  tire  profit  ^ 

pour  sa  nourriture.  'Voyons  donc  de  près  quelle  est  la  struc- 
ture do  ces  vésicules  :  elles  sont  supportées  par  un  pédicule 
court  et,  arrivées  à  leur  complet  développement,  elles  peuvent 
atteindre  de  2  à  4  millimètres  de  longueur.  Elles  sont  trans- 
lucides, verdâtres  et  toujours  un  peu  comprimées,  quoiqu'elles 
puissent  varier  d'épaisseur,  suivant  la  quantité  d'eau  ou  d'air 
qu'elles  contiennent.  L'extrémité  libre  est  pourvue  de  deux 
longs  appendices  multicellulaires,  que  l'on  peut  appeler  flîi- 
tennes.  Au-dessous  de  ces  ajiten7ies  se  trouvent  l'entrée  de  la 
vésicule  et  la  valve,  de  chaque  côté  desquelles  sont  placés 
trois  à  sept  poils  longs  et  pointus.  L'ensemble  de  ces  antennes 
et  de  ces  poils  forme  une  sorte  d'entonnoir  qui  entoure  l'en- 
trée de  la  vésicule. 

La  valve  de  la  vésicule  est  disposée  de  bas  en  haut;  elle  est 
incolore,  flexible  et  tout  à  fait  transparente.  Sa  surface  est 
parsemée  de  glandes  de  plusieurs  sortes,  qui,  d'après  Darwin, 
auraient  la  faculté  d'absorber.  Elle  porte  également  deux 
paires  de  piquants  pointus  et  transparents,  aussi  longs 
qu'elle. 


LE     NATURALISTE 


■  lOo 


Quelle  est  la  conformation  intérieure  de  la  vésicule?  toute 
la  surface,  à  l'eicoption  de  la  valve,  est  recouverte  de  pro- 
cessus à  quatre  bras  divergents.  Deux  do  ces  bras  sont  plus 
longs  sans  être  forcément  égaus  et  tournés  vers  l'intérieur; 
les  doux  autres,  beaucoup  plus  courts,  sont  presque  horizon- 
taux et  se  dirigent  vers  l'extrémité  antérieure.  L'un  et  l'autre, 
d'ailleurs,  sont  à  peine  pointus  et  peuvent  se  courber  et  se 
ployer  dans  toutes  les  directions,  sans  élrc  exposés  à  se 
briser.  Les  processus  du  col  des  vésicules  sont  identiques, 
mais  ne  possèdent  que  deux  bras  au  lieu  de  quatre. 

Quelle  est  la  fonction  de  ces  difl'érentes  parties?  Pour 
Darwin,  il  ne  saurait  subsister  aucun  doute;  elle  consiste  i 
capturer  de  petits  animaux  aquatiques,  l'resque  toujours,  les 
plantes  examinées  renferment  dans  leurs  vésicules  des  crus- 
tacés ou  des  larves  d'insectes.  On  y  rencontre  aussi  des  infu- 
soires   et    des  algues  vivantes  appartenant   à  de  nombreuses 


L'utriculaire  et  sa  vésicule. 

espèces.  Gohn  se  rendit  compte  de  la  pénétration  des  animal- 
cules dans  l'intérieur  des  vésicules  de  la  manière  suivante  :  il 
plaça  un  soir,  dans  de  l'eau  contenant  do  nombreux  crustacés, 
une  Utriculaire  qui  avait  végété  dans  de  l'eau  à  peu  près 
pure;  le  lendemain,  la  plupart  dos  vésicules  renfermaient  de 
petits  animaux,  qui  continuèrent  à  vivre  quelque  temps  et  ne 
moururent  d'asphyxie  qu'au  bout  de  plusieurs  jours. 

Pour   pénétrer,  les  animalcules  repoussent  à   l'intérieur  la 
valve,  dont  le  bord   postérieur,  très  élastique  se  referme  de 


suite.  On  conçoit  qu'il  doit  être  très  difficile  i  un  être  vivant 
de  s'échapper  de  la  prison  à  laquelle  il  s'est  laissé  prendre. 
La  fermeture  est  tellement  exacte,  l'adaptation  tellement  par- 
faite du  bord  de  la  valve  contre  le  col,  que  l'on  rencontre 
quelquefois  des  larves  prises  entre  ces  deux  organes,  dont  une 
moitié  se  trouve  dans  l'intérieur  do  la  vésicule,  tandis  que 
l'autre  est  encore  à  l'extérieur. 

La  sensibilité  des  valves  est  extraordinaire  et  permet  de 
comprendre  comment  dos  animaux,  aussi  petits  que  ceux  qui 
s'y  attaquent,  peuvent  les  faire  ployer.  En  plaçant  à  leur  sur- 
face des  parcelles  très  petites  do  verre  ou  de  bois  on  les  en- 
traîne instantanément,  et  les  objets  qui  ont  servi  à  l'expé- 
rience so  trouvent  emprisonnés. 

On  a  cherché  à  expliquer  la  cause  qui  pousse  les  animaux  à 
pénétrer  dans  les  vésicules  des  Utriculaires  :  on  a  prétendu 
que  les  larves  afl'ectionnaient  tout  particulièrement  les  longs 
poils  qui  entourent  les  valves.  Peut-être  aussi  les  petits  êtres 
aciuatiques,  attirés  par  la  transparence  remarquable  de  la 
valve  qui  joue  le  rôle  d'un  fanal,  cherchent-ils  des  aliments 
ou  un  abri.  Quelle  que  soit  d'ailleurs  la  cause  attractive,  il 
n'en  parait  pas  moins  évident  à  Darwin  que  les  processus  des 
vésicules  absorbent  des  matières  animales,  sans  qu'il  y  ait 
digestion  proprement  dite.  D'expériences  entreprises  par  l'il- 
lustre naturahste  anglais,  il  résulterait  que  ces  processus  ont 
la  faculté  d'absorber  le  carbonate  et  l'azotate  d'ammoniaque, 
l'infusion  de  viande  fraîche  ou  putride.  U  en  est  de  même 
pour  les  glandes  qui  existent  à  la  surface  des  valves  et  sur  le 
col.  Darwin  conclut  de  ses  observations  que,  «  quelle  que 
puisse  être  la  nature  du  contenu  des  diverses  espèces  de 
glandes,  après  qu'elles  ont  subi  l'action  de  l'eau  trouble  ou 
d'une  solution  azotée,  il  est  probable  que  les  matières  ainsi 
engendrées  constituent  un  avantage  pour  la  plante  et  finissent 
par  être  transportées  dans  d'autres  parties  ». 

Ce  que  nous  venons  de  dire  de  VVlricularia  vulgaris  s'ap- 
plique à  toutes  les  Utriculaires  aquatiques.  Dans  les  régions 
tropicales  croissent  d'autres  VLricularia,  qui  ne  ressemblent 
en  rien,  extérieurement  du  moins,  à  nos  espèces  européennes. 
Leurs  feuilles  ne  sont  point  linement  découpées;  leurs  Heurs 
sont  souvent  bleues,  violettes;  elles  habitent  les  crevasses  des 
rochers,  les  marais  tourbeux,  aussi  bien  que  les  cours  d'eaux. 
Ce  n'est  plus  sur  les  feuilles  qu'il  faut  chercher  les  vésicules, 
mais  sur  les  rhizomes  qui,  dans  VVlricularia  montana,  sont 
nombreux,  incolores,  aussi  fins  que  des  fils.  Les  antennes 
sont  longues  et  terminées  en  pointes  fines  et  recourbées,  mais 
non  armées  de  poils;  quant  aux  processus,  qui  existent  égale- 
ment sur  la  surface  interne  des  vésicules,  ils  sont  à  peu  prés 
de  même  taille  et  disposés  parallèlement  sur  deux  lignes.  Sans 
le  moindre  doute,  des  animalcules  pénètrent  dans  ces  vési- 
cules ;  mais  on  ne  saurait  dire  quelle  est  la  cause  qui  peut  les 
pousser  à  s'emprisonner,  la  disposition  des  antennes  et  du  col 
présentant  des  difiicultés  toutes  spéciales. 

Do  place  en  place,  on  rencontre  sur  ces  rhizomes,  et  quel- 
quefois en  grand  nombre,  des  tubercules.  L'observation  a 
montré  qu'ils  n'étaient  pas  destinés  à  l'alimentation  de  la 
planle,mais  qu'ils  servent  de  réservoirs  d'eau  pendant  la  saison 
sèche. 

h'Ulricularia  nelumhiifolia,  du  Brésil,  a  choisi  pour  se  dé- 
velopper un  habitat  tout  particulier.  Il  est  aquatique,  mais  ne 
croît  que  dans  l'eau  qui  se  dépose  au  fond  des  feuilles  des 
Tillaiulsiu.  Il  se  reproduit  de  graines  et  de  rejetons,  qui 
partent  de  la  base  de  la  tige,  se  dirigent  vers  le  Tillandsia  le 
plus  rapproché  et  s'y  implantent,  dès  qu'ils  sont  en  contact  avec 
l'eau  que  contiennent  les  feuilles.  Dans  cette  plante,  les  vési- 
cules ont  la  mtme  disposition  que  dans  l'espèce  précédente. 
On  a  récemment  signalé  une  nouvelle  espèce  brésilienne, 
VVlricularia  ianthina,  qui  vit  comme  VU.  iielumbiifolia  et  re- 
cherche certains  Vriesea. 

Dans  le  genre  voisin  Polypompliolyx,  les  vésicules  sont  dis- 
posées en  verticilles  au  sommet  des  tiges;  dans  les  Genlisea, 
la  vésicule,  qui  n'est  qu'une  dilatation  du  limbe  très  étroit  de 
la  feuille,  est  surmontée  d'un  col  très  long,  garni  dans  toute 
sa  longueur  de  poils  longs,  minces,  aigus,  à  base  bulbeuse, 
disposés  de  telle  façon  que  leur  pointe  va  toucher  la  tète  de 
la  rangée  inférieure.  La  surface  intérieure  du  col  ressemble 
donc  assez  exactement  à  un  papier  dans  lequel  on  a  piqué 
des  épingles.  Dès  que  les  animalcules  ont  pénétré  p.ar  l'orifice 
du  col,  et  surtout  dès  qu'ils  sont  arrivés  dans  le  col,  il  leur 
est  impossible  de  remonter,  les  poils  en  épingles  ayant  leur 
pointe  dirigée  de  haut  en  bas. 

P.  Hariot. 


106 


LE      NATURALISTE 


ESSAI  MONOGRAPHIQUE 


SUR 


les  Coléoptères  des  Genres  Pseudolucane  et  Lucane 

{Suite) 


Or,  si  l'on  considère  que  ce  L.  piger  se  trouve  précisé- 
ment n'être  autre  chose  que  le  L.  orientalis  (il  suffit,  pour 
s'en  convaincre,  d'en  lire  la  description  dans  le  mémoire 
de  Motschulsky,  sans  en  omettre  les  Loutades  de  cet 
auteur  contre  Kraatz),  on  conviendra  que  les  particularités 
invoquées  par  l'entomologiste  russe  pour  séparer  le 
L.  ibericus  du  L.  piger  (lisez  orientalis)  n'ont  pas  grande 
valeur  (1). 

La  diminution  de  taille  et  de  largeur  ne  signifie  abso- 
lument rien,  du  moment  où  la  forme  est  la  n.ême,  sur- 
tout lorsqu'il  s'agit  d'insectes  aussi  variables  que  le  sont 
les  Lucanes;  quant  à  la  présence  aux  mandibules  de  den- 
ticules  presque  égaux  et  plus  longs  qu'ils  ne  le  sont 
d'habitude,  elle  ne  justifie  en  aucune  façon  la  création 
d'une  espèce  à  part  et  n'a  rien  qui  doive  surprendre. 

Elle  ne  constitue  chez  le  L.  orientalis  qu'une  modifica- 
tion analogue  à  celle  que  nous  avons  eu  l'occasion  de 
faire  remarquer  chez  certains  exemplaires  de  moyenne 
et  de  petite  taille  du  L.  cervus  et  qui  se  retrouve  (avec  la 
fourche  terminale  remplacée  par  une  pointe  simple)  chez 
la  forme  Fabiani  du  L.  pentaphyllus  et  que  nous  verrons 
chez  la  forme  bidens  du  L.  tetrasdon. 

Il  est  possible,  comme  le  dit  Motschulsky,  que  cette 
forme  soit  plus  commune  qu'ailleurs  en  Géorgie,  mais 
rien  n'autorise  à  croire  qu'elle  ne  se  trouve  pas  dans  tous 
les  endroits  où  se  rencontre  le  L.  orientalis. 

En  tous  les  cas,  elle  se  rattache  au  type  par  des  indi- 
vidus formant  le  passage. 

C'est  ainsi,  pour  n''en  citer  qu'un  exemple,  que  je  pos- 
sède dans  ma  collection  un  peiit  L.  orientalis,  qui  parait 
correspondre  exactement  au  L.  ibericus,  parsa  forme  plus 
étroite,  par  la  conformation  de  ses  mandiiiules,  par  sa 
couleur  rougeâtre  et,  à  côté,  un  spécimen  à  peine  plus 
grand,  de  forme  identique,  chez  lequel  la  dent  médiane 
est  suivie  non  plus  d'une  seule  dent,  mais  de  deux  den- 
ticules  assez  longs  et  pour  ainsi  dire  accolés. 

Le  Luc.  orientalis  se  trouve  dans  la  Russie  méridio- 
nale, dans  la  Turquie  d'Asie,  en  Syrie  et  jusqu'en  Perse. 
Dans  leur  Kaukasischcn-Knferfauna,  Schneider  et  Leder 
le  signalent  comme  trouvé  pendant  le  mois  d'août  à 
Borshom  et  sur  le  Sarijal.  Sa  limite  extrême,  en  Europe, 
parait  être  Constantinople.  Encore  semble-t-il  y  être  rare. 
Le  D''  Kraatz  dit  n'en  avoir  vu  que  quatre  de  cette  pro- 
venance, dont  l'un  figurait  dans  la  collection  de  Reiche 
avec  l'annotation  :  «  Constantinople — de  Pcllet  »  et  les  trois 
autres  se  trouvaient  en  la  possession  de  de  Heyden,  à  qui 
ils  avaient  été  communiqués  par  Fehr.  Je  n'en  connais, 

(1)  Diagnose  du  L.  ibericus  :  «  Il  est  plus  petit  que  le 
«  L.  capreolus  auquel  il  ressemble  un  peu.  La  tête  est  moins 
«  large,  les  mandibules  plus  courtes  et  avec  quatre  dents  cha- 
«  cune.  La  massue  de  l'antenne  a  six  articles.  La  couleur  est 
a  d'un  brun  rougeâtre,  plus  clair  sur  les  mandibules.  Il  vient 
«  de  la  Géorgie.  » 

Le  nom  de  L.  ibericus  ne  signifie  nullement,  comme  le 
croient  certains  entomologistes,  que  cet  insecte  se  trouve  en 
Espagne.  Motschulsky  spécifie  bien  qu'il  se  trouve  en  Géorgie, 
laquelle  n'est  autre  qu'une  partie  de  l'ancienne  Ibérie. 


pour  ma  part,  qu'un  seul  exemplaire  que  nous  avons 
trouvé,  M.  Boileau  et  moi,  portant  l'annotation  :  Cons- 
tantinople—  dePellet,  dans  une  vieille  boîte  de  l'ancienne 
collection  Th.  DeyroUe  remplie  de  lucanes  européens  et 
particulièrement  de  Lucanus  orientalis  venant  probable- 
ment pour  la  majeure  partie  de  Trébizonde  :  car  l'étiquette 
collée  au  dos  de  cette  boite  portait  l'indication  :  Trébizonde, 
ville  où  cette  dernière  espèce  est  commune  et  où 
M.  Th.  Deyrolle  avait,  en  effet,  fait  un  voyage. 

Le  spécimen  dont  il  s'agit,  le  seul  qui  portât  une  indi- 
cation d'origine,  est  peut-être  le  même  que  celui  que 
Kraatz  dit  avoir  vu  dans  la  collection  de  Reiche.  En  tous 
cas,  son  faciès  est  sensiblement  différent  de  celui  que 
présente  habituellement  le  Luc.  orientalis. 

Les  mandibules  sont  plus  longues,  plus  grêles  et  surtout 
bien  moins  larges  à  la  base  qu'elles  ne  le  sont  d'habitude 
chez  les  spécimens  de  même  taille.  Le  labre  est  plus 
long,  plus  profondément  échancré  et  avec  ses  côtés  très 
grêles.  Enfin,  la  tête  et  le  corselet  sont  moins  amples  et 
les  élytres  plus  allongées. 

Ceci  à  part,  tous  les  caractères  sont  bien  de  l'espèce. 

Au  reste,  le  climat  a  évidemment  une  influence  sur  le 
L.  orientalis,  comme  il  en  a  une  sur  L.  cervus,  et  il  est 
à  présumer  qu'il  doit  donner  naissance  à  des  variétés 
assez  tranchées  se  reproduisant  d'une  façon  constante 
dans  les  mêmes  régions. 

Malheureusement,  une  grande  partie  des  contrées  où 
se  trouve  le  L.  orientalis  est  peu  explorée  et  les  collec- 
tions européennes  renferment  peu  de  matériaux  à  ce 
sujet  et  surtout  peu  d'indications  précises  de  lieu  et 
d'origine. 

Dans  l'état  actuel  de  nos  coimaissances,  il  convient  de 
signaler  le  L.  curtulus  de  Motschulsky,  certains  spéci- 
mens à  mandibules  terminées  en  pointe  simi>le,  le 
L.  macrophyllus  de  Reiche,  et  enfin,  le  L.  snbvelutinm  de 
Motschulsky,  qui  paraît  bien  constituer  une  forme  très 
particulière. 

Quant  auLuc.  intermedius  etau  Luc.  tencbi-osus  du  même 
auteur,  je  ne  les  citerai  que  pour  mémoire,  rien  dans  les 
descriptions  qu'en  donne  Motschulsky  ne  permettant  de 
savoir  quels  sont  les  insectes  que  l'auteur  a  eus  en   vue. 

Louis  PL.A.NET. 

{A  suivre.) 


Les  Triantes 

DANS  L'ANTIQUITÉ  : 
LÉGENDES,  POÉSIE,    HISTOIRE,   ETC.,   ETC 


Alt..  —  Les  Égyptiens  aimaient  l'ail,  en  faisaient  une 
grande  consommation  et  même  l'adoraient.  Hérodote 
mentionne  l'ail  au  nombre  des  provisions  fournies  aux 
ouvriers  qui  construisirent  la  pyramide  de  Chéops  :  «  On 
a  marqué,  dit-il,  en  caractères  égyptiens,  sur  la  pyra- 
mide, pour  combien  les  ouvriers  ont  consommé  d'aulx, 
d'oignons  et  de  persil;  autant  que  je  puis  m'en  souvenir, 
l'inscription  que  l'interprète  m'a  expliquée,  signifie  que  la 
somme  s'élève  à  seize  cents  talents  d'argent.  Si  ces 
choses  ont  autant  coûté,  que  n'a-t-on  pas  dépensé  en  ou- 
tils de  fer,  en  vivres  et  en  vêtements,  durant  le  temps 
employé  à  bâtir?  etc.  »  {Histoire,  liv.  II,  ch.  cxxv.) 


LE     NATURALISTE 


107 


Aussi,  après  leur  sortie  d'Egypte,  les  Hébreux,  ne  man- 
geant plus  que  de  la  manne,  sorte  de  liclien  voyageur,  se 
plaignirent  vivement  : 

Nombres,  ch.  XI,  v.  S  :  «  Il  nous  souvient  des  poissons 
que  nous  mangions  en  Egypte,  sans  qu'il  nous  en  coûtât 
rien,  des  concombres,  des  melons,  des  poireaux,  des 
oiirnons  et  des  aulx.  » 

Homère  faisait  le  plus  grand  cas  de  l'ail  et  il  l'admet  à 
la  table  des  Dieux;  ce  sont  les  Dieux  ([ui  lui  ont  donné 
son  nom  de  Môly  : 

Odyttsile,  chant  X,  v.  304  et  suiv.  : 

■PiÇr)  (isv   [j.É\av  Ëaxs,  l'âXaxTi  Se,  si'xeXov  i'vOo;  • 
M(ôX\j  31  |xiv  xaléû'jffi  Oeoî  '  ^(aXsTtov  Si  T'opOuasiv 
'Avopâii  ye  6vriToï(ji  •  ôeoî  Se  te  navra  S'jvavTai. 

«  Cette  plante  était  noire  par  sa  racine,  mais  sa  fleur 
avait  la  blancheur  du  lait;  les  Dieux  la  nomment  Moly  ; 
sans  doute  il  est  difficile  aux  hommes  de  l'arracher,  mais 
tout  est  possible  aux  Immortels.  » 

Dans  V Anthologie  grecque  (livre  XV,  épig.  xii),  nous 
lisons  ce  distique  d'un  anonyme  : 

«  Tout  ce  que  je  désire,  c'est  de  recevoir  de  la  main 
d'un  Dieu  le  Mo/i/,  cette  plante  amie  de  l'âme,  qui  protège 
contre  les  desseins  funestes.  » 

De  son  coté,  Ovide  dit  {Métamorphoses,  livre  XIV, 
V.  291) : 

Pacifer  huic  dederat  florcm  Cyllenius  album; 
Afoly  vocant  Superi  ;  nigrâ  radice  tenetur. 

«  Le  Dieu  qui  porte  la  paix  (caducée)  lui  avait  donné  la 
plante  à  fleur  blanche  et  à  racine  noire  que  les  Dieux 
appellent  Moly  ». 

Dans  la  Flore  agenaise,  page  134,  le  botaniste  Saint- 
Amans  s'exprime  de  la  manière  suivante  à  propos  de  ce 
i!/o/i/ d'Homère,  c'est-à-dire  de  V allium  magicum :  a Ho- 
mère parle  de  cette  espèce  d'ail  dans  V Odyssée,  livre  X;  il 
lui  donne  une  racine  qu^l  était  difficile  aux  moi-tels  d'ar- 
racher. Ouest  toujours  surpris  de  l'instruction  d'Homère. 
En  effet,  les  restes  de  l'ancienne  bulbe,  dans  notre  va- 
riété du  moins,  prennent  une  couleur  noirâtre  très  remar- 
quable, et  lorsqu'elle  a  végété  quelques  années  dans  le 
même  sol,  sa  bulbe  se  trouve  à  une  telle  profondeur  qu'il 
faut  fouiller  très  avant,  très  péniblement  la  terre,  pour 
l'enlever.  » 

«  Théophraste  mentionne  aussi  le  Uoly  au  livre  IX, 
ch.  XV  de  son  Histoire  des  Plantes;  et,  comme  Mercure, 
dans  Homère,  le  donne  à  Ulysse  pour  se  préserver  des 
charmes  de  Circé,  il  le  recommande  sérieusement  comme 
un  très  bon  spécifique  contre  les  sortilèges  des  magi- 
ciens. » 

Dans  ses  Problèmes,  section  I,  Questions  médicales, 
§  48,  Aristote  demande  :  «  Pourquoi  les  graines  et  les 
plantes  odorantes  sont-elles  diurétiques?  »  —  Et  il  répond  : 
«  N'est-ce  pas  parce  qu'elles  sont  chaudes  et  de  facile 
digestion?  Or,  les  substances  qui  sont  dans  ce  cas  pro- 
voquent l'urine.  La  chaleur  qu'elles  renferment  allège  le 
corps,  et  l'odeur  n'a  rien  de  corporel.  Les  choses  odo- 
rantes, comme  Vail,  sont  diurétiques  à  cause  de  leur  cha- 
leur; mais  cependant  elles  sont  encore  plus  fondantes. 
Les  graines  odorantes  sont  chaudes  aussi.  » 

Section  XIII.  —  Des  mauvaises  odeurs,  §  G.  —  "  Pour- 
quoi, lorsqii'on  a  mangé  de  l'ail,  l'urine  contracte-t-elle  de 
l'odeur,  tandis  que  d'autres  aliments,  qui  ont  une  odeur 
aussi  forte,  ne  la  communiquent  pas  à  l'urine?  Est-ce,  ainsi 
que  le  disent  des  disci]iles  d'Heraclite,  parce  que  l'ail 
s'exhale  dans  le  corps  comme  il  s'exhale  dans  la  nature 


où  il  est  répandu  ;  qu'en  se  refroidissant  il  se  dépose,  pro- 
duisant ici  de  l'humideet  là  de  l'urine,  etquc  l'exhalaison 
qui  vient  de  la  nourriture,  en  sortant  des  matières  aux- 
quelles elle  est  mêlée,  produit  l'odeur?  Cette  odeur  vien- 
drait alors  du  changement  qui  se  produit,  etc.  etc.  » 

Et  voilà  évidemment  pourquoi  votre  fille  est  muette. 
On  peut  voir  des  raisonnements  aussi  péremptoires  aux 
sections  XX,  §§  16,  27,  30  ;  et  XXVII,  §  10. 

Les  matelots  grecs  et  les  romains  consommaient  de 
grandes  quantités  d'ail  ;  les  légionnaires  surtout;  d'où 
serait  venue  l'expression  proverbiale  latine  :  Allium  ne 
comedas!  pour  dire  :  n'allez  pas  à  l'armée  !  de  môme  que 
l'on  dit  chez  nous:  Quand  tu  mangeras  à  la  gamelle... 
pour  dire:  quand  lu  seras  troupier... 

Chez  les  juifs,  ce  condiment  est  prescrit  par  le  Talumd 
pour  l'assaisonnement  de  certaines  viandes,  et,  aujour- 
d'hui encore,  il  compte  parmi  lespréférencesdecepeuple, 
qui  a  gardé  précieusement,  comme  on  sait,  la  plupart  de 
ses  habitudes  primitives. 

Les  Espagnols,  comme  tous  les  gens  du  Midi,  en  con- 
somment aussi  beaucoup,  et  les  personnes  le  plus  haut 
placées,  les  personnages  de  la  cour,  ne  se  faisaient  pas 
faute  jadis  d'en  manger  avant  même  d'aller  chez  le  roi. 
Un  de  leurs  souverains,  Alphonse,  roi  de  Castille,  ne 
sachant  sans  doute  comment  s'y  prendre  pour  faire  pas- 
ser à  ses  gentilshommes  cette  déplorable  habitude,  fonda, 
en  1368,  un  ordre  de  chevalerie  auquel  il  donna  le  nom 
d'Ordre  de  la  Bande,  et  dont  les  membres  ne  devaient 
manger  ni  oignon,  ni  ail,  sous  peine  d'être  bannis  de  la 
cour  pendant  au  moins  un  mois... 

L'ordre  de  la  Bande  a  disparu,  et  le  goût  de  l'ail  est 
resté.  Chez  nous,  on  confectionne  dans  le  Midi,  et  depuis 
bien  longtemps,  des  soupes  à  l'ail  ;  elles  se  composent 
de  plusieurs  tètes  d'ail  bouillies  dans  l'eau;  on  ajoute 
ensuite  une  quantité  convenable  de  pain  et  plusieurs 
cueillerées  à  soupe  d'huile  d'olive  ou  de  noix  :  c'est  là 
une  façon  de  tuer  le  ver  qui  ne  serait  pas,  à  Paris,  du 
goût  de  tout  le  monde,  et  dont  j'ai  dû  m'accommoder 
jadis,  quand  j'étudiais  à  Montpellier. 

Lisez,  du  reste,  dans  DuCange  (Glossarium  ad  scriptores 
mediw  et  infimse  lalinitatis],  au  mot  Alli.\  bullita: 
«  Pulmenti  species  Tholosatibus  familiaris,  cum  alliis 
coctis,  sale,  pane  et  oleo  ;  patria  lingua:  aillado.  »  — Es- 
pèce de  bouillie  familière  aux  Toulousains,  faite  avec 
des  ails  cuits,  du  sel,  du  pain  et  de  l'huile;  en  langage 
du  pays  :  aillado.  »  —  On  fait  encore,  dans  le  Midi,  un 
condiment  appelé  aïoli,  qui  n'est  autre  chose  que  de  l'ail 
broyé  dans  l'huile  d'olive,  et  dont  Pline  parle  dans  son 
Histoire  naturelle,  livre  XX,  chap.  xxiil  :  «  Broyé  avec  de 
l'huile,  l'ail  produit  peu  à  peu  une  mousse  très  épaisse.  » 

Les  gourmets  anciens,  comme  d'ailleurs  ceux  de  nos 
jours,  n'ont  jamais  été  d'accord  sur  l'excellence  ou  la  no- 
cuitéde  l'ail-  Nous  avons  vu  Homère  le  louer:  Virgile  en 
fait  autant.  Dans  cette  fameuse  Eg/oguei/,  où  le  chaste  (?) 
poète  célèbre  la  passion  d'un  rustre  pour  un  de  ses  pa- 
reils, il  fait  dire  par  Corydon  à  Alexis  : 

Nunc  etiam  pecudes  umbras  et  frigora  captant  ; 
Niinc  virides  eliam  occultant  spineta  lacertos  : 
Tliestylis  et  rapide  fessis  messoribus  a?stu 
Allia  serpyllumque  herbas  contundit  olentes; 
At  mecum  raucis,  etc.,  etc. 

((  Voici  l'heure  où  les  troupeaux  eux-mêmes  cherchent 
l'ombre  et  la  fraîcheur  ;  où  le  vert  lézard  se  cache  dans 
les  buissons  ;  où  Thestylis  broie,  pour  les  moissonneurs 
épuisés  par  l'arde-ur  dévorante  du   soleil,  l'ail  et  le  ser- 


108 


LE     NATURALISTE 


polet   odoriférants  ;  et  moi,  pour  suivre  la  trace  de  tes 
pas,  etc.,  etc. 

Mais  Horace  ne  trouve  rien  de  bon  à  l'ail.  Lisez  son 
Epode  III: 

Parentis  olim  si  quis  impia  mauu 

Senile  guttur  fregerit, 
Edat  cicutis  allium  nocentius. 

0  dura  messorum  ilial 
Etc.,  etc. 

«  Si  jamais,  d'une  main  sacrilège,  un  homme  brisait 
le  vieux  gosier  de  son  père,  qu'on  lui  fasse  manger  de 
l'ail,  plus  mortel  que  la  ciguë.  O  dures  entrailles  des 
moissonneurs  !  Quel  est  le  poison  qui  me  déchire  ?  Le 
venin  de  la  vipère  a-t-il  assaisonné  cette  herbe  perfide  ? 
Est-ce  Canidie  qui  a  préparé  ce  mets  funeste?  Quand 
Médée,  éprise  de  Jason,  le  plus  beau  des  Argonautes, 
voulut  le  mettre  en  état  de  subjuguer  les  taureaux  jus- 
qu'alors indomptés,  ce  fut  d'ail  qu'elle  le  frotta.  Elle  en 
frotta  aussi  les  présents  mortels  qu'elle  fit  à  sa  rivale 
avant  de  s'enfuir  sur  ses  dragons  ailés.  Les  feux  de  la 
Canicule,  qui  dessèchent  la  Fouille  altérée,  n'ont  rien  de 
comparable,  ni  la  robe  brûlante  qui  dévora  le  laborieux 
Hercule  !  » 

Cette  princesse  des  Mille  et  une  nuits,  qui  fit  couper  les 
pouces  des  pieds  et  des  mains  à  un  beau  jeune  homme 
qu'elle  avait  préalablement  honoré  de  ses  faveurs,  et 
cela  sous  le  fallacieux  prétexte  qu'il  avait  mangé  de  l'ail 
avant  de  l'aborder,  devait  être  de  l'avis  d'Horace  (V.  His- 
toire des  trois  kalenders,  fils  de  rois,  dans  les  Mille  et 
une  Nuits). 

Ce  n'était  pas,  on  tout  cas,  l'avis  de  M.  le  comte  et 
poète  de  Marcellus  ;  nous  trouvons,  en  effet,  de  lui, 
dans  le  Nouvel  Almanach  des  Gourmands  (Paris,  1823, 
in-12),page  94,  une  odeà  Vail,  en  réponse  à  l'épode  contre 
l'ail  d'Horace. 

La  pièce  étant  assez  curieuse,  je  crois  devoir  la  don- 
ner ici,  ne  fût-ce  que  pour  établir  que  l'ail,  s'il  a  des  en- 
nemis, compte  aussi  des  amis. 

ODE  A  L'AIL 

PAS  M.    LE    COMTE   DE   MARCELLUS 

Pourquoi,  précieux  enfant  de  Flore  et  de  Pomone, 

Timide  enfant  de  nos  guérets, 
Gardes-tu  pour  les  bords  qu'embellit  la  Garonne 

Et  tes  parfums  et  tes  bienfaits? 

Il  est  vrai  qu'étranger  aux  rives  de  la  Seine, 

L'ail  est  en  horreur  à  Paris. 
L'ail,  dit-on,  des  Zéphyrs  empoisonne  l'haleine. 

L'ail  fait  fuir  les  Jeux  et  les  Ris... 

N'avez-vous  donc  jamais  de  nos  douces  retraites 

Visité  les  humbles  hameaux  ? 
N'avez-vous  jamais  vu  l'ail  animer  nos  fêtes, 

Et  nos  plaisirs  et  nos  travaux? 

Sa  piquante  saveur  dans  l'âme  des  convives 

Répand  une  aimable  gaité. 
Il  fait  fleurir  le  teint  des  nymphes  de  nos  rives, 

Il  plait  au  Dieu  de  la  santé. 

Le  monde  cependant  reconnaît  son  mérite, 

Mais  nul  n'y  parle  en  sa  faveur  : 
Ah!  souvent  la  vertu  méprisée  et  proscrite 

N'a  pu  trouver  de  défenseur  ! 

Va!  Paris  aveuglé  d'une  injuste  manie 

Te  rend  un  hommage  muet; 
Si,  par  respect  humain,  chacun  te  calomnie, 

On  t'estime,  on  t'aime  en  secret. 


Tu  sus  plus  d'une  fois  d'une  muse  gasconne 

Animer  les  tendres  concerts  : 
Apollon  te  protège,  et  l'élégant  Ausone 

T'a  du  peut-être  ses  beaux  vers... 

Horace  t'outragea,  mais  Virgile  te  loue. 

Et  t'égale  au  doux  serpolet  ; 
Et  ta  cham|5ètre  odeur  du  berger  de  Mantoue 

Sut  inspirer  le  flageolet. 

L'ail  est  l'ami  des  preux  et  l'effroi  des  rebelles 

L'ail  croit  à  l'omlire  des  lauriers  : 
La  rose  et  le  jasmin  sont  les  parfums  des  belles: 

L'ail  est  le  parfum  des  guerriers. 

Ce  parfum  généreux  charme  la  noble  terre 

Où  brille,  où  commande  Bordeaux  ; 

Délices  des  Gascons,  cher  au  Dieu  de  la  guerre. 
Son  suc  est  le  lait  des  héros. 

C'est  l'ail  qui  pénétra  d'un  courage  sublime 

Le  jeune  cœur  du  grand  Henry; 
Il  partagea  sa  gloire,  et  ce  roi  magnanime 

Dut  à  l'ail  la  palme  d'Ivry. 

On  vit  l'ail  présider  à  l'heureuse  naissance 

De  son  auguste  petit-fils; 
L'ail  aime  les  Bourbons  ;  l'ail  est  cher  à  la  France  : 

L'ail  est  le  compagnon  des  lis  (1). 

On  sait  que,  pendant  qu'Henry  IV  était  sur  le  point  de 
venir  au  monde,  son  père  Antoine  de  Bourbon  voulut 
que  sa  mère  chantât,  pendant  les  grandes  douleurs,  une 
chanson  béarnaise,  et  que,  aussitôt  son  arrivée  dans 
cette  vallée  de  misères,  il  lui  frotta  les  lèvres  avec  une 
gousse  d'ail  et  les  lui  humecta  avec  du  vin  de  Juran- 
çon. 

Continuons  maintenant  la  série  des  auteurs  anciens, 
et  voyons  ce  que  la  plupart  d'entre  eux  ont  dit  de  l'ail. 

Dans  son  Mostellaria  (le  Revenant),  acte  I,  scène  i, 
V.  38-41,  Plante  fait  dire  à  Tranion  : 

At  te  Jupiter 
Dique  omneis  perduint,  oboluisti  allium! 
Germana  inluvies,  rusticus,  hircus,  hara  suis, 
Canes  capro  conmista! 

«  Ah  !  que  Jupiter  et  tous  les  dieux  t'exterminent  :  tu 
pues  l'ail  !  Ordure  germaine,  rustre,  bouc,  toit  à  porc, 
métis  de  bélier  et  de  chien  !  » 

Dans  son  Pœnulus  (le  Carthaginois),  acte  V,  scène  v, 
V.  30  et  suiv.  : 

ANTHEMONinES 

Ligula,  i  in  malam  crucem  ! 
Tune  heic  amator  audes  esse,  hallei  viri  ? 
Aut  contrectare,  quod  mareis  homines  amant? 
Deglupta  maina,  Sarrapis  sementium, 
Mastruga,  aXç  àyopô;  â|ia  :  tum  autem  plenior 
Alli  ulpicique,  quam  Romani  rémiges! 

«  Ver  de  terre,  va  donc  te  faire  pendre  !  Tu  te  mêles 
ici  d'être  amoureux,  avorton  't  et  de  mettre  la  main  sur 
les  amours  des  guerriers?  sardine  pelée,  figure  de  Séra- 
pis  à  promener  pendant  les  semailles,  peau  de  bouquin, 
misérable  plus  bourré  d'ail  et  d'oignon  que  les  rameurs 
romains  !   » 

Juvénal,  dans  sa  satire  III,  sur  les  Emban'as  de  Rome, 
vers  293,  dit  : 

Unde  venis?  exclamât  :  cujus  aceto, 

Cujus  conche  tûmes?  quis  tecum  sectile  porrum 
Sutor,  et  elixi  vervecis  labra  comedit? 


D''où  viens-tu?  Où  t'es-tu  farci  de  fèves  et  de 


(1)  C'est  effectivement  une  liliacée;    le    poète  a   doublement 
raison. 


LE     NATURALISTE 


109 


vinaigre?  Quel  cordonnier  daif^iia  partager  avec  toi  ses 
poireaux  (1)  et  sa  tèto  ilc  mouton  bouillie  ?  » 

Satire  XV,  sur  la  Superstition,  vers  1  et  suivants  ; 

Quis  nescit,  Volusi  Bithynice,  qualia  démens 
/Egyptus  portenta  colat?...,  etc.,  etc. 

«  Qui  ignore,  Volusius,  à  quelles  monstrueuses  divi- 
nités l'Egyptien  insensé  adresse  ses  hommages  ?.. 

«  Les  uns  au  crocodile  adressent  leurs  prières; 

«  Les  autres  li  l'ibis  engraissé  de  vipères; 

«  Un  singe  à  longue  queue  en  or  brille  aux  autels, 

«  Sur  la  terre  où  Memnon  rend  des  sons  solennels, 

«  Où  Tlièbe  en  ses  débris  dort,  imposante  encore. 

«  Ici  c'est  un  poisson,  là  des  chats  qu'on  adore, 

((  En  d'autres  lieux  un  chien,  Diane  en  nul  canto"  •' 

«  C'est  un  crime  de  mordre  un  ail  ou  quelque  oignon'. 

Perse,  satire  V,  vers  188  et  suiv.  : 

«  'Vous  redoutez  et  les   ombres  des  morts   et  les 

malheurs  que  présage  un  œuf  cassé  ;  vous  allez  donc  aux 
grands  prêtres  de  Cybèle  ou  à  la  prêtresse  borgne  armée 
du  cistre  d'Isis;  et  ils  vous  font  voir  des  démons  qui 
entrent  dans  les  corps  et  les  gonflent,  si  l'on  n'a  la  pré- 
caution de  manger,  conformément  à  l'ordonnance,  trois 
fois  le  matin  une  tète  d'ail. 

Or,  comme  nous  le  verrons  tout  à  l'heure  dans  une 
citation  d'Athénée,  il  était  défendu  d'entrer  dans  le  temple 
de  Cybèle  si  l'on  avait  mangé  de  l'ail. 

Martial;  livre  XIII,  épigramme  xviii  {ail poireau)  : 

Fila  Tarentini  graviter  redolentia  porri 
Edisti  quotics,  oscula  clausa  dato. 

«  Les  fibres  du  poireau  de  Tarente  sentent  très  fort  : 
lorsque  tu  en  auras  mangé,  ne  donne  des  baisers  qu'à 
lèvres  closes.  » 

Livre  XIII,  épigramme  xxxiv  {les  gousses  d'ail)  : 

Quum  sit  anus  conjux,  et  sint  tibi  mortua  membra, 
Nil  aliud  bulbis  quam  satur  esse  potes. 

«  Avec  ta  femme  décrépite  et  tes  membres  glacés,  ces 
gousses  n'auront  d'autre  effet  que  de  t'emplir  le  ventre.  » 

Suétone,  Vie  de  Vespasien,  chap.  vin  :  « Ne  voulant 

laisser  échapper  aucune  occasion  de  rétablir  la  discipline, 
il  reprit  d'une  manière  très  sévère  un  jeune  homme  qui 
venait,  tout  parfumé,  le  remercier  d'une  préfecture  qu'il 
avait  obtenue.  Vespasien  ne  se  contenta  pas  de  témoigner 
son  mécontentement  par  un  geste  de  dégoût;  il  s'écria  : 
(I  J'aimerais  mieux  que  tu  sentisses  l'ail!  {maluissem  al- 
lium  oboluisses!),  et  il  révoqua  sa  nomination.  » 

Athénée,  Deipmosophistes,  livre  X,  ch.  v  :  « Stilpon 

ne  craignit  pas  les  suites  de  sa  sobriété,  lorsque,  après 
avoir  mangé  seulement  des  aulx,  il  alla  dormir  dans  le 
temple  de  la  mère  des  dieux,  car  il  était  défendu  d'y 
entrer  lorsqu'on  en  avait  mangé.  La  déesse  Cybèle  lui 
apparaissant  en  songe  et  lui  disant  :  «  Quoi,  Stilpon!  tu 
es  philosophe,  et  tu  transgresses  la  loi  1  »  il  lui  répondit 
en  dormant  :  «  Donne-moi  donc  à  manger,  toi,  et  je  ne 
serai  pas  obligé  de  me  nourrir  d'ail!  » 

Columelle  :  De  re  rusticâ,  lib.  VI,  cap.  l'V  (A  propos  des 
maladies  des  bœitfs)  : 

« Souvent  aussi  on  guérit  leur  langueur  et  leur 

dégotit  en  leur  introduisant,  à  jeun,  dans  le  gosier  un 
œuf  de  poule  entier  et  cru,  et  en  leur  versant,  le  len- 
demain, dans  les  naseaux  du  vin  dans  lequel  on  a  broyé 
des  têtes  d'ulpique  ou  des  gousses  d'ail.  »  —  Il  dit  aussi 
que  l'odeur  de  l'ail  est  funeste  aux  abeilles  :  « Ce  que 

(1)  Ail  et  poireau. 


doit  surtout  observer  le  gardien  qui  soigne  les  abeilles, 
c'est,  s'il  faut  qu'il  touche  aux  rayons,  de  s'abstenir  la 

veille  de (Castus  sit  ab  rébus  venereis),  de  ne  pas  non 

plus  approcher  des  ruches  étant  ivre  et  sans  être  lavé,  et 
de  rejeter  presque  tous  les  aliments  à  odeur  forte...  et  de 
ne  pas  exhaler  l'odeur  acre  et  fétide  de  l'ail,  des  oignons 
et  des  autres  substances  de  ce  genre.  » 

Palladius,  De  re  rusticâ,  lili.  II,  cap.  xiv;  lib.  XII, 
ch.  VI  ; 

Varron,  passim,  donnent  aussi  divers  préceptes  pour 
la  culture  de  l'ail.  Varron  (dans  Nonius,  201,  6),  dit  ceci  : 

Atavi  nostri,  qikim  allium  ac  c/rpe  eorum.  verba  olcrent, 
lamen  optimë  animati  erant.  »  —  «  Nos  aïeux,  bien  qu'ils 
exhalassent  l'odeur  d'ail  et  d'oignon,  n'en  respiraient  pas 
moins  les  meilleurs  sentiments.  » 

Quant  à  Pline,  il  a,  suivant  son  habitude,  réédité  dans 
son  Histoire  naturelle  toutes  les  fables  et  les  absurdités 
qui  avaient  cours  sur  l'ail  dans  l'antiquité  : 

Livre  XIX,  chap.  xxxiv.  —  «  L'ail  passe,  dans  les 
campagnes   surtout,  pour  un  bon  remède   en  plusieurs 

cas Comme   l'oignon,  il    rend   l'haleine  mauvaise; 

cependant,  cuit,  il  ne  produit  pas  cet  effet...  Au  reste, 
pour  que  l'ail  ne  donne  pas  d'odeur  à  l'haleine,  on  pres- 
crit de  le  planter  quand  la  lune  est  sous  l'horizon,  et  de 
le  récolter  quand  elle  est  en  conjonction.  Indépendam- 
ment de  ces  recommandations,  Ménandre,  parmi  les 
Grecs,  dit  que  ceux  qui  mangent  de  l'ail  n'ont  aucune 
odeur,  si,  par-dessus,  ils  mangent  une  racine  de  bette 
grillée  sur  des  charbons  ardents.  » 

Livre  XX,  chap.  xxiii.  —  «...  L'ail  a  beaucoup  d'é- 
nergie ;  il  est  d'une  grande  utilité  quand  on  change  d'eaux 
et  de  lieux.  Il  chasse  les  serpents  et  les  scorpions  par 
son  odeur  ;  et,  comme  quelques-uns  l'ont  rapporté,  c'est, 
contre  les  blessures  faites  par  toutes  les  bétes,  un  remède 
soit  en  boisson,  soit  en  aliment,  soit  en  topique.  En  par- 
ticulier, il  est  utile  contre  le  serpent  hémorrhois  :  pour 
cela,  il  faut  le  prendre  avec  du  vin,  et  le  rendre  par  le 
vomissement...  Il  neutralise  l'aconit  et  la  jusquiame;  il 
guérit  les  morsures  des  chiens  quand  on  l'applique  avec 
du  miel  sur  les  plaies.  Contre  les  morsures  des  serpents, 
on  le  prend  en  breuvage,  et  l'on  fait  avec  les  feuilles, 
dans  de  l'huile,  un  topique  très  efficace.  Hippocrate 
{Des  maladies  des  femmes,  I,  74)  a  pensé  que  les  fumiga- 
tions faites  avec  l'ail  provoquaient  la  sortie  de  l'arrière- 
faix.  Il  en  a  employé  la  cendre  dans  de  l'huile  pour 
guérir  les  ulcérations  humides  de  la  tête. 

«  On  a  prescrit  aux  asthmatiques  l'ai!  cuit,  comme 
aussi  l'ail  cru  et  pilé.  Dioclès  le  donne  aux  hydropiques 
avec  la  centaurée,  ou  dans  une  figue  fendue  en  deux, 
pour  procurer  des  évacuations  alvines. 

«  Quelques-uns  l'ont  donné  aux  asthmatiques  pilé  dans 
du  lait. 

«  Praxagore  le  fait  prendre  dans  du  vin  contre  la  jau- 
nisse, et  dans  de  l'huile  et  de  la  bouillie  contre  l'iléus; 
il  en  fait  aussi  un  topique  contre  les  écrouelles.  Les 
anciens  le  donnaient  cru  aux  fous;  Dioclès  l'a  donné 
bouilli  aux  phrénétiques.  Contre  les  angines,  il  est  bon 
pilé,  en  application  ou  en  gargarisme.  Trois  gousses 
d'ail  pilé  dans  du  vinaigre  diminuent  la  douleur  des 
dents,  »  etc.,  etc. 

Eu  un  mot,  si  nous  en  croyons  Pline,  l'ail  guérit  toutes 
les  maladies. 

Il  termine  ainsi  :  « Il  est  soporifi([ue,  et,  en  général, 

il  donne  au  corps  une  couleur  plus  vive.  Il  est  aphrodi- 


110 


LE     NATURALISTE 


.  siaque,  pilé  avec  de  la  coriandre  fraîche  et  bu  dans  du  vin 
pur. 

«  Les  inconvénients  de  Tail  sont  d'affaiblir  la  ^Tie,  de 
causer  des  vents;  de  faire,  pris  en  trop  grande  quantité, 
mal  à  l'estomac  et  de  donner  la  soif.  Du  reste,  mêlé  avec 
le  blé  et  donné  comme  aliment  aux  poules  et  à  la  volaille, 
il  les  préserve  de  la  pépie  ». 

Dioscoride  (tes  six  livres  de  la  matière  médicale,  liv.  II, 
oh.  CXLv)  nous  déclare  que  : 

«  L'ail  domestique  est  de  deux  espèces  :  l'une,  nais- 
sant en  Egypte,  n'a  qu'une  tète,  comme  le  poireau;  elle 
est  petite  et  douce,  do  couleur  pourpre;  l'autre,  naissant 
en  divers  autres  lieux,  est  gros,  blanc,  et  pourvue  de 
plus  d'épis.  Il  y  en  a  une  autre  sorte,  que  les  Grecs 
appellent  'OçiooxopoSov,  c'est-à-dire  ail  serpentin.  Tout  ail 
est  aigu,  il  échautl'e,  il  pique,  il  fait  aller  à  la  selle;  il 
émeut  et  trouble  le  corps  ;  il  desséche  l'estomac,  il  altère, 
il  engendre  des  vents,  il  exulcère  la  peau  et  nuit  à  la  vue. 

«  L'ail  sauvage  agit  de  la  même  manière.  L'ail,  mangé 
dans  la  viande,  chasse  du  corps  les  vers  larges;  il  pro- 
voque l'urine  et  guérit  les  morsures  de  la  vipère  et  les 
hémorroïdes  plus  que  tout  autre  médicament:  mais  il 
faut  le  prendre  broyé  avet.-  du  vin.  Il  clarifie  la  voix  »,etc., 
etc.,  etc. 

M.  Elianus  Macer  Floridus,  dans  son  ouvrage  De  viri- 
bus  herbarum  (Des  vertus  des  herbes),  écrit  en  vers,  répète 
tout  ce  que  les  anciens  ont  dit  sur  l'ail  :  c'est  du  Pline  mis 
simplement  en  vers.  Son  livre  a  été  traduit  en  vers  fran- 
çais, en  1588,  par  «  Luc.\S  Trembl.iy,  parisien,  profes- 
seur es  bonnes  sciences  mathématiques,  demeurant  à  Paris, 
diSdié  au  très  chrestien  Roy  de  France  et  de  Pologne,  Henry 
troisième  de  ce  Jiom.  Rouen,  1588,  in-12. 

Voici  ce  qu'on  peut  lire,  pages  45  et  suivantes,  au 
livre  V  : 

Scordéon,  en  grégeois,  sont  des  aul.x  en  françois. 
Les  sçavants  médecins  ont  dit,  tous  d'une  voix, 
Que  l'ail  est  chaut  et  sec,  iusqu'au  degré  quatrième. 
La  morsure  il  guérit  des  sei-pens,  et  e.xtrême 
Remède  il  est  au  mors  du  traitre  scorpion, 
Soit  qu'on  le  mange  ou  bien  qu'on  en  fasse  onction. 
Et  iceluy  estant  mis  en  forme  d'emplastre. 
Broyé  avec  du  miel  sur  la  playe  noirastre 
Que  le  chien  cholérique  a  fait  avec  ses  dents, 
Il  la  guérira  tost.  Et  les  vers  qui  dedans 
Le  ventre  sont  groillans,  la  seule  odeur  les  chasse  ; 
Et  si  la  rauque  toux  es  poumons  a  prins  place, 
Il  faut  manger  des  aulx  pour  la  faire  en  aller. 
Et  si  en  eau  de  miel  vinaigre  on  veut  mesler 
Pour  cuire  avec  des  aulx,  et  puis  de  cela  boire, 
Vers  du  corps,  teigne,  poulx,  en  mourir  on  peut  croire. 
Mais  si  en  huyle  avec  leur  tronc  iceulx  on  cuit, 
Et  en  forme  d'onguent  de  cela  on  enduit 
Les  morsures,  combien  qu'elles  soient  pestiférés, 
On  en  reçoit  santé.  Tels  onguents  salutaires. 
Sont  à  ceulx  qui  vexés  sont  d'extrême  douleur 
De  vessie,  et  qui  ont  en  icelle  tumeur. 
Aussi  le  corps  rompu  de  coups,  de  meurtrisseure. 
Recouvrera  santé  par  une  telle  cure. 
Etc.,  etc.,  etc. 

Parmi  les  superstitions  inspirées  par  l'ail,  je  n'aurais 
garde  de  passer  sous  silence  celle  dont  Plutarque  s'est 
fait  l'écho  dans  ses  Symposinques,  livre  II,  question  vu. 

Du  Rémora  :  « la  pierre  d'aimant  n'attire  plus  le  fer  si 

elle  a  été  frottée  d'ail.  » 

Au  nombre  d'autres,  signalées  par  A.  de  Gubernatis 
dans  sa  Mythologie  des  Plantes  (i),  tome  II,  p.  8,  je 
relèverai  celles-ci  : 


(1)  Paris,  1882,  2  vol.  in-8". 


«  A  Bologne,  l'ail  est  considéré  comme  un  symbole 
d'abondance;  tout  le  monde  en  fait  provision  à  la  Saint- 
Jean  pour  éloigner  les 'malheurs  de  la  pauvreté;  d'où  est 
venu  le  proverbe  : 

Chi'n  compra  i  ai  al  de  Ban  Zvan 
E  povret  tôt  gl'an.  » 

En  iSicile,  selon  le  même  érudit  mythologue,  on  place 
des  gousses  d'ail  sur  le  lit  de  l'accouchée,  et  l'on  fait  trois 
signes  de  croix  avec  cet  ail  pour  éviter  le  polype. 

A  Cuba,  notre  liliacée  est  employée  contre  la  jaunisse; 
on  prend  treize  gousses  d'ail  qu'on  enfile  le  long  d'une 
ficelle  pour  s'en  faire  un  collier  qui  doit  être  porté  pen- 
dant treize  jours.  Au  milieu  de  la  nuit  qui  suit  le 
treizième  jour,  on  va  à  la  croisée  de  deux  routes,  et  l'on 
jette  son  collier  au  loin,  sans  regarder  derrière  soi.  On 
rentre  à  la  maison  complètement  guéri. 

Jadis,  en  Provence,  pour  exprimer  combien  peu  valait 
un  objet,  un  travail,  etc.,  on  disait  que  cela  "  ne  valait 
pas  un  ail  ». 

Un  sirventes.  cui  motz  non  falh. 
Ai  fag,  qu'anc  no  m'costet  U7i  alh. 

«  J'ai  fait  un  sirvente  auquel  ne  manque  aucun  mot, 
et  qui  jamais  ne  me  cotita  un  ail  ». 

(Bertr.\nd  de  Born",  Vn  sirventes). 

(■Voyez  de  nombreux  autres  exemples  dans  la  Biblio- 
thèfjue  de  l'École  des  Chartes,  3«  série,  tome  III,  p.  213.) 

Notre  La  Fontaine  aimait-il  l'ail?  Ses  innombrables 
historiens  ont  négligé  de  nous  le  dire.  Dans  le  doute,  je 
citerai  néanmoins  deux  passages  de  ses  œuvres  où  il 
nous  montre  cette  plante  comme  exhalant  une  fort  maju- 
vaise  odeur  et  étant  d'une  digestion  difficile  (surtout 
lorsqu'on  en  fait  une  consommation  anormale)  : 

Dans  la  fable  vu  du  livre  VII  :  la  Cour  du  lion,  nous 
lisons  : 


Le  singe  approuva  fort  cette  sévérité, 
Et,  flatteur  excessif,  il  loua  la  colère 
Et  la  griffe  du  Prince,  et  l'antre,  et  cette  odeur; 

Il  n'était  ambre,  il  n'était  fleur 
Qui  ne  fiït  ail  au  prix 

Et  dans  ses  Contes,  l"  Partie,  conte  xi  [Conte  d'un 
paysan  qui  avait  offensé  son  Seigneur),  on  voit  un  pauvre 
diable  condamné  à  choisir  entre  trois  peines,  dont  l'une 
consiste  à  manger  trente  aulx  sans  boire  ;  c'est  celle-là 
qu'il  choisit,  et  mal  lui  en  prend. 

E.  Santim  de  Riols. 


LES  FOURMIS 


Les  fourmis  ont  au  plus  haut  point  excité  l'intérêt  des 
peuples;  leur  intelligence,  leur  assiduité,  ont  depuis 
l'antiquité  attiré  l'attention  des  observateurs.  Il  nous 
faudrait  ici  un  gros  volume  pour  nous  étendre  sur  leur 
façon  de  s'alimenter,  sur  leur  talent  d'architecte,  leurs 
moyens  de  communication  entre  elles,  leur  intelligence, 
leurs  combats,  leur  utilité,  etc.,  etc.  Nous  allons  au- 
jourd'hui nous  occuper  de  quelques  observations  faites 
par  les  plus  distingués  spécialistes  sur  l'intelligence  de 
ces  petites  bétes. 

L'activité  des  fourmis   est  remarquable,  et  l'innom- 


LE     NATURALISTE 


111 


bnihle  quantité  d'ouvrières  d'une  fourmilière  qui,  cliaque 
jour,  s'en  vont  au  travail,  surpasse  toute  imagination; 
chaque  fourmi  a  son  labeur  tracé,  l'ordre  règne  dans  la 
petite  république,  les  ouvriers  sont  syndiqués,  chacun  se 
dévoue  pour  la  cause  publique. 

Chaque  être,  chaque  fois  ([ue  besoin  est,  prodigue  ses 
soins  et  se  mettrait  en  quatre  pour  tous  ceux  qui  appar- 
tiennent non  seulement  à  sa  famille,  mais  même  à  sa 
société. 

Un  seul  souci  chez  les  fourmis  :  être  aussi  utiles  que 
possible  à  la  communauté  et  fournir  quotidiennement 
la  dose  de  courage  nécessaire  aux  besoins  do  la  cause. 
Pas  de  régisseur  chez  elles,  le  travail  est  libre;  c'est 
donc  par  agrément  et  par  instinct  du  devoir  qu'elles  le 
font. 

Sans  cesse  sur  la  brèche,  jamais  elles  ne  chôment. 
Attaquées  dans  leurs  excursions,  loin  de  fuir,  elles 
sont  fières,  elles  luttent  courageusement;  elles  attaquent 
même  parfois,  pour  être  utiles  à  leurs  camarades,  des 
animaux  d'une  taille  bien  supérieure  à  la  leur,  et  qui, 
malgré  leur  grandeur,  ne  peuvent  résister  à  un  aussi 
turbulent  visiteur  :  c'est  ainsi  qu'elles  forment  un  voisi- 
nage dangereux  pour  les  ruches  dont  elles  affectionnent 
particulièrement  le  miel. 

Les  fourmis,  à  côté  de  cela,  laissent  voir  des  pen- 
chants prédominants;  c'est  ainsi  qu'on  en  rencontre  qui 
sont  très  colères,  d'autres  très  haineuses,  mais  souvent 
elles  sont  fort  dévouées;  entre  amies,  elles  se  prêtent 
presque  toujours  aide  et  assistance. 

Laissons  d'ailleurs  à  ce  sujet  la  parole  à  M.  Ébrard, 
qui  fit  sur  ces  insectes  de  si  intéressantes  observa- 
tions :  «  Un  jour,  prenant  une  fourmi  et  la  fixant  sur  une 
planche  au  moyen  d'une  épingle,  je  vis  ses  compagnes 
venir  autour  d'elle  la  palper  en  tous  sens,  échanger  avec 
elle  des  attouchements  d'antennes  et  tourner  autour 
avec  une  vivacité  inquiétante  et  un  trouble  indescrip- 
tible; elles  ne  tardèrent  pas  à  s'apercevoir  de  l'obstacle 
qui  la  maintenait  immobile,  et  elles  firent  de  vains 
efforts  pour  arracher  l'objet  de  ses  douleurs.  Toutes  ses 
compagnes  étaient  présentes  pour  prêter  une  assistance 
charitable  à  cette  malheureuse  prisonnière. 

'I  Une  autre  fois, coupant  les  antennes  à  une  fourmi  de 
la  même  colonie,  je  la  relâchai  ensuite  au  milieu  de  sa 
société  ;  elle  marcha  à  l'aveuglette  et  semblait  ivre,  ne 
sachant  où  diriger  ses  pas;  elle  paraissait  folle.  Ses 
amies  s'empressèrent  autour  d'elle,  palpèrent  ses  bles- 
sures, essayèrent  de  la  calmer,  et  finalement  la  dirigeant 
par  une  de  ses  pattes  de  devant,  la  firent  tranquillement 
rentrer  au  logis. 

«  Peu  de  temps  après  cette  expérience,  j'essayai  de 
couper  une  patte  do  devant  à  une  habitante  de  la  même 
fourmilière  :  ses  compagnes  s'approchèrent  d'elle,  lui 
léchèrent  sa  plaie,  et  finalement  la  prenant  par  les  an- 
tennes et  les  mandibules,  la  transportèrent  dans  ses  pé- 
nates. » 

Un  autre  trait  de  secours  mutuel  montre  bien  à  quel 
point,  chez  ces  animaux,  cet  instinct  se  trouve  déve- 
loppé : 

Une  fourmi  s'était  par  mégarde  un  peu  éloignée  de  sa 
demeure,  et  la  nonchalance  de  sa  démarche  dénotait 
bien  chez  elle  une  grande  fatigue;  elle  vint  à  rencontrer 
une  de  ses  compagnes  qui,  prise  de  pitié  en  vue  du 
pauvre  petit  être  qui  souffre,  la  prit  sur  son  dos  et  la 
ramena  avec  bienveillance  jusque  chez  elle. 

On  ne  saurait  non  plus  mettre  en  doute  la  mémoire  de 


ces  insectes;  l'expérience  la  plus  probante  à  ce  sujet  et 
si  souvent  répétée  par  nos  plus  infatigables  observateurs 
consiste  à  enlever  une  fourmi  à  ses  amies  pendant  plu- 
sieurs semaines  ;  quand  vous  les  réunissez  à  nouveau, 
elles  manifestent  une  joie  inconcevable,  et  avec  leurs 
antennes  se  font  les  caresses  les  plus  douces. 

Lubbock  eut  l'idée  ingénieuse,  pour  étudier  leur  degré 
d'intelligence,  de  choisir  un  objet  qui  put  leur  être  de 
quelque  agrément  et  de  placer  entre  lui  et  elles  un 
obstacle  qui  nécessitât  le  déploiement  d'une  certaine 
dose  d'intelligence  pour  arriver  à  être  surmonté. 

Dans  ce  but,  il  prit  une  tasse  de  porcelaine  qu'il 
remplit  de  nourriture  et  la  plaça  sur  une  i.Iaque  de  verre 
entourée  d'pau,  mais  accessible  aux  fourmis  par  un 
léger  pont  en  papier.  Celles-ci  prirent  vite  l'habitude 
d'aller  chercher  leurs  provisions  dans  ce  garde-manger 
improvisé;  quand  elles  y  furent  bien  habituées,  il  dé- 
rangea un  peu  le  pont,  de  façon  que  les  animaux 
ne  puissent  plus  atteindre  leur  friandise;  elles  vinrent 
néanmoins  par  habitude  jusqu'aux  bords  de  l'abîme  et 
firent  des  efforts  inouïs  pour  arriver  à  franchir  ce  préci- 
pice. N'y  arrivant  pas,  elles  retournèrent  confuses  au 
nid;  puis,  au  bout  d'un  quart  d'heure  environ,  elles 
revinrent  à  l'assaut  et  finalement  l'une  d'elles  eut  l'idée 
de  pousser  le  brin  de  papier,  et  le  pont  fut  rétabli. 

Parfois,  encore,  ayant  placé  des  morceaux  de  frian- 
dises au-dessus  du  nid,  une  ouvrière  eut  l'ingéniosité 
d'aller  les  chercher,  et,  pour  s'épargner  des  voyages 
inutiles,  de  les  jeter  d'en  haut  à  des  compagnes  qui  se 
trouvaient  en  bas. 

Une  autre  fois,  ayant  placé  une  fourmi  sur  une  plate- 
forme d'où  elle  ne  pouvait  descendre,  j'ai  voulu  voir 
comment  elle  arriverait  à  se  tirer  d'affaire:  bientôt,  une 
vingtaine  de  compagnes  entouraient  l'exilée  et  cher- 
chaient un  moyen  de  la  sauver.  Une  d'elles,  finalement, 
se  leva  sur  ses  pattes  de  derrière,  appuya  ses  pattes 
antérieures  sur  le  plateau  où  était  la  prisonnière  et 
constitua  ainsi  un  pilier  par  où  celle-ci  put  s'échapper. 

Léon  Flameng. 


Répertoire  étimologiqye  des  noms  français 

ET  DES  DÉNOMINATIONS  VULGAIRES  DES  OISEAÏÏX 

[Suite) 


Tonrterellc.  —  On  admet  généralement  que  ce  mot  a  été 

formé  du  nom  latin  de  ces  Oiseaux,  Tiii'tiir,  qui  dériverait  du 
grec  trudzo  (murmurer).  «  Quelques-uns  veulent  faire  dériver 
ce  mot  de  l'hébreu  Tor,  qui  est  le  nom  de  la  Tourterelle.  » 
(.•Vldrovande.) 

Tragopan.  —  Nom  donné  i  des  Gallinacés  [Cerioimia)  qui 
habitent  l'Himalaya  et  les  montagnes  du  sud  de  la  Chine. 
BulTon  avait  décrit  ces  Oiseaux  sous  les  noms  de  Sapaul  et  de 
Faisan  cornu,  parce  qu'on  les  trouve  au  Népaul  et  qu'ils  ont 
les  yeux  surmontés  d'un  appendice  charnu  en  forme  de  corne. 
Le  mot  Trar/opan  a  été  formé  du  mot  grec  Iragos  (bouc)  et  de 
Pan,  nom  mythologique,  par  allusion  à  la  tête  de  ces  Oiseaux, 
qui  semble  ornée  de  cornes  comme  celle  du  dieu  Pan.  C'est 
pour  le  même  motif  qu'une  espèce  a  été  nommée  Tragopan 
Satyre. 

Traînc-Baisson.  —  Surnom  donné  à  l'Accenteur  rnouchet 
ou  Fauvette  d'hiver  (Accentor  modularis),  parce  que  cet  Oi- 
seau passe  l'hiver  en  France  et  qu'en  cette  saison  on  le  ren- 
contre partout  dans  les  haies  et  les  buissons. 

Trappiste.  —  Nom  donné  i  des  Oiseaux  de  la  famille  des 
Bucconidés  {ifonasta),  à  cause  des  couleurs  brunes  de  leur 
plumage,  qui  rappelle  le  costume  des  Trappistes. 


90 


LE     NATURALISTE 


Traqnet.  —  Cet  Oiseau  {Pratincola  ruhicola)  a  reçu  le 
nom  de  Tmqiiet,  parce  qu'il  est  toujours  en  mouvement  et  ne 
se  pose  à  l'extrémité  des  branches  que  pour  quelques  instants, 
pendant  lesquels  il  ne  cesse  de  soulever  les  ailes.  «  Et  parce 
qu'il  est  ainsi  inconstant,  on  l'a  nommé  un  Ti'aquel.  Et 
comme  un  traquet  de  moulin  n'a  jamais  de  repos  pendant  que 
la  meule  tourne,  tout  ainsi  cest  Oyseau  inconstant  remuie  tou- 
jours ses  œlles.  »  (Belon.) 

Travailleur.  —  Surnom  donné  par  les  oiseliers  à  un  Pas- 
sereau de  la  famille  des  Plocéidés  [Quelea  sanr/uinii-ostris), 
connu  dans  l'Afrique  occidentale  sous  le  nom  de  Diocli.  Cet 
Oiseau  a  reçu  le  pom  de  Travailleur,  parce  qu'en  captivité  il 
ne  cesse  de  ^travailler,  si  on  lui  fournit  du  fil  et  de  l'étoupo 
dont  il  garnit  les  barreaux  de  sa  cage,  construisant  et  recom- 
mençant sans  cesse  son  travail. 

Troglodyte.  —  Nom  tiré  du  grec  et  donné  à  un  petit  Pas- 
sereau {Troglodytes  parvulus),  que  l'on  confond  fréquemment 
avec  le  Roitelet.  «  Dans  le  choix  des  dénominations,  celle  qui 
peint  ou  caractérise  l'objet  doit  toujours  être  préférée;  tel  est 
le  nom  do  Troqlodyle,  qui  signifie  habitant  des  antres  et  des 
cavernes,  que  les  anciens  avaient  donné  à  ce  petit  Oiseau  et 
que  nous  lui  rendons  aujourd'hui;  car  c'est  par  erreur  que 
les  modernes  l'ont  appelé  Roitelet;  cette  méprise  vient  de  ce 
que  le  véritable  Roitelet,  que  nous  appelons  tout  aussi  impro- 
prement Poul  ou  Souci  huppé,  est  aussi  petit  que  le  Troglo- 
dyte. »  (Btiffon.) 

Troupiale.  —  Nom  donné  à  un  genre  de  Sturnidés  [Afje- 
taïus),  à  cause  de  leurs  mœurs  sociables,  ces  Oiseaux  vivant 
en  troupes  pendant  toute  l'année. 

Tiirvert.  —  Buffon  a  donné  ce  nom  à  une  Colombe  (Clial- 
cophaps  Indica),  qui  habite  les  iles  de  la  Sonde.  »  Nous  don- 
nons le  nom  de  Turverl  i  un  Oiseau  vert,  qui  a  du  rapport 
avec  la  Tourterelle,  mais  qui  nous  paraît  être  d'une  espèce 
distincte  et  séparée  de  toutes  les  autres.  »  (Buflfon.) 

Tyran.  —  Nom  donné  à  des  Passereaux  [Tyrannus),  à  cause 
de  leur  acharnement  à  poursuivre  les  autres  Oiseaux  et  même 
les  Mammifères.  «  Le  nom  de  Tyran,  donné  à  des  Oiseaux, 
doit  paraître  plus  que  bizarre;  ici,  cette  dénomination  a  été 
donnée  non  seulement  à  la  tète  huppée  ou  couronnée,  mais 
encore  au  naturel  qui  commence  à  devenir  sanguinaire.  » 
(Buffon.) 

l] 

Vrnbitinga.  —  Nom  brésilien  conservé  par  les  ornitholo- 
gistes à  un  genre  d'Aigle  [Morphnus),  qui  habite  l'Amérique 
du  Sud. 

Urubu.  —  Ce  Vautour  {Catliarles  aura)  avait  reçu  des  pre- 
miers Espagnols  établis  en  Amérique  le  nom  de  Gallinazo,  à 
cause  de  sa  ressemblance  extérieure  avec  le  Dindon.  Les  indi- 
gènes du  Paraguay  le  nomment  Ouroubou,  d'où  est  venu  le 
nom  d'Urubu.  Ces  Oiseaux  se  nourrissent  de  tous  les  détritus 
abandonnés  dans  l'intérieur  des  villes.  "  Sans  eux,  la  capitale 
du  Pérou  serait  l'endroit  le  plus  malsain  de  la  contrée;  l'auto- 
rité no  fait  absolument  rien  pour  entretenir  la  propreté  des 
rues;  des  milliers  de  Gallinazos  yiyanl  des  ordures  qu'on  y 
jette,  et  ils  sont  si  peu  craintifs  qu'on  les  voit,  sur  le  marché 
de  Lima,  courir  au  milieu  de  la  foule  la  plus  compacte.  » 
(Tschudi.)  C'est  pour  ce  motif,  sans  doute,  que  les  colons  fran- 
çais leur  ont  donné  le  nom  de  Marchaml,  sous  lequel  ils  ont 
été  décrits  par  Buffon.  Leur  nom  scientifique  (Calliarte)  leur 
a    été   donné,    à    cause  de   la   nourriture   qu'ils   recherchent. 

■Voyez  le  mot  Calharle.) 


'Vanneau.  —  Nom  tiré  du  latin  Vanellus  et  donné  à  cet 
Échassier  d'après  les  mouvements  de  ses  ailes,  qui  agitent  l'air 
comme  un  van.  «  Le  Vanneau  parait  avoir  tiré  son  nom,  dans 
notre  langue  et  en  latin  moderne,  du  bruit  que  font  ses  ailes 
en  volant,  qui  est  semblable  au  bruit  d'un  van  qu'on  agite 
pour  purger  le  blé;  son  nom  anglais  Lapwing  a  le  même  rap- 
port au  battement  fréquent  et  bruyant  de  ses  ailes.  Les  Grecs, 
outre  les  noms  A'JEx  et  d'.Uga,  relatifs  à  son  cri,  lui  avaient 
donné  celui  de  Paon  sauvage,  à  cause  de  son  aigrette  et  de  ses 
jolies  couleurs.  »  (Buffon.) 

{A  suivre).  Albert  Gkanger. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  M.  A.  Môhleabruck,  à  Morat  (Suisse),  désirerait 
recevoir  un  ou  deux  furets  vivant  en  peau  ou  montés,  en 
échange  de  mammifères,  oiseaux,  etc.,  montés  ou  en  al- 
cool. 

A  vendre  : 

—  1  lot  de  102  espèces  de  ciienilles  soufflées,  admira- 
blement préparées,  ayant  conservé  leurs  couleurs,  bien 
nommées  :  70  francs. 

—  Grands  exemplaires  de  Callipogon  barbalum,  ce  beau 
longicorne  du  Mexique  :  4  francs. 

—  i  lot  de  109  espèces  de  coléoptères  de  Java,  en  par- 
tie nommés  :  40  francs. 

—  Mousses  européennes,  bien  déterminées  à  vendre  à 
la  pièce.  Envoyer  desiderata. 

—  A  vendre  quelques  exemplaires  de  la  rare  coquille  : 
Ceres  Salleana  du  Mexique. 

—  1  lot  de  coléoptères  de  France  bl2  espèces,  bon  état, 
bonne  détermination  :  70  francs. 

—  1  belle  paire  d'OrnithopteraPriamusAmboine  :  30  fr. 

—  Quelques  beaux  exemplaires  de  Papilio  Ulys- 
ses :8  francs. 

—  1  lot  de  300  espèces  de  Chrysomélides  européennes, 
400  exemplaires.  Ce  lot  contient  de  rares  espèces. 
Excellente  occasion  :  12o  francs. 

—  Une  belle  collection  de  fossiles  des  sables  nummu- 
litiques  du  Soissonnais  contenant  8b  espèces,  et 
150  exemplaires  :  40  francs. 

—  Une  collection  de  fossiles  du  bassin  parisien  de 
563  espèces  bien  déterminées  :  450  francs. 

—  Un  lot  de  2'25  espèces  de  Brachélytres  de  France  : 
38  francs. 

S'adresser  pour  ces  lots  à  «  Les  Fils  D'Emile  Dey  roUe  «, 
46,  rue  du  Bac,  Paris. 


VIENT   DE    PARAITRE 


L 


Oatalogixe 

DES 


(MACROLÈPIDOPTËRES) 
DISPOSÉ  POUR  SERVIR  D'ÉTIQUETTES 


PAR 


le  Docteur  SERIZIAT 

Prix  3  fr.SO,  Franco  3  fr.85 

LES  FILS  D'EMILE  DEYROLLE,  ÉDITEURS 

46,   rue  du   Bac,  Paris. 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 


Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassettie,  17. 


19'  ANNÉE 


2'  SÉRIE  —    RI»  «-4Î2Î 


15  MAI  1897 


LES    TRILOBITES 

{Suite  et  fin). 


Les  Trilohili's  mit  oto  longtemps  rungés  il;tns  uu  or- 
<liT  faisant  pui-tie,  pour  certains  paK'ontolofiistes,  soit 
des  Entomostracés,  soit  des  MalacostracOs.  M.  Beecher, 
ainsi  que  nous  l'avons  dit  précédemment,  les  considère 
comme  formant  une  classe  d'importance  égale  à  colle 
des  Malacostracés  et  des  Entomosatracés.  On  ne  saurait 
trop  attirer  l'attention  sur  les  faits  qui  ont  servi  do  liase 
a  la  nouvelle  classification  de  M.  Deeclior,  car  ils  ont 
une  haute  portée  philosophique.  Le  savant  paléontolo- 
giste américai'i  a,  en  effet  établi  sa  classification  en 
tenant  compte  dos  caractères  embryogéniques  et  onto- 
géniques  ]>résontés  par  ce  groupe  de  Crustacés  fossiles. 
,  .Aprèi^  ,i\oir.étudié  .l.'é,\;oJHti,9]î  des  organes  des  Trilo- 
liites,  en  particulier  les  parties  constitutives  de  la  tcte, 
M  Beecher  montre  que  les  joues  mobiles  et  les  yeux  ont 
dû  subir  pendant  leur  développement  une  véritable  mi- 
gration de  la  face  ventrale  à  la  face  dorsale.  Les  figures 
1  et  4  ])ermetteut  de  constater  ce  fait  dans  le  genre  Sao. 
On  voit,  en  cllèt,  qu'au  stade  protaspis,  le  genre  Sao  ne  pos- 
sède pas  de  joues' mobiles  dorsales.  A  ce  stade  la  tète  de 


2    Sao 


3     Sao 


1    Sao 


5    Dalmanites 


Dalraanltes 


Dalnianites 


9    Agnostus 


Fig.  1. 
ce  genre  peut  être  comiiarée  à  celle  d'un  individu  adulte 
A'Agnostrus.   Mais,    dans  les  stades  ultérieurs,  les  joues 
moliiles  commencent  à  s'esquisser  et  à  empiéter  de  plus 
en  plus  sur  la  face  dorsale.  —  Les  mê- 
mes faits  peuvent  s'observer  égalemeut 
dans    le  développement   du  genre  Dal- 
manites (fig.  S-8). 

Les  matériaux  possédés  par  les  pa- 
léontologistes américains  leur  ont  per- 
mis, grâce  à  leur  belle  conservation, 
de  ]iouvoirconnaitre  le  développement 
d'un  grand  nombre  de  genres  de  Trilobites.  L'ensemble 
des  faits  considérés  permet  de  conclure  ([ue  ce  sont  les 
formes  les  plus  anciennes  au  point  de  vue  géologique  et 
les  moins  élevées  en  organisation  qui  ])résentent  les  joues 
mobiles  à  la  face  ventrale;  ([ue  ce  sont,  au  contraire,  les 
espèces  les  plus  récentts  et  les  moins  élevées  en  orga- 
nisation ([ui  possèdent  les  joues  mobiles  à  la  face  dor- 
sale. 

Il  y  a  un  parallélisme  complet  entre  l'ontogénie  et 
l'embryogénie  des  espèces  de  ce  groupe. 

L'évolution  des  joues  mobiles  et  des  yeux  ]iermct  éga- 
lement de  leur  attribuer  la  valeur  d'un  somite,  de  sorte 
que  la  tète  d'un  Trilobite  iiourrait  être  envisagée  contrai- 

Le  Naturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


Le  2« 

Le  3= 
Le  4= 
Le  u« 
Le  O" 
Le  7« 


rement  aux  indications  fournies  par  les  .traités  de  paléon- 
tologie, comme  formée  de  sept  segments  : 
Le  1"' est  représenté  par  l'hyjiostome. 

—  les  yeux,  les  joues  mobiles  et 
l'épistome. 

—  lo  lobe  antérieur  de  la  glabelle 
et  la  l"  paire  d'antennes. 

—  le  2"  lobe  de  la  glabelle  et  la 
2"  paire!  d'antennes. 

—  le  3"  lobe  de  la  glabelle,  et  les 
mandibules. 

—  le  4"  lobe  de  la  glabelle  et  la 
1"  paire  de  mâchoires. 

—  5°  lobe   de  la  glaliollc  ou  lobe 

occipital,  et  la  2''  paire  de 
mâchoires. 

Des  considérations  qui  précèdent.  M.  Bi'oclier  conclut 
que  la  position  des  yeux  et  des  joues  mobiles  doit  consti- 
tuer un  caractère  de  premier  ordre  dans  la  classifica.tjpj3^^^^^^.j^j|,^^,^ 
des  Trilobites.  Les  joues  moliiles  étant  ventrales  dans 
les  larves  des  Trilobites  les  plus  élevées  en  organisation 
et  devenant  ensuite  dorsales,  les  genres  qui  possèdent  les 
joues  ventrales  à  l'état  adulte  devront  être  regardées 
comme  des  genres  primitifs.  Les  autres  caractères  con- 
cordent d'ailleurs  avec  cette  manière  de  voir. 

M.  Beecher  groupe  ainsi  les  Trilobites  : 

1"  Ordre  des  IIvpoparia. 

Genres  caractérisés  par  des  joues 
mobiles  placées  à  la  face  ventrale  et 
bien  développées  (fig.  9-13). 

Cet  ordre  comprend  les  familles 
suivantes  : 

1.  Agnostidœ.  3.  Trinucleidae. 

2.  Harpedidaî. 
Les  autres   genres   de    Trilobites 

présentent  deux  types  distincts  de 
structure  céphalique    basés  sur  l'é- 
tendue et  la  position  des  joues  mo- 
biles. Dans  ces  deux  types,  les  joues 
mobiles  forment  une  partie   importante  de  la  tête  et  ne 
sont  prolongées  sur  la  face  ventrale  que  par  imo  simple 
doublure  enveloppant  les  bords. 


4    Sao 


Fig.  2.  —  Hippoparia. 

Les  joues  peuvent  être  seulement  séparées  par  le  cra- 
nidium  (Gtychoparia,  fig.  16)  ou  par  le  cranidium  et  l'épi- 
stome {Iltxnus,  fig.  19)  ou  bien  elles  peuvent  être  réunies 
et  continues  comme  dans  Dalmanites  (fig.  30). 
2°  Ordre  des  OPiSTHOP.iUiA. 

Les  espèces  de  cetordi-eont  des  joues  mobiles  compre- 
nant l'angle  et  les  pointes  gênales  et  entamant  jilus  ou 
moins  les  plèvres  du  segment  occipital.  Cet  ordre  ren- 
ferme un  grand  nombre  de  genres  répartis  dans  les 
familles  suivantes  (fig.  I4-2S)  : 

1.  Couocroypheid;e.       '.>.  Bronteida'. 

2.  Ole^idœ.  6.  Lichatida\ 

3.  Asaplvid;e.  7.  Acidospithe. 

4.  Proétida'. 


114 


LE     NATURALISTE 


3°  Ordre  des  Proparia. 


L'ordre  des  Proparia  renferme  les  formes  dans  les- 
quelles les  plèvres  du  segment  occipital  appartiennent 
complètement  aux  joues  fixes.  Les  joues  mobiles  sont 
donc  séparées  du  cranidium  par  des  sutures  coupant  les 
bords  latéraux  de  la  tète  en  avant  des  angles  génaux 
(fig.  24-33)  : 

Les  familles  composant  cet  ordre  sont  les  suivantes  : 

i.  Encrinuridœ.  3.  Cheiruridu'. 

2.  Calymenidœ.  4.  Phacopida-. 

Les  Hypoparia  et  les  Opisthoparia  se  trouvent  dans  le 


NOUVELLE    DIVISION  DES  CORPS   ORGANISÉS 

EN   TROIS   RÈGNES 


19    Illsnus 


21  Bronteus 


■22    Uchas 


23     Acidaspis 


Fig.  3.  —  Opisthoparia. 


24    riacoparia 


26   Encrinunjs 


26    Calymene 


27    Dipleura 


28    Cheirurus 


31    Chasinops 
Fig.  4.  —  Proparia. 

Cambrien,  mais  les  premiers  sont  probablement  à 
l'apogée  de  leur  développement  dans  le  Prècamlirien, 
tandis  que  les  seconds  s'épanouissent  surtout  dans  le 
Cambrien. 

Les  Proparia  n'existent  qu'à  partir  de  l'Ordovicien 
dans  lequel  ils  offrent  leur  plus  grande  extension. 

De  ces  trois  ordres,  ce  sont  les  Opisthoparia  qui  ren- 
ferment le  plus  grand  nombre  de  formes  (150  genres 
sur  230)  et  ce  sont  également  ceux  qui  ont  ladurèe  la  plus 
longue,  car  ils  se  montrent  depuis  le  Cambrien  juscju'au 
Permien. 

La  conclusion  générale  à  tirer  des  faits  qui  précèdent, 
c'est  que  les  Trilolntes,  qui  constituent  aujourd'hui  un 
des  groupes  les  mieux  connus  au  point  de  vue  paléonto- 
logique,  ont  une  histoire  géologique  coïncidant,  dans  ses 
grandes  lignes,  avec  leur  hishiire  embryogénique.  C'est  un- 
fait  nouveau  de  plus  important,  à  ajouter  en  faveur  de  la 
doctrine  de  révolution. 

Ph.  GL.iNHiE.iUD. 


Depuis  l'apparition  de  la  théorie  cellulaire  la  science  a 
marché  à  pas  de  géants  de  découvertes  en  découvertes, 
elle  s'est  enrichie  d'espèces  inconnues  en  nombre  incal- 
culable ce  qui  a  permis  de  voir  pour  tous  les  êtres  le  plan 
général  de  leur  organisation. 

Ce  nombre  d'espèces,  ce  progrès  rapide  de  la  science 
ont  jeté  le  trouble  dans  les  classifications  des  corps  orga- 
nisés; sans  attendre  on  a  voulu, 
après  avoir  détruit  une  partie  du 
passé,  édifier  à  nouveau.  Aussi  de- 
puis trente  ans  des  classifications 
nouvelles  ont  surgi  de  toute  part; 
mais,  hélas!  on  trouve  chez  elles 
beaucoup  plus  de  mots  inconnus 
que  d'harmonie. 

J'ai  vu, en  travaillant  dans  l'ombre, 
couler  les  idées  de  ce  déversoir 
scientifique,  et  j'ai  souvent  saisi  au 
passage  celles  qui  me  paraissaient 
les  moins  échevelées. 

La  division  que  je  propose  des 
corps  organisés  en  trois  règnes  n'est 
donc  pas  un  produit  de  mon  ima- 
gination, mais  le 'résultat  du  progrès 
accompli  dans  les  sciences  natu- 
relles depuis  un  demi-siècle. 

J'avais  déjà  cette  division  dans 
l'esprit,  etje  cherchais  les  caractères 
de  ces  trois  groupes  lorsqu'ajjparut 
le  règne  des  Prolistes  étaldi  par 
Hoeckol.  Enfin  douze  ans  après  l'ap- 
parition de  ce  travail  ra'apparurent 
tout  à  coup  dans  le  feu  d'une  dis- 
cussion les  caractères  que  je  cher- 
chais depuis  tant  d'années. 

Afin  de  faire  saisir  nettement  et  sans  efforts  ces  carac- 
tères, je  vais  en  quelques  mots  analyser  le  corps  humain. 
L'homme  étant  de  tous  les  êtres  celui  dont  l'organisation 
est  la  plus  complète  et  la  mieux  connue,  en  le  prenant 
pour  type,  je  serai  compris  de  tout  le  monde. 

L'organisation  du  corps  humain,  qui  parait  si  compliquée 
se  réduit  cependant  à  bien  peu  de  chose,  si.fon  considère 
la  simplicité  des  actes  accomplis  par  de  si  nombreux 
organes,  puisque  tout  se  réduit  à  entretenir  la  vie,  repro- 
duire l'espèce  et  diriger  les  actes  de  la  vie. 

Je  désigne  sous  le  nom  de  système  vital  l'ensemble  des 
organes  destinés  à  l'entretien  de  la  vie,  celui  de  système 
reproducteur  à  l'ensemble  des  organes  mâles  et  femelles 
et  au  produit  du  mélange  de  leur  sécrétion,  et  j'ai  con- 
servé le  nom  de  système  nerveux  pour  les  organes  qui  pré- 
sident aux  fonctions  de  la  vie  végétative  et  aux  relations 
de  la  vie  animale. 

Le  système  vital  comprend  :  l'appareil  digestif,  des- 
tiné à  la  préparation  des  substances  alibiles  ;  l'appareil 
musculaire,  qui  permet  de  courir  après  les  aliments; 
l'appareil  d'absorption,  qui  trie  dans  le  bol  alimentaire 
préparé  les  substances  nécessaires  au  besoin  de  l'écono- 
mie ;  l'appareil  do  la  circulation,  qui  distribue  les  .-ubs- 
tances  dans  toutes  les  parties  du  corps.  Il  faut  joindre  à 


.33    Phacops 


LE    NATURALISTE 


115 


tous  ces  appareils  celui  de  la  respiration  pour  l'absorp- 
tion (le  l'oxygène,  gaz  aussi  indispensable  à  la  vie  ([ue  les 
li(iuides  nutritifs  préparés  et  absorbés  par  les  autres  appa- 
reils; on  voit  par  cette  succincte  exposition  la  niasse 
énorme  occupée  chez  les  animaux  par  le  système  vital. 

Les  systèmes  reproducteur  et  nerveux  sont  formés 
d'organes  assez  connus  pour  nie  dispenser  d'en  faire 
rénumération. 

Chez  tous  les  animaux  dont  on  a  fait  l'étude  des  organes, 
on  trouve  bien  distincts,  mais  à  des  degrés  divers  de  per- 
fectionnement ou  de  simplicité,  les  trois  systèmes  d'or- 
ganes pour  présider  au  fonctionnement  des  trois  attributs 
de  la  vie  :  l'absorption  pour  son  entretien,  la  reproduc- 
tion pour  la  perpétuer  et  l'excitabilité  pour  la  guider  et 
régulariser  ses  fonctions.  J'emploie  ce  mot  excitabilité 
au  lieu  de  celui  de  sensibilité,  attendu  que  pour  moi  toute 
matière  vivante  est  excitable  et  que  les  animaux  seuls 
perçoivent  des  sensations. 

Si  l'on  descend  des  animaux  aux  plantes  phanérogames, 
ce  qui  frappe  surtout,  c'est  la  disparition  complète  du 
système  nerveux,  et  ensuite  la  simplification  du  système 
vital.  De  l'appareil  digestif  des  animaux  on  ne  retrouve 
jdus  de  trace  et  les  végétaux  puisent  directement  dans 
le  sol  leurs  matières  nutritives  avec  leurs  radicelles  or- 
ganes analogues  aux  vaisseaux  cbylifères  des  animaux. 
Leur  système  reijroducteur,  sauf  la  nature  des  tissus,  est 
al)Solument  le  même  que  celui  des  animaux. 

En  descendant  encore  plus  bas  dans  la  série  des  êtres, 
on  voit  disparaître  le  système  reproducteur  des  animaux 
et  des  phanérogames,  et  l'on  se  trouve  alors  en  présence 
de  corps  vivants  qui  n'ont  plus  que  le  système  vital. 

Je  sens  l'objection  et  avant  qu'elle  ne  sorte  de  la  pensée 
du  lecteur,  je  vais  y  répondre  ou  plutôt  laisser  ce  soin 
à  Linné,  Jussieu  et  de  Candolle. 

Linné  répond  :  Il  y  a  des  végétaux  avec  des  organes 
reproducteurs  apparents  et  d'autres  cachés,  phanérogames 
cryptogames. 

Jussieu  répond  :  Il  existe  de  la  matière  reproductrice 
avec  ou  sans  cotylédons,  acotylédones  —  mono  et  dico- 
tylédones. 

De  Candolle  répond  :  Les  plantes  ont  ou  n'ont  pas 
d'embryon  incmbryonis  —  embryonis. 

Si  l'opinion  de  ces  trois  savants  n'était  pas  sufQsanteon 
pourraitajouter  que  les  végétaux  phanérogames  se  repro- 
duisent à  l'aide  de  trois  individualités,  le  mâle,  la  femelle 
et  le  germe.  Ce  mode  de  reproduction  se  trouve  donc 
représenté  par  le  cbili're  3. 

Chez  les  cryptogames  au  contraire,  c'est  une  partie  où 
s'est  concentrée  la  vie,  et  l'élément  reproducteur  qui  se 
détache  pour  continuer  et  perpétuer  l'espèce.  Il  n'existe 
donc  là  qu'un  individu  qui  transmet  la  vie  à  son  sem- 
blable en  se  divisant  ;  le  chifl're  1  répond  par  conséquent 
à  ce  mode  de  reproduction. 

On  a  cherché  dans  les  cryptogames  des  organes  repro- 
ducteurs analogues  à  ceux  des  phanérogames,  et  l'on  est 
arrivé  à  quoi':"  A  assimiler  certaines  cellules  vibratiles  aux 
vibrions  du  sperme.  Le  mot  de  spermatozoïdes  donné  à  ces 
cellules  parles  Allemands  est,  je  pense,  assez  significatif. 

Du  reste, ainsi(iue  jel'expliquerai  dans  un  travaildont 
un  prochain  voyage  m'oblige  à  interrompre  l'impression, 
les  phanérogames,  indépendamment  du  système  repro- 
ducteur qui  leur  est  commun  avec  les  animaux,  ont  con- 
servé le  mode  de  reproduction  des  êtres  cellulaires. 

Certainement,  en  étudiant  la  reproduction  des  crypto- 
games, il  semble  que  la  nature  sesoit  préparée  àla  géné- 


ration sexuée.  Elle  a  essayé  de  tant  de  modes  pour  cette 
tentative  qu'elle  semble  s'être  livrée  à  une  véritable  dé- 
bauche avant  de  marcher  d'un  pas  ferme  et  assuré. 

Ce  que  je_  viens  de  dire  des  cryptogames  s'apidifjue 
également  a  plugieurs  zoophytes  tels  que  les  polyjies  et 
les  éponges  et  à.  tous  les  Protistes.  Ces  trois  groupes 
do  corps  cellulaire's  sont  si  peu  distincts  qu'on  trouve  un 
très  grand  nombre  d'espèces  qui  vont  de  la  botanique  à  la 
zoologie  et  vice  versa  quand  elles  no  sont  pas  placées  à 
la  fois  dans  ces  deux  branches  de  l'Histoire  naturelle. 
Cette  incertitude  est  non  seulement  compréhensible 
mais  rationnelle  puisque  tous  ces  êtres  possèdent  le 
même  mode  d'organisation  et  qu'ils  en  sont  réduits  au 
système  vital.  Il  est  vrai  que  ce  système  vital  comprend 
l'élément  reproducteur  ou  une  matière  reproductrice. 
Mais  il  n'est  pas  douteux  que  l'élément  ou  la  matière 
nerveuse  s'y  trouve  également  réunis,  et  qu'elle  ne  se 
sépare  de  la  masse  commune  pour  former  un  organe  dis- 
tinct le  sytème  nerveux  du  règne  animal.  L'on  n'a 
pas  encore  découvert,  que  je  sache,  dans  la  masse  des 
êtres  inférieurs,  la  matière  nerveuse;  mais,  au  moment 
où  j'écris,  on  est  peut-être  sur  les  traces  de  cette  décou- 
verte. 

Je  résume  ma  pensée  en  disant  :  tous  les  corps  orga- 
nisés vivent,  se  reproduisent  et  sont  excitables;  ces  trois 
attributs  de  la  vie  sont  certainement  représentés  par 
trois  matières  de'  nature  différente.  Dans  les  corps  cel- 
lulaires, ces  trois  matières  sont  mélangées,  seulement  la 
matière  reproductrice  peut  se  condenser  dans  un  point 
pour  rajeunir  l'espèce.  Chez  les  phanérogames  et  les  ani- 
maux la  matière  i-eproductrice  est  formée  à  nouveau 
pour  faire  revivre  l'espèce. 

Mais,  en  histoire  naturelle, une  classification  doit  être 
faite  d'après  des  caractères  apparents  et  c'est  sur  ces 
caractères  que  je  fonde  les  trois  règnes  des  corps  orga- 
nisés : 

RÈGNE  ANIMAL,  avec  système  vital,  système  reproduc- 
teur, système  nerveux; 

RÈGNE  VÉGÉTAL,  avec  système  vital,  système  repro- 
ducteur ; 

RÈGNE  CELLULAL,  avec  Système  vital. 

J'ai  représenté  cette  division  des  êtres  par  la  figure 
schématique  suivante. 

Le  règne  cellulal  me  parait  formé  de  trois  groupes  ou 
embranchements.  Les  Protistes,  les  Zoophytes,  les  Cryp- 
togames. Mais  il  faudra  enlever  de  ces  groupes  les  es- 
pèces qui  possèdent  un  système  reproducteur  comme 
celui  des  phanérogames  et  des  animaux  et,  à  plus  forte 
raison,  celles  qui  auraient  en  outre  un  système  ner- 
veux. 

Lorsqu'on  se  trouve  en  présence  d'un  animal,  qu'il 
soit  couvert  de  poils,  de  plumes  ou  d'écaillés,  s'il  montre 
des  mamelles,  sa  place  est  toute  trouvée  et  sans  hésita- 
tion on  le  range  avec  les  mammifères. 

Il  en  sera  ainsi  pour  les  trois  règnes  que  je  viens  de 
fixer  :  si  l'on  rencontre  un  corps  vivant  avec  un  système 
nerveux  et  un  système  reproducteur,  on  le  placera  parmi 
les  animaux  ;  si  le  système  nerveux  manque  et  qu'il  soit 
pourvu  du  système  reproducteur,  on  le  groupera  avec  les 
végétaux  ;  enfin,  si  c'est  un  eunuque,  on  le  laissera  à  la 
porte  du  harém  dans  le  groupe  des  cellulaux. 

Ce  qui  me  surprend  sans  en  être  étonné,  car  l'esprit 
trop  souvent  se  perd  dans  les  nuages  des  théories,  c'est 
de  rencontrer  parmi  les  animaux  des  êtres,  qui  sont  de 
beaucoup  inférieurs  aux  végétaux  et  de  voir  qu'on  a  in- 


116 


LE    NATURALISTE 


terrompu  la  chaîne  de  la  série  des  êtres  si  évidente  lors- 
qu'on en  suit  les  développements  progressifs,  pour  en 
faire  deux  chaînons  rivés  à  l'un  des  houts,  Pauvre  Dar- 
win, si  tu  vivais  encore,  que  dirais-tu  de  tes. disciples  ? 

D'^'JOUSSEAUME. 


NOTES  SUR  L'HIVER  DE  1894-1895 

Dans  le  département  des  Côtes-du-Nord 

[Suite) 


L'influence  dit  froid  sur  les  oiseaux.  —  Les  oiseaux 
doivent  souffrir  de  l'abaissement  de  la  température  beau- 
coup plus  que  les  autres  vertébrés.  D'abord  leurs  dépla- 
cements aériens  augmentent  considérablement  l'intensité 
du  froid  qu'ils  éjjrouvent  extérieurement,  puis  l'air,  arri- 
vant pour  ainsi  dire  dans  tout  l'organisme,  jusque  dans 
les  os,  les  pénètre  intérieurement.  La  température  du 
corps  des  oiseaux  est  élevée,  40°  à  41"  centigrades,  plus 
élevée  par  conséquent  que  chez  les  autres  animaux  :  la 
différence  entre  leur  température  et  celle  de  l'air  am- 
biant produit  donc  un  écart  énorme  dont  les  effets  sont 
naturellement  funestes.  Pour  conserver  leur  chaleur,  les 
oiseaux  hérissent  leurs  plumes  afin  d'augmenter  la  couche 
d'air,  mauvais  conducteur  de  la  chaleur,  emprisonnée 
par  le  duvet  qui  garnit  la  peau  et  la  tige  des  plumes  ;  ils 
se  trouvent  ainsi  entourés  d'un  véritable  édredon.  Pour 
garantir  l'extrémité  desailes  et  des  pattes,  parties  fort  dé- 
licates, éloignées  du  cœur,  osseuses  et  non  revêtues  de 
muscles,  ils  ramènent  les  longues  plumes  des  flancs  sur 
ces  organes  qui,  exposés  à  l'air  glacé,  seraient  bientôt 
gelées.  Mais  s'ils  peuvent  se  garantir  extérieurement  du 
froid  ;  pour  respirer  et  gonfler  les  sacs  aériens  indispen- 
sables pour  le  vol,  ils  sont  obligés  de  se  laisser  pénétrer 
intérieurement  par  l'air  froid,  aussi  est-il  à  remarquer  que 
pendant  les  grands  froids,  les  oiseaux  volent  bien  plus 
lentement,  sans  énergie,  silencieusement,  etqu'ils  ne  jiar- 
courent  que  de  petits  espaces  en  s'élevaiit  le  moins  pos- 
sible au-dessus  du  sol.  La  progression  aérienne  est  même 
si  pénible,  si  douloureuse  pour  eux  qu'on  les  voit  sou- 
vent se  laisser  tomber  tout  à  coupa  terre  comme  s'ils 
avaient  été  frappés  d'un  coup  de  fusil. 

La  douleur  que  les  oiseaux  éjjrouvent  à  voler  par  suite 
du  froid  n'est  pas  la  seule  cause  de  la  faiblesse  de  leur 
vol,  elle  résulte  encore  d'un  état  pathologique  fort  cu- 
rieux des  muscles  pectoraux  principaux  moteurs  des  ailes. 
L'amaigrissementqui  résulte  d'une  nourriture  insuffisante, 
comme  cela  a  lieu  par  un  hiver  dur,  n'est  pas  la  seule  et 
véritable  cause  de  l'atrophie  des  mucles  pectoraux,  je  se- 
rais tenté  d'attribuer  cet  état  particulier  à  l'effet  perni- 
cieux seul  du  froid.  En  effet,  chez  des  oiseaux  domes- 
tiques, tels  que  Paons  et  Pintades,  vivant  à  l'étatcomplet 
de  liberté  dans  un  grand  parc  et  volant  comme  des  oi- 
seaux sauvages,  j'ai  constaté  cet  amaigrissement  des 
muscles  pectoraux  pendant  l'hiver  1894-1893,  et  cepen- 
dant une  nourriture  saineetabondanteleurétait  distribuée 
chaque  jour  comme  de  coutume.  La  causJ>  de  la  paraly- 
sie, de  l'amaigrissement  des  muscfês^pectoraux  serait 
donc  uniquement  due  au  froid  prolongé.  Les  oiseaux 
ainsi  privés  de  leurs  moyens  de  locomotion  aérienne, 
deviennent  incapables  de  se   soustraire  aux   attaques  do 


leurs  ennemis,  de  parcouiàr  un  espace  suffisant  pour 
rechercher  leurnourriture  habituelle,  enfin  de  gagner  une 
région  où  ils  trouveraient  la  chaleur  et  l'abondance.  C'est 
ce  qui  expliquerait  la  promptitude  de  la  fuite  de  certains 
oiseaux  dès  l'apparition  du  mauvais  temps,  et  la  détresse 
de  ceux  qui,  moins  prévoyants,  sont  restés  comme 
bloqués  dans  une  localité  qu'ils  semblent  ne  plus  pouvoir 
quitter  et  où  ils  finissent  inévitablement  par  jierir. 

C'est  donc  à  l'atrophie  des  muscles  pectoraux  détermi- 
née par  le  froid  qu'il  faut  attribuer  la  principale  cause 
de  destruction  des  oiseaux  pendant  les  grands  hivers. 

L'alimentation  des  oiseaux  pendant  l'hiver.  —  Quand  la 
neige  couvre  entièrement  le  sol,  les  oiseaux  trouvent 
difficilement  leur  nourriture,  qui  devient  bientôt  insuffi- 
sante. Si  le  dégel  se  fait  attendre,  c'est  pour  eux  la  disette  ; 
le  verglas  survient-il,  c'est  la  famine  et  sa  suite  funèbre. 
Pendant  l'hiver  1894-1895  j'ai  capturé  chaque  jour  un 
certain  nombre  de  merles  dans  la  même  localité,  et  les 
ayant  pesés  et  fait  une  moyenne,  j'ai  constaté  que 
chaque  jour  ils  perdaient  de  leur  poids  deux"  à  trois 
grammes.  Nous  savons  que  l'alimentation  insuffisante 
cause  la  mort  du  sujet  quand  ce  dernier  a  perdu  les 
trois  dixièmes  de  son  poids  initial  ;  il  était  donc  facile  de 
prévoir  et  même  de  calculer,  l'hiver  persistant,  le  moment 
où  ces  oiseaux  devaient  fatalement  succomber.  L'alimen- 
tation est  insuffisante  non  seulement  quand  la  quantité 
des  aliments  devient  trop  restreinte,  mais  encore  si  le 
régime  approprié  à  l'espèce  est  incomplet,  c'est-à-dire 
s'il  ne  se  compose  pas  de  tous  les  éléments  nécessaires 
à  entretenir  le  renouvellement  des  tissus,  et  c'est  préci- 
sément ce  qui  se  produit  dans  les  circonstances  données. 
Les  merles,  les  grives,  les  rouges-gorges,  les  mésanges, 
etc.,  par  exemple,  trouvent  bien  encore  des  débris  de 
végétaux,  des  baies  d'arbustes  et  de  plantes,  mais  l'élé- 
ment tiré  du  règne  animal  comme  les  insectes,  les 
mollusques,  fait  défaut;  c'est  pour([uoi  ils  dépérissent, 
deviennent  malades,  et  finalement  saisis  par  le  froid 
succombent  misérablement.  Je  sais  bien  qne  l'on  m'op- 
posera que  ces  oiseaux  peuvent  s'accoutumer  au  régime 
végétarien,  mais  d'abord  ce  n'est  pas  sans  difficulté 
quand  ils  sont  adultes,  et  même  pris  au  nid,  beaucoup 
succombent,  et  dans  tous  les  cas  ce  n'est  pas  l'hiver 
quand  ils  sont  déjà  atteints  d'un  mal  déjà  trop  avancé 
pour  leur  permettre  de  supporter  cette  épreuve.  C'est 
tellement  vrai  que  tous  les  merles,  grives,  rouges-gorges 
etc.,  que  j'ai  capturés  pendant  l'hiver  1894-1890,  mis  en 
volière  et  au  régime  de  leurs  compagnons  de  captivité, 
sont  tous  morts.  J'ai  renouvelé  cette  expérience  plusieurs 
fois,  et  je  l'avais  déjà  tentée  lors  des  autres  hivers  durs 
que  nous  avons  eus,  et  toujours  avec  les  mêmes  résul- 
tats. 

J'ai  constaté,  non  sans  surprise,  que*  pendant  les 
grands  froids,  les  merles,  les  grives,  etc.,  qui  se  montrent 
si  friands  de  vers  de  terre,  d'insectes,  et  surtout  du  ver 
de  farine,  délaissent  complètement  ces  aliments  et  leur 
préfèrent  les  débris  végétaux  et  par-dessus  tout  les  baies 
telles  que  celles  de  houx,  de  genévrier,  d'églantier, 
d'asperge,  du  lierre,  du  gui,  etc.  J'ai  voulu  m'assurer 
jusqu'à  quel  point  cette  jjréférence  était  marquée  et  j'ai 
profité  de  l'hiver  1894-1893  alors  que  les  oiseaux  mou- 
raient de  faim,  pour  faire  l'expérience  suivante  : 

J'ai  amorcé  un  certain  nombre  de  pièges  semblables, 
les  uns  avec  des  insectes,  les  autres  avec  des  baies, 
changeant  alternativement  ces  amorces  dans  les  mêmes 
pièges   placés   aux  mêmes   endroits,    et  invariablement 


LE     NATURALISTE 


117 


j';ii  toujours  pris  lU's  merli's,  des  grives,  etc.,  ilans  les 
pièges  amorcés  avec  des  baies,  et  pas  un  seul  oiseau 
dans  les  iiiéges  amorcés  avec  des  insectes.  Pour  mieux 
jugi'i-  lie  ce  qui  se  passait,  j'ai  placé  sous  mes  fenêtres 
ces  pièges  et,  oliservaut  les  oiseaux  qui  venaient  s'y  faire 
prendre,  j'ai  parfaitement  vu  que  sans  hésiter  ils  allaient 
droit  au  piège  amorcé  de  baies.  Enlin  j'ai  mis  dans  les 
menues  pièges  des  baies  et  des  insectes,  et  j'ai  encore  vu 
les  oiseaux  se  jeter  mvariablement  sur  les  baies.  —  Que 
faut-il  conclure  de  là?  Que  les  oiseaux  épuisés  par  la 
famine  et  le  froid  ]n-éfèrent  les  alimwnts  dont  la  digestion 
produit  une  sorte  de  fermentation  alcoolique  qui  momen- 
tanément les  soutient  et  les  récbaulVe,  mais  ne  nourrit 
pas  et  ne  fuit  que  tromper  leur  faim  et  le  besoin  de 
réparer.  Les  oiseauxen  vinrent  à  .<<;  dévorer  entre  eux.  Ta.nt 
que  dura  ce  rude  hiver  1894-189:;,  les  rapaces  et  les 
mammifères  carnassiers  firent  Iiombance;  leurs  victimes 
étaient  liien  maigres,  mais  si  la  ijualité  laissait  à  désirer, 
ils  se  rattrapaient  largement  sur  la  quantité  qui  leur  était 
offerte  sans  autre  peine  que  de  ramasser  pour  ainsi  dire 
leurproie  incaiiable  de  fuiret  se  défendre.  Les  pies,  les  geais, 
les  corbeaux  et  même  les  mésanges  se  mirent  aussi  de  la 
partie.  Aussitôt  qu'un  oiseau  pris  au  piège  oublessé  poussait 
un  petit  cri  de  douleur,  tous  ces  [letits  bandits  emplumés 
se  précipitaient  .sur  le  pauvre  captif  et  le  dévoraient  à 
l'instant.  Les  corbeaux  freux  sont  des  oiseaux  de  mœurs 
douces  et  sociables,  leur  vie  est  frugale  et  laliorieuse  ; 
avec  leur  gros  bec  ils  piochent  sans  cesse  la  terre  pour 
en  extraire  des  insectes  et  notamment  les  larves  de 
hannetons,  leur  mets  de  prédilection;  mais  par  les  hivers 
rigoureux  et  neigeux,  la  nourriture  leur  faisant  défaut, 
ils  deviennent  agressifs  vis-à-vis  des  autres  oiseaux  et 
même  des  mammifères,  ils  gobent  les  pauvres  alouettes 
transies  de  froid  sur  la  neige  ;  on  cite  des  exemples  de 
lièvres,  de  chevreuils  et  même  de  chiens  attaqués  par  les 
freux.  A  la  fin  de  l'hiver  1894-1895,  poussés  aux  der- 
nières limites  de  la  famine,  épuisés  par  le  froid,  ils  en 
arrivèrent  à  se  dévorer  entre  eux.  On  les  voyait  perchés 
sur  les  pommiers  en  bandes  nombreuses,  les  plumes 
hérissées,  ne  se  souciant  plus  de  l'approche  de  l'homme, 
leurs  petits  yeux  brillaient  d'un  éclat  féroce,  et  aussitôt 
qu'ils  voyaient  l'un  d'eux  s'aifaiblir,  tous  se  jetaient  sur 
lui,  et  un  instant  après  il  ne  restait  plus  de  la  victime 
qu'un  squelette  digne  du  meilleur  préparateur. 

Le  ]iro]iriéiaire  d'un  château  des  -environs  de  "M..., 
péniblement  impressionné  par  ces  scènes  de  carnage  et 
la  vue  de  tous  ces  sifuelettes  gisant  tristement  sur  la  neige 
qui  couvrait  la  pelouse  et  les  allées  de  sa  iiropriété, 
donna  l'ordre  au  jardinier  d'enlever  ces  ossements;  il  y 
en  eut  plusieurs  brouettées  ! 

Destruction  des  oiseaux  pendant  l'hiver  1894-1895.  — 
Pendant  cet'  hiver  les  enfants  et  les  ouvriers  inoccupés 
passèrent  leur  temjis  à  tendre  des  ]iièges  de  toutes  sortes 
aux  petits  oiseaux  ;  aussi  les  effets  de  cette  destruction 
générale  furent-ils  désastreux,  comme  on  l'a  constaté 
plus  tard.  Pour  en  donner  une  idée  :  un  habitant  de  la 
petite  ville  de  X...  captura,  dans  le  jardinet  de  la  maison 
qu'il  habite,  quatre  cents  petits  oiseaux  en  une  semaine. 
Ces  malheureux  petits  oiseaux  étaient  si  maigres  (jne, 
renonçant  à  les  rôtir,  on  fut  obligé  de  les  mettre  en 
ragoût  pour  en  tirer  au  moins  la  sauce.  Sur  les  plages, 
les  bécasses  furent  massacrées  à  coups  de  bâton,  et  c'est 
par  centaines  qu'elles  furent  vendues  quatre  sous  la 
pièce;  c'était  encore  trop  cher  pour  ce  qu'elles  valaient 
au  jioint  de  vue  culinaire.  Maintenant  un  seul  exempli' 


pour  donner  en  petit  une  idée  de  ce  ipii  ]ieiil  se  |)asser 
en  grand  dans  les  campagnes,  pour  la  destruction  des 
oiseaux  :  Dans  le  jian;  du  château  de  X...  il  y  avait  au 
commencement  de  l'hiver  trois  couples  de  grives  draines; 
une  fut  prise  au  piège,  la  seconde  fut  tuée  au  fusil,  trois 
auii'cs  dévorées  par  un  épervier,  la  dernière  disparut  sans 
([ne  l'on  sache  ce  qu'elle  était  devenue,  et  l'on  s' étonne 
ensuite  de  n(>  jilus  voir  d'oiseaux  au  printemps  suivant! 

Les  effets  de  l'hiver  1894-l89o  sur  la  faune  locale.  — 
Depuis  l'hiver  1894-189.'j  la  dimiimtion  des  oiseaux  est 
telle  que  tout  le  monde  en  a  été  frappé,  je  dirai  même 
ému  et  attristé.  Je  ne  i)uis,  dans  ces  notes  déjà  trop 
longues,  passer  en  revue  toute  la  faune  locale,  je  signa- 
lerai seulement  quelques  groupes  et  quelques  espèces  qui 
ont  attiré  le  plus  l'attention.  Tous  les  oiseaux  granivores, 
tels  que  pigeons,  bruants,  chardonnerets,  alouettes, 
linots,  etc.,  ont  ])eaucoup  soull'ert  ;  ils  ont  été  décimés 
par  les  effets  du  froid  et  les  divers  modes  de  destruction 
employés  pour  les  capturer,  au  point  de  devenir,  sinon 
rares,  au  moins  très  clairsemés.  Les  merles,  les  grives, 
les  rouges-gorges,  les  accenteurs  et  les  mésanges  sont 
les  oiseaux  qui  ont  le  plus  souffert;  on  cite,  maintenant, 
les  localités  possédant  encore  un  couple  de  ces  espèces. 

Parmi  les  disparus  :  un  charmant  petit  bec-fin,  le 
pit-chou  et  le  busard  Saint-Martin.  Depuis  que  les  grands 
massifs  d'ajoncs  ont  été  gelés  pendant  cet  hiver  terrible, 
pas  un  de  ces  oiseaux  n'a  reparu  ici.  Les  râles  d'eau  qui 
hivernent  dans  les  bois  marécageux  ont  tous  péri,  pas  un 
n'a  reparu  depuis.  Le  troquet-pàtre,  sédentaire  dans  les 
landes,  n'a  pas  pu  résister  à  l'hiver  1894-180o,  et  main- 
tenant on  compte  facilement  les  couples  qui  sont  venus 
repeupler  le  pays.  Les  martins-pêcheurs  qui,  depuis  les 
hivers  rigoureux  des  années  précédentes,  avaient  bien 
diminué,  sont  devenus  maintenant  rares  partout. 

Il  est  à  remarquer  aussi  que  plusieurs  espèces  qui 
viennent  habituellement  hiverner  en  Bretagne  ne  se 
sont  pas  montrées  en  1894;  c'est  à  peine  si  l'on  a  vu 
quelques  sujets  qui  n'ont  pas  tardé  à  disparaître.  Le  pic 
cendré,  la  bergeronnette  yarell,  les  tarins  cabarets,  la 
mésange  petite  charbonnière,  ont  été  rares  jiartout,  et  il 
en  a  été  de  même  pendant  l'hiver  1895-1896,  malgré  la 
douceur  de  la  température. 

La  faune  locale  se  relèvera-t-elle  des  désastres  que  lui 
a  fait  subir  l'hiver  1894-1895'?  C'est  possible,  mais  il  y 
a  des  probabilités  pour  craindre  le  contraire.  Il  ne  fau- 
drait pas  que  la  destruction  des  oiseaux  telle  qu'elle 
est  pratiquée  continuât,  sinon  les  derniers  survivants 
disparaîtront,  et  il  n'en  vienilra  pas  d'autres  pour  les  rem- 
placer. 

Quand  une  espèce  a  disparu  dans  une  localité,  il  est 
très  rare  de  l'y  voir  reparaître  et  s'y  propager  comme 
jadis,  malgré  tout  ce  que  l'on  peut  faire  pour  en  faciliter 
le  repeuplement.  Surtout  si  les  conditions  particulières 
du  sol  et  de  ses  productions  ont  été  modifiées. 

Il  est  vrai  que  les  oiseaux,  libres  comme  l'air  qu'ils 
parcourent  nuit  et  jour,  vont,  viennent,  pour  combler  les 
vides  qui  peuvent  se  produire  sur  certains  points  ;  mais 
ils  ne  s'arrêtent  et  ne  se  fixent  que  dans  les  endroits  où 
ils  trouvent  ce  qui  est  nécessaire  à  leur  genre  do  vie;  ils 
n'y  descendent  qu'attirés  par  la  présence  do  leurs  con- 
génères qui  répojident  aux  cris  d'appel  qu'ils  ne  manquent 
jamais  de  faire  en,i"endre  en  traversant  les  airs. 

On  ne  se  doute  jfes  de  la  quantité  et  de  la  variété  des 
espèces  d'oiseaux  ([ui  passent  inaperçus  dans  les  airs,  il 
faut  des  circonstances  fortuites  et  jiarticnlières  pour  s'en 


118 


LE     NATURALISTE 


rendre  compte.  Bien  des  surprises  sont  réservées  à  l'or- 
nithologiste qni  recueille  les  oiseaux  qui  viennent  s'as- 
sommer sur  les  phares,  dans  les  fils  télégraphiques,  dans 
les  filets  tendus  sur  les  plages,  surtout  à  L'embouchure 
des  fleuves;  parmi  les  victimes  de  to.us  ces  engins  de 
destruction  on  rencontre  des  espèces  dont  on  ne  pouvait 
même  jias  soupçonner  la  présence. 

Les  modifications  apportées  au  sol  et  à  ses  productions, 
qui  surviennent  accidentellement,  ou  par  le  fait  de 
rhomme,  comme  les  inondations,  les  invasions  d'insectes, 
les  productions  extraordinaires  de  fruits,  de  graines,  les 
changements  de  culture,  etc.,  enfin  les  perturbations  at- 
mosphériques, forcent  et  engagent  les  oiseaux  à  se  dé- 
placer, à  circuler  et  à  se  montrer  parfois  en  grand  nombre 
là  où  on  ne  les  avait  pas  vus  auparavant. 

Si  rien  n'était  changé  à  l'ordre  naturel  des  choses  par 
l'intervention  de  l'homme,  les  grands  hivers  auraient 
pour  effet  de  fortifier  et  de  régénérer  les  races  locales, 
et  non  de  les  détruire.  Les  sujets  faibles  ou  malades 
succomberaient  forcément,  il  est  vrai,  mais  les  vides 
seraient  bien  vite  comblés  par  d'autres  sujets  venant 
d'ailleurs.  Le  sang  de  la  race  se  renouvellerait  ainsi 
maintenant  l'invariabilité  de  l'espèce  qui  se  propagerait 
dans  de  meilleures  conditions,  les  germes  de  maladies, 
les  parasites  disparaîtraient,  les  occasions  de  contagion 
diminueraient,  les  sujets  ayant  moins  de  points  de  con- 
tact, se  trouvant  plus  espacés,  les  ressources  alimentaires 
deviendraient  plus  abondantes,  le  nombre  des  consom- 
mateurs ayant  diminué,  enfin  les  ennemis  naturels  dispa- 
raîtraient, ou  du  moins  diminueraient,  comme  cela  se 
produit  toujours  quand  l'espèce  qui  est  la  victime  tend 
elle-même  à  se  décimer  momentanément. 

Mais  il  n'en  est  pas  ainsi  malheureusement,  la  des- 
truction des  oiseaux  ne  désarme  pas,  même  après  les 
épreuves  d'un  hiver  rigoureux;  le  défrichement,  les  pro- 
grès de  la  culture  privent  les  oiseaux  des  refuges,  des 
ressources  que  leur  réservaient  les  bois,  les  landes,  les 
arlu-es  creux,  les  herbages  et  les  buissons  laissés  sur  pied, 
indispensables  à  la  protection  et  à  la  conservation  des 
oiseaux. 

Les  agriculteurs  devraient  pourtant  bien  se  pénétrer 
de  cette  vérité  :  l'oiseau  est  utile,  parce  qu'il  est  indis- 
pensable dans  l'équilibre  naturel  qui  doit  exister  entre  le 
règne  animal  et  le  règne  végétal,  et,  une  fois  détruit, 
rompu,  cet  équilibre  ne  pourra  plus  être  rétabli.  On 
peut  inventer  des  machines  agricoles  du  dernier  perfec- 
tionnement, organiser  des  concours  agricoles,  distribuer 
des  récompenses  nationales,  on  ne  pourra  jamais  créer 
le  plus  petit  oiseau  ni  remplacer  ses  services  par  une 
machine  quelconque,  par  un  produit  chimi(iue  nouveau. 

Si  l'ou  a  parfois  exagéré  le  bien  et  le  mal  que  font  les 
oiseaux,  comme  il  est  impossible  de  voir  leur  utilité,  il 
faut  les  protéger,  et  au  moins  ne  pas  les  détruire. 

Albert  Cretté  de  P.\lluel. 


EXPÉRIENCES   SUR  LES    ROCHES  ASPHALTIQUES 


L'asphalte,  ou  bitume,  est  une  matièce  des  mieux  ca- 
ractérisées et  dont  l'histoire  géologique»-  se  signale  par  sa 
netteté.  Elle  paraît  représenter  le  composéhydrocarboné 
solide  typique  résultant  de  réactions  purement  minérales, 
par  exemple  entre  des  carbures  métalliques  et  les  hydra- 


cides  do  l'eau.  A  ce  titre  il  y  a  un  vif  intérêt  à  recon- 
naître sa  distribution  par  rapport  aux  diverses  roches  et 
par  rapport  aux  accidents  géologiques  :  le  résultat  paraît 
montrer  qu'on  s'est  souvent  trompé  à  cet  égard. 

Il  n'y  a  rien  en  effet  de  plus  fréquent  que  la  dénomi- 
nation de  bitumineuses  accordée  à  des  masses  rocheuses, 
renfermant  des  combinaisons  carbonées  d'origine  orga- 
nique et  n'ayant  aucun  lien  réel  avec  le  bitume.  Des  con- 
fusions considérables  en  sont  résultées  et  par  exemple, 
dans  un  ouvrage  récent  (1),  Jaccard  s'est  efforcé  à  donner 
une  théorie  embrassant  à  la  fois  l'histoire  des  asphaltes, 
celle  des  schistes,  des  calcaires  et  des  autres  roches  dites 
bitumineuses,  et  même  celle  de  la  houille  et  des  autres 
combustibles  fossiles. 

Au  début  d'études  qui  m'ont  occupé  plusieurs  années, 
je  me  suis  préoccupé  tout  d'abord  de  trouver  un  réactif 
qui  permît  la  reconnaissance  de  l'asphalte  dans  les  mé- 
langes les  plus  divers  où  il  puisse  entrer.  J'ai  cherché 
aussi  un  ])rocédé  de  séparation  de  l'asphalte  ijui  permît 
de  l'obtenir  chimiquement  pur.  Enfin  j'ai  appliqué  fa  sé- 
paration dont  il  s'agit  au  dosage  du  carbure  dans  les 
roches. 

Après  un  certain  nombre  d'essais,  j'ai  été  assez  heu- 
reux pour  trouver  dans  le  sulfure  de  carbone  un  agent 
tout  à  fait  convenable  au  Imt  que  je  poursuivais. 

Le  bitume  ou  asphalte  est  immédiatement  soluble  dans 
ce  liquide  et  se  dépose  sans  altération  par  simple  éva- 
poration.  Un  fragment  de  calcaire  aspïialtique  abandonné 
dans  le  sulfure  de  carbone  se  décolore  complètement  à 
la  surface  avec  une  très  grande  rapidité  ;  sa  poussière 
est  privée  de  carbure  presque  instantanément. 

Dès  lors,  la  méthode  de  dosage  se  présente  d'elle-même 


Étude  des  roches  asphaltitjues. 
à  l'esprit  et  suppose  le  tout  petit  matériel  représenté  ci- 
joint,  augmenté  bien  entendu  d'une  balance  d'analyse. 

Voici  comment  j'opère  :  la  roche  à  étudier  est  fine- 
ment pulvérisée.  On  en  met  10  grammes  dans  le  petit 
col  droit  représenté  à  gauche  de  la  figure  avec   '60   centi- 

(1)  Le  pétrole,  l'asphalte  et  le  bitume,  l  vol.  in-S",  Paris  1873. 


LE     NATURALISTE 


119 


mètres  cubes  de  sulfure  de  carbone.  Le  llacon  bien  bou- 
ché est  agité,  ])uis  soumis  quelques  heures  à  la  tempé- 
rature du  laboratoire. 

Après  ce  délai  la  dissolution  asphaltique  est  jetée  dans 
l'entonnoir  représenté  au  milieu  de  la  ligure  et  qui  peut 
être  fermé  à  l'émeri.  Il  contient  un  lampon  d'amiante 
qui  réalise  une  liltration  parfaiteetnc  laisse  passer  (]u'un 
liquide  limpide.  Le  col  droit  est  lavé  à  deux  ou  trois  re- 
prises avec  du  sulfure  de  carbone,  jusqu'à  ce  qu'on  n'y 
voie  ])lus  trace  de  la  coloration  due  à  l'asphalte,  et  le 
liqtiide  de  lavage  est  jeté  dans  l'entonnoir.  Celui-ci,  après 
la  liltration,  est  lavé  do  même  avec  un  peu  do  sulfure  de 
carbone,  jusqu'à  ce  que  l'amiante  et  les  autres  parties 
de  l'appareil  soient  absolument  débarrassés   de  bitume. 

Tout  le  liquide  réuni  dans  le  bocal  placé  sous  l'enton- 
noir est  versé  dans  la  capsule  de  porcelaine  exactement 
tarée  qui  est  dessinée  à  droite  de  la  ligure.  On  y  ajoute 
un  peu  de  sulfure  de  carbone  ayant  servi  à  laver  le  bocal 
de  tout  ce  qui  aurait  pu  y  rester  d'asphalte. 

Il  suffit  alors  d'abandonner  à  l'air  (sous  une  cloche  sou- 
levée pour  arrêter  les  poussières)  le  liquide  contenu  dans 
la  capsule  i)Our  qu'une  pesée  donne  la  quantité  exacte 
d'asphalte  procuré  par  les  10  grammes  de  roche  exa- 
minée. 

Des  essais  répétés  ont  prouvé  que  l'asphalte  se  dissout 
seul  et  qu'il  se  dissout  complètement,  de  sorte  que  les 
résultats  sont  tout  à  fait  exacts. 

La  manipulation  est  si  simple  qu'on  ]ieut  suivre  jusque 
dans  les  détails  les  variations  d'imiirégnation  d'une 
couche  asphaltique.  C'est  ce  que  j'ai  fait  sur  des  échan- 
tillons venant  du  Val-de-Travers  (Suisse)  et  sur  d'autres 
que  j'avais  recueillis  à  Lovagny  (Savoie)  et  à  Pyrimont 
(Ain).  Les  conclusions  sur  lesquelles  nous  ne  pouvons 
insister  faute  de  jjlace,  sont  très  intéressantes  au  point 
de  vue  de  la  théorie. 

Les  chiffres  qu'on  obtient  avec  les  échantillons  les 
plus  divers  de  ces  gisements  urgoniens  varient  de  1  à 
12  0/0  d'asphalte  pour  les  types  normaux.  Exceptionnel- 
lement il  s'est  fait  des  collections  de  bitume  presque  pur 
dans  les  fissures  ou  dans  des  cavités. 

Un  point  sur  lequel  il  faut  insister  parce  qu'il  est  très 
imprévu,  c'est  que  l'immense  majorité  des  roches  dites 
bitumineuses  ne  contiennent  pas  trace  d'asphalte.  Il  faut 
y  insister  un  peu,  parce  que  la  théorie  doit  s'en  ressentir 
immédiatement. 

Par  exemple,  les  schistes  d'où  la  distillation  retire  tant 
de  carbure,  et  qui  flamiient  sur  le  feu,  comme  ceux  des 
environs  d'Autun,  traités  par  la  méthode  qui  vient  d'être 
résumée,  n'aliandonnent  absolument  rien  au  sulfure  de 
carbone,  même  après  une  digestion  prolongée.  Le  nom 
de  schiste  bitumineux  qu'on  leur  donne  si  souvent  ne  leur 
va  donc  jias  et  celui  de  naphtoschiste  ne  convient  pas 
mieux. 

J'ai  étudié  les  schistes  tertiaires  de  Menât  (Puy-de- 
Dome)  qui  ])euvent  être  distillés  :  le  résultat  a  été  égale- 
ment négatif. 

Parmi  les  roches  ordinairement  appelées  bitumineuses 
les  calcaires  se  signalent  par  leur  fréquence  et  avant 
tout  les  marbres  noirs  ou  gris  des  terrains  anciens  que 
signale  l'odeur  fétide  qu'y  provoque  le  choc.  On  sait 
comment  M.  Spring  a  élégamment  montré  que  lacause  de 
cette  fétidité  réside  dans  la  présence  d'une  certaine  quan- 
tité de  phosphamine  et  d'acide  sulfhydrique.  J_,e  sulfure 
de  carbone  n'enlève  à  ces  calcaires  que  des  traces  de 
substances  et  qui  ne  sont  point  comparables  au  bitume. 


Il  en  est  de  même  pour  la  série  des  combustibles  fos- 
siles que  j'ai  examinés  :  ni  les  anthracites,  ni  les  houilles 
même  grasses,  ni  les  lignites,  ni  même  les  tourbes  com- 
pactes ne  donnent  de  bitume  au  dissolvant  et  j'ai  pu, 
avec  le  même  résultat  négatif,  examiner  les  boghead  et 
les  cannelcoal.  Il  n'y  a  d'exception  que  pour  des  combus- 
tildes  métamorphiques  ayant  subi  un  éch.iuiïement  plus 
ou  moins  intense,  et  encore  la  conclusion  de  l'analyse  ne 
doit-elle  être  considérée  que  comme  provisoire,  lamatière 
solublc  n'étant  pas  de  l'asphalte. 

Il  a  paru  intéressant,  à  cause  de  l'origine  profonde  pos- 
sible du  bitume,  d'examiner  des  roches  renfermant  des 
minéraux  filoniens  et  qui  couramment  sont  qualiliés  de 
bitumineuses. Tels  sont  les  schistes  cuprifères  duMansfold, 
et  les  cinalires  dits  bitumineux  de  laCarniole.  Ni  la  roche 
de  Thuringe,  ni  celle  d'Idria  n'ont  abandonné  au  sulfure 
de  carbone  de  l'asphalte.  La  dernière  cependant  a  laissé 
dissoudre  de  très  petites  quantités  d'une  manière  assez 
analogue,  mais  dont  la  très  faible  proportion  montre 
qu'elle  n'intervient  pas  efficacement  dans  la  coloration 
noire  du  minéral. 

On  sait  que  les  belles  émoraudes  de  Muso  (Colombie) 
sont  empâtées  dans  une  roche  noire  charbonneuse  qui 
affecte  assez  une  disposition  fîlonienne  :  cette  roche  ne 
contient  pas  de  bitume. 

Enfin,  sans  épuiser  l'ênumèration  des  matières  exa- 
minées, j'ajouterai  que  j'ai  appliqué  le  sulfure  de  car- 
bone à  l'examen  des  météorites  charbonneuses  d'Orgueil 
et  de  Kold  Bokkeweldt.  Ni  l'une  ni  l'autre  n'a  donné 
d'asphalte.  Ce  résultat  négatif  est  d'autant  plus  remar- 
quable qu'on  se  sentait  porté  à  première  vue  à  rapprocher 
ces  roches  cosmiques  de  nos  produits  volcaniques  bien  plus 
que  de  nos  masses  sédimentaires  ;  pourtant  la  matière  char- 
bonneuse qu'elles  contiennent  présentent  vis-à-vis  du 
sulfure  de  carbone  plus  de  ressemblance  avec  les  dérivés 
des  substances  organiques  d'origine  biologique  qu'avec 
les  résultats  d'action  purement  minérale.  Il  ne  faut  pas 
aller  trop  vite  dans  les  déductions,  mais  le  fait  est  digne 
de  mention. 

La  conséquence  des  expériences  qui  viennent  d'être 
résumées,  c'est  que  les  roches  contenant  de  l'as- 
phalte sont  peu  nombreuses  et  que,  sans  doute,  elles 
ont  été  soumises  à  des  actions  exceptionnelles.  On  est 
confirmé  dans  cette  manière  de  voir  quand  on  fait  attention 
à  leur  gisement.  Beaucoup  d'entre  elles  sont  dans  des 
localités  franchement  volcaniques  comme  le  Pont-du- 
Chàteau  et  le  Puy-de-la-Poix"en  Auvergne  et  le  lac  As- 
phaltite  ou  celui  de  la  Trinité,  et  les  environs  de  Bakou, 
etc.  etc.  Les  autres  sontincontestaldemenc  surdegrandes 
cassures  terrestres. 

Quoi  qu'en  ait  dit  Jaccard,  tous  les  gisements  de  l'Ain, 
de  la  Savoie  et  du  Jura  sont  alignés  surdeslignes  de  failles 
non  pas  suivant  l'arête  de  chaînes  montagneuses,  mais 
parallèlement  à  cette  arête,  ce  qui  revient  au  même.  Ce 
gisement  offre  une  analogie  intime  avec  celui  des  sources 
minérales  et  des  dégagements  d'acide  carbonique  ou  de 
gaz  inflammables. 

On  ne  peut  douter  d'après  cela  que  le  bitume  ne  soit 
élaboré  dans  la  profondeur,  puis  amené  vers  la  surface 
grâce  à  un  véhicule  convenable. 

La  réaction,  c'est  certainement  celle  qui  prend  nais- 
sance entre  les  carbures  métalliques  et  les  hydracides  ou 
l'eau,  exceptionnellement  par  une  action  métamorphique 
intense  sur  les  combustibles  minéraux.  Quant  au  véhi- 
cule, il  consiste  bien  manifestement  en  pétrole  ;àcet  égard 


120 


LE     NATURALISTE 


on  a  tous  les  inlermédiaires  possibles  entre  les  sources 
de  pétrole  limpide  presque  incolore,  c'est-à-dire  dépourvu 
d'asphalte  jusqu'aux  points  où  le  sol  est  encombré  de  kire 
ou  pissasphalte  dans  lesquels  le  pétrole  est  au  contraire 
en  déficit. 

La  solution  de  l'asphalte  dans  le  pétrole  pénètre  par 
capillarité  dans  les  roches  poreuses,  sables,  grès,  cal- 
caires et  son  évaporation  les  rend  bitumineuses.  Cette  cir- 
constance que  j'ai  imitée  par  des  expériences  d'impré- 
gnation artificielle  de  roches  très  variées,  explique,  jus- 
que dans  les  détails  intimes  les  particularités  des  gise- 
ments à  divers  niveaux  et  tout  particulièrement  dans  l'ur- 
gonien  de  notre  région  jurassienne. 

Stanislas  Meunier. 


LA  COMBUSTION  DES  CORPS  DANS  LES  INCENDIES 


Les  catastrophes  analogues  à  celles  duBazar  de  la  cha- 
rité de  la  rue  Jean-Goujon  sont,  à  Paris,  plus  fréquentes 
qu'on  ne  le  pense,  bien  qu'il  n'y  en  ait  peut-être  jamais 
eu  d'aussi  touchante,  à  cause  de  son  but  charitable. Nous 
n'avons  pas  à  célébrer  le  mérite  des  victimes  du  devoir; 
notre  rôle  est  liien  différent.  L'histoire  naturelle  trouve 
à  glaner  dans  ces  accidents  quelque  chose  de  plus  maté- 
riel qui  ne  manque  pas  d'intérêt.  L'action  du  l'eu  sur  les 
corps  des  humains  ou  des  animaux  domestiques  se  pro- 
duit dans  une  foule  de  circonstances,  dans  les  construc- 
tions en  bois,  dans  les  écuries,  dans  les  théâtres,  dans 
les  wagons  de  chemin  de  fer  et  dans  les  incendies  de 
toute  espèce  tant  sur  mer  (jue  sur  terre.  La  médecine 
a  divisé  les  brûlures  en  six  degrés,  qu'il  serait  troj)  long 
d'énumérer  ici,  d'autant  plus  qu'elle  n'a  en  vue  que  les 
malades,  c'est-à-dire  les  vivants.  Nous  allons  plus  loin, 
et  nous  recherchons  surtout  l'action  du  feu  sur  les  ca- 
davres. On  peut  diviser  cette  action  comburante  en  trois 
formes  carac(éristi(iues,  suivant  que  la  combustion  a  été 
plus  ou  moins  intense,  et  surtout  ])lus  ou  moins  prolon- 
gée. Le  temps  est  un  facteur  important,  non  seulement 
en  physique  et  en  mathématiques,  mais  aussi  quand  il 
s'agit  de  l'action  du  feu  sur  les  corps  vivants  ou  morts. 

1°  Le  premier  degré,  c'est  la  peau  de  baudruche,  pour 
traduire  par  une  expression  imagée  le  gonflement  singu- 
lier déterminé  sur  les  corps  par  un  commencement  de 
combustion,  bien  que  la  peau  ne  soit  pas  ordinairement 
desséchée  mais  visqueuse,  et  qu'elle  tende  à  se  dépouil- 
ler de  son  épiderme  soulevé,  qui  se  détache  alors  par 
larges  lambeaux.  En  effet  les  brûlures  du  dorme  pro- 
duisent des  phlyctènes  à  sa  surface;  l'épiderme  se  bour- 
soulle  au-dessus  de  la  sérosité  qui  la  distend,  comme  les 
ampoules  formées  par  lasérositéd'unvésicatoire.Mais.en 
même  temps  que  se  produit  ce  phénomène  superficiel,  l'in- 
tensité de  la  chaleur  d'un  incendie  dilate  les  gaz  contenus 
dans  les  viscères,  ou  produits  par  la  décomposition  même 
de  nos  tissus,  de  sorte  que  les  parois  des  corps  sont  dis- 
tendues outre  mesure,  au  point  de  se  rompre  sous  l'in- 
fluence des  tractions  et  des  pressions  de  toute  nature 
auxquelles  elles  sont  exposées.  On  voit  cela  souventchez 
les  chevaux,  qui  succombent  dans  les  Cirques  ou  dansles 
écuries  incendiés.  Les  cadavres  ressemblent  alors  à  ces 
animaux  en  baudruche  distendue,  que'I'on  voit  attachés  à 
la  devanture  des  magasins  de  jouets  d'enfants. 


La  recherche  des  cadavres,  à  la  suite  d'un  incendie,  est 
plus  pénible  que  l'on  ne  le  croirait  tout  d'abord.  Au  lieu 
de  corps  calcinés,  desséchés  par  la  chaleur  intense  du 
foyer,  qu'on  s'attendait  à  y  rencontrer,  on  recueille  des 
débris,  couverts  d'une  fange  noire  et  gluante,  provenant 
moins  de  la  combustion  des  corps  que  des  décombres 
carbonisés  et  réduits  en  poussière  de  charbon,  délayée 
dans  l'eau  qui  a  été  projetée  par  les  pompes  à  vapeur.  Ce 
bourbier  infect  sent  la  peinture  brûlée,  la  laine  calcinée 
et  la  fumée  ;  et  on  s'explique  très  bien,  d'après  ce  qui  pré- 
cède, que  certains  corps  se  déchirent  et  laissent  écouler 
leurs  viscères  au  dehors,  au  moment  où  on  les  retire  de 
dessous  les  décombres.  C'est  ainsi  que  des  membres  épars 
sont  dispersés  çà  et  là  :  une  tête,  une  main,  un  pied,  des 
bras,  des  jambes,  des  entrailles  et  du  sang  se  retrouvent 
isolés  des  corps  auxquels  ils  appartiennent.  C'est  un  lu- 
gubre spectacle,  où  un  étranger  ne  voit  que  du  noir,  du 
rouge  et  du  gris  de  toutes  les  nuances  ternes. 

2°  Le  second  degré  est  la  carbonisation.  Elle  peut  offrir 
tous  les  aspects  :  depuis  la  chair  des  animaux  irréguliè- 
rement rôtie  sur  un  gril,  jusqu'à  un  bloc  de  charbon  qui 
prend  feu  comme  une  croûte  de  pain  brûlée,  en  se 
réduisant  en  braise  et  en  cendres  si  on  laisse  à  la  com- 
bustion le  temps  de  terminer  son  œuvre  de  destruction. 
Dans  cet  état,  ce  qui  frappe  le  plus  l'observateur,  c'est 
le  ratatinement  des  corps  carbonisés,  on  dirait  des  petits 
enfants  amaigris.  C'est  ce  qu'on  voit  notamment  dans 
certains  incendies  de  théâtre  ou  de  chemins  de  fer,  dont 
les  portes  sont  fermées;  et  dans  ceux  qui  se  déclarent 
sur  un  navire,  que  l'on  a  dû  abandonner  sans  pouvoir  le 
sauver.  Comme  on  le  voit,  c'est  surtout  une  question  de 
temps. 

3°  Enfin  un  dernier  degré  de  combustion  des  cadavres, 
plus  rare  dans  les  incendies  ordinaires,  que  l'on  observe 
bien  dans  les  fours  crématoires,  c'est  l'incinération.  Alors 
toute  la  partie  organique  des  corps  est  volatilisée,  et  ré- 
duite à  l'état  de  gaz  qui  se  sont  dispersés  dans  l'atmos- 
phère. Il  ne  reste  plus  que  les  os,  sous  la  forme  d'un 
petit  tas  de  fragments  fragiles,  d'une  éclatante  blan- 
cheur. C'est  de  la  chaux  vive,  d'autant  plus  cassante 
qu'elle  renferme  un  peu  de  silice  vitrifiée  par  la  chaleur, 
dans  la  proportion  de  3  pour  lOO  à  peine.  On  peut  dire 
que  la  nature  a  bâti  notre  squelette  à  chaux  et  à  sable, 
pour  le  renilre  jjIus  résistant.  Il  est  rare  qu'un  incendie 
se  prolonge  assez  longtemps  pour  produire  cette  trans- 
formation ultime;  surtout  dans  nos  pays  civilisés  où  on 
a  hâte  de  le  noyer.  Cependant  c'est  là  le  seul  moyen 
d'expliquer  la  disparition  des  morts  dont  on  ne  retrouve 
pas  les  cadavres. 

(Jn  peut  dire,  sans  la  moindre  exagération,  que  c'est 
par  centaines  que  l'on  compte  les  incendies  dans  lesquels 
il  y  a  un  nombre  important  de  victimes,  depuis  87  ans. 
En  1810,  le  premier  de  ces  accidents  s'est  développé  sur 
terre,  d'une  façon  à  peu  près  identique  à  celui  de  la  rue 
.lean-Goujon,  dans  la  rue  de  la  Chaussée-d'Antin,  lors 
du  mariage  de  Napoléon  I'"'  avec  l'impératrice  Marie- 
Louise,  au  milieu  du  bal  donné  par  le  prince  de  Schwar- 
zenberg,  l'ambassadeur  d'Autriche  à  Paris.  C'était  une 
vaste  salle  en  planches,  fraîchement  vernie  à  l'alcool 
pour  faire  sécher  les  peintures  plus  vite,  surchauff'ée  par 
les  chaleurs  de  juillet,  par  l'animation  de  quinze  cents 
personnes  et  par  un  luminaire  gigantesque  descendant 
du  plafnntj,  ornée  de  riches  tentures  en  étoffes  légères, 
éminemment  combustibles.  Une  lumière  quelconque 
met  le  feu  à  une  draperie  ;  le  plafond  s'enflamme  d'un 


LE     NATURALISTE 


121 


])Oul  ù  rrtutrt'  avec  la  rapidité  d'uno  fusée  d'artifice;  en 
trois  secondes,  raconte  un  des  assistants,  alors  colonel 
d'état-major  général.  Instantanément  des  centaines  de 
peisonnes  en  toilettes  légères  se  trouvent  sous  un  bra- 
sier ardent,  qui  dégage  une  chaleur  intense  :  on  se  sent 
la  tète  en  feu  !  Naturellement  c'est  un  sauve-qui-peut 
général;  tout  le  monde  se  précipite  affolé  vers  les  portes 
de  sortie,  toujours  mille  fois  trop  étroites  pour  tant  de 
monde  qui  s'échappe  à  la  fois.  On  marche  sur  les 
longues  traînes  des  dames,  elles  ne  peuvent  plus  avan- 
cer; on  les  lionscule,  elles  tombent;  ceux  qui  les  suivent 
sont  poussés  iiien  davantage  encore  |)ar  les  retardataires 
qui  sentent  déjà  les  atteintes  du  feu. 

Ils  tombent  à  leur  tour  sur  les  personnes  déjà  tom- 
bées, et  qui  n'ont  pas  le  temps  de  se  relever,  de  sorte  que 
les  portes  sont  obstruées.  Ceux  qui  restent  à  l'intérieur 
cherchent  à  s'échapper  par  toutes  les  issues  possibles. 
Bientôt  le  feu  gagne  jusqu'à  leurs  vêtements,  en  tombant 
du  plafond.  En  général  les  personnes  qui  sont  asphy- 
xiées, dans  ces  circonstances,  meurent  sans  avoir  eu  le 
temps  de  songer  à  leurs  brûlures.  La  plupart  des  cada- 
vres ont  encore  sur  eux  une  partie  de  leurs  vêtements 
intacts,  si  on  les  arrache  à  l'incendie  avant  l'eiVondre- 
ment  final  de  la  toiture  en  flammes.  Ne  dirait-un  pas  le 
récit  copié  sur  une  des  relations  de  l'incendie  du  mois  de 
mai?  Le  nombre  des  personnes  est  le  même,  et  tous  les 
détJiils  du  sinistre  sont  analogues  dans  les  deux  cas. 

Ce  qu'il  y  a  de  particulièrement  effrayant,  c'est  devoir 
les  collerettes  et  les  ornements  légers  de  la  toilette  des 
femmes  prendre  feu  spontanément  à  distance,  avant 
même  d'être  léchés  directement  par  les  flammes.  De  là, 
de  si  nombreuses  brûlures  à  la  joue  et  aux  bras,  chez  les 
personnes  q>ii  ont  ]iu  s'échapper  au  dernier  moment; 
sans  compter  les  débris  enflammés  qui  tombent  sur  la 
tète,  les  épaules  et  les  robes  des  femmes,  et  qui  produi- 
sent des  brûlures  sur  tout  le  corps.  Chez  les  hommes,  les 
cheveux,  les  sourcils,  les  moustaches  et  la  barbe  sont 
généralement  les  premières  parties  du  corps  qui  ont  été 
brûlées  ;  puis  ce  sont  les  mains,  qui  ont  cherché  à  éteindre 
les  vêtements  enflammés. 

Nous  avons  la  conviction  que,  si  les  personnes  échap- 
pées au  sinistre  ont  beaucoup  souffert  de  leurs  brûlures, 
il  n'en  est  pas  du  tout  de  même  pour  celles  qui  y  ont  péri. 
A  part  un  sentiment  d'éiiouvante  bien  compréhensible, 
elles  n'ont  guère  eu  le  temps  de  se  préoccuj)er  de  leurs 
brûlures,  et  elles  sont  tombées  asphyxiées  ou  privées  de 
connaissance,  avant  d'être  dévorées  par  le  feu,  lors  de 
l'effondrement  final.  Dans  ces  moments  suprêmes,  on 
s'appelle,  on  cherche  une  porte  de  salut;  mais  on  ne 
s'occujie  guère  de  ses  brûlures.  On  se  sent  la  tête  en  feu, 
et  bientôt  étourdie,  on  respire  un  air  irrespirable  qui  de- 
vient bien  vite  toxique,  et  on  est  asphyxié  avant  d'avoir 
eu  le  temps  de  souffrir.  C'est  une  consolation  que  nous 
pouvons  donner  aux  parents  des  victimes,  avec  une  con- 
viction sincère. 

Pendant  la  désastreuse  retraite  de  llussie,  on  a  vu 
maintes  et  maintes  fois  des  incendies  analogues,  éclatant 
subitement  la  nuit  dans  les  maisons  de  bois  des  Russes, 
surchauffées  par  les  feux  des  bivouacs  allumés  dans  leur 
intérieur,  ou  par  les  cuissons  de  pain  précipitées  que  l'on 
faisait  constamment  dans  les  mêmes  fours.  Le  feu  n'é- 
tant plus  surveillé  prenait  subitement  à  la  toiture  sur- 
chauffée, et  les  imprudents  dormeurs  étaient  asphyxiés, 
avant  d'avoir  eu  le  temps  de  se  réveiller,  de  se  lever,  de 
s'habiller,  et  de  sortir.  On  cite  un  cas  de  ce  genre  où  plus 


d'un  millier  d'hommes,  entassés  dans  une  grange  im- 
mense, avaient  allumé  de  nombreux  foyers  pour  se  ré- 
chauffer la  nuit.  Ils  périrent  presque  tous,  malgré  les 
héroïques  efforts  de  leurs  voisins,  réveillés  en  sursaut 
jjar  leurs  cris  de  désespoir.  On  les  voyait  essayer  de  se 
lever,  retombant  sur  leurs  genoux  et  obligés  do  s'étendre 
par  terre.  On  leur  jetait  des  cordes  à  no'uds,  et  ils  n'a- 
vaient pas  la  force  de  les  saisir  et  de  se  laisser  traîner. 
Ils  se  perçaient  de  leurs  sabres  et  de  leurs  baïonnettes 
tombés  sur  le  sol  !  Une  langue  de  feu  de  plusieurs  mètres 
de  longueur  léchait  le  haut  des  portes  cochères  dans  toute 
leur  largeur,  en  s'allongeant  au  dehors,  et  en  empêchant 
d'entrer  ceux  qui  tentaient  de  les  secourir.  Il  n'y  eut  de 
sauvés  que  ceux  qui  se  trouvaient  à  l'entrée. 

D.  B. 


ANIMAUX 


Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de    bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Kléptiant.  —  Qui  ne  connaît  les  preuves  d'intelli- 
gence, d'adresse,  d'affection,  que  donne  l'éléphant':' Tous 
les  auteurs  anciens  en  rapportent  des  preuves  variées  : 
Justin,  Columelle,  Polybe,  Valère  Maxime,  Diodore, 
Sénéque,  Suétone,  Vopiseus,  Dion  Cassius,  Bupesquius. 
Elien,  Pline,  etc.,  sont  unanimes  sur  les  nombreuses  qua- 
lités de  ces  pachydermes  et  ne  tarissent  pas  d'éloges,  — 
ni  de  fables,  surtout  Pline,  —  à  leur  égard. 

Pline  déclare  que  quelques-uns  surent  écrire  en  grec 
et  que  l'un  d'eux  traçait  couramment  cette  phrase  : 
Cest  moi  qui  ai  écrit  ces  mots.  D'après  Elien,  un  autre 
écrivait  des  sentences  entières;  un  jour  même,  dit-il,  un 
éléphant  parla  (on  voit,  dans  Julius  Obsequens,  qu'un 
certain  nombre  de  bœufs  parlèrent  dans  la  campagne 
romaine  et  ailleurs).  Saint  Clément  d'Alexandrie,  comme 
d'ailleurs  l'avait  déjà  dit  avant  lui  Dion  Cassius,  atfirme 
que  les  éléphants  sont  très  pieux,  et  qu'ils  ne  manquent 
jamais,  le  matin,  de  s'agenouiller  et  d'adresser  leurs 
hommages  au  soleil. 

Quant  à  notre  Bufïon,  il  était  bien  moins  renseigné  sur 
les  uKeurs  de  l'éléphant  que  le  vieil  Aristote  lui-même. 
Ainsi,  d'après  lui,  cet  animal,  d'une  pudeur  facilement 
effarouchée,  se  cache  pour  caresser  sa  femelle.  Il  faut 
avouer  que  ses  manières,  depuis  Buffon,  sont  devenues 
singulièrement  libres,  car  tous  les  voyageurs  —  et  moi- 
même  —  qui  ont  pu  assister  à  ses  intimes  ébats,  dé- 
clarent qu'il  n'a  aucun  souci  de  ses  voisins,  et  qu'il  sa- 
tisfait coram  populo,  comme  le  chien  et  tous  les  autres 
animaux,  au  vœu  de  la  nature. 

Notre  triple  gascon  de  Méry  a  repris  pour  son  propre 
compte  cette  assiduité,  et,  dans  sa  Guerre  du  Nizam,  où  il 
nous  décrit  les  Indes  avec  une  verve  et  un  luxe  de  dé- 
tails d'autant  plus  extraordinaires  qu'il  ne  savait  même 
pas  dans  quelle  partie  du  monde  se  trouvent  ces  lointains 
pays,  il  nous  apitoie  sur  les  infortunes  d'un  couple  d'élé- 
phants cherchatit,  mais  en  vain, 

.     ....  un  endroit  écarté 
Où  de  s'airaer  en  paix  on  ait  la  liberté. 

Une  troupe  de  singes  • —  race  malfaisante,  tracassière 


122 


LE-    NATURALISTE 


et  effrontée  —  poursuit  sans  relàcho  le  couple  iiuiliboud 
de  ses  cris  sarcasliques,  et  trouble  continuellement  sa 
«  solitude  à  deux  ». 

Buffon  dit  aussi  que  l'éléphant  tette  avec  sa  trompe,  et 
qu'il  porte  ensuite  dans  sa  bouche  le  lait  qu'il  a  ainsi 
pompé:  autre  erreur  grossière,  car  l'éléphanteau  tette 
avec  la  bouche,  en  renversant .  sa  trompe  en  arrière  ou 
de  côté.  Du  reste,  s'il  faut  en  croire  Cuvier,  il  arriva 
souvent  au  naturaliste  à  manchettes  de  décrire  les  mœurs 
d'un  animal  étranger  sur  le  vu,  seulement,  d'une  vieille 
fourrure  mangée  aux  mites. 

Mais  je  ne  parlerai  ici  de  l'éléphant  c|u'au  point  de  vue 
de  la  guerre  —  et  de  la  guerre  que  l'homme  fait  à 
l'homme,  aujourd'hui  en  utilisant  le  secours  du  cheval, 
jadis  en  se  servant  de  l'éléphant;  c'est  une  partie  de 
l'histoire  de  cet  animal  qui  a  été  peu  étudiée,  si  ce  n'est 
par  le  général  Armandi,  (jui  a  publié,  en  1843,  une  His- 
toire miliiaire  des  Éléphants  (Paris,  in-8°). 

Il  est  curieux  de  voir  avec  quelle  souplesse  cet  animal 
se  prêtait  aux  caprices  de  ses  féroces  instructeurs,  appre- 
nait la  guerre,  et,  distinguant  les  amis  des  ennemis,  ac- 
cablait ces  derniers  de  la  masse  formidable  de  son  corps 
lancé  au  trot  ou  des  coups  terribles  de  sa  tromjie  et  de 
ses  défenses. 

C'est  ainsi  que  les  anciens  civilisèrent  l'éléphant,  qu'ils 
faisaient  également  paraître  dans  les  jeux  et  les  mas- 
sacres du  cirque;  qu'ils  faisaient,  comme  nous  encore, 
danser  et  marcher  sur  la  corde,  manger  assis  à  une 
table  bien  servie,  etc.,  etc.  Aujourd'hui  même,  dans 
l'armée  anglaise  des  Indes,  il  sert  au  transport  de  l'artil- 
lerie et  ci  une  foule  d'autres  travaux  destructeurs  ou 
pacifiques. 

Chez  les  Indiens,  avant  l'arrivée  d'Alexandre,  ainsi 
qu'on  le  voit  dans  YAmard-Coclia,  la  section  élémentaire 
de  leurs  anciennes  armées  se  composait  de 

1  éléphant, 
i  char  de  guerre, 
3  cavaliers,  et 
•5  fantassins. 

Chaque  éléphant  était  généralement  monté  par  quatre 
hommes,  et  chaque  char  en  portait  deux.  La  section  élé- 
mentaire dont  il  s'agit,  ou  escouade,  se  composait  donc 
de  quatorze  hommes,  cinq  chevaux  et  un  éléphant.  Un 
nombre  déterminé  de  ces  escouades  formait  une  division, 
et  un  certain  nombre  de  ces  divisions  composait  une 
armée.  On  lit  dans  le  Mahabharat  qu'une  grande  armée 
devait  comprendre  I09,3B0  fantassins,  6b,610  cavaliers, 
21,870  chars  et  de  21,870  éléphants. 

La  première  mention  qui  soit  faite  des  éléphants  de 
guerre  se  trouve  dans  Diodore  de  Sicile  (liv.  II,  ch.  xvi), 
et  se  rapporte  à  la  reine  d'Assyrie  Sémiramis. 

Mais  la  première  fois  qu'une  armée  européenne  eût  à 
combattre  contre  les  éléphants,  ce  fut  l'an  331  avant 
Jésus-Christ,  à  la  bataille  d'Arbelles,  où  Darius  avait 
rangé  quinze  de  ces  animaux  devant  le  centre  de  ses 
troupes  :  après  la  bataille,  ils  tombèrent  tous  au  pouvoir 
d'Alexandre.  Un  souverain  indien,  Taxile,  lui  en  amena 
une  quarantaine  d'autres  en  faisant  sa  soumission,  et 
Alexandre  lui  en  confia  le  commandement  ;'ces  animaux 
lui  furent  très  utiles  pour  le  transp-qrt  des  bagages  de 
l'armée. 

,  A  la  bataille  de  l'IIydaspe  (327"  av.  J.-C),  Porus 
opposa  à  Alexandre  30,000  fantassins,  4,000  cavaliers, 


'  300  chars  de  guerre  et  200  éléphants.  80  de  ces  animaux 
furent  pris  par  les  Macédeniens;  le  roi  Porus  fut  pris, 
remis  en  liberté  et  fort  honoré  par  Alexandre,  et  l'élé- 
phant que  montait  le  roi  indien  pendant  la  bataille,  ma- 
gnifiquement orné  et  nommé  ^;aa;  par  le  conquérant,  fut 
consacré  par  lui  au  Soleil  :  Alexandre  avait  fait  graver 
cette  inscription  sur  des  bracelets  d'or  qui  entourait  ses 
défenses  :  Alexandre,  fils  de  Jupiter,  offre  cet  élcphant  au 
Soleil. 

Après  la  mort  d'Alexandre,  ses  principaux  généraux 
se  partagèrent  ses  conquêtes  et  ne  tardèrent  pas  à  deve- 
nir ennemis  après  avoir  été  compagnons  d'armes. 

L'an  301  avant  Jésus-Christ,  Anligone,  le  plus  vieux 
et  le  plus  rusé  d'eux  tous  qui  régnait  sur  l'Asie-Mineure, 
la  Syrie,  une  partie  de  la  Grèce  et  sur  les  îles,  se 
vit  attaqué  par  Seleucus ,  Ptolémée ,  Lysimaque  et 
Cassandre. 

Les  forces  réunies  de  ces  quatre  rois  se  montaient  à 
64,000  fantassins,  10,500  cavaliers,  120  chars  de  guerre 
et  400  éléphants;  Autigone  n'avait  ([ue  75  éléphants  seu- 
lement, 60,000  fantassins  et  6,000  cavaliers. 

Il  y  aurait  donc  eu  en  ligne,  dans  la  bataille  qui  eut 
lieu  à  Ipsus,  475  éléphants. 

L'an  275  avant  notre  ère,  Antiochus  Soter  défit  les 
Galates  sur  les  confins  de  la  Cappadoce.  Les  Galates, 
outre  une  formidable  infanterie,  avaient  20,000  cavaliers 
et  200  chars  armés  de  faux  ;  Antiochus  avait  une  armée 
bien  inférieure  en  nombre,  mais  il  possédait  16  éléphants 
de  guerre,  au  moment  d'en  venir  aux  mains  et  à  l'ins- 
tant même  où  la  cavalerie  galate  se  disposait  à  charger, 
Antiochus  lança  sur  elle  ses  seize  éléphants,  et  en  moins 
d'une  heure,  l'ennemi  était  en  complète  déroute. 

L'an  217  avant  Jésus-Christ,  Antiochus  III  (le  Grand) 
livra  au  roi  d'Egypte  Ptolémée  Philopator  une  grande 
bataille  sous  les  murs  de  Raphia,  ville  de  la  Palestine 
^aujourd'hui  Réfah).  Ptolémée  avait  70,000  fantassins, 
5,000  cavaliers  et  73  éléphants  ;  Antiochus  avait 
71,000  fantassins,  6,000  chevaux  et  102  éléphants.  Ce  fut  ' 
la  première  fois,  du  moins  d'après  les  documents  histo- 
riques que  nous  possédons,  qu'on  vit  les  éléphants  se 
combattre  avant  même,  pour  ainsi  dire,  que  les  hommes 
n'en  vinssent  aux  mains.  Les  éléphants  du  roi  d'Egypte, 
Ptolémée,  étaient  d'Afrique,  race  inférieure  à  celle  des 
Indes,  que  possédait  le  roi  de  Syrie,  Antiochus. 

Ptolémée,  d'après  Polybe  {Hist.  XI,  34),  en  avait  placé 
33  devant  son  aile  droite  et  40  devant  sa  gauche  ;  Antio- 
chus, 42  sur  la  gaucho  et  40  devant  la  droite. Ou  vit  alors 
les  éléphants  s'avancer  d'un  air  menaçant,  s'attaquer  de 
front,  entrelacer  leurs  trompes,  et  employer  chacun  toute 
sa  force  et  toute  son  adresse  pour  rester  maître  du 
terrain  et  faire  rouler  son  adversaire.  Ils  luttaient  avec 
leurs  défenses  comme  les  taureaux  avec  leurs  cornes,  et . 
aussitôt  que  l'un  était  forcé  de  prêter  le  flanc,  l'autre  le 
transperçait  et  retendait  mort  à  ses  pieds.  En  même 
temps,  les  soldats  jilacés  sur  les  tours  que  portaient  ces 
animaux,  combattaient  à  coups  de  lance  et  de  flèches. 
Cette  bataille  fut  néanmoins  perdue  pour  Antiochus  parce 
que,  trop  sur  de  la  victoire,  il  se  mit  à  la  poursuite  de 
l'aile  gauche  de  l'ennemi, que  sa  droite  venait  d'enfoncer, 
grâce  à  ses  éléphants  ;  pendant  ce  temjjs  l'aile  droite  et 
le  centre  de  l'ennemi  mettaient  en  déroute  son  centre  et 
son  aile  gauche. 

L'an  316  avant  Jésus-Christ, à  la  bataille  de  la  Gabiène, 
qui  eut  lieu  entre  le  vieil  Autigone,  dont  j'ai  déjà  parlé 
plus  haut,    et  Eumène,  autre   général  d'Alexandre,  les 


LE     NATURALISTE 


123 


deux  adversaires  avaient,  le  premier,  65  éléphants  et  le 
second  12i). 

La  bataille,  qui  dura  toute  la  journée,  resta  indécise, 
et,  le  lendemain,  Antigone  et  Eumène  battirent  en 
retraite  chacun  de  son  coté. 

Quelque  temps  plus  tard  eut  lieu,  entre  Antigone  et 
Eumène,  une  autre  bataille  à  Gadamarta.  Eumène  avait 
114  éléphants,  et  Antigone  Ci5  seulement;  en  outre,  il 
avait  une  infanterie  bien  inférieure  eu  nombre.  Eumène, 
trahi  par  un  général  auxiliaire  persan,  fut  défait  et  livré 
à  Antigone  par  ses  propres  soldats,  irrités  du  pillage  de 
leur  camp  par  l'ennemi. 

Antipater,  régent  de  la  Macédoine,  environ  quatre  ans 
après  la  mort  d'Alexandre,  avait  déjà  amené  en  Grèce  un 
convoi  de  70  éléphants  de  guerre,  auquel  succédèrent 
plusieurs  autres  troupes  de  ces  animaux.  Polysperchon, 
qui  succédai  Antipater,  entra  dans  l'Attique  avec  une 
armée  de  2:>,000  hommes  et  65  éléphants;  il  alla  mettre 
le  siège  devant  le  Pirée,  qu'il  ne  put  emporter,  et  il  se 
rendit  ensuite  dans  le  Péloponèse  où  il  soumit  plusieurs 
villes  rebelles  à  son  autorité;  il  commença  le  siège  de 
Mégalopolis,  mais  il  dut  prompteraent  l'abandonner,  ses 
éléphants  ayant  été  cruellement  blessés  aux  pieds  par 
des  poutres  garnies  d'énormes  pointes  de  fer  que  les 
assiégés  avaient  'dissimulées  autour  de  l'enceinte  de  leur 
ville:  les  animaux,  rendus  furieux  par  leurs  blessures, 
se  .ruèrent  sur  leur  propre  armée  et  en  détruisirent  une 
partie. 

Avec  Pyrrhus,  roi  d'Epire,  les  éléphants  font  leur 
apparition  en  Italie,  à  la  bataille  d'Iiéraclée,  où,  au 
nombre  de  200,  ils  mirent  en  déroute  l'armée  du  consul 
Valerius  Lan'inus  (280  av.  J.-C). 

Un  an  après,  à  la  bataille  d'Asculum,  les  éléphants 
aidèrent  encore  puissamment  Pyrrhus;  mais  la  victoire 
demeura  indécise  (279  av.  J.-C). 

A  la  bataille  de  Dénévent  (275  av.  J.-C),  Pyrrhus  dut 
sa  défaite  à  ses  propres  éléphants.  Effrayés  par  les 
flammes  des  torches  que  les  Romains  jetaient  sur  eux, 
ils  se  retournèrent  sur  les  Epirotes  et  y  semèrent  le 
désordre  et  l'elVroi. Cette  défaite  lui  coûta  20.000  hommes 
et  un  grand  nombre  d'éléphants.  Les  Romains  lui  en 
prirent  8,  dont  quatre  moururent  de  leurs  blessures,  et 
les  quatre  autres  furent  promenés  dans  toute  la  ville  de 
l'Italie  pour  familiariser  le  peuple  avec  la  vue  de  ces 
animaux  inconnus. 

Carlhage  employa  aussi  les  éléphants  en  nombre  con- 
sidérable dans  les  guerres  qu'elle  soutenait  contre  les 
peuples  qui  l'entouraient;  elle  en  avait  des  dépôts  consi- 
dérables, qui  allaient  jusqu'au  nombre  de  300.  L'an  256 
avant  Jésus-Christ,  alors  que  Régulus  était  presi|ue 
maître  de  Carthage,  la  faible  armée  de  cette  république 
offrit  la  bataille  aux  Romains  près  de  Tunis.  Elle  était 
commandée  par  le  Lacédémonien  Xanthippe,  et  comptait 
13.000  fantassins,4.o00  cavaliers, et  environ  100  éléphants. 
Les  Romains  avaient  13.000  hommes  et  500  chevaux; 
après  leur  déroute,  due  eu  partie  aux  éléphants  et  à  la 
cavalerie  carthaginoise,  il  ne  restait  plus  de  cette  armée 
que  2.000  liommes^à  peine  :  les  Carthaginois  n'eurent 
que  800  hommes  tués.  Régulus  fut  fait  prisonnier  avec 
500  des  siens. 

{A  suivre.) 

E.   N.   S.WTIXI   DE    RiOLS. 


ACADEMIE  DES  SCIENCES 


Dans  uno  note  présentée  le  13  avril  189G  dans  les  comptes 
rendus  de  r.Vcadémie,  M.  R.  Quinton  soutenait  cette  théorie 
qu'en  face  du  rclVoidissement  du  globe,  les  êtres  organisés 
tendent  à  maintenir  artificiellement  ilans  leurs  tissus  la  haute 
température  estérieure  primitive.  Dans  une  autre  note  du 
14  décembre  1S9G,  il  nous  montrait  comment,  suivant  sa 
théorie,  l'évolution  de  l'appareil  reproducteur  et  corrélative- 
ment de  l'appareil  os.seux  serait  fonction  du  refroidissement 
du  globe.  Dans  une  note  nouvelle,  M.  Quinton  soutient 
«  qu'elle  entraine  également  la  modification  de  tous  les  autres 
appareils  organiques  et,  par  conséquent,  l'évolution  elle- 
même.  Il  Ainsi,  pour  le  système  respiratoire,  l'animal  prc.iente 
avec  la  récence  une  perfection  croissante;  or  la  combustion 
est  en  raison  directe  de  la  surface  respiratoire.  Simple  sac 
chez  le  reptile,  le  poumon  est  encore  caverneux  dans  l'Aï, 
plus  ou  moins  lacuncux  dans  la  Sarigue,  il  devient  de  plus  en 
plus  homogène  à  mesure  que  l'on  étudie  des  mammifères  plus 
élevés  en  organisation. 

De  même,  la  surface  respiratoire  étant  fonction  de  la  ri- 
chesse vésiculalre,  on  devait  théoriquement  voir  s'élever  cette 
richesse  du  mammifère  ancien  au  mammifère  récent;  or,  de  73 
chez  l'Ai,  de  9S  chez  la  Sarigue  par  unité  de  surface,  elle  s'é- 
lève à  300  chez  le  Rat  (températures  spécifiques  :  Ai  SI»,  Sa- 
rigue 33°,  Rat  38"). 

D'autre  part,  comme  l'exige  la  théorie,  la  supériorité  respi- 
ratoire de  l'oiseau  sur  lo  mammifère  est  un  fait  classique  trop 
reconnu  et  trop  décrit  pour  qu'il  soit  besoin  de  s'y  étendre. 
On  voit  ainsi  que  le  système  respiratoire  animal  présente  avec 
la  récence  une  perfection  croissante. 

L'origine  et  la  signilication  morphologique  de  l'appareil 
sternal  des  Vertébrés  est  une  question  encore  non  résolue. 
Pour  les  uns  (Parker,  Gùtte,  Kiilliker,  Holi'man,  Ruge,  Gegen- 
baur),  le  sternum  provient  directement  des  côtes  vertébrales; 
pour  les  autres  (Bruch,  etc.),  le  sternum  a  été  d'abord  une 
formation  autonome,  qui  s'est  réunie  plus  tard  aux  cotes. 

M.  Armand  Sabatier,  en  étudiant  les  pièces  sternales  des 
reptiles  et  jiarticuiièremont  celle  des  Crocodiliens  et  du  Hat- 
teria,  a  trouvé  les  éléments  d'une  solution  satisfaisante  de  la 
question  de  l'origine  et  de  la  signification  morphologique  des 
parties  du  sternum. 

Il  résulte  de  cette  étude  que  l'appareil  sternal  est  une  trans- 
formation de  la  série  des  interépincux  ventraux  qui  corres- 
pondent soit  à  toute  la  longueur  de  la  cavité  viscérale,  soit 
seulement  à  sa  portion  antérieure  et  thoracique.  Il  n'est  doue 
pas  une  dépendance  directe  des  côtes  vertébrales,  sa  forma- 
tion est  liée  à  la  disposition  métamérique  du  Vertébré  et  non 
à  une  continuation  directe  des  côtes. 

De  l'élude  do  la  morphologie  de  l'appareil  digestif  des  Or- 
thoptères, M.  L.  Bordas  pense  pouvoir  diviser  les  Orthoptères 
en  deux  sous-ordres  caractérisées  principalement  par  la  pré- 
sence ou  l'absence  de  diverticules  intestinaux.  Cette  classifica- 
tion, basée  uniquement  sur  des  caractères  de  morpholo"ie 
interne,  a,  en  outre,  l'avantage  de  grouper  les  Orthoptères 
dans  un  ordre  à  peu  près  parallèle  à  celui  de  l'apparition  de 
ces  insectes  dans  les  temps  géologiques. 

M.  Pomei,  continuant  la  publication  de  ses  monographies 
sur  les  mammifères  fossiles  de  quaternaires  de  l'Algérie,  dé- 
crit l'Ursus  libyans,  l'Hyiena  spelioa  et  l'Hyœna  vulgaris,  le 
Felis  spelsea  et.  le  F.  antiqua,  un  Hcrpestes,  un  Zorille,  enfin 
le  Canis  cureus  (Chacal)  et  diverses  races  do  chiens  dômes 
tiques  (Canis  familiaris)  qui  forment  tout  le  bilan  de  la  faune 
des  carnassiers  fossiles  quaternaires  de  l'Algérie. 

Eu  botanique,  JM.  Van  Thieghem,  continuant  la  revue  des 
divers  groupes  nouveaux  qu'il  a  créés  dans  sa  classification 
nouvelle,  indique,  dans  les  innucellées  ou  santalinées,  neuf 
familles  comprenant  actuellement  50  genres  dont  ."i  nouveaux. 
Los  Inséminées  n'en  comprennent  qu'une  seule,  celle  des 
Anthobùlinées  qui  ne  compreiid  elle-même  que  4  genres. 

Les  Inséminées  unitegminées  comprennent  actuellement 
52  genres,  dont  plusieurs  sont  nouveaux,  répartis  en  10  fa- 
milles. 

Enfin  les  Inséminées  bitegminées  comprennent  pour  le  mo- 
ment 7  familles  et  plus  de  31.^  genres. 
I        En    géologie,    nous    signalerons     seulement    une    note    de 
I    M.  Maurice  Lugeon  sar  la  loi  de  formation  des  vallées  trans- 
versales des  Alpes   occidentales,  qu'il  résume  ainsi  :  les  val- 


124 


LE     NATURALISTE 


lées  transversales  des  Alpes  occidpntales  occupent  l'emplace- 
ment d'un  synclinal  transversal  au  plissement  normal  des 
régions  considérées. 

Enfin  une  intéressante  communication  de  M.  Rivière  nous 
fait  connaître  les  gravures  préhistoriques  sur  roche  qu'il  a 
pu  photographier  en  partie  et  qu'il  présente  à  l'Académie.  Ces 
gravures  représentent  des  Bovidés  ;  un  Bison,  une  sorte  de 
Daim,  une  hutte  ;  d'autres  seront  photographiées  dans  une 
prochaine  campagne.  Ces  gravures  sur  roche  proviennent  de 
la  grotte  de  la  Mouthe  (Dordogne),  et  elles  ont  été  découvertes 
grâce  à  l'aide  généreuse  de  M.  Bischoiïsheim,  toujours  si  dé- 
Toué  aux  intérêts  de  la  science. 

A.  Eug.  Malard. 


DESCRIPTION  DE  CDLEDPTÈRES  NDUVEAUX 


Les  deux  espèces  décrites  ici,  par  la  présence  de  leur  carène 
longitudinale  latérale  prothoracique,  me  paraissent  devoir  ren- 
trer plus  justement  dans  le  groupement  des  Zygia  Fabr.  plu- 
tôt que  dans  celui  des  Melyris  Fabr.  Ces  deux  nouvelles  espèces, 
très  voisines  de  forme,  se  distinguent  de  la  plup.art  des  espèces 
exotiques  décrites  comme  Melyris  par  différents  auteurs  soit 
par  leur  forme  allongée,  subparalléle,  soit  par  la  coloration 
entièrement  foncée  des  pattes;  elles  sont  toutes  deux  décrites 
de  ma  collection. 

Zyyia  viridipennis  n.  sp.  Modérément  allongé,  subparalléle, 
hérissé  de  poils  dressés  obscurs,  entièrement  d'un  beau  vert 
brillant,  moins  les  derniers  arceaux  de  l'abdomen  (excepté 
pygidium  généralement  foncé)  plus  ou  moins  rougeàtres  ainsi 
que  les  deuxième  et  troisième  articles  des  antennes;  le  premier 
article  des  antennes  est  ordinairement  brunâtre.  Antennes 
courtes  et  fortes.  Tète  assez  petite,  dépourvue  de  museau  ros- 
trifère,  densémentet  finement  ruguleuse.  Prothorax  court,  assez 
transversal,  large  en  arrière,  un  peu  diminué  en  avant,  légè- 
rement sillonné  en  arrière  sur  son  milieu  ;  carènes  longitudi- 
nales fortes,  sinueuses  et  dirigées  un  peu  obliquement  en  avant. 
Elytres  allongés,  subparallèles,  à  peine  plus  larges  que  le  pro- 
thorax aux  épaules  avec  trois  côtes  saillantes,  les  intervalles 
n'étant  pas  nettement  ponctués  mais  présentant  des  rides  trans- 
versales élevées  lisses.  Dessous  du  corps  verdâtre.  Pattes  d'un 
noir  métallique.  Abdomen  verdâtre  et  plus  ou  moins  rougeàtre 
à  l'extrémité  avec  le  pygidium,  ordinairement  foncé,  muni  de 
longs  poils  à  son  extrémité. 

2       4 
Long.  6  -7-  à  -  1  mill.   Afrique  centrale. 

D'après  les  descriptions,  cette  espèce  ne  peut  se  rapprocher 
que  du  Melyris  niyripes  Harold,  mais  cette  espèce  est  décrite 
comme  étant  bleu  vert  et  possédant  les  trois  derniers  arceaux 
de  l'abdomen  rouges,  Z.  viridipennis  est  donc  au  moins  une 
variété  de  cette  espèce. 

Zyr/ia  elonyala  n.  sp.  Bien  allongé,  subparallèle,  hérissé 
de  longs  poils  obscurs,  d'un  bleu  violacé  ou  bleu  verdâtre  peu 
brillant  avec  les  premiers  articles  des  antennes  et  quelquefois 
l'extrémité  de  l'abdomen  avec  le  pygidium  rougeàtres.  Antennes 
assez  longuement  dentées.  Tête  petite,  dépourvue  de  museau 
rostrifére,  assez  fortement  ruguleuse.  Prothorax  court  et  trans- 
versal, large  en  arrière,  un  peu  diminué  en  avant,  nettement 
sillonné  sur  son  milieu;  carènes  longitudinales  fortes, 
presque  droites,  un  peu  obliquement  dirigées  en  avant.  Elytres 
bien  allongés,  subparallèles,  à  peine  plus  larges  que  le  pro- 
thorax aux  épaules  avec  trois  côtes  saillantes,  les  intervalles 
étant  peu  nettement  ponctués  et  ornés  de  rides  transversales 
élevées  lisses.  Dessous  du  corps,  moins  quelquefois  l'extré- 
mité de  l'abdomen  et  le  pygidium  rougeàtres,  entièrement  foncé, 
généralement  noirâtre.  Pattes  quelquefois  vaguement  rous- 
sâtres. 

1 
Long.  6  à  7  -^  mill.  Benué  sur  les  rives  du  Niger. 

Se  dislingue  des  espèces  à  coloration  générale  foncée  comme 
Melyris  lineala  F.  sulcicollis  F.,  etc.,  par  la  forme  relative- 
ment étroite  et  allongée,  de  Sieboldi  Gredl.  (ex  description) 
par  la  tête  entièrement  foncée,  etc. 

Maurice  Pic 


OFFRES  ET  DEMANDES 


M.  II.  Schimanko  à  Spitz  a/A  Donau,  Basse-Autriche^ 
désire  entrer  en  relations  d'échange  avec  des  lépidopté- 
ristes  de  la  France  méridionale,  offert  surtout  des  Noc- 
tuides  et  Géométrides  de  (|ualité  supérieure. 

—  M.  S.  H.  à  Marseille.  —  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle, 
naturalistes,  46,  rue  du  Bac.  Paris,  ont  dû  vous  envoyer, 
sur  votre  demande  un  certain  nombre  de  prospectus  con- 
cernant les  instruments  d'histoire  naturelle  afin  de  les 
distribuer  aux  personnes  de  votre  entourage  que  cela 
peut  intéresser.  —  A  ce  sujet.  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle 
nous  prient  d'informer  les  lecteurs  du  Naturaliste  qu'ils 
se  feront  un  plaisir  d'adresser  des  prospectus  (en 
nombre)  d'instruments  d'histoire  naturelle  à  tous  les 
abonnés  qui  formuleront  le  désir  de  remettre  ces 
catalogues  aux  personnes  de  leur  connaissance,  sus- 
ceptibles de  s'intéresser  à  la  recherche  et  aux  collec- 
tions  des  objets  d'histoire  naturelle. 

—  M.  Lemire...  à  Rio,  n°  612,  Le  mastic  dit  de  foniai- 
nier  est  composé  de  neuf  parties  de  brique  pilée,  une 
partie  de  litharge  mélangé,  avec  de  l'huile  de  lin  ;  il  faut 
cinq  ou  six  jours  pour  le  faire  prendre.  —  Pour  boucher 
ou  luter  vos  bocaux  d'alcool,  employer  le  lut  à  chaud 
de  la  maison  Emile  Deyrolle,  à  Paris.  Ce  lut  est  inat- 
taqualile  à  l'alcool  et  aux  acides. 

A  vendre  : 

—  Herbiers  do  mousses  de  France,  parfaitement  déter- 
minées. Ces  herbiers,  destinés  à  faciliter  l'étude  si  inté- 
ressante des  mousses,  sont  le  complément  indispensable 
de  la  flore  de  Douin;  le  plus  de  genres  possibles  sont  re- 
présentés : 

25  espèces,     2o  genres  différents  —     10  francs. 

dO         «  50       «  <(  —    25       n 

100         «  75       «  Cl  —     65       (I 

200         «  100       a  «  —  145       « 

—  Lot  do  110  fossiles  des  terrains  primaires  (cambrien, 
silurien,  dévonien,  carbonifère)  parfaitement  étiquetéset 
déterminé. 

Prix 40  francs . 

—  Collection  de  75  coquilles  nommées  comestibles  de 
France  avec  leurs  noms  vulgaires  et  scientifuiues. 

Prix 25  francs. 

—  Lot  de  53  espèces  do  Lépidoptères  en  partie  nommés 
de  la  Giiyane. 

Prix 20  francs. 

—  Lot  de  32  espèces  de  Lépidoptères  nocturnes  tous 
nommés  de  l'Equateur. 

Prix 10  francs. 

—  Lot  de  180  espèces  de  Coléoptères  exotiques, en  grande 
partie  nommés  représentés  par  250  exemplaires  contenus 
dans  4  cartons  vitrés  grand  format. 

Prix 40  francs. 

—  Quelques  exemplaires  de  Goliathus  giganteus. 

Prix 6  francs. 

■ —  Beaux  emplaires  de  Callipogoi»  barliatum. 

Prix 3  francs. 

S'adresser  pour  les  lots  ci-dessus  à  «  Les  Fils  D'Emile 
Deyrolle  »,  46,  rue  du  Bac,   Paris. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 

Paris.  —  Imprimerie  K.  Levé,  rue  Cassette,  17. 


19»  ANNÉE 


2'  Série 


]!«'  S-^« 


1"  JUIN  1897 


DISSECTIONS 


EMBRANCHEMENT  DES  ARTICULES  OU  ARTHROPODES 

Classe  des  Crustacés 

1"  Type  :  l'Ecre visse  :  Astacus  fluviatilis.  —  Ordre  des 
Décapodes. 

L'Ecrevisse  est  un  Crustaco  très  commun,  vivaut  dans 
l'eau  douce,  courante  et  bien  aérée. 

Extérieur.  —  Aspect  gris  verdàtre  sale,  avec  quelques 
parties  du  tégument  colorées  en  rouge. 

Le  mâle  se  distingue  facilement  de  la  femelle.  (Voir 
organes  génitaux.) 

La  partie  antérieure  et  dorsale  de  l'animal  présente 
un  grand  céphalothorax,  ne  portant  pas  trace  de  seg- 
mentation et  recouvrant  latéralement  les  branchies. 
L'abdomen  est  nettement  annelé  et  se  termine  par  une 


;t     ■'" 

Fig.  I.  —  Partie  terminale  de  l'abdomen  de  l'Ecrovisse  : 
/,  telson,  ex  et  en,  exopodite  et  endopoditc,  formant  avec  le 
telson,  la  queue. 

pièce  impaire  [telson),  formant,  avec  deux  paires  d'appen- 
dices latéraux  voisins,  une  forte  nageoire  caudale. 

Orifices.  —  Tous  à  la  face  ventrale: —  i°  la  bouche, 
fente  longitudinale  entourée  de  pièces  masticatrices  ;  — 
2°  orifices  de  glandes  vertes  à  la  base  des  antennes  ;  — 
3"  orifices  génitaux  mâles  à  la  base  de  la  5'  paire  d'ap- 
pendices thoraci(iues  ;  orifices  génitaux  femelles  à  la 
base  de  la  3=  paire  d'appendices  thoraciques. 

4°  Anus.  —  Fente  longitudinale  au  milieu  du  telson. 

Appendices.  —  Un  anneau  étant  toujours  caractérisé 
par  la  présence  d'une  paire  d'appendices,  le  nombre  de 


Fig.  2.  —  Pédoncule  oculaire  avec  l'œil  à  son  extrémité. 
Fig.  3.  —  2»    Mâchoire  de   l'Ecrevisse:  6a,ba3ipodite,en,  en- 

dopodite. 
Fig.  4.  —  Pièce  terminant  la  patte  ravisseur  de  l'Ecrevisse. 

paires  d'appendices  déterminera  le  nombre  de  segments 
du  corps.  Nous  avons  donc  : 

Le  Naturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


Une  paire  de  pédoncules  oculaires, 

Une    —    d'antennules. 

Une    —    d'antennes. 

Une     —     de  mandilmles. 
Deux    — •     de  mâchoires. 
Trois    —    do  pieds  mâchoires  ou  maxillipèdes. 

Une    —    de  pattes  ravisseuses  ou  pinces. 
Quatre    —    de  pattes  ambulatoires, 

Cinq    —    d'appendices  abdominaux, 

Une    —    portant  les  nageoires  caudales, 
Telson  '!   — •     sans  appendices. 

Il  y  a  donc  9  paires  d'appendices  céphaliques,  5  paires 
d'appendices  thoraciques,  6  paires  d'appendices  abdomi- 
naux, soit  en  tout  20  paires  d'appendices  correspondant 
à  20  segments  du  corps  ou  21  si  l'on  compte  le  telson 
pour  un  segment  véritable. 

Chacun  de  ces  appendices  est  composé  suivant  le  plan 
général  de  ces  formations  chez  les  Arthropodes  avec  des 
modifications  plus  ou  moins  grandes. 

Le  troisième  maxillipède  représente  un  appendice 
typique  avec  endo-,  exo-  et  épipodite  bien  caractérisés. 
Dans  les  pinces,  c'est  la  propodite  qui  poussant  un  pro- 
longement opposable  au  dactylopodite  forme  la  pince 
ravisseuse. 

Chambre  branchiale.  —  Passer  la  pointe  fine  d'un 
ciseau  fort  sous  la  partie  latérale  du  céphalo-thorax  et 
mettre  ainsi  à  nu  les  branchies  qui  se  divisent  en  :  po- 
dobranchies  —  insérées  sur  la  base  des  membres  ;  ar- 
throbranchies  (externe  ou  interne)  insérées  sur  la  mem- 
brane articulaire  ;  pleurobranchies  fixées  sur  le  flanc  du 
thorax  (une  seule  paire  sur  4"  paire  d'appendices]. 

La  lame  attachée  au  premier  maxillipède  et  le  fouet  ou 
scaphognatite  attaché  à  la  dernière  paire  de  mâchoires 
ne  sont  que  des  branchies  modifiées. 

Tube  digestif  [préparation].  —  Fixer  l'animal  sur  la 
face  ventrale  au  moyen  d'épingles  placées  sur  les  pinces 
ravisseuses  et  sur  l'endo  et  l'exopodite  du  6»  anneau 
abdominal  formant  avec  le  telson  la  nageoire  caudale. 
Commencer  la  dissection  par  la  partie  postérieure.  Avec 


Fig.  5.  — Estomac  de  l'Ecrevisse  ouvert  ventralement  et  mon- 
tant la  pièce  impaire  chitineuse  dorsale  et  les  deux  pièces 
masticatrices  latérales. 

Fig.  b.  —  Coupe  montrant  la  forme  de  la  communication 
entre  les  deux  chambres,  cardiaque  et  pyloriquo,  de  l'es- 
tomac. 

des  ciseaux  forts  inciser  les  anneaux  abdominaux  de  la 
carapace  de  chaque  coté,  en  faire  autant  de  la  carapace 
céphalothoracique  jusqu'au  niveau  des  yeux.  Enlever 
la  partie  dorsale  ainsi  incisée  avec  précaution,  et  le  tube 
digestif  est  mis  en  grande  partie  à  nu.  Pour  voir  l'œso- 
phage, échancrer  avec  les  ciseaux  la  carapace  céphalique 
assez  fortement  au  niveau  de  l'estomac.  On  voit  alors  : 
l'œsophage  court  et  rectiligne  débouchant  à  angle  droit 


126 


LE     NATURALISTE 


dans  l'estomac,  masse  ovalaire  sur  laquelle  on  aper- 
çoit quelques  formations  chitineuses.  La  partie  pos- 
térieure se  rétrécit,  puis  s'élargit  un  peu  avant  d'arriver 
à  l'intestin  qui  devient  tout  droit  et  se  rétrécit  un  peu  au 
rectum.  Sur  les  côtés  de  l'estomac  on  trouve  une  masse 
glandulaire  de  couleur  jaune  sale,  c'est  le  foie  formé  de 
trois  lobes,  antérieur,  moyen  et  postérieur.  Il  déverse  ses 
produits  dans  la  portion  postérieure  (pylorique)  de 
l'estomac  par  une  seule  jiaire  de  conduits  excréteurs. 

Armature  stomacale. — L'estomac  présente  dans  son  in- 
térieur une  série  de  pièces  chitineuses  destinées  à  broyer 
les  aliments.  Les  principales  sont  deux  dents  latérales  et 
une  forte  dent  médiane  et  dorsale  contre  laquelle  les 
deux  premières  viennent  moudre.  Pour  bien  les  voir,  il 
faut  enlever  l'estomac  en  coupant  l'œsophage  et  l'intestin 
à  son  origine. 

On  fixe  l'estomac  ainsi  détaché  sur  le  liège  de  la  cu- 
vette et, en  l'ouvrant  par  une  incision  circulaire, on  a  alors 
sous  les  yeux  l'aspect  dessiné  ci-contre.  Les  deux  por- 
tions, cardiaque  et  pylorique  de  l'estomac  sont  parfaite- 
ment nettes  et  l'on  peut  voir  dans  cette  dernière  les 
ouvertures  des  canaux  hépatiques. 

Une  petite  valvule  pylorique  sépare  le  pylore  de  l'in- 
testin. 


Fitr.  7.  —  Appareil  circulatoire  artériel  de  l'Ecrevisse  tu  de 
profil  :  c,  le  cœur  d'où  partent  :  op,  l'artère  ophtalmique; 
a.l'artère  antennaire;  h,  l'artère  hépatique;  ai.  cl,  l'artère 
abdominale  dorsale;  a.  «.l'artère  sternale  qui  va  se  jeter 
dans  ab.  v,  l'artère  abdominale  ventrale.  La  chaîne  nerveuse 
est  représentée  avec  ses  rapports  s.  œ,  ganglion  sous-œso- 
phagien. 

Fjg.  8.  —  Cœur  dépouillé  de  son  péricarde  et  montrant  ses 
valvules,  v,  et  les  artères  qui  en  partent. 

Les  gastrolithes  ou  pierres  de  l'estomac  n'existent  pas 
toujours  dans  cet  organe. 

Appareil  circulatoire.  —  L'organe  central,  le  cœur  est 
exactement  situé  sous  la  carapace  céphalo-thoracique, 
dans  le  petit  quadrilatère  formé  par  des  sillons  posté- 
rieurs de  cette  carapace.  Pour  le  mettre  à  nu,  il  faut  inci- 
ser à  droite  et  à  gauche  de  ce  quadrilatère  et  enlever  la 
carapace  sur  une  longueur  de  un  centimètre  environ.  On 
crève  le  plus  souvent  le  péricarde. 

L'injection  pratiquée  à  froid  ou  mieux  encore  à  chaud 


montre,  si  elle  est  réussie  parfaitement,  le  système 
artériel  dans  son  ensemble. 

Du  cœur  partent  en  avant: 

l"  Une  artère  ophtalmique  médiane  et  impaire,  très 
fine  qui  se  divise  au   niveau  des  pédoncules  oculaires  ; 

2'  Une  paire  d'artères  antennaires  plus  en  dehors; 

3'  Une  paire  d'artères  hépatiques  un  peu  plus  en  de- 
hors et  plus  profondément. 

En  arrière  :  1°  Une  artère  abdominale  dorsale  qui 
envoie  des  rameaux  dans  chaque  anneau  de  l'abdomen  ; 

2°  Une  artère  sternale  qui  plonge  dans  les  tissus  en  pas- 
sant soit  à  gauche  soit  à  droite  de  l'intestin  pour  aller 
rejoindre  l'artère  ventrale  entre  les  3'^  et  i'  ganglions 
thoraciques. 


Fig.  9.  — '  Coupe  de  la  partie  antérieure  de  l'Ecrevisse  : 
g.v,  glande  verte  ou  rein;o.  »,  orifice  externe  de  cette 
glande;  es,  estomac. 

Le  sang  est  envoyé  du  cœur  dans  les  membres,  d'où 
il  retombe  dans  les  lacunes  sanguines  allant  se  jeter 
dans  le  sinus  abdominal.  De  là  il  est  apporté  aux  bran- 
chies, d'où  il  revient  au  péricarde  par  les  canaux  branchio- 
cardiaques.  Du  péricarde  il  passe  dans  le  cœur  par  le 
jeu  de  valvules  qui  permettent  au  sang  de  passer  du 
péricarde  dans  le  cœur,  mais  non  de  refluer  clu  cœur 
dans  le  péricarde. 

Appareil  respiratoire.  —  Il  est  constitué  par  les  bran- 
chies dont  nous  avons  déjà  parlé. 

Appareil  excréteur.  —  Il  est  formé  par  deux  glandes 
situées  au-dessous  de  la  portion  latérale  de  l'estomac  et 
que  leur  couleur  a  fait  appeler  les  glandes  vertes.  Elles 
débouchent  à  la  base  des  antennes. 

S^ystème  nerveux.  —  La  dissection  du  système  nerveux 
doit  être  commencée  par  la  portion  abdominale.  Après 
s'être  débarrassé  de  la  carapace  et  avoir  vu  le  tube  diges- 
tif, on  l'enlève  ainsi  que  la  couche  musculaire  qui  se 
trouve  au-dessous.  En  fendant  cette  masse  sur  la  ligne 
médiane,  on  met  à  découvert  le  système  nerveux  appli- 
qué tout  au  fond,  au-dessus  de  la  paroi  ventrale.  On  suit 
la  chaîne  en  enlevant  les  muscles  au  fur  et  à  mesure. 

Quand  on  arrive  à  la  portion  thoracique,  la  difficulté 
augmente,  car  la  chaîne  nerveuse  se  trouve  cachée  sous 
les  apodèmes  des  anneaux  thoraciques. 

Il  faut  les  inciser  à  droite  et  à  gauche  de  la  ligne  mé- 
diane, enlever  les  débris,  et  l'on  arrive  ainsi  aux  gan- 
glions sous-œsophagiens.  On  voit  les  connectifs  œso- 
phagiens se  rendant  au  cerveau  situé  tout  à  fait  en  avant, 
exactement  entre  les  deux  pédoncules  oculaires. 

En  résumé,  le  système  nerveux  se  compose  : 

1"  D'une  paire  de  g.  cérébroïdes  ou  sus-œsophagiens 
ou  cerveau,  distribuant  les  nerfs  aux  organes  des  sens 
et  représentant  3  paires  ganglionnaires. 

2°  D'une  paire  de^  g.  sous-œsophagiens  donnant  des 


LE     NATURALISTE 


127 


nerfs  aux  pièces  de  la  bouche  et  représeutant  6  paires 
ganglionnaires  soudées  ^___^ 

(7 


Fig.  10.  —  Système  nerveux  de  l'Ecrevisse  :  g.  c,  cerveau 
formé  de  deux  ganglions  ;  ,9.  cv,  ganglions  connectivaux; 
œs,  ganglion  sous-œsophagien  ;  a.  s,  artère  sternale  ;  g.  a, 
ganglion  anal. 

3»  4  paires  de  g.  thoraciques  dont  le  dernier  est  double 
et  qui  donnent  des  nerfs  aux  pattes. 

Enfin,  4°  6  paires  de  g.  abdominaux,  la  dernière  étant 
double. 

En  tout  21  paires  ganglionnaires  qui  indiqueraient  que 
le  nombre  des  anneaux  du  corps  est  de  21. 

Sur  les  connectifs  œsophagiens  on  trouve  deux  g. 
connectivaux,  origines  d'une  partie  du  stomato-gastrique 
et  plus  bas  tine  commissure  connectivale. 

L'artère  sternale  passe  entre  les  3°  et  4"=  gangl.  tho- 
raciques. 

Organes  des  sens.  —  Ce  sont  :  1°  une  paire  d'yeux  com- 
posés à  facettes  ;  2°  une  paire  de  sacs  auditifs  à  la  base 
des  antennules. 

Oi-ganes  génitaux.  —  Les  sexes  sont  séparés. 

Mâles.  —  Une  paire  de  testicules  de  couleur  blan- 
châtre, un  peu  au-dessous  et  en  arrière  du  cœur. 

Les  canaux  déférents  d'abord  très  entortillés  vont 
s'ouvrir  à  la  base  de  la  0°  paire  de  membres  thoraciques. 

Les  deux  premières  paires  d'appendices  abdominaux 
sont  transformées  en  un  appareil  excitateur  assez  com- 
pliqué. 

Femelles.  —  Une  paire  d'ovaires  avec  un  lobe  médian 
impair,  très  visibles  quand  ils  sont  gonflés  d'œufs 
bruns.  Les  oviductes  qui  en  partent  latéralement  vont 
déboucher  a  la  base  de  la  3"  paire  d'appendices  thora- 
ciques. 

Pas  d'appareil  excitateur  comme  chez  le  mâle.  La 
dissection  des  organes  génitaux  est  très  simjile  et  doit  se 
faire  en  même  temps  que  celle  du  tube  digestif  ou  du 
système  nerveux. 


Les  canaux  déférents  des  testicules  sont  remarquables 
par  leur  belle  couleur  blanche. 

2"=  type,  le  Crabe  {Carcinus  Mœnas), 

L'Anatomie  du  Crabe  est  tellement  semblable  à  celle 
de  l'Ecrevisse  que  nous  ne  ferons  qu'en  indiquer  ici  les 
différences  essentielles. 

Au  point  de  vue  de  l'extérieur,  le  Crabe  est  caractérisé 
par  une  réduction  considérable   de  l'abdomen  qui  se  re- 


wiM: 


Fig.  H.  —  Appareil  digestif  de  l'Ecrevisse  :  es,  estomac  avec 
ses  deux  portions  cardiaque  et  pylorique;  /",  foie;  i,  intestin; 
)',  rectum.  On  voit  par  transparence  les  glandes  vertes. 

Fig.  12.  —  Appareil  digestif  du  Crabe  (mêmes  lettres)  :  a.  p, 
appendices  ou  ciscums. 

])lie  sous  le  céphalotorax  de  façon  à  disparaître  complè- 
tement à  l'état  normal. 

Il  importe  donc,  pour  la  dissection,  d'étaler  l'abdomen 
et  de  le  fixer  avec  une  épingle. 

Le  céphalotorax  est  beaucoup  plus  ramassé  et  plus 
large,  les  antennes  sont  courtes. 

L'apparei/  circulatoire  est  disposé  exactement  comme 
chez  l'Ecrevisse,  l'artère  sternale  passe  au  centre  de  la 
masse  nerveuse  abdominale  unique. 

Les  branchies  ne  sont  pas  filamenteuses,  mais  formées 
de  lamelles  juxtaposées,  et  leur  forme  rappelle  assez 
colle  d'une  pyramide  triangulaire  à  pointe  libre. 

Dans  le  tube  digestif  on  trouve  en  arrière  de  l'estomac 
et  situés  symétriquement  deux  ciecums  pyloriques  très 
enroulés.  Dans  le  milieu  de  l'intestin,  un  léger  renfle- 
ment où  vient  s'ouvrir  un  troisième  cœcum  (cujcum  rec- 
tal). Le  foie  est  très  volumineux  et  de  couleur  jaune 
clair. 

Le  système  nerveux  est  très  condensé  dans  sa  partie 
thoraco-abdominale  et  se  réduit  à  un  fort  ganglion  percé 
en  son  centre  d'un  orifice  par  où  passe  l'artère  sternale. 

Enfin  les  organes  génitaux  sont  très  semblables  à  ceux 
de  l'Ecrevisse.  (3n  les  voit  dès  que  l'on  a  enlevé  le  cé- 
phalotorax, et  ils  cachent  le  cœur  et  une  grande  partie 
du  foie. 


128 


LE    NATURALISTE 


^  Les  orifices  mâles  sont  à  la  même  place  que  chez 
l'Ecrevisse,  c'est-à-dire  à  la  base  de  la  S»  paire  de  pattes 
ambulatoires,  tandis  que  les  femelles  sont  situés  en  face 
de  la  troisième  paire  de  pattes,  non  pas  sur  la  patte, 
mais  plus  ventralement,  sous  la  carapace  vers  la  ligne 
médiane. 

Pour  la  dissection,  elle  se  fait  absolument  comme  pour 
l'Ecrevisse.  A.  Gruvel. 


SUR  LA  MINÉRALOGIE  DES  CADAVRES 


Une  circonstance  fortuite  m'a  permis  d'étudier,  dans 
des  conditions  particulièrement  précises,  la  formation 
de  produits  cristallisés  aux  dépens  d'un  cadavre  conservé 
dans  un  cercueil  de  plomb.  Des  travaux  de  voirie  effec- 
tués à  Paris,  dans  la  rue  de  Béarn,  sur  l'emplacement  de 
l'église  de  l'ancien  couvent  des  Minimes,  ont  mis  en  effet 
à  découvert  deux  cercueils  en  plomb  datant  de  1630,  que 
j'ai  pu  examiner  grâce  à  l'obligeance  de  M.  le  D'  Robi- 
net. 

Le  squelette  renfermé  dans  l'un  de  ces  cercueils  était 
intact,  les  cheveux  abondants  n'avaient  point  été  altérés. 
L'intérieur  du  crâne  ne  renfermait  que  quelques  sphé- 
rolites  cristallins.  Le  second  cercueil  contenait,  au  con- 
traire, un  squelette  très  altéré  :  plusieurs  os  longs,  un  des 
os  iliaques  étaient  couverts  de  paillettes  blanches  trans- 
parentes. La  cavité  du  crâne  était  transformée  en  une 
magnifique  géode  (brisée),  tapissée  d'aiguilles  ou  de 
lames  blanches  atteignant  8  millimètres  de  plus  grande 
dimension.  Leur  disposition  dans  le  crâne  est  régulière  ; 
le  plan  interne  de  celui-ci  est  fissuré,  soulevé  et  c'est  sur 
ces  débris  que  sont  implantés  les  cristaux.  Le  diploé  est 
très  altéré,  ses  larges  cellules  ayant  permis  le  développe- 
ment facile  du  minéral  qui  l'imprègne,  enfin  le  plan  ex- 
terne est,  par  places,  lui-même  recouvert  de  cristaux. 

La  sul)stance  de  ceux-ci  est  un  hydrate  de  phosphate 
bicalcique  :  la  métabrushite. 

Ce  minéral  est  le  même  que  celui  qui  a  été  trouvé  une 
seule  fois  à  la  surface  d'os  d'une  des  tombes  du  gisement 
préhistorique  de  Solutré  (Saône-et-Loire). 

Il  est  probablement  identique  à  celui  que  Fourcroy  et 
Vauquelin  rencontrèrent  en  1807  sur  un  squelette  ren- 
fermé dans  une  tombe  on  pierre  datant  du  xi«  siècle, 
découverte  à  Paris  dans  la  vieille  église  Sainte-Gene- 
viève. 

On  peut  se  demander  quelles  sont  les  réactions  qui  ont 
donné  naissance  à  ce  minéral  connu  dans  le  guano  des 
Antilles  et  dans  quelques  grottes  (en  particulier  dans 
celle  de  Minerne  (Hérault).  M.  A.  Gauthier  a  expliqué  de 
la  façon  suivante  la  formation  de  la  métabrushite  de  ce 
dernier  gisement:  sous  l'influence  de  ferments  oxydants, 
les  organes  mous  des  animaux  enfouis  dans  la  caverne 
auraient  donné  naissance,  entre  autres  produits,  à  du 
phosphate  biammoniacal  qui,  entraîné  par  les  eaux  au 
contact  du  calcaire  constituant  le  substratum  de  la 
caverne,  aurait,  par  substitution,  formé  du  phosphate  bi- 
calcique. 

Il  est  probable  ijue  des  réactions  de  ce  genre  sont  inter- 
venues pour  donner  naissance  aux  cristaux  que  j'étudie; 
mais  ici  le  cadavre,  conservé  en  vase  clos,  a  donné  lui- 
même  tous  les  éléments  nécessaires  à  la  formation,  du 
minéral.  Ce  sont  ses  os  qui  ont  fourni  la  chaux  (et  sans 


doute  aussi  une  partie  de  l'acide  phosphorique).  La  con- 
centration des  cristaux  dans  la  boite  crânienne  du  sque- 
lette de  la  rue  de  Béarn  montre  aussi  que,  dans  ce  cas, 
la  matière  cérébrale  a  joué  un  rôle  particulièrement  actif 
dans  leur  production. 

L'étanchéité  du  cercueil  de  plomb  rendant  possible  le 
contact  longuement  prolongé,  et  sans  doute  sous  pres- 
sion du  squelette  et  des  produits  de  la  décomposition  ca- 
davérique, a  permis  ainsi  entre  eux  de  mutuelles  réac- 
tions chimiques. 

Il  est  probable  que  ce  phénomène  d'autominéralisa- 
tion  n'est  pas  rare;  il  m'a' paru  utile  d'appeler  l'atten- 
tion, cette  note  constituant  une  première  contribution  à 
la  minéralogie  des  cadavres. 

A.  Lacroix. 
(Bulletin  du  Muséum  de  Paris.) 


ANIMAUX 


Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de    bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Tout  le  monde  connaît  les  fables  stupides  des  innom- 
brables supplices  infligés  par  les  Carthaginois  à  Ré- 
gulus  :  pour  pouvoir  les  supporter  tous,  il  lui  eût  fallu 
vivre  de  bien  longues  années;  mais,  par  contre,  les  plus 
sérieux  d'entre  les  auteurs  grecs  ou  latins  qui  ont  parlé 
de  Régulus,  et  qui  ont  donné  sur  lui  les  détails  les  plus 
nombreux  et  les  plus  circonstanciés,  ne  soufflent  pas 
mot  de  ces  atrocités,  écloses  dans  le  cerveau  maladif  de 
quelque  ancien  compilateur  qui  écrivait  l'histoire  comme 
on  invente  un  roman. 

A  la  bataille  de  Palerme  (251  av.  J.-C),  les  Cartha- 
ginois, commandés  par  Asdrubal,  avaient  30.000  soldats 
et  130  éléphants.  Métellus  les  attira  jusque  sous  les  murs 
de  la  ville,  manœuvra  de  manière  à  arrêter  leurs 
éléphants  entre  les  fortifications  et  l'infanterie  cartha- 
ginoise; puis, rendus  furieux  par  les  blessures  qu'ils  rece- 
vaient du  haut  des  murailles,  les  animaux  su  retour- 
nèrent contre  l'armée  carthaginoise  et  y  portèrent  le 
désordre  et  la  mort;  l'armée  romaine  fit  le  reste. Carthage 
perdit  dans  cette  bataille  20.000  hommes  et  tous  les 
éléphants  de  l'armée  d' Asdrubal  :  104  tombèrent  au  pou- 
voir du  vainqueur;  les  autres  furent  tués.  Les  104  élé- 
phants vivants  ornèrent  le  triomphe  de  Métellus,  furent 
ensuite  promenés  dans  toute  l'Italie,  puis  enfin  réunis 
dans  le  cirque  et  livrés  à  la  canaille  romaine,  qui  les 
massacra  à  coups  de  traits. 

Pendant  la  Révolte  des  mercenaires,  ce  fut  encore  aux 
éléphants  que  Carthage  dut  son  salut,  à  la  bataille  du 
Macar. 

Quand  Amilcar  passa  en  Espagne  pour  la  soumettre  à 
Carthage,  il  s'y  établit  fortement,  grâce  à  ses  éléphants, 
et  il  y  maintint  une  armée  permanente  de  50.000  fan- 
tassins, 6.0CO  chevaux  et  200  éléphants  (Diodore  de  Sicile, 
fragm.  Liv.  XXV,  églog.  2).  Plus  tard,  Asdrubal  succéda 
à  Amilcar  dans  le  gouvernement  de  l'Espagne,  et,  à  son 
tour,  il  eut  pour  successeur  son  fils  Annibal,  qui  déclara 
bientôt  la  guerre  aux  Romains  ;  et  c'est  surtout  pendant 
cette  seconde  guerre  punique  que  l'on  vit  les  éléphants 


LE     NATURALISTE 


129 


jouer  un  grand  rôle  dans  les  mémorables  batailles 
qu'Annibal  livra  aux  Romains. 

A  la  bataille  de  la  Trébie(219  av.  J.-C),  les  Romains 
avaient  30.000  fantassins,  4.000  chevaux  et  un  corps  im- 
portant d'auxiliaires  gaulois;  environ  40.000  hommes 
d'infanterie  italienne  et  étrangère,  en  tout.  L'armée  car- 
thaginoise était  aussi  forte,  en  infanterie,  que  celle  des 
consuls  Scipion  et  Sempronius;  mais  elle  comptait 
10.000  chevaux  et  des  éléphants,  20.000  Romains  y  furent 
massacrés,  mais  Annibal  y  eut  la  pkqiart  de  ses  éléphants 
tués,  ou,  du  moins,  ces  animaux  étaient  déjà  extrême- 
ment éprouvés  par  les  privations  et  les  froids  qu'ils 
avaient  dû  endurer  avant  d'arriver  sur  le  lieu  du  combat, 
et  Annibal  en  avait  perdu  en  route  un  grand 
nombre.  Par  conséquent,  c'était  avec  des  éléphants  ma- 
lades et  impotents,  pour  ainsi  dire,  qu'Annibal  avait 
combattu. 

Aux  batailles  de  Trasimène  et  de  Cannes,  où  la  morgue 
et  l'orgueil  italiens  reçurent  de  si  nécessaires  leçons, 
Annibal  n'avait  pas  d'éléphants;  ce  furent  simplement  le 
génie,  l'habileté  du  grand  général  africain  qui  détermina 
l'anéantissement  des  armées  romaines.  Mais,  en  recevant  la 
nouvelle  de  la  victoire  de  Cannes,  le  sénat  de  Carthage 
lui  fit  immédiatement  parvenir  des  troupes  fraîches  et  des 
éléphants. 

A  l'attaque  de  la  place  de  Noie,  que  défendait  le  préteur 
Marcellus,  Annibal  perdit  6.000  hommes  et  6  éléphants. 

Six  ans  après  l'ouverture  de  la  guerre,  comme  il  s'ef- 
forçait de  faire  lever  le  siège  de  Capoue  par  les  Romains, 
il  perdit  encore  3  éléphants. 

Au  combat  qu'il  livra  à  Marcellus,  près  du  Numislron, 
ils  lui  furent  encore  très  utiles. 

Le  consul  Néron  lui  en  tua  4  et  lui  en  prit  2  au  com- 
bat de  Grumentmn. 

A  la  bataille  de  Canusium,  entre  le  consul  Marcellus  et 
Aunibal,  celui-ci  eut  environ  8.000  hommes  écrasés  par 
ses  propres  éléphants  terrifiés  et  affolés,  et  B  de  ces  ani- 
maux restèrent  sur  le  champ  de  bataille  (210  av.  J.-C). 

A  la  bataille  du  Métaure  (208  av.  J.-C),  les  Carthagi- 
nois en  perdirent  15. 

A  la  bataille  d'Elinge  (206  av.  J.-C),  en  Espagne, 
entre  les  Carthaginois  et  les  Romains,  les  32  éléphants 
des  Carthaginois  furent  tués,  moins  8  qui  tombèrent 
vivants  entre  les  mains  des  vainqueurs  :  et  remarquez  que 
les  défaites  des  Carthaginois  étaient  presque  toujours 
occasionnées  par  ces  animaux,  qui  les  chargeaient  au 
lieu  de  charger  l'ennemi.  Cette  bataille  fut  la  dernière 
que  Rome  et  Carthage  se  livrèrent  en  Espagne. 

A  la  bataille  de  Zama,  gagnée  par  Scipion  sur  Annibal 
(202  av.  J.-C),  les  Carthaginois  avaient  80  éléphants  : 
11  furent  ]iris  vivants  par  les  Romains;  tous  les  autres 
périrent. 

Pendant  la  troisième  guerre  punique,  les  Carthaginois 
n'eurent  pas  d'éléphants  :  en  effet,  au  nombre  des  clauses 
du  traité  qui  avait  mis  fin  à  la  deuxième,  se  trouvait  pour 
eux  la  défense  d'entretenir  désormais  aucun  de  ces  ani- 
maux. 

Les  rois  d'.\fri(jue,  alliés  ou  ennemis  de  Rome  et  de 
Carthage,  eurent  aussi,  à  l'imitation  de  cette  dernière, 
des  trains  d'éléphants.  Masinissa  en  fournit  souvent, 
dans  la  suite,  aux  Romains.  Pendant  la  troisième  guerre 
punique,  Guliissa,  fils  de  ce  roi,  en  amena  aux  Romains 
qui  s'en  servirent  précisément  contre  les  Carthaginois. 
Micipsa,  autre  fils  et  successeur  de  Masinissa,  en  fournit 
plusieurs  fois  aussi  aux  généraux  romains. 


Jugurtha  s'en  servit  contre  ces  mêmes  Romains,  et 
réussit  même  à  faire  passer  sous  le  joug  ces  légions  qui 
avaient  détruit  Carthage  et  les  royaumes  les  plus  puis- 
sants de  la  terre.  Dans  la  dernière  bataille  qu'il  livra  aux 
Romains,  sur  les  bords  du  Mulliul,  et  où  il  fut  vaincu,  il 
eut  40  éléphants  tués  et  plusieurs  autres,  quatre  selon 
Salluste,  furent  pris  vivants. 

Ce  fut  pendant  cette  guerre  de  Jugurtha  qu'eut  lieu  la 
rivalité  do  Marins  et  de  Sylla.  Les  deux  adversaires 
eurent  des  partisans  en  Afrique,  et  l'on  y  vit  des  élé- 
pluuits  dans  les  deux  armées  adverses.  Pompée,  qui 
réussit  à  vaincre  pour  le  compte  de  Sylla  les  partisans 
de  Marins,  ramena  à  Rome  un  nombre  assez  considé- 
rable de  lions  et  d'éléphants,  et  il  fît  atteler  quatre  de  ces 
dernier  à  son  char  triomphal. 

Juba,  fils  d'ilieinpsal,  remis  en  possession  de  son 
trône  de  Mauritanie  par  Pompée,  prit  naturellement 
parti  pour  ce  dernier  contre  César,  pendant  la  guerre 
civile.  Il  mit  sur  pied  une  armée  à  laquelle  était  attache 
un  train  de  40  éléphants,  et  il  détruisit  à  Bagradas  deux 
légions  de  César  commandées  par  Curion.  Après  la 
défaite  de  Pharsale,  il  aida  encore  puissamment  les  par- 
tisans de  Pompée  accourus  en  Afrique,  et  il  eut  dans 
son  armée  jusqu'à  120  éléphants. 

A  la  bataille  de  Thapsus  (47  av.  J.-C),  gagnée  par 
César  sur  Scipion  et  Juha  en  Afrique,  César  avait  neuf 
légions  et  Scipion  et  Juba,  environ  80.000  combattants; 
César  avait  donc  une  armée  plus  faible  environ  d'un 
tiers  que  celle  de  ses  adversaires  ;  et,  en  outre,  l'armée 
ennemie  avait  64  éléphants,  et  sa  défaite  fut  occasionnée, 
comme  tant  d'autres,  par  l'irruption  dans  ses  propres 
rangs  de  ces  animaux  alfolés.  Ces  64  éléphants  furent 
pris  par  César,  qui  les  fit  amener  à  Rome  pour  orner 
son  triomphe;  40  éléphants,  rangés  sur  deux  files,  précé- 
daient le  dictateur  avec  des  flambeaux  dans  leurs  trompes. 
L'idée  de  cette  singulière  cérémonie  avait  été  prise  par 
César  aux  coutumes  des  rois  d'Egypte  et  de  Syrie,  qui 
se  faisaient  parfois  éclairer  ainsi  dans  leurs  promenades 
nocturnes,  d'où  le  nom  de  /uxvo^opoi  donné  aux  éléijhants 
dressés  à  ce  service  (c'est-à-dire  porle-flambeaux).  Plus 
tard,  pour  son  troisième  consulat.  César  donna  au  peuple 
des  jeux  dans  lesquels  on  vit,  une  fois,  20  éléphants  com- 
battre contre  bOO  fantassins,  et,  une  autre  fois,  20  autres 
éléphants  portant  leurs  tours  chargées  de  trois  archers, 
combattre  contre  500  fantassins  et  500  cavaliers. 

Les  Romains  se  servirent  aussi  des  éléphants,  comme 
je  l'ai  dit  plus  haut  en  parlant  de  la  troisième  guerre 
puni(iue.  Le  consul  Sulpicius  Galba  s'en  servit  contre 
Philippe,  roi  de  Macédoine.  Son  successeur  Quinctius 
Flamininus  ajouta  10  autres  éléphants  à  ceux  de  Galba, 
et  il  mit  les  Macédoniens  en  complète  déroute  à  la  bataille 
des  Cynocéphales,  en  Thessalie. 

A  la  bataille  de  Magnésie  (191  ans  av.  J.-C),  Scipion 
avait  10  éléphants,  et  Antiochus  le  Grand  54  (le  livre  des 
Macchabées  porte  ce  nombre  à  120);  lu  de  ces  éléphants 
furent  pris  avec  leurs  conducteurs;  les  autres  furent  tués. 

Les  Romains  se  servirent  aussi  des  éléphants  contre 
les  Arvernes  et  les  Allobroges  (122  à  121  av.  J.-C),  sous 
les  ordres  du  proconsul  Domitius  Ahenobarbus,  un  des 
ancêtres  de  l'empereur  Néron  ;  on  pense  même  que  ce 
sont  les  deux  dernières  affaires  où  les  Romains  auraient 
utilisé  la  masse  et  l'aspect  de  ces  animaux,  pendant  la 
République  ;  plus  tard,  sous  l'empire,  et  surtout  pendant 
les  guerres  continuelles  que  Rome  soutenait  contre  les 
Perses,  on  revint  à  l'emploi  des  éléphants. 


130 


LE     NATURALISTE 


Laissons  maintenant  de  côté  les  milliers  d'autres 
affaires  où  l'homme  s'est  servi  de  l'éléphant  pour  essayer 
de  détruire  l'homme,  et  voyons  comment  les  anciens 
parvenaient  à  dompter  ces  féroces  animaux  et  d'autres 
encore. 

Les  dompteurs  prenaient  le  nom  de  mansuetarii  ;  les 
lions,  les  léopards,  les  tigres,  étaient  soumis  par  eux 
comme  de  jeunes  chiens.  Dans  sa  Lettre  LXXXV,  à  la 
fin,  Sénèque  dit  :  «  Certaines  gens  domptent  les  hètes 
féroces,  et  amènent  à  porter  le  joug  les  animaux  les  plus 
cruels  et  dont  l'ahord  inspire  le  plus  d'épouvante  à 
l'homme  ;  non  contents  d'avoir  dompté  leur  férocité,  ils 
les  apprivoisent  au  point  de  les  rendre  familiers.  Le  lion 
reçoit  dans  sa  gueule  le  bras  de  son  maître  ;  le  tigre  se 
laisse  embrasser  par  son  gardien;  le  plus  petit  Ethiopien 
fait  mettre  à  genoux  et  marcher  mer  la  corde  un  élé- 
phant. » 

Dans  son  Épigramme  XVIII,  Sur  un  tigre  apprivoise', 
redevenu  tout  à  coup  féroce  à  l'aspect  d'un  lion,  Martial 
dit: 

«  Un  tigre,  la  merveille  des  montagnes  de  l'IIyrcanie, 
accoutumé  à  lécher  la  main  que  lui  présentait  avec  sécu- 
rité son  maître,  a,  dans  sa  fureur,  déchiré  de  sa  dent 
cruelle  un  farouche  lion.  Chose  inouïe,  dont  on  n'avait 
pas  eu  d'exemple  jusqu'à  nos  jours  :  tant  qu'il  vécut  au 
fond  des  forêts,  il  n'eut  jamais  une  pareille  audace;  de- 
puis qu'il  est  parmi  nous,  il  a  plus  de  férocité  !  » 

Dans  la  VU"  Épigramme  du  livre  I,  il  dit,  au  sujet  d'un 
lion  de  César  : 

«  Un  aigle  emporta  jadis,  à  travers  les  airs,  un  enfant 
que  ne  blessèrent  point  ses  serres  timides.  Aujourd'hui, 
les  lions  de  César  se  laissent  attendrir  par  leur  proie,  et 
un  lièvre  se  joue  sans  péril  dans  l'énorme  gueule  de  l'un 
d'eux...  » 

Même  sujet  dans  VEpigramme  XV  du  même  livre  : 

«  Nous  avons  vu,  César,  les  plaisirs,  les  jeux  et  les 
divertissements  des  lions  :  l'arène  t'offre  aujourd'hui  le 
même  spectacle.  Un  lièvre,  saisi  et  lâché  tant  de  fois  par 
la  dent  qui  le  caresse,  court  en  liberté  dans  cette  gueule 
ouverte...  » 

Epigramme  XXIll  du  même  livre  : 

«  Lièvre,  pourquoi  fuis-tu  la  gueule  inoffensive  de  ce 
paisible  lion'?...  Ses  dents  n'ont  point  appris  à  dévorer 
d'aussi  chétives  bêtes,  etc.  » 

Epigramme  XLIX,  même  livre  : 

«  Les  maîtres  du  combat  n'ont  pu  arracher  les  tau- 
reaux à  cette  vaste  gueule,  dans  laquelle  un  lièvre,  ti- 
mide proie,  se  promène  en  tout  sens;  et,  ce  qui  est  plus 
étonnant  encore,  ce  lièvre  sort  plus  vif  de  la  gueule 
ennemie,  et  semble  rapporter  quelque  chose  d'un  si 
grand  courage.  Il  n'est  pas  plus  en  sûreté  lorsqu'il  court 
seul  sur  l'arène,  et,  dans  sa  tanière  même,  il  est  moins  à 
l'alu-i  du  danger.  Si  tu  veux,  lièvre  folâtre,  éviter  les  mor- 
sures des  chiens,  tu  as  la  gueule  d'un  lion  pour  refuge.  » 

Epigramme  LU,  même  livre  : 

«  Il  ne  faut,  aux  féroces  lions,  que  des  animaux  de 
la  première  grosseur.  Pourquoi,  lièvre  ambitieux,  fuir 
l'approche  de  ces  dents'?  Crois-tu  qu'ils  voudront  des 
énormes  taureaux  descendre  jusqu'à  toi,  et  dévorer  ta 
tête,  qu'ils  aperçoivent  à  peine?  » 

Epigramme  LXI,  même  livre  : 

«  Lièvre,  quoique  tu  entres  dans  la  vaste  gueule  du 
terrible  lion,  il  ne  te  sent  pas  à  côté  de  sa  dent.  Où  trou- 
vera-t-il  une  croupe,  où  trouvera-t-il  des  épaules  pour 


les  profondes  morsures  qu'il  fait  aux  jeunes  taureaux  ? 
Pourquoi  fatigues-tu  vainement  le  maître  et  le  roi  des 
forêts?...  » 

Epigramme  CV,  même  livre  : 

«  En  voyant  le  cou  tacheté  du  léopard  supporter  un 
joug  fragile  ;  les  tigres  féroces  endurer  patiemment  le 
fouet,  les  cerfs  mordre  le  frein  doré  de  leur  bride  ;  les 
ours  de  Libye  se  montrer  dociles  au  mors  ;  un  sanglier 
formidable,  tel  qu'on  nous  dit  avoir  été  celui  de  Calydon, 
se  laisser  conduire  avec  un  licou  de  pourpre  ;  les  dif- 
formes bisons  traîner  des  chariots  ;  et  le  pesant  éléphant, 
ne  refusant  rien  à  son  noir  conducteur,  danser  avec 
grâce  lorsque  celui-ci  le  lui  commande,  qui  ne  croirait 
assister  à  un  spectacle  des  dieux  ? 

«  Il  n'est  personne  toutefois  qui  ne  détourne  les  yeux 
de  ces  objets,  comme  peu  dignes  d'attention,  quand 
viennent  s'offrir  à  ses  regards  les  petites  chasses  des  lions 
que  fatiguent,  dans  leur  épouvante,  les  lièvres  fuyant 
avec  rapidité.  Ces  premiers  quittent  leur  proie,  la  re- 
prennent, la  flattent,  et  la  tiennent  dans  leur  gueule  où 
elle  ne  court  nul  danger  ;  ils  se  plaisent  à  lui  laisser  des 
issues  pour  s'échapper,  et  à  contenir  leurs  dents,  qui 
craignent  de  lui  faire  le  moindre  mal.  » 

Marc-Antoine  aimait  à  se  promener  avec  la  courtisane 
Cythéris  dans  un  char  traîné  par  des  lions  (Plutarque, 
Vie  de  M.  Antoine,  ch.  9). 

Iléliogabale  faisait  aussi  atteler  à  son  char  des  cerfs, 
des  lions  ou  des  tigres  (Lampride,  Vie  d'Héliogabale 
ch.  8).  Un  certain  nombre  de  lions  et  de  léopards,  à  qui 
l'on  avait  coupé  les  griffes,  étaient  devenus  si  familiers, 
que  cet  empereur  les  faisait  entrer  tout  à  coup  dans  la 
salle  des  festins,  où  ils  allaient  tranquillement  s'asseoir 
au  milieu  des  convives,  au  grand  effroi  de  ceux  qui 
n'étaient  pas  prévenus  de  ces  terribles  visites,  et,  bien 
entendu,  à  la  grande  joie  du  fou  couronné. 

En  l'an  de  Rome  567,  le  consulaire  M.  Pulvius  donna 
au  peuple  le  spectacle  d'une  chasse  de  lions  et  de  pan- 
thères ;  huit  ans  après,  les  édiles  firent  paraître  dans  le 
cirque  40  ours.  63  léopards  et  quelques  éléphants  (Tite- 
Live,  xx.xix,  22;  x'liv,  18). 

En  l'an  6oo,  on  vit  pour  la  première  fois  des  éléphants 
combattre  dans  l'arène  contre  des  taureaux  (Pline,  Hist. 
naturelle,  viii,  7),  et  ce  spectacle  fut  encore  donné  au 
peuple  vingt  ans  plus  tard  par  Lucullus. 

Sylla  fut  le  premier  qui  exposa  ICO  lions  lâchés  en 
liberté  dans  le  cirque  ;  jusqu'à  lui,  on  avait  pris  la  pré- 
caution d'enchaîner  ces  animaux  (Sénèque,  Du  peu  de 
durée  de  la  vie,  xiii.  —  Pline,  Hist.  nat.,  vu,  30). 

Domitius  Ahenobardus  fit  combattre,  en  693,  cent  ours 
avec  des  chasseurs  Ethiopiens  ;  et,  trois  ans  après,  Scau- 
rus  exposa  150  léopards  et  fit  voir  aux  Romains  le  pre- 
mier hippopotame  avec  8  crocodiles  (Pline,  Hist.  nat., 
VIII,  24,  40,  54). 

Mais  personne  ne  surpassa  Pompée  dans  ce  genre  de 
magnificence. 

Il  fit  paraître  dans  l'arène  jusqu'à  600  lions,  410  pan- 
thères, une  vingtaine  d'éléphants,  un  loup-cervier  des 
Gaules  et  un  rhinocéros  (Pline,  Hist.  nat.  viii,  7,  20,  24, 
28,  29,  34.  —  Dion  Cassius,  xxxix,  38.  —  Agatharchide, 
De  la  mer  rouge,  36). 

César  exposa,  dans  les  jeux  qu'il  donna  à  la  fin  de  la 
guerre  civile,  400  lions,  40  éléphants  et  une  girafe,  ani- 
mal que  les  Romains  voyaient  pour  la  première  fois. 
(Pline,  Hist.  nat.  viii,  20.  —  Dion  Cassius,  xliii,  4). 


LE     NATURALISTE 


131 


J'arrête  ici  cette  énumération  qui,  complète,  remplirait 
au  moins  huit  colonnes  de  ces  pages. 

Elien  {De  la  nature  des  animaux,  I  cli.  xi),  parle  des  éta- 
blissements que  l'on  avait  établis  à  Rome  pour  l'instruc- 
tion des  éléphants  destinés  à  paraître  aux  jeux  du 
cirque,  et  où  on  leur  apprenait  à  danser  en  cadence,  à 
faire  de  l'escrime,  à  danser  sur  la  corde,  à  lancer  des 
traits,  etc.  (Voyez  Armandi,  Histoire  militaire  des  élé- 
phants, livre  II,  ch.  I,  p.  239). 

E.  N.  Santini  de  Riols. 


LE     STILBUM     BUQUESTI 

CHAMPIGNON  DÉVELOPPÉ  SUE,  UNE  GUÊPE 


M.  le  D""  Jacobs  a  communii|ué  à  la  société  entomolo- 
gique  de  Belgique  une  note  intéressante  sur  un  champi- 
gnon développé  sur  une  guêpe  {Vespa  germanica),  note 
que  nous  reproduisons  ci-après,  ainsi  que  la  figure  qui 
l'accompagne. 

Beaucou])  d'insectes  de  tous  les  ordres  sont  attaqués 
par  des  parasites  végétaux  particuliers  ou  cryptoganiiques, 
auxquels  on  a  donné  le  nom  de  Torrubia,  du  nom  de 
l'auteur  qui  en  fit  le  premier  l'observation.  Assez  rare- 
ment rencontrés  en  Europe,  on  les  trouve  fréquemment 
aux  Antilles,  sur  les  vespides  du  genre  Polistes,  ainsi 
que  dans  d'autres  localités  de  l'Amérique  où  habitent  les 
insectes  de  cette  famille. 

M.  le  professeur  'V.  Dcspret  de  Carlsbourg  m'a  fait 
parvenir  une  variété  de  'Vespa  germanica  Fab.,  sur 
laquelle  s'est  développé  ce  singulier  végétal.  Mme  Bommer, 
qui  a  bien  voulu  l'étudier,  l'a  désigné  sous  le  nom  de 
Stilbum  Bu(iuesti  (M.  et  Ch.  Robin)  ;   l'exemplaire  est 


incomplètement  développé.  Le  cryptogame  se  présente 
sous  forme  de  filaments  qui  sortent  d'entre  les  segments 
de  l'abdomen,  ils  y  sont  très  nombreux,  le  thorax  en 
émet  également;  ils  partent  de  l'insertion  des  deux  pre- 
mières paires  de  pattes,  notre  spécimen  en  porte  à 
l'extrémité  du  premier  article  d'une  antenne  et  à  la  partie 
postérieure  des  mandibules. 


Cet  état  est  la  deu.'cième  période  de  l'existence  du  para- 
site, on  l'a  désigné  sous  le  nom  d'état  ascophore,  il 
comporte  des  appareils  reproducteurs  qui  terminent  les 
filaments;  ces  derniers  peuvent  atteindre  de  3  à  5  centi- 
mètres, être  simples,  filiformes,  flexueux  et  rigides,  ou 
se  bifurquer;  à  leur  extrémité  se  trouve  un  renflement 
creux  irrégulicr,  long  de  3  à  5  millimètres  avec  un 
diamètre  do  2  à  3  millimètres  recouvert  de  petites  pustules 
finissant  par  des  corpuscules  ou  concoptacles  donnant 
naissance  aux  corjis  reproducteurs  ou  endospores. 

La  première  période  de  l'existence  du  parasite  est 
connue  sous  le  nom  d'état  conidial,  il  est  dû  au  dévelop- 
pement des  spores  du  cryptogame;  ces  corps  reproduc- 
teurs donnent  des  filaments  qui  jiénètrent  dans  l'intérieur 
du  corps  de  l'insecte  par  les  parties  molles  séparant  les 
segments  ;  ils  se  nourrissent  aux  dépens  de  la  matière 
grasse  de  l'insecte  par  la  production  d'un  mycélium  plus 
ou  moins  abondant. 

On  croit  que  l'insecte  succombe  lorsque  le  parasite 
s'est  fait  jour  au  dehors,  après  l'avoir  épuisé  (Voir 
André,  t  II,  pp.  521-22). 


UN  NID  DE  LORIOT 


Je  vous  signale  un  fait  qui  me  paraît  assez  curieux  et 
qui  peut-être  intéressera  les  lecteurs  du  Naturaliste. 

J'ai  trouvé  dans  une  campagne,  aux  environs  de  Lille, 
un  nid  de  Loriot  entièrement  fait  de  laine  blanche  et  de 
bandes  de  papier  provenant  du  télégraphe  système 
Morse.  Or,  le  bureau  télégraphique  le  plus  proche  est  à 
au  moins  trois  kilomètres  de  là.  Il  faut  donc  que  le  loriot 
ait  fait  plusieurs  fois  ce  parcours,  car  la  quantité  de 
papier  ainsi  transportée  est  relativement  considérable. 

Peut-être  son  instinct  lui  a-t-il  appris  que,  dans  un  nid 
bâti  en  papier,  ses  petits  auraient  bien  chaud.  Ne  voit-on 
pas  des  gens  criblés  de  rhumatismes  étendre  un  journal 
sur  leurs  genoux  glacés  et  prétendre  que  ce  papier  vaut 
la  meilleure  des  couvertures ':* 

De  plus,  les  caractères  de  l'alphabet  morse  sont  encore 
très  visibles.  Il  serait  peut-être  intéressant  de  reconsti- 
tuer les  diverses  dépêches  ainsi  rassemblées  ;  mais  j'ai 
pensé  que,  dans  ce  cas,  la  curiosité  serait  vraiment  un 
vilain  défaut. 

Marcel  Plaideau. 


Culture  et  fabrication 

HE 

LA    CHICORÉE   A   CAFÉ 

Sa  composition,  sa  fabrication 


Connue  depuis  cent  ans  à  peine,  presque  exclusive- 
ment employée  jadis  à  falsifier  le  café  véritable,  la  chi- 
corée a  reçu  aujourd'hui  sa  consécration  définitive.  Pure, 
elle  possède  certaines  propriétés  curatives  qui  en  font 
une  plante  des  plus  utiles,  lorsqu'on  en  fait  un  usage 
modéré;  elle  offre  en  particulier  l'avantage  de  rendre 
l'infusion  de  café  moins  échauffante,  étant  elle-même 
légèrement  laxative.  Aussi,  est-elle  maintenant  d'un 
usage  courant,  qui  en  fait  une  denrée  commerciale  des 
plus  usuelles.  Mais  les  ouvrages  de  vulgarisation,  voire 


132 


LE     NATURALISTE 


même  les  traités  techniques,  s'en  étant  encore  fort  peu 
occupés,  il  n'est  pas  jusqu'à  sa  nature  même  qui  ne  soit 
généralement  ignorée. 

La  chicorée  appartient  à  la  famille  des  composées 
{Cichorium  intybiis).  Cultivée  el'abord  au  siècle  dernier  en 
Hollande,  elle  fut  implantée  au  commencement  de 
celui-ci  en  Allemagne,  dans  le  nord  de  la  France  et 
en  Belgique.  On  la  distingue  facilement  de  la  chicorée 
sauvage,  grâce  au  grand  développement  de  sa  racine,  ana- 
logue à  celle  de  la  betterave,  et  aux  nombreuses  décou- 
pures de  ses  larges  feuilles. 

C'est  la  Belgique  qui  détient  aujourd'hui  le  record  de 
la  culture  de  la  betterave  :  H.OOO  hectares  de  terrain  lui 
sont  consacrés.  La  France  ne  lui  accorde  que  1.200  hec- 
tares (dont  500  pour  le  Nord  et  200  pour  le  Pas-de- 
Calais).  A  la  suite  de  la  crise  des  sucres,  les  planteurs 
ont  substitué  la  culture  de  la  chicorée  à  celle  de  la  bette- 
rave dans  les  arrondissements  de  'Valenciennes,  Cambrai, 
Lille,  Arras  et  Béthune. 

C'est  au  printemps  que  se  fait  l'ensemencement.  On 
choisit  des  terres  légères  de  préférence  à  cause  de  la 
difficulté  que  présente  l'arrachage.  On  lui  fait  subir  de 
nombreux  binages  et  sarclages.  La  récolte  se  fait  en 
octobre  et  novembre.  Le  rendement  moyen  est  de  25.000 
à  30.000  kilos  par  hectare,  ce  qui  donne  approximative- 
ment un  bénéfice  net  de  100  à  200  francs. 

Les  produits  de  la  récolte  sont  vendus  aux  fabricants 
soit  en  racines  vertes,  effeuillées  et  décolletées,  soit  en 
cossettes  sèches.  Celles-ci  sont  obtenues  en  fendant  les 
racines  en  deux  ou  en  quatre  fragments  longitudinaux, 
qui  sont  ensuite  coupés  transversalement  en  morceaux 
de  4  à  5  centimètres  de  longueur.  Ces  fragments  sont 
sèches  à  50°  ou  55°,  soit  à  l'étuve,  soit  dans  des  tourailles 
analogues  à  celles  des  lirasseurs.  On  obtient  de  30  à 
35  kilos  de  cossettes  sèches  avec  100  kilos  de  racines 
■vertes. 

Dans  les  fabriques,  ces  cossettes  sont  d'abord  torré- 
fiées dans  de  grands  cylindres  tournants,  puis  on  les 
additionne  de  2  0  0  de  leur  poids  de  mélasse  ou  de 
beurre,  destinés  à  donner  du  brillant  au  produit.  Une 
fois  le  grillage  terminé,  on  procède  à  la  mouture,  au 
moyen  de  meules  ou  de  cylindres.  Enfin,  la  poudre 
obtenue  est  soumise  à  un  blutage  qui  sépare  en 
quatre  sortes  la  chicorée  commerciale  :  la  poudre,  le  (in 
grain,  le  moyen  grain  et  la  semoule  ou  gros  grain. 

Ces  diverses  qualités  sont  mises  en  caisses,  en  barils 
ou  en  paquets,  pour  être  livrées  à  la  consommation. 

D'après  M.  le  D''  Riant,  c'est  le  prix  exorbitant  auquel 
était  le  café  au  commencement  du  siècle  dernier  qui  a 
conduit  le  consommateur,  habitué  à  une  liqueur  noire, 
à  introduire  lui-même  dans  sa  préparation  une  notable 
quantité  de  chicorée. 

Paul  J.\cOB. 

PRÉCIS    D'ANATOMIE   ET    DE    DISSECTIONS 


Le  «  Précis  d'Analojnie  comparée  et  de  dissections  »  par 
M.  A.Gruvel(U,  que  vient  de  publier  la  Maison  o  Les  Fils 
D'Emile  Deyrolle  )),a  été  conçu  dans  un  plan  assez  diffé- 
rent des  publications  similaires  qui  ont  paru  jusqu'ici. 

L'auteur,  sans  se  noyer  dans  de  trop  longs  détails, 

())  i  vol.  de  258  pages,  avec  204  figures  dans  le  texte,  prix  : 
3  fr.  50,  franco  :  3  fr.  75.  (Les  lits  D'Emile  Deyrolle,  éditeurs, 
46,  rue  du  Bac,  Paris). 


a  su  dégager,  au  point  de  vue  de  l'Anatomie  comparée, 
les  types  les  plus  importants  à  connaître,  il  a  mis  en 
relief  les  caractères  différentiels  de  chacun  et  a  montré 
comment  les  organes  se  modifient  progressivement  dans 
la  série  animale. 

Au  lieu  de  faire  une  suite  d'études  d'anatomie  descrip- 
tive, nettes  et  tranchées,  M.  Gruvel  s'est  attaché  jdus'par- 
ticulièrement  à  montrer  les  liens  qui  rattachent  les 
groupes  les  uns  aux  autres  :  cela  en  termes  clairs  et 
précis,  évitant  autant  que  possible  les  redites,  de  façon  à 
ne  pas  allonger  inutilement  l'ouvrage. 

La  partie  consacrée  à  l'étude  des  principaux  types 
d'animaux,  celle  de  Dissection  proprement  dite,  est  es- 
sentiellement écrite  dans  un  but  pratique.  L'auteur  a 
essayé  de  placer  un  débutant  devant  un  animal  à  étu- 
dier et  de  le  diriger  pas  à  pas,  de  façon  qu'il 
puisse  de  lui-même,  avec  son  livre  en  mains,  faire  une 
dissection  complète  et  soignée.  Les  détails  de  l'organi- 
sation générale  des  différents  types  sont  résumés  aussi 
succinctement  que  possible,  mais  d'une  façon  suffisam- 
ment complète  cependant  pour  que  toutes  les  parties  es- 
sentielles soient  énumérées  en  même  temps  que  leurs 
positions  relatives  dans  le  corps,  et  la  façon  pratique  de 
les  préparer. 

Les  dessins  sont  tous  schématiques  et  destinés  à 
permettre  de  saisir  facilement  les  descriptions  faites 
dans  le  texte. 

Tout  en  étant  écrit  pour  des  étudiants,  le  livre  de 
M.  Gruvel  pourra  utilement  servir  aux  personnes,  de 
jour  en  jour  plus  nombreuses,  qui  s'intéressent  à  l'étude 
de  la  nature,  et  qui,  ne  se  contentant  plus  de  la  détermi- 
nation des  espèces,  veulent  aussi  savoir  comment  sont 
constitués  les  êtres  qui  les  environnent. 


POINTS  DE  CONTACT  DES   INSECTES 

Avec  les  autres  Arthropodes 


Eomologies  organiques  et  physiologiques  des  Arthropodes. 

Nous  avons  montré  déjà  les  analogies  qui,  en  des  points 
variés  de  la  série,  rattachent  les  autres  groupes  des 
Arthropodes  aux  Insectes,  tout  en  laissant  à  ceux-ci  une 
réelle  prééminence  qui  se  traduit  par  une  phase  ultime 
de  développement  embryonnaire,  leur  permettant  d'ac- 
quérir leur  caractère  propre  et  distinctif  ;  il  ne  sera  sans 
doute  pas  inutile  de  faire  voir  que  tous  les  Articulés  à 
pattes  sont  construits  sur  un  môme  plan,  réunion  d'un 
certain  nombre  de  projets  primitifs  isolément  développés 
dans  chacune  de  leurs  réalisations,  et  insensibles  ou  ru- 
dimentaires  dans  les  autres.  Il  est  remarquable,  en  effet, 
que  les  quatre  types  généraux  des  Arthropodes  ont  cha- 
cun une  caractéristique  spéciale,  les  Insectes,  par 
exemple,  des  appendices  alaires,  les  Arachnides  un  plas- 
tron sternal  rigoureusement  porteur  de  huit  pattes,  mais 
qu'en  dehors  de  cette  caractéristique,  qui  se  manifeste 
d'ordinaire  surtout  à  l'état  adulte,  ils  sont  unis,  au  moins 
pour  une  période  de  leur  existence,  par  d'intimes  rap- 
ports morphologiques  ou  fonctionnels. 

Ils  ofl'rent  pour  trait  commun,  sans  exception  réelle, 
de  passer,  au  moment  de  l'apparition  des  aptitudes 
sexuelles,  par  une  phase  de  repos,  d'inactivité,  quelque- 
fois très  longue,  quelquefois  à  peine  ajipréciable,  pen- 
dant laquelle  s'élaborent  les  organes  et  les  éléments  gé- 


LE    NATURALISTE 


133 


nérateurs,  et  qui  est,  selon  les  cas,  une  mue  ou  une  mé- 
tamorphose. Cette  pertui-liation  normale  a]iportée  aux 
fonctions  générales  de  l'individu  quand  il  devient  adulte, 
n'est  pas,  sans  doute,  limitée  aux  Arthropodes  ;  elle  se 
retrouve,  au  contraire,  presque  partout  dans  la  série 
zoologique,  et  elle  semble  faire  partie  de  droit  du  plan 
initial  qui  a  servi  de  hase  à  la  réalisation  dos  animaux; 
c'est  une  loi  dont  nous  pouvons  constater  les  effets  par- 
tout autour  de  nous,  et  à  laquelle  l'espèce  humaine,  mal- 
gré ses  prérogatives,  ne  laisse  pas  d'être  soumise.  Mais 
c'est  le  processus  suivant  lequel  elle  s'accomplit  chez  les 
Arthrojiodes  qui  leur  est  particulier,  parce  que  la  trans- 
formation s'y  accomi)lit  en  queliiuo  sorte  d'emblée  et  par 
un  brusque  abandon  des  aptitudes  et  des  organes  anté- 
rieurs dans  ce  qu'ils  avaient  d'incomplet  ou  d'imparfait. 

Chez  tous  les  Arthropodes,  jusqu'à  l'apparition  des  élé- 
ments sexuels,  le  dév(doppement  individuel  ofl're  ce  point 
de  contact  qu'il  s'opère  par  une  série  de  mues  plus  ou 
moins  complètes,  la  distinction  réelle  des  groupes  com- 
mençant à  la  dernière  île  ces  mues,  où  la  sexualité 
acquise  fixe  la  forme  de  l'adulte.  Ici  la  scission,  au  point 
de  \Tie  de  l'évolution  ultime  de  l'organisme,  se  montre 
profonde.  Chez  les  uns,  le  corps  conserve  l'aspect  exté- 
rieur qu'il  présentait  avant  celte  dernière  étape,  avec 
quelquefois  un  nombre  plus  grand  d'appendices,  dont  la 
présence  ne  change  rien  à  la  forme  générale.  Tels  les 
Crustacés,  les  Arachnides,  les  Myriopodes,  les  Thysa- 
noures.  Chez  les  autres,  au  contraire,  cette  forme  de- 
vient bien  dilTércnte  de  ce  qu'elle  était,  au  point  qu'on 
croirait  voir  un  être  nouveau  dont  la  filiation  et  l'origine 
se  constatent,  mais  ne  se  devinent  pas.  Tels  les  Insectes. 

Dans  ce  dernier  cas,  le  phénomène  est  une  véritable 
métamorphose,  qui  ne  peut  se  faire  que  par  une  conti- 
nuation du  travail  embryonnaire  au  sein  d'un  second 
œuf,  ou  nymphe.  En  réalité,  dans  la  grande  majorité  des 
Insectes,  la  métamorphose  nymphale  se  compose  de  mo- 
difications complexes  qui  ne  laissent  guère  subsister,  de 
l'état  larvaire,  que  la  matière,  et  qui,  au  point  de  vue 
morphologique,  transforment  radicalement  les  organes. 
Que  reste-t-il,  par  exemple,  de  la  chenille  à  pattes  sur- 
numéraires et  à  bouche  broyeuse  dans  le  papillon  muni 
de  grêles  pattes  thoraciques,  et  d'une  longue  trompe  en- 
roulable  '?  La  difl'érence  est  considérable,  essentielle  en 
quelque  sorte,  et  les  faits  qui  l'ont  déterminée  n'ont  pas 
provoqué  seulement  une  acquisition  d'ailes,  ce  qui  eût 
été  peu  de  chose,  mais  une  régression.d'organes,  puisque 
l'abdomen  du  papillon  n'a  plus  d'appendices  ambula- 
toires, et  ime  adaptation  très  spéciale  des  pièces  de  la 
bouche.  De  même  chez  les  Diptères,  chez  les  Hyméno- 
ptères. 

A  première  vue,  la  métamorphose  substituée,  chez  les 
Insectes,  à  la  dernière  mue  des  autres  Arthropodes,  pa- 
rait donc  les  isoler,  en  raison  de  la  complexité  des  phé- 
nomènes dont  elle  est  le  produit.  Mais,  si  l'on  veut  bien 
étudier,  au  double  flambeau  du  raisonnement  et  des  ré- 
vélations de  la  paléontologie,  l'évolution  probable  de 
l'immense  groupe  des  Insectes,  on  arrivera  à  cette  con- 
clusion que  la  métamoriihose  aussi  complète,  aussi  ra- 
dicale, aussi  chargée  de  détails,  n'est  qu'une  forme  plus 
parfaite,  provoquée  par  un  progrès  nécessaire  et  inces- 
sant, du  procédé  initial  de  la  nymphose,  où  l'acte  s'ac- 
complissait, comme  pour  s'essayer,  selon  la  formule  la 
plus  simple  possible,  sans  repos  apparent,  sans  retour  de 
la  substance  à  une  quasi-homogénéité  plastique  et  façon- 
nable,  sans  second  œuf.  C'est  l'histoire  de  l'évolution  de 


toute  aptitude  :  le  résultat  reste  toujours  sensiblement 
semblable,  les  phénomènes  qui  y  conduisent  varient 
seuls  en  se  perfectionnant.  Chez  les  premiers  Insectes, 
Névroptères  déjà  orientés  vers  les  Orthoptères,  le  som- 
meil nymphal  était  inconnu,  remplacé  par  une  mue  plus 
importante  que  les  autres,  et  à  proprement  parler  la  mé- 
tamorphose n'a  été  à  l'origine  qu'une  acquisition  d'or- 
ganes. 

D'où  l'on  ijcut  conclure  qu'en  principe  elle  n'est  que 
cela,  parce  qu'elle  n'a  été  autorisée  que  pour  cela,  et  que 
si  elle  est  autre  chose  chez  les  Insectes  des  ordres  cul- 
minants, c'est  parce  qu'elle  a  dépassé  son  but.  Si  l'on 
admet  cette  proposition,  elle  di'vient  l'analogue  de  la 
dernière  mue  des  Acariens,  qui  leur  donne  à  la  fois  des 
aptitudes  sexuelles  et  une  paire  de  pattes  en  plus.  Là 
encore,  ce  qui  permet  de  poursuivre  l'analogie,  le  phé- 
nomène s'exagère  quelquefois,  puisque,  dans  certaines 
espèces  (Hydrachnidos),  à  la  larve  hexapode  active  suc- 
cède une  larve  parasite  immobile,  véritable  nymphe, 
remplacée  à  son  tour  par  une  larve  octopode  active  qui 
n'a  plus,  pour  ressembler  en  entier  à  l'adulte,  qu'à  ac- 
quérir des  organes  sexuels.  Si  donc  on  réduit  la  méta- 
morphose, provoquée  par  l'apparition  des  éléments  gé- 
nérateurs, à  l'acquisition  de  ces  éléments  et  d'une  ou 
deux  paires  d'appendices,  ce  phénomène  cesse  de  carac- 
tériser rigoureusement  les  Insectes,  et  sa  valeur  se  trouve 
considérablement  amoindrie.  Car  vraisemblablement,  il 
n'est  pas  plus  difficile  à  l'Insecte  de  développer  sur  ses 
segments  thoraciques  quatre  ailes  qu'à  l'Acarien  d'acqué- 
rir une  nouvelle  paire  de  pattes.  Idée  que  semble  prou- 
ver d'une  manière  évidente  la  faculté  qu'ont  les  pattes  de 
l'Araignée  de  repousser  quand  un  accident  les  a  brisées, 
et  cela  à  la  faveur  d'une  mue,  c'est-à-dire  d'un  phéno- 
mène qui  est  le  point  de  départ  et  la  représentation  ini- 
tiale de  la  nymphose. 

Au  point  do  vue  physiologique,  la  valeur  de  la  méta- 
morphose considérée  comme  une  faculté  propre  aux 
Insectes  se  révèle  également  assez  peu  importante,  si 
l'on  considère  combien,  dans  la  série  animale,  est  rapide 
le  travail  de  la  différenciation  embryonnaire  qui,  en 
quelques  semaines,  amène  un  œuf,  c'est-à-dire  une 
simple  cellule,  à  la  forme  complexe  et  volumineuse  d'un 
chien,  par  exemple,  d'un  chat,  d'un  cheval,  d'un  homme. 
Or,  la  métamorphose  n'est,  à  proprement  parler,  nous 
l'avons  déjà  dit,  qu'une  reprise  du  travail  embryonnaire, 
et  c'est  chez  les  Insectes  dont  la  forme  adulte  diffère  le 
plus  de  la  forme  larvaire  que  la  période  nymphale  re- 
prend le  mieux  les  caractères  de  l'œuf,  continue  par  con- 
séquent le  plus  évidemment  la  différenciation  primitive, 
interrompue  par  un  accroissement  d'un  autre  ordre,  dû 
à  l'introduction  d'aliments  étrangers,  sans  lesquels  évi- 
demment l'évolution  n'aurait  pas  été  possilde.  L'impor- 
tance des  variations  de  la  forme  qui  s'opèrent  en  peu  de 
temps,  dans  le  développement  embryonnaire,  est  un  élé- 
ment à  considérer  dans  l'étude  des  relations  des  types 
spécifiques,  et  les  naturalistes  qui  en  tiendront  compte, 
arriveront  sans  doute  à  rattacher  à  leur  souche  com- 
mune les  races  ou  formes  qu'on  considère  comme  des 
espèces  absolument  distinctes,  et  qui  ne  diffèrent  en  réa- 
lité à  l'état  adulte  que  parce  que  leur  développement  lar- 
vaire ne  s'est  point  exactement  arrêté  au  même  stade, 
la  différence  morphologique  étant  exagérée  par  rapport 
à  la  différence  de  durée  de  la  période  embryonnaire. 

Abstraction  faite  de  la  métamorphose  nymphale,  mue 
complexe  provoquée  par  les  aptitudes  sexuelles,  et  dont 


134 


LE    NATURALISTE 


l'importanceestmoindrequerapparence  ne  porte  aie  pen- 
ser, les  Arthropodes  représentent  les  divers  stades  d'un 
même  progrès  morphologique,  dont  nous  retracerons  dans 
notre  prochaine  note  la  marche  proljahle.  Les  analogies 
que  nous  avons  déjà  étahlies  le  prouvent,  et  il  est  aisé  en 
outre  de  trouver  çà  et  là  des  rapports  partiels,  isolés, 
qui  viennent  à  l'appui  de  cette  manière  de  voir.  L'un  des 
plus  frappants  de  ces  rapports  est  la  ressemblance  qui 
unit  le  processus  de  la  fécondation  chez  les  Libelluliens 
à  l'acte  analogue  chez  les  Myriapodes  chilognathes.  On  sait 
que  chez  les  Libelluliens  l'organe  copulateur  mâle  est 
partagé  entre  les  deuxième  et  neuvième  segments  abdo- 
minaux; le  canal  éjaculateur,  réunion  des  deux  canaux 
déférents  des  testicules,  vient  déboucher  au  milieu  du 
neuvième  arceau  ventral,  tandis  que  la  vésicule  séminale 
et  le  pénis  se  trouvent  sous  le  deuxième;  par  suite,  la 
fécondation  ne  peut  s'opérer  qu'en  tant  que  le  mâle,  par 
une  flexion  de  son  abdomen,  emplit  sa  vésicule  de 
sperme  avant  de  se  livrer  à  la  copulation.  La  féconda- 
tion s'opère  par  un  processus  analogue  chez  les  Chilo- 
gnathes, dont  les  mâles  portent  l'organe  copulateur  au 
niveau  du  septième  anneau,  tandis  que  l'orifice  excré- 
teur se  trouve  au  niveau  des  hanches  de  la  deuxième  ou 
de  la  troisième  paire  de  pattes. 

Quant  aux  faits  qui  semblent  établir  des  différences  pro- 
fondes et  infranchissables,  il  est  facile  de  les  interpréter  de 
manière  à  rétablir  les  véritables  homologies  des  organes. 
C'est  ainsi  que  la  multiplication  des  pièces  de  la  tcte  chez 
les  Crustacés  n'est  point  suffisante  pour  les  faire  sortir  du 
cadre  général  des  Arthropodes,  attendu  que  le  dédouble- 
ment des  appendices  ou  même  des  segments  céphaliques 
est,  héréditaire  et  constant,  le  même  phénomène  que  le 
dédoublement  accidentel  des  verticilles  dans  les  fleurs 
pleines  ou  doubles,  ou  que  le  dédoublement  normal  des 
appendices  ambulatoires  chez  beaucoup  de  Myriapodes. 
C'est  ainsi  encore  que  la  quatrième  jiaire  de  pattes,  si 
constante  chez  les  Arachnides,  ne  constitue  pas  un  ca- 
ractère essentiel  suffisant  pour  les  supposer  construits 
sur  un  plan  primordial  dilférent  de  celui  des  Insectes. 
En  ellét,  tandis  que  les  trois  paires  postérieures  corres- 
pondent nettement  aux  pattes  thoraciques  des  Insectes, 
la  première  paire  est  due  à  une  adaptation  particulière  à 
la  marche  des  palpes  labiaux  dont  le  support  médian,  ou 
lèvre,  est  nul  ou  confondu  avec  la  pièce  sous-cranienne, 
pièce  basilaire  ou  lèvre  sternale.  Cette  homologie  paraît 
bien  établie  par  ce  double  fait  que  souvent,  chez  les 
Insectes,  les  palpes  prennent  une  api)aronce  pédiforme, 
et  que  chez  certaines  Araignées,  les  Phrynes,  les  Ga- 
léodes,  la  paire  de  pattes  antérieures  simule  des  palpes 
et  même  des  antennes.  Ce  qui  établit  nettement  la  tran- 
sition entre  le  palpe  proprement  dit  et  le  palpe  devenu 
patte  ambulatoire  et   en  tout  semblable  aux    six   pattes 


sternales. 


A.  ACLOQUE. 


ANTIIICIDES  EXOTIÛCES  NOCYEAE 


Formicomus  luberculifer  9.  Noir  brillant  avec  le  prothorax 
rougeàtre,  les  élytres  bleuâtres.  Tète  forte,  un  peu  diminuée 
en  arrière,  à  ponctuation  presque  nulle.  Antennes  obscurcies, 
un  peu  roussàtres  sur  leurs  premiers  articles.  Prothorax  peu 
aUongé,  bien  dilaté  et  arrondi  en  avant,  nettement  étranglé 
à  ,1a  base  qui  offre  2  tubercules  séparés  par  une  sorte  de  petit 
sillon.  Ecusson  rougeàtre,  étroit.  Elytres  en  ovale  assez  court, 


larges,  avec  les  épaules  bien  marquées,  l'extrémité  tronquée 
en  dedans  ;  ponctuation  peu  forte,  espacée.  Pattes  foncées, 
roussàtres  à  la  base,  fortes  avec  les  cuisses  épaissies,  les  tibias 
postérieurs  un  peu  arqués.  Long.  4  mill.  Colonie  du  Cap  (Raf- 
fray  in  coll.  Pic).  Tout  à  fait  voisin  de  bituberculalus  Pic  (1) 
dont  il  pourrait  bien  être  une  variété,  même  forme,  mais  pro- 
thorax rougeàtre,  élytres  plus  élargis,  etc. 

Formicomus  bispiiifasciaius.  D'un  brun  roussàtre  obscurci, 
brillant,  hérissé  de  longs  poils  dressés,  avec  les  antennes  et 
les  élytres  simplement  d'un  brun  roussàtre  clair,  ceux-ci  ornés 
de  bandes  transversales  blanchâtres.  Tète  forte,  diminuée  en 
arrière.  Antennes  courtes,  roussàtres,  parfois  un  peu  obscur- 
cies à  l'extrémité.  Prothorax  peu  allongé,  dilaté  et  arrondi  en 
avant,  étranglé  près  de  la  base,  celle-ci  paraissant  un  peu 
élevée  sur  son  mdieu.  Ecusson  triangulaire.  Elytres  en  ovale 
assez  court,  larges,  un  peu  diminués  vers  les  épaules  qui  sont 
bien  marquées,  assez  arrondis  à  l'extrémité,  d'un  brun  rous- 
sàtre clair,  marqués  d'une  dépression  posthumérale  transver- 
sale sous  une  fascie  de  poils  blancs,  une  2"  fascie,  parfois  peu 
marquée,  vers  le  milieu  avec  quelquefois  des  taches  condensées 
pileuses  sur  les  côtés.  Pattes  fortes,  d'un  roussàtre  plus  ou 
moins  obscurci. 

Long.  3  1/2  mill.  environ,  Obock. 

Forme  voisine  de  luberculifer,  mais  prothorax  sans  tuber- 
cule apparent  à  la  base,  les  élytres  non  tronqués  avec  une  co- 
loration bien  différente,  se  rapproche  davantage  de  Formico- 
mus Gestroi  Pic.  ;  mais  ce  dernier  n'a  pas  de  bandes  élytrales 
pileuses.  M.  Pic. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


-7-  A  vendre  les  lots  ci-après.  S'adresser  :  à  «  Les  Fils 
D'Emile  Deyrolle,  46,  rue  du  Bac,  Paris  ». 

1  lot  de  28  espèces  de  Trox  européens  et  exotiques, 
38  exemplaires  dans  un  carton.  Bonnes  espèces. 
Prix  10  francs 

1  lot  de  Melolonthides  exotiques  59  espèces,  78  exem- 
plaires. Ce  lot  renferme  les  genres  Dicrania  à  Pachy- 
dema  inclus.  Prix  16  francs 

1  lot  de  Chrysomélides  français  d'environ  300  es- 
pèces, 400  exem'plaires.  Grand  nombre  de  bonnes  es- 
pèces. Excellente  occasion.   Prix  80  francs 

Lot  de  110  fossiles  des  terrains  primaires  (cambrien, 
silurien,  dévonien,  carbonifère)  parfaitement  étiquetés 
et  déterminé.  Prix  40  francs 

Collection  de   75  coquilles  nommées  comestibles  de 
Franco  avec  leurs  noms  vulgaires  et  scientifiques. 
Prix  25  francs 

Lot  de  53  espèces  de  Lépidoptères  en  partie  nom- 
més de  la  Guyane.  Prix  20  francs 

Lot  de  32  espèces  de  Lépidoptères  nocturnes  tous 
nommés  de  l'Equateur.  Prix  10  francs 

Lot    de    180   espèces    de    Coléoptères   exotiques,  en 
grande  partie  nommés  représentés   par  240  exemplaires 
contenus  dans  4  cartons  vitrés  grand  format. 
Prix  40  francs 

1  lot  de  coquilles  marines  et  terrestres  de  Cuba, 
plus  de  47  espèces,  environ  80  exemplaires.  Prix  45  francs 

1  lot  de  coquilles  du  genre  Trochida;,  contenant 
Pharianella,  Turbo,  Astralium,  Pachypoma,  Rotella, 
Polydonta  etc.  88  espèces  différentes  et  environ  19o  exem- 
plaires. Prix.  55  francs 

Lot  de  fossiles  du  dévonien  de  la  Sarthe  et  de  la 
Mayenne  120  espèces.  Quelques-uns  représentés  par  plu- 
sieurs exemplaires.  Prix  40  francs 

—  La  troisième  série  de  l'Exposition  publi(iue  des  Ac- 
tualités géologiques  sera  inaugurée  au  Muséum  (Gale- 
rie de  Géologie)  le  mardi  1"^'  juin  à  3  heures.  Elle  res- 
tera ouverte  les  mardis,  jeudis,  samedis  et  dimanches  de 
1  heure  à  4  heures. 

(1)  Décrit  in  Naturaliste,  n"  267,  et  provenant  de  Benué,  rives 
du  Niger. 


LE     NATURALISTE 


13S 


OISEAUX  ACRIDOPHAGES 


Les  Colins  (Orlyx). 

La  famille  dos  Colins  jiarticulière  à  l'Amérique  sep- 
tentrionale y  remplace  nos  Penlrix  et  nos  Cailles.  Leur 
habitat  est  très  variable;  ils  préfèrent  les  champs,  mais  il 
leur  faut  des  buissons,  d'épaisses  haies  où  ils  puissent  se 
réfugier;  on  les  trouve  même  parfois  au  milieu  des  fo- 
rets. Dans  le  sud  des  États-Unis  c'est  un  oiseau  séden- 
taire ;  dans  le  nord,  un  oiseau  voyageur.  Les  Colins  ont 
été  introduits  et  acclimatés  en  Europe.  Les  premières 
tentatives  faites  en  France  sont  dues  à  Florent  Prévost. 
«A  une  époque  déjà  fort  éloignée  (1816),  dit-il,  j'ai  cher- 
ché à  acclimater  et  à  propager  plusieurs  espèces  de  gal- 
linacés, et  en  [)articulier  le  Colin  ho-lioui,  non  seule- 
ment parce  que  c'est  un  excellent  gibier,  mais  encore  à 
cause  de  la  quantité  considérable  d'insectes  qu'il  dé- 
truit. 

L'importation  du  Colin  en  France  date  de  1832.  C'est 
M.  Deschamps,  qui,  parti  eu  1850  à  la  recherche  de  l'or, 
en  revint  avec  trois  coqs  et  neuf  poules.  L'année  sui- 
vante par  reproduction  il  en  posséda  une  trentaine  qui 
furent  en  partie  vendus  à  divers  amateurs.  En  1854,  les 
Colins  se  vendaient  2S0  à  300  francs  la  paire;  ce  prix 
aujourd'hui  est  descendu  de  10  à  20  francs  suivant  la 
saison.  On  peut  par  là  a]q)récier  combien  cet  oiseau  de 
chasse  a  été  largement  réjiandu,  mais  son  acclimatation 
peut  être  contestée. 

On  a  reconnu  en  Europe  la  disparition  de  Colins  en 
liberté  et  qui  semblaient  parfaitement  acclimatés.  Un 
instinct  irrésistilde  les  pousse  à  émigrer  vers  l'Ouest, 
sans  aucun  doute  leurs  facultés  de  vol  ne  leur  permettent 
pas  d'atteindre  les  rivages  américains,  ils  doivent  de- 
venir victimes  des  flots. 

Ces  oiseaux  sont  longuement  décrits  par  Audubon  et 
Wilson. 

1°  Le  Colix  de  Virginie  {ùrtyx  virginianus). 

Le  Colin  de  Virginie,  particulier  aux  montagnes  Ro- 
cheuses des  Etats-Unis  peut  surtout  être  comparé  à 
notre  Starne  européen,  L'aire  de  dispersion  de  cet 
oiseau  est  limitée  au  nord  par  le  Canada,  à  l'est  par  les 
montagnes  Rocheuses,  au  sud  par  le  golfe  du  Mexique. 

2o  Le  Lophortvx  de  Californie  {Lophortyx 
CaUjornianus). 

Cette  espèce,  dénommée  aussi  Colin  de  Californie,  a  les 
mêmes  mœurs  que  l'espèce  précédente  ;  mais  il  est  plus 
élégant  de  plumage,  la  tète  est  huppée. 

Ces  deux  espèces  de  Colins,  à  l'égal  du  Cupidon,  sont 
protégés  aux  Etats-Unis  ;  ce  sont  les  grands  destructeurs 
de  sauterelles  (Caloptenus  spretus)  des  déserts  du  Colo- 
rado et  de  l'Arizona. 

Liste  des  Oiseaux  dont  l'acclimatation  en  Algérie  a 
été  proposée  par  M.  Florent-Prévost,  publiée  le 
30  mars  1855  : 

Ganga  couronné,  Pterocles  coronatus  (Nubie). 

—  bibande,  —      bicinctus  Ten. 

—  quadrubande,  —      quadricinctus  (Sénég.) 

—  Lichtenstenii,  —                             (Nubie). 


Ganga  velociferi, 
—       uniliiindo. 


—  <no/(j/pe<esrfm.(Cap.B.E). 

—  arenarhis  Tenu.  (Af.  Aus- 

trale). 

—  cata,  —      selarius. 

—  varié,  —      variegatui<. 

—  à  gouttelettes,        —      guttatus  Lichtens. 

—  à  collier,  —      gutturalis. 

—  à  ventre  brûlé,      —      exicstus. 
Francolin  d'Adanson,FrancoKnMs  Adansoni  (Sénég.). 

—  à  gorge  nue,        —         nudicollis  (Cap  h.-E.). 

—  du  Cap,  —         Ctipensis. 

—  Clapperton, 

Pintade  mitrèe,  Numida  mitrata. 

—  huppée,  —        cristata. 

—  à  joues 

bleues,  —       Numida. 

COLOMiiE  rameron,        Cotumba  arqnulrix.  (Cap  B.-E.). 

—         roussard,         Guinea.  (Nubie,  Sénégal.) 
Outarde  huppée,  Otis  arabs. 

— ■        kori,  —   kori. 

—  Cafri,  —  Cafra. 

—  d'Arn((ue,         —  Afra. 

—  cendrée,  —  csenilescens . 

—  Houbara,  —   Houbura. 

—  de  Vigors,        ■ —    Vigorsii. 

—  Afroide,  —  Afroides, 

—  à  houppe  rousse,        —      ruficristata. 
Grue  caronculée,         Gnts  carunculata. 

—  de  paradis,  —    paradisea. 

—  de  Numidie,  —    virgo. 

—  couronnée,  —   pavonina. 

Les  Ibis.  —  Ibidse. 

Les  Ibidés  habitent  surtout  les  régions  chaudes  de 
l'Univers,  quelques  espèces  seulement  se  trouvent  dans 
la  zone  tempérée.  On  les  rencontre  dans  toutes  les  par- 
ties du  monde.  Certaines  espèces  se  trouvent  dans  des 
pays  très  éloignés  les  uns  des  autres;  d'autres  ont  une 
aire  de  dispersion  plus  limitée.  Celles  qui  habitent  le 
nord  ômigrent  l'hiver;  les  autres  errent  dans  des  régions 
étendues,  mais  avec  une  certaine  régularité.  Tous  les 
Ibidés  vivent  dans  les  marais,  les  uns  près  de  la  côte, 
les  autres  sur  les  plateaux  marécageux  des  montagnes, 
quelques-uns  dans  les  forêts  et  dans  les  steppes,  mais 
toujours  dans  les  lieux  où  il  y  a  des  arbres  sur  lesquels 
ils  perchent  d'habitude. 

Toutes  les  espèces  sont  diurnes,  elles  ne  voyagent  que 
le  jour,  jamais  la  nuit,  même  par  clair  de  lune.  Leur 
nourriture  varie  suivant  les  localités  :  à  l'embouchure 
des  fleuves,  où  sur  les  côtes  ils  mangent  des  poissons, 
des  crustacés,  des  mollusques  ;  dans  les  marais,  ils  se 
nourrissent  de  poissons,  de  reptiles,  de  petits  animaux 
aquatiques,  etc.  ;  en  été,  ils  mangent  des  larves,  des  vers, 
des  insectes,  des  sauterelles,  des  libellules,  des  coléop- 
tères; en  hiver,  ils  ne  trouvent  que  des  poissons  et 
d'autres  animaux  des  marais.  Ces  oiseaux  s'apprivoisent 
très  rapidement  et  pourraient  rendre  de  grands  services 
dans  les  fermes  dans  le  voisinage  des  cours  d'eau  ou  des 
marais. 

Le  plumage  varie  du  jeune  âge  à  l'état  adulte,  la  fe- 
melle est  un  peu  plus  petite  et  d'un  plumage  dill'érent 
de  celui  du  mâle  qui  est  très  métallique  de  couleur 
sombre  :  toute  la  gamme  du  bronze.  Une  variété  austra- 
lienne, l'Ibis  spinicollis  {Carphibis  spinicollis)  rappelle  par 


136 


LE     NATURALISTE 


la  richesse  des  tons  métalliques  bronzés  de  ses  ailes  et 
couvertures  alaires,  le  lophophore  asiatique  et  les  merles 
métalliques  africains.  Les  principautés  danubiennes  et 
la  Russie  méridionale  fournissent  beaucoup  de  dépouilles 
d'Ibis  sur  le  marché  parisien.  Ces  oiseaux  nichent  en 
quantité  dans  les  marais  de  la  Hongrie  et  de  la  Dobrut- 
scha,  où  on  les  poursuit  pour  le  compte  de  quelques  in- 
dustriels ■viennois. 

1,  —  L'Ibis   falcinelle.  —  (Falcinellus  igneus.) 

(Fig.  Temmienk,  PL  Col.  pi.  5H.  —  Reichenbach, 
Grallalores,  tab.  139,  fig.  521-3,  jet  lab.  143,  fig.  1012- 
14.) 

L'aire  de  dispersion  du  Falcinelle  comprend  le  midi  de 
l'Europe,  une  grande  partie  de  l'Asie  et  du  nord  de 
l'Afrique.  Dans  ses  migrations,  il  arrive  dans  le  centre 
et  l'ouest  de  l'Afrique  en  suivant  le  cours  du  Nil  ou  les 
cotes  de  la  Méditerranée. 

2.  —  L'Ibis  rouge.  —  [Endochnus  rubra). 

Cette  espèce  habite  l'Amérique  centrale  et  le  nord  de 
l'Amérique  du  Sud,  jusqu'au  fleuve  des  Amazones.  Elle 
arrive  rarement  dans  les  États-Unis,  elle  est  nombreuse 
dans  la  Guyane  et  aux  Antilles. 

3.  L'Ibis  s.\crk.  —  (Ibis  religiosa  xthiopicu  —  Geronticiis 
œtidopeus.) 

(Fig.  Reichenbach,  Grallalores,  tab.  144,  fig.  539  et 
540). 

Dans  l'antiquité,  l'Ibis  apparaissant  en  Egypte  au 
moment  do  la  crue  du  Nil,  annonçait  par  sa  présence 
que  le  dieu  allait  de  nouveau  répandre  sur  le  pays  sa 
corne  d'abondance  (I).  C'est  cette  espèce  que  l'on  a 
trouvé  à  Saggarah  près  de  Memphis  dans  le  Puits  des 
Oiseaux  à  l'état  de  momies,  dans  des  pots  de  terre 
cuite. 

Aujourd'hui,  de  même  que  le  Lotus  bleu  (Nelumbium 
cxrulea),  l'Ibis  sacré  ne  se  trouve  plus  en  Egypte  ;  ce 
n'est  que  dans  le  sud  de  la  Nubie  qu'il  se  montre,  annon- 
çant la  crue  du  Nil.  Dans  le  Soudan,  il  arrive  au  com- 
mencement de  la  saison  des  pluies  vers  le  milieu  de  la 
fin  de  juillet;  il  y  niche  et  disparaît  avec  ses  petits  au 
bout  de  trois  ou  quatre  mois. 

Cette  espèce  existe  en  Angola,  mais  n'a  jamais  été 
observée  sur  la  région  littorale  d'Angola,  au  nord  de 
Benguella,  ni  dans  la  côte  de  Loango. 

Elle  est  très  commune  au  sud  du  Cunène,  dans  la  ré- 
gion des  lacs  et  à  Ondonga  (Andersson).  Il  est  migrateur 
dans  le  Transvaal,  où  Holub  le  trouva  à  dill'érentes  épo- 
ques de  l'année  à  partir  du  22"  latitude  sud,  principale- 
ment au  lac  Ngami  et  ses  affluents,  il  est  très  nombreux 
au  Zambèze.  Cet  oiseau  se  distingue  des  autres  Ibis  par 
sa  couleur  blanche  et  par  ses  remarquables  plumes  se- 
condaires et  scapulaires  allongées,  grises  vers  le  pied,  à 
barbes  décomposées  d'un  noir  violet  brillant  à  l'extré- 
mité, du  plus  bel  efl'et. 

4.   —  L'Ibis  tantale.  —  {Tantalus  Ibis,  Geronticus 
hagedash.) 

Ce  géant  do  la  famille  est  une  espèce  spéciale  à 
l'Afrique.  On  le  trouve  à  partir  du  18°  latitude  sud,  le 
long  des  cours  d'eau  et  lacs  toute  l'année.  Il  est  très 
répandu  sur  la  côte  de   Loango  et  en  Angola,  mais  ne 


(1)  Histoire  naturelle 
Saviony,  Paris,  1805. 


et    mythologique  de   l'Ibis,  par  J.  C. 


dépasse  pas  le  Zaïre.  D'après  Andersson,  plus  au  sud  et 
dans  l'intérieur,  il  est  très  abondant  dans  la  région  des 
lacs.  Il  apparaît  en  même  temps  que  les  Ibis  et  les  Ci- 
gognes, dont  il  a  les  mœurs  et  les  habitudes. 
Les  Cigognes.  —  (Cicojiio.) 

Cet  oiseau  bien  connu  fréquente,  dans  ses  migrations 
annuelles,  de  préférence  les  régions  richement  arrosées 
des  parties  septentrionales  de  l'Europe. 

Dans  diverses  régions  de  l'Afrique  septentrionale,  on 
trouve  quelques  couples  sédentaires  toute  l'année.  La 
Cigogne  est  un  souvenir  du  pays  natal  pour  tous  les  Al- 
saciens, émigrés  volontaires  au  service  de  la  France  ; 
plus  d'un,  au  Dahomey,  dans  l'Indo-Chine,  à  Mada- 
gascar, ou  dans  les  postes  algériens  de  l'Extrême-sud,  a 
dû,  en  voyant  l'oiseau  voyageur,  penser  au  clocher  natal 
qui  leur  sert  de  nid  et  de  lieu  de  reproduction.  Le  petit 
couplet  de  circonstance,  fêtant  la  naissance  d'un  enfant, 
me  revenait  invariablement  en  voyant  leur  manège  à 
la  chasse  aux  insectes  dans  les  lagunes  des  environs  de 
Mogador  et  de  Mazagran. 

Papa,  mama,  der  Klapperstorch  ist  da 

Er  hat  uns  in  der  Nacht 

Ein  Kleines  Kind,  gebracht.  Etc.,  etc. 

D'après  ce  couplet,  la  croyance  de  la  naissance  des 
enfants  dans  les  choux  n'est  pas  répandue  en  Alsace,  pays 
des  choux  et  de  la  choucroute,  c'est  la  Cigogne  qui  ap- 
porte l'enfant. 

La  Cigogne  blanche  ne  figure  pas  dans  la  nomencla- 
ture des  oiseaux  du  Congo  de  M.  Barboza  du  Bocage. 
Holub  nous  dit  que,  pendant  son  séjour  de  sept  ans  dans 
l'Afrique  australe,  il  ne  l'a  vue  que  quelquefois  par 
petites  troupes  (jusqu'à  dix).  Il  n'a  pas  remarqué  qu'elle 
nichait  dans  cette  contrée  ;  il  croit  qu'elle  ne  vient  dans 
le  Sud  africain  que  comme  oiseau  de  passage  et  recom- 
mandait tout  particulièrement  la  domestication  de  la 
Cigogne  aux  agriculteurs  du  Sud  africain,  en  raison  de 
l'énorme  quantitéde  sauterelles  détruites  par  les  Cigognes 
blanches.  J.  FoREST. 


VIENT   DE    PARAITRE 


F-FtECIS 


B 


11 


ET    DE 


DISSECTIOITS 

PAR 

A.  GRUVEL 

Docteur  (is  sciences 
1  VOL .  AVEC    294  FIGURES 

Prix  3  fr.  50,  Franco  3  fr.  T5 
LES  FILS  D'EMILE  DEYROLLE,  ÉDITEURS 

46,   rue  du   Bac,  Paris. 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 


Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  17. 


19'  ANNÉK 


2»  sérik  —  !%•  «-^■r 


15  JUIN  1897 


SUR  UN  POUSSIN   MONSTRUEUX 

DU    GENRE    DÉRADELPHE 


J'ai  ])ul)Ii('  Tan  ilcniiiT,  ihiiis  co  jnurrial  (numéro  du 
i"'  septeinbro  ISOO.  p.  l'JTi,  hi  ilcsi-ription  et  la  figure 
d'un  très  jt'uiie  porc  monstrueux  de  la  famille  téralolo- 
gique  des  Moiiocéidialiens  et  du  genre  Déradolplie;  il 
s'agit,  dans  cet  article,  d'un  ]iuussiii  appartenant  à  ce 
même  genre. 

L'organisation  des  Déradelphes  est  très  remarquable, 
mais  bien  connue  dans  ses  traits  principaux,  ce  qui  me 
dispense  d'en  reproduire  ici  une  description  détaillée.  Je 
me  bornerai  à  rappeler  que  ces  monstres  sont  constitués 
par  deux  individus  séparés  dans  leur  partie  sous-ombi- 
licale, intimement  fusionnés  au-dessus  de  l'ombilic 
commun,  et  possédant  chacun  deux  membres  tboraciques 
et  deux  membres  alidominaux,  les  membres  tboraciques 
étant  quelquefois  réduits  à  trois  chez  ces  monstres. 

Les  individus  composant  les  monstres  déradelphes 
sont  réunis  face  à  face  dans  leurs  parties  inférieure  et 
moyenne;  mais,  par  suite  de  la  déviation,  dans  leur 
moitié  supérieure,  des  deux  colonnes  vertébrales,  qui  se 
rapprochent  di>  plus  en  plus  vers  leur  sommet,  la  tète 
unique  du  monstre  est  formée  par  les  moitiés  externes 
de  la  tête  des  deux  individus  composants  :  l'une  des  moi- 
tiés longitudinales  de  cette  tête  unique,  soit  une  oreille, 
un  œil,  la  moitié  du  nez,  etc.,  appartenant  à  l'un  des 
sujets,  et  l'autre    moitié  longitudinale  à  l'autre  sujet.  Il 


Fig.  1.  —  Poussin  monstrueux  du  genre  Déradelplie. 
(grandeur  naturelle). 

résulte  de  ce  mode  de  fusion  que  —  chose  importante  à 
faire  remarquer —  la  tète  des  monstres  déradelphes  pré- 
sente une  direction  latérale.  Il  est  bon  d'ajouter  que  la 
base  du  crâne  possède  :  1»  soit  un  seul  trou  occipital, 
plus  grand  que  d'iiabitude  et  manifestement  formé  par 
l.e  Xaturalin/p.  46,  rue  du  B.ic,  Paris. 


la  réunion  de  deux  trous  occipitaux,  où  se  terminent  les 
deux  colonnes  vertébrales;  2»  soit  de  deux  trous  occipi- 
taux distincts,  comme  c'est  le  cas  pour  le  monstre  ici 
représenté. 

Le  poussin  ordinaire  en  question,  cnii  m'a  été  obli- 
geamment communiqué  par  M.  René  Védie,  à  Rouen, 
est  à  un  état  voisin  du  moment  normal  do  l'éclosion, 
ainsi  qu'il  est  facile  de  s'en  rendre  compte  sur  la  figure!, 
très  exactementdessinée  par  mon  ami,  M.  A. -L.  Clément. 

L'eiat  de  conservation  des  organes  internes  était  trop 
défectueux  pour  me  permettre  certaines  recherches 
anatomiques,  que  j'eusse  pu  exécuter  sur  un  sujet  frais; 
aussi,  ne  l'ai-je  pas  disséqué,  alin  de  ne  point  sacrifier, 
à  peu  près  en  pure  perte,  ce  fort  intéressant  spécimen 
tèratologique. 

Un  savant  très  con'-.u  dans  le  monde  de  la  photogra- 
phie, et  qui  poursuit,  avec  beaucoup  de  succès,  des  tra- 
vaux radiograp;ii(pies,  M.  Abel  Buguet,  (irésident  du 
Photo-Club  rouennais,  a  fait,  de  ce  poussin,  d'excel- 
lentes et  très  intéressantes  radiographies,  dont  l'une 
d'elles  est  représentée  par  la   figure  2.  Bien  (jue  cette 


Fig.  2.  —  Radiographie  du  Poussin  monstrueux. 
(Photographie  de  M.  Abel  Buguet). 

ligure  ne  soit  pas,  cela  va  sans  dire,  aussi  nette  que 
l'épreuve  radiograjibique,  encore  est-il  dit  que  l'on  y 
remarque  de  fort  intéressants  détails.  On  y  voit,  à  travers 
la  masse  abdominale,  une  partie  des  os  constituant  les 
quatre  pattes;  de  plus,  nettement  distinct  est  le  sque- 
lette de  deux  des  quatre  ailes;  les  deux  squelettes  les 
plus  visibles  appartenant  :  l'un  au  sujet  de  droite  et 
l'autre  au  sujet  de  gauche.  Mais  le  point  particulièrement 
intéressant,  dans  cette  radiographie,  ce  sont  les  deux  co- 
lonnes vertébrales  qui  aboutissent  dans  la  base  posté 
rieure  du  crâne  — évidemment  plus  large  que  d'habi. 
tude  —  à  deux  trous  occipitaux  très  nettement  séparés. 
En  outre  on  voit,  très  facilement  sur  la  radiographie, 
moins  clairement  sur  la  figure  2,  la  partie  terminale 
postérieure  de  ces  deux  colonnes  qui,  par  leur  position 
et  leur  torsion,  jointes  à  la  position  du  squelette  des 
i|uatre  ailes  et  des  quatre  pattes,   font  bien  comprendre, 


138 


LE     NATURALISTE 


en  l'étudiant  un  peu,  la  composition  si  remarquable  des 
monstres  déradelphes. 

Il  serait  puéril  d'insister,  tant  cela  est  évident,  sur  la 
considérable  utilité  de  la  radiographie  dans  de  fort  nom- 
breuses études  biologiques;  aussi,  tout  renseignement 
sur  la  manière  d'opérer  pour  obtenir  les  meilleurs  résul- 
tats mérite,  sans  nul  doute,  d'être  publié. 

Sur  ma  demande,  M.  Abel  Buguet  a  eu  la  grande 
obligeance  de  me  donner,  à  cet  égard,  des  renseigne- 
ments précieux  que  je  reproduis  intégralement  ici,  et 
pour  lesquels  je  lui  exprime  ma  sincère  gratitude  : 

«  J'ai  obtenu  le  cliché  radiographitiue  en  question  à 
l'aide  d'un  tube  Colardeau  dont  l'anticathode  a  été  main- 
tenue pendant  cinq  minutes  au  rouge  naissant,  à  vingt- 
deux  centimètres  de  la  plaque  sensible  (Guilleminot) 
sur  laquelle  reposait  le  poussin.  Le  développement  a  été 
obtenu,  eu  quelques  minutes,  à  l'aide  du  révélateur  cris- 
tallos,  coupé  de  son  volume  d'eau. 

«  De  nombreuses  expériences  antérieures  m'avaient 
montré  qu'il  est  im])0ssible  d'obtenir  des  radiographies 
un  peu  homogènes  d'objets  présentant,  en  divers  points, 
de  très  grandes  différences  d'opacité.  C'est,  entre  autres, 
le  cas  des  oiseaux,  dont  les  pattes  seront  déplorablement 
surexposées  avant  que  le  tronc  laisse  voir  quelques 
détails. 

«  Parmi  les  artifices  qui  permettent  d'atténuer  cette 
excessive  différence  d'impression,  j'ai,  dans  ce  cas, 
employé  le  suivant,  (jui  m'a  toujours  réussi. 

«  Le  poussin  que  M.  Henri  Gadeau  de  Kerville  m'a 
confié  était  dans  l'alcool  depuis  un  certain  nombre  de 
de  mois.  Après  avoir  obtenu,  avec  l'animal  imprégné  de 
liquide,  de  mauvaises  radiographies,  je  l'ai  abandonné 
pendant  longtemps  à  la  dessiccation  spontanée. 

«  C'est  alors  seulement  que  la  radiographie  m'a  donné 
des  détails  suffisants  sur  la  masse  du  tronc,  sans  que  les 
Ijattes  eussent  complètement  disparu  par  surexposi- 
tion. 

:<  La  meilleure  méthode  pour  obtenir  assez  vivement 
ce  résultat,  est  de  plonger  l'animal  frais  dans  de  l'alcool 
concentré,  jusqu'à  déshydratation  aussi  complète  que 
possible.  Il  abandonne  ensuite  rapidement  son  alcool  à 
l'air.  C'est  alors  qu'il  se  trouve  dans  les  meilleures  con- 
ditions pour  la  radiographie,  car  les  différences  d'opacité 
des  diverses  régions  sont  réduites  au  minimum  «. 

En  terminant,  il  convient  de  dire  que  la  Déradelphie, 
très  rare  chez  l'homme,  est  une  monstruosité  relative- 
ment assez  fréquente  chez  certains  mammifères  domes- 
tiques, et  qui  a  été  constatée  aussi  chez  des  vertébrés  non 
domestiques.  Toutefois,  dans  son  Histoire  générale  et  par- 
ticulière des  Anomalies  de  l'organisation  chez  l'Homme  et  les 
Animaux,  Isidore  Geoffroy  Saint-llilaire  ne  mentionne 
pas  d'oiseaux  déradeli)hes.  Fort  probablement,  il  en  a  été 
décrit  depuis  la  publication,  déjà  lointaine,  de  cet 
ouvrage  célèbre.  Quoi  qu'il  en  soit,  les  oiseaux  déradel- 
phes sont,  à  n'en  pas  douter,  de  rares  spécimens  térato- 
logiques. 

Henri  Gade.\u  de  Kerville. 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DES  MAMMIFERES^*) 


M.  R.  Lydekker,  le  savant  paléontologiste  anglais, 
vient  de  faire  paraître  un  livre  très  clair,  fort  bien  illustré, 
ayant  trait  à  l'Histoire  géographique  des  Mammifères. 
Le  grand  mérite  de  cet  ouvrage  est  de  tenir  compte  dans 
une  large  mesure,  des  données  fournies  par  la  paléon- 
tologie. L'auteur  ne  s'est  pas  borné,  comme  cela  a  lieu 
généralement,  à  montrer  quelle  était  la  répartition  ac- 
tuelle des  Mammifères  à  la  surface  de  la  terre,  il  a  fait 
connaître  comment  cette  distribution  résultait  de  l'évo- 
lution du  globe  et  des  animaux  qui  ont  vécu  à  sa  surface 
durant  les  temps  géologiques. 

De  même  que  l'historien  ne  s'expliquerait  guère  l'his- 
toire des  temps  actuels  s'il  ne  connaissait  les  faits  qui 
l'ont  précédée,  de  même  le  zoologiste  ne  peut  comprendre 
le  stade  évolutif  dans  lequel  se  trouvent  actuellement  les 
Mammifères  s'il  ne  connaît  (tant  au  point  de  vue  de  la 
filiation,  qu'au  point  de  vue  géographique)  les  stades  an- 
térieurs. L'explication  de  bien  des  données  zoologiques 
ne  peut  se  résoudre  que  par  la  paléontologie. 

Dans  un  chapitre  préhminaire,  M.  Lydekker  montre 
quels  sont  les  facteurs  qui  ont  influé  sur  la  distribution 
actuelle  des  animaux  et  en  particulier  des  Mammifères. 
La  chaleur,  l'humidité  sont  des  causes  ayant  agi  sur  cette 
répartition.  Mais  il  en  est  une  autre,  dont  on  a  l'habitude 
de  tenir  moins  compte  et  qui  est  pourtant  d'une  grande 
importance,  je  veux  parler  de  l'inégalité  des  âges  des  diffé- 
rents animaux.  Les  faits,  qui  concordent  avec  la  théorie 
de  l'évolution,  apprennent  que  ce  sont  les  Poissons  qui 
ont  apparu  les  premiers  sur  la  terre,  puis  les  Reptiles,  et 
en  dernier  lieu  les  Mammifères.  Et  parmi  ces  derniers, 
les  plus  anciens  (Trias)  sont  également  ceux  dont  l'or- 
ganisation est  la  plus  inférieure  (Marsupiaux  et  Mono- 
trèmes).  Ils  ont  émigré  pendant  le  Tertiaire  dans  les 
terres  australes  où  ils  sont  aujourd'hui  presque  exclu- 
sivement cantonnés. 

Les  formes  les  plus  élevées  des  Mammifères  ne  se 
montrent  guère  avant  l'Oligocène  et  le  Miocène,  quel- 
ques-uns même  pendant  le  Pliocène.  Leurs  mii/rations, 
vers  le  sud,  prennent  place,  par  conséquent,  à  la  fin  du 
Tertiaire  ;  une  des  premières  est  celles  des  Lémuroïdes, 
des  Insectivores  et  do  quelques  Carnivores,  dans  le  sud 
de  l'Afrique  et  à  Madagascar.  D'autre  part,  plusieurs 
types,  tels  que  l'hippopotame,  la  girafe,  l'antilope,  qui 
étaient  très  abondants  en  Europe  et  dans  le  nord  de  l'Asie 
durant  le  Pliocène,  ont  seulement  quitté,  à  une  époque 
très  récente,  de  l'histoire  de  la  terre,  les  contrées  du 
nord  où  ils  vivaient,  pour  trouver  une  résidence  perma- 
nente en  Afrique. 

Après  avoir  indiqué  les  barrières  qui  ont  pu  s'opposer 
à  la  dispersion  des  Mammifères,  le  rôle  de  l'homme  dans 
cette  distribution,  l'auteur  fait  connaître  les  centres 
d'évolution  et  établit  que  la  permanence  des  continents 
et  des  océans  a  influé  fortement  sur  la  répartition  des 
animaux  de  ce  groupes  de  vertébrés. 

Depuis  Sclater,  en  ISiiS,  jusqu'à  M.  Beddard,  en  1898, 
plusieurs  travaux  importants,  ayant  trait  à  cette  distri- 
bution, avaient  déjà  paru.   M.   Lydekker  les  a  utilisés 

(1)  A  Geographical  Ifistori/  of  Matmnals,  par  M.  R.  Lydekker, 
Un  vol.  in-S"  de  400  pages  avec  figures  et  carte.  Cambridge, 
Univcrsittv  Press. 


LE     NATURALISTE 


139 


largement.  Les  royaumes  zoologiques  distingués  par  le 
savant  paléontologisto  sont  les  suivants  : 

Le  premier  est  le  royaume  notogi'ique.  Il  correspond  à 
la  région  australienne  de  Sclater  et  de  Walhice.  Son 
centre  est  l'Australie  et  la  Nouvelle-Guinée.  Il  s'étend  au 
nord  jusqu'aux  Célèbes  et  aux  îles  Ilawai,  au  sud  jus- 
qu'à la  Nouvelle-Zélande  et  il  est  caractérisé  par  les 
marsupiaux  et  les  Monotrèmex. 

Ce  premier  royaume  n'est  pas  très  homogène  car  les 
îles  Célèbes,  Lombok  sont  assez  pauvres  en  Marsupiaux 
et  les  provinces  polynésiennes  et  hawaïennes  en  sont 
pres(|ue  totalement  dépourvues. 

D'où  vient  la  forme  si  spéciale  de  ce  royaume;  àqu(^lle 
époque  s'est-elle  dillérenciée'?  C'est  encore  la  paléontologie 
qui  permet  de  résoudre  ces  questions.  Pendant  le  Juras- 
sique les  Marsupiaux  étaient  largement  représentés  en 
Europe  et  dans  le  nord  de  l'Amérique.  A  la  fin  du  secon- 
daire, la  région  australienne  était  en  communication  avec 
le  continent  situé  plus  au  nord.  Elle  s'en  est  séparée  au 
commencement  de  l'ère  tertiaire  et  les  types  (|ui  y  exis- 
taient ont  évolué  sur  place,  et  n'ayant  pas  eu  à  soutenir 
la  lutte  contre  des  espèces  mieux  organisées,  ont  persisté 
avec  leurs  caractères  peu  modifiés. 

Les  Mammifères  ont  eu  pour  origine  les  Marsupiaux 
polyprotodontes,  qui  ont  survécu  dans  le  sud-est  de  l'Asie, 
jusqu'à  la  première  partie  de  l'Kocène.  On  y  trouve,  en 
effet,  différenciés  les  Didelphes  et  les  Dasyurides.  Des 
formes  représentatives  de  ces  groupes  ont  émigré  en 
Australie  et  dans  la  Nouvelle-Guinée. 

La  découverte  de  Dasyures  en  Fatagonie  porte  à  croire 
que  ces  animaux  ont  également  émigré  de  la  Patagonie 
vers  l'Australie  à  travers  le  continent  antarctique,  qui 
s'étendait  du  nord  de  l'Amérique  à  l'Australie. 

Le  deuxième  royaume  ou  royaume  néogéique,  n'oll're 
pas  les  incertitudes  du  premier,  au  point  de  vue  de  ses 
limites.  Il  s'étend  dans  toute  l'Amérique  du  sud  et  l'Amé- 
rique centrale  à  la  hauteur  du  golfe  du  Mexique  et  em- 
brasse également  les  Indes  occidentales. 

Wallace  avait  déjà,  en  de  fort  belles  pages,  décrit  les 
richesses  fauniques  de  ce  royaume,  qui  présentait  les 
particularités  les  plus  curieuses  à  l'époque  Oligocène. 
On  ne  peut  séparer  son  histoire  ])aléontologique,  connue 
surtout  par  les  travaux  d'Ameghino,  Lydekker,  More- 
no,  etc.,  de  son  histoire  zoologique.  C'est  surtout  en 
Patagonie,  à  Santa-Cruz,  qu'on  a  recueilli  des  types 
vraiment  remarquables  ajipartenant  aux  Marsupiaux, 
Edentés  {Glyptodontes,  Megatherium)  et  surtout  en  On- 
gulés [Ailropolherium,  Toxodonte^,  Typutherium,  etc.). 
Le  musée  de  La  Plata  renferme  des  salles  entières  rem- 
plies par  les  squelettes  de  ces  curieuses  formes  disparues. 

Aujourd'hui  le  royaume  néogéique  est  caractérisé  par 
des  Edentés  (Dasypodes,  Myrmécophages),  la  présence 
de  quelques  Didelphes,  une  grande  richesse  en  Rongeurs, 
dont  plusieurs  familles  sont  spéciales  à  ce  royaume, 
l'abondance  de  certaines  chauves-souris  et,  par  contre, 
la  pauvreté  en  Insectivores  et  Carnivores.  Les  Ongulés, 
si  abondants  à  l'époque  Oligocène  et  Miocène^  sont  rela- 
tivement réduits.  Par  contre  les  Singes  (liapalidés  et 
Cébidés),  qui  sont  confines  dans  les  i'orèls  tropicales,  sont 
assez  caractéristiques  de  ce  royaume  que  M.  Lydekker 
a  subdivisé  en  province  brésilienne,  chilienne,  mexicaine 
et  antilienne. 

Le  troisième  royaume  ou  royaume  arctogéique  embrAsse 
le  reste  de  l'univers,  il  a  donc  une  étendue  considérable; 
malgré  son  homogénéité  et  à  cause  de  son  extension, 


l'auteur  l'a  divisé  en  cinq  autres  régions.  Il  se  différencie 
du  royaume  notogéique  par  l'absence  de  Monotrèmes  et 
de  Marsupiaux  diiu-otodontes  et  du  royaume  néogéique 
par  l'absence  d'Édentès  et  la  spécialisation  de  ses  singes. 
Les  caractères  positifs  de  ce  royaume  sont  la  prédomi- 
nance marquée  des  Mammifères  qui  ont  pris  leur  essor, 
surtout  depuis  l'époque  Oligocène,  et  ont  laissé,  depuis 
cotte  époque,  de  nombreux  restes,  tant  en  Europe  que 
dans  les  autres  continents.  Il  suffit  de  rapiieler  les  noms 
des  localités  ou  des  contrées  de  Pikermi,  Saint-Gérand- 
le-Puy,  Ronzou,  Sansan,  Perrier,  Puerco,  delà  Nébros- 
ka,  etc.,  pour  remettre  en  mémoire  les  richesses  paléon- 
tologiques  découvertes  dans  ces  points,  aujourd'hui 
classiques. 

Le  royaume  arctogéique  renferme  de  nos  jours  de 
nombreux  Insectivores  et  un  certain  nombre  de  formes 
exclusives  de  Lémuridés,  de  Carnivores,  de  Rongeurs  et 
d'Ongulés. 

Cinq  grandes  divisions  sont  établies  dans  ce  grand 
royaume. 

C'est,  d'abord,  la  province  holoarctique  qui  comprend 
une  grande  partie  de  l'hémisphère  boréal  :  l'Europe, 
l'Asie  (sauf  l'Inde  et  l'Indo-Chine),  le  nord  de  l'Afrique 
et  une  grande  partie  do  l'Amérique   du  Nord. 

Sa  faune  excessivemoQt  riche  est  bien  comme.  On  doit 
surtout  signaler,  comme  particuliers  à  cette  province, 
les  genres  Sorex  et  Urotnchis,  parmi  les  Insectivores; 
Latax,  Gulo,  parmi  les  Carnivores  ;  Arctomys,  Spermophi- 
lus,  Lupus,  Lagomys,  parmi  les  Rongeurs,  etc. 

En  Amérique,  entre  la  province  holoarctique  et  le 
royaume  néogéique,  se  différencie  la  province  de  Sanora 
qui  comprend  sensiblement  les  États-Unis  d'Amérique, 
et  qui  est  caractérisée  surtout  par  un  grand  nombre  de 
Rongeurs  et  d'Insectivores. 

Il  est  bon  toutefois  de  remarquer  que  cette  province  a 
des  limites  assez  peu  précises,  car  les  espèces  des  royau- 
mes arctogéique  et  notogéique  devraient  nécessairement 
rayonner  d'un  royaume  à  l'autre. 

La  troisième  province  {province  orientale)  embrasse  les 
régions  de  l'Indo-Chine,  des  Indes,  avec  les  iles  de  Java, 
Roméo  et  les  Philippines.  Le  nombre  des  types  qui  ca- 
ractérisent cette  région  est  assez  grand.  Ils  comprennent 
des  Singes,  Semnopithèques,  etc.  ;  des  Insectivores,  tels 
que  les  Galéopithèques  ;  plusieurs  Viverridés  et  Ursidés 
spéciaux,  un  grand  nombre  de  Rongeurs  et  d'Ongulés 
assez  typiques  appartenant  aux  genres  Ilemitragus,  Anti- 
lope, Cervulus,  etc. 

La  province  Malgache  qui  se  rattache  à  la  province 
orientale  par  quelques  types,  offrait,  dans  les  temps  géo- 
logiques, beaucoup  d'affinité  avec  elle,  au  point  de  vue 
faunique,  car  les  deux  régions  faisaient  partie  d'un 
même  continent. 

Aujourd'hui,  les  types  zoologiques  de  chacune  de  ces 
régions  sont  assez  distincts  [lour  qu'on  puisse  les  consi- 
dérer comme  formant  deux  provinces  distinctes.  Dans  la 
province  malgache  dominent  les  Lémuroïdes  (près  de 
40  espèces)  et  les  Insectivores  (12  espèces).  Les  Carni- 
vores et  les  Rongeurs  olïrent  également  des  types  spé- 
ciaux. 

Cette  province,  la  plus  petite  de  celles  qui  ont  été  éta- 
blies, est  cependant  une  des  mieux  définies.  On  devrait 
penser  de  prime  abord  que  les  affinités  les  plus  grandes 
de  cette  province  devraient  être  avec  la  province  voisine 
(province  éthiopienne)  :  il  n'en  est  rien  cependant,  car, 
sur  28  genres  de   Mammifères  terrestres,  cette  région 


140 


LE      NATURALISTE 


n'en  a  que  3  de  communs  avec  l'Afriquo,  et,  sur  ces  trois, 
deux,  l'Hippopotame  et  le  Cochon,  qui  sont  tous  deux 
nageurs,  ont  pu,  à  une  époque  antérieure,  traverser  le 
chenal  qui  sépare  les  deux  provinces.  Le  troisième  genre 
(g.  Crocidura)  a  pu  être  également  introduit  par 
l'homme. 

Il  est  curieux  de  constater  que  la  Girafe,  le  Zèbre,  le 
Rhinocéros,  l'Eléphant,  le  Lion,  le  Phagoctère  et  les 
Singes  qui  peuplent  l'Afrique,  n'existent  pas  dans  la  pro- 
vince malgache. 

La  province  éthiopienne  (cinquième  province)  peut  se 
délimiter  au  nord  par  le  tropique  du  Cancer  (l'Afrique, 
sauf  le  Sahara,  l'Algérie,  la  Tunisie,  le  Maroc  forment 
donc  cette  province).  Nous  avons  signalé  les  différences 
fauniques  qu'elle  présente  avec  la  province  malgache. 
Disons  encore  que  les  Carnivores,  les  Rongeurs  et  les 
Ongulés  offrent  de  nombreux  représentants.  Le  groupe 
des  Singes  présente  également  des  types  particuliers 
(Gorille  Cercopithèque). 

Nous  avons  indiqué  très  brièvement  les  grandes  divi- 
sions zoologiques  établies  par  M.  Lydekker.  Ces  groupe" 
ments  paraissent  bien  naturels  et  seront  certainement 
adoptés  par  les  savants. 

11  faut  ajouter  que,  de  même  qu'Huxley  et  Blanford, 
M.  Lydekker  admet  trois  grands  cejitres  d'évolution  cor- 
respondant à  trois  grandes  familles  zoologiques  :  les  Mar- 
supiaux, les  Edentés  et  enfin  les  Mammifères  placen- 
taires supérieurs.  Ces  trois  grands  centres  peuvent  être 
mis  en  parallèle  avec  les  trois  régions  australienne,  sud- 
américaine  et  arctogéique  créées  jadis  par  Blanford. 

Nous  ne  pouvons  terminer  ce  rapide  aperçu  sans  dire 
une  fois  de  plus  que  la  lumière  du  passé  (paléontologie) 
éclaire  d'une  façon  remarquable  et  rend  compréhensible 
un  grand  nombre  de  faits  zoologiques  qui  seraient  inex- 
plicables sans  son  concours. 

Il  sulDra  de  lire  le  livre  si  intéressant  de  M.  Lydekker 
pour  en  être  absolument  convaincu. 

Ph.  Glange.\ud. 


et  la  seconde,  membraneuse,  sert  au  vol.  Les  ailes  pro- 
tectrices sont  les  élytres;  les  secondes  peuvent  se  replier 


DISSECTIONS 


EMBRANCHEMENT  DES  ARTHROPODES. 

Classe  des  Insectes. 

Type  :  l'Hydrophile  (Hydrophilus  Piceus), 
Ordre  des  Coléoptères. 

L'Hydrophile  est  un  insecte  assez  gros,  coloré  en  brun 
marron  et  très  facile  à  trouver  dans  les  mares  et  les 
étangs  pendant  l'été. 

Extérieur.  —  Corps  nettement  divisé  en  trois  parties  : 
la  tête,  le  thorax  et  l'abdomen. 

La  tête  porte  une  paire  d'antennes.  Les  pièces  de  la 
bouche  sont  :  1°  une  lèvre  supérieure  ou  labre  :  2°  une 
paire  de  mandibules  ;  3°  une  paire  do  mâchoires  ;  4»  une 
lèvre  inférieure  ou  labium. 

Le  thorax  porte  trois  paires  de  pattes  locomotrices, 
plus  deux  paires  d'ailes,  dont  l'une  purement  protectrice 


Fig.  1.  —  Extrémité  de   la  patte  antérieure  chez  l'Hydrophile 

mule. 
Fig.  2.  —  Pénis  de  l'Hydrophile. 
Fig.  3.  —  Patte  postérieure  de  l'Hydrophile. 

sur  elles-mêmes  et,  par  conséquent,  être  complètement 
recouvertes  par  les  élytres. 

L'abdomen  est  nettement  segmenté  et  chaque  segment 


Fig.  4.  —  Aile    membraneuse  de  l'Hydrophile   avec  ses   ner- 
vures n,et  son  articulation  ar. 

porte  sur  la  face  latero-dorsale  une  paire  d'orifices  res- 
piratoires ou  stigmates.  11  est  dépourvu  d'appendices. 

Orifices.  —  Les  orifices  sont  :  la  bouche  située  à  la  face 
ventrale  de  la  tête  sous  la  forme  d'une  fente  longitudi- 
nale bordée  par  les  pièces  masticatrices. 

L'anus  s'ouvre  à  la  face  ventrale  du  corps  au  dernier 
anneau  de  l'abdomen.  L'orifice  génital  s'ouvre  en  avant, 
mais  du  cùté  de  l'anus. 

Enfin,  sur  le  coté  du  corps  et  dorsalement,  sous  les 
ailes  on  trouve  le  stigmate. 

Appareil  digestif.  —  Pour  disséquer  le  tube  digestif,  il 
faut  placer  l'animal  sur  la  face  ventrale,  le  fixer  dans  la 
cuvette  avec  des  épingles  fines  placées  sur  les  pattes  et 
inciser  la  partie  latérale  de  1  abdomen  après  avoir  enlevé 
les  ailes  ou  les  avoir  écartées  et  fixées  par  des  épingles. 

On  se  trouve  tout  d'abord  en  présence  d'une  grande 
quantité  de  petites,  vésicules  aériennes  qui  ne  sont  autre 
chose  que  les  prolongements  variqueux  des  trachées.  11 
fautles  enlever  avec  soin  etl'on  rencontre  alors  au-dessous 
une  masse  très  contournée  qu'il  faut  déplier  avec  de 
grandes  précautions,  c'est  l'intestin.  On  continue  la  dis- 
section dans  le  thorax  pour  découvrir  l'œsophage. 

Une  fois  déplié,  on  voit  que  l'intestin  se  compose  d'un 
long  œsophage  qui  s'élargit  d'une  façon  lente  pour  former 
un  renflement  un  peu  mamelonné  :  c'est  le  vtntricide  chy- 
lifique,  hérissé  de  papilles  arrondies,  à  la  limite  posté- 
rieure duquel  débouchent  deux  longs  tubes  hyalins  très 
contournés,  ce  sont  les  tubes  de  Malpigbi  qui  remplissent 
les    fonctions   de  reins,  chez   les  insectes.   Au-dessous 


LE     NATURALISTE 


tu 


commence  l'intestin  proprement  dit,  qui,  après  s'être 
ronflé  très  légèrement  en  un  point  de  son  trajet,  va  se 
terminer  à  l'anus. 


v.d.. 


tJÎ^- 


Fig.  5.  —  Appareil  digestif  de  l'Hydrophile  :  œ«,  œsophage; 
V.  ch,  ventricule  chylifique  ;  t.  m,  tubes  de  Malpighi  ou  or- 
ganes urinaires;  )•,  rectum. 


Appareil  circulatoire.  —  La  partie  centrale  de  la  circu- 
lation consiste  en  un  long  coeur  dorsal,  divisé  en  cham- 
bres, sortes  de  ventricules  percés  d'orifices  latéraux 
par  où  le  sang  peut  passer  de  l'extérieur  à  l'intérieur. 
Des  muscles,  dits  aliformes,  mettent  en  mouvement  ce 
long  organe  central.  Grâce  à  un  jeu  de  valvules,  le  sang 
ne  peut  qu'aller  d'arrière  en  avant,  et  toujours  dans  le 
même  sens. 

Appareil  respiratoire.  —  Les  trachées,  qui  constituent 
l'appareil  respiratoire  des  Insectes  sont  constituées  par 
des  tubes  extrêmement  ramifiés  et  anastomosés,  et  for- 
mant, à  droite  et  à  gauche  de  l'appareil  digestif,  deux 


^Uj^ 


J^ 


Fig.  6.  —  Système  nerveux  de  l'Hydrophile  :  y.  c,  g.  cé- 
rébroïdc;  sœ,  ganglion  sous-œsophagien;  g.  a,  ganglion 
anal. 

grosses  vésicules  aériennes.  L'air  peut  facilement  péné- 
trer dans  l'intérieur  de  ces  tubes,  grâce  à  un  épaissis- 
sement  chitineux  en  spirale  qui  en  tapisse  la  cavité. 

L'air  est  donc  ainsi  porté  directement  aux  organes. 
(Voir  au  microscope  la  structure  des  trachées.) 

Système  nerveu.i\  —  Le  système  nerveux  est  assez  dis- 


socié. Il  se  compose  d'une  paire  de  ganglions  côrébroïdes 
constituant  un  cerveau  d'où  partent  tous  les  nerfs  se 
rendant  aux  organes  des  sens,  et  un  collier  qui,  après 
avoir  contourné  l'œsophage,  vascjeter  dans  une  seconde 
masse  ventrale,  le  ganglion  sous-œsophagien.  Le  reste 
de  la  chaîne  se  compose  do  cinq  ganglions  qui  envoient 
des  nerfs  aux  pattes,  aux  ailes  et  aux  autres  organes  in- 
ternes. 
Appareil  génital.  —  Les  sexes  sont  séparés,  et  le  mâle 


Fig.  7.  —  Appareil  génital  mule  de  l'Hydrophile  :  te,  testi- 
cules; t).  a, deux  paires  de  glandes  annexes;  p.  p,  poche  pé- 
niale. 

Fig.  8.  —  Appareil  génital  femelle  :  oi\  ovaires  en  forme  de 
caecum  ;  j.  a,  glandes  annexes  ;  va,  vagin  copulateur. 


ne  se  distingue  de  la  femelle  que  par  la  présence  d'une 
partie  aplatie  et  portant  des  griffes  à  l'article  terminal 
des  pattes  antérieures;  de  plus  le  pénis  est  très  développé 
et  formé  de  trois  pièces,  deux  paires  et  une  impaire, 
terminale. 

Chez  le  mâle,  il  y  a  deux  testicules  distincts  formés 
chacun  d'un  seul  lobe  et  donnant  naissance  à  un  canal 
déférent  qui  s'élargit  bientôt  et  va  s'unir  sur  la  ligne 
médiane,  en  un  point  où  viennent  également  déboucher 
deux  paires  de  glandes  annexes,  les  unes  allongées,  les 
autres,  au  contraire,  ne  formant  que  deux  petites  masses 
de  chaque  côté  du  canal  déférent  commun. 

Le  canal  éjaculateur  unique  est  très  large  et  se  renfle 
à  son  extrémité  terminale  en  une  vaste  poche  qui  reçoit 
le  pénis,  lorsque  celui-ci  est  à  l'état  de  rétraction. 

Chez  la  femelle,  on  trouve  doux  otatres  formés  par  deux 


Fig.  9.  —  Un  ctecum  ovarien  grossi. 

faisceaux  de  tubes  coniques  plus  ou  moins  volumineux 
suivant  le  degré  de  maturité  des  œufs.  Les  deux  oviductes 
qui  en  partent  se  réunissent  sur  la  ligne  médiane  en 
une  sorte  de  long  utérus,  qui  reçoit  en  outre  les  produits 
de  deux  glandes  annexes,  s'ouvrant  à  son  extrémité 

A.  Gruvel 


ii'i 


LE     NATURALISTE 


DESCRIPTION  DE  CDLÉOPTÈRES  NOUVEAUX 


Anlhicus  (Lappiis)  distinctus.  Noir  brillant  àpubescence 
d'un  gris  jaunâtre  non  condensée  en  bande  nette,  membres 
obscurcis.  Tète  très  large,  triangulaire  en  arrière,  à  ponctua- 
tion peu  forte,  espacée,  ycus  Ijicn  saillants.  Antennes  minces, 
foncées.  Prothorax  assez  allongé,  plus  étroit  que  la  tète  ;  assez 
largement  et  courtement  élargi  sur  la  partie  antérieure,  droit 
sur  la  base  avec  une  impression  latérale  forte  et  longue; ponc- 
tuation forte,  écartée.  Ecusson  tri.mgulaire.  Elytres  à  côtés 
subparalièles,  droits  sur  les  épaules  avec  une  dépression  post- 
humérale  peu  marquée,  un  peu  atténués  en  arrière,  à  pubes- 
cence  plus  rapprochée  sur  la  partie  antérieure,  mais  non  con- 
densée en  bande  ;  ponctuation  assez  forte,  espacée.  Pattes 
minces,  d'un  roussàtre  obscurci. 

Long.  3  1/4  mill.  Mexique  (Flohr  in  coll.  Pic). 

Se  rapproche  de  asphaltinus  Champ,  par  la  forme  de  sa  téta 
bien  atténuée  en  arrière  mais  celle-ci  est  plus  grosse  avec  une 
ponctuation  moins  forte  et  écartée,  la  coloration  des  membres 
est  en  outre  plus  foncée,  le  prothorax   moins  élargi  en   avant. 

Anlhicus  Flo/iri.  Subparallèle,  noir  peu  brillant,  pubescent 
de  gris,  antennes  et  pattes  plus  ou  moins  roussâtres,  ces  der- 
nières plus  foncées.  Tète  forte,  tronquée  en  arrière,  à  ponc- 
tuation forte,  un  peu  écartée,  avec  une  ligne  longitudinale 
élevée  lisse  sur  son  milieu.  Antennes  courtes,  à  peine  épais- 
sies à  l'extrémité.  Prothorax  trapéziforme  légèrement  angulé 
et  bien  arrondi  en  avant,  convexe,  rebordé  à  la  base,  à  ponc- 
tuation forte,  peu  écartée.  Ecusson  petit.  Elytres  subparallèles 
légèrement  tronqué-arrondis  à  l'extrémité;  épaules  marquées 
avec  une  très  faible  dépression  transversale  post-huraérale; 
ponctuation  forte,  peu  écartée.  Pattes  fortes  avec  les  cuisses 
parfois  un  peu  rembrunies,  épaisses.  Dessous  du  corps  foncé, 
pubescent. 

Long.  3  mill.  Mexique  (Flohr  in  coll.  Pic). 

A  placer  près  de  iiifernus  Laf.  Rappelle  beaucoup  notre  es- 
pèce européenne  morio  Laf.,  mais  il  est  plus  mat  avec  des  an- 
tennes claires.  M.  Pic. 


OISEAUX  ACRIDOPHAGES 


1.  —  D'ajjrès  Tchihatcheff(l),  on  rencontre  peu  de  sites 
dans  l'Asie  Mineure,  dont  l'ensemble  ne  soit  complété 
par  la  svelte  silhouette  d'une  Cigogne  se  dessinant  sur 
le  sommet  d'un  arbre  ou  sur  les  coupoles  d'un  minaret; 
c'est  un  de  ces  traits  qu'on  ne  pourrait  effacer  du  tableau 
sans  en  faire  disparaître  la  teinte  locale.  Le  rôle  que  cet 
échassier  joue  dans  la  physionomie  du  paysage  tient  par- 
ticulièrement au  respect  dont  il  est  l'objet,  respect  tel 
que  sa  présence  est  partout  considérée  comme  invio- 
lable et  même  comme  un  signe  de  bon  augure.  Ce  sen- 
timent général  remonte  ù  la  plus  haute  antiquité.  La 
Cigogne  est  désignée  dans  la  Bible  sous  le  nom  de  Clia- 
sidah  ;  ce  qui  signifie  pieux,  plusieurs  écrivains  de  l'anti- 
quité, Aristote,  iElien,  font  ressortir  la  tendresse  de  cet 
oiseau  pour  ses  petits  et  la  reconnaissance  que  ceux-ci 
témoignent  à  leurs  parents  en  les  nourrissant  dans  leur 
vieillesse.  Les  Anciens  paraissent  avoir  étendu  à  la  ma- 
jorité des  volatiles  le  privilège  que  les  Orientaux  accor- 
dent à  la  Cigogne  de  nicher  sur  les  murs  et  sur  les  toits 
des  édifices  consacrés  ati  culte  public,  car,  dans  l'Anti- 
quité, on  considérait  comme  un  acte  d'impiété  et  de  pro- 
fanation la  destruction  des  Oiseaux  qui  s'étaient  établis 
dans  les  temples. 

2.  —  Ij.\  Cigogne  Abdi.mii.  —  (Ciconia  Abdimii. 
Sphenorynchus  Abdimii.) 

Le  Simbil  des   Arabes  et  des  Abyssins.  Au   sud  du 
(1)  Asie  Mineure,  Paris,  1866.  11°  partie  :  Zoologie. 


Quanza,  les  nègres  le  nomment  Humbi-Humbi.  Dans 
l'Afrique  èquatoriale,  il  se  montre  surtout  pendant  la 
saison  des  pluies.  Il  ne  paraît  pas  se  répandre  dans  la 
région  littorale.  Il  couve  dans  le  Soudan  égyptien,  un 
peu  avant  la  saison  des  pluies,  élève  ses  petits  et  quitte 
le  pays.  C'est  un  oiseau  migrateur  qui  a  les  mœurs  et 
les  habitudes  des  Cigognes  lilanches.  A  Tombouctou  et 
dans  le  Soudan,  il  est  le  précurseur  de  la  saison  de  l'hi- 
vernage. 

3.  —  La  Cigogne  noire.  —  {Ciconia  nigra,  episcopns.) 
Cette  espèce,    tout  en  étant  peu    nombreuse  dans  le 
Sud  africain,  est  plus  commune  toutefois  que  C.  alba. 

Son  utilité  est  très  appréciable,  elle  est  moins  oiseau 
des  marais  que  les  Hérons  gris  et  les  Hérons  pourpres; 
elle  se  trouve  dans  les  steppes  et  dans  les  vallées,  à  la 
recherche  des  termites  et  des  sauterelles  qui  forment  la 
base  de  sa  nourriture  habituelle.  Au  contraire  de  l'es- 
pèce précédente  qui  ne  quitte  pas  l'Afrique  dans  ses 
migrations,  la  Cigogne  noire  vient  en  Europe  .où  elle 
niche  dans  les  forêts  et  fuit  le  voisinage  de  l'homme.  La 
Cigogne  Abdimii  vit  en  parfaite  amitié  avec  les  noirs  qui 
considèrent  cet  oiseau  comme  un  être  sacré;  d'habitude, 
on  le  trouve  sur  les  arbres  dans  leurs  villages.  Une 
espèce,  Cironia  leucorcphala,  fuit  les  noirs  à  l'égal  de 
Ciconia  nigra  qui  fuit  les  blancs.  Ces  contrastes  n'ont  pas 
encore  étééclaircis.  Le  plumage  de  cet  oiseau  est  très 
susceptible  à  l'action  du  soleil;  vers  la  fin  de  l'été,  les 
belles  plumes  irisées  qui  garnissent  la  tète,  le  cou  et  le 
dos,  deviennent  tout  à  fait  fauves. 

4.  —  Le  J.\iiinu  du  Sénégal.  —  {Mycteria 
senegalensis.) 

Le  Jabiru,  le  représentant  africain  de  la  famille  des 
Cigognes  géantes,  a  les  mœurs  et  les  habitudes  de  la 
Cigogne  Abdimii. 

On  connaît  trois  espèces  de  ce  genre,  l'une  d'Afrique, 
l'autre  d'Amérique,  la  troisième  d'Australie.  Sauf  la 
différence  physique,  les  mœurs  et  les  habitudes  sont 
semblables. 


Les  Grues. 


Gruidx. 


Les  Gruidés  sont  cosmopolites;  cependant  la  zone  tem- 
pérée doit  être  regardée  comme  leur  véritable  patrie. 
Chaque  partie  du  monde  a  des  espèces  qui  lui  sont  pro- 
pres; l'Asie  en  possède  le  plus.  Les  Gruidés  qui  vivent 
dans  le  Nord  s'avancent,  dans  leurs  voyages  jusque  sous 
les  Tropiques,  mais  ils  n'y  nichent  pas  ;  l'aire  de  disper- 
sion des  espèces  méridionales  ne  s'étend  qu'à  la  zone 
èquatoriale,  qui  sera  la  limite  des  espèces  australes. 

1.  —  La  Grue  cendrée  (Grus  cinerea). 

Cet  oiseau  a  pour  patrie  le  nord  de  l'ancien  Continent, 
depuis  la  partie  orientale  de  la  Sibérie  centrale  jusqu'à 
la  Scandinavie  ;  de  là,  elle  émigré  d'un  côté  dans  l'Afri- 
que centrale  et  occidentale  ;  de  l'autre,  aux  Indes  et  dans 
l'Indo-Chine. 

En  été,  dans  l'Europe,  la  Grue  se  nourrit  surtout  de 
matières  végétales  sans  dédaigner  les  petits  reptiles 
aquatiques.  Elle  mange  de  l'herbe,  des  fruits,  des  vers, 
les  insectes,  principalement  les  coléoptères,  les  saute- 
relles, les  grillons,  les  libellules. 

Dans  l'Afrique,  d'après  les  observations  de  Brehm,  les 
Grues  qui  passent  l'hiver  dans  le  Soudan  vont  s'abattre 
dans  les  champs   de  dourah  et   se  remplissent  de  ses 


LE     NATURALISTE 


143 


grainps,  vont  au  bord  dus  fleuves,  lioivont  et  dip;èrtnit 
pendant  lu  reste  de  la  journée.  D'après  les  estimations 
les  plus  modérées,  les  Grues  qui  hivernent  sur  les  bords 
du  Nil  bleu  et  du  Nil  blanc  détruisent  environ  150,000 
mesures  de  céréales.  Malgré  cotte  quantité,  personne  ne 
songe  à  inquiéter  ces  oiseaux,  il  en  est  autrement  aux 
Indes  où  le  grain  a  une  valeur  plus  considéraldo,  on  les 
poursuit  et  on  les  détruit  de  toutes  les  façons. 

2.  — La  Grue  de  Numidie  {Anthropoïdesvirgo,  Grusvirgo). 

Cet  oiseau  aussi  dénommé  Demoiselle  de  Numidie  a  pour 
patrie  le  sud-est  de  l'iîurope  et  le  centre  de  l'Asie.  Il 
habite  les  bouches  du  Volga,  les  cotes  de  la  mer  Cas- 
pienne, la  Tariarie,  la  Mongolie,  et  s'avance  dans  le  sud 
des  Indes  et  daus  le  centre  de  l'Afrique.  D'après  Alléon, 
ellehabite  tout  l'été  la  Dobrudja,  oii  elle  arrive  en  grandes 
bandes  avec  la  Grue  cendrée.  Elle  aime  les  lieux  secs  et 
arides  et  fait  jinucipalement  sa  nourriture  de  blaps  de 
la  famille  des  ténébrionites,  de  loethrus  et  autres  scara- 
béidés,  très  nombreux  au  printemps  dans  les  vastes 
plaines  ensoleillées  de  ce  pays  D'après  Radde,  on  la 
trouve  encore  à  une  altitude  de  iOO  mètres  au-dessus  du 
niveau  de  la  mer.  Les  mœurs,  les  habitudes  de  cet  oi- 
seau sont  celles  do  la  Grue  cendrée  ;  mais  cet  oiseau  est 
de  forme  lieaucoup  plus  élégante  et  son  plumage  est  des 
plus  remarquable.  Les  jeunes  n'ont  ni  la  huppe,  ni  les 
longues  plumes  du  jabot,  fort  recherchées  par  les  Kir- 
ghises  de  l'Asie  centrale,  qui  s'en  font  des  coiffures  en 
forme  de  deux  cornes  devant  conjurer  le  «  mauvais  œil  ». 
Cette  Grue  a  l'habitude  de  danser  à  la  façon  des  Autru- 
ches, le  matin  et  le  soir  par  beau  temps.  Elles  se  réunis- 
sent en  grandes  compagnies  pour  se  livrer  à  cet  exercice 
chorégraphique. 

3.  —  L.\  Giu;e  de  P.\iiadis  (Tclrapterijx  paradisea). 

Cette  belle  variété  d'Echassiers  est  particulière  aux 
plateaux  herbeux  du  centre  et  du  nord  de  la  Colonie  du 
Cap,  du  Namaqualand,  du  West-Griqualand,  de  l'Etat 
libre  d'Orange,  de  la  partie  centrale  et  méridionale  du 
Transvaal,  du  sud  du  Betcliuanaland  et  du  Kalahari.  8es 
séjours  préférés  sont  les  prairies  her))euses,  sans  végé- 
tation arborescente.  Nous  avons  délimité  l'habitat  de  cet 
oiseau  dans  l'Afrique  australe  qui  est  aussi  celui  de 
l'Autruche  en  demi-liberté.  Heuglin  trouva  cette  Grue 
en  troupes  innombrables  près  du  lac  Tana  (Abyssinie). 

A  l'état  domestique,  la  Grue  est  omnivore;  cependant 
on  observe  qu'elle  préfère  la  viande  hachée,  même  aux 
insectes  qui,  à  leur  tour,  sont  préférés  à  toute  autre 
nourriture  y  compris  le  pain  et  le  mais.  A  l'état  sauvage, 
la  nourriture  de  la  Grue  de  Paradis  se  compose  de  larves, 
de  termites,  de  reptiles,  de  mollusques,  de  poissons,  etc., 
mais  principalement  de  sauterelles.  Elle  mange  aussi  des 
grains,  des  graines  et  des  baies. 

Holub  nous  dit  que,  jusque  dans  ces  dernières  années, 
les  guerriers  Matébélés  portaient  comme  coiffure  de 
guerre  les  longues  plumes  d'ailes  du  Tetrapterix.  Pour 
faire  cesser  la  destruction  de  cet  utile  oiseau,  leur  roi 
offrit,  en  échange  d'une  plume  d'Apterix,  une  belle  plume 
blanche  d'Autruche;  le  changement  de  modes  en  résul- 
tant fut  désastreux  pour  les  Autruches  dont  un  grand 
nombre  paya  de  la  vie  cette  nouvelle  fashion.  Au- 
jourd'hui beaucoup  de  tribus  africaines  reconnaissent  les 
avantages  de  la  domestication  de  l'Autruche  qu'ils  prati- 
quent et  laissent  en  paix  les  rares  survivants;  également, 
ils  apprécient  l'utilité  des  oiseaux  des  marais  :  leur  qua- 
lité d'insectivores  les  protège,  on  n'en  détruit  pas. 


4.  —  Les  AG.\Mts  (Psophia). 

Cette  famille,  composée  de  trois  espèces,  est  particu- 
lière à  l'Amérique  méridionale;  elle  est  moins  propre  au 
vol  que  les  autres  Gruidés,  mais  mieux  faite  pour  la 
course.  L'Agami  s'apprivoise  facilement  et  rend  les  ser- 
vices d'un  chien  de  garde  ;  à  Cayenne,  on  lui  confie  des 
troupeaux  de  jeunes  dindons  ou  de  canards.  La  nourri- 
ture de  ces  oiseaux  consiste  principalement  en  insectes, 
en  graines  et  en  herbes.  Ce  sont  des  oiseaux  percheurs. 

L'oiseau-trompettft  est  ainsi  nommé  parce  que  son  cri 
ressemble  non  pas  à  une  trompette  de  cuivre,  mais  à 
une  corne  do  berger. 

L'Agami  s'apprivoise  très  facilement,  surtout  en 
Guyane,  et  alors  il  s'attache  à  son  maître,  mais  d'une 
façon  excessivement  jalouse,  et  empêche  tout  autre 
animal  de  s'en  approcher.  Il  garde  et  défend  ce  qu'Usait 
être  sa  propriété.  On  le  voit  le  matin  conduisant  les  ca- 
nards à  la  mare,  les  poules  vers  la  prairie:  quand  un  des 
animaux  tente  de  s'écarter,  un  vigoureux  coup  de  bec  le 
ramène  dans  le  droit  chemin.  Il  préside  à  la  rentrée  des 
troupeaux,  et  garde  les  moutons,  tout  aussi  intelligem- 
ment qu'un  chien.  Si  un  carnassier  ou  un  chien  errant 
s'approche  du  troupeau  dont  il  s'est  fait  le  gardien,  l'A- 
gami n'hésite  pas  à  engager  le  combat.  Il  se  précipite  en 
poussant  de  grands  cris  sur  son  adversaire  que  ses  énergi- 
ques coups  de  bec  ont  bientôt  mis  en  fuite.  A  l'heure  du 
repas,  il  s'installe  dans  la  salle  à  manger,  en  ayant  grand 
soin  de  chasser  le  chien  ouïe  chat  qui  voudraient  l'imiter, 
et  attend  patiemment  qu'on  songe  à  lui. 

Le  D'  Crevaux  nous  dit  que  lesRoucouyennes  ont  une 
grande  quantité  d'animaux  apprivoisés  dans  leurs  habi- 
tations (carbets).  Ce  sont  principalement  des  Agamis, 
des  Hocos,  des  Marayes  et  des  Aras  au  plumage  bleu  et 
rouge.  Un  médecin  hollandais  du  siècle  dernier,  Fermin, 
a  cru  longtemps  que  l'appareil  musical  de  l'oiseau- trom- 
pette n'était  autre  que  l'extrémité  du  tube  digestif.  Les 
Oyampis  partagent  complètement  cette  opinion,  parce 
qu'en  appuyant  sur  le  croupion  d'un  Agami  mort,  ils 
déterminent  un  bruit  sourd  semblable  à  celui  que  pro- 
duit l'animal  pendant  la  vie.  Jamais  ils  ne  tuent  un 
Mamkali  sans  répéter  cette  expérience  qui  fait  toujours 
rire  l'assistance.  CVoir,  dans  D"'  Crevaux,  Voyages  dam 
rAmMque  du  Sud,  diverses  gravures  très  intéressantes 
relatives  à  l'Agami.)  L'Agami  se  mange  bouilli  avec  des 
bananes  coupées  dans  l'eau;  ce  plat  additionné  de  force 
piment  s'appelle  sancocho. 

Laiudae 
Les  oiseaux  pélagiens  contribuent  aussi  à  l'œuvre 
d'extermination  des  acridiens.  Des  observations  toutes 
récentes  leur  ont  fait  reconnaître  cette  qualité.  Dans  une 
étude  :  les  Sauterelles  en  Irak-Arabi  et  leur  extermina- 
tion (i),  M.  Constantin  C.  Metaxas  nous  dit  :  «  Pendant 
l'hiver  do  1888-1889,  grâce  à  la  sécheresse,  les  sauterelles 
n'apparurent  que  dans  les  champs  irrigués  par  les  canaux 
s'alimentant  des  fleuves;  mais  elles  furent  la  proie  des 
Mouettes  qui  vinrent  dans  nos  contrées  par  milliers.  De 
grands  espaces  furent  nettoyés  en  quelques  jours  et  les 
sauterelles,  avant  d'arriver  à  leur  état  parfait,  furent  dé- 
vorées ou  tuées  par  ces  oiseaux.  Les  Mouettes  ne  vinrent 
aussi  dans  les  champs  que  par  le  manque  de  pluies  ;  pro- 
bablement les  étangs  qu'elles  habitent  n'ont  pas  eu  la 
quantité  d'eau  nécessaire  et  elles  furent  obligées  d'émi- 

(1)  Revue  des  sciences  naturelles  appliquées,  1890,  t.  !, 
p.  589. 


144 


LE     NATURALISTE 


grer,  attirées  par  les  eaux  des  champs  arrosés.  »  Après 
énumération  de  diverses  observations,  M.  Metaxas  con- 
clut :  «  Il  résulte  que  le  ramassage  des  coques  ovigères, 
l'état  météorologique  au  printemps  et  les  oiseaux,  en 
général,  Mouettes,  Etourneaux,  Corneilles,  Merles,  etc., 
sont  les  moyens  les  plus  efficaces  pour  l'extermination 

des  Sauterelles » 

Dans  la  famille  des  Hirondelles  de  mer,  un  observa- 
teur très  compétent,  M.  AUéon  (1),  nous  dit  qu'elle  est 
très  abondante  et  niche  dans  le  grand  lac  Razem  (Bul- 
garie). Elle  fréquente  beaucoup  les  champs  et  les  friches 
où  elle  saisit  soit  au  vol,  soit  en  se  promenant,  les 
lézards  et  les  sauterelles  dont  elle  se  nourrit. 


Dans  le  cours  de  cette  étude  d'oiseaux  acridophages, 
nous  avons  surtout  recherché  les  espèces  pouvant,  dans 
un  avenir  quelconque,  être  introduites  dans  nos  colonies 
africaines  et  compléter  utilement  les  espèces  qui  s'y 
trouvent  d'habitude  :  nous  reconnaissons  qu'il  subsiste 
des  lacunes  dans  les  nomenclatures  établies,  sous  réser- 
ves de  cette  observation,  je  dois  ajouter  que  j'ai  pour- 
suivi cette  étude  aussi  loin  qu'il  m'était  possible,  et  je 
souhaite  qu'une  plume  plus  autorisée  produise  le  travail 
utile  et  complet  de  Nos  Allièf:  en  Afrique  contre  {|s  Acri- 
diens. 

J.   FOREST. 


INFLUENCE  DE  LA  TAILLE 

DANS  L'APPRÉCIATION  DES  DISTANCES 


Quand  un  jeune  homme  revient  dans  la  maison  de  ses 
parents  qu'il  a  quitté  dans  son  enfance,  après  une  longue 
absence  de  plusieurs  années,  il  trouve  le  grenier,  on  il  a 
joué  tout  enfant,  beaucoup  plus  petit  qu'autrefois.  II 
en  est  de  même  pour  la  cave,  le  jardin,  le  bosquet  où 
il  allait  en  promenade.  En  efl'et,  nous  évaluons  les  dis- 
tances, l'étendue  des  surfaces,  les  volumes  des  bâti- 
ments, d'après  notre  propre  taille,  sans  nous  en  rendre 
bien  compte.  C'est  ainsi  que  nous  avons  choisi  pour 
mesurer  la  toise  ou  taille  d'un  homme  idéal,  l'aune  ou 
l'étendue  des  bras,  la  coudée,  le  pied,  le  pouce.  Un 
adulte  trouve  donc  nécessairement  plus  petits  qu'autre- 
fois le  grenier  où  il  s'amusait,  la  cave  où  il  avait  peur, 
la  maison  où  il  est  né ,  quand  il  est  resté  longtemps 
sans  revoir  les  lieux  dont  il  a  conservé  le  souvenir,  tels 
qu'ils  lui  apparaissaient  quand  il  les  avait  quittés,  parce 
que  sa  taille  a  doublé  pendant  ce  temps-là.  S'il  avait 
toujours  conservé  les  mêmes  dimensions,  il  ne  les  trou- 
verait pas  rapetisses.  A  bO  ans,  il  trouve  au  grenier  la 
même  longueur  qu'à  20  ans  ;  fùt-il  resté  30  ans  sans  le 
revoir. 

De  même,  si  nous  étions  beaucoup  plus  grands  que 
nous  ne  sommes,  si  nous  avions  cent  mètres,  mille 
mètres,  une  lieue  de  hauteur,  nous  trouverions  tout 
beaucoup  plus  petit  qu'actuellement.  Ainsi  par  exemple, 
si  l'homme  avait  mille  lieues  de  hauteur,  la  terre  lui 
ferait  le  même  effet  que  celui  produit  à  un  homme  ordi- 
naire par  un  piédestal  de  4  ou  b  mètres  de  hauteur,  tout 
au  plus,  sur  lequel  se  dresse  une  statue  de  1  m  60  ou 
l  m.  80. 

(!)  Les  Oiseaux  clans  la  Dobrudja  et  la  liulgarie.  Omis. 
Wien.  1»90. 


Mais,  non  seulement  les  objets  uous  paraîtraient  beau 
coup  plus  petits,  mais  de  plus,  le  temps  lui-même  nous 
semblerait  plus  court  ,  comme  il  nous  semble  plus  court 
aujourd'hui  que  du  temps  de  notre  enfance.  Ainsi,  la 
durée  du  jour,  pour  le  géant  de  mille  lieues  de  haut, 
équivaudrait  à  peine  à  une  de  nos  minutes,  à  40  ou 
50  secondes ,  de  sorte  que  les  jours  et  les  nuits  se  suc- 
céderaient pour  lui  toutes  les  20  secondes,  par  rapport 
à  ce  que  nous  éprouvons  nous-mêmes.  Le  soleil  lui 
ferait  l'effet  d'un  globe  brillant,  tournant  autour  de  lui 
comme  une  balle  suspendue  à  un  long  fil,  que  nous  fe- 
rions tourner,  du  haut  d'une  tour,  comme  une  fronde, 
toutes  les  40  secondes.  Plus  rapproché  que  nous  du 
soleil  et  de  la  lune  de  mille  lioues,  il  ne  verrait  pas  ces 
astres  plus  gros  que  nous  les  voyons  ;  puisque  le  plus 
rapproché  des  deux  serait  encore  à  95  mille  lieues  au 
lieu  de  96.  Il  ferait  le  tour  de  la  terre  en  quelques  pas  ; 
de  sorte  qu'il  lui  serait  facile  d'avoir  toujours  le  soleil 
au-dessus  de  la  tête,  s'il  le  désirait. 

En  restant  toujours  à  la  même  place,  sa  vie  se  passe- 
rait au  milieu  d'alternatives  de  jour_et  de  nuit  de  2u  se- 
condes de  durée,  comme  un  vol  d'oiseau  par  exemple. 
Ce  serait  une  vie  singulière,  impossible,  faute  d'air  respi- 
rable  ;  car  l'atmosphère  ne  s'étend  guère  qu'à  cent  lieues 
au-dessus  de  la  terre  !  L'air  ne  lui  monterait  pas  même 
jusqu'aux  mollets.  Mais  ce  qu'il  y  a  de  plus  singulier, 
c'est  qu'il  ne  pourrait  pas  faire  un  pas  sans  allumer  des 
incendies  sous  ses  pieds.  En  effet,  il  écraserait  tout  en 
marchant.  Et  il  broierait  tous  les  objets,  pierres  et 
plantes,  avec  une  telle  force,  à  cause  du  poids  gigan- 
tesque de  sa  masse,  qu'il  développerait  une  chaleur  suffi- 
sante pour  réduire  tout  en  feu,  arbres,  maisons  et 
pierres  mêmes.  Si  un  coup  de  sabot  de  cheval  sur  les 
pavés  fait  voler  des  étincelles,  quelles  flammes,  quel  feu 
d'artifice  ne  se  développerait-il  pas  sous  l'écrasement 
d'un  tel  colosse  !  On  frémit  rien  qu'en  y  songeant.  Il 
ne  pourrait  pas  presser  délicatement  une  pincée  de  terre 
sous  ses  doigts  gigantesques,  sans  l'enflammer  comme 
de  la  poudre. 

La  terre  flotte  dans  l'espace  avec  une  légèreté  encore 
plus  sensible  qu'une  bulle  de  savon  dans  l'air;  de  sorte, 
qu'il  ne  pourrait  faire  un  saut,  sans  repousser  son  petit 
globe  terrestre  à  plusieurs  milliers  de  lieues  de  distance. 
Il  serait  alors  bien  capable  de  bondir  ainsi  en  dehors  de 
la  sphère  d'attraction  de  la  terre,  pour  ainsi  dire,  pour 
enî/er  dans  le  domaine  de  l'attraction  de  la  lune  ou  du 
soleil.  Après  tout,  la  lune  ne  serait  qu'à  96  fois  sa  hau- 
teur; et  même  95  fois,  à  partir  de  sa  tète.  Il  pourrait 
bien  finir  par  l'atteindre,  et  par  la  repousser  de  sa  chute 
jusqu'au  soleil,  qui  ne  demanderait  qu'à  l'attirer  jusqu'à 
lui.  Là,  il  serait  sur  une  boule  de  feu  108  fois  plus  large 
que  la  terre,  c'est-à-dire  300  fois  plus  haute  que  lui  : 
digne  séjour  pour  un  pareil  Titan  !  Sa  chute  sur  le  soleil 
le  réduirait  en  flammes  instantanément;  mais  la  tempé- 
rature du  soleil  n'en  serait  probablement  pas  augmentée 
d'une  façon  sensible  pour  nous,  bien  qu'elle  le  fut  réelle- 
ment, au  point  de  vue  mathématique.  Le  soleil  est  si 
chaud,  ou  du  moins  il  concentre  dans  sa  masse  une  si 
grande  quantité  de  chaleur,  que  quelques  milliers  de 
degrés  de  plus  ne  feraient  qu'augmenter  sa  réserve  de 
chaleur  sans  l'échauffer  proportionnellement  beaucoup. 
Quelques  milliards  de  calories  de  plus  ou  de  moins  dans 
le  soleil  ne  le  rendraient  pas  sensiblement  plus  chaud 
pour  nous,  tout  en  lui  permettant  une  plus  longue  car- 
rière, à  l'état  d'incandescence  lumineuse. 


LE     NATURALISTE 


145 


Tout  est  relatir  en  ce  monde.  Quand  notre  corps 
grandit,  nous  croyons  voir  se  rapetisser  le  jardin  où 
s'est  élevée  notre  enfance,  et  la  maison  qui  l'a  abritée. 
Le  temps  aussi  nous  semble  plus  court,  pour  plusieurs 
raisons,  car  la  taille  de  notre  corps  n'est  pas  sans  in- 
fluence sur  notre  cerveau,  et  peut-être  sur  sa  manière 
de  voir  et  d'apprécier  la  durée  du  temps. 

Il  est  bien  évident  que  les  3  heures  de  l'étude  du  soir, 
dos  collégiensde  10  ans  paraissent  lieauconp  plus  courtes 
qu'autrefois  au  jeune  homme  de  21  ans  qui  fait  son 
service  militaire,  et  dont  la  taille  a  doublé  dans  l'inter- 
valle. Que  chacun  de  nous  s'examine  consciencieuse- 
ment à  ce  sujet,  et  il  verra  que  nous  n'e-xagérons  rien, 
en  disant  que  3  lieures  dans  notre  enfance  n'ont  plus 
guère  j)Our  l'adulte  ipiu  la  valeur  d'une  heure  et  demie. 

D''  Bougon. 


Les  ï^lantes 

DANS  L'ANTIQUITÉ  : 
LÉGENDES.  POÉSIE.    HISTOIRE,   ETC  ,   ETC 


AMA.IVDIER.  —  La  première  mention  que  fasse  la 
Bible  de  l'amandier  se  trouve  dans  la.  Genèse,  chap.XXX, 
V.  3743.  Jacob  servait  chez  son  beau-père  Laban,  rt  il 
était  convenu  entre  eux  que  tous  les  agneaux  et  les 
chèvres  dont  la  peau  présenterait  plusieurs  couleurs, 
seraient  pour  le  patriarche,  tandis  qu'au  contraire  tous 
les  animaux  dont  la  toison  ne  présenterait  qu'une  teinte 
uniforme  appartiendraient  à  Laban. 

Or,  Jacob  résolut  d'aider  le  hasard,  et  de  faire  tout  son 
possible  pour  que,  désormais,  les  brebis  et  les  chèvres 
ne  fissent  que  des  petits  multicolores. 

«...  37.  —  Jacob  prit  des  verges  vertes  do  peuplier, 
d'amandier  et  de  châtaignier,  et  il  en  ôta  les  écorces,  en 
découvrant  lo  blanc  qui  était  aux  baguettes. 

38.  —  Et  il  mit  les  verges  qu'il  avait  pelées  au-devant 
des  troupeaux,  dans  les  auges  et  les  abreuvoirs  où  les 
brebis  venaient  boire  ;  et  elles  entraient  en  chaleur 
quand  elles  venaient  boire. 

39.  —  Les  brebis  donc  entraient  eu  chaleur  à  la  vue 
des  verges,  et  elles  faisaient  des  petits  marquetés,  pico- 
tés et  tachetés. 

40.  ^  Et  Jacob  partagea  les  agneaux,  et  fit  que  les 
brebis  du  troupeau  de  Laban  avaient  en  vue  les  brebis 
marquetées,  et  tout  ce  qui  était  roux;  et  il  mit  ses  trou- 
peaux à  part,  et  ne  les  mit  point  auprès  des  troupeaux 
de  Laban. 

41 .  —  Et  il  arrivait  que  toutes  les  fois  que  les  brebis 
hâtives  entraient  en  chaleur,  Jacob  mettait  les  verges 
dans  les  abreuvoirs,  devant  les  yeux  du  troupeau,  afin 
qu'elles  entrassent  en  chaleur  en  regardant  les  verges. 

42.  —  Mais  quand  les  brebis  étaient  tardives,  il  ne  les 
mettait  point.  Et  les  tardives  appartenaient  à  Laban  ; 
mais  les  hâtives  étaient  pour  Jacob. 

43.  —  Ainsi  cet  homme  s'accrut  fort  en  biens,  et  il 
eut  de  grands  troupeaux,  des  servantes  et  des  serviteurs, 
des  chameaux  et  des  ânes.  » 

La  Bible  parle  encore  cinq  fois  de  l'amandier,  de 
l'amande  ou  de  la  fleur  de  l'arbre. 


1°  Quand  les  enfants  d(î  cet  intelligent  Jacoli  allèrent 
pour  la  seconde  fois  en  Egypte,  avec  Benjamin,  il  les 
chargea  d'offrir  au  premier  ministre  du  Pharaon  (et  qui 
n'était  autre  que  son  fils  Joseph,  vendu  jadis  par  ses 
frères),  les  meilleures  productions  de  la  terre  de  Canaan, 
entre  autres  des  amandes  : 

Gencsc,  XLÏU,  11.  —  Alors  Jacob,  leur  père,  leur  ilit  : 
Si  la  chose  est  ainsi,  faites  donc.  Prenez  avec  vous  les 
choses  les  plus  estimées  du  pays,  et  portez  à  cet  homme 
(Josep/i)  un  présent  ;  quelque  peu  de  baume  et  quelque 
peu  de  miel  ;  des  drogues,  de  la  myrrhe,  des  dattes  et 
des  amandes  (hébreu  :  shâquédim  :  Septante  :  xâpua  ;  Vul- 
gate  :  amygdalx). 

2»  Plus  tard,  lors  du  soulèvement  d'une  partie  du 
peuple,  à  l'instigation  de  Coré,  Dathan  et  Abiron,  la 
verge  d'Aaron  fleurit  dans  une  nuit  et  i)0rta  môme  des 
amandes  : 

...  Nombres,  XVII,  (3.  —  "  Quand  Moïse  eut  parlé  aux 
enfants  d'Israël,  tous  les  principaux  d'entre  eux  lui  don- 
nèrent, selon  la  maison  de  leurs  pères,  chacun  une 
verge;  ainsi,  il  y  eut  douze  verges.   Or  la  verge  d'Aaron 

fut  mise  avec  elles. 

7.  _  Et  Moïse  mit  les  verges  devant  l'Eternel,  dans  le 

tabernacle  du  témoignage. 

8.  —  Et  il  arriva,  dès  le  lendemain,  ijuo  Moïse  étant 
entré  au  tabernacle  du  témoignage,  voici  :  la  verge 
d'Aaron  avait  fleuri  pour  la  maison  de  Lévi;  et  elle  avait 
jeté  des  fleurs,  produit  des  boutons  et  mûri  des  amaiides.  » 

3»  En  énumérant  les  ornements  du  chandelier  à  sept 
branches,  le  Pontateuque  parle  de  ciselures  en  forme 
d'amandes  ou  de  Heurs  d'amandier  [gchi'im)  «  coupes, 
calices  de  fleurs  (d'amandier)  ». 

Exode,  XXXVII,  17.  —  Il  fit  aussi  le  chandelier  d'or 
pur  ;  il  le  fit  d'ouvrage  façonné  au  marteau  ;  sa  tige,  ses 
branches,  ses  plats,  ses  pommeaux  et  ses  fleurs  étaient 
tirés  de  lui  ; 

18.  —  Et  six  branches  sortaient  de  ses  cùtés,  trois 
branches  d'un  enté  du  chandelier,  et  trois  autres  de 
l'autre  côté. 

1P_  _  11  y  avait  en  vue  des  branches,  trois  plats  en 
forme  d'amande  (1),  un  pommeau  et  une  fleur;  et  en 
l'autre  branche  trois  plats  en  forme  d'amande,  un  jiom- 
mean  et  une  fleur.  Il  fit  de  même  aux  six  ))ranches  qui 
sortaient  du  chandelier. 

20.  —  Et  il  y  avait  au  chandelier  lui-même  quatre  plats 
en  forme  d'amande,  ses  pommeaux  et  ses  fleurs,  etc. 

4"  Le  prophète  Jérémie,  daus  sa  première  vision  (LU), 
voit  une  branche  d'amandier  : 

«  La  parole  de  l'Eternel  me  fut  encore  adressée,  et  il 
me  dit  :  Que  vois-tu,  Jérémie?  Et  je  répondis  :  Je  vois 
une  branche  d'amandier.  » 

5"  Dans  l'Ecclésiaste,  à  la  célèbre  description  do  la 
vieillesse,  on  lit  que  «  l'amandier  fleurira  »,  pour  signi- 
fier que  les  cheveux  de  l'homme  blanchiront  {Ecclésiastc 
XII,  7).  —  Voyez  plus  loin,  ma  citation  de  Hralian  Maur. 

Plutarque  (50-rJO  ap.  J.-C),  nous  parle  de  l'amande 
dans  quelques  passages  de  ses  livres. 

Dans  ses  Symposiaqucs,  livre  I,  question  VI  (Sur  ceci, 
qu'Alexandre  élail  grand  buveur,  S  4),  il  Jit  :  «  Parmi  les 
familiers  de  Drusus,  fils  de  l'empereur  Tibère,  celui  qui 
défiait  tout  le  monde  à  boire  était  un  médecin.  On  surprit 
son  secret.    Il  avait  la  précaution  d'avaler  chaque  fois 


(1)  Or  l'amande  n'ayant  pas  la  forme  d'un  plat,  il  est  éyident 
qu'il  s'agit  ici  de  la  fleur  de  l'amandier. 


146 


LE     NATURALISTE 


cinq  ou  six  amandes  amères,  afin  de  ne  pas  s'enivrer. 
Quand  on  eut  empêché  ce  manège  en  le  surveillant,  il  ne 
fut  plus  même  un  seul  instant  en  état  de  soutenir  le 
combat. 

«  Quelques-uns  prêtent  à  ces  amandes  une  propriété 
mordante  et  détersive  qui  agit  sur  la  peau,  de  manière  à 
enlever  du  visage  les  taches  de  rousseur.  Ils  supposent 
donc  que,  lorsqu'on  en  prend  à  l'avance,  leur  amertume 
opère  sur  les  pores  un  picotement  qui  les, ouvre,  de 
manière  qu'ils  livrent  passage  aux  vapeurs  du  vin 
en  les  détournant  du  cerveau.  Il  nous  semble  plutôt  que 
le  propre  de  l'amertume  est  de  dessécher  et  d'alisorber 
l'humidité... 

"  D'après  cela,  l'on  conçoit  que  les  amandes  amères 
soient  un  préservatif  contre  les  effets  du  vin  pur,  parce 
qu'elles  dessèchent  l'intérieur  du  corps  et  préviennent  la 
plénitude  des  vaisseaux  qui,  trop  tendus  et  trop  agités, 
déterminent  l'ivresse,  dit-on. 

<c  Une  preuve  frappante  de  ce  que  j'avance,  c'est  ce 
qui  arrive  aux  renards  :  si,  quand  ils  ont  mangé  des 
amandes  amères  (???),  ils  ne  boivent  pas  aussitôt,  ils 
crèvent,  parce  que  toute  humidité  intérieure  leur  fait 
défaut.  » 

Quel  dommage  que  La  Fontaine  n'ait  pas  connu  ce 
détail;  une  fable  sur  les  inconvénients  de  la  gourmandise 
était  tout  indiquée. 

Dans  ses  Apophtegmes  divers  des  Lacédémoniens  dont 
les  noms  ne  sont  pas  connus,  §  12,  Plutarque  cite  cette 
boutade  :  «  Un  Lacédémonien  voyait  les  amandes  dures 
se  vendre  plus  cher  que  les  fraîches  :  «  Les  pierres,  dit- 
«  il.  sont-elles  donc  si  rares  ici  '?...  » 

Dans  son  traité  sur  la.matière  médicale,  livre  I,ch.  138, 
Dioscoride  (ii=  siècle  apr.  J.-C.)  parle  aussi  des  vertus  de 
l'amande  : 

«  La  décoction  de  la  racine  pilée  de  l'amandier  amer 
enlève  les  taches  du  visage;  il  en  est  de  même  si  les 
amandes  sont  appliquées  en  forme  de  Uniment.  Mises  en 
manière  de  suppositoire  dans  la  nature  des  femmes,  elles 
régularisent  l'écoulement  sanguin.  Un  emplâtre  d'aman- 
des amères  sur  le  front  et  les  tempes  avec  de  l'huile  rosat 
ou  du  vinaigre  calme  la  migraine;  utilisées  broyées  avec 
du  vin,  elles  remédient  aux  ulcères  gangreneux;  broyées 
avec  du  miel,  elles  guérissent  les  morsures  des  chiens . 
Mangées  en  certaine  quantité,  elles  allègent  les  douleurs, 
font  dormir  et  provoquent  l'urine.  Prises  avec  de  la  fé- 
cule, elles  arrêtent  le  crachement  de  sang.  Leur  décoc- 
tion, ou  bien  leur  préparation  en  forme  d'électuaire  avec 
de  la  résine  de  térébenthine,  sont  bonnes  pour  les  mala- 
dies des  reins  et  les  inflammations  des  poumons. 

«  Bue  avec  du  vin  cuit,  leur  eau  aide  à  uriner,  et  elle 
soulage  dans  les  maladies  de  la  gravelle  et  de  la  pierre. 
Mangées  en  forme  d'électuaire,  avec  du  lait  et  du  miel, 
et  en  boulettes  de  la  grosseur  d'une  noisette,  elles  sou- 
lagent beaucoup  dans  la  toux,  la  colique  et  les  maux  de 
foie. 

«  Cinq  ou  six  amandes  amères  mangées  avant  le  re- 
pas empêchent  l'ivresse.  On  tue  les  renards  en  en  met- 
tant dans  la  viande  qui  leur  sert  d'appât.  La  gomme  de 
l'arbre  est  échauffante  et  astringete. 

«  Les  amandes  douces  sont  également  bonnes  à  man- 
ger, mais  elles  ont  moins  d'efiicacité  en  médecine; 
toutefois,  elles  aussi  dessèchent  et  provoquent  l'urine.  » 

Athénée  fin'  siècle  ap.  J.-C.)  n'avait  garde,  dans  les 
Deipnosophistes  (Banquet  des  Savants  d'omettre  les  aman- 


des, ne  fût-ce  qu'en  raison  de  ce  que,  desséchant  les  mu- 
queuses de  la  bouche,  elles  poussent  à  la  boisson  : 

n  Les  amandes  de  Naxos,  dit-il  au  chapitre  xii  du 
livre  II,  ont  été  renommées  chez  les  anciens;  elles  sont 
réellement  excellentes,  comme  je  m'en  suis  convaincu. 

«  On  lit  dans  Phrynicus  : 

((  Il  m'a  fait  sauter  toutes  les  grosses  dents,  de  sorte  que 
je  ne  pourrai  plus  casser  une  amande  de  Naxos.  » 

Il  II  vient  aussi  de  très  bonnes  amandes  dans  l'île  de 
Chypre;  elles  sont  plus  longues  que  les  autres,  et  se  cour- 
bent à  leur  pointe. 

«  Il  n'y  a  rien  qui  excite  plus  à  boire  que  de  commen- 
cer le  repas  par  des  amandes  ;  aussi  Eupolis  a  dit  :  «  Donne, 
que  je  mange  des  amandes  de  Naxos,  et  verse-moi  en  même 
temps  du  l'in  des  vi'jnes  de  Naxos.  » 

«  Il  y  avait  une  vigne  qu'on  appelait  IVaa'i'ejme. 

n  Plutarque  de  Chéronée  dit  que  Drusus,  fils  de  l'em- 
pereur Tibère,  avait  un  médecin  qui  l'emportait  sur  tous 
les  buveurs.  Mais  on  s'aperçut  qu'il  mangeait  cinq  ou  six 
amandes  amères  avant  de  se  mettre  à  table.  On  l'empê- 
cha donc  d'en  manger,  et  il  ne  fut  glus  en  état  de  soute- 
nir une  larme  de  vin.  Ainsi,  la  cause  de  ses  exploits  était 
la  vertu  dessiccative  du  principe  amer  des  amandes  : 
d'ailleurs,  il  absorbe  aussi  les  humeurs  gastriques... 

0  Hérodien  d'Alexandrie  dit  que  le  mot  'A(iuf6àXYi  vient 
de  ce  que  le  fruit  a  beaucoup  d'aspérités  sur  la  coque, 
sous  le  brou  vert  qui  l'enveloppe;  or,  cela  s'exprime  en 
grec  par  'Aiji'jxii  (égratignure,  déchirure). 

«  Heraclite  de  Tarente  demande  s'il  faut  servir  les  des- 
serts (1  )  avant  tout,  comme  on  le  fait  dans  quelques  endroits 
de  l'Asie  et  delà  Grèce,  ou  bien  les  réserver,  au  contraire, 
pour  la  fin  du  repas.  Si  on  les  sert  après  le  repas,  comme 
on  a  déjà  introduit  beaucoup  d'aliments  dans  l'estomac  et 
les  intestins,  il  arrive  que  les  fruits  à  coquilles  qu'on 
ajoute  pour  s'exciter  à  boire,  mêlés  avec  les  aliments, 
causent  des  flatuosités  et  la  putréfaction  de  ce  qu'on  a 
pris  ;  de  là,  des  indigestions  et  des  selles  copieuses  et 
réitérées. 

«  Les  amandes,  dit  Dioclès,  sont  nourrissantes  et 
amies  de  l'estomac;  elles  échauffent  parce  qu'elles  ont 
quelque  principe  stimulant  ;  mais  les  vertes  font  moins  de 
mal  que  les  sèches  ;  celles  qui  ont  trempé  dans  l'eau, 
moins  que  celles  qui  n'y  ont  pas  trempé  ,  et  les  grillées 
moins  que  les  crues.  » 

«  Oribase  (325-400)  nous  dit  aussi,  dans  sa  Collection 
médicide,  chap.  xxvi,  tome  I,  p.  68  ; 

<(  Dans  les  amandes,  c'est  la  faculté  atténuante  et  dé- 
tersive qui  domine;  quelques-unes  possèdent  à  un  tel 
degré  la  faculté  de  diviser  les  humeurs  épaisses  et  vis- 
queuses, qu'on  ne  saurait  les  manger,  à  cause  de  leur 
amertume. Les  amandes  sont  aussi  douées  d'une  propriété 
huileuse  et  grasse,  comme  les  noix;  elles  donnent  peu- 
de  nourriture  au  corps.  » 

Il  est,  au  contraire,  reconnu  que  l'amande,  surtout  la 
douce,  est  très  nourrissante. 

Pline  nous  parle,  dans  son  Histoire  naturelle,  de  di- 
verses sortes  d'amandes;   livre  XIII,  chap.  xx,  §  1  :  «  II 


(I)  Tpctyriiia  (to).  Ce  mot  avait  chez  les  Grecs  un  sens  plus 
étendu  que  notre  mot  dessert.  11  se  disait  des  hors-d'œuvre  et 
do  tout  ce  qui  n'était  regardé  que  comme  un  accessoire  du  re- 
pas Ainsi,  les  Tpa/vi liara,  qui  étaieni  proprement  des  choses  à 
gruger,  se  servaient  avant  le  repas,  ou  après,  et  même  pen- 
dant :  nous  en  avons  fait  le  mot  dragées.  (Voyez  Lefebvre  de 
Villebrune  :  Banquet  des  Savants,  traduit  d'Athénée,  tome  I, 
p.  199.) 


Lli     NATURALISTE 


147 


est  reconnu  que  l;i  meilleure  gomme  provient  de  l'épine 
d'Egypte  (acacia  nilotica)  ;  elle  est  vermicellée,  d'une, 
couleur  glauque,  etc.  Celle  qui  provient  de  l'amandier 
iimer  et  du  cerisier  est  moins  lionne;  lapins  mauvaise 
est  celle  du  prunier,  u 

Livre  XV,  chap.  xxiv,  sj  t  :  «...  On  ne  sait  si  l'aman- 
dier était  en  Italie  du  temps  de  Caton;  il  jiarle  bien  de 
noix  grecques,  mais  i|uel((ues-uns  rangent  ces  noix 
grecques  parmi  les  noix  ordinaires.  Il  cite  encore  les 
avcllanos,  les  galbes,  les  prônesticus,  qu'il  loue  surtout, 
et  il  rapporte  que  renfermées  dans  des  pots,  on  les  garde 
fraîches  en  terre  (C.a.to.\,  De  rcruxlicn,  ch.  cxlv.)  Aujour- 
d'hui, on  vante  les  amandes  de  Thasos,  celles  d'Albe, 
deux  espèces  de  Tarente,  l'une  à  coquille  fragile,  l'autre 
à  coquille  dure  :  elles  sont  très  grosses  et  très  allon- 
gées. }> 

Macrobe  (.'i70-i-2;>)  nous  (knine  la  signillealiou  de  la 
noix  grecque  du  vieux  Caton  (234-14.')  av.  .T.  C).  Dans  le 
chapitre  xiv  du  livre  II  de  ses  Saturnales  (Des  différentes 
espèces  de  noix)  il  dit  :  «...  Reste  à  expliquer  ce  que  c'est 
quela  noix  grecque.  (Ce  disant,  Servius  prit  une  amande 
(Amygihdam)  sur  le  plat,  et  la  montra  aux  convives.) 
La  noix  grecque  eH  la  même  chose  que  V amande  ;  elle  est 
encore  connue  sous  le  nom  do  Thasienne;  témoin  Cloa- 
tius,  dans  le  (juatrièmo  livre  des  Mots  grecs  réguliers  : 
«  Ajoutez-y  des  noix  grecques  et  du  miel  à  volonté  », 
dit-il. 

Caton  ilit  aussi  dans  sou  De  re  rustica,  cap.  viii  : 
«...  Près  de  la  ville,  vous  aurez  des  jardins  de  tous  les 
styles,  toutes  sortes  d'arbres  d'agrément...;  des  noix 
nues,  des  avelines  de  Prénesto  et  de  Grèce  {Avellanas 
Prenestinas  et  Grxcas)...  » 

Si  nous  passons  aux  autres  agronomes  latins,  nous 
voyons  Columelle  (!'=''  siècle  de  notre  ère),  nous  dire  {De 
rerustica,  lib.  V,  cap.  x)  :  «...  Vers  les  calendes  de  fé- 
vrier, semez  l'amande  (nucem  grxcam), dont  l'arbre  est  le 
premier  qui  bourgeonne.  Elle  demande  un  terrain  ferme, 
chaud  et  sec, [car,  si  vous  la  placez  ailleurs,  le  plus  sou- 
vent, elle  pourrit.  Avant  de  la  mettre  en  terre,  faites-la 
macérer  dans  de  l'eau  miellée,  mais  qui  ne  soit  pas  trop 
douce  :  l'amandier,  quand  il  aura  grandi,  fournira  un 
fruit  plus  agréable  au  goût,  et,  en  attendant,  se  couvrira 
de  feuilles  plus  promptement. 

«  Placez  trois  amandes  dans  une  jietite  fosse  triangu- 
laire, de  manière  qu'elles  soient  éloignées  l'une  de 
l'autre  d'au  moins  une  palme,  et  que  le  sommet  du 
triangle  regarde  le  {vent)  Favonius.  Chacun  de  ces  fruits 
ne  jette  qu'une  seule  racine  et  qu'une  seule  tige.  Quand 
la  racine  est  parvenue  au  fond  de  la  fosse,  arrêtée  par  la 
dureté  du  sol,  elle  se  recourbe  et,  de  son  extrémité  re- 
tournée, émet  deux  autres  racines  bifurquées. 

«  Vous  pouvez  obtenir  ainsi  qu'il  suit  des  amandes 
{nuccs  Qi'secas)  et  des  avelines  de  Tarente  (noisettes)  :  dans 
la  fosse  que  vous  destinez  à  recevoir  ces  fruits,  établissez 
un  demi-pied  de  terre  légère  sur  laquelle  vous  répandrez 
de  la  graine  de  férule;  lorsque  cette  plante  aura  poussé, 
vous  la  fendrez,  et  vous  insérerez  dans  sa  moelle  une 
amande  ou  une  aveline  dépouillées  de  leur  coque;  dans 
cet  état,  vous  les  recouvrirez  de  terre.  Cette  opération 
devra  être  faite  avant  les  calendes  de  mars,  ou  entre  les 
nones  et  les  ides  de  ce  mois.  » 

Palladius  (400-bOO'!')  dit  dans  son  poème  sur  la  greffe 
Deinsiti'jnibus,  v.  93-98)  ; 

Ipsa  suos  onerat  meliori  germine  ramo.s 
Persicus,  et  prunoscit  sociare  gcaus 


Iiiiponitqiio  levés  in  stipito  l'hyllidis  umbras, 
Et  tali  discit  fortior  esse  gradu. 

«  Le  pêcher  donne  lui-même  à  ses  branches  un  meil- 
leur fruit,  et  il  peut  s'unir  au  prunier.  II  couvre  Yaman- 
dier  de  son  léger  feuillage,  et  acquiert  ainsi  lui-même 
]j1us  de  vigueur  ». 

Il  dit  dans  son  De  re  rustica  : 

Livre  III.  —  «  Le  caroubier  aime  les  pays  voisins  de 
la  mer,  chauds,  secs  et  plats...  quelques-uns  croient 
qu'on  peut  le  greffer,  même  au  mois  do  février,  sur  le 
prunier  et  l'amandier...  » 

«...  Grell'er  l'amandier,  au  commencement  de  ce  mois 
(înar.s),  dans  les  climats  tempérés;  et  à  la  fin,  dans  les 
climats  froids,  pourvu  qu'on  le  fasse  avant  la  germina- 
tion des  greffes. 

Livre  VIIÎ.  —  Maintenant  {juillet),  les  amandes  sont 
bonnes  à  cueillir  dans  les  climats  tempérés. 

Livre  XL  —  {Octobre)  Le  pistachier  se  plaît  dans  un 
s(d  chaud,  mais  humide...  des  auteurs  assurent  qu'on 
peut  le  greffer  sur  l'amandier. 

Livre  II,  chapitre  xv.  —  Il  y  a  là  une  fort  longue  dis- 
sertation sur  la  culture  de  l'amande  ;  sur  la  manière  de 
la  rendre  douce,  d'amère  qu'elle  était;  de  la  blanchir,  de 
la  grell'er,  de  la  conserver,  do  la  rendre  fort  grosse  et 
même  de  lui  faire  porter  des  caractères  :  «  Suivant  les 
Grecs,  dit  Palladius,  pour  avoir  des  amandes  qui  portent 
des  caractères,  on  ouvre  la  coquille,  on  enlève  l'amande 
intacte,  et  l'on  écrit  dessus  ce  qu'on  veut;  puis,  on  la 
remet  à  sa  place,  enduite  de  boue  et  de  fiente  de  porc.  » 

Livre  XII,  chapitre  vu.  —  «  L'amandier  donne  des 
fruits  rouges  lorsqu'il  a  été  greffé  sur  le  platane,  u 

Virgile  se  sert  de  l'amandier  pour  pronostiquer  les 
bonnes  ou  mauvaises  récoltes  ; 

Contemplatoi'  item,  quum  se  nux  plurima  .sylvis 
Induel  in  florem,    et  ramos  curvabit  olentes. 
Si  superant  fétus,  etc. 

(Géorgigues.  I,  v.  188  et  sqq.) 

«  Observe  lamandier,  lorsqu'il  se  couvre  de  fleurs  et 
courbe  vers  la  terre  ses  branches  odorantes.  Si  les  fruits 
l'emportent,  c'est  pour  ta  récolte  un  heureux  présage,  et 
de  grandes  chaleurs  amèneront  d'abondantes  moissons; 
mais,  s'il  n'étale  que  l'ombre  inutile  d'un  feuillage  épais, 
le  fléau  ne  battra  que  de  vains  chalumeaux.  » 

L'amandier  ne  pouvait  échapper  à  la  mythologie; 
aussi,  une  jeune  et  jolie  reine  fut-elle  métarmoriihosée 
en  cet  arbre  après  s'être  volontairement  donné  la  mort 
par  désespoir  d'amour.  Il  s'agit  dePhyllis,  dont  Palladius, 
dans  les  vers  cités  plus  haut,  donne  le  nom  à  l'amandier. 

Elle  était  fille  de  Lycurgue,  roi  de  Daulie,  suivant  les 
uns,  et,  suivant  les  autres,  de  Sithon,  roi  de  Thrace.  A 
l'âge  de  vingt  ans,  elle  succéda  à  son  père,  et,  quelque 
temps  après,  arriva  dans  son  royaume  le  roi  d'Athènes 
Démophoon,  revenant  de  la  guerre  de  Troie,  c'est-à-dire 
de  l'un  des  plus  grands  actes  de  piraterie  que  l'histoire 
nous  ait  conservés,  et  que  la  poésie  ait  immortalisés. 

A  toutes  les  époques  de  l'humanité,  le  guerrier  fut  le 
chéri  des  dames  ;  chez  les  Dieux  mêmes,  dans  cet  Olympe 
que  les  Titans  faillirent  prendre  d'assaut,  les  intrigues 
de  Vénus  et  de  Mars  firent  le  scandale  que  l'on  sait. 
Phyllis  aima  donc  le  fier  Démophoon,  et  l'autorisa  promp- 
tement à  lui  adresser  ses  derniers  hommages  ;  mais  bien- 
tôt celui-ci,  lassatus  et  satiatus,  à  l'encoiitro  de  l'impériale 
femme  de  Claude  (rien  d'A.  Dumas),  quitta  son  amante 
désespérée  pour  retourner  à  Athènes,  tout  en  lui  jurant 


148 


LE     NATURALISTE 


sur  ce  qu'il  av:iit  de  plus  sacré,  de  revenir  auprès  d'elle 
dans  le  délai  d'un  mois.  Les  mois  s'écoulèrent,  tristes  et 
monotones,  et  la  jeune  reine,  ne  pouvant  survivre  à  la 
banale  interruption  de  son  roman,  se  jeta  dans  la  mer 
près  du  cap  Pangée,  à  l'endroit  où  fut  plus  tard  bâtie  la 
ville  d'Amphipolis. 

Les  dieux,  qui  se  connaissaient  en  amour  et  passaient 
d'ailleurs  leur  temps  à  tromper  les  Grecques  séduisantes, 
furent  émus  de  pitié  devant  le  trépas  prématuré  de  cette 
amante  inconsolable,  et  ils  la  transformèrent  en  aman- 
dier. 

Pourquoi  en  amandier?...  Etait-ce  un  divin  madrigal, 
une  discrète  allusion  à  la  forme  de  ses  beaux  yeux'?... 
Mvstère. 


(A  suivre.) 


E.   N.    S.\NTINI    DE    RiOLS. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  M.Messonnier,  97,  rue  de  Belfort,  à  Bordeaux,  offre 
des  iossiles  de  la  craie  de  la  Dordogne  (étage  sénonien) 
en  échange  de  fossiles  d'autres  provenances. 

—  A  vendre  les  lots  ci-après.  S'adresser  :  à  «  Les  Fils 
D'Emile  Deyrolle,  46,  rue  du  Bac,  Paris  ». 

1  lot  de  28  espèces  de  Trox  européens  et  exotiques, 
38  exemplaires  dans  un  carton.  Bonnes  espèces. 
Prix  :   10  francs. 

1  lot  de  Melolonthidos  exotiques  59  espèces,  78  exem- 
plaires. Ce  lot  renferme  les  genres  Dicrania  à  Pachy- 
dema  inclus.  Prix  :  d6  francs. 

1  lot  de  Chrysomélides  français  d'environ  300  es- 
pèces, 400  exemplaires.  Grand  nombre  de  bonnes  es- 
pèces. Excellente  occasion.  Prix  :  80  francs. 

Lot  de  110  fossiles  des  terrains  primaires  (cambrien, 
silurien,  dévonien,  carbonifère)  parfaitement  étiquetés 
et  déterminés.  Prix  :  40  francs. 

Collection  de  75  coquilles  comestibles  de  France  avec 
leurs  noms  vulgaires  et  scientifiques.  Prix:  25  francs. 

Lot  de  53  espèces  de  Lépidoptères  en  partie  nom- 
més de  la  Guyane.  Prix  :  20  francs. 

Lot  de  32  espèces  de  Lépidoptères  nocturnes  tous 
nommés  do  l'Equateur.  Prix  :  10  francs. 

Lot    de    180    espèces    de    Coléoptères   exotiques,  en 
grande  partie  nommés  représentés  par  240  exemplaires 
contenus  dans  4  cartons  vitrés  grand  format. 
Prix  :   40  francs. 

1  lot  de  coquilles  marines  et  terrestres  de  Cuba, 
plus  de  47 espèces,  environ  80  exemplaires.  Prix  45  francs 

i  lot  de  coquilles  du  genre  Trochidœ,  contenant 
Pharianella,  Turbo,  Astralium,  Pachypoma,  Rotella, 
Polydonta  etc.  88  espèces  différentes  et  environ  193  exem- 
plaires. Prix  :  55  francs. 

Lot  de  fossiles  du  dévonien  de  la  Sarthe  et  de  la 
Mayenne  120  espèces.  Quelques-uns  représentés  par  plu- 
sieurs exemplaires.  Prix  :  40  francs. 

Un  très  beau  lot  de  Coléoptères  européens  comprenant 
121  espèces,  236  exemplaires  renfermés  dans  2  cartons. 


Parmi  le  grand  nombre  de  bonnes  espèces  que  ren- 
ferme ce  lot,  nous  pouvons  citer  les  suivantes  : 

Cicindela  paludosa,  Aeinopus  picipes,  Cortica  Man- 
neirheimi,  Acmœsdesira  lanuginosa,  Clivina  ypsilon, 
Scaritesplanus,  Trechus  Simoni,Lœmosthenes  oblongus, 
Abax  contractus,  Amara  Spreta,  Dichirotrichus  ruti- 
thorax,  Chlœius  chrysocephalus,  Brachinus  humeralis, 
Ochodœus  chrysomelinus,  Geotrupes  ehloropbanus,  Rhi- 
zotrogus  Falleni;  Melolontha  discicollis,  albida,  lugu- 
bris;  Chrysobothrys  Solieri,  Aromia  ambrosiaca,  Anoxia 
matutinalis,  etc. 

Toutes  les  bonnes  espèces  sont  représentées  par  deux 
exemplaires.  Prix  :  75  francs. 

—  M.  Stanislas  Meunier,  professeur  au  Muséum  d'his- 
toire naturelle,  fera  une  excusion  géologique  publique  le 
dimanche  ÎO  juin,  dans  les  gisements  de  fossiles  du  Parc 
de  Grignon,où  des  excavations  ont  été  ouvertes  spéciale- 
ment ])0ur  la  circonstance. 

Il  suffit,  pour  prendre  part  à  l'excursion,  de  se  trouver 
au  rendez-vous  gare  Montparnasse,  où  l'on  prendra  à 
7  heures  précises  le  train  pour  Plaisir-Griguon.  Pour 
profiter  de  la  réduction  de  40  p.  100  accordée  par  le 
chemin  de  fer,  il  est  indispensable  de  verser  le  montant 
de  la  place  au  Laboratoire  de  Géologie,  61,  rue  de  Buffon, 
avant  samedi  à  4  heures. 

—  M.  Doumergue,  22,  boulevard  Sébastopol,  à  Oran 
(Algérie)  va  continuer  pendant  deux  mois  l'étude  bota- 
nique de  l'Extrême  sud  oranais.  —  Il  offre  en  échange 
des  spécimens  de  zoologie  de  sa  région. 

—  M.  G.  D...,  à  Lyon.  —  Le  précis  d'anatomie  com- 
parée et  de  dissections,  par  A.  Gruvel,  comporte  bien 
294  figures  dans  le  texte.  Toutes  ces  ligures  ont  été  faites 
par  l'auteur  (1  vol.,  prix:  3  fr.  75,  franco). 

—  M.  P.  R...,  n°  4.317.  —  Le  4=  volume  de  la  flore  de 
MM.  Rouy  et  Foucault  ne  tardera  pas  à  paraître.  3  vo- 
lumes sont  parus  déjà.  Prix  de  chaque  volumes,  6  francs. 


VIENT   DE    PARAITRE 


r^FtEOIS 


ET    DE 


LISSECTIOUS 

PAR 

A.  GRUVEL 

Docteur  ùs  sciences 
1  VOL .  AVEC    294  FIGURES 

Prix  3  fr.  50,  Franco  3  fr.  T5 
LES  FILS  D'EMILE  DEYROLLE,  ÉDITEURS 

-46,   rue  du   Bac,  Paris. 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 


Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  17. 


19»  ANNÉE 


2»  Sérik  —    IV"  «^S 


1"  JUILLET  1897 


LA  CAPTÏÏEE   DES    &LACIEES 


Los  glaciers  ont  laissé  sur  le  sol  ([ii'ils  oui  recouverl 
lies  traces  très  spéciales  et  qui  depuis  longtemps  ont  fixé 
l'attention  des  observateurs.  Les  régions   pourvues  du 


F.  1.  —  Coupe  schématique  du  lignite  L  de  Wetzikon  pincé  entre  deux 
formations  moranites,  m  et  M. 


caractère  glaciaire  sont  si  nombreuses  et  si  étendues  que 
iieaucoup  de  personnes  en  sont  arrivées  à  conclure  qu'à 
une  époque  géologique  relativement  peu  ancienne,  la 
[ilus  grande  partie  de  la  surface  des  continents  a  été  re- 
couverte d'un  manteau  glacé  plus  ou  moins  comparable 
à  l'écorce  de  glace  qui  recouvre  actuellement  le  Groen- 
land. 

Cette  conception  d'une  «  pé- 
riode glaciaire  »,  quelque  logique- 
ment conclue  de  l'observation 
qu'elle  puisse  paraître,  présente 
avant  tout  ce  caractère  singulier 
de  venir  rompre  la  série  si  conti- 
nue, sans  cela,  des  phénomènes 
évolutifs  qui  ont  laissé  leur  em- 
preinte dans  la  substance  même 
du  globe. Et  s'il  n'y  a  pas,  dans  cette 
remarque,  un  motif  suffisant  pour 
repousser  la  théorie  d'un  «  âge  de 
glace  »,  elle  est  cependant  de  na- 
ture à  faire  réfléchir;  c'est-à-dire 
à  faire  e.viger  des  preuves  irrécu- 
sables des  assertions  avancées. 


Carte  montrant  la  situation  relative  du  glacier  du  Brouillard  et  du  glacier  du  Frcsnay 
sur  le  flanc  du  Mont  Blanc  de  Cormayeur. 


Le  Naluralisle,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


laO 


LE     NATURALISTE 


En  oH'ct,  dejmit;  les  temps  lointains  où  la  vie  a  fait  son 
apparition  sur  le  globe  jusqu'à  la  période  présente,  les 
conditions  de  la  surface  se  sont  manifestement  modifiées 
d'une  manière  tout  à  fait  progressive.  Par  suite  d'un  con- 
flit véritable  entre  la  cbaleur  propre  des  profonileurs 
terrestres  et  la  cbaleur  émanant  du  soleil, —  conflit  terminé 
par  la  prééminence  définitive  de  cette  dernière  —  la  sur- 
face de  la  terre,  d'abord  pourvue  d'une  température  uni- 
forme, a  vu  se  dessiner,  puis  s'accentuer  les  climats.  En 
chaque  latitude,  ces  climats  sont  devenus  peu  à  peu  de 
moins  en  moins  chauds,  et, par  exemple  dans  le  nord  de 
la  France,  le  climat  de  la  craie  supérieure  a  été  plus 
chaud  que  le  climat  éocène,  celui-ci  plus  chaud  que  le 
climat  miocène,  et  le  climat  pliocène  encore  comparable 
à  celui  qui  régne  aujourd'hui  dans  les  régions  tropicales. 


F.  3.  — Carte  du  3!acier  des  Bossons,  dans  la  vallée  de  Chamonix. 

était  plus  modéré  que  le  précédent.  C'est  à  sa  suite, et  ve- 
nant rompre  la  chaîne  qui  l'unit  à  la  météorologie  ac- 
tuelle que  les  temps  quaternaires  auraient  favorisé  le 
développement  général  des  glaciers. 

Malgré  l'acquiescement  de  beaucoup  de  géologues  à  ce 
point  de  vue,  il  faut  rappeler  que  la  période  quaternaire 
manifeste  en  beaucoup  de  lieux  une  climature  plus 
Ehaude  que  celle  qui  y  règne  aujourd'hui:  les  figuiers  de 
Moret  en  seraient  un  exemple  suffisant.  D'où  la  conclu- 
sion que  le  problème  n'a  peut-être  pas  été  étudié  de  la 
bonne  manière. 

Il  faut  remarquer,  en  effet,  que,  par  une  tournure  qui 
parait  naturelle  à  notre  esprit,  on  s'est  laissé  aller  dans  une 
foule  de  cas, à  généraliser  des  observations  d'ailleurs  bien 


faites,  mais  qui  ne  concernaient  que  des  localités  res- 
treintes.On  a  vu  des  traces  glaciaires  en  différents  points 
et  on  s'est  plu  à  y  voir  le  témoignage  de  phénomènes 
concomitants,  quand  il  est  possible  (et  plus  que  possible) 
qu'il  s'agisse  en  réalité  de  manifestations  successives. 
On  a  vu,  dans  certains  glaciers, des  traces  do  vicissitudes 
dans  les  dimensions,  allongements  alternant  avec  des 
raccourcissements,  et  l'on  s'est  plu  à  y  voir  des  preuves 
de  vicissitudes  générales  dans  les  causes  mêmes  du  re- 
froidissement et  du  réchauffement  delà  terre,  alors  qu'il 
se  pourrait  bien  que  les  alternatives  de  chaque  glacier 
n'eussent  rien  à  voir  aux  changements  successifs  de 
glaciers  plus  ou  moins  éloignés  et  ne  dépendissent  que  de 
causes  locales. 

Ce  dernier  sujet  paraîtra  l'un  des  plus  importants  à 
traiter  à  cause  de  la  précision  au  moins  relative  dont  il 
est  capable,  et  je  demande  à  y  arrêter  un  moment  l'at- 
tention de  nos  lecteurs.  On  acceptera  peut-être  même 
d'autant  plus  volontiers  quelques  détails  à  cet  égard  que 
le  phénomène  que  je  signale  et  que  j'ai  découvert  il  y  a 
déjà  quelque  temps  rentre  dans  une  catégorie  de  préoc- 
cupations qui,  à  propos  des  rivières,  a  eu  la  chance  de 
provoquer  l'intérêt  du  public. 

Si  l'on  compare  les  principales  descriptions  de  pays 
glaciaires  par  les  géologues  les  plus  distingués,  on  verra 
qu'en  des  localités  très  différentes  les  choses  se  passent 
comme  si  la  cause  d'où  dérivent  les  fleuves  glacés  après 
s'être  atténuée  avait  subi  des  renforcements  plus  ou 
moins  nombreux  et  plus  ou  moins  considérables.  Pour 
citer  un  exemple  tout  à  fait  classique,  on  peut  rappeler 
ce  que  présentent  les  environs  de  Zurich  sur  la  rive  nord 
du  lac  et  spécialement  Wetzikon,  Durntein,  ou  Utznach. 
Dans  ces  localités  et  conformément  au  schéma  reproduit 
dans  la  figure  1  jointe  à  cet  article, on  voit  une  formation 
ligniteuse  L  associée  à  des  argiles  intercalées  entre  deux 
moraines  m  et  M  parfaitement  caractérisée.  Le  tout  est 
porté  sur  un  fond  rocheux  R  dont  la  surface  présente 
tous  les  détails  de  l'érosion  glaciaire. 

En  présence  d'une  pareille  coupe  on  est  bien  évidem- 
ment autorisé  à  proclamer  qu'un  glacier,  après  avoir  dé- 
posé la  moraine  m,  s'est  retiré  (sans  doute  en  conséquence 
d'un  adoucissement  météorologique)  et  que,  sur  le  terri- 
toire qu'il  aiiandonnail  ainsi,  la  végétation  s'est  établie 
et  peut-être  un  étang  nourrissant  des  êtres  variés.  C'est 
l'ensemble  des  vestiges  datant  de  cette  période  relative- 
ment clémente  qui  constitue  la  couche  L  où  les  arbres 
se  sont  lignitifiés  et  les  mollusques  d'eau  douce  plus  ou 
moins  fossilisés.  Mais  la  moraine  M  superposée  à  cet 
ensemble  jirouve  que  le  glacier  a  repris  les  dimensions 
qu'il  avait  précédemment  perdues;  il  est  monté  ])ar- 
dessus  la  zone  envahie  par  les  arbres,  il  a  recouvert 
l'étang  et  le  tout  a  été  saupoudré  des  matériaux  de  sa 
moraine. 

Tout  cela  est  incontestable;  mais  la  question  est  de  savoir 
s'il  est  licite  d'attribuer  le  retour  glaciaire  à  une  reproduc- 
tion des  conditions  météorologiques  du  début.  Si  on  trouve 
deux  ou  plusieurs  intercalations  de  lignites,  comme  cela 
se  montre  en  plusieurs  points,  faudra-t-il  répéter  la  même 
hypothèse'?  Bien  plus,  aura-t-on  le  droit  de  poser  le  fait 
que  des  glaciers  à  moraine  double,  avec  lignite  inter- 
calé, ont  subi  leur  raccourcissement  et  leur  allongement 
en  même  temps  les  uns  que  les  autres'? 

L'observation  des  faits  actuellement  en  cours  se  charge 
de  nous  procurer  la  réponse  demandée  et  celle-ci  est 


LE     NATURALISTE 


151 


bien  différente  de  celle  qu'on  a   généralement  acceptée. 

Les  glaciers  en  effet,  et  quoi  qu'on  aient  dit  des  f;éolo- 
gues  à  la  vue  courte,  ont  une  histoire  <|ui  est  calquée  de 
tous  points  sur  celle  des  cours  d'eau.  Non  seulement  ils 
se  déplacent  comme  ceux-ci,  avec  une  distribution  sem- 
idable  de  vitesses  relatives;  non  seulement  ils  transpor- 
tent des  matériaux  de  tous  genres  et  les  déposent  comme 
les  rivières  font  les  leurs;  mais  ils  déterminent  à  la  sur- 
l'ace  du  sol,  directement  ou  médiatement,  suivant  les  cas, 
des  phénomènes  do  di'uudatiou  ijui  luodilieut  continuel- 
lement le  relief  du  sol. 

A  l'élargissement  et  à  l'approfondissenieut  de  leurs 
vallées,  il  faut  joindre  comme  elVet  mécaniiiue  i|u'ils  dé- 
lorminent/a  régression  dcleur  iafsin  supérieur  de  tout  point 


comparable  à  la  régression  des  sources  des  torrents  et 
des  rivières.  Seulement,  à  cause  de  l'état  solide  de  la 
glace  et  de  sa  fusion  à  des  niveaux  déterminés,  cette  ré- 
gression a  chez  les  glaciers  cette  conséquence  qu'elle  ne 
présente  pas  pour  le  cours  liquide  d'intéresser  à  la  fois 
la  terminaison  inférieure  qui  recule  en  même  temps 
que  la  source,  sans  que  le  glacier  change  de  longueur 
totale  au  moins  tant  que  son  alimentation  n'est  pas 
diminuée. 

.l'ai  insisté  sur  ce  point  il  y  a  déjà  plusieurs  années 
dans  le  Naturaliste,  et  je  ne  reviens  pas  sur  les  détails  du 
phénomène.  Mais  il  importe  d'ajouter  que  cette  régres- 
sion no  peut  pas  se  faire  indéliniment  sans  que,  de  temps 
en  temps,  la  créto  rocheuse  de  partage  entre  deux  glaciers 


M. 


M 


jV'3 


--,i>?;9s^fi^^i^i^^^!V^^'^^^s:s:^^ 


Fig.  1.  —  Fi<»ure  tliéoriiiue  montrant  les  phases  de  la  capture 

de  W 

mitoyens  ne  soit  attaquée  et  rompue.  Voici  deux  figures 
ijui  paraissent  intéressantes  à.  cet  égard  et  à  côté  des- 
([uelles  on  pourrait  en  mettre  d'autres  en  nombre  infini 
empruntées  à  toutes  les  régions  glaciaires.  La  première 
concerne  deux  glaciers  descendant  du  Mont  Blanc  de 
(Jormayeur  dans  la  [vallée  de  la  Doire  :  le  glacier  de 
Fresnay  et  1(!  glacier  du  Brouillard.  On  voit  l'étroite 
crête  longitudinale  qui  les  sépare  et  qui  ne  saurait  durer 
toujours,  alimentant  comme  elle  fait  de  blocs  de  toutes 
tailles  les  moraines  qui  s'en  vont  au  fil  des  deux  fleuves 
solides.  l,a  seconde  figure  reproduit  la  forme  du  glacier 
des  Bossons  et  de  son  compagnon  le  glacier  de  Taconnaz. 


des  glaciers,  expliquant  la  disposition  représentée  dans  la  coupe 
clzikon. 

C'est  la  répétition  de  la  première,  avec  des  pentes  plus 
accentuées  et  le  phénomène  déjà  fortement  commencé. 

Au  moment  de  la  rupture  de  la  cloison  rocheuse  mi- 
toyenne et  dans  le  cas  oii  les  pentes  des  deux  glaciers 
seront  suffisamment  différentes,  il  se  fera  pour  la  glace 
une  capture  toute  pareille  à  celle  qui  se  fait  pour  l'eau 
liquide  dans  les  torrents  et  dans  les  rivières.  De  la  glace 
s'engage  en  surplus  dans  une  vallée  où  elle  ne  pou- 
vait pénétrer  et,  comme  compensation,  uue  vallée  oti  se 
trouvait  un  glacier  d'un  volume  donné,  est  subitement 
privée  d'une  partie  de  sa  glace. 

Or,  la  coupe  de  notre  figure  1,  si  singulièrement  in- 


152 


LE     NATURALISTE 


terprétée  jusqu'ici,  reçoit  de  ce  phénomène  de  capture 
une  explication  tout  a  fait  complète.  La  moraine  M  vient 
d'un  glacier  qui,  en  conséquence  même  de  la  physiologie 
glaciaire,?!,  régressé  peu  à  peu  (voyez  la  figure  4);  devant 
lui  les  végétations  se  sont  produites;  mais,  kun  certain 
moment  le  phénomène  de  la  capture  a  eu  lieu,  un 
nouvel  afQux  de  glace  s'est  produit  et  la  seconde  exten- 
sion glaciaire  en  est  la  conséquence. 

Je  suis  convaincu  qu'une  foule  de  variations  dos  gla- 
ciers, comme  celui  des  Bossons,  par  exemple,  en  amontré 
dans  ces  derniers  temps,  proviennent  pour  une  bonne 
part  de  captures  tantôt  au  profit,  tantôt  au  détriment  des 
glaciers  considérés. 

Dans  tous  les  cas  il  faut  remarquer  que  la  seconde 
extension  glaciaire  constatée  ]iar  les  coupes  dos  environs 
de  Zurich,  quoique  correspondant  dans  le  point  considéré 
à  une  augmentation  de  glace,  est  cependant  consécutive 
à  la  diminution  progressive  du  phénomène  glaciaire 
dans  la  région  considérée. 

Stanislas  Meunier. 


lOTES  SïïR  L'APPAREIL  YOCAL 

DU  Coucou  [Cuculus  Canorus,  L.)  — 

Métis  pe  la  'I'oubterelle  vulgaire  {Tiirtiir  Aurilus,  Say.) 

ET  DE  LA  Tourterelle  a  collier   [Columha  risoria,  L.)  — 

Colombe  Bisst  {Columba  Livia,  Briss.)  — 

CoLO.MBE  Colo.mbin  {Columba  Œnas,  L.)  — 

Colombe  P\.mi!ek  [Columba  Palinnbus,  L.) 


Quand  vient  l'époque  de  la  reproduction,  il  s'opère 
dans  tout  l'organisme  des  oiseaux  des  phénomènes  très 
remarquables,  aussi  bien  dans  les  parties  externes  que 
dans  les  parties  internes;  c'est  au  point  que,  chez  cer- 
taines espèces,  les  sujets  en  plumage  de  printemps  ne 
ressemblent  en  rien  à  ce  qu'ils  étaient  quehjue  temps 
auparavant. 

Ces  changements  extérieurs  ont  naturellement  été  les 
mieux  observés,  et  cependant  ils  sont  devenus  parfois  la 
cause  de  bien  des  erreurs.  Les  organes  internes  subissent 
de  non  moindres  modifications  dont  les  plus  importantes 
sont  bien  connues,  mais  il  en  est  encore  qui  ont  échappé 
à  l'observation. 

Une  des  manifestations  les  plus  frappantes  de  ces 
phénomènes,  est  le  changement  qui  s'opère  dans  la  voix 
des  oiseaux  dès  les  premiers  beaux  jours.  Parmi  les 
chanteurs  des  champs  et  des  bois,  comme  les  appelle 
Champfleury,  il  en  est  un  dont  l'organe  a  fixé  l'attention 
de  tout  le  monde,  c'est  le  coucou.  Son  chant  est  devenu 
légendaire  :  chacun  l'imite  ou  cherche  à  l'imiter  et  l'in- 
terprète de  diverses  façons  ;  les  horloges  suisses  nous  en 
répètent  le  monotone  accent,  jour  et  nuit,  aux  heures  et 
aux  demies;  enfin  le  chant  du  coucou,  dans  toute  sa  sim- 
plicité musicale,  a  toujours  su  captiver  l'inte'rèt  de  ses 
auditeurs.  C'est  qu'en  effet  il  possède  quelque  chose  de 
particulier,  une  sonorité,  une  étendue  surprenantes,  et 
l'on  se  demande  à  quelle  organisation  singulière  il  faut 
l'attribuer. 

C'est  à  la  puissance  de  tout  l'ensemble  de  son  appareil 
respiratoire  qu'il  doit  la  faculté  de  prolonger  pour  ainsi 
dire  indéfiniment  son  chant  d'une  étendue  étonnante. 
Tous  les  os  de  son  squelette  sont  pneumatiques  (à  l'ex- 
ception des  fémurs.) 

Des  sacs  aériens  spacieux  lui  permettent  d'accumuler 


et  de  renouveler  sans  cesse  à  l'intérieur  du  corps  une 
grande  quantité  d'air,  et  ces  organes,  agissant  comme  le 
soufflet  d'un  orgue  ou  le  sac  d'une  cornemuse,  lui  four- 
nissent l'élément  nécessaire  à  la  production  du  son  dont 
l'ampleur  nous  surprend.  L'air  poussé  de  ses  réservoirs 
aériens  vers  la  trachée,  qui  joue  le  rôle  d'une  flûte  ou 
d'un  tuyau  d'orgue,  passe  d'abord  par  le  larynx  inférieur 
qui  donne  la  note  du  chant  ;  cet  organe  n'a  qu'un  muscle 
moteur,  le  chant  du  coucou  ne  se  compose  donc  que 
d'une  note,  mais  il  peut  la  répéter  plus  ou  moins  vite, 
avec  plus  ou  moins  de  force  et  sur  divers  tons,  grâce  au 
jeu  d'autres  parties  de  son  appareil  vocal. 

En  effet,  la  trachée,  arrivée  à  la  hauteur  des  clavicules, 
est  d'abord  intimimement  liée  par  un  ligament  muscu- 
laire à  la  peau  du  cou,  puis  ensuite  par  une  fine  mem- 
brane, jusqu'à  son  orifice  ou  larynx  supérieur.  Elle  se 
trouve  ainsi  comprise  entre  la  peau  du  cou  et  l'œsophage 
que  l'oiseau  peut  gonfler  et  dégonfler  à  volonté  comme 
la  peau  de  bouc  d'un  biniou.  Les  vibrations  de  l'air  dans 
la  trachée,  produites  par  la  note  donnée  par  le  larynx 
inférieur,  vient  résonner  sur  ce  sac  aérien  comme  sur  un 
tambour;  mais  la  peau  du  cou,  d'abord  revêtue  deplu'mes 
à  l'extérieur  et  tapissée  à  l'intérieur  par  une  matière 
toute  particulière,  vient  amortir  l'acuité  du  son  et  lui 
donner  le  ton  d'une  douceur  étrange  et  si  remarquable. 

Cette  cavité  sonore,  le  coucou  ne  la  possède  que  pen- 
dant la  saison  où  il  chante,  c'est  seulement  alors  que  la 
peau  du  cou  possède  cette  faculté  de  dilatation  extraor- 
dinaire et  qu'elle  est  garnie  de  cette  tunique  acoustique, 
qui  jusqu'ici  a  été  confondue  avec  la  graisse  qui  garnit  les 
autres  parties  de  la  peau. 

Cependant  elle  en  difl'ère  beaucoup  et,  par  sa  nature, 
elle  se  rapproche  plutôt  des  tissus  qui  garnissent  le  des- 
sous de  la  peau  du  ventre  et  de  la  poitrine  des  femelles 
à  l'époque  où  elles  se  livrent  aux  soins  de  l'incubation  ; 
d'un  jaune  citron,  elle  est  visqueuse  à  sa  surface  en  con- 
tact avec  l'œsophage  pour  faciliter  les  mouvements  pro- 
duits par  le  gonflement  et  le  dégonflement  alternatif  de 
la  cavité  sonore. 

Cette  tunique  (ou  tissus  acoustiques)  s'observe  même  chez 
les  sujets  d'une  maigreur  légendaire;  son  étendue  et  son 
épaisseur  sont  moindres  chez  les  jeunes  d'un  an  ou  deux 
que  chez  les  sujets  plus  âgés;  il  en  est  de  même  de  la 
dilatation  de  la  peau  du  cou,  qui  n'est  pas  aussi  consi- 
dérable chez  les  jeunes  que  chez  les  vieux;  aussi  le 
chant  des  jeunes  coucous  ne  possède-t-il  ni  l'ampleur, 
ni  la  sonorité,  ni  la  netteté  de  celui  des  vieux,  l'étendue 
et  le  timbre  de  la  voix  de  l'oiseau  dépendent  donc  du  plus 
ou  moins  de  développement  de  ces  jiarties  de  son  appa- 
reil vocal  que  seul  le  mâle  possède  momentanément. 

Chez  les  pigeons  et  les  tourterelles,  la  peau  du  cou  et 
l'œsophage  se  dilatent  comme  chez  le  coucou  pour  for- 
mer une  cavité  sonore  dont  les  vibrations  produisent  le 
roucoulement.  La  peau  du  cou  est  également  tapissée 
d'une  couche  de  tissus  acoustiques,  matière  molle  et  vis- 
queuse à  sa  surface  en  contact  avec  l'œsophage,  mais 
dont  la  coloration  diffère  ;  au  lieu  d'être  d'un  jaune 
citron,  comme  chez  le  coucou,  ces  tissus  sont  d'un  violet 
rougeàtre  et  d'une  teinte  plus  foncée  sur  la  partie  de  la 
peau  correspondant  au  collier  de  plumes  qui  orne  le  cou 
—  l'épaisseur  de  ces  tissus  est  beaucoup  moindre  chez 
les  pigeons  et  les  tourterelles  que  chez  le  coucou.  La 
huppe  présente  aussi,  mais  à  un  bien  moindre  degré 
une  dilatation  delà  peau  du  cou  qui  à  l'époque  où  l'animal 
chante  est  garnie  d'une  mince  couche  de  tissus  acous- 


LE     NATURALISTE 


133 


/iV/Hcs  d'une  teinte  vineuse  plus  ou  moins  foncée  selon 
l'âge  lies  sujets.  En  écoutant  attentivement  le  chant  de 
ces  divers  oiseaux,  on  retrouve  chez  tous  le  même  son, 
le  même  timbre  de  voix,  et  cette  similitude  est  due  cer- 
tainement à  la  résonance  de  la  cavité  sonore  adoucie 
sous  l'influence  des  tissus  acoustiques,  particularités  de 
leur  aijpart'il  vocal  qui  leur  sont  communes. 

Tous  ces  oiseaux  font  aussi  entendre,  à  certains  mo- 
ments, une  sorte  de  cri  sourd,  de  hoquet,  qui  présente 
le  même  caractère  et  pour  le  même  motif,  comme  nous 
venons  de  le  dire,  c'est-à-dire  à  cause  de  la  similitude  de 
certaines  parties  de  leur  appareil  vocal  que  nous  avons 
signalées. 

Pendant  plusieurs  années  j'ai  obtenu  des  métis  de  la 
tourterelle  à  collier  et  de  la  tourterelle  vulgaire.  Le 
couple  qui  m'a  donné  ces  produits  était  formé  par  un 
mâle  C.  Risoria  et  une  femelle  C.  Auritus  en  liberté 
dans  uiH?  volière  placée  en  plein  air  sur  une  pelouse.  Au 
milieu  de  la  volière  se  trouvait  un  arbre  vert  sur  lequel 
elles  nichaient  deux  et  même  trois  fois  dans  la  saison  de 
la  reproduction.  Les  œufs  ne  présentaient  rien  de  parti- 
culier, mais  le  plumage  des  jeunes  offrait  les  variétés 
suivantes  :  à  la  première  et  à  la  troisième  couvée  de 
l'année,  il  se  trouvait  toujours  un  sujet  absolument  blanc 
et  l'autre  à  plumage  foncé  ;  à  la  seconde  couvée,  les 
deux  jeunes  étaient  toujours  à  plumage  foncé  et  présen- 
taient presque  les  mêmes  dispositions  de  coloration  dans 
leur  plumage. 

Les  sujets  à  plumage  blanc,  provenant  de  plusieurs 
couvées,  avaient  tous  les  pattes  roses,  le  bec  d'un  blanc 
rosé  et  l'iris  rougeàtre  :  c'étaient  des  femelles.  Ces  sujets 
à  plumage  foncé  rappelaient  beaucoup  leur  mère  C.  Au- 
ritus dans  les  dispositions  et  la  coloration  de  leur  livrée; 
la  tête,  le  cou  et  tout  le  dessous  du  corps  ainsi  que  la 
queue  avaient  la  même  teinte,  les  mômes  taches,  etc.; 
quant  au  dessus  du  corps,  c'était  un  mélange  des  teintes 
ilu  plumage  du  père  et  de  la  mère  d'un  fauve  foncé  plus 
ou  moins  marqué  de  taches  de  diverses  nuances,  n'offrant 
jamais  exactement  les  teintes  et  les  dispositions  du  plu- 
mage de  leurs  parents;  les  pattes  étaient  d'un  rose  vio- 
lacé, le  bec  d'un  brun  livide,  l'iris  d'un  rouge  presque 
cerise,  les  sujets  à  plumage  foncé  étaient  presque  tous 
des  mâles.  Tous  ces  métis  sont  d'un  caractère  farouche, 
surtout  les  sujets  à  plumage  foncé;  ceux  à  plumage 
blanc  sont  plus  familiers;  en  somme,  la  nature  de  la 
mère  C.  Auritus  directement  issue  de  parents  à  l'état 
sauvage,  prédomine  sur  toute  la  lignée,  le  mâle  C.  Ri- 
soria est  d'un  naturel  très  familier. 

Jusqu'à  présent,  je  n'ai  obtenu  aucun  produit  des 
nombreux  coujdes  de  métis  C.  Auritus  et  C.  Risoria; 
pourtant  M.  Gerbe  avance  que  le  fait  se  produit  parfois; 
j'ai  essayé  d'isoler  plusieurs  couples,  mais  toujours  avec 
le  même  insuccès.  Le  chant  de  ces  métis  est  fort  singu- 
lier, il  se  compose  de  passages  qui  ont  tantôt  les  notes 
du  chant  de  C.  Risoria,  tantôt  les  notes  de  C.  Auri- 
tus, mais  nullement  le  ton  du  chant  de  ces  deux  espèces  ; 
le  ton  de  leur  chant  est  sourd,  de  très  peu  d'étendue,  et 
rappelle  beaucou|)  celui  du  ramier,  C.  Palumbus. 

Comme  je  l'ai  déjà  dit,  le  couple  C.  Auritus  et  C.  Ri- 
soria, ainsi  que  leurs  métis,  sont  en  liberté  dans  une 
vaste  volière  située  sur  une  pelouse  dans  un  parc  et  ces 
oiseaux  sont  exposés  à  tous  les  temps.  Ils  ont  supporté 
l'hiver  1804-1893  si  rigoureux  en  Bretagne,  péniblement 
il  est  vrai,  et  l'épreuve  était  d'autant  plus  dure  que  c'est 
en  hiver  que  C.  .Vuritus  opère  sa  mue,  détail  à  noter  pour 


cette  espèce  qui  émigré  et  doit  opérer  son  (■hangement 
de  plumage  dans  les  pays  chauds. 

Dans  le  courant  de  janvier  1890,  une  petite  troupe  de 
pigeons  bisets  (C.  Livia)  était  venue  s'établir  momenta- 
nément dans  la  forêt  de  la  Ilunandaye  (Côtes-du-Nord), 
chaque  soir  en  revenant  de  chasser  la  bécasse,  je  faisais 
lever  ces  pigeons  qui  venaient  coucher  sur  une  rangée 
de  sajuns  isolée  au  milieu  des  landes  de  la  forêt  ;  je  pus 
en  abattre  quelques-uns,  au  clair  de  la  lune,  car  dans  le 
jour  ils  étaient  inabordables.  Parmi  les  sujets  que  j'ai 
examinés,  les  uns  appartenaient  à  la  race  ou  espèce  à 
croupion  gris-bleu  C.  Saxatilis,  Briss.  ou  à  C.  Turricola 
de  Ch.  Bonaparte,  et  c'était  le  plus  grand  nombre  ;  les 
autres  avaient  le  croupion  blanc  ou  d'un  gris  bleu  très 
pâle.  Les  bisets,  qui  autrefois  étaient  assez  nombreux  et 
communs  en  Bretagne,  y  deviennent  de  plus  en  plus 
rares,  du  moins  dans  le  département  des  Cotes-du-Nord. 
Il  en  est  de  même  du  colonibin  C.  O'Inas,  qui  se  montre 
encore  parfois  en  troupes  assez  nombreuses  et  de  com- 
pagnie avec  les  ramiers. 

Les  ramiers,  C.  Palumbus,  arrivent  quelquefois  l'hiver 
en  troupes  très  considérables,  et,  pendant  l'hiver  1894- 
I89S,  j'ai  assisté,  dans  la  forêt  de  la  Ilunandaye,  au  cou- 
cher d'une  bande  extraordinairement  nombreuse.  C'était 
à  la  tombée  de  la  nuit  vers  cinq  heures  un  quart  du 
soir  :  j'entendis  tout  à  coup  un  bruit  formidable,  comme 
celui  qui  se  produirait  par  un  écroulement  ou  un  trem- 
blement de  terre,  je  crus  même  un  instant  au  déraille- 
ment du  train  qui  traversait  à  ce  moment  la  forêt,  c'était 
une  bande  de  ramiers  qui  s'abattait  sur  le;-,  arbres,  dans 
les  taillis,  partout  enfin,  et  occupait  un  espace  de  cinq  à 
six  cents  hectares.  Le  lendemain  tous  avaient  disparu, 
mais  le  sol  était  couvert  des  plumes  que  ces  oiseaux  y 
avaient  laissées  tomber  en  se  débattant  dans  les  branches 
sur  lesquelles  ils  avaient  peine  à  trouver  une  place  pour 
se  coucher,  tant  ils  étaient  nombreux  !  Aux  environs  de 
Paris,  j'ai  vu  autrefois  des  troupes  de  ramiers,  très 
nombreuses  aussi  et  assez  considérables  pour  faire  trem- 
bler la  terre  au  moment  où  ils  partaient  tous  ensemble  du 
sommet  de  quatre  peupliers  gigantesques  isolés  dans  le 
parc  de  Garges  (Seine-et-Oisc).  Ce  bouquet  d'arbres  sé- 
culaires, dont  l'orage  avait  labouré  l'écorce  et  brûlé  la 
cime  sans  pouvoir  la  détruire,  est  tombé  sous  la  hache 
de  l'ennemi  en  1870.  Il  fut  certainement,  pendant  une 
longue  suite  d'années,  un  point  de  repère,  une  station 
pour  les  oiseaux  de  passage  et  notamment  les  pigeons 
ramiers. 

Allicrt  C'itETTÉ  DE  PALt.UEL. 


Culture  et  fabrication 


LA    CHICORÉE   A   CAFÉ 

Sa  composition,  sa  falsification 
{Suite  et  fin). 


La  racine  de  chicorée  est  aujourd'hui  tellement  re- 
cherchée que  la  France  n'en  produit  plus  assez  pour  sa 
propre  consommation;  elle  doit  avoir  recours  à  la  culture 
étrangère  qui,  en  1894,  a  importé  chez  nous  77.538  kilo- 
grammes de  racines  vertes  et  32.180.000  kilogrammes  de 


134 


LE     NATURALISTE 


racines  sèches  ou  cossettes;  le  tout  représentant  une 
"valeur  de  8.046.000  francs  environ.  C'est  la  Belgique  qui 
prend  la  plus  grande  part  à  ces  importations.  Si  on  se 
place  au  point  de  vue  industriel,  c'est  alors  la  France  qui 
tient  la  tête  ;  sa  production  annuelle  dépasse  en  effet 
35.000.000  de  kilogrammes,  et  plus  de  l.OOOouvriersy  sont 
employés  dans  nos  fabriques.  La  chicorée  française  est 
surtout  exportée  en  Algérie,  en  Suisse,  en  Espagne,  en 
Italie  et  en  Angleterre. 

Malheureusement,  le  commerce  s'est  livré  sur  la  chi- 
corée comme  surtant  d'autres  denrées,  à  toutes  sortes 
de  falsifications  :  il  nous  la  livre  souvent  mélangée  avec 
des  pulpes  de  betteraves,  des  marcs  de  café,  de  la  sciure 
de  bois,  des  glands  de  chênes,  des  tourteaux,  etc.,  qui 
ont  été  torréfiés  et  enduits  de  mélasse.  On  a  même  trouvé 
jusqu'à  des  cendres  de  houille,  du  tan,  de  l'argile  et  de  la 
tourbe  ! 

Heureusement,  les  procédés  chimiques  permettent  de 
discerner  facilement  la  chicorée  de  bonne  qualité,  sa  com- 
position étant  parfaitement  déterminée.  La  teneur  en 
glucose  et  en  matières  minérales  doit  être  particulière- 
ment constante.  Voici  la  composition  de  deux  échantil- 
lons de  chicorée  pure,  déduite  des  analyses  de  M.  Peter- 
mann,  directeur  de  la  station  agronomique  de  Gembloux 
(Belgique). 


EN  SEMOULE 


EN  POUDRE 


iEau(ilOD"  c.) 
Sucre  (glucosej 
Dextrine,  gommes,  etc. 
Matières  albuminoïdes 
—  minérales. . . . 
—      colorantes... 


Matières 
insolubles 


albuminoïdes 
minérales  . . . 

grasses  

cellulose  .... 


16.2sJ 

26.12/ 

9.63 

3.231 

2.S8 

16.40 


.97% 


3.1a 
4.58, 
3.-31>25.76% 
12.32 


lO.OUOi 


16.96) 

23. -yf 

9.31)56.00» 
3.661 
2.531 
n.59,' 


2. 981 

5.87(26.14% 
3.92( 
13.37) 


100.00' 


En  examinant  lapartie  soluble  dans  l'eau,  on  voit  (jue 
la  valeur  nutritive  de  cet  aliment  est  beaucoup  plus  élevée 
qu'on  ne  pourrait  être  tenté  de  le  croire.  Ces  échantil- 
lons donnent  8,42  et  7,16%  de  cendres  ou  matières  mi- 
nérales. Or,  toute  chicorée  contenant  plus  de  6  %  de 
cendres  doit  être  considérée  comme  falsifiée,  d'après  les 
circulaires  ministérielles  de  1853  et  1854.  Ilnefautdonc 
rien  conclure,  en  matière  d'analyse'quantitative,  d'un  seul 
chiffre  s'écartant  tant  soit  peu  du  titre  normal,  quand 
tous  les  autres  sont  concordants  avec  la  composition 
moyenne  d'un  produit  de  bonne  qualité,  et,  dans  une 
analyse  de  chicorée,  on  ne  devra  jamais  prendre  le  do- 
sage des  cendres  comme  critérium  permettant  à  lui  seul 
d'apprécier  la  valeur  du  jjroduit. 

Le  glucose  doit  entrer  dans  la  composition  de  la  chi- 
corée, au  titre  de  9  à  12  %,  d'après  Graham  ;  mais  il  faut 
encore  bien  se  garder  de  se  baser  sur  cet  unique  carac- 
tère. 

De  tous  les  procédés  d'analyse  tentés  jusqu'ici  sur  la 
chicorée,  le  meilleur  semble  encore  l'examen  microsco- 
pique, grâce  aux  caractères  très  nets  que  présente  la 
chicorée,  et,  particulièrement,  la  présence  des  vaisseaux 
rayés  ou  ponctués. 

Lachicorée,  déjà  si  falsifiée  elle-même,  joue  encore 
souvent  le  rôle  d'agent  falsificateur,  notamment  pour  les 
cafés  en  poudre.  Cette  fraude  ayant  atteint  des  propor- 


tions démesurées  en  Angleterre,  on  dut  prendre,  en  1852, 
un  arrêt  spécial  pour  la  réprimer. 

Le  microscope  dévoile  facilement  cette  fraude,  car  la 
substance  du  café  n'offre  ([ue  des  cellules  irrêgulières  et 
peu  de  vaisseaux,  tout  au  contraire  de  la  chicorée.  A  dé- 
faut de  microscope,  on  peut  encore  presser  fortement  la 
poudre  entre  deux  feuilles  de  papier  :  le  café  pur  ne  doit 
pas  se  prendre  en  masse,  alors  qu'on  voit  la  chicorée 
s'agglomérer.  Mais  comme  reconnaître  la  fraude  n'est  pas 
l'éviter,  le  mieux  eslencore  d'acheter  son  café  en  grains... 

Paul  .l.\C0B. 


Nos  Rêves 


Il  serait  facile  d'écrire  des  volumes  sur  les  rêves. 
Peut-être  en  trouverait-on  quelques-uns  en  librairie.  On 
y  verrait  sans  doute  bien  des  choses  intéressantes  et 
peut-être  bien  des  appréciations  plus  ou  moins  sus- 
pectes. 

Le  rêve  est  une  idée  qui  passe  dans  notre  tête  pendant 
que  nous  sommes  endormis.  C'est  le  cerveau  qui  fonc- 
tionne, alors  qu'il  devrait  se  reposer.  Le  rêve  est  donc 
un  état  anormal  dans  l'exercice  du  cerveau,  c'est-à-dire 
une  maladie  au  même  titre  que  tout  ce  qui  ne  s'exerce 
pas  régulièrement.  Ce  n'est  pas  une  folie  comme  les 
cauchemars  par  exemple  ;  mais  c'est  une  déviation  de 
nos  fonctions  comme  une  crampe.  Ce  n'est  pas  une  dou- 
leur, bien  qu'il  y  ait  des  rêves  pénibles  et  affreusement 
douloureux  ;  mais  c'est  une  aberration  dans  le  fonction- 
nement du  cerveau.  Il  peut  fonctionner  plus  ou  moins 
m.al  ;  de  là  tant  de  rêves  qui  n'ont  pas  de  sens.  On  a  cru 
que  le  rêve  pouvait  être  une  manifestation  divine,  une 
apparition  par  exemple.  Il  est  au  contraire  bien  plus 
naturel  de  ne  voir  dans  nos  rêves  qu'une  perturbation  de 
notre  sommeil,  et  non  pas  une  exaltation  de  puissance 
de  nos  fonctions  intellectuelles.  Quand  on  dort,  le  cer- 
veau doit  dormir  aussi,  et  ne  doit  pas  fonctionner.  Or, 
le  rêve  est  une  idée,  c'est-à-dire  un  fonctionnement  dé- 
placé de  notre  esprit.  Cependant,  il  jieut  y  avoir  des 
rêves  très  intéressants,  et  d'aussi  sérieux  que  tout  ce 
que  nous  pourrions  imaginer  à  l'état  de  veille. 

Les  causes  de  nos  rêves  sont  de  différents  ordres, 
comme  les  causes  de  nos  impressions  cérébrales  elles- 
mêmes.  Une  personne  dort  accablée  de  sommeil,  sans 
penser  absolument  à  rien.  Elle  est  sujette  à  éprouver 
des  crampes  très  douloureuses  dans  les  jambes  ;  ce  sont 
des  contractures  localisées  dans  les  muscles  fléchisseurs 
ou  extenseurs  des  orteils.  Un  faux  mouvement,  une 
simple  pensée  ou  même  sans  cause  :  Crac!  une  crampe. 
Elle  disparait  seulement  quand  le  malade  se  lève  et  met 
le  pied  par  terre  en  faisant  quelques  pas.  Un  jour,  une 
crampe  le  saisit  au  milieu  de  son  sommeil  et  le  réveille. 
Il  s'aperçoit  qu'il  venait  de  faire  un  rêve  très  court, 
d'une  seconde  à  peine  de  durée;  parce  que  la  sensation 
de  crampe  a  mis  un  temps  très  court  pour  devenir  suffi- 
sante à  réveiller  le  dormeur.  Elle  a  provoqué  le  curieux 
rêve  suivant  : 

Je  marchais,  dit  le  malade,  sur  une  place  publique, 
où  je  vis  instantanément  un  tramway  bousculant  des 
voitures  arrêtées  par  un  encombrement.  Une  de  ces 
dernières  renversa  un  homme  à  terre  et  en  blessa  plu- 
sieurs autres.  L'homme  renversé  fut  relevé    sans  con- 


LE     NATURALISTE 


13:; 


naissance  par  les  passants.  Tous  ces  faits  s'accorn- 
pliipnt  dans  la  même  seconde,  bien  qu'ils  fussent  suc- 
sifs.  Or,  c'est  Inoii  une  crampe  qui  fut  la  cause  de  ce 
rêve;  car  le  malade  se  réveilla  alors  avec  une  douleur  à 
la  jambe  qu'il  attribuait  tout  d'abord  à  la  contusion 
imaginaire  de  son  rêve,  mais  qui  allait  toujours  en  aug- 
mentant avec  tous  les  caractères  d'une  crampe  réelle. 
Telle  est  une  des  causes  les  plus  remarquables  de  nos 
rêves  :  une  action  pbysi(]U(!  sur  nos  organes.  Aussi 
jieut  on  provoijucr  des  rêves  chez  les  jeunes  gens  par 
excitations  e.\térieures  durant  leur  sommeil.  C(!s  phé- 
nomènes confinent  alors  à  l'hypnotisme,  et  nous  n'en 
dirons  rien,  parce  que  le  sujet  est  trop  vaste. 

On  comprend  ([ue  la  durée  d'un  rêve  peut  être  réelle- 
ment très  courte;  mais  elle  peut  cire  aussi  bcaucouii 
plus  longue.  Kn  effet,  j'ai  vu  une  jeune  fille  jjarler  en 
rêve  pendant  une  bonne  minute.  Quand  elle  se  réveilla, 
elle  nous  raconta  que  son  rêve  durait  déjà  depuis  long- 
temps; quand  elle  prononça  les  paroles  que  j'avais  en- 
tendues et  qui  la  minuit  sur  la  voie  deson  rêve,  il  sembla 
que  son  rêve  avait  duré  plus  de  ciu(j  minutes, et  p(!ut-élre 
plusieurs  (luarts  d'heure.  En  effet,  les  phrases  parlées  ne 
représentaient  qu'une  période  très  minime  du  rêve  en- 
tier. Il  y  a  donc  des  rêves  très  courts  et  des  rêves  plus 
longs.  En  général,  je  pense  qu'ils  sont  plus  courts  qu'on 
ne  croit;  mais  c'est  une  affaire  de  personnes;  chacun  a 
sa  constitution  jiropre  :  Unicuique  suum.  Il  en  est  des 
rêves  comme  de  nos  idées,  c'est-à-dire  comme  du  travail 
de  notre  imagination  ;  puisque  le  rêve  n'est  qu'une  idée 
comme  les  autres,  mais  qui  se  développe  à  l'état  de 
sommeil  au  lieu  de  l'état  de  veille. 

Une  autre  cause  fréquente  de  nos  rêves,  c'est  le  sou- 
venir de  ce  que  nous  avons  appris  dans  la  journée,  soit 
en  lisant  un  livre,  soit  dans  la  conversation,  soitenvoyant 
des  faits  se  passer  sous  nos  yeux.  Ainsi  un  enfant  voit 
un  livre  d'images  représentant  les  aventures  de  Pierrot 
et  d'Arle([uin,  l'assassinat  des  gendarmes  et  la  pendaison 
de  l'assassin.  Il  éprouve  une  violente  émotion,  ïl  pleure, 
sa  mère  le  couche,  et  il  se  réveille  en  sursaut  deux  heures 
après;  il  a  vu  le  meurtrier  se  débattre  dans  les  flammes 
de  l'enfer,  avec  le  diable  à  ses  trousses.  Evidemment, 
sans  son  album,  l'enfant  n'aurait  pas  eu  ce  rêve  affreux. 

Les  rêves  peuvent  no  se  produire  que  fort  longtemps 
après  l'événement  qui  leur  a  donné  naissance.  Ainsi, 
dans  mon  enfance,  j'ai  connu  un  revenant  de  la  fameuse 
retraite  de  Russie  sous  Napoléon  ï".  Cet  ancien  soldat 
s'y  voyait  encore  dans  ses  rêves  quarante  ans  jdus  tard  : 
son  fusil  lui-même  se  congelait,  et  la  balh;  ne  jiartail 
pas!  On  voit  que  les  rêves  peuvent  être  raisonnables  ou 
déraisonnables,  intéressants  ou  stupides  ;  et  que  le  sou- 
venir d'un  fait  très  ancien  nous  ramène  des  rêves 
comme  celui  d'une  lecture  récente. 

Un  rêve  singulièrement  effrayant  et  d'une  durée  de 
quelques  minutes  peut-être,  c'est  le  suivant.  Le  père  de 
famille  (|ui  fit  ce  rêve  tremblait  encore  en  me  le  racon- 
tant. 11  i)0ussa  un  cri  tellement  déchirant,  ([u'il  réveilla 
plusieurs  personnes  dans  les  cliamlires  voisines.  Sa 
femme,  couchée  à  ses  cotés,  confirma  l'épouvante  qui 
troublait  encore  son  mari,  quand  il  se  réveilla  et  revint 
à  lui  :  Orna  chérie,  c'est  un  rêve  épouvantable,  disait-il 
d'une  voix  larmoyante  et  entrecoupée  par  l'émotion,  en 
frissonnant  de  tous  ses  membres.  QuV'tait-ce  donc?  Il 
se  promenait  avec  un  de  ses  amis  dans  le  .Jardin  des 
plantes,   en  marchant  à  reculons.  Au  bout  du   jardin. 


un  professeur  faisait  avec  un  employé  une  expérience 
sur  un  serpent  fort  dangereux,  le  fer-de-lance  de  la  Mar- 
tini([uo.  En  reculant  toujours,  le  promeneur  finit,  par 
mettre  le  pied  par  mégarde  sur  le  reptile  étendu  à  terre. 
Celui-ci  se  redressa  aussitôt,  et  le  picjua  dans  les  reins. 
Mais  alors,  chose  inattendue  et  qui  montre  bien  la  nature 
si  souvent  biscornue  de  nos  rêves,  au  lieu  de  lâcher  sa 
]iroie,  le  serpent  se  mit  à  sucer  raiiidement  le  sang 
comme  une  sangsue,  en  se  repliant  sur  lui-même  et  en 
prenant  un  volume  de  plus  en  plus  considérable.  En 
quelques  secondes,  il  avait  quadruplé  de  volume,  au  dé- 
triment du  malheureux  qui  se  rapetissait  de  plus  en  plus 
et  perdait  ses  forces.  Le  professeur  atterré  n'osait  bou- 
ger ni  lui  porter  secours;  bien  ([u'il  U:  priât  de  fra]ip(!r 
à  coups  de  canne  sur  la  tête  du  serpent,  qu'il  ne  iiouvait 
atteiniln^  lui-même  :  on  no  peut  pas  soi-mêm(!  frapper 
sur  un  objet  inséré  au  milieu  de  son  dos!  On  voit  com- 
bien nos  rêves  peuvent  être  absurdes  et  peu  conformes  à 
la  réalité.  Le  liothriocéphale  fer-de-lance  ou  Bothrops 
lancéolé  ne  suce  ]]as  le  sang  comme  une  ventouse,  bien 
entendu  :  Un  serpent  n'est  pas  une  sangsue  ni  un  vam- 
pire. 

Certaines  personnes  ne  rêvent  jjour  ainsi  dire  jamais; 
d'autres,  au  contraire,  ont  plusieurs  rêves  différents  dans 
la  même  nuit.  Elles  se  demandent  même  si  le  sommeil 
ne  se  passe  pas  tout  entier  dans  dill'érents  rêves,  dont  on 
ne  garde  le  souvenir  que  de  qu(dques-uns  seubmient.  Ce 
n'est  pas  probable.  Nous  considérons  le  rêve  comme  une 
anomalie  :  le  cerveau  se  fatigue  au  lieu  de  dormir.  C'est 
pourquoi  nous  le  considérons  comme  un  état  anormal, 
comme  la  transpiration  ])ar  exemple.  Quand  riiommc 
dort,  il  doit  dormir  et  non  pas  rêver.  Aussi  bien  des 
rêves  sont  pénibles  et  fatigants  ;  tandis  qu'un  sommeil 
naturel  doit  reposer  et  être  réparateur.  On  connaît  l'im- 
portance absurde  que  les  anciens  attribuaient  aux 
songes  !  Il  est  étonnant  de  voir  combien  l'homme  est 
obligé  de  passer  par  une  quantité  infinie  d'errcîurs,  avant 
de  se  rendre  coiniite  de  la  vérité.  L'histoire  di^s  anciens 
n'est  qu'un  tissu  d'erreurs.  C'est  à  nous  demander  si 
nous  n'en  commettons  [las  d'autres  à  la  place.  N'esl-il 
pas  bien  surprenant,  jiar  exemjile,  que  le  nombre  îles 
personnes  qui  meurent  chaque  annéi!  de  la  rage,  soit 
lilus  considérable  aujourd'hui  qu'autrefois,  après  les 
grandes  découvertes  de  Pasteur'^  Est-ce  parce  que  les 
statistiques  étaient  mal  faites  'i  Est-ce  parce  qu'il  y  a 
plus  d'enragés  qu'autrefois?  C'est  fort  probable;  puis- 
qu'il y  a  aujourd'hui  moins  de  cas  de  diphthéric  qu'a- 
vant la  bulle  découverte  du  docteur  lloux,  cela  montre 
une  chose  que  nous  savons  tous  :  les  années  se  suivent 
et  ne  se  ressemblent  pas.  On  ne  peut  cependant  pas  dire 
([ue  les  microbes  sont  de  la  blague  comme  de  l'astrolo- 
gie et  l'alchimie  des  anciens ,  puisque  la  chirurgie  et  la 
médecine  ont  l'ait  tant  de  progrès  réels,  depuis  les  im- 
mortelles découvertes  de  notre  illustre  l'asteur.  Cejieii- 
dant,  les  erreurs  prodigieuses  de  nos  devanciers  doivent 
nous  rendre  [irodigieusement  prudents  et  réservés.  Er- 
rarc  humanum  est,  nous  sommes  des  hommes,  par  con- 
séi[uciit  nous  devons  nous  tromper  encore,  plus  souvent 
([uc  nous  ne  voulons  bien  l'admettre.  L'expérience 
montre  à  l'homme  qui  avance  en  âge  combien  il  doit 
être  modeste  !  Le  véritable  savant  est  celui  qui  se  rend 
bien  compte  qu'il  sait  fort  peu  de  chose,  qu'il  s'est  déjà 
trompé  beaucoup,  et  doit  probablement  se  tromper  plus 
d'une  fois  encore.  D''  Bougon. 


156 


LE     NATURALISTE 


LE  PHYLLOXERA  DE  LA  MŒ 


Le  phylloxéra  de  la  vigne  a  éveillé  récemment  en 
France  de  grandes  inquiétudes,  par  les  importants  dé- 
gâts qu'il  a  produits  parmi  nos  vignobles. 

Comme  depuis  longtemps  dans  le  nouveau  monde,  un 
entomologiste  américain,  Asa  Fitch,  en  faisait  un  véri- 
table puceron  ;  ce  fut  en  1868  que  M.  Planchon  rectifia 
cette  erreur  et  nomma  cet  insecte  encore  mal  connu 
phylloxéra  vastatrix.  Après  lui,  M.Laliman,de  Bordeaux, 
puis  M.  Cornu  et  surtout  M.  Riley  firent  sur  ces  insectes 
les  études  les  plus  approfondies. 

L'introduction  du  phylloxéra  en  France  a  été  due  à 
l'importation  de  ceps  américains  dont  les  racines,  con- 
trairement à  celles  de  pieds  français,  peuvent  résister  au 
rostre  puissant  de  ces  terribles  petits  animaux. 

Le  phylloxéra  vit  d'abord  à  l'état  aptère  sous  le  sol  : 
les  femelles  aptères  parthénogénésiques  pondent  des 
oeufs  qui  ne  sont  pas  fécondés  et  éclosent  souterraine- 
ment  avant  l'arrivée  de  l'hiver  que  ces  insectes  nou- 
veau-nés passent  dans  une  fente  de  la  racine. 

Au  retour  de  la  chaleur,  ils  quittent  leur  premier  té- 
gument pourun  plus  délicat  d'une  couleur  jaune  clair; 
c'est  après  cette  mue  qu'ils  s'attaquent  aux  racines  et  les 
sucent. 

Au  bout  de  peu  de  temps,  ces  parasites  qui  sont  tous 
femelles,  pondent,  chacun,  environ  trente  œufs  qui,  si 
la  température  est  favorable,  doivent  éclore  en  huit  ou 
dix  jours. 

Le  phylloxéra  nouveau-né  se  fixe  sur  une  partie  de  la 
racine,  la  suce  et,  après  trois  mues  successives  en  l'inter- 
valle d'environ  deux  semaines,  est  capable  de  reproduire 
quatre  ou  cinq  œufs  par  jour  tant  que  la  température  du 
sol  lui  sera  favorable. 

Dans  les  dernières  générations,  le  phylloxéra  est  un 
peu  difl'érent,  il  subit  quatre  mues  alors,  sa  face  dorsale 
porte  des  rangées  de  verrucosités,  la  tète  est  plus  petite, 
le  quatrième  article  des  antemnes  est  plus  long;  on  dis- 
tingue en  outre  sur  cet  insecte  des  ailes  rudimentaires, 
il  vit  moins  profondément  dans  le  sol,  il  ne  tardera  d'ail- 
leurs pas  à  sortir  de  terre  et  à  subir  une  cinquième  mé- 
tamorphose pour  devenir  alors  un  phylloxéra  avec  (juatre 
ailes  plus  longues  que  le  corps  et  posées  à  plat  sur 
celui-ci. 

La  reproduction  chez  ces  derniers  est  moins  féconde 
que  chez  les  précédents,  mais  leur  dissémination  est 
plus  facile  et  ils  peuvent  aller  faire  des  dégâts  en  des 
points  considérablement  éloignés  du  lieu  de  leur  nais- 
sance. 

Le  phylloxéra  ailé  a  été  remarqué  seulement  en  1875 
par  M.  Boiteau,  M.  Balbiani  a  pu  l'étudier. 

Cet  animal  encore  parthénogénésique  pond  trois  ou 
quatre  œufs  sous  l'écorce  d'un  pied  de  vigne,  puis  meurt. 
Ces  œufs  jjeuvent  être  de  deux  tailles  et  donnent  nais- 
sance à  des  individus  sexués,  les  plus  petits  fournissent 
les  mâles  aptères  qui,  dépourvus  de  rostre  et  d'organes 
digestifs,  possèdent  des  organes  générateurs  très  déve- 
loppés; les  plus  grands  donnent  naissance  à  des  femelles 
aptères  dont  le  rostre  et  l'appareil  digestif  sont  considé- 
rablement atrophiés,  leur  abdomen  suffisant  à  peine  à 
renfermer  l'œuf  d'hiver  qu'elles  pondent  sous  l'écorce 
delà  vigne;  cet  œuf  d'abord  d'un   beau  jaune  devient 


/  vert,  il  donnera  naissance  au  pliylloxera  aptère  parthé- 
nogénésique des  racines  et  le  cycle  va  recommencer. 

Quand  une  vigne  est  atteinte  du  phylloxéra  au  bout  de 
vingt  mois  à  peu  près,  les  feuilles  jaunissent  et  tombent, 
les  grappes  du  raisin  sont  plus  petites,  ses  graines  ont 
une  saveur  peu  agréable,  et,  si  on  examine  les  racines, 
elles  offrent  des  renflements  radicellaires  irré  guliers  ; 
c'est  alors  que  ces  parties  si  nécessaires  à  la  nutrition 
de  la  plante  commencent  à  pourrir  :  pourriture  qui,  en 
peu  de  temps,  a  gagné  toute  la  racine. 

Il  suffît  de  quatre  ou  cinq  ans  au  phylloxéra  pour 
ruiner  un  vignoble  tout  entier.  Que  les  terrains  soit  argi- 
leux, calcaires  ou  granitiques,  ils  sont  susceptibles  d'être 
envahis  par  le  phylloxéra;  seul,  le  terrain  sablonneux 
arrête  infailliblement  le  terrible  ravageur. 

M.  Faucon  a  imaginé  pour  sauver  ses  vignobles  atta- 
qués, de  les  submerger,  le  procédé  a  pleinement  réussi, 
il  est  même  encore  employé  dans  les  cultures  de  vignes 
situées  en  plaine  basse. 

M.  Thénard  proposa  d'injecter  du  sulfure  de  carbone 
dans  le  sol  avec  le  pal  Gastine,  au  pied  des  ceps  attèi.nts; 
ce  moyen,  généralement  excellent,  présente  néanmoins 
un  inconvénient,  qui  est  que  le  pal  ne  peut  être  enfoncé 
dans  un  sol  pierreux,  c'est  alors  que  M.  Dumas  a  indi- 
qué le  sulfo-carbonate  de  potasse  mêlé  à  l'eau  qui  est 
beaucoup  moins  volatil  que  le  sulfure  de  carbone  et  est 
par  conséquent  utilisable  à  l'air  libre. 

Le  docteur  Mandon  a  imaginé  dernièrement  un  pro- 
cédé peu  coûteux  et  qui  semble  vouloir  donner  d'excel- 
lents résultats  :  il  consiste  à  perforer  obliquement  avec 
une  vrille  le  cep  sans  toutefois  atteindre  la  moelle  et  à 
injecter  dans  ce  trou,  devenu  ainsi  une  sorte  de  chambre 
d'absorption,  une  certaine  quantité  d'eau  phéniquée;  au 
bout  de  quarante-huit  heures  le  pied  étant  complètement 
phénolé  le  phyllo.xera  périt  empoisonné. 

Différents  procédés  sont  en  outre  en  usage,  spéciale- 
ment pour  la  destruction  de  l'œuf  d'hiver,  ce  sont  :  un 
mélange  d'eau  et  d'huile  lourde  ou  une  dissolution  de 
sulfo-carbonate  de  potasse,  ou  mieux  encore  un  mélange 
de  goudron,  de  houille  et  d'huile  lourde  dont  on  badi- 
geonne la  tige. 

Les  procédés  sont  multiples,  mais  les  moyens  de  des- 
truction ne  sont  jamais  trop  nombreux  pour  un  être 
aussi  nuisilde  que  celui  qui  nous  occupe  et  dont  il  est 
nécessaire  de  se  débarrasser  à  tout  prix. 

Léon  Fl.^meng. 


DESCfilPTION  OE  COLEOPTERES  NOUVEAUX 


Anlkicus  (Acanthinus)  nitidiceps  n.  sp.  Très  allongé,  ferru- 
gineux, hérissé  à  l'état  frais  de  longs  poils  dressés,  élylres 
bifascics,  prolhorax  seulement  opaque.  Tète  presque  lisse,  di- 
minuée en  arrière.  Antennes  assez  minces,  plus  ou  moins 
claires  avec  leur  milieu  parfois  obscurci.  Prothorax  allongé, 
étroit,  opaque,  à  ponctuation  granuleuse  dçnse,  un  peu  étran- 
glé avant  la  base.  Ecusson  triangulaire.  Elj'tres  relativement 
élroits,  allongés,  bien  atténués  en  arrière,  à  ponctuation  dis- 
posée en  lignes,  forte,  et  dépression  post-humérale  bien  mar- 
quée avec  2  fascies  peu  accentuées  rembrunies,  un  peu  obli- 
ques, la  l™  sur  la  dépression,  1»  2°  vers  le  milieu;  extrémité 
parfois  un  peu  rembrunie.  Pattes  minces,  longues.  Dessous  du 
corps  de  la  coloration  du  dessus,  un  peu  pubescent. 

Long.  3-3  1/4  mill.  Brésil  (reçu  du  D''  Staudinger). 

A  placer  près  de  hislrio  Laf.  mais  taille  plus  grande  avec  le 
prothorax  épineux. 


LE     NATURALISTE 


IST 


Aiil/iictis  (Acanthinus)  3-fasciatus  F.  v.iiis  Irinoldliis.  Taille 
avantageuse,  tète  et  prothorax  fonces,  clytres  présentant 
2  bauiles  brunes  nettes  et  l'extrémité  largement  de  la  même 
coloration.  Antennes  foncées  avec  les  2  derniers  articles 
jaunes. 

Long.  3  mill.  environ.  Brésil  (reçu  du   D''  Staudingeri. 

AnI/ncus  {Acanthinim}  slriutnpunctalus  Laf.  var.  discolov. 
Modilic.ilion  par  décoloration  de  la  forme  type  présentant 
une  seule  bande  médiane  brune  et  une  coloration  générale 
plus  pile  avec  généralement  le  prothorax  clair. 

Long.  2  1/2  à  2  2/3  mill.  Brésil  (Gounelle  in  coll.  Gounelle 
et  Pic  types!). 

Anlliiciis  (lilaticeps.  Petit,  peu  brillant,  rougeàtre  avec  les 
élytrcs  foncés,  membres  testacés.  Tête  très  grosse,  carrée  en 
arriére,  nettement  tronquée,  rougeàtre,  un  peu  rembrunie,  à 
ponctuation  très  forte,  espacée.  Antennes  testacées,  à  derniers 
articles  globuleux  avec  le  terminal  en  pointe  émoussée.  Pro- 
thorax rougeàtre,  trapéziforme,  plus  large  que  la  tète  et  légè- 
rement anguleux  en  avant,  bombé,  bien  rétréci  en  arrière, 
rebordé,  à  ponctuation  peu  forte,  espacée.  Ecusson  testacé, 
petit.  Elytres  courts,  subovalaires,  plus  larges  que  la  base  du 
prothorax  aux  épaules,  arrondis  à  l'extrémité,  à  ponctuation 
peu  forte  et  peu  écartée  et  pubescence  grisâtre  mi-dressée, 
peu  longue.  Pattes  minces,  testacées,  dessous  du  corps  testacé 
rougeàtre. 

Rappelle  un  peu  de  forme  notre  Atilliiciis  européen  Genei 
Laf.,  mais  avec  un  prothorax  bien  plus  large,  plus  trapézi- 
forme. 

Long.  1  1/2  mill.  Afrique  Australe  :  Vryburg  (E.  Simon, 
communiqué  par  le  D'  Martin. 

M.   Pic. 


ERRATA 


Do  grosses  erreurs  typographiques,  que  nos  lecteurs 
ont  certainement  relevées  eux-mêmes,  ont  été  laissées 
dans  le  dernier  article  de  notre  distingué  collaborateur 
M.  Glangeaud.  Le  titre  même  de  l'article  était   erroné. 

Titre  :  au  lieu  de  Histoire  générale  lire  Histoire  géo- 
graphique. 

p.  139,  col.  1,  ligne  13  au  lieu  de /'orme      lire  faune. 

139,  —     2,    —    11        —       Nébroska    — Nébraska. 
—    —    2,    —    41        —       Roméo        — Bornéo. 

140,  —     1,    —      8        —     Pliagoctère  — Phacochère. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  M.  Gaurand,  8,  place  des  Acacias,  à  Royan  (Charente- 
Inférieure),  désire  se  mettre  en  relations  avec  des  ama- 
teurs d'histoire  naturelle  collectionnant  les  Reptiles  et 
les  Batraciens. 

—  M.  G.,  M...  n°  7932.  —  Le  procédé  de  coller  les 
coquilles  ou  les  œufs  en  collection  sur  des  cartes  est  en 
tous  points  nuisible  ;  la  coquille  ou  l'œuf  sont  abîmés 
par  la  colle,  ils  risquent  beaucoup  d'être  brisés  lorsque 
l'on  manie  la  collection,  ils  ne  peuvent-  être  e.xaminés 
convenablement  et,  en  un  mot,  il  faut  abandonner  ce 
système  antique  et  auquel  depuis  longtemps  on  a 
renoncé.  Les  coquilles,  œufs,  fossiles,  minéraux,  etc., 
doivent  se  mettre  en  cuvettes,  de  grandeur  proportionnée 
à  l'échantillon. 


—  Thermomètre  à  maxima  et  à  minima  (ihermomo- 
trographe),  à  guérite  métal,  avec  aimant.  Prix  9  fr.îiO. 
(S'adresser  aux  bureaux  du  journal.) 

—  A  échanger  une  série  d(!  fossiles  de  l'Oxfordien, 
Corallien,  Calcaire  à  Astarie,  Kumméridgien,  Portlan- 
diers,  Néocomien  du  département  de  l'Aube  et  de  la 
Haute-Marne.  S'adresser  à  M.  C.  Margaime  à  Bar-sur- 
Aubo  (Aube). 

—  A  vendre  les  lots  suivants  (s'adresser  an  Los  Fils 
D'Emile  Deyrolle,  46,  rue  du  Bac,  Paris): 

1  lot  de  28  espèces  de  Trox  européens  et  exotiiiues, 
38  exemplaires  dans   un  carton.    Bonnes  espèces.  Prix  : 

10  francs. 

1  lot  do  Mélolonthides  exotiques,  59  espèces,  78  exem- 
plaires. Ce  lot  renferme  les  genres  Dicrania  ;ï  Pachy- 
dema  inclus.  Prix  :  l'j  francs. 

1  lot  de  Chrysomélides  français  d'environ  300  espèces, 
400  exemplaires.  Grand  nombre  de  bonnes  espèces. 
Excellente  occasion.  Prix  :  80  francs. 

Lot  de  fossiles  du  dévonien  de  la  Sartlie  et  de  la 
Mayenne  120  espèces.  Quelques-uns  représentés  par 
plusieurs  exemplaires.  Prix  :  40  francs. 

Collection  de  210  espèces  de  Coléoptères  de  France 
représentées  par  40o  exemplaires  contenus  dans  6  car- 
tons vitrés  grand  format.  Cette  collection  renferme  les 
familles  suivantes:  Cicindélides  à  Clavicornes  inclus. 
L'étiquetage  des  insectes  est  fait  au  moyen  d'étiquettes 
imprimées;  de  nombreuses  places  sont  réservées  aux 
espèces  manquantes.  Prix  :  35  francs. 

—  Collection  de  262  espèces  de  Lépidoptères  de  France 
représentées  par  369  exemplaires  renfermés  dans  8  car- 
tons vitrés  grand  format.  Parmi  les  bonnes  espèces  que 
contient  cette  collection  nous  citerons  les  suivantes  : 
Leucophatia  dimensis  ;  Apatura  iris  (f  ilia,  clytie; 
Lurienitis  populi  2  o'',  1  ?  ,  ab.  tremuhc  ;  Sesia  scolii- 
formis,  cephiformis,  mutillœformis,  formiciformis,  phi- 
lanthiformis,  speciformis,  conopiformis,  ichnoumoni- 
formis,  chrysidiformis,  empiformis  ;  Zeuzera  tcsculi; 
Orgya  gonostigma?  ;  Acronycta  euphrosiœ,  alni  ;  Plusia 
festucaî;  Maina  maura;  Abraxassylvata.  Prix  :  75  francs. 

—  L'excursion  de  l'École  d'Anthropologie,  cours  de 
M.  A.  de  Mortillet,  aura  lieu  cette  année  aux  dates  ci- 
après  : 

Dimanche  4  juillet. 

Dreux  :  'Visite  de  la  Collection  Doré-Delente.  —  Mon- 
treuil  :  Dolmen  de  Cocherelle.  —  Sorel  :  Dolmen  et  po- 
lissoir  de  la  Ferme-Brulée.  —  É/,y  :  Les  Caves  et  leurs 
habitants.  (Rendez-vous  à  la  gare  Montparnasse,  à  8h.lO 
du  matin.  Départ  à  8  h.  30.) 

Dimanche  18  juillet. 

Pontoise  :  Musée.  —  Menhir  de  Jancy.  —  Dolmen  de 
Vauréat.  (Rendez-vous  à  la  gare  Saint-Lazare,  à  8  heures 
du  matin.  Départ  à  8  h.  20.) 

Dimanche  l"  et  lundi  2  amU. 

Bruxelles  :  Visite  de  l'Exposition,  des  Musées  et  de  la 
Ville.  (Rendez-vous  à  la  gare  du  Nord,  le  dimanche  à 
7  h.  50  du  matin.  Départ  à  8  h.  20.) 


158 


LE     NATURALISTE 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


M.  Louis  Roule  (1)  a  entrepris,  sur  la  faune  des  étangs  de 
la  côte  orientale  de  la  Corse,  des  études  analogues  à  celles 
poursuivies  depuis  de  longues  années  par  M.  Marion  sur  l'é- 
tang de  Besse. 

Les  étangs  les  plus  vastes  et  les  plus  importants  de  la  côte 
Est  sont  au  nombre  de  trois  :  celui  de  Biguglia  non  loin  de 
Bastia,  (profondeur  1  m  50);  ceux  de  Diana  et  d'Urbino  dans 
la  région  d'Aleria  (profondeurs  atteignant  12  à  H  mètres)  ;  on 
y  observe  une  faune  riche  et  variée  en  outre  des  animaux 
erratiques  ou  migrateurs  (surtout  des  Poissons  muges, 
loups,  anguilles,  dorades,  sardines,  anchois  etc.),  espèces  lit- 
torales ou  de  plus  grande  profondeur  qui  s'introduisent  dans 
l'étang  par  le  goulet  de  communication  avec  la  mer  et  sta- 
tionnent dans  les  points  où  la  salure  est  la  plus  forte. 

Les  animaux  vivants  d'une  manière  constante  dans  ces 
étangs  sont  nombreux  et  appartiennent  à  tous  les  groupes 
principaux,  depuis  les  poissons  jusqu'aux  spongiaires  :  (Mé- 
duses Rhizostoma  Cuvieri)  Gardium,  Vénus  Ostrca,  etc. 

Une  telle  richesse  de  la  faune  est  d'autant  plus  remar- 
quable que  les  conditions  de  milieu  et  notamment  le  degré 
de  salure,  changent  beaucoup  suivant  les  saisons.  La  plupart 
des  animaux  continuent  à  vivre  ijourtant  et  ne  disparaissent 
pas.  Il  leur  faut  donc  une  grande  plasticité  pour  résister  à  de 
pareilles  alternatives,  auxquelles  les  animaux  marins,  et  ceux 
de.s  eaux  douces,  sont  soustraits.  11  serait  naturellement  inté- 
ressant d'étudier  à  ce  sujet  la  résistance  vitale  comparative  des 
espèces  trop  délicates  éliminées  à  mesure  que  le  golfe  se  barrait 
et  se  transformait  en  étang. 

On  connaît  déjà  les  remarques  intéressantes  que  l'étude  de 
la  faune  de  la  mer  Caspienne  a  permis  de  faire  dans  ce  sens, 
les  observations  de  \V.  A.  Herdman  sur  les  Harpacticus  et 
celles  de  Sclimankewitsch  sur  les  Artemia  ne  peuvent  qu'en- 
gager à  entreprendre  l'étude  de  ces  étangs  à  conditions  va- 
riables où  la  faune  marine  se  transforme  en  une  faune  d'é- 
tangs  ou    saumàtres  ou  sursalés. 

Les  recherches  de  M.  F.  Bernard  (2)  sur  la  coquille  em- 
bryonnaire ou  prodissoconquedcs  lamellibranches  l'amènent  à 
ramener  à  ce  stade  l'animal  à  un  type  très  simple  et  très 
schématique.  Cette  larve  est  pourvue  de  deux  muscles  adduc- 
cteurs,  de  muscles  pédieux,  de  trois  paires  de  ganglions, 
d'un  pied  propre  à  la  reptation,  d'un  manteau  à  lobe  libre 
sans  siphon  ;  de  branchies  situées  très  en  arrière  et  en  outre 
du  Vélum  caractéristique  de  toute  larve  de  mollusque.  C'est  de 
ce  stade  qu'il  faudrait  partir  suivant  M.  Bernard  pour  re- 
constituer   la     philogénic     des    lamellibranches. 

D'un  travail  de  M.  Armand  Sabatier  (3)  sur  la  signification 
morphologique  des  os  en  V,  ou  en  chevron  des  vertèbres  cau- 
dales, on  peut  conclure  que  le  système  des  os  intérépineux, 
qui,  au  niveau  de  la  cavité  viscérale,  a  fourni  les  ceintures, 
les  memores,  le  sternum  et  la  clavicule,  fournil  dans  bien  des 
cas,  en  arrière  de  la  cavité  viscérale,  une  série  d'os  en  V  qui 
représentent  les  intérépineux  do  la  région  caudale  de  la  co- 
lonne vertébrale. 

Dans  la  classilication  végétale  telle  qu'elle  est  actuellement 
admise,  les  caractères  tirés  de  la  conformation  de  la  corolle 
et  des  rapports  du  pistil  avec  les  A'erticilles  externes  de  la 
fleur  sont  invoqués  trop  tùt.  M.  Ph.  van  Thieghem  (4)  propose 
une  nouvelle  classification  des  Phanérogames,  fondée  sur  l'o- 
vule et  la  graine.  Suivant  la  classification  nouvelle  proposée, 
ces  caractères  secondaires  tirés  des  verticilles  floraux  ne  se- 
raient invoqués  que  plus  tard  après  avoir  d'abord  employé 
des  caractères  plus  importants,  parmi  lesquels  se  placent  en 
première  ligne,  d'abord  la  nature  du  fruit,  suivant  qu'il  est  ou 
non  pourvu  de  graines  ;  ensuite  l'absence  ou  la  présence  et, 
dans  ce  dernier  cas,  la  conformation  plus  ou  moins  compliquée 
de  l'ovule. 

Pour  ne  parler  que  des  seules  plantes  qui  composent  la  di- 
vision des  inséminées,  le  travail  de  M.  van  Thieghem  porte 
de  6  à  36   le  nombre  des  familles  reconnues,  et  le  nombre  des 

(1)  Séance  du  10  mai. 

(2)  Séance  du  24  mai. 

(3)  Séance  du  3  mai.  . 

(4)  Séance  du  3  mai. 


genres  de  120  à  260,  on  voit  par  là,  le  progrès  réalisé  sous  ce 
rapport  par  le  travail  actuel. 

Comme  pour  l'axe  dont  il  a  fait  précédemment  l'étude, 
M.  A.  Chatin  (5),  montre  la  signification  de  l'existence  et  de 
la  symétrie  des  appendices  dans  la  mesure  de  la  gradation  des 
espèces  végétales. 

M.  Claude  Gaillard  (6)  décrit  sous  le  nom  de  Plesiodimyius 
(Nov.  Gen.)  un  nouveau  genre  d'insectivores  du  Miocène  moyen 
de  la  Grive  Saint- Alban  (Isère). 

M.  B.  Renault  (7)qui  a  déjà  décrit  jadis  des  Bactériacées  de 
la  houille,  étudie  également  celles  des  Bogheads  auxquelles  on 
peut  également  peut-être  attribuer  leur  Houillification. 

En  géologie,  citons,  pour  terminer,  une  note  de  M.  Du- 
règne  (9)  sur  le  mode  de  formation  des  Dunes  de  Gascogne  et 
une  de  M.  Stanislas  Meunier  (10)  sur  l'allure  générale  de  la 
dénudation  glaciaire. 

Enfin  la  tectonique  de  la  chaîne  Nivollet  Revard  située  à 
l'est  de  Chambéry  et  d'Aix-les-Bains  et  celle  du  massif  du 
Mont-Blanc  forment  le  sujet  de  deux  notes  de  M.  J.  Rpvil  et 
et  J.  Vivien  (11)  d'une  part  et  de  M.  J.  Vallot  (12)  de  l'autre. 

A.-Eug.  M.tLARD. 


Répertoire  étïmoiogiiiue  des  noms  français , 

ET  DES  DÉNOMINATIONS  VULGAIRES  DES  OISEAUX 
(Siiile  et  an) 


Vanneau -Suisse.  —  Surnom  donné  au  Pluvier  varié  {Plu- 
vialis  varius),  probablement  à  cause  de  son  plumage  noir  et 
blanc.  «  La  dénomination  de  Vanneau-Suisse  pourrait  venir  de 
cet  habillement  mi-parti;  cette  étymologie  est  peut-être  aussi 
plausible  que  celle  de  Vanneau  de  Suisse,  car  cet  Oiseau  ne  se 
trouve  point  exclusivement  en  Suisse.  »  (Bulïon.) 

Vautonr.  —  Ce  mot  a  été  formé  du  nom  latin  de   ces  Ra- 

paces  iVullur),  qui  exprimait  la  lenteur  de  leur  vol.  «  Nous 
avons  approuvé  telles  paroles  escrites  en  un  livret  dont  l'au- 
theur  ne  s'est  pas  nommé  :  VuUur  à  volalu  tarda  nominaliis 
pulatur:  maqniludine  quippe  corporis  prœcipites  volalus  non 
habei.  »  (Belon.) 

Vaulonr-il'Ésypte.  —  (Voyez  le  mot  Oricou.) 
Vanlour-iIes-Agneaux.  —  (Voyez  le  mot  Gypacle.) 

Venlre-Oraiige.  —  Surnom  donné  par  les  oiseliers  à  un 
Astrild  [Esirilda  subflava),  à  cause  de  la  couleur  d'un  beau 
jaune  orangé  rèi)andue  sur  la  poitrine  et  l'abdomen  de  cet 
Oiseau. 

Ventnron.  —  Surnom  provençal  conservé  par  Bufl'on  à  un 
Passereau  voisin  du  Tarin  (CHrinella  serinus). 

Verderolle.  —  Nom  donné  par  Temminck  à  une  Fauvette 
de  roseaux  (Calamoherpe  paluslris),  par  allusion  à  son  plu- 
mage vcrdàtre. 

Verdier.  —  Nom  tiré  de  verd,  ancienne  forme  de  vert,  et 
donné  à  cet  Oiseau  [Lif/urinus  chloris),  à  cause  de  la  couleur 
de  son  plumage.  «  Le  seul  nom  de  Verdier  indique  assez  que 
le  vert  est  la  couleur  dominante  do  son  plumage.  »  (BulTon.) 
Dans  plusieurs  parties  de  la  France,  on  confond  le  Verdier 
avec  le  Bruant.  (Voyez  ce  mot.) 

A'orclicr  de  la  Louisiane.  —  Surnom  improprement 
donné  au  Pape  {Cyanospiza  cii'is);  cet  Oiseau  habite  la  Loui- 
siane, mais  il  n'a  aucun  rapport  avec  le  Verdier,  le  bleu  et  le 
rouge  étant  les  couleurs  dominantes  de  son  plumage. 

Verdin.  —  Nom  donné  à  un  Oiseau  de  la  famille  des  Méli- 
phagînés  {l'Iiyltnrnis),  parce  qu'il  a  la  partie  supérieure  du 
corps  vert-pré.  Buffon  a  décrit  cet  Oiseau  sous  le  nom  de 
Verdin  de  Cochinchine. 


(5)  Séance  du  il  mai. 

(6)  Séance  du  31  mai. 

(7)  Séance  du  8  juin. 

(9)  Séance   eu  10  mai. 

(10)  Séance  du  10  mai. 
(U)  Séance  du  3  mai. 
(12)  Séance  du  3  mai. 


LE     NATURALISTE 


159 


Verl-Doré.  —  Nom  donne  par  Burfon  au  Jlcrle  à  longue 
quciR-  (lu  Sénégal  (Lamprofoniis  œneii).  Le  nom  de  Verl-Doré 
lui  a  été  donné  pai-  allusion  aux  reflets  de  son  plumage.  «  Sui- 
te ventre  et  les  jambes,  c'est  un  vert  changeant  en  une  cou- 
leur do  cuivre  de  rosette;  dans  presque  tout  le  reste,  c'est  un 
beau  vert  doré,  comme  indi(iuc  le  nom  que  j'ai  donné  à  cet 
Oiseau,  en  attendant  que  l'on  sache  celui  sous  lequel  il  est 
connu  dans  son  pays.  »  (Bul'fon.) 

Veuve. —  Ces  Oiseaux  {Vidiui:  sont  remarquables  par  la 
longueur  de  leur  queue  jiendant  la  saison  des  amours.  «  Celte 
saison  i).issée,  ils  perdent  leur  parure  et  n'ont  plus  qu'un  [ilu- 
ma^e  très  ordinaire.  Est-ce  pour  ce  motif,  est-ce  à  cause  de 
leur  plumage  généralement  noir  qu'on  leur  a  donné,  dans 
toutes  les  langues  de  l'Kuropc,  le  nom  de  Veuves?  Quelques 
naturalistes  croient  que  ce  nom  ne  leur  est  venu  que  par  cor- 
ruption. Les  premières  Veuves  furent  amenées  en  Europe  par 
les  Portugais  de  AVhydah,  sur  la  cote  occidentale  d'Afrique  : 
on  les  appela  donc  Oiseuii.r  de  Whi/dali,  et,  dans  ce  nom,  on 
voulut  retrouver  le  mot  latin  Vidiia.  Quoi  qu'il  en  soit  de  cette 
ctymologie,  les  Oiseaux  qui  composent  ce  groupe  ont  et 
gardent  le  nom  de  Veuves,  d'où  ont  été  tirés  ceux  do  Viduœ, 
Vidiittlés,  Viduinés,  que  porte  la  famille.  »  (Brehm.) 

Voyageur.  —  Nom  donné  à  un  genre  de  Pigeon  [Erlu- 
ptstes  mii/rutorius),  célèbre  dans  tous  les  Etats  de  l'Amérique 
du  Nord  par  ses  voyages  on  bandes  innombrables. 

W 

Wi'hons-  —  (Voyez  le  mot  Oonacole.] 

Worabce.  —  Surnom  indigène  conservé  par  les  oiseliers 
à  un  Passereau  d'Afrique  [Euplecles  melaiwfjiisler).  «  La  déuo 
minatiou  qu'il  a  dans  le  commerce  allemand  {Napoleoiis-Vof/cl, 
Oi.seau-de-Napoléon)  lui  vient  de  ce  qu'il  a  clé  importé  en 
France  précisément  à  l'époque  où  Napoléon  111  était  à  l'apogée 
de  sa  puissance  et  de  sa  gloire;  maintes  nouveautés  rece- 
vaient alors  son  nom.  »  (D'  Russ,  Moiwijraphle  des  Oiseaux 
de  chambre  erotiques.) 


Yapon.  —  Nom  indigène,  qui  signifie  mensonge,  donné 
par  les  Guaranis  à  un  Cassique  {Cassicus  cristatus)  et  con- 
servé par  les  ornithologistes  pour  désigner  cette  espèce. 

Z 

/izî.  —  Nom  donné  pai-  BulTou  au  Bruant  de  liaie  [Embe- 
riza  cirlus).  «  Je  donne  à  cet  Oiseau  le  nom  de  Zizi,  d'après 
son  cri  ordinaire.  »   (Bufi'on.) 

Albert  Gbakger. 


ANIMAUX 


Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d  adresse,  de  courage,   de    bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Foui-iuî. 


La  Bible  parle  deux  fois  de  la  fourmi  : 
Proverbes,  Y  1,6  : —  Va    à  la  fourmi,  paresseux,  con- 
sidère sa  conduite,  et  apjjrends  la  sagesse  ; 

7.  —  Car  n'ayant  ni  chef;  ni  maître,  ni  prince, 

8.  —  Elle  fait  néanmoins  les  provisions  pendant  l'été, 
et,  pendant  la  moisson,  amasse  de  quoi  se  nourrir. 

XXX,  2i  :  —  Il  y  a  quatre  choses  sur  la  terre  qui  sont 
très  petites,  et  qui  sont  plus  sages  que  les  sages  mêmes: 

23.  —  Les  fourmis,  ce  petit  peujjle,  qui  fait  ses  provi- 
sions pendant  la  moisson  ; 

26.  —  les/api)!s,  cette  troupe  craintive,  qui  établit  ses 
demeures  dans  les  rochers  ; 


2".  —  les  sauterelles,  qui  n'ont  pas  de  roi,  et  qui  néan- 
moins marchent  toujours  par  bandes  : 

28.  —  et  le  lézard  qui  se  soutient  sur  les  mains,  et 
habite  la  maison  du  Roi. 

Isidore  de  Séville  nous  donne  de  la  manière  suivante 
l'élymologie  du  mot  formica  (fourmi)  :  «  La  formica  est 
ainsi  nommée  parce  qu'elle  porte  des  parcelles  de  blé 
[micas  farris]  ».  Sonintelligeiicecsttrésgrande,ajoute-l-il  ; 
elle;  prévoit  l'avenir,  et  prépare,  en  été,  ce  qu'elle  doit 
manger  en  hiver.  Dans  les  moissons,  elle  choisit  le  blé 
et  laisse  l'orge.  S'il  pleut  sur  ses  provisions,  elle  les  sort 
aussitôt,  etc.  »  (Ilraban  Maur  et  Hugo  de  Saint- Victor 
répètent  mot  à  mot  le  passage  de  l'évèque  de  Séville 
cité  ci-dessus). 

Cicéron  {De  naturà  deoritm.  lib.  III,  caii  ix)  fait  dire  à 
un  interlocuteur  : 

«  Il  n'y  a  sur  terre  rien  de  supérieur  à  Rome  !  penses^ 
tu  qu'il  faille  pour  cela  lui  attribuer  la  raison,  la  pensée, 
l'intelligence'^  Ou,  puisque  cela  ne  se  peut  pas,  iras-tu 
préférer  une  fourmi  à  cette  lielle  cité,  parce  que  celle-ci 
n'est  pas  même  douée  de  sentiment,  tandis  que  celle-là 
joint  au  sentiment  l'intelligence,  la  raison  et  la  nn'moire'? 

Virgile  parle  souvent  de  cet  intelligent  insecte  ; 

Populatque  ingentem  farris  acervum 

Curculio,  atque  inopis  melueus  formica  seneeta?. 

(GiionoiQUES,  I,  187.) 

«  Souvent  un  monceau  de  blé  devient  la  proie  du  cha- 
rançon ou  de  la  fourmi,  si  prévoyante  pour  les  besoins  de 
vieillesse.  » 

Sa^pius  et  tectis  pcnetralibus  extulit  ova 
Angustum  formica  terens  iter.... 

(Géohg,  I,   179.) 

0  (Quand  l'orage  approche),  souvent,  cheminant  le  long 
d'un  étroit  sentier,  la  fourmi  transporte  ailleurs  ses 
œufs...  » 

Migrantes  cernas,  totâque  ex  urbe  ruentes  : 

Ac  veluti  ingentem  formica?  farris  acervum 

Quum  populant,  byemis  memores,  toctoque  reponuut  ; 

It  nigrum  canipis  agmen,  praîdamque  par  lierbas 

Convectant  calle  angusio  ;  pars  grandia  truduni 

Obnixœ  frumenta  humeris  ;  pars  agniina  cogunt, 

Castigantque  moras  ;  opère  omnis  seniita  fervel. 

(Enéide,  iv,  402.) 
<(  On  les  voit  (les  Troyens)  de  tous  les  cotés  de  la  ville 
accourir  vers  le  port.  Ainsi,  quand,  prévoyant  l'iiiver, 
]es  fourmis  pillent  dans  un  tas  de  blé,  et  portent  leur  bu- 
tin sous  leurs  toits  souterrains,  le  noir  bataillon  traverse 
la  plaine,  et  par  un  étroit  sentier  sous  l'herbe,  voiture 
son  fardeau  :  les  unes,  le  dos  chargé  d'un  grain  énorme, 
s'avancent  avec  effort;  les  autres  ferment  la  marche, 
rallient  les  traînards,  gourmandant  leur  paresse,  et  tout 
le  sentier  s'anime  d'un  travail  diligent.  » 

Pline  en  parle  de  la  manière  suivante  {Hisl.  naturelle, 
liv.  XI.  ch.  xxxvi):  «  Les   fourmis   font,   au  printemps, 
un  vermisseau  semblable   à  un  œuf.  Elles  travaillent  en 
commun,  comme  les    abeilles,    mais  celles-ci  fabriquent 
des  aliments  utiles,  tandisque  les  fourmis  les  enfouissent. 
«  Si  l'on  compare  à  la  taille  des  fourmis  les  fardeaux 
dont  elles   se  chargent,  on  conviendra  qu'aucun  animal 
n'a  proportionnellement  autant  de  force.  Elles  les  portent 
avec  leur    bouche  ;  les   fardeaux   plus   lourds,    elles   les 
poussent  à  reculons  avec  leurs  pattes  de  derrière,  en  ap- 
puyant sur  les  épaules.  Elles  ont  une  société   politique, 
I   de  la  mémoire,  de   la  prévoyance  :    avant  d'enfouir  les 
I  graines,  elles  les  rongent,  de  peur  qu'elles  ne  germent  en 
[  terre  ;  les  graines  trop  grosses  pour  entrer,  elles  les  di- 


160 


LE     NATURALISTE 


visent;  celles  qui  sont  mouillées  par  la  pluie,  elles  les 
tirent  dehors  et  les  font  sécher.  Elles  travaillent  même  de 
nuit  pendant  la  pleine  lune  ;  elles  se  reposent  quand  il 
n'y  a  pas  de  lune.  Dans  le  travail,  quelle  ardeur  !  quelle 
exactitude  !  Et  comme  elles  font  leurs  provisions  en  di- 
vers lieux,  sans  se  voiries  unes  lesaulres,  certains  jours 
sont  fixés,  espèces  de  foires,  où  l'on  passe  mutuellement 
en  revue  cequi  a  été  apporté.  Alors,  quel  concours  !  avec 
quelle  sollicitude  elles  s'entretiennent  pour  ainsi  dire  en- 
semble, et  paraissent  s'interroger  !  Nous  voyons  les  cailloux 
usëspar  leur  passage,  des  sentiers  frayés  par  leurs  tra- 
vaux ;  tant  il  est  vrai  qu'en  toute  chose  il  n'est  rien  que 
ne  puisse  faire  la  continuité  du  plus  petit  effort  !  Seules 
de  tous  les  êtres  vivants,  avec  l'homme,  elles  donnent 
la  sépulture  aux  morts.  » 

L'archevêque  de  Tours  Hildebert,  en  donnant,  dans 
son  livre  intitulé  Physiologus  une  monographie  de  la 
fourmi,  en  vers  léonins,  la  présente  aux  fidèles  comme  un 
modèle  à  imiter  : 

Exemplum  nobis  prœbet  formica  lahoris 

Quando  suo  soVUum  portât  iii  ore  ciburn, 
Inque  suis  factis  res  monstrat  spirituaies, 

Quas  quia  iudaeiis  non  aniat,  inde  reus. 
Ut  valeat  brumas  fieri  secura  futuj-œ, 

Est  caler;  interea  non  requiescit  ea,  etc. 

Il  y  a  ainsi  dix-huit  vers,  dont  la  césure  rime  avec  le 
dernier  pied  : 

«  La  fourmi  nous  donne  l'exemple  du  travail  lors- 
qu'elle porte  dans  sa  bouche  sa  nourriture  accoutumée 
et  que.  dans  ses  actes,  elle  indique  les  choses  spirituelles 
que  n'aime  pas  le  Juif,  coupable  par  cela  même.  Pour 
se  mettre  à  l'abri  des  soucis  de  l'hiver  futur,  elle  tra- 
vaille sans  discontinuer  pendant  tout  l'été. 

«  Travaillons,  nous  aussi,  mes  frères,  pendant  que 
nous  en  avons  le  temps,  à  nous  mettre  à  l'abri  des  soucis 
du  jugement  dernier. 

(c  Elle  prend  le  blé,  quand  elle  on  trouve,  et  rejette 
dédaigneusement  l'orge  :  ainsi  moi-même,  je  suis  la  loi 
nouvelle,  et  je  rejette  l'ancienne. 

«  Mais,  de  peur  que  le  grain,  mouillé  par  les  pluies, 
ne  vienne  à  germer,  et  qu'elle-même  ne  périsse,  la 
prudente  fourmi  le  divise  en  deux  parts;  de  même, 
la  loi  aussi  possède  deux  voies:  l'une  qui  nous  montre  la 
vie  terrestre,  l'autre  qui  nous  désigne  la  vie  céleste.  Notre 
esprit,  aussi  bien  que  notre  corps,  y  trouveront  leur 
nourriture;  faisons  en  sorte  de  suivre  ces  deux  indications, 
])Our  écarter  de  nous  toute  crainte  de  disette  au  temps 
du  jugement,  qui  est  semblable  à  l'hiver  pour  la  fourmi.  » 

Hugo  de  Saint- Victor  (De  besliis  et  aliis  rébus,  lib.  H, 
cap.  XXIX;  de  formicœ  naturâ)  fait  un  autre  rapproche- 
ment :  il  compare  les  vertus  des  fourmis,  qui  toutes 
travaillent  à  ramasser  du  grain,  aux  vierges  folles  {Mat- 
thieu, XXV)  qui,  ayant  négligé  de  mettre  de  l'huile  dans 
leurs  lampes,  en  demandent  ensuite  aux  vierges  sages  : 
Date  nobis  deoleo  vesti-o,  etc. 

Mais  les  anciens  connaissaient  aussi  une  fourmi  mi- 
neuse, une  fourmi  qui  exploitait,  dans  les  Indes,  les 
mines  d'or,  et  dont  la  taille  était  à  peu  près  celle  d'un 
renard;  fourmi  violente,  terrible,  douée  d'une  vitesse 
prodigieuse  et  massacrant  sans  pitié  tout  individu  qui 
cherchait  à  s'emparer  de  son  or.  ^lais  à  malin,  malin  et 
demi,  et  les  hommes  trouvaient  quand  même  le  moyen 
de  s'enrichir  à  ses  dépens. 

Écoutons    d'abord    Strabon    {Géographie,     livre    II, 

chap.  IX)  (I Nous  ferons  remarquer  que,  s'il  est  vrai, 

en  thèse  générale,  que  les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  l'Inde 


n'ont  fait,  la  plupart,  que  mentir,  Déimaque  les  surpasse 
tous  à  cet  égard,  et  que  Mégasthène  vient  tout  de  suite 

après  lui Ce  sont  eux,    en  efl'et,  qui  ont  parlé  des 

Enotocétes,  des  Astômes,  des  Arrhines,  des  Monophtalmes, 
des  Macroscèles,  des  Opistodaclyles;  eux  aussi  qui  ont 
renouvelé  la  fable  homérique  du  combat  des  grues  et  des 
pygmées,  eux  encore  qui  ont  fait  mention  de  ces  fourmis 
chercheuses  ou  fouilleuses  d'or,  de  ces  Pans  sphénocéphales 
et  de  ces  serpents  capables  d'avaler  cerf  et  bœufs  avec 
leurs  cornes,  etc. 

(Livre  XV,  chap.  xliv)  «  Revenons  aux  fourmis  cher- 
cheuses d'or.  Néarque  prétend  avoir  vu  de  leurs  peaux, 
qui  ressemblaient  tout  à  fait  à  des  peaux  de  léopards. 
Mégasthène,  de  son  côté,  nous  fournit,  à  leur  sujet,  les 
détails  suivants  :  «  Il  existe,  dit-il,  dans  le  pays  des 
Derdes  (on  nomme  ainsi  l'un  des  principaux  peuples  de 
la  partie  orientale  et  montagneuse  de  l'Inde),  un  haut 
plateau  de  3000  stades  de  tour  environ,  au  pied  duquel 
sont  des  mines  d'or  fouillées  uniquement  par  des  fourmis 
monstrueuses,  aussi  grosses,  pour  le  moins,  que  des 
renards,  et  qui,  douées  d'une  vitesse  extraordinaire,  ne 
vivent  que  de  chasse.  C'est  eu  hiver  qu'elles  creusent 
la  terre.  Comme  les  taupes,  elles  forment  avec  les  déblais 
de  petits  monticules  à  l'ouverture  de  chaque  trou.  Ces 
déblais  ne  sont,  à  proprement  parler,  que  de  la  poudre 
d'or,  laquelle  n'a  besoin,  pour  être  purifiée,  que  d'être 
passée  très  légèrement  au  feu.  Aussi,  les  habitants  du 
voisinage  en  enlèvent-ils  le  plus  ([u'ils  peuvent  à  dos  de 
mulet,  mais  en  se  cachant  soigneusement,  car,  s'ils  le 
faisaient  ouvertement,  ils  seraient  attaqués  par  les 
fourmis,  mis  en  fuite  et  poursuivis,  voire  même,  si  les 
fourmis  les  atteignaient,  étranglés  eux  et  leurs  mulets. 
Pour  tromper  la  surveillance  des  fourmis,  les  Derdes 
exposent  de  côté  et  d'autre  des  morceaux  de  viande,  et, 
quand  les  fourmis  se  sont  dispersées,  ils  enlèvent  à  leur 
aise  la  poudre  d'or,  u 

Théocrite  fait  allusion  à  ces  fourmis  dans  ces  vers 
{Idylle  XVII,  v.  106)  : 

Où  pàv  à-/pEï6;  ye  56[iw  évi  Tttovt  -/puaô; 
M'jpîxaxfov  aie  ti).o'jto;  à;t  xl-/UTai  (jLoysQVTwv. 

«  Cependant  ses  richesses  ne  sont  pas  oisives,  comme 
cet  or  qu'accumule  dans  l'Inde  l'avare  fourmi.  » 

Quant  à  Hérodote,  qui  raconte  aussi  comment  on 
s'empare  de  l'or  de  ces  fourmis  monstrueuses,  il  emploie 
un  autre  moyen  que  celui  qu'indique  Strabon,  et  qui  est 
autrement  compliqué.  {Histoire,  livre  III,  ch.  cil)  : 

«  Dans  oc  désert  de  sable  {voisin  de   la  ville  de 

Caspatyre),  naissent  des  fourmis  d'une  taille  extraordi- 
naire moindre  que  celle  d'un  chien,  mais  plus  grande 
que  celle  d'un  renard  (le  roi  de  Perse  en  l'ait  nourrir 
quelques-unes  qui  ont  été  capturées).  Ces  fourmis,  pour 
se  construire  leur  habitation  souterraine,  soulèvent  le 
sable,  de  la  même  manière  que  les  fourmis  ordinaires, 
auxi]uelles  elles  ressemblent  tout  à  fait  par  la  figure, 
ont  coutume  de  le  faire  dans  la  Grèce;  mais  le  sable 
qu'elles  retournent  est  aurifère.  Quand  les  Indiens  veu- 
lent iiénétrer  dans  le  désert,  cha(iue  homme  de  la  troupe 
attache  ensemble  trois  chameaux,  un  mâle  de  chaque 
côté,  une  femelle  au  milieu,  et  monte  sur  celle-ci,  qu'il 
a  l'attention  de  choisir  lorsqu'elle  vient  de  mettre  bas, 
ayant  encore  des  petits  extrêmement  jeunes... 

(.1  suivre.)  E.  Saxtini  de  Iîiols. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 
Paris.  —  Imprimerie  K.  Levé,  rue  Cassette,  n. 


19«  ANNÉE 


2'  Série  —    !«•  »-4« 


15  JUILLET  1897 


SUR  L'ARBRE  AFRICAIN   QUI  DONNE 

LE   BEURRE  DE   GALAM 


ou    DE 


KiRITE,  ET  SUR  SON  PRODUIT 


Le  sol  africain,  comme  celui  de  l'Inde,  possède  des 
Bassia  donnant  des  corps  gras  utiles  à  l'industrie  et  qu'on 
pourrait  désigner  aussi  sous  le  nom  de  beurres  à'Illipés. 
L'Illipé  africain  le  plus  commun  est  le  Butyrospermwn 
(Bassia)  Parkii  Kolscliy,  et  le  beurre  que  ces  graines 
fournissent  porle  les  noms  vulgaires  de  beurre  de  Galam, 
beurre  de  Bamboiick,  beurre  de  Ghi  ou  mieux  de  beurre  de 
Karité  ;  le  végétal  lui-même  est  appelé  arbre  de  Karité, 
Ghi.  Cette  plante  et  le  produit  gras  qu'elle  donne  avaient 
été,  avant  ce  travail,  l'objet  d'un  examen  sommaire  di'i 
à  Guibourt,  puis  à  Baucher,  mais  ces  observateurs  ont 
laissé  glisser  dans  ces  études  beaucoup  d'inexactitudes 
et  de  nombreuses  lacunes.  Je  crois  donc  devoir  donner 
une  description  plus  complète  de  ce  végétal. 

Le  Butyrospermum  Parkii  est  un  bel  arbre  atteignant 
la  bauteur  de  iii'uf  à  dix  mètres  et  l"'50  à   l^SO  de  dia- 


Fis 


1.  —  Aspect  d'un  pied  de  liulyrospennum  Parkii  abritant 
des  cases  nètrres  au  Soudan   français. 


mètre  au  tronc,  ramilié  comme  un  chêne  (Fiy.  1)  et  don- 
nant, suivant  la  variété  à  laquelle  on  s'adresse,  ou  ne 
donnant  pas  uu  suc  laiteux  qui  se  coagule  en  une  gutta- 
percha.  Condensées  au  sommet  de  rameau.x  forts, 
glabres  et  rugueux  (Fig.  2),  les  feuilles  sont  entières, 
Le  Naturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


coriaces,  pétiolées  et  stipulées.  Les  pétioles,  mesurant 
de  0™0S  à  Q^ifi'6  de  long,  sont  glabres  (mais  d'abord  pu- 
iiescents);  stipules  lancéolées,  subpersistantes,  longues 
de  0'°012  environ,  soyeuses  sur  le  dos  :  limbe  oblong  et 
lancéolé  mesurant  O^lo  à  O^SO  de  long  et  0">07a  à  O^IO 
de  large,  fortement  cunéiforme  ou  arrondi  à  la  base, 
subcoriace,   glabre  à  la  face  supèrii'ure  quand  l'organe 


Fig.  2.  —  Rameau  l'euillé  de  Butyrospermum  Parkii  Kotschy. 

est  complètement   développé,   fortement  pubescent  en 
dessous,  pourvu  de  20  à  25  nervures  primaires. 

Fleurs  en  ombelle,  naissent  en  mars  à  l'aisselle  des 
feuilles  au  sommet  des  rameaux;  pédoncules  de  0'°012 
à  0°'025  ou  plus,  longs,  fortement  recouverts  dans  leur 
jeune  âge  d'un  duvet  ferrugineux.  Calice  campanule, 
coriace,  avec  un  court  tube  et  habituellement  huit  seg- 
ments oblongs  lancéolés  ;  les  quatre  extérieurs,  recou- 
verts d'un  tomentum  ferrugineux  dense.  Corolle  aussi 
longue  que  le  calice  avec  segments  oblongs  glabre  et 
imbriqués  (Fig.  3,  n"  6).  Étamines  opposées  aux  segments 
de  la  corolle  et  insérées  à  leur  base  ;  anthères  oblongues 
lancéolées,  mesurant  O^OOS,  c'est-à-dire  ayant  la  moitié 
de  la  longueur  des  filets  glabres  et  subulés,  pollen  sphé- 
rique  présentant  quatre  pores.  Staminodes  larges, 
oblongs,  pointus  et  dentés  en  scie  sur  leurs  bords,  plus 
courts  que  les  étamines,  alternant  avec  les  filets  stami- 
naux  (Fiy.  3,  n"  7).  Ovaire  globuleux,  soyeux,  à  huit  ou 
dix  loges  renfermant  chacune  un  ovule  anatrope  ;  style 
grêle,  variable  en  longueur,  quelquefois  exsert,  d'autre 
fois  inclus  dans  la  corolle  :  forme  hétérostylée  dimorphe 
{Fig.  3,  n"  8).  Fruit  ellipsoïde  (baie)  avec  un  péricarpe 
mince,  solide  et  contenant  habituellement  une  seule 
semence  ellipsoïde  ou  ronde,  suivant  la  variété  envisagée, 
pourvue    de   cotylédons    très  péais.   Ce  fruit  est  de  la 


163 


LE     NATURALISTE 


grosseur  d'une  noix  ordinaire,  il  est  pour\Ti  d'un  sarco- 
carpe  savoureux,  succulent  et  excellent  au  goût  {Fig.  3, 
K»  12).  La  graine,  sur  laquelle  nous  reviendrons  à  propos 
de  son  emploi  dans  les  usages  domestiques,  est  recou- 
verte d'un  épisperme  lisse,  crustacé,  de  couleur  marron, 
qui  enveloppe  un  embryon  très  volumineux  sans  endo- 
sperme  (Fig.  6,  n<"  1  et  2).  Le  végétal  qui  nous  occupe 
est  encore  connu  sous  le  nom  de  Bassia  Parkii  G.  Don 
(A.  de  Candolle,  Prod.  xiii,  199;  Oliver.  Transactions 
Lthn.  Soc.  XXIX,  104,  t.  LXXIII)  ;  Butyrospemium  niloticum 
Kotschy,  Plant.  Knoblecher,  t.  I. 

D'après  Oliver  {Flora  of  tropical  Africa,  t.  III,  p.  332). 
il  habite  la  Gu  née  supérieure,  le  royaume  de  Bambara  où 
il  a  été  découvert  par  Mongo  Park;  dans  la  contrée  du 
Niger  ;  à  Nupe  Jeba,  etc.,  Abbeakuta  (Barter  et  D' Irving); 
dans  le  pays  du  Nil  ;  le  Nil  Blanc,  Gondo-Koro,  Djur, 
Kosanga,  et  la  contrée  des  Niams-lSiams,  Madi. 

A  ces  localités  ou  stations,  nous  pouvons  ajouter  les 
suivantes  qui  sont  plus  nombreuses  et  plus  précises  : 
«  Le  Karité  est  très  commun  dans  la  vallée  du  haut 
Niger  et  dans  celles  du  Bakoy,  du  Baoulé  et  de  leurs 
affluents  ;  on  en  rencontre  de  véritables  forêts  dans  le 
Bélédougou,  le  Fouladougou,  le  Manding,  le  Guéniéka- 
laris,  etc.  »  {Tour  du  monde.  Exploration  du  haut  Niger 
par  le  commandant  Galliéni,  numéro  du  31  mars  1883.) 
D'autre  part,  nous  devons  à  M.  Baucher  {Archives  de 
médecine  navale.  1884)  les  notions  suivantes  sur  le  même 
arbre  :  «  Il  croit  spontanément  dans  les  terrains  argilo- 
siliceux,  ferrugineux,  rocailleux  et  crevassés  qu'on  ren- 
contre le  plus  souvent  dans  les  plaines  du  haut  Sénégal, 
lorsqu'on  fait  route  sur  le  Niger.  D'une  manière  géné- 
rale, on  peut  dire  qu'il  existe  dans  toute  la  vallée  supé. 
rieure  du  Niger,  c'est-à-dire  dans  tous  les  pays  situés  à 
l'Est  de  nos  anciennes  possessions  sénégalaises  avant 
notre  pénétration  dans  le  Soudan.  Il  est  surtout  commun 
chez  les  Bambaras,  où  il  joue  un  rôle  très  important 
dans  l'alimentation,  la  médication,  etc.,  de  ces  peuplades 
du  Haut-Fleuve. 

«  On  le  signale  également  dans  le  Bouré  et  dans  l'est 
du  Fouta-Djallon,  où  il  est  plus  connu  sous  le  nom  de 
Karé  que  sous  celui  de  Karité. 

0  II  est  tout  à  fait  inconnu  sur  la  côte  et  dans  nos 
comptoirs  du  Sud,  et  même  sur  tout  le  parcours  du 
Sénégal  compris  entre  Médina  et  Saint-Louis  ;  il  faut 
remonter  jusqu'à  Boccaria  ou  Boukaria,  petit  poste  situé 
entre  Médine  et  Bafoulabé,  pour  en  rencontrer  quelques 
pieds  vigoureux  réunis  par  petits  groupes;  il  devient  de 
plus  en  plus  répandu  à  mesure  qu'on  s'avance  vers  Kita 
et  très  abondant  à  Bamakou,  point  fortifié  sur  le  Niger. 
((  Des  renseignements  puisés  à  diverses  sources^  nous 
permettent  également  d'affirmer  qu'il  est  très  commun  à 
Ségou  et  à  Tombouctou.  » 

M.  Corre  avait  exprimé,  touchant  le  grand  éloignement 
du  Karité  des  zones  littorales  africaines,  la  même  opi- 
nion dans  sa  Faune  et  Flore  du  Rio-Nunez  {Archives  de 
médecine  navale,  1869),  en  disant  :  «  L'on  croit,  à  Saint- 
Louis,  que  cet  arbre  est  commun  dans  le  Rio-Nunez  ;  il 
n'en  est  rien.  Le  beurre  de  Karité  ne  se  rencontre  qu'à 
plus  de  vingt  journées  de  marche,  et  au  delà  du  terri- 
toire du  Cercle,  en  plein  Fouta  ;  les  graines  qui  arrivent 
quelquefois  à  Boké,  et  toujours  en  petit  nombre,  n'y 
sont  guère  considérées  que  comme  des  objets  de  curio- 
sité. » 

Si  maintenant  nous  passons  dans  la  région  du  Nil, 
voici  ce  que  nous  révèle  G.  Schweinfurtli,  concernant 


les  localités  les  plus  importantes  de  ce  végétal.  On  le 
trouve  chez  les  Bongos,  chez  les  Mittous  et  chez  les 
Niams-Niams  (Au  cœur  de  l' Afrique,  tra.d.  Moreau,  1886). 
D'autre  part,  le  D'  Rançon  s'exprime  ainsi  dans  son 
remarquable  Voyage  d'exploration  scientifique  en  haute 
Gambie  {Annales  de  l'Institut  colonial  de  Marseille, pp.  24b, 
435  et  483  —  année  1893),  au  sujet  du  végétal  et  du  pro- 
duit qui  nous  occupent  : 

«  Dans  la  haute  Gambie,  je  n'ai  trouvé  le  Karité, 
depuis  Nétéboulou  jusqu'à  Damentan  qu'entre  le  mari- 
got de  Boulodiaroto  et  celui  de  Damentan,  et  encore 
n'en  ai-je  vu  là  que  quelques  rares  pieds.  Je  l'ai  retrouvé 
dans  le  Niocùlo,  particulièrement  le  long  de  la  route 
entre  Tomborocoto  et  Dikhoy  où  il  est  commun,  mais 
il  abonde  dans  tout  le  Niocolo.  J'ai  pu  le  voir  aux  envi- 
rons de  Sillakounda,  Diengui,  Dikhoy.  Toute  la  plaine 
de  Sillakounda  en  est  littéralement  couverte  et  nous  en 
avons  vu  là  des  pieds  qui  atteignent  une  taille  fort  res- 
pectable. Le  Karité,  dans  cette  région  du  moins,  ne 
pousse  pas  en  forêts  compactes.  Les  pieds  sont  distants 
les  uns  des  autres  d'environ  60  mètres.  Il  y  aurait  là 
matière  à  une  véritable  exploitation  agricole. 

«  Il  existe  au  Soudan  deux  variétés  bien  tranchées  de 
Butyrospermum  Parkii  :  le  Mana  et  le  Shee.  C'est  cette 
dernière  qui  est  de  beaucoup  la  plus  commune  et  elle  est 
facile  à  distinguer  de  sa  congénère,  le  Mana.  'Voici,  du 
reste,  leurs  caractères  principaux  :  à  première  vue,  on 
pourrait  aisément  les  confondre,  mais  un  examen  atten- 
tif permet  de  les  discerner  aisément.  L'écorce  du  Mana 
est  blanc  grisâtre  ,  ses  feuilles  sont  moins  vertes  que 
celles  du  Shee,  son  bois  est  moins  rouge,  sa  couleur  se 
rapproche  plutôt  du  jaune.  Son  fruit  a  bien  la  même 
forme  que  celle  du  Shee,  mais  sa  graine,  au  lieu  d'être 
ovale,  est  ronde,  enfin,  caractère  distinctif  capital,  à 
l'incision  du  tronc  ou  des  rameaux,  il  ne  laisse  dégout- 
ter aucun  latex  en  quelque  saison  et  en  quelque  circons- 
tance que  ce  soit. 

0  L'écorce  du  Shee  est,  au  contraire,  noirâtre  et  pro- 
fondément fendillée.  Son  bois  est  d'un  rouge  vif  à  la 
périphérie  et  le  cœur  en  est  d'un  rouge  tendre  veiné  de 
blanc  et  de  jaune.  Son  feuillage  est  relativement  abon- 
dant. Ses  fleurs  sout  blanches,  portées  à  l'extrémité  d'un 
long  pédoncule;  le  fruit  est  une  baie  à  pulpe  savou- 
reuse. La  graine  est  ovale.  La  floraison  a  lieu  du  milieu 
de  janvier  à  fin  février  et  les  fruits  sont  murs  en  juin 
ou  juillet,  selon  les  régions.  Ils  tombent  quand  ils  sont 
arrivés  à  maturité  complète,  et,  sous  les  arbres,  le  sol 
est  jonché  de  graines.  Ces  graines  rancissent  vite  et 
perdent  leur  faculté  germinative  par  ce  rancissement. 

«  Pour  les  faire  germer,  il  faut  avoir  le  soin  de  les 
recueillir  à  l'état  de  fruit  sur  l'arbre  et  de  les  mettre 
immédiatement  en  terre. 

«  Le  Shee,  aussi  bien  que  le  Mana  du  reste,  se  déve- 
loppe très  lentement  et  c'est  à  peine  si,  au  bout  de  20  ans 
environ,  son  tronc  acquiert  un  diamètre  de  0'»20. 

«  On  trouve  le  Karité,  d'une  façon  générale,  dans  tout 
le  Soudan  français,  mais,  comme  je  l'ai  dit,  le  Shee  est 
plus  commun.  On  ne  trouve  guère  le  Mana  que  dans  les 
régions  méridionales  de  notre  Soudan  et  encore  y  est-il 
assez  rare. 

«  Le  Karité  habite  de  préférence  les  terrains  à  latérite 
et  les  roches  ferrugineuses  ;  il  est  rare  d'en  trouver  dans 
les  argiles  compactes.  Nous  avons,  à  ce  point  de  vue, 
remarqué  que  le  Mana  affectionne  spécialement  ces 
derniers  terrains,  tandis  que  les  premiers  sont  surtout 


LE    NATURALISTE 


163 


recherchés  par  le  Shee.  On  ne  trouve  que  rarement  l'une 
ou  l'antre  variété  sur  les  bords  des  marigots.  Elles  fuient 
les  terrains  vaseux  et  marécageux.  Il  n'est  pas  rare  de 
voir  de  beaux  échantillons  se  développer  parfois  vigou- 
lousement  entre  des  rochers  où  la  terre  végétale  semble 
faire  complètement  défaut.  En  général,  les  Karités  qui 
poussent  dans  de  semblables  conditions  atteignent  de 
faibles  proportions  et  afl'ectent  des  formes  bizarres  qui 
frappent  )Kir  leur  étrangeté  et  leur  monstrueux  aspect. 
Les  Karités  qui  se  développent,  au  contraire,  dans  les 
terrains  riches  en  latérite,  sont  de  beaux  végétaux,  à 
tiges  absolument  droites  et  à  ramure  et  feuillage  bien 
fournis.  De  ce  qui  précède,  on  peut  conclure  que  l'aire 
d'extension  du  Karité  est  considérable  au  Soudan.  Mais 
on  ne  le  trouve  ni  dans  le  Baol,  ni  dans  le  Saloum,  le 
Sine,  le  Foutah,  le  Oulé,  le  Sandougou,  le  Niani,  le 
Bondou,  c'est-à-dire  dans  aucun  des  pays  dont  le  sol  est 
formé  de  sables  ou  d'argiles.  Par  contre,  on  le  trouve 
dans  tout  le  Soudan  et  le  Foutah-Djallon  :  à  l'Ouest,  il 


commence  à  apparaître  vers  lb''lO'  de  long.  Ouest  et  au 
Nord,  vers  1C"22'  de  latitude.  On  ne  trouve  plus  ati  Sud, 
ni  Mana,  ni  Shee,  au-dessous  de  la  lalilU(l<'  de  la  Mella- 
corée.  » 

M.  G.  Borelly  me  signale  la  présence  du  Karité  dans 
le  Dahomey,  à  Savalou,  où  il  commence  à  devenir  com- 
mun, et  à  Carnotville,  où  il  vient  en  îlots  ;  sur  le  9°  paral- 
lèle, en  allant  de  Carnotville  vers  le  Niger,  il  serait  très 
abondant  d'après  le  commandant  Toutée  ;  à  l'ouest,  de 
Carnotville,  il  serait  aussi  commun  d'après  le  R.  P. 
Jeankel.  Dans  la  'Volta,  M.  G.  Borelly  a  constaté  qu'il 
paraît  à  la  hauteur  de  Annoum,  et  il  devient  abondant  à 
Kratchi. 

Enfin,  M.  Dibowsky  le  signale  dans  le  haut  Congo 
français  :  il  existerait  dans  l'Oubanghi  et  la  Sanglia. 

Après  cette  extension  donnée  aux  diverses  stations  de 
cet  arbre  précieux,  après  cette  description  rectificative 
du  végétal  rendue  nécessaire  par  les  erreurs  et  les 
inexactitudes   qui  en    obscurcissaient  la  connaissance, 


Kig.  3.  —  hutyrospermum  Païkii  Kotschy  (variété  Shee  à  graine  ovale). 
1,   Graine   entière    pourvue  de    son   spermoderme  ;  —   2,  La  même  dépouillée  de  son  spcrmoderme  crustacé  ; —  3,  Coupe 
longitudinale   de   la   graine    grasse;    i,  Coupe  transversale  d'un   rameau    âgé;   —   5,  Coupe  transversale  d'un  rameau 
jeune;  6,    Fleur  entière;   7,    Fleur    tendue  et  ouverte;  8,    Ovaire,  style  et  stigmate;  9,  Coupe  transversale   d'un  l'ruit 
jeune,    10,  Grain  de   pollen;   U,    Coupe    transversale    du    spermoderme  crustacé  ;  12,  Fruit  jeune. 


nous  nous  occuperons  de  ses  parties  utiles.  «  Les  fruits 
sont  consommés  sur  place  par  les  indigènes  (1);  au 
nombre  de  6  à  8  par  rameaux  sur  les  plants  vigoureux 
et  en  plein  rapport,  ils  arrivent  à  complète  maturité  en 
juillet  et  août.  Ils  sont  de  la  grosseur  d'une  de  nos  fortes 
prunes  de  France  et  forment  des  drupes  à  épicarpe  d'un 
vert  noirâtre  à  maturité.  Le  sarcocarpe  est  charnu,  ver- 
dâtre,  comestible...  »  (Baucher). 

Certains  auteurs  rapprochent  sa  saveur  de  celle  de 
nos  sorbes    blettes,  mais  M.  Baucher  déclare  qu'il  est 

1.1)  M.  Baucher  dit  à  propos  do  la  récolte  :  «  On  ne  fait  pas 
la  cueillette  de  ce  fruit  à  proprement  parler,  mais  chaque 
matin  les  femmes  et  les  enfants  vont  ramasser  ceux  qui  sont 
tombés.  » 


difficile  d'en  comparer  le  goût  à  celui  de  nos  fruits  de 
France  ;  cependant,  ajoute-t-il,  à  ce  point  de  vue,  il  se 
rapprocherait  assez  du  prunier  sauvage.  La  mission  Gal- 
liéni  {loc.  cit.)  déclare,  par  contre,  que  cette  chair  est 
savoureuse  et  excellente  au  goût.  Quoi  qu'il  en  soit  de 
la  valeur  de  cette  pulpe  qui  est  sans  intérêt  pour  nous, 
le  fruit  de  la  variété  Shee,  dépouillé  de  son  sarcocarpe 
de  l  cent,  d'épaisseur  au  plus,  livre  une  graine  ovoïde 
recouverte  d'un  spermoderne  dur,  corné,  lisse,  luisant, 
de  couleur  Isabelle.  Mais  cette  coque  n'est  pas  uniformé- 
ment lisse  et  luisante  sur  toute  son  étendue  ;  elle  pré- 
sente une  surface  rugueuse,  en  forme  de  cœur  allongé  et 
portant  à  son  sommet  un  pinceau  de  fibres  (faisceaux 
fibro-vasculaires  nutritifs  de  la  graine)  qui  constituent 


164 


LE    NATURALISTE 


I   _   ►->  a>  "^ 

P-  S  o 

fTc-S" 
3  V  2  ™ 


les  traces  du  trophosperme  (cordon  ombilical)  :  c'est  la 
surface  hilaire  (Fig.  3,  11°  i).  Le  volume  et  le  poids  de 
cette  graine  sont  éminemment  variables.  Sur  un  total  de 
50  kilogr.  environ  de  ces  graines  sèches,  j'ai  pu  trouver 
les  trois  catégories  indiquées  dans  le  tableau  ci-dessous 
avec  leurs  poids  relatifs  d'embryon  et  de  spermoderme  : 

Graine  tri's  petite  pesant  j  Spermoderme.    dgr.riO 
4  gr.  80  donne I  Embryon 3gr.50 

Graine   moyenne   pesant  (  Spermoderme.     i  gr.90  ' 
8  gr.  30  donne t  Embryon 6  gr.40 

Graine    grosse    pesant  j  Spermoderme.    3 gr.90 
U  gr.  10  donne I  Kmbryon 7gr.30 

Une  coupe  transversale  du  spermoderme  m'a  donné 
les  couches  suivantes.  On  trouve  en  strates  très  serrées, 
et  sans  méat  entre  elles,  des  cellules  ligneuses  à  parois 
très  épaisses  et  présentant  une  lumière  linéaire  (Flg.  3, 
n»  11). 

Cette  enveloppe  crustacée  est  sans  intérêt  d'applica- 
tion, mais  il  n'en  est  pas  de  même  de  la  graine  formée 
entièrement  par  l'embryon  et  par  une  enveloppe  (teg- 
men)  très  mince,  de  couleur  brune  et  veinée  de  blanc. 
De  consistance  ferme  et  cireuse,  de  couleur  blanche 
quand  elle  est  fraîche,  la  graine  devient  brun  rougeâtre 
quand  elle  a  vieilli  et  qu'elle  a  perdu  son  eau  de  végéta- 
tion. Son  odeur  est  aromatique  et  agréable  ;  on  retrouve 
cette  odeur,  du  reste,  dans  le  corps  gras,  quand  ce  der- 
nier a  été  séparé  de  la  graine  par  des  dissolvants  appro- 
priés. Sur  une  coupe  longitudinale  de  cette  graine,  on 
trouve,  en  allant  de  l'extérieur  vers  l'intérieur  :  l"  une 
couche  Iprotectrice  appartenant  au  tegmen  ;  2"  un  épi- 
derme  à  une  couche  de  cellules  plates  ;  3"  des  cellules 
vides  de  grande  dimension  disposées  en  séries  longitu- 
dinales ou  éparses  dans  des  cellules  plus  petites  formant 
le  fond  constitutif  de  l'embryon  ;  ces  grandes  cellules 
n'ont  pas  de  contenu;  4°  des  cellules  plus  petites  pleines 
ou  vides.  Les  cellules  pleines  ont  un  contenu  gras  coloré 
en  jaune  et  renfermant  de  l'aleurone,  les  autres  petites 
cellules  sont  entièrement  vides  (Fig.  3.  n"  3). 

D'-  E.  Heckel. 


LA  LÉGENDE  DE  ROMULUS 

EXPLIQUÉE  PAR  L'HISTOIRE  NATURELLE 


Nous  avons  tous  appris  dans  notre  enfance  la  légende 
de  Romulus  et  de  Rémus  allaités  par  une  louve,  légende 
qui  a  toujours  passé  pour  une  fable.  Pourtant  divers 
faits,  recueillis  par  les  naturalistes,  tendraient  à  lui  don- 
ner une  certaine  véracité. 

S'il  faut  en  croire  le  D''  Jonathan  Franklin,  on  aurait 
trouvé  à  différentes  reprises,  aux  Indes,  des  enfants  sau- 
vages vivant  parmi  les  loups.  Il  cite  d'abord  (Vie  des  ani- 
maux) l'histoire  d'un  petit  garçon  de  neuf  à  dix  ans,  vu 
par  des  chasseurs  près  de  la  rivière  Goumti,  en  compa- 
gnie d'une  louve  et  de  trois  louveteaux,  et  capturé  au  mo-' 
ment  où  il  rentraitavec  eux  dans  la  tanière,  tn  18i3,  un 
enfant  de  trois  ans,  marqué  d'un  signe  et  d'une  brûlure 
au  genou  gauche,  fut  enlevé  par  un  loup,  dans  les  envi- 
rons de  Sultanpoor.  Six  ans  après,  il  fut  retrouvé  avec 
trois   louveteaux.  Capturé  et  reconnu    quelque    temps 


après  par  sa  mère,  grâce  au  signe  et  à  la  brûlure,  il  resta 
tout  à  fait  sauvage,  rôdant  dans  le  village  pendant  le  jour, 
se  sauvant  dans  la  jungle  à  la  tombée  de  la  nuit  pour  y 
rejoindre  les  loups,  ses  amis  d'enfance. 

Le  troisième  cas  est  celui  d'un  petit  sauvage  vivant 
avec  deux  louveteaux  [et  capturé  par  un  soldat  du  rajah 
Hurdut.  Il  fut  conduit  à  Bondée  où  un  domestique,  nom- 
mé Janoo,  l'adopta  et  le  dressa  à  lui  rendre  quelques  ser- 
vices. La  nuit,  les  jeunes  loups  venaient  le  voir  et  jouer 
avec  lui.  Un  soir  il  s'échappa  et  on  ne  le  revit  jamais. 

Enfin  la  Revue  scientifique  a  signalé,  il  y  a  quelque 
temps,  la  mort  d'un  homme  sauvage  d'une  quarantaine 
d'années,  capturé  en  1867  dans  la  province  d'Agra,  en 
compagnie  d'une  louve. 

A  l'instar  des  loups,  les  orangs-outangs  enlèveraient 
aussi  parfois  de  jeunes  enfants,  et,  les  transportant  dans 
leurs  forêts,  s'y  affectionneraient  et  leur  feraient  partager 
leur  vie  sauvage.  Elie  Berthet  a  écrit  sur  cette  donnée 
un  intéressant  roman,  irtlitulé  l'Homme  des  bois.  Ces 
faits  ne  paraîtront  pas  impossibles  si  l'on  connaît  les 
fréquentes  anomalies  des  sentiments  affectifs  chez  les 
animaux.  On  a  observé,  par  exemple,  des  cas  de  vive  af- 
fection entre  un  singe  et  un  chien,  un  pécari  et  un  chien, 
un  phoque  et  un  chien,  un  pigeon  et  une  poule,  un  ter- 
rier et  un  hérisson,  un  cheval  et  un  cochon,  un  cheval  et 
une  poule,  un  chat  et  une  souris,  un  renardet  un  basset, 
un  caïman  et  un  chat.  Il  n'est  pas  rare  de  voir  des  che- 
vaux s'affectionner  à  des  chiens  et  des  chats,  et  contents 
de  les  porter  sur  leur  dos  à  l'écurie.  Le  D'  Jonathan 
Franklin  éleva  ensemble  un  ours  du  Bengale,  un  chat, 
un  chien,  un  petit  oiseau  bleu  de  l'Inde  et  un  loup,  et 
tous  vécurent  en  bonne  harmonie,  mangeant  au  même 
plat.  L'ours  était  tout  particulièrement  le  favori  du  chien. 
Rapi)elons  aussi  le  terrier,  cité  par  Cuvier,  qui  dépérit  et 
mourut  de  douleur  de  la  perte  d'un  lion  captif,  son  com- 
pagnon chéri. 

Dans  son  beau  livre  sur  l'évolution  mentale  chez  les 
animaux,  Romanes  a  recueilli  de  nombreux  exemples 
sur  cet  intéressant  sujet.  Un  mareca,  blessé  et  soigné 
par  lui,  conçut  une  véritable  passion  pour  le  paon  de  la 
basse-cour  qu'il  suivait  pas  à  pas,  sans  que  l'autre  y  fit 
du  reste  la  moindre  attention.  La  nuit,  le  paon  perchait 
sur  le  toit  et  le  mareca,  ne  pouvant  y  voler,  s'accroupis- 
sait à  terre  le  plus  près  possible.  Autre  exemple  fort  cu- 
rieux, fourni  par  le  colonel  Montagu  :  Un  pointer  fut  sé- 
vèrement châtié  pour  avoir  tué  un  jars  chinois  dont  on 
lui  suspendit  les  restes  autour  du  cou.  L'oie  veuve,  très 
affectée  de  la  perte  de  son  mari,  et  attirée  probablement 
par  la  vue  du  cadavre,  poursuivit  sans  relâche  le  meur- 
trier de  ses  vociférations.  Mais  ]ieu  à  peu  une  amitié 
étroite  s'établit  entre  les  deux  animaux,  et  lorsque  le 
chien  était  à  la  chasse,  les  lamentations  de  l'oie  ne  ces- 
saient pas. 

Une  affection  maternelle  peut  aussi  apparaître  entre 
animaux  de  races  différentes  et  même  ennemies.  L'ex- 
périence suivante  a  été  faite  par  Romanes.  Il  donna 
trois  jeunes  furets  à  une  poule  de  Brahma  très  jeune 
et  n'ayant  encore  jamais  élevé  de  couvée.  Elle  les 
adopta  presque  immédiatement  et  les  couva  pendant  plus 
d'une  quinzaine.  Deux  ou  trois  fois  par  jour  elle  quittait 
le  nid,  invitant  les  petits  à  la  suivre  ;  mais  les  entendant 
crier  à  cause  du  froid,  elle  revenait  sur  eux  pour  six  ou 
sept  heures  encore.  En  un  jour,  elle  apprit  la  signification 
de  leurs  cris  de  détresse,  et  dès  le  deuxième  jour,  elle 
courait  avec  grande  agitation  vers  l'endroit  où  on  les  ca- 


LE     NATURALISTE 


165 


chait.  Ellfi  lissiiit  U'ur  poil  avec  son  boc,  commp  les 
poules  les  plumes  de  leurs  poussins,  l'arfois  elle  s'arrê- 
tait et  regardait  avec  étonnement  son  étrange  nichée. 
Lorsque  les  furets  la  mordaient,  elle  s'envolait  en  criant. 
Quand  on  les  prenait,  elle  montrait  beaucoup  d'inquié- 
tude et  il  fallut  les  nourrir  dans  le  nid  même.  Dès  qu'elle 
voyait  arriver  leur  lait,  elle  gloussait,  puis  surveillait 
leur  repas  avec  satisfaction. 

Depuis  .Jupiter  qui  fut  nourri  par  la  chèvre  Amalthée, 
bien  des  enfants  ont  tété  des  clièvres.  Les  exemples  de 
chiens  nourris  par  des  chattes  ne  manquent  pas  non 
plus.  Une  fois  même  une  chatte  fut  nourrice  d'un  petit 
levraut.  Mais,  dira-t-on,  toutes  ces  adoptions  avaient  été 
suggérées  par  l'homme.  En  voici  une  autre  plus  curieuse 
parce  qu'elle  dépend  entièrement  de  la  volonté  de  l'ani- 
mal. 

Une  chatte,  domiciliée  dans  l'écurie  de  Marmaduke 
Maxwell,  ayant  eu  cinq 
petits,  on  lui  en  enleva 
trois  peu  après  leur  nais- 
sance. Le  lendemain,  on 
s'aperçut  qu'elle  avait 
remplacé  ses  petits  perdus 
par  trois  jeunes  rats, 
qu'elle  soignait  avec  les 
deux  chats  restants. Quel- 
ques jours  après,  on  lui 
enlevait  les  deux  derniers 
chats,  qu'elle  remplaçait 
rapidement  par  deux  au- 
tres ratons.  Enfermés 
dans  une  stalle  vide,  ils 
couraient  hientot  agile- 
ment de  tous  côtés,  mais 
revenaient  vers  elle  pour 
téter. 

Le  désir  de  jjrogéniture 
peut  pousser  aussi  les 
oiseaux  libres  à  adopter 
les  petits  d'autresespèces. 
En  juillet  1878,  un  obser- 
vateur consciencieux 
trouvait  un  nid  conte- 
nant des  jeunes, nourris  à  la  fois  par  un  roitelet  etun  moi- 
neau. Les  |)etits  étaient  des  roitelets,  et  le  moineau 
continua  à  les  nourrir  lorsiju'ils  eurent  quitté  le  nid.  Le 
roitelet  venait  hardiment  et  constamment  au  nid;  le 
moineau  très  timide  apparaissait  moins  souvent. 

Il  ne  faut  donc  pas  se  hâter  de  juger  les  faits  d'après 
une  loi  absolue  et  invariable,  quand  il  s'agit  des  mœurs 
des  animaux,  susceptibles  de  capricieuses  variations 
tout  comme  les  nôtres; et  si  les  loups  mangent  d'ordinaire 
les  enfants,  ils  sont  peut-être  capables  parfois  de  s'y 
attacher,  comme  les  chiens,  leurs  proches  parents. 

Regnault. 


Production  spontanée  de  gypse  cristallisé  sur  un  échantillon  Je  cal- 
caire conservé  depuis  "mgt  an«  dans  un  tiroir  de  la  collection  de 
géologie  au  Muséum  de  Paris.  Grandeur  naturelle. 


CRISTALLISATION  SPONTANÉE  OU  GÏPSE 

En  faisant  récemment  au  Muséum  quelques  rangements 
dans  la  belle  collection  géologi(iue  rapportée  d'Asie-Mi- 
neure par  M.  Albert  Gaudry  en  1834,  je  fus  frappé  de  l'as- 
pect de  plusieurs  échantillons  recouverts  d'une  admirable 
toison  de  longs  cheveux  incolores,  transparents,  donnant 
l'idée  du  verre  filé,  mais  évidemment  cristallin.  Un  essai 


rapide  montra  (pie  ces  cristaux  consistent  en  gypse,  et  il 
fut  facile  de  reconnaître  à  la  loupe  la  forme  prismatique 
normale  et  seulement  allongée  il'une  manière  exagérée. 
Ce  qui  rend  ces  prismes  de  gypse  intéressants,  c'est 
qu'ils  se  sont  produits  depuis  que  les  échantillons  qui  les 
portent  sont  renfermés  dans  nos  tiroirs  du  Muséum.  La 
roche  qu'ils  sont  venus  agrémenter  d'une  façon  si  no- 
table et  dont  ils  masquent  maintenant  les  caractères  pro- 
pres, est  un  calcaire  fragmentaire  jaunâtre  et  rougeàtre, 
affleurant  à  Kan,  entre  Jérusalem  et  .Jéricho,  et  où  l'a- 
nalyse décèle  la  présence  de  sels  divers  et  surtout  d'alun, 
c'est-à-dire  de  sulfate  d'alumine. 

Il  est  facil(!  de  comprendre  que  ces  substances  salines 
ont  pu  réagir  sur  le  carbonate  de  chaux  pour  amener  la 
constitution  du  gypse  ;  mais  ce  qu'on  s'explique  moins 
vite,  c'est  que  cette  réaction,  déjà  pou  facilitée  parla  sé- 
cheresse des  spécimens,  .ait  pu  se  manifester  par  la  pro- 
duction de  fines  aiguilles 
dépassant  souvent  de 
beaucoup  1  centimètre 
et  atteignant  parfois  2 
centimètres  de  longueur. 
Que  devient  dans  cette 
production ,  d'ailleurs 
fréquente  dans  les  collec- 
tions, le  fameux  axiome 
classique  :  «  Corpora  non 
agunt  nhi  solula  »  '!  Et 
que  devient  surtout  la 
vieille  opinion  de  l'iner- 
tie des  [lierres'? 

Quand  M.  Gaudry  a 
recueilli  les  échantillons 
de  calcaire,  quand  ils 
les  a  étudiés  plus  tard 
pour  les  introduire  dans 
la  collection  de  géologie 
du  Muséum,  il  n'y  avait 
à  leur  surface  aucune 
trace  de  la  belle  végéta- 
tion cristalline  dont  nos 
lecteurs  ont  le  portrait 
sons  les  yeux.  Si  celle- 
ci  s'est  produite  dans  le  silence  des  tiroirs,  c'est  que 
les  molécules  constituantes  des  spécimens  emprisonnés 
sont  en  mouvement  continuel.  Les  particules  de  même 
nature  s'attirent  réciproquement  au  milieu  des  autres, 
elles  se  groupent,  elles  s'allongent  en  cristaux  et  une 
croissance  mystérieuse  s'accomplit. 

C'est  la  reproduction,  sur  une  très  petite  échelle,  de 
phénomènes  à  chaque  instant  en  cours  dans  le  grand  La- 
boratoire de  la  Nature.  Partout,  on  voit  la  matière  s'ar- 
ranger, se  chercher,  se  grouper  et  se  manifester  en  tissus 
plus  ou  moins  volumineux  et  parfois  cristallins,  jusque 
dans  l'épaisseur  des  roches  les  plus  compactes.  Cette 
mobilité  témoigne  d'un  fait  dominateur  de  toute  la  géo- 
logie, qu'on  a  complètement  méconnu  pendant  très 
longtemps  et  auquel,  encore  aujourd'hui,  on  n'accorde 
pas  toute  l'importance  qu'il  mérite. 

Il  résulte  en  effet  des  observations  les  plus  diverses 
que  le  milieu  géologique  est  le  théâtre  de  véritables 
fonctions  physiologiques  cjui  le  rendent  très  comparable 
aux  profondeurs  des  organismes  vivants.  Des  circula- 
tions incessantes  de  hquide  et  de  gaz  y  déterminent  des 
rapprochements  et  des  séparations  de  matière,  des  réac- 


166 


LE     NATURALISTE 


lions  chimiques  extraordinairement  variées,  une  trans- 
formation jamais  finie  des  roches  et  des  terrains.  Les 
progrès  du  refroidissement  spontané  de  la  terre  y  déve- 
loppent aussi  des  appels  vers  le  centre  des  matériaux  d'a- 
bord retenus  dans  les  zones  périphériques  et  qui,  pro- 
gressivement, sont  ravis  aux  couches  fluides  pour  s'in- 
corporer dans  la  croûte  solide.  La  contraction  du  noyau 
développe,  dans  l'écorce  superposée,  des  pressions  qui  se 
traduisent  par  dos  déplacements  dont  la  surrection  des 
montagnes  est  l'apogée  et  qui  a  son  contre-coup  comme 
son  correctif,  au  point  de  vue  de  l'équilibre  tellurique, 
dans  l'émoussement  des  reliefs  et  dans  le  comblement 
des  abîmes  par  les  phénomènes  superficiels  de  dénuda- 
tion  et  de  sédimentation. 

On  est  quelquefois  porté  à  faire  une  grande  différence 
entre  une  pierre  et  un  être  organisé  au  point  de  vue  de 
son  activité  propre  et  à  comparer  la  pierre  à  un  objet 
essentiellement  mort.  Il  est  de  fait  que  dans  nos  collec- 
tions les  pierres,  en  général,  ne  manifestent  rien  qui  res- 
semble à  de  la  vitalité;  mais  il  en  est  de  même  des 
plantes  dans  les  herbiers,  des  oiseaux  empaillés  ou  des 
papillons  piqués  et  desséchés.  Dans  la  nature  les  roches 
sont  toutes  différentes,  et  nous  voyons,  par  l'échantillon 
dessiné,  qu'il  leur  arrive  à  l'occasion  de  continuer  à  vivre 
dans  nos  cartons  comme  bourgeonnent  d'ailleurs  et  mû- 
rissent quelquefois  des  plantes  entre  les  papiers  à  filtre, 
comme  pondent  des  insecteSj  des  jours  après  qu'ils  ont 
été  transpercés  par  les  épingles. 

Le  tableau  des  phénomènes  vraiment  physiologiques 
qui  se  manifestent  dans  le  tissu  des  roches  est  fait  pour 
intéresser  tous  les  amis  de  l'histoire  naturelle.  J'ai  es- 
sayé de  le  tracer  dans  un  ouvrage  que  la  librairie  Colin 
publie  en  ce  moment,  sous  ce  titre  Nos  terrains  et  qui, 
accessible  même  aux  personnes  les  plus  étrangères  à  la 
science,  constituera  une  sorte  d'introduction  à  tous  les 
traités  de  géologie. 

Stanislas  Meunier. 


ANIMAUX 

Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de   bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Ln    Foui-mi    [Suite] 

cm...  —  d'y.  —  C'est  sur  cette  monture,  et  avec 
des  attelages  ainsi  disposés,  que  les  Indiens  vont  à  la 
recherche  de  l'or,  en  prenant  soin  de  choisir,  pour  s'en 
emparer,  l'époque  de  la  plus  grande  chaleur,  pendant 
laquelle  les  fourmis  se  tiennent  ordinairement  sous 
terre 

CV.  —  Les  Indiens  arrivent  dans  le  désert  munis  de 
sacs  qu'ils  se  hâtent  de  remplir  de  ce  sable  aurifère,  et 
reviennent  promptement  sur  leurs  pas,  car  les  fourmis, 
excitées,  à  ce  que  disent  les  Perses,  par  l'odeur,  se  n-et- 
tent  à  leur  poursuite;  et  la  rapidité  de  ces  animaux  est 
telle  que  si,  pendant  le  temps  que  les  fourmis  mettent  à 
se  rassembler,  les  Indiens  ne  prenaient  l'avance,  aucun 
d'eux  ne  pourrait  échapper. 

Il  arrive  même  souvent  qu'ils  sont  obligés  de  lâcher, 
non  pas  à  la  fois,  mais  l'un  après  l'autre,  les  deux  cha- 


meaux mâles,  qui  vont  moins  vite  que  les  femelles. 
Mais  celles-ci,  animées  par  le  désir  de  revoir  leurs  petits, 
ne  faililissent  pas  et  soutiennent  la  course.  C'est  de  cette 
manière,  suivant  les  Perses, que  les  Indiens  se  procurent 
la  plus  grande  partie  de  l'or  qu'ils  possèdent.  Celui  qui 
provient  de  l'exploitation  des  mines  du  pays  est  beau- 
coup plus  rare. 

Pline  n'aurait  eu  garde  d'oublier  ce>  étranges  fourmis 
dans  son  Histoire  nnturelU'.  Aussi,  lisons-nous  au  cha- 
pitre XXXVI  du  livre  XI  :  «  Les  cornes  d'une  fourmi  in- 
dienne attachées  dans  le  temple  d'Hercule,  à  Erythres, 
ont  excité  l'étonnement.  Cette  fourmi  tire  l'or  des  ca- 
vernes, dans  le  pays  des  Indiens  septentrionaux  appelés 
Dardes.  Elle  a  la  couleur  du  chat  et  la  taille  du  loup 
d'Egypte.  Cet  or,  qu'elle  extrait  durant  l'hiver,  est  dé- 
robé par  les  Indiens  pendant  les  chaleurs  de  l'été,  dont 
l'ardeur  fait  cacher  les  fourmis  dans  leurs  terriers.  Ce- 
pendant, mises  en  émoi  par  l'odeur,  elles  accourent  et 
souvent  déchirent  les  voleurs,  bien  qu'ils  s'enfuient  sur 
des  chevaux  très  rapides,  tant  sont  grandes  leur  agilité 
et  leur  férocité,  jointes  à  la  passion  de  l'or.  »  .  - 

Dans  son  Êléyie  xiii  du  livre  III,  sur  l'Avarice  des 
femmes,  Properce  fait  aussi  allusion  à  ces  fourmis  : 

«  Vous  demandez  pourquoi  une  avide  beauté  nous 
vend  si  cher  une  de  ses  nuits,  et  pourquoi  l'on  accuse 
l'amour  d'avoir  épuisé  tant  de  patrimoines?  Il  n'est  que 
trop  facile,  hélas!  de  dire  la  cause  de  ces  désastres!  un 
luxe  que  rien  n'arrête  envahit  Rome  de  toutes  parts  : 

Inda  cavis  aurum  mittit  formica  metallis. 

Et  venit  e  rubro  conclia  Erycina  salo; 
Et  Tyrus  ostrinos  praebet  Cadmea  colores, 

Cinnamon  et  multi  pastor  odoris  Arabs,  etc. 

«  C'est  pour  nous  que  la  fourmi  indienne  arrache  l'or 
à  ses  mines  profondes;  que  la  mer  Rouge  abandonne 
ses  coquillages  précieux;  que  Tyr,  patrie  de  Cadmus, 
envoie  sa  pourpre  et  ses  riches  couleurs:  que  le  berger 
d'Arabie  cultive  ses  herbes  odorantes,  etc.  » 

Le  chanoine  Hugo  de  Saint- Victor  (De  bestiis  et  aliis 
rébus,  lib.  II,  cap.  xxix)  raconte  aussi  la  fable  des  four- 
mis mineuses,  mais  d'une  toute  autre  façon  que  Strabon 
et  Hérodote  : 

«...  On  dit  qu'il  y  a  ou,  on  Ethiopie,  des  fourmis 
grosses  comme  des  chiens,  qui  extraient  avec  leurs 
pattes  des  sables  d'or  et  les  gardent  contre  les  voleurs, 
tuant  même  ces  derniers.  Mais  ceux  qui  veulent  s'em- 
parer de  cet  or  agissent  de  la  manière  suivante  :  ils 
prennent  des  juments  qu'ils  font  jeûner  pendant  trois 
jours  ;  puis,  ils  attachent  leurs  poulains  au  bord  du  fleuve 
qui  les  sépare  du  domaine  des  fourmis,  et  ils  poussent 
les  juments  à  l'eau,  après  les  avoir  chargées  de  bâts. 
Celles-ci,  voyant  les  herbages  de  la  rive  opposée,  se 
jettent  à  la  nage  et  y  abordent  bientôt.  Alors  les  fourmis, 
voyant  les  paniers  des  bâts  sur  le  dos  des  juments,  y 
portent  leur  or  pour  le  mettre  plus  en  sûreté.  Mais,  dès  le 
soir,  quand  les  juments  sont  rassasiées  et  chargées  d'or, 
elles  entendent  hennir  leurs  poulains  affamés,  et  elles  les 
rejoignent  aussitôt  avec  leur  précieux  chargement.  » 

Et  l'on  s'extasie  sur  l'imagination  des  conteurs  des 
Mille  et  une  nuits  ! 

Si  nous  en  croyons  un  fait  rapporté  par  Plutarque, 
l'institution  des  Pompes  funèbres  étaient  connue  des 
fourmis  :  elles  transportaient,  moyennant  salaire,  les 
morts  à  domicile.  Dans  son  traité  intitulé  :  «  Quels  ani- 
maux sont  tes  plus  intelligents,  des  terrestres  ou  des  aqua- 
tiques'! »   chap.    XI,   il  dit:    «...  Cléanthe  racontait,   et 


LE    NATURALISTE 


167 


pourtant  il  refusait  la  raison  aux  animaux,  avoir  été  té- 
moin du  spectacle  suivant  :  Des  fourmis  étaient  allées  à 
une  autre  fourmilière,  portant  le  corps  d'uneautre  fourmi 
qu'elles  avaient  rencontrée  morte.  De  cette  fourmilière 
quelques-unes  sortirent,  comme  pour  conférer;  après 
quoi,  celles-ci  descendirent  de  nouveau,  et  le  même  ma- 
nège se  réitéra  deux  ou  trois  fois  ;;ï  la  fin  elles  reparurent, 
et,  comme  rançon  du  corps  mort,  elles  apportaient  un 
ver.  Les  autres  le  reçurent,  donnèrent  en  échange  le  ca- 
davre, puis  s'en  allèrent,  etc.  » 

Martial  a  fait  une  jolie  épigramme  «  Sur  une  fourmi 
enfermée  dans  un  morceau  d'ambre  : 

Dum  Phaetontea  formica  vagalur  in  umbra 

Implicuit  tenueni  succina  gutla  feram. 
Sic  modo  qua^  fuerat  vita  contempta  manente, 

Funerilnis  facta  est  nunc  pretiosa  suis. 

«  Pendant  (ju'une  fourmi  s'égare  à  l'ombre  de  l'arbre 
de  Phaéton,  ime  goutte  de  succin  enveloppe  l'insecte 
minuscule.  Pendant  sa  vie,  tout  ;i  l'heure  encore,  il  était 
considéré  avec  déilain,  et  son  tombeau  en  a  fait  mainte- 
nant un  objet  précieux.  » 

Les  poètes  ont,  du  reste,  souvent  pris  la  fourmi  pour 
terme  de  comparaison.  Dans  son  ProméiMe,  vers  4o3, 
Eschyle  dit  : 

('ott'  àVjaypoi 

MûpiiTixeç  avTpwv  èv  [J.uX'^'î  àvT,),['nt;. 

«  (les  premiers  hommes  habitaient),  comme  les  agiles 
fourmis,  dans  les  ténébreuses  profondeurs  des  ca- 
vernes. 1) 

Théocrite  (Idylle  i.x,  v.  31)  : 

TÉTTtÇ   (lÈv   TÉTTlYt   <piXoç,    (JLÛp|xaXl  5è  liûpjjiotï, 

'IpaKs;  5  'îpaltv,  èijl^v  3a  te  Môida  xa'i  wSa. 

«  La  cigale  est  l'amie  de  la  cigale  ;  la  fourmi  l'est  de 
la  fourmi;  l'épervier,  de  l'épervier  ;  moi,  je  n'aime  que 
la  Muse  et  les  chansons.  » 

~Q  Oéoi,  ôaaoi  o'x^oç  '  itw;  xai  Jtôxa  toûto  itepâffai 
Xp-?^  To  xaxôv  ;  (jLijp{/.axEç  àvâpiO(jLot  xat  â[j.eTpot. 

{Idylle  XV,  v.  44). 

«  Grands  dieux,  quelle  foule!  Comment  traverser  tout 
ce  tumulte  ?  C'est  une  vraie  fourmilière  !  (Ce  sonldes  four- 
mis innombrables  et  immenses).  » 

Dans  ses  Métamorphoses  (livre  VII,  v.  622  et  suiv.), 
Ovide  fait  un  magnifique  tableau  delapeste  d'Egine  etde 
la  métamorphose  des  fourmis  en  nouveaux  habitants  de 
la  ville  dépeuplée,  à  la  prière  du  sage  roi  Eaque,  aimé 
des  dieux  : 

Forte  fuitjuxta  patulis  rarissima  ramis, 
Sacra  Jovi,  quercus  de  semine   Dodona?o. 
Hic  nos  frugilegas  adspeximus  agmine  longo 
Grande  onus  exiguo  formicas  ore  gérantes, 
Rugosoque  suum  servantes  cortice  callem. 
Etc.,  etc. 

a  Près  de  là  s'élevait  un  chêne  consacré  à  Jupiter  :  un 
rare  feuillage  couvrait  ses  vastes  rameaux;  il  était  né 
d'un  gland  de  Dodone.  Là,  nous  voyons  s'avancer  de 
nombreuses  troupes  de  fourmis  chargées  de  grains,  et 
transportant  des  fardeaux  bien  lourds  pour  leur  faible 
bouche  :  elles  suivent  fidèlement  la  même  route  dans  les 
rides  profondes  du  chêne.  Frappé  de  leur  nombre  :  «  O 
mon  père,  dont  rien  n'égale  la  bonté,  m'écriai-je,  donne- 
moi  autant  de  citoyens  pour  repeupler  ma  ville  déserte  !  » 

«  L'arbre  immense  frémit,  etc.  " 


Ces  nouveaux  habitants  durent  à  leur  origine  le  nom 
de  «  iV/j/rmirfons;  Pindare  y  faitallusion  dans  ses  Néméennes 
(III,  à  Aristoclide,  d'Egine,  vainqueur  au  pancrace,  v.  21)  : 

« ma  voix,  s'unissant  à  celle  des  citoyens  d'Egine, 

chantera  dignement  les  louanges  d'Aristoclide,  l'orne- 
ment de  cette  île,  jadis  habitée  par  les  Myrmidons.  » 

Au  II"  chant  de  l'Enéide,  vers  6,  Virgile  fait  dire  à 
Enée,  invité  par  Didon,  à  raconter  la  prise  de  Troie  : 

Quis,  talia  fando, 

Myrmidonnm,  Dolopumve,  aut  duri  mile.s  Ulyxei, 
Temperet  à  lacrymis  ? 

((  En  écoutant  ces  choses,  quel  soldat  des  Myrmidons, 
des  Dolopes  ou  du  cruel  Ulysse  ne  laisserait  couler  ses 
larmes?  u 

Benserade,  qui  a  traduit  en  rondeaux  les  Métamorphoses 
d'Ovide  (Paris,  1676,  in-4°)  nous  donne  ainsi  l'histoire 
des  Myrmidons  : 

Les  Myrmidons. 

Du  petit  peuple  et  des  Grands  le  trépas 
Avait  d'Eaque  affligé  les  Etats, 
La  peste  ayant  tous  mis  à  la  renverse. 
En  quelque  lieu  qu'un  tel  fléau  s'exerce. 
Les  plus  puissans  ne  s'en  exemtent  pas. 

Au  creux  d'un  chesne  Eaque  observe  un  tas 
Noir  de  Fourmis,  admire  leur  tracas. 
Avec  plaisir  void  fleurir  le  commerce 
Du  petit  peuple. 

Les  Dieux,  voulans  réparer  les  dégâts, 
De  ces  Fourmis  font  autant  de  soldats 
Que  leur  bonté  dans  ces  Places  disperse. 
Et  l'abondance  avec  eux  elle  y  verse. 
Un  sage  Roy  doit  toujours  faire  cas 
Du  petit  peuple. 

Minerve  fit  tout  le  contraire  ;  d'une  femme  elle  fit  une 
fourmi.  La  mythologie  nous  apprend,  en  effet,  qu'une 
jeune  fille  ayant  prétendu  avoir  inventé  la  charrue,  à 
laquelle  elle  n'avait  fait  qu'ajouter  un  versoir,  la  déesse, 
irritée  de  ce...  plagiat,  la  transforma  en  cet  insecte.  Ce 
serait  même  cette  infortunée  fourmi  qui  aurait  engendré 
la  multitude  de  celles  qui,  métamorphosées  en  hommes 
par  Jupiter,  repeuplèrent  la  ville  d'Egine. 

Les  Thessaliens  honoraient  fort  les  fourmis,  parce 
qu'ils  prétendaient  descendre  de  celles  d'Egine. 

Si  nous  passons  à  un  autre  genre  de  superstition  — 
dont  ne  furent  pas  exempts  les  plus  grands  esprits  de 
l'antiquité  —  nous  verrons  qu'autrefois  les  fourmis  ser- 
virent à  pronostiquer  l'avenir. 

Dans  son  traité  De  la  divination  (livre  I,  ch.  xxxvi), 
Cicéron  nous  dit  : 

«  On  ne  saurait  douter  que  les  hommes  habiles  ne  doi- 
vent à  leurs  conjectures  la  connaissance  de  l'avenir. 
Lorsque  le  Phrygien  Midas  était  enfant,  il  arriva  que, 
pendant  son  sommeil,  les  fourmis  apportèrent  dans  sa 
bouche  des  grains  de  froment;  on  prédit  qu'il  devien- 
drait fort  riche,  et  cette  prédiction  s'accomplit.  » 

Nous  voyons  également  dans  Suétone  (Vie  de  Néron, 
chap.  XLVi)  :  «  ...  Lui,  qui  ordinairement  ne  rêvait  pas, 
eut,  après  avoir  assassiné  sa  mère,  un  songe  dans  lequel 
...  il  lui  sembla  qu'il  était  couvert  par  une  nuée  de  four- 
mis volantes...  » 

Et  dans  la  Vie  de  Tibère,  du  même  auteur  (ch.  lxxii)  : 
c<  ...  Il  avait,  pour  son  amusement,  un  grand  serpent;  et 
comme  il  allait,  suivant  son  habitude,  lui  donner  à  man- 


168 


LE     NATURALISTE 


ger  de  sa  main,  il  le   trouva  entièrement  rongé  par  les 
fourmis...  » 

Dans  son  livre  :  De  la  nature  des  animaux,  Elien  parle 
souvent  des  fourmis  : 

Livre  l,  chap.  xxii.  —  «  Les  Chaldéens  et  les  Baby- 
loniens sont  célèbres  par  leur  habileté  àconnaitrele  cours 
des  astres.  Or  les  fourmis  ne  regardent  jamais  le  ciel, 
et  ne  savent  pas  compter  sur  leurs  doigts  (o-JSÈ  ïàç  toO  (itîvôç 
:îl(iépaç  iiîi  SaxTij>.Mv  àpiejjisîv  ë^ovreç)  les  jours  du  mois;  ad- 
mirable talent  dont  la  nature  les  a  pourtant  doués,  tous 
les  premiers  jours  du  mois,  elles  rentrent  dans  leurs  de- 
meures, et  s'y  tiennent  closes  et  tranquilles  !  « 

Livre  H,  chap.  xxv.  —  Industrie  des  fourmis  ;  leur 
intelligence  dans  le  choix  et  l'emmagasinage  de  leurs 
provisions. 

Livre  IV,  ch.  xliii.  —  De  leur  assiduité  au  travail. 

Livre  V,  ch.  XLix.  —  Les  fourmis  ont  horreur  des  ca- 
davres des  leurs.  Dès  qu'une  d'elles  meurt,  les  autres 
portent  aussitôt  son  corps  au  dehors  (ce  qui  ne  cadre 
guère  avec  le  récit  de  Plutarque  rapporté  plus  haut,  de 
fourmis  achetant  le  cadavre  de  l'une  des  leurs  que  d'au- 
tres leur  rapportent). 

Livre  VL  ch.  m.  —  L'ours  quimangedes  fourmis  s'af- 
faiblit considérablement  (ce  qui  ne  cadre  pas  le  moins  du 
monde  avec  ce  qu'on  lira  plus  bas,  de  l'ours  se  médi- 
camentant  en  absorbant  des  fourmis). 

Livre  VI,  ch.  xliii.  —  De  leur  gouvernement,  de  leurs 
fourmilières  et  de  leurs  magasins. 

Livre  X,  ch.  XLii.  —  Il  existe  un  certain  genre  de 
fourmis  léthifères  ;  on  les  appelle  aussi  guêpes. 

Livre  XVI,  ch.  xv.  —  Comment  les  fourmis  indiennes 
construisent  leur  nid;  avec  quel  art  elles  savent  le  pré- 
server des  inondations,  etc. 

Livre  XVII,  ch.  xlii.  —  H  y  a,  dans  les  terres  baby- 
loniennes, des  fourmis  cujus  génitale  membrum  rétro 
aversiimest,  au  contraire  de  ce  qui  a  lieu  chez  les  autres. 

Les  agriculteurs,  les  horticulteurs,  etc.,  ont  toujours 
cherché  à  se  débarrasser  de  ces  encombrantes  et  voraces 
bestioles.  Columelle  (De  re  rustica,  lib.  II,  cap.  xx) 
dit  :  «  Pour  que  l'aire  qu'on  forme  sur  le  sol  soit  propre 
au  battage,  il  faut  préalablement  enlever  l'herbe  qui 
couvre  sa  superficie,  puis  le  défoncer,  y  mêler  de  la 
paille  et  de  la  lie  d'huile  non  salée,  et  rendre  la  place 
nette.  Par  ce  moyen,  on  garantira  le  grain  des  ravages 
des  rats  et  des  fourmis.  » 

[De  arborihus,  cap.  XIV).  —  «  Ecrasez  du  lupin  que 
vous  mélangerez  avec  du  marc  d'olives,  et  frottez-en 
circulairement  le  pied  des  vignes  ;  ou  bien  faites  bouillir 
du  bitume  avec  de  l'huile,  et  enduisez  de  cette  prépara- 
tion la  base  des  ceps;  vos  vignobles  seront  ainsi  préser- 
vés des  fourmis.  >> 

Palladius  (De  re  rustica)  indique  encore  d'autres 
moyens  : 

Livre  I,  chap.  xxxv.  —  »  Pour  détruire  les  fourmis,  si 
la  fourmilière  est  dans  le  jardin,  mettez  auprès  un  cœur 
de  chouette.  Si  les  fourmis  viennent  du  dehors,  tracez 
une  ligne  autour  du  jardin  avec  des  cendres  ou  de  la 
craie.  »  —  «  On  chasse  encore  les  fourmis  en  répandant 
autour  de  leur  trou  de  l'origan  et  du  soufre  broyés  en- 
semble ;  mais  ce  moyen  nuit  aussi  aux  abeilles.  On  peut 
également  calciner  des  coquilles  d'escargots  vides,  et 
boucher  leur  trou  avec  les  cendres.  » 

Livre  IV,  chap.  x.  —  «  Si  les  fourmis  incommodent  le 
néflier,  détruisez-les  avec  de  la  terre  rouge  mêlée  de  vi- 


naigre et  de  cendre.  »  —  «  Si  le  figuier  est  infecté  par  des 
fourmis,  enduisez  le  tronc  d'un  mélange  de  terre  rouge, 
de  beurre  et  de  poix  liquide.  D'autres  prétendent  que, 
pour  le  préserver  de  ces  insectes,  il  faut  suspendre  à  ses 
branches  un  poisson  appelé  corbeau.  » 

Livre  XI,  chap.  xii.  —  Si  le  cerisier  est  infecté  par 
des  fourmis,  versez  autour  du  tronc  du  jus  de  pourpier 
mêlé,  à  parties  égales,  avec  du  vinaigre  ;  ou  bien  frottez 
le  tronc  avec  de  la  lie  de  vin  lorsque  l'arbre  est  en 
fleurs.  » 

La  médecine,  pour  les  hommes  comme  pour  les  bêtes, 
utilisait  les  fourmis. 

D'après  Pline  {Hist.  nat.  livre  XXIX,  chap.  xxxix), 
«  on  remédie  à  la  dureté  de  l'ouïe  par  une  application 
d'œufs  de  fourmis  ;  cet  insecte,  en  effet,  a  aussi  des  pro- 
priétés médicinales,  et  il  est  certain  que  les  ours  malades 
se  guérissent  en  en  mangeant.  » 

Livre  VIII,  chap.  xli.  —  Les  ours,  quand  ils  ontgoùté 
du  fruit  de  la  mandragore,  lèchent  les  fourmilières.  » 

Plutarque  (question  XXVI  des  Causes  naturelles)  : 
«  Lorsque  l'ours  se  sent  trop  plein  de  nourriture,  il  avale 
des  fourmis  et  se  trouve  bientôt  soulagé.  » 

Et  plus  loin  (Quels  animaux  aont  les  plus  intelligents,  des 
terrestres  ou  des  aquatiques,  chap.  xx)  :  «  Quand  l'ours 
sort  de  sa  tanière,  la  première  chose  qu'il  fait,  c'est  de 
manger  de  l'arum  sauvage,  dont  la  saveur  acre  lui  ouvre 
les  intestins,  repliés  sur  eux-mêmes.  En  d'autres  occa- 
eions,  quand  il  est  dégoûté,  il  se  dirige  vers  une  fourmi- 
lière. Il  se  couche,  allongeant  sa  langue  graisseuse  et 
mollement  tapissée  d'une  humeur  douce  et  gluante,  puis 
il  attend  qu'elle  soit  pleine  de  fourmis  :  il  avale  les  in- 
sectes, et  le  voilà  'soulagé.  » 

L'abbesse  sainte  Ilildegarde  (Physica,  lib.  VII,  de 
Animalibus,  caput  xliii,  de  Formica),  dit  à  son  tour  : 
<(  La  fourmi  est  chaude,  et  il  s'exhale  d'elle  une  humeur 
aromatique;  on  ditâussi  qu'elleproduitdes  œufs  volatils. 
Si  un  homme  a  beaucoup  de  flegme  dans  la  tête,  la  poi- 
trine ou  l'estomac,  qu'il  prenne  une  fourmilière  avec  les 
fourmis,  elles  fasse  cuire  dans  l'eau;  qu'il  répande  cette 
eau  sur  une  pierre  rougie  au  feu,  et  qu'il  aspire  dix  ou 
quinze  fois  les  vapeurs  produites  :  son  flegme  dimi- 
nuera. 

«  Que  celui  qui  souffre  d'un  excès  de  mauvaises  hu- 
meur prenne  un  nid  avec  les  fourmis,  fasse  cuire  le 
tout,  et  avec  cette  eau  se  prépare  un  bain  dans  lequel  il 
entrera  et  se  tiendra  quelque  temps,  la  tête  couverte 
d'un  linge  mouillé  dans  cette  eau,  car  la  force  de  cette 
dernière  pourrait  occasionner  des  douleurs.  Qu'il  prenne 
souvent  un  bain  semblable,  et  son  mal  cessera. 

«  Que  celui  qui  soutTre  de  la  lèpre,  de  quelque  genre 
que  ce  soit,  prenne  de  la  terre  où  se  trouve  un  nid  de 
fourmis,  mais  principalement  de  la  terre  imprégnée  de 
la  liqueur  des  fourmis  {acide  formique),  et  qu'il  en  mette 
sur  des  cendres  de  hêtre,  de  manière  qu'il  y  ait  plus  de 
terre  que  de  cendres  :  qu'il  prenne  ensuite  de  l'eau 
chaude  et  la  passe  neuf  fois  au  travers  de  cette  terre 
brûlante,  comme  on  fait  pour  la  lessive  ;  puis,  qu'il 
prenne  de  la  graisse  de  bouc,  et  un  peu  plus  de  graisse 
de  vieux  porc,  les  mélange,  et  les  mette  dans  la  lessive  ; 
et  lorsque  le  corps  gras  se  sera  agglutiné,  qu'il  le  retire 
de  l'eau  et  y  ajoute  de  la  poudre  d' habischwamp  et  de 
celle  de  meter  (I)  un  peu  moins  que  de  celle  de  violettes. 

(1)  Le  latin  de  sainte  Hildegarde,  abesse  de  Saint-Rupert  de 
Binghcn  (xi°  siècle),  est  d'une  traduction  laborieuse  ;  il  est  con- 
tinuellement farci  de  vieux    mots  allemands  dont  on  ignore  au- 


LE     NATURALISTE 


169 


Il  en  composera  ainsi  un  onguent  dont  il  se  frottera  pen- 
dant neuf  mois  ou  plus  devant  le  feu.  Il  sera  infaillible- 
ment guéri  par  ce  moyen,  si  (ô  sainte  ndiveté!)  la  lèpre 
ne  doit  pas  amener  sa  mort,  ou  si  Dieu  ne  veut  pas  qu'il 
guérisse, 

c<  Et  pendant  qu'il  s'oindra  ainsi,  qu'il  prenne  garde 
de  s'approcher  d'un  homme  ([uelconque  ou  d'un  cochon, 
de  peur  que  la  vapeur  de  la  lèpre  qui  sort  de  lui  ne  les 
atteigne,  car  ils  la  prendraient  très  facilement.  » 

J'ajouterai qu'aujourd'hi  encore,  une  chirurgie  sommaire 
utilise  une  sorte  de  fourmis,  ÏOEcodoma  cephalotes  (La- 
treille),  dévastant  souvent  la  Guyane  et  le  Brésil  par  ses 
colonnes  en  quête  de  nourriture.  Cet  insecte  mord  avec 
une  telle  rage  et  une  force  si  considérable,  qu'on  peut  lui 
arracher  le  corps  sans  faire  lâcher  prise  aux  mandibules  ; 
aussi,  les  naturels  de  ces  pays  s'en  servent-ils  en  guise 
de  scire-fines,  pour  les  sutures  chirurgicales  :  «  Les  sau- 
vages, dit  Reiche,  emploient  cette  espèce  pour  tenir  rap- 
prochés les  bords  d'une  plaie.  Ils  font  mordre  par  cet 
insecte  les  deux  bords,  puis  lui  arrachent  l'abdomen  et  le 
thorax,  et  ne  laissent,  par  conséquent,  que  la  tête,  qui 
maintient  ainsi  les  lèvres  de  la  plaie  rapprochées.  Il  n'est 
pas  rare  de  voir  des  Brésiliens  indigènes  quiontainsi  une 
plaie  en  voie  de  cicatrisation  au  moyen  de  sept  à  huit 
têtes  de  cettefourmi.  »  {Annalcsde  la  Société entomologique 
de  France,  2' série,  tome  II,  bull.p.  LXVI). 

Autrefois,  dans  les  contrées  méridionales  encore  à  l'état 
sauvage,  comme  d'ailleurs  jadis  chez  les  Perses  très  ci- 
vilisés, certains  condamnés  à  mort  étaient  enterrés  nus 
jusqu'à  la  ceinture,  puis  enduits  de  miel,  et  exposés  ainsi 
à  une  mort  affreuse  et  lente  sous  la  morsure  de  milliards 
de  fourmis. 

Notre  La  Fontaine,  imitant  en  cela  ses  prédécesseurs, 
a  fait  parler  la  fourrai  dans  ses  fables  : 

Livre  I,  fable  i  :  —  La  Cigale  et  la  Fourmi.  Avant  lui,  ce 
sujet  avaitété  traité  par  Esope  (fab.  134)  ;Gabrias(f.  41); 
saint  Cyrille  (liv.I,  f.  4)  ;  Aphtonius  (f.  1)  jAvienus  (f.34}; 
l'Anonyme  (f.  56)  ;  Faerne  (f.  7)  et  Burmann  (f.  28). 

Livre  II,  fable  12  :  —  La  Colombe  et  la  Fourmi.  Esope 
l'avait  aussi  traitée  avant  lui. 

Livre  l'V,  fable  2  :  —  La  Mouche  et  la  Fourmi.  Sujet 
traité  avant  lui  par  Phèdre  (liv.  IV,  f.  23)  ;  l'Anonyme 
(f.  37)  ;  Marie  de  France   ;  Ysopet  (/'Afcei/^e  et  la  Mouche). 

Benserade,  qui  a  aussi  traduit  les  Fables  d'Esope  en 
quatrains  (Paris,  1678,  in-t2),nous  donne  ainsi  la  Cigale 
et  la  Fourmi  : 

On  connoist  les  amis  dans  les  occasions; 
—  Cliére  Fourmj,  d'un  grain  soyez-moy  libérale  ; 
J'av  chanté  tout  l'esté    —  Tant  pis  pour  vous,  Cigale; 
Et  moy,  j'ai  tout   l'esté  fait  mes  provisions  ! 

Voyez,  dans  les  Trois  règnes  de  la  nature,  chant  VII,  le 
portrait  que  fait  Delille  de  diverses  sortes  de  fourmis. 

Cet  insecte  a  donné  lieu  à  divers  proverbes  et  dictons  : 

Celuy  qui  est  trop  endormy 
Doibt  prendre  garde  à  la  fourmy 
(Gab.  Meurier,  Trésor  des  sentences,  xv\'sièc\e.) 

Se  faire  plus   petit  qu'une    fourmi  devant  quelqu'un. 

(Dict.  de  l'Académie,  édition  de  1835.) 

Avoir  des  fourmis  dans  les  jambes. 

Cette  femme  est  très  laborieuse  :  c'est  une  vraie  fourmi. 

E.  Santini  de  Riols. 
N.  B.  —  Deux  articles  parus  précédemment  sur  l'Elé- 

jourd'hui  la  signification  :  les  annotateurs  de  ses    ouvrages  sont 
dans  l'impossibilité,    presque    toujours,  de   donner   l'équivalent 

latin  du  terme  vuleaire. 

S.  DE  R. 


phant  et  sur  l'Amandier  ont  été,  par  inadvertance 
tronqués  ;  nous  donnerons  dans  le  prochain  numéro  la 
suite  et  la  fin  de  ces  deux  articles. 


NOTICE  SUR  LE  PARNASSIUSNORDfflÂNNUoRDMANN 

ET  SUR  SA  VARIÉTÉ     MINIMA.  HONRATH 


Le  véritable  Parnassius  Nordmanni,  malgré  la  date  déjà 
ancienne  de  sa  découverte  qui  remonte  à  près  d'un  demi- 
siécle  en  arrière,  est  encore  aujourd'hui  une  de  nos  plus 
grandes  raretés  entomologiques.  Bien  peu  de  Lépidoptéristes 
connaissent  ce  précieux  papillon  ;  aussi  n'hésitons-nous  pas  a 
rééditer  sa  description,  d'après  un  exemplaire  mAlc  que  nous 
avons  eu  la  bonne  fortune  de  nous  procurer  après  de  patients 
ctïorts. 

Ce  Parnassius  est  à  peu  près  do  la  taille  de  nos  grands 
exemplaires  de  Dclius;  il  mesure  exactement  12  millimètres 
d'envergure;  ses  quatre  ailes  sont  en  dessus  d'un  blanc  jau- 
nâtre ocracé,  analogue  à  celui  qui  caractérise  la  femelle  de 
Mnemosque,  variété  Ochracca.  Ni  la  côte,  ni  la  base  des  an- 
tennes ne  sont  bien  sensiblement  [rembrunies  par  le  semis 
atomique  noirâtre  qui  couvre  habituellement  ces  espaces.  Par 
contre,  le  bord  exlome  est  occupé  par  une  large  tache  formant 
bande  d'un  gris  noirâtre,  subdiaphane,  très  élargie  à  l'apex, 
amincie  en  pointe  vers  l'angle  opposé  et  dont  le  contour  in- 
térieur affecte  une  forme  presque  rectiligne.  Les  deux  taches 
discoidales,  assez  petites,  sont  d'un  noir  profond.  Celle  qui 
clôt  la  cellule  est  semilunaire  ;  l'autre  qui  n'aboutit  pas  à  beau- 
coup près  au  bord  inférieur  de  cette  cellule  est  en  forme  d'o- 
vale. La  tache  costale  est  à  peine  indiquée,  et  celle  dite  in- 
terne fait  complètement  défaut. 

Les  ailes  postérieures  sont  d'un  blanc  ocracé  uniforme,  y 
compris  le  limbe  qui  est  vierge  de  tout  dessin.  On  y  distingue 
d'abord  les  deux  ocelles  d'un  beau  jaune  d'ocre  vif,  finenient  en- 
tourées denoirdontlautérieureesttransversalementréniforme; 
et  dont  l'autre,  plus  petite,  affecte  l'apparence  d'un  carré  irré- 
gulier, puis  la  tache  basilaire  gris  noirâtre  qui  s'étend  le  long 
du  bord  abdominal,  depuis  la  base  proprement  dite  jusqu  a 
une  petite  macule  transverse  anale  et  sans  former  du  crochet 
sous  la  cellule.  Le  dessous  reproduit  exactement  les  dessins 
du  dessus;  mais  cette  face  do  l'insecte,  étant  pour  ainsi  dire 
dégarnie  d'écaillés,  offre  un  aspect  luisant  particulier,  com- 
parable à  celui  qui  est  propre  à  Clodius.  Il  convient  d'ajouter 
que  les  antennes,  les  pattes  do  Nordmanni  sont  noires,  de 
même  que  le  corps  tout  entier;  mais  que  ce  dernier  est  re- 
vêtu d'une  pilosité  jaunâtre  qui  devient  ocracée  en  dessous  de 
l'abdomen  et  sur  le  collier. 

Il  résulte  de  cette  description,  si  on  compare  avec  la  ligure 
de  la  variété  Minima,  ou  mieux  encore  avec  l'insecte  lui- 
même,  que  les  deux  Parnassiens  ainsi  mis  en  parallèle  oflrent 
un  aspect  bien  tranché.  Non  seulement  cette  variété  est  beau- 
coup plus  petite  que  le  type,  mais  ses  ailes  sont  en  proportion 
plus  allongées,  leur  teinte  est  plus  blanche  et  leurs  dessins 
montrent  plus  d'ampleur.  Ainsi  les  deux  discoidales  sont 
grosses  et  arrondies,  les  ocelles  plus  petites  sont  encadrées 
d'un  large  cercle  noir  et  la  plus  basse  des  deux  comporte  en- 
core une  macule  noire  adjacente.  La  tache  basilaire  fait  un 
crochet  aigu  sous  la  cellule  ;  et  le  limbe  de  l'aile  inférieure  est 
entouré,  depuis  l'angle  anal  jusque  vers  le  milieu  du  bord, 
d'une  bande  marginale  grisâtre  et  continue. 

Enfin  la  vestiture  du  corps,  de  même  que  le  collier,  sont- 
d'un  gris  plutôt  cendré.  Nous  avons  dit  que  le  Parnassius 
Nordmanni,  forma  typica  ou  liera,  est  encore  une  grande  ra- 
reté. En  effet,  très  peu  de  collections  le  possèdent  en  exem- 
plaires bien  authentiques.  Ceux  qu'on  y  conserve  sous  ce  nom 
appartiennent  pour  la  plupart  par  leurs  caractères  à  la  va- 
riété Minima,  bien  que  leur  taille  soit  un  peu  plus  grande  que 
celle  de  la  race  que  M.  Honrath  nous  a  fait  connaître,  la- 
quelle est  de  dimension  très  exiguë.  La  patrie  exacte  de  cet 
insecte  nous  semble  mémo  encore  entourée  de  quelque  incer- 
titude. M.  Standinger,  dans  son  grand  catalogue  méthodique 
do  1871,  nous  indique  comme  lieu  d'origine  les  Alpes  de  l'Ar- 
ménie occidentale  et  le  Caucase,  mais  ce  dernier  avec  doute. 
Ménétriès  attribue  pour  patrie  à  Nordmanni  l'Awasie,  c'est-a- 
dire  cette  partie  du  Caucase  qui  est  située  entre  l'Elbrous  et 
la  mer  Noire,  et  l'exemplaire  que   nous  avons  sous  les  yeux 


170 


LE     NATURALISTE 


porte  sur  son  étiquette  la  mention  générale  de  Caucase,  sans 
désignation  précise  de  localité.  Enfin  un  entomologiste  alle- 
mand, personnellement  très  au  courant  de  tout  ce  qui  regarde 
la  faune  des  Lépidoptères  de  l'Arménie,  assure  que  la  station 
la  plus  certaine  du  Parnassius  qui  nous  occupe  est  située  dans 
les  Hautes-Alpes  de  la  région  arménienne  de  Somlia  où  il  n'a 
été  capturé  que  très  rarement  et  en  un  petit  nombre  d'exem- 
pVires.  L'insecte  habite  à  plus  de  4000  mètres  d'altitude,  sur 
certains  éboulis  rocheux  d'un  accès  presque  impraticable  qui 
garnissent  la  base  des  pitons  les  plus  élevés  et  où  on  ne  le 
voit  voler  que  très  isolément. 

La  variété  Minima,  soit  la  forme  réduite  de  M.  Honrath, 
soit  la  race  plus  grande  que  nous  avons  signalée  plus  haut 
comme  appartenant  à  cette  variété,  habite  les  Alpes  du  Da- 
ghestan, c'est-à-dire  la  partie  orientale  de  la  chaîne  du  Cau- 
case. Elle  a  été  découverte  à  Bazardjusi  d'où  sont  originaires 
les  exemplaires  de  notre  collection  et  retrouvée  plusieurs  fois 
sur  différents  autres  points  de  cette  région. 

Ce  Parnassius  vit  également  à  une  très  grande  hauteur  à 
l'état  solitaire;  mais  il  est  cependant  beaucoup  moins  loca- 
lisé que  le  vrai  Nordmanni,  qui  restera  sans  doute  longtemps 
encore  un  de  nos  lépidoptères  les  plus  rares  et  les  plus  dif- 
ficiles à  obtenir. 

J.    L.    AUSTAUT. 


DESCRIPTION  DE  CDLÉDPTÈRES  NOUVEAUX 


Anthicus  (Aulacoderus)  MaHini.  Entièrement  testacc  rou- 
geâtre  (avec  ordinairement  la  tête  obscurcie)  moins  une  fascie 
élytrale  noirâtre  transversale  post-médiane  prolongée  étroite- 
ment en  arrière  sur  la  suture  etles  côtés,  et  ayant  la  tendance 
de  s'étendre  en  arrière  pour  enclore  une  tache  claire  de  la 
couleur  du  fond.  Tête  d'un  testacé  rougeâtre,  ordinairement 
obscurcie,  arrondie  en  arc  en  arrière,  un  peu  plus  large  que 
le  prothorax,  à  ponctuation  forte,  écartée  avec  les  yeux  foncés, 
gros.  Antennes  testacées  (ayant  le  dernier  article  généralement 
obscurci,)  grêles  et  non  sensiblement  épaissis  à  l'extrémité. 
Prothorax  d'un  testacé  rougeâtre,  peu  long,  modérément  di- 
laté, arrondi  en  avant,  à  sillon  bien  marqué  éloigné  de  la  base 
et  flanqué  de  chaque  coté  d'une  sorte  de  fossette  nettement 
pileuse.  Ecusson  petit,  triangulaire.  Elytres  un  peu  ovalaircs, 
arrondis  à  l'extrémité,  de  coloration  un  peu  plus  pâle  que  le 
prothorax,  bien  plus  larges  que  cet  organe,  ornés  d'un  dessin 
postérieur  foncé,  à  ponctuation  espacée,  fine  et  pubescence 
grisâtre  fine,  espacée.  Pattes  minces,  testacées.  Espèce  à  part 
dans  le  groupe  par  son  dessin,  qui  copie  celui  de  A.  poslicalus 
Pic  d'Obock.  Peut  se  placer  à  cùté  de  flavopiclus  Laf.  Dédié 
au  Dr  Martin  qui  a  rapporté  cette  jolie  espèce  de  son  dernier 
voyage  africain  et  à  qui  je  dois  la  connaissance  de  plusieurs 
races  et  nouvelles  espèces  d'Anthicides. 

_  Long.  2-2  1/2  mill.  Afrique  Australe.  Beaufort  "W.  (D'  Mar- 
tin), Hebron  (E.  Simon),  communique  et  cédé  par  le  D'  Martin. 

Anthicvs  (Aulacoderus)  flavopiclus  Laf.?  var.  ornalipetuiis. 
Très  voisin  de  flavopiclus  Laf.  et  probablement  variété  seule- 
ment de  cette  espèce  présentant  une  coloration  générale  plus 
foncée,  le  prolhorax  très  large  en  avant,  légèrement  angu- 
leux et  arrondi  sur  cette  partie.  Antennes  testacées,  parfois 
rembrunies  à  l'extrémité  qui  n'est  pas  nettement  épaissie.  Tète 
un  peu  moins  large  que  le  prothorax,  foncée,  arrondie  en  arc 
en  arrière.  Prothorax  foncé,  parfois  un  peu  rougeâtre  à  la 
base,  très  dilaté  et  anguleusement  arrondi  en  avant,  sillon  pu- 
besccnt  peu  profond  éloigné  de  la  base.  Elytres  foncés  avec 
une  large  bande  médiane  jaunâtre  et  une  tache  postérieure 
variable  de  même  coloration  sur  chaque  élytre  atteignant  ou 
non  l'extrémité.  Pattes  grêles  plus  ou  moins  roussâtres  avec 
les  cuisses  plus  ou  moins  obscurcies. 

Long.  3-3  1/2  mill.  Afrique  Australe  :  Port  EUsabeth 
(D'  Martin,  in  coll.  Martin  et  Pic  types!). 

Aulacoderus  Mutalus  Gem.  {Iransvevsalis  Laf.)  v.  Irans- 
versus  Pic.  Sous  ce  nom  déjà  imprimé  (Mise.  Ent.  III,  95, 
p.  106)  j'ai  séparé  un  exemplaire  reçu  de  M.  Raffray,  qui  pos- 
sède seulementune  seule  bande  élytrale  foncée,  nette,  médiane 
étroite.  Cet  insecte  est  entièrement  testacé,  les  3  derniers  ar- 
ticles des  antennes  très  épaissis  et  noirs;  quelques  longs  poils 
clairs  dressés  sur  le  corps.  Vient  du  Cap. 


Ochleiioiiius  elotigatus  Pic  var.  nigriceps.Vn  peu  plus  grand 
que  la  forme  type  à  coloration  d'un  testacé  roux  avec  les  pattes 
et  antennes  testacées,  la  tète  noirâtre,  forte. 

Long.  3  mill.  environ.  Afrique  Australe  :  Hebron  (E.  Simon 
in  coll.  D''  Martin  et  Pic  types!) 

Ochlenomus  elongatus  Pic  présente  la  tête  de  la  même  colo- 
ration que  le  corps  et  semble  présenter-  cet  organe  un  peu 
moins  large. 

Maurice  Pic. 


Lies  bois  de  Oonsti^ixotion 

ET  LES    BOIS    UTILES 

DÉTERMINATION   DE   l'ÉPOQUE   DE    LA    COUPE 
PROCÉDÉS   DE    SÉCHAGE 


A  quel  moment  faut-il  abattre  les  arbres?  Voilà  une 
question  que  bien  des  propriétaires  de  bois  se  posent 
sou'vent,  sans  pouvoir  se  donner  une  réponse  en  con- 
naissance de  cause.  C'est  pour  leur  venir  en  aide  que  la 
Société  économique  de  Westpbalie  s'est  proposa,  il  y  a 
un  peu  plus  d'un  an,  de  déterminer  expérimentalement 
l'époque  la  plus  propice  pourl'abatage  des  bois. 

A  cet  effet,  on  abattit,  entre  décembre  et  mars,  à  un 
mois  d'intervalle  chaque,  quatre  superbes  sapins  rouges, 
de  même  âge,  ayant  poussé  dans  le  même  sol,  et  tous 
parfaitement  sains.  Une  poutre  fut  débitée  dans  chacun 
d'eux,  et  ces  poutres  furent  chargées  de  poids  égaux. 
Ces  essais  démontrèrent  que  la  résistance  à  la  charge 
était  maxima  pour  le  bois  abattu  en  décembre;  pour 
celui  abattu  en  janvier,  elle  éprouvait  une  perte  de  12  0/0; 
elle  en  éprouvait  une  de  20  0/0  pour  celui  abattu  en  fé- 
vrier, et  une  de  30  0/0  pour  celui  abattu  en  mars. 

Deux  sapins  de  même  grosseur  avait  été  enterrés 
dans  un  sol  humide.  L'un  d'eux  avaient  été  abattu  au 
mois  de  février  :  huit  ans  après,  il  était  pourri  ;  l'autre 
avait  été  abattu  au  mois  de  décembre  :  son  bois,  après 
seize  années  de  séjour  dans  le  sol,  avait  conservé  toute 
sa  dureté. 

■Voici  un  autre  exemple  non  moins  concluant.  Deux 
roues  de  voiture  avaient  été  débitées  dans  deux  bouleaux 
différents,  abattus  respectivement  en  décembre  et  en  fé- 
vrier. La  roue  débitée  dans  le  mois  de  décembre  résista 
pendant  six  ans  ;  l'autre  était  hors  de  service  au  bout  de 
deux  ans. 

La  conclusion  bien  nette  à  tirer  de  tous  ces  faits,  est 
que  la  seule  véritable  époque  pour  l'abatage  des  bois 'de 
construction  et  des  bois  utiles  est  le  mois  de  décembre, 
et  qu'il  faut,  autant  que  possible,  éviter  de  prolonger 
cette  période  en  janvier. 

Une  autre  question,  non  moins  importante,  et  qui 
préoccupe  aussi  à  juste  titre  tous  ceux  qui  font  usage 
des  bois  utiles,  est  celle  de  leur  séchage.  La  plupart  dû. 
temps,  on  se  borne  à  laisser  le  temps  lui-même  faire 
son  œuvre.  Mais  on  a  souvent  besoin  de  procédés  plus 
rapides. 

Pour  obtenir  ce  résultat,  ou  a  essayé  de  l'étuvage,  de 
l'immersion  du  bois  dans  l'eau  courante,  du  percement 
des  arbres  abattus,  etc.  Mais  un  fait  d'expérience  a  sug- 
géré une  méthode  plus  pratique  à  un  sagace  o})servateur. 
Voici  ce  qu'il  avait  remarqué  :  un  certain  nombre  de 
poteaux  de  chêne  avaient  été  emmagasinés  dans  un  han- 
gar, et,  pour  ménager  la  place,  on  les  avait  disposés  ver- 
ticalement le  long  du  mur,  le  bout  du  côté  de  la  racine  se 
trouvant  en  haut. 


LE    NATURALISTE 


171 


Lorsqu'on  enleva  ces  poteaux,  le  sol  sur  lequel  ils  repo- 
saient était  couvert  d'une  matière  vis(iueuse,  analogue  à 
du  jus  de  tabac.  Quant  au  bois,  il  était  sensiblement  plus 
sec  que  son  âge  ne  pouvait  permettre  de  l'espérer  :  il 
avait  une  très  belle  appareuce  et  ne  présentait  aucune 
tache.  Cet  observateur  en  conclut  donc  que  pour  sécher 
bien  et  rapidement  les  bois,  le  procédé  le  plus  simple  et 
le  meilleur  est  de  les  disposer  verticalement.  Il  a  mis, 
pour  son  propre  compte,  ce  procédé  en  pratique  et  s'en 
trouve  fort  bien.  Il  l'a  toutefois  légèrement  perfectionné 
en  faisant  reposer  les  bouts  inférieurs  sur  des  tringles, 
pour  éviter  le  collage  et  permettre  l'écoulement  de  la 
sève. 

Paul  Jacob. 


ESSAI  MONOGRAPHIQUE 


SIR 


les  Coléoptères  des  Genres  Pseudolucane  et  Lucane 


LUCANUS     ORIENT.\LIS,      Var.      CURTULUS-MofSc/tu/sAl/. 

Syn.  Luc.  cuRTULUS-itfo<sc/(. 

MOTSCHULSKY.  —  Bull.  MOSCOU  ISili,  p.  00,  n"  170, 
et  id.  1870,  p.  40-41,  jil.  2fig.  12. 

Malgré  sou  iusuffisance,  la  figure  que  Motschulsky 
donne  du  L.  curtulus  permet  de  se  faire  une  idée  géné- 
rale de  cet  insecte  ;  aussi  est-ce  eu  tenant  compte  de  cette 
figure  et  de  la  description  rappelée  ci-après  que  je  crois 
pouvoir  ramener  au  L.  curtulus  un  L.  orientalis  de  ma 
collection  dont  je  donne  ci-joint  le  dessin  (fig.  1). 

Comme  on  le  voit,  ce  lucane  se  distingue  nettement 
du  L.  orientalis  type  et  du  L.  ibericus  (fig.  2)  par  ses  man- 
dibules presque  droites  (le  texte  de  Motschulsky  porte 


Fig.  ).  —  Luc.  orienlalis  var. 

curtulus  o'  Motschulsky. 

Collect.  de  lauteur. 


Fig.  3.  —  Luc.  orientalis  q-'  a 
mandibules  terminées  en 
pointe  simple  (Arménie). 

CoUect.de  Marseul.  Muséum 
de  Paris. 


sub-arcuatis),  par  sa  tête  plus  étroite,  par  sou  prothorax 
coupé  beaucoup  plus  carrément  et  très  rétréci  en  avant 
etenfin  par  ses  élytres  remarquablement  amples  et  élargies 
au  milieu. 

Sa  couleur  est  d'un  marron  foncé  uniforme,  d'aspect 
soyeux,  très  luisaut  sur  les  mandibules,  sur  les  carènes 
céphaliques  et  sur  le  disque  du  prothorax. 


Deux  autres  spécimens  semhlables  comme  forme,  mais 
de  taille  plus  petite  et  à  mandibules  un  peu  plus  courtes 
me  sont  connus  :  ils  faisaient  partie,  comme  le  précédent, 
de  l'ancienne  collection  DeyroUe  ;  l'un  d'eux,  qui  est 
devenu  la  propriété  de  M.  Boiloau,  est  un  peu  plus  foncé 


f^iK-  -.  —  Luc.   orientalis  vai-. 
ibericus  ?  Motscli.  CoUect. 
de  l'auteur. 


Fig.  4.  —  Luc.   orientalis  c' 
aberrant.  Coll. H.  Boileau. 


que  les  deux  autres.  Malheureusement,  je  ne  connais  la 
provenance  exacte  d'aucun  de  ces  trois  insectes. 

Voici,  au  reste,  telles  qu'elles  ont  été  données  par 
Motschulsky,  la  diagnose  et  la  description  du  L.  curtulus. 

DiAGNOSE. 

«  Lucanus  curtulus,  &".  —  Il  n'a  que  12-13  lignes  de 
«  longueur  jusqu'au  bout  des  mandibules,  mais  il  est 
«  proportionnellement  beaucoup  plus  large  que  le  L.  cer- 
«  «JUS  et  même  que  le  L.  tetravdon.  Les  mandibules  sont 
«  très  courtes,  la  massue  des  antennes  avec  six  articles. 
«  Le  corselet  est  plus  large  que  la  tête,  transversal  et 
«  convexe.  Les  élytres  sont  plus  larges  que  le  corselet, 
«  un  peu  dilatées  vers  le  milieu  et  d'un  ovale  court.  La 
«  couleur  de  l'insecte  est  un  noir  faiblement  noirâtre.  Il 
«   vient  du  Caucase.  » 

Descriptio.n. 

«  a'  uigro-subpiceus,  mandibulis,  elylrorum  margine 
«  subtus  tibiisque  rufescentibus  ;  capite  thoraceque  niti- 
«  dis,  punctatis.  interstitiis  vix  rugulosis,  elytris  subo- 
«  pacis  corporeque  subtus  confertim  punctulatis,  pectore 
«  cinereo  puberulo;  capite  quadrangulato,  transverso, 
«  subeonve.xo,  postice  lougitudinaliter  impresso,ad  basin 
«  in  medio  glabrato,  lateraliter  antice  paulo  marginato, 
«  angulis  anticis  oblique  truncatis,  obtusis,  non  promi- 
«  nulis,  clypeo  medio  lato  sinuato;thorace  capite  latiore, 
«  valde  transverso,  longitudine  plus  duplolatiore,  antice 
«  distincte  attenuato,  lateribus  postice  oblique  angus- 
«  tatis,  angulis  postice  obtusis,  vix  prominulis,  linea 
«  média  vix  distincta,  punctura  dorso  sparsiore;  elytris 
«  thorace  latioribus  et  2/3  longioribus,  convexis  ovatis, 
«  medio  paulo  dilatatis;  mandibulis  capitis  longitudine, 
«  exsertis,  subarcuatis,  3-4  dentatis,  dente  postico  paulo 
«  majore;  antennarum  articulis  1  sequentibus  conjuncto 
«  breviore,  2-4  brevissimis,  subtransversis,  fere  sequali- 
«  bus,  clavae  lamellis  subelongatis  ;  tibiis  anticis  4,  pos- 
«  ticis  3  dentatis.  Long.  11-13  1/2  1.  —  lat.  cap.  2  3/4- 
«  3  1/3  1.  —  lat.  elytr.  4  1/2-5  1/2  1. 

<(  Cette  espèce  est  plus  courte  et  plus  large  que  le 
«  L.  ibericus  ;  son  corselet  est  distinctement  atténué  en 


172 


LE     NATURALISTE 


«  avant,  ses  angles  postérieurs  plus  obtus,  lamassuedes 
«  antennes  plus  allongée. 

n  Elle  se  trouve  rarement  au  Caucase,  mais  plus  com- 
((  munément  dans  l' Asie-Mineure,  notamment  aux  en- 
«  virons  de  Diarbekir.  » 

Exemples  de  Luc.  orientalis  a  mandibules 
terminées  en  pointe  simple. 

Nous  avons  vu  que,  chez  certains  très  petits  spécimens, 
la  dent  inférieure  de  la  fourche  terminale  est  atténuée 
ou  confondue  avec  la  dent  supérieure,  de  telle  sorte  que 
la  mandibule  se  trouve  presque  terminée  en  pointe  simple. 
Néanmoins  cette  dent  inférieure  ne  disparait  pas  d'une 
façon  complète,  et  il  ne  s'agit  là  que  d'une  modi- 
fication normale,  résultant  du  développement  minime 
de  l'insecte,  se  rattachant  au  type  par  des  exemplaires 
plus  grands  formant  le  passage  et  susceptible,  par  consé- 
quent, de  se  produire  chez  tous  les  individus  de  taille 
aussi  petite. 

Mais,  en  dehors  de  ces  petits  individus  correspondant 
à  ceux  de  la  forme  minima  du  L.  cervus,  var.  capra,  il 
existe  des  Luc.  orientalis  qui,  tout  en  ayant  un  dévelop- 
jjement  assez  avantageux,  possèdent  des  mandibules 
terminées  nettement  en  pointe  simple  ou  ayant  la  dent 
subapicale  tellement   courte  ou  rejetée  en  arrière   que 


Fig.  5.  —  Luc.   orien- 
talis de  Perse. 
Dessin    extrait  de    la 
monogr.  du  D'  Kraatz 


Fig.  T.  —  Luc.  orien- 
talis? de  Syrie. Des- 
sin extrait  de  la  mo- 
nograp.duD'Kraatz. 


Fig.  6.  —  Luc.  oriental!  o" 
de  Perse.  Exemplaire  de 
laCollcct.du  muséum  d'his- 
toire naturelle  de  Paris. 


l'aspect  de  la  mandibule  se  trouve  modifié   d'une    façon 
assez  sensible. 

Comme  exemple  de  cette  disposition,  je  figure  ici  deux 
curieux  spécimens  qui  me  sont  connus  en  nature. 

Le  premier  (fig.  3)  se  trouve  dans  la  collection  de  Mar-. 
seul  (au  Muséum  d'Histoire  naturelle  de  Paris),  où  il  est 
noté  comme  provenant  d'Arménie. 

Il  a  toute  l'apparence  de  structure  et  de  contexture 
d'un  petit  L.  orientalis,  mais  s'en  distingue  par  la  tête 
assez  petite  et  surtout  par  les  mandibules  très  grêles 
depuis  la  dent  médiane  jusqu'à  l'extrémité,  laquelle  est 
terminée  en  pointe  simple.  Le  deu.xième  m'a  été  commu- 
niqué par  M.  Boileau.  Il  a  bien  le  faciès  général  d'un 
L.  orientalis,  mais  s'écarte  assez  notablement  du  type 
par  un  certain  nombre  de  caractères  très  dignes  de 
remarque  : 

Comme  on  peut  le  voir,  en  effet,  en  consultant  le  des- 
sin ci-joint  (fig.  4),  la  dent  inférieure  de  la  fourche  ter- 
minale est  fort  petite  et  située  tout  à  fait  en  arrière  de  la 


dent  supérieure,  bien  que  l'insecte  soit  d'assez  grande 
taille;  la  tête,  très  large  et  très  robuste,  est  sensiblement 
rétrécie  à  sa  partie  postérieure,  et  lexorselet  a  son  con- 
tour encore  plus  arrondi  que  chez  le  type  ;  en  outre  le 
labre  est  remarquablement  plus  long  et  surtout  plus 
large  que  d'habitude  ;  ses  cotés  sont  plus  évasés  vers  leur 
sommet  et  son  bord  antérieur  est  entièrement  rectiligne. 
La  ponctuation  et  la  couleur  sont,  d'ailleurs,  celles  d'un 
L.  orientalis  et  les  cuisses,  à  toutes  les  paires  de  pattes, 
sont  nettement  rougeâtres  en  leur  milieu. 

La  provenance  exacte  de  cetinsecte  ne  m'est  pas  con- 
nue. L'indication  de  «  Espagne  méridionale  »  qu'il  portait 
dans  la  Collection  Gambey  dont  il  faisait  autrefois  jjartie, 
n'a  pas  plus  de  signification  que  la  dénomination  de 
L.  ibericus  qui  lui  avait  été  assignée. 

Nous  avons  vu  précédemment  ce  qu'est  le  L.  ibericus  et 
ce  (ju'il  faut  penser  de  la  tendance  qu'ont  certaines  per- 
sonnes à  croire  ([ue  le  nom  de  ibericus  signifie  que  le 
L.  orientalis  se  trouve  en  Espagne. 

Comme  on  le  voit  par  ce  qui  précède,  ces  deux  Lijcanes, 
liien  qu'aberrants,  se  rattachent  incontestablement  au 
Luc.  orientalis.  Il  me  parait  plus  difficile  de  se  prononcer 
sur  les  affinités  réelles  des  trois  Lucanes  de  Perse  à 
mandibules  non  bifurquées  cités  par  le  D''  Kraatz. 

Les  deux  premiers  (fig.  27  et  28  de  l'ouvrage  de  Kraatz 
et  fig.  5  ci-jointe)  faisaient  partie  de  la  Collection  de 
Reiche.  Ils  ne  me  sont  pas  connus  en  nature,  mais  j'ai  eu 
en  mains  le  troisième  qui  se  trouve  dans  la  Collection  du 
Jardin  des  Plantes  et  qui,  au  dire  de  Kraatz,  est  sem- 
blable aux  deux  premiers.  Or,  comme  on  peut  s'en  rendre 
compte  d'après  la  figure  très  exacte  que  j'en  donne  ci- 
joint  (fig.  6)  cet  insecte  est  très  sensiblement  différent  du 
L.  orientalis  type.  J'appellerai  tout  particulièrement 
l'attention  :  1°  Sur  ses  mandibules  qui,  non  seulement  ne 
sont  pas  bifides,  mais  sont  proportionnellement  bien  plus 
courtes  et  plus  larges  sur  toute  leur  longueur.  2°  Sur  le 
corselet  qui  est  très  arrondi  et  à  bord  postérieur  bien 
relevé.  3°  Sur  la  forme  des  élytres  qui  se  rapproche  bien 
davantage  de  celle  des  élytres  du  L.  cervus  et  surtout 
4°  sur  la  massue  antennaire  qui  est  fort  courte  et  rappelle 
beaucoup  celle  de  l'IIexaphyllus  Pontbrianti.  Enfin, 
détail  que  le  dessin  ne  peut  rendre,  les  mandibules  et  lés 
élytres  ont  la  même  coloration  luisante  et  carminée  qui 
existe  chez  le  L.  cervus  et  surtout  chez  sa  variété  penta- 
phyllus.  D'autre  part,  il  est  certain  que  si  l'on  considère 
la  rondeur  de  la  tète,  la  forme  du  labre,  la  brièveté  et  la 
structure  des  pattes,  cet  insecte  se  rapproche  d'une  façon 
évidente  du  L.  orientalis. 

Je  tiens  à  rappeler  que  ces  remarques  concordent  en 
tous  points  avec  celles  faites  parle  D""  Krautz  sur  les  deux 
Lucanes  de  la  Collection  Reiche  ;  aussi  me  semble- 
t-il  que  l'on  peut  en  conclure  qu'il  existe  en  Perse 
une  forme  de  Lucane  probablement  affine  au  Luc.  orien- 
talis, mais  en  tous  cas  assez  tranchée  et  remarquable, 
entre  autres  caractères,  par  l'absence  de  fourche  aux 
mandibules,  par  sa  brièveté  antennaire,  et  par  sa  colora- 
tion voisine  de  celle  du  L.  cervus. 

En  plus  de  ces  trois  Lucanes  de  Perse,  le  D'  Kraatz 
signale  un  petit  Lucane  de  Syrie  qui,  d'après  lui,  ne  dif- 
férerait absolument  du  Luc.  orientalis  que  par  ses  mandi- 
bules non  bifides.  C'est  ce  Lucane  qui  est  figuré  ici  fig.  7 
et  dont  Motschulsky  a  fait  son  L.  syriacus. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 
Palis.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  17. 


19*  ANNÉE 


2«  Sérik  —    IV  «KO 


1"  AOUT  1897 


Le  Droséra 


Et 


Il  est  peu  de  plantes  qui  aient  autant  fait  parler  d'elles 
que  les  Drosera  :  la  siugularité  de  leur  structure,  les 
merveilleuses  propriétés  qu'on  leur  a  attribuées,  tout  s'est 
•éuni  pour  en  faire  des  végétaux  à  nuls  autres  pareils. 
2t  d'abord,  comment  est  fait  uu  Droséra'?  Prenons  l'es- 
pèce la  plus  commune,  le  Droséra  à  feuilles  rondes,  que 
l'on  rencontre  dans  presque  toute  la  France,  un  peu  par- 
tout où  l'on  trouve  des  Sphatjnwn. 
Les  feuilles  sont  en  rosette,  appli- 
quées sur  la  terre,  à  limbe  arrondi, 
très  entières,  brusquement  rétrè- 
cies  en  un  long  pétiole,  non  cilié, 
mais  un  peu  velu  en  dessus.  La 
face  supérieure  est  chargée  de  fila- 
ments surmontés  d'une  glande 
ovciide;  les  filaments,  qui  sont  des 
sortes  de  gros  poils  glandulifères, 
se  retrouvent  également  sur  les 
bords.  Du  centre  de  cette  rosette 
de  feuilles  s'élève  une  hampe  dres 
sée,  assez  longue,  qui  porte  de  pe- 
tites fleurs  blanches.  Dans  une  autre 
espèce,  les  feuilles  sont  allongées, 
c'est  le  Droséra  Umijifolia;  dans  une 
troisième,  elles  sont  obovées,  mais 
avec  la  tige  florale  courbée  à  la  base 
et  dépassant  à  peine  les  feuilles.  On 
a  alors  affaire  au  Droséra  intermedia. 
Ce  qui  a  rendule  Droséra  célèbre, 
ce  sont  les  mouvementsdes  feuilles, 
mouvements  signalés  par  Rotli  dès 
1782,  et  qui  auraient  pour  but  de  per- 
mettre la  capture  des  insectes  et  des 
petits  animaux. Le  limbe  de  la  feuille 
et  les  filaments,  dont 
nous  avons  parlé  plus 
haut,  peuvent  être  irri- 
tés àlafois  par  les  mou- 
vements d'un  insecte  : 
quand    la  chose  a  lieu,  '^^" 

les  filaments  s'inclinent, 
se  !-ecourbent  à  iioiut 
pour  que  le  petit  animal 
reste  pris  ;  puis  le  limbe 
se  replie  également  du 
sommet  à  la  base,  de  , 
telle  sorte  que  la  cap- 
ture est  complète  et  dé- 
finitive.Ces  faits  ont  été 
observés  en  Allemagne 
par  Roth  et  par  Nitzs- 
chke.aux  États-unis  par 
Mlle  Mary  Treat,  en 
Angleterre  par  Darwin. 

Le  temps  nécessaire  à  l'action  conip 
Druscra  peut  être  plus  ou  moins  long.  Mlle  Treat  expéri- 
mentant avec  les  Droséra  rotundifulin  et  lo7U/ifolia  ainsi 
qu'avec  une  autre  espèce  américaine,  le  Droséra  filifolia, 
a  vu  un  petit  morceau  de  viande  enveloppé  en  2  heures 
environ,  et  une  mouche  vivante,  une 
une  autre  fois  en  3  heures. 

I.e  Snluralisle,  4G,  rue  du  1  ac,  Paris. 


le  te  des  feuilles  du 


fois  en  1  h.  ISmiii,, 


Rappelons  cependant  que  ces  mouvements  ont  été  niés 
en  Allemagne  par  Treviranus,  en  France  par  Trécul  qui 
s'est  beaucoup  occupé  de  la  structure  de  ces  plantes. 
Quoi  qu'il  en  soit,  il  paraît  nettement  prouvé  que  les 
feuilles  de  Drosei-a  sont  irritables,  en  proportion  de  l'ac- 
tivité avec  laquelle  s'opère,  dans  l'appareil  glandulifère, 
la  sécrétion  du  liquide  visqueux  qu'il  produit. 

Mais  le  Droséra  est-il  Carnivore'?  Faut-il  le  placer  au 
rang  de  ces  plantes  curieuses  :  la  Dionée,  les  Nepenthes, 
les  Sairacenia,  VUtriculaire,  dont  quelques-unes  ont  déjà 
été  étudiées  dans    cette  Revue  ?  — 
C'est  à    Darwin  que    l'on   doit  les 
expériences    les   plus  intéressantes 
faites  à  ce  sujet.  L'illustre  observa- 
teur se  trouvant,  dans  l'été  de  l'an- 
née 1860,  dans  les  landes  du  comté 
de  Sussex,  remarqua  avec   la  plus 
grande   surprise  que  les  feuilles  du 
Droséra  rotundifoUa  avaient  capturé 
un  grand  nombre   d'insectes.   Une 
seule  feuille  portait  les   restes   de 
treize  insectes  différents,  et  particu- 
lièrement de  mouches  qui  sont  acca- 
parées  en  plus   grand   nombre  que 
tout  autre.  Les  papillonseux-mômes 
se    laissent  prendre  ainsi    que  de 
grosses  libellules.  Les  recherches  de 
Darwin  lui    ont  permis   d'observer 
des  résultats  très  remarquables,  tels 
que  :    la    sensibilité    extraordinaire 
des    glandes  quand  on   les   presse 
légèrement  ou  quand  on  les  soumet 
à  des  doses  infinitésimales  de  cer- 
tains liquides  azotés  ;   la  faculté  que 
possèdent    les     feuilles    de   rendre 
solubles  et     même    de   digérer   les 
substances  azotées  qu'elles  finissent 
par  absorber;  les  chan- 
gements  qui   ont  lieu 
dans  l'intérieur  des  cel- 
lules     des     filaments 
quand  on  les  excite. 

Si  l'on  place  un  corps 
quelconque  sur  les 
glandes  placées  au  cen- 
tre d'une  feuille,  ces 
glandes  transmettent 
une  impulsion  aux  fila- 
ments qui  occupent  les 
bords.  Ils  s'inclinent 
vers  le  centre  de  la 
feuille,  en  un  temps 
très  variable,  qui  varie 
~       "  de  1  heure  à  b  heures 

et  même  plus,  dépen- 
dant de  la  grosseur  et 
objet,  de  la  vigueur  et  de  l'âge  de  la 
feuille,  du  temps  qui  s'est  écoulé  depuis  qu'elle  a  précé- 
demment agi,  de  la  température.  La  lumière  ne  semble 
pas  agir.  Mais  les  insectes  vivants  amènent  une  irrita- 
bilité  plus  profonde  qu'un  insecte  mort;  il  en  est  de 
même  d'une  mouche,  qui  cause  une  inflexion  plus  pro- 
lonaée  des  tentacules  qu'un  insecte  à  ailes  épaisses  et 
coriaces  tel  qu'un  scarabée. 


la  nature   de 


174 


LE     NATURALISTE 


Si  l'on  place  sur  les  glandes  du  centre,  des  gouttelettes  de 
salive  ou  d'un  sel  d'ammoniaque, l'extension  se  fait  rapi- 
dement, quelquefois  même  en  moins  d'une  demi-heure. 
Si  l'on  plonge  une  feuille  dans  une  infusion  de  viande 
crue  ou  dans  une  solution  peu  concentrée  d'ammoniaque, 
les  filaments  de  la  marge  s'infléchissent  vers  le  centre, 
sauf  ceux  situés  près  du  centre  qui  restent  droits.  Il 
arrive  même  que  la  feuille  elle-même  se  recourhe  ;  c'est 
ce  qu'on  peut  observer  en  déposant  sur  le  disque  une 
goutte  de  lait  ou  une  solution  d'azotate  de  potasse  ou  de 
soude.  En  plaçant  des  parcelles  d'œuf  dur  sur  des  feuilles, 
on  verra  que  le  sommet,  dans  certains  cas,  s'incline  vers 
la  base;  que,  dans  d'autres  cas,  les  bords  s'infléchissent 
profondément  de  façon  à  rendre  la  feuille  presque  trian- 
gulaire ;  qu'enfin,  et  c'est  le  cas  le  plus  commun,  les 
filaments  seuls  sont  irrités  sans  que  le  limbe  s'en  res- 
sente. En  même  temps,  la  feuille  se  soulève  en  formant 
avec  la  tige  un  angle  plus  faible  qu'auparavant. 

La  température,  l'âge  et  la  vigueur  de  la  feuille  agis- 
sent puissamment  sur  la  durée  de  l'inflexion.  Pendant 
l'hiver  la  position  normale  est  rapidement  reprise.  Les 
matières  azotées  maintiennent  l'inflexion  beaucoup  plus 
longtemps,  pendant  près  de  sept  jours.  La  feuille  peut 
s'infléchir  une  seconde  et  même  une  troisième  fois  sans 
intervalle  de  temps. 

Pendant  que  se  passe  ce  curieux  phénomène,  les  glan- 
des sécrètent  un  liquide  visqueux  incolore,  qui  peut 
s'étirer  en  longs  fils.  La  sécrétion  est  abondante  avec  le 
sucre,  le  carbonate  et  le  phosphate  d'ammoniaque,  le 
sulfate  de  zinc.  Les  acides,  le  chlorure  d'or  agissent  de 
même.  D'autres  sels  tels  que  le  tartrate  d'antimoine 
l'empêchent  complètement. 

Ce  qu'il  faut  surtout  remarquer,  c'est  que,  quand  on 
place  sur  le  disque  d'une  feuille  un  insecte  ou  un  mor- 
ceau de  viande,  la  sécrétion  devient  plus  abondante  dans 
les  filaments  environnants,  dès  (ju'ils  sont  très  infléchis. 
Avant  même  d'avoir  touché  la  viande,  les  gouttes  sécré- 
tées étaient  beaucoup  plus  grosses.  Darwin  concluait  de 
ce  fait  que  les  glandes  centrales  excitées  transmettaient 
quelque  chose  de  leur  irritation  aux  glandes  de  la  circon- 
férence, en  augmentant  chez  elles  l'abondance  de  leur 
sécrétion.  En  même  temps,  le  produit  sécrété  devient 
acide. 

Les  liquides  ainsi  produits  seraient  antiseptiques  ; 
ainsi,  au  bout  de  48  heures,  un  fragment  de  viande  placé 
sur  une  feuille  de  Droséra,  par  un  temps  très  chaud,  de 
petits  cubes  d'albumine  et  de  fromage  ne  sont  pas  in- 
fluencés, tandis  que,  dans  le  voisinage,  des  substances 
analogues  et  déposés  sur  de  la  mousse  humide  mois- 
sissaient  rapidement  et  subissaient  la  putréfaction. 

Quand  les  tentacules  se  redressent,  la  sécrétion  dimi- 
nue et  finit  par  cesser  en  même  temps  que  les  glandes 
restent  sèches.  Quand  le  redressement  est  complet,  la  sé- 
crétion recommence  et  les  glandes  s'apprêtent  à  capturer 
de  nouveaux  objets.  L'odeur  aurait  un  certain  r61e  dans 
le  phénomène,  d'après  ce  que  Darwin  a  pu  observer  sur 
quelques  espèces  européennes  de  Drosera  et  sur  d'autres 
exotiques,  qui  se  coniportentdifl'éremment.  Dans  un  cas, 
on  pouvait  comparer  les  feuilles  à  un  piège  amorcé;  dans 
l'autre,  à  un  piège  placé  sur  une  route  fréquentée  par 
beaucoup  de  gibier,  mais  n'ayant  subi  aucune  prépara- 
tion spéciale. 

Ce  qui  prouverait  la  faculté  d'absorption,  c'est  que  les 
glandes  changent  de  couleur  en  présence  de  certains 
corps  :  avec  le  carbonate  d'ammoniaque  elles  deviennent 


plus  foncées,  avec  d'autres  liquides  elles  sont  rosées. 
Mais  les  résultats  sont  très  divers,  selon  que  l'on  opère 
avec  des  liquides  azotés  ou  non  azotés.  L'absorption  des 
substances  animales  expliquerait,  d'après  Darwin,  com- 
ment les  Droséras  peuvent  vivre  dans  des  terrains  tour- 
beux très  pauvres,  dans  des  localités  où  ne  croissent  que 
des  mousses,  dans  un  sol  où  ils  ne  peuvent  se  procurer 
qu'une  faible  quantité  d'azote.  On  a  aussi  l'explication 
de  ce  fait  que  les  racines  de  ces  plantes  sont  peu  déve- 
loppées, ne  consistant  habituellement  qu'en  deux  ou 
trois  radicelles  à  peine  divisées. 

Somme  toute,  un  pied  de  Droséra  serait,  d'après  le 
grand  naturaliste  anglais,  comparable  à  un  «  estomac 
temporaire  dans  lequel  les  glandes  déchargent  leurs  sé- 
crétions acides  qui  dissolvent  les  substances  animales 
pour  les  absorber  ensuite  ».  Il  se  nourrirait  exactement 
comme  un  animal.  Les  racines  peu  nombreuses,  comme 
nous  l'avons  dit  plus  haut,  ne  serviraient  qu'à  absorber 
l'humidité.  Le  Droséra,  «  au  contraire  d'un  animal,  boit 
par  ses  racines,  et  il  doit  boire  beaucoup  pour' pouvoir 
former  autant  de  gouttes  de  liquide  visqueux  autour  des 
glandes.  »  Ces  curieux  végétaux  vivraient  donc  à  la  fois 
de  la  vie  animale  et  de  la  vie  végétale. 

Faut-il  appliquer,  c'est  ce  que  nous  devons  nous  de- 
mander, aux  filaments  glanduiifères,  le  terme  sensitifoxi 
le  terme  irritable?  Darwin  n'hésite  pas  à  adopter  le  pre- 
mier ;  il  implique,  il  est  vrai,  la  conscience  de  l'acte  ac- 
compli, mais  il  est  plus  commode. 

Les  ])hénomènes  si  curieux  auxquels  donne  lieu  le 
Droséra,  n'ont  pas  été  sans  provoquer  des  recherches  de 
la  ])art  d'autres  physiologistes  qui  sont  arrivés  à  des  résul- 
tats contradictoires.  Si  MM.  Rees  et  Will  ont  vu  de  la 
fibrine  bien  lavée  absorbée  en  24  heures  par  des  feuilles 
de  Droséra,  ce  qui  leur  a  permis  de  dire  que  «  l'action 
digestive  delà  sécrétion  opérée  jjar  les  glandes  du  i)j'osem 
est  maintenant  hors  de  doute  »,  il  n'en  est  pas  de  même 
de  M.  Ed.  Morren.qui  déclare  que  la  destruction  des  ma- 
tières animales  est  due  à  la  présence  de  bactéries  qui 
provoquent  le  phénomène  général  de  la  putréfaction.  Le 
savant  botaniste  belge  n'a  pu  voir  ni  digestion,  ni  absor- 
ption. Déplus,  il  n'y  aurait  aucune  relation  entre  la  nutri- 
tion des  plantes  elle  nombre  des  insectes  capturés,  puis- 
que des  pieds  de  Droséra  très  bien  portants  n'ont  donné 
lieu  qu'à  une  chasse  peu  productive,  tandis  que  des  spé- 
cimens chétifs  étaient  recouverts  de  dépouilles  animales. 

Enfin,  M.  Nordstedt  est  arrivé  à  des  résultats  analogues, 
et  les  expériences  de  M.  Batalin  ne  semblent  pas  plus 
favorables  à  l'idée  de  l'absorption  des  substances  anima- 
les par  les  plantes  carnivores. 

P.  IIaiuut. 


L'AGE    DU    RENNE 


Dans  des  articles  précédents  (1)  j'ai  fait  connaître  les 
faits  se  rapportant  à  l'extension  des  anciens  glaciers,  et 
j'ai  décrit  les  instruments  en  silex  que  l'homme  intergla- 
ciaire façonnait  pour  se  défendre  et  pour  chasser  les 
animaux.  C'est  au  moment  où  les  glaciers  de  la  pre- 
mière extension  quaternaire  reculaient,  que  ces  premiers 
hommes,  contemporains  i\'Elephas  nntiquus,  s'établirent 
sur  notre  sol,  et  ils  s'y  maintinrent  pendant  toute  la 
période  interglaciaire. 

(1)  Le  naturaliste  :  Les  anciens  ;/laciers,  1'''  feviier  IKU?.  — 
L'/iumine  inleri/laciaire,  15  mars  ISItl. 


LE     NATURALISTE 


17£ 


Ijorsque  les  glaciers  s'avancùrent  de  nouveau  l 
(deuxième  extension  quaternaire),  un  régime  froid  et 
humide  provoqua  l'apparition  d'une  faune  nouvelle, 
caractérisée  surtout  par  le  mammouth  et  le  renne;  cette 
l'aune  semble  être  venue  du  nord-ouest.  Avec  elle  se 
montrent  des  silex  taillés,  des  instruments  façonnés  jiar 
des  hommes  qui  poursuivaient  ces  animaux  pour  leur 
nouriiture.  Ces  chasseurs  de  rennes  étaient-ils  les  des- 
cendants des  hommes  interglaciaires'^  S'agit-il  de  races 
humaines  nouvelles,  ayant  évolué  sur  d'autres  points  du 
globe,  et  arrivant  avec  les  animaux  caractéristiques  de 
cette  époque  '?  Le  rapprochement  des  industries  semble 
montrer  une  évolution  sur  place,  une  transformation  des 
ustensiles  primitivement  si  grossiers,  et  la  majorité  des 
anthropologistes  considère  les  chasseurs  de  rennes 
comme  les  descendants  directs  des  hommes  intergla- 
ciaires. 

J'ai  fait  avec  mon  ami  Elle  Massénat,  de  Brive,  de 
longues  et  patientes  recherches  sur  l'âge  du  renne  ;  je 
n'ai  qu'à  résumer  le  grand  ouvrage  (1)  que  nous  publions 
en  ce  moment  sur  cette  question. 

C'est  dans  les  belles  vallées  de  l'Aquitaine,  entre  les 
glaciers  des  Pyrénées  et  ceux  du  Plateau  central,  que 
les  chasseurs  de  rennes  semblent  avoir  trouvé  les  meil- 
leurs conditions  pour  leur  installation.  La  Dordogne,  la 
Vézèro,  la  Corrèze  et  d'autres  affluents  coulent  entre  de 
hautes  falaises  calcaires,  entamées  par  des  grottes  ou  par 
de  larges  galeries  ouvertes,  protégées  par  des  couches  en 
surplomb.  C'est  sous  ces  abris  naturels  que  les  chasseurs 
ont  établi  leurs  campements  ;  les  fouilles  mettent  à  nu 
les  couches  archéologiques  où  sont  enfouis  les  débris 
abandonnés  par  ces  antiques  habitants. 

Cette  couche  caractéristique  se  retrouve  sur  de  nom- 
breux points  du  territoire  français  ;  tous  les  bassins  con- 
tiennent des  stations  de  l'âge  du  renne.  On  en  signale  en 
Belgique  et  en  Angleterre,  en  Espagne  et  en  Italie.  Vers 
l'est,  les  stations  touchent  aux  dépôts  glaciaires  qui 
tracent  la  ligne  extrême  où  les  chasseurs  de  rennes  sont 
parvenus.  La  présence  des  glaciers  s'opposait  aux  incur- 
sions de  ces  sauvages  sur  les  territoires  qu'ils  recou- 
vraient. C'est  pour  cette  raison  que  la  Suisse  monta- 
gneuse n'a  pas  fourni  de  stations,  le  bassin  du  lac  de 
Constance  a  donné  le  remarquable  abri  de  Thayngen, 
canton  de  Schaffouse.  La  caverne  du  Mammouth,  dans 
la  Pologne  autrichienne,  est  le  gisement  le  plus  oriental 
de  l'Europe  centrale. 

La  couche  archéologique  est  formée,  dans  toute  son 
étendue,  par  un  sol  rempli  d'ossements  brisés  et  de  silex, 
mais  de  richesse  variée,  suivant  les  points  considérés. 
En  certains  endroits,  qu'on  désigne  plus  particulièrement 
sous  le  nom  de  foyers,  on  rencontre  de  véritables  accu- 
mulations d'objets  de  choix.  Ces  points  marquent  les 
centres  autour  desquels  se  sont  groupés,  pendant  un 
temps  plus  ou  moins  long,  les  membres  de  la  famille  ou 
de  la  petite  association  de  chasseurs.  Aussi,  il  est  naturel 
de  concevoir  que  c'est  sur  ce  point  que  sont  réunis  les 
matériaux  intéressants,  affirmant  la  façon  de  vivre  des 
habitants  de  l'abri. 

Des  charbons,  des  cendres  plus  ou  moins  grossières, 
des  fragments  d'os  calcinés,  incrustés  dans  la  gangne, 
des  phalanges  de  renne  carbonisées,  donnent  à  l'assise  du 
foyer  sa  teinte  noire   caractéristique.  C'est  au  pourtour 

(1)  D'  Paul  Girod  et  Elle  Massénat.  —  Les  slalions  de  l'dge 
du    renne,  avec    100  pi.  hors   texte. 


de  cette  zone  que  sont  accumulés  les  débris  de  toutes 
sortes,  restes  des  repas  jetés  sur  le  sol  de  la  caverne. 

Au  retour  de  la  chasse,  on  apportait  à  la  station  ce  qui 
était  transportable  :  les  membres  avec  leur  chair  succu- 
lente, les  filets  épais,  les  crânes  remplis  de  cervelle  déli- 
cate. Il  est  remarquable  que  tous  les  ossements  trouvés 
dans  les  foyers  soient  brisés,  les  crânes  largement 
ouverts.  Un  coup  bien  appliqué  rompait  les  os  longs  plus 
ou  moins  obliquement  cl  permettait  l'extraction  facile  de 
la  moelle  ;  quant  à  la  cervelle,  elle  présentait  un  mets 
fort  apprécié,  puisque  le  chasseur  s'imposait  le  transport 
d'une  tête  volumineuse  pour  recueillir  ce  produit.  Il 
n'est  pas  douteux  que  la  moelle  et  la  cervelle  formaient 
des  aliments  de  choix;  mais  il  est  possible  que  la  pre- 
mière, chargée  de  graisse,  ait  pu  servir  à  d'autres  usages, 
à  amollir  les  peaux  et  à  préparer  des  onguents  pour  la 
toilette . 

Ces  ossements  permettent  d'établir  avec  certitude  la 
faune  contemporaine  de  l'homme  des  cavernes.  On  y 
trouve  le  mammouth,  le  rhinocéros,  surtout  le  renne, 
le  cheval,  l'aurochs  ou  bison,  le  bœuf  primitif,  mais 
aussi  des  débris  d'oiseaux  et  des  arêtes  de  poissons,  ce 
qui  permettait  à  ces  sauvages  de  varier  leur  alimenta- 
tion suivant  les  saisons  et  l'abondance  de  tel  et  tel  gi- 
bier. 

Les  os  des  cavernes  ont  toujours  leurs  épiphyses  in- 
tactes. Ce  fait  permet  d'affirmer  que  la  station  était  à 
l'abri  des  incursions  des  carnassiers,  qui  auraient  laissé 
des  traces  de  leur  passage  en  attaquant  les  épiphyses 
gorgées  de  graisse,  des  os  abandonnés.  Comment  luttait- 
on  contre  les  incursions  de  ces  redoutables  voisins  ?  En 
élevant,  sans  doute,  des  palissades  autour  des  abris. 

D'autre  part,  il  n'existait  pas,  dans  la  station,  d'ani- 
maux domestiqués  carnivores,  comme  le  chien,  par 
exemple,  car  les  épiphyses  auraient  disparu  sous  sa 
dent  vorace.  Du  moment  où  le  chien  a  été  domestiqué, 
il  est  devenu  l'hote  de  la  maison,  et  dès  lors,  il  a  fait  ce 
qu'il  fait  encore,  cherchant,  parmi  les  reliefs  de  nos  re- 
pas, les  vieux  os  imprégnés  de  graisse  pour  les  briser 
entre  ses  puissantes  mâchoires. 

Cette  question  de  la  domestication  des  animaux  est 
une  des  plus  intéressantes  qui  puisse  se  poser  dans  l'é- 
tude d'une  association  humaine,  comme  celle  que  nous 
avons  en  vue. 

On  peut  affirmer  que  les  chasseurs  de  rennes  n'ont  pas 
possédé  de  troupeaux.  Le  hasard  de  la  chasse  peut  seul 
mêler  dans  les  foyers  les  restes  d'individus  d'âges  si  di- 
vers, de  rennes,  de  chevaux  et  de  bœufs.  Du  reste,  les 
parties  du  corps  qui  abondent  dans  les  foyers  sont  les  os 
des  membres  et  les  crânes  défoncés.  Le  dépècement  de 
la  bête  était  dicté  parles  difficultés  du  retour  à  la  station 
lointaine.  On  choisissait  le  meilleur  et  on  abandonnait 
la  carcasse  là  où  était  tombé  l'animal.  Pourquoi  n'au- 
raient-ils pas  conduit  à  la  station  les  animaux  domes- 
tiques, s'ils  en  avaient  eu,  pour  les  abattre  à  leur  aise 
dans  leurs  habitations?  L'absence  du  chien  est,  dans 
l'espèce,  une  indication  précieuse,  car  il  semble  que  le 
chien  soit  un  aide  nécessaire  pour  la  domestication  des 
autres  animaux.  Il  apparaît  plus  tard,  comme  animal 
domestique,  avec  les  premières  populations  de  la  pierre 
polie,  et  ces  hommes  nouveaux  ont  avec  eux  les  animaux 
domestiques,  les  plantes  cultivées  et  la  poterie,  choses 
inconnues  des  chasseurs  de  rennes. 

Rien  ne  nous  autorise  à  voir  dans  les  habitants  des 
cavernes,  des  pasteurs  ou  des  agriculteurs  ;  c'étaient  des 


17Ô 


LE     NATURALISTE 


chasseurs  qui  poursuivaient  au  lionl  des  cours  d'eau  et 
dans  les  forêts  les  animaux  même  les  plus  féroces,  et  qui 
arrivaient  à  les  frapper  à  mort. 

Avec  quelles  armes  ces  hommes  audacieux  s'atta- 
quaient-ils aux  mammouths,  aux  ours  des  cavernes,  aux 
bisons'?  Avec  quelles  flèches  atteignaient-ils  les  chevaux, 
les  rennes  et  les  antilopes  agiles'?  La  réponse  se  trouve 
dans  la  couche  archéologique,  à  côté  des  ossements  bri- 
sés des  animaux  vaincus. 

A  ce  point  de  vue,  la  grotte  et  les  abris  de  l'Aquitaine 
sont  loin  de  présenter  une  uniformité  absolue  ;  il  y  a 
d'une  grotte  à  l'autre,  des  différences  profondes  dans  la 
forme  des  armes  et  dans  la  matière  première  utilisée. 
En  comparant  ces  industries  variées,  il  est  possible  de 
les  placer  en  série  ascendante  et  de  suivre  le  perfection- 
nement graduel  du  travail  humain. 

Le  silex  est  d'abord  seul  employé;  les  premiers  ins- 
truments sont  lourds  et  grossiers,  rappelant  les  haches 
intcrglaciaires;  mais  peu  à  peu  la  fabrication  devient 
meilleure  et  l'industrie  du  silex  atteint  une  perfection 
remarquable.  Bientôt  une  matière  première  nouvelle  se 
substitue  au  silex,  c'est  l'os  et  le  bois  du  renne. 

Cette  découverte  a  été,  pour  cette  époque  lointaine, 
aussi  importante  que  la  découverte  des  métaux,  pendant 
la  pierre  polie.  Désormais,  avec  cette  substance  jikis  ma- 
niable, les  instruments  se  multiplient  à  l'infini  dans  leurs 
formes  et  dans  leur  allure,  et  le  silex,  perd  peu  à  peu 
de  son  importance  n'étant  plus  utilisé  que  pour  de  ro- 
bustes outils. 

En  se  basant  sur  cette  transformation  de  l'industrie, 
M.  G.  de  Mortillet  a  tracé  des  coupures  dans  l'âge  du 
Renne  et  a  établi  trois  époques  :  Moustérienne,  Solutréenne, 
Magdalénienne,  qui  sont  généralement  acceptées  par  les 
préhistoriens. 

Nous  consacrerons  à  l'étude  successive  de  ces  époques, 
les  développements  nécessaires  pour  faire  comprendre 
les  caractères  propres  à  leur  industrie. 

L">'  Paul  GiROD, 
Professeur  à  l'Université  de  Clermont-Ferrand. 


LA  SYMPHONIE  DU  PRINTEMPS 


L'oiseau  partage  avec  l'homme  le  privilège  du  chant. 
Les  insectes  ont  des  bruits,  le  monde  des  eaux  est  muet, 
les  mammifèi'es  poussent  des  cris,  seul  l'oiseau  chante. 
Ses  accents  animent  la  plaine  et  la  montagne,  la  forêt 
et  la  prairie,  ils  sont  la  joie  de  la  nature  où  sans  eux 
tout  ne  serait  que  silence  et  tristesse.  L'oiseau  est  sans 
contredit  l'être  qui  nous  manquerait  le  plus.  Figurez- 
vous  la  campagne  sans  oiseaux,  sans  chansons  mélanco- 
liques ou  joyeuses,  sans  bruits  d'ailes,  sans  amours  dans 
les  branches.  Je  ne  sais  rien  de  triste  comme  certains 
cantons  brûlés  des  ardeurs  du  midi,  dont  l'oiseau  ne  fait 
que  traverser  en  hiver  les  immuables  verdures  d'oliviers, 
où  il  ne  s'arrête  pas  au  printemps,  où  sans  nid  dans  les 
feuilles,  il  ne  fait  entendre  aucune  chanson. 

Dans  nos  pays  privilégiés,  les  oiseaux  sont  partout  et 
partout  ils  chantent.  Même  pendant  l'assoupissement  de 
l'hiver,  ces  charmants  musiciens  ne  se  taisent  pas  tous 
d'une  façon  absolue.  Le  Rouge-gorge  chante  encore 
lorsque  le  givre  argenté  la  liranche,  que  les  buissons 
sont  blancs  et  que  la  neige  couvre  au  loin  la  terre  d'un 


épais  linceul.  Un  pâle  rayon  de  soleil  suffit  pour  lui  faire 
redire  en  janvier  la  chanson  d'avril.  Sa  voix  douce  et 
voilée  retrouvera  au  printemps  des  notes  plus  éclatantes, 
plus  gracieuses  et  plus  tendres  :  dans  la  dure  saison  des 
jours  brefs  et  glacés,  elle  semble  une  protestation  de  la 
vie  contre  la  mort  apparente  de  la  nature.  Elle  n'est  pas 
seule  à  protester,  du  fourré  poudré  à  blanc  une  autre  voix 
lui  répond  en  un  gazouillis  menu  et  délié.  C'est  celle 
d'un  petit  oiseau  gros  comme  une  noix,  une  pincée  de 
plumes,  le  Troglodyte  alerte  et  intrépide  qui  visite  les 
souches  moussues  pour  y  chercher  des  chrysalides  et 
glisse  prestement  au  milieu  des  brindilles  des  piles  de 
fagots. 

Puis  quand  l'hiver  va  finir,  à  travers  le  ruissellement 
des  giboulées  de  mars,  s'élèvent  joyeux  le  sifflement  du 
Merle,  les  accents  sonores  et  vibrants  de  la  Grive,  les 
premières  modulations  de  l'air  de  bravoure  du  Pinson, 
le  timbre  argentin  de  la  Mésange  charbonnière.  Dans  les 
journées  encore  douteuses  du  commencement  d'avril,  la 
Fauvette  à  tête  noire  salue  le  renouveau  d'un  vif  et  gai 
refrain  de  son  gosier  de  cristal.  Le  chantre  des  oseraies, 
le  svelte  Fitis,  récite  sa  strophe  ondoyante,  pareille  à  des 
sons  mélancoliques  de  liarpe  éolienne  effleurée  par  la 
brise  parmi  les  osiers  et  les  saules.  La  Sitelle  au  manteau 
bleu  commence  à  faire  tapage  et,  de  ses  tu  tu  retentis- 
sants et  répétés,  anime  à  elle  seule  tout  un  coin  de  la 
forêt.  Caché  dans  les  fourrés,  l'invisible  Coucou  jette  ses 
deux  notes  éclatantes  et  prolongées  (I),  étrange  refrain 
qui  se  déplace  sans  cesse,  voix  errante  qui  sonne  à  tous 
les  échos  du  pays  le  retour  du  printemps. 

Mais  le  roi  des  chanteurs  entre  en  scène.  Le  Rossi- 
gnol tout  nouvellement  revenu  prélude  à  ses  concerts  (2). 
A  peine  arrivé,  il  se  met  à  chanter;  sa  voix  semble  d'abord 
un  peu  hésitante,  il  a  l'air  de  chercher,  de  tâcher  de  se 
ressouvenir.  L'épanouissement  de  mai  lui  donne  toute 
sa  maîtrise.  Le  poète  inspiré  réserve  pour  les  journées 
fleuries  et  l'enchantement  des  nuits  tièdes  et  parfumées 
ses  mélodies  les  plus  puissantes.  Longs  soupirs,  modu- 
lations plaintives,  appels  passionnés,  interruptions,  si- 
lences, reprises!  Quelle  variété!  quelle  force!  quelle  plé- 
nitude! Les  sons  tendres  et  mélancoliques  alternent  avec 
les  explosions  de  joie  et  de  triomphe,  les  phrases  douces 
succèdent  aux  roulades  entraînantes;  le  rythme,  la  ca- 
dence, en  sont  incomparables  et  les  pauses  viennent 
encore  en  faire  ressortir  la  beauté.  C'est  bien  le  chant 
décrit  par  Pline,  il  y  a  dix-huit  siècles;  les  épithètes 
sont  toujours  applicables,  plein,  grave,  aigu,  fréquent, 
étendu,  puis  encore  vibrant,  haut,  moyen,  bas;  plcnus, 
gravis,  acutus,  creber,  extensus;  ubi  visum  est,  vibrans, 
siimrmis,  médius,  imus  (3). 

Chez  les  oiseaux  comme  chez  les  humains,  l'art  a 
besoin  d'exercice  pour  se  développer.  Le  prix  du  chant 
appartient  aux  vieux  mâles  qui  font  école.  Les  jeunes 
doivent  suivre  leurs  leçons  et  ne  parviennent  à  les  imiter 
qu'à  force  de  travail.  Une  oreille  exercée  reconnaîtra 
toujours  un  débutant.  Il  en  est  qui  ne  chantent  que  le 
jour,  d'autres  ne  se  font  entendre  que  la  nuit  :  ces  der- 
niers sont  réputés  les  meilleurs  chanteurs.  A  l'exemple 

(1)  Ré,  si  bémol  (clarinette),  dans  la  Symphonie  pastorale 
de  Bethoven.  Cette  année,  j'ai  entendu  le  premier  Coucou  le 
15  avril,  dans  le  Pas-de-Calais,  à  Yerton,  près  de  Berck-sur- 
Mer. 

(2)  J'ai  entendu  chanter  le  premier  Rossignol,  à  Yerton,  le 
10  avril. 

(3)  Hist.  Nat.,  L,  X,  c.  43. 


LE     NATURALISTE 


m 


de  beaucoup  de  grands  artistes,  le  Rossifinol  est  jaloux  et 
sa  jalousie  lui  insi)irc  peut-être  ses  plus  beaux  chants; 
il  déploie  alors,  dans  toute  leur  plénitude,  ses  facultés 
musicales  pour  éclipser  ses  rivaux.  Selon  Brehm,  un 
Rossignol  n'est  un  véritable  virtuose  que  lorsqu'il  pos- 
sède dans  son  répertoire  do  vingt  à  vingt-quatre  phrases, 
mais  beaucoup,  ajoute-t-il,  ont  un  champ  do  variations 
moins  étendu  (1).  Barington,  au  siècle  dernier,  a  observé 
seize  préludes  difl'érents  et  autant  de  finales  (2).  Il  pen- 
sait que  le  Rossignol  a  été,  à  l'origine  des  temps,  le  pre- 
mier instituteur  des  oiseaux  chanteurs  et  qu'ils  se  sont 
tous  formés  à  ses  leçons.  Cent  ans  plus  tard,  Henri 
Heine,  subissant  la  même  fascination,  s'écriait  :  «  Au 
commencement  fut  le  Rossignol.  »  (3).  C'est  aussi  la 
pensée  de  Buffon  qui  veut  que  chacune  des  chansons 
entières  des  autres  oiseaux  ne  soit  qu'un  couplet  de  celle 
du  Rossignol.  Ne  serait-ce  pas,  au  contraire,  que,  paru 
le  dernier,  il  a  fonilu  dans  son  chant  le  plus  grand 
nombre  des  notes  et  des  motifs  partagés  entre  les  autres 
espèces? 

Bethoven  a  noté  heureusement,  dans  la  Symphonie 
pastorale,  le  chant  du  Rossignol,  en  même  temps  que 
celui  de  la  Caille  et  du  Coucou  (4).  L'ornithologiste 
Bechstein  a  tenté  une  notation  syllabique.  Il  prétendait 
que,  articulées  dans  un  sifllet,  en  observant  des  temps  de 
repos  indiqués  par  des  barres,  cette  série  de  syllabes 
reproduit  fidèlement  l'allure  et  les  détails  des  mélodies 
du  Rossignol.  Tour  de  force  un  peu  puéril  d'Allemand 
enthousiaste  et  patient.  Dupont  de  Nemours,  qui  avait 
déjà  composé  le  «  Dictionnaire  des  Corbeaux  »,  n'a  pas 
mieux  réussi  quand  il  a  voulu  traduire  des  onomatopées 
en  paroles.  La  poésie  est  médiocre,  mais  l'intention  est 
curieuse.  Ce  petit  poème  très  peu  connu  mérite  peut-être, 
à  ce  titre,  d'être  tiré,  pour  un  instant,  de  l'oubli. 

Chanson  du  Rossignol  pendant  la  couvaison  : 
«  Dors,  dors,  dors,  dors,  dors,  dors,  ma  douce  amie, 

<(  Amie,  amie, 

«  Si  belle  et  si  chérie: 

«  Dors  en  aimant, 

«  Dors  en  couvant, 

«  Ma  belle  amie 

(1  Nos  jolis  entants  : 
«  Nos  jolis,  jolis,  jolis,  jolis,  jolis 
«  Si  jolis,  si  jolis,  si  jolis 

«  Petits  enfants. 

{Un  petit  silence.) 

«  Mon  amie. 

Il  Ma  belle  amie, 

»  A  l'amour, 
«  A  l'amour  ils  doivent  la  vie. 
Il  A  tes  soins  ils  devront  le  jour. 
Il  Dors,  dors,  dors,  dors,  dors,  dors,  ma  douce  amie, 
Il  Auprès  de  toi  veille  l'amour. 

Il  L'amour, 
«  Auprès  de  toi  veille  l'amour  (5).  » 

(1)  Oiseaux,  t.  I,  p.  637. 

(2)  ETperimenIs  and  observations  on  the  singing  of  Birds 
(1773),  p.  280  ^Trausact.  pinlosop/i.).  Barington,  vice-prési- 
dent de  la  Société  Royale  de  Londres,  est  le  naturaliste  qui  a 
le  mieux  étudié  cette  question. 

(3)  Heine  a  été  un  admirateur  passionné  du  Rossignol.  On 
connaît  les  belles  strophes  du  prélude  de  l'Intermezzo.  Dans 
celte  œuvre,  le  chant  du  Rossignol  revient  presque  à  chaque 
page. 

(4)  Pour  flùle.  La  Caille,  hautbois. 

(5)  Quelques  mémoires  sur  différents  sujets...  etc.,  p.  236. 
Dupont  de  Nemours,  membre  de  l'Institut  et  économiste  de 
valeur,  était  pénétré  d'un  ardent  amour  de  la  nature  et  a  beau- 
coup étudié,  quelquefois  d'une  manière  ingénieuse,  les  facultés 
morales  des  animaux. 


Le  coryphée  du  printemps  a  donné  le  signal  ;  de  tous 
côtés,  les  chansons  se  croisent  et  se  confondent.  Sur  les 
lisières  du  bois,  au  fond  du  bocage,  dans  le  verger  ou  la 
haie,  dans  les  herbes  de  la  prairie,  ce  n'est  plus  qu'amour 
et  chant.  Chardonnerets,  Linottes,  Bruants,  Babillardes, 
Fauvettes  des  roseaux,  Traquets,  se  livrent  à  des  con- 
certs sans  fin.  Le  Grimpereau  murmure  au  long  des 
arbres.  Le  Pic  jette  aux  échos  son  cri  éclatant  et,  ro- 
buste charpentier,  ausculte  les  troncs  à  coups  redoublés. 
La  Nonnette  tourne  autour  des  branches  en  susurant, 
et  le  Loriot  dont  le  nid  se  balance  en  hamac  sur  la 
branche  fourchue,  mêle  à  toutes  ces  mélodies  les  sons  de 
sa  flûte  printanière.  La  Huppe,  abaissant  et  relevant  son 
diadème  de  plumes  noires  et  rousses,  lance  par  saccades 
ses  trois  notes  veloutées  et  précipitées,  pendant  que 
l'Alouette  s'élevant  sur  le  sillon  où  repose  son  nid, 
adresse  vers  les  cieux  les  fusées  de  ses  trilles.  Vers  le 
soir,  la  Caille  amoureuse,  courant  dans  les  blés  verts, 
pousse  son  cri  retentissant  et  la  Perdrix  mâle,  aux  bor- 
dures des  luzernes,  veillant,  sentinelle  dévouée,  sur  le 
nid  où  couve  sa  compagne,  laisse  échapper  de  temps  à 
autre  de  petits  cris  de  tendresse,  comme  une  réponse 
aux  derniers  gémissements  d'amour  de  la  Tourterelle 
dans  les  bois.  Tous  aiment  et  le  disent  et  tous  font  leur 
partie  dans  cet  hymne  de  la  nature  que  l'ordonnateur  de 
toutes  choses  règle  et  dirige.  Concert  charmant  qui  ras- 
sérène et  apaise.  Le  cœur  ulcéré  de  Rousseau  trouvait 
un  soulagement  h  écouter  ces  virtuoses  et  son  esprit 
douloureux  revenait  à  des  pensées  moins  amères  sous 
la  douce  influence  do  la  symphonie  du  printemps.  L'au- 
teur du  Devin  du  village  prêtait  une  oreille  attendrie  aux 
musiciens  de  la  nature. 

«  Nous  nous  arrêtions  quelquefois  avec  délices  pour 
entendre  le  Rossignol,  rapporte  Bernardin  de  Saint- 
Pierre,  confident  des  impressions  de  son  ami  et  le  com- 
pagnon habituel  de  ses  promenades  dans  la  campagne 
parisienne;  nos  musiciens,  me  faisait-il  observer,  ont 
tous  imité  ses  hauts  et  ses  bas,  ses  roulades  et  ses  ca- 
prices; mais  ce  qui  le  caractérise,  ces  piou,  piou  prolon- 
gés, ces  sanglots,  ces  sons  gémissants,  qui  vont  à  l'âme 
et  qui  traversent  tout  son  chant,  c'est  ce  qu'aucun  d'eux 
n'a  pu  encore  exprimer.  Il  n'y  avait  point  d'oiseau  dont 
la  musique  ne  le  rendît  attentif.  Les  airs  de  l'Alouette 
qu'on  entend  dans  la  prairie,  tandis  qu'elle  échappe  à  la 
vue,  le  ramage  du  Pinson  dans  les  bosquets,  le  gazouille- 
ment de  l'Hirondelle  sur  les  toits  des  villages,  les  plaintes 
de  la  Tourterelle  dans  les  bois,  le  chant  de  la  Fauvette 
qu'il  comparait  à  celui  dune  bergère  par  son  irrégularité 
et  par  je  ne  sais  quoi  de  villageois,  lui  faisaient  naître 
les  plus  douces  images.  Quels  effets  chrmants,  disait-il, 
on  en  pourrait  tirer  pour  nos  opéras  où  l'on  représente 
des  scènes  champêtres  (1)  !  » . 

La  période  artistique  du  chant  de  nos  musiciens  ailés 
est  celle  de  leurs  amours.  Leurs  doux  concerts  deviennent 
de  plus  en  plus  rares  à  mesure  que  les  nids  sont  déser- 
tés. Les  voix  s'enrouent  peu  à  peu  aux  soleils  qui 
déclinent,  aux  premières  feuilles  qui  se  détachent  des 
arbres,  les  unes  un  peu  plus  tôt,  les  autres  un  peu  plus 
tard  :  le  sentiment  musical  ne  survit  guère  à  la  passion 
qui  l'a  fait  naître.  Déjà,  à  la  fin  de  juin, le  Rossignol  se 
tait,  son  inspiration  ne  dure  que  le  temps  d'aimer. 

Magaud  d'Aubusson. 
(1)  Essai  sur  J.-J.  Rousseau,  f.  64. 


178 


LE      NATURALISTE 


DESCRIPTION 

DE  DEUX  NOUVELLES  ESPÈCES  DE  HOLLUSQUES 

(ACHATINELLID^) 


Amaslra  Diirandi,  Ane,  n.  sp. 

Testa  imperforata  aut  fere  imperforata,  conoideo-oblonga, 
solida,  sub  epidermide  es  parte  decidua  atrofusca,  interdum 
superne  fulminatim  disposita  carneo-albida,  nitidula,  leviter 
striatula,  apice  nudo,  atropurpureo.  Spira  conico-turrita, 
acuta.  Anfractus  7,  primi  argute  confertimque  striati,  pia- 
niusculi,  sequentes  convexi,  sutura  exili  simplicique  separati, 
ultimus  oblongus  rotundatus.  Apertura  subobliqua,  sinuato- 
semiovalis,  superne  angulata,  pariete  cum  columella  nitide  ru- 
bella,  cœterum  concolor,  intus  pallide  roseo-alba.  Columella 
plicis  2  obliquis  acutis  et  œqualibus  superne  instructa.  Peris- 
toma  acutum. 

Long.  15  1/2,  lat.  8,  ait.  apert.  6  miU. 

Waian*,  oahu  (teste  E.  Durand). 

Cette  espèce  intéressante  est  incontestablement  très  voisine 
de  VA.  biplicata,  qui  est  propre  à  l'ile  de  Lanai,  et  doit  en 
être  considérée  comme  une  forme  dérivée  qui,  dans  une  île 
différente,  a  acquis  un  développement  indépendant.  Elle 
est  remarquable  par  ses  deux  plis  columellaires  bien  égaux, 
tandis  que,  chez  sa  congénère,  ils  sont  légèrement  inégaux, 
sa  taille  inférieure  à  colle  de  la  biplicata  et  la  coloration  plus 
vive  de  son  ouverture.  Il  existe  d'autres  caractères  reproduits 
dans  11  diagnose  qui  précède  et  qui  permettent  de  distinguer 
sans  trop  de  difficulté  cette  coquille  dont  je  dois  la  connais- 
sance à  M.  Emile  Durand,  à  qui  je  me  fais  un  plaisir  de  la 
dédier. 

C.-F.  Ancey. 


Les  ï^lantes 

DANS  L'ANTIQUITÉ  : 
LÉGENDES,  POÉSIE.    HISTOIRE,   ETC  ,   ETC 


l'AMANDIER  (suite) 

Ovide,  qui  ne  parle  jjus  une  seule  fois  de  Phyllis  dans 
ses  Métamorphoses,  lui  consacre,  dans  ses  Héroides, 
l'Epitre  II  tout  entière  ;  c'est  une  lettre  de  148  vers  que 
la  malheureuse  jeune  reine  écrit  à  son  oublieux  séduc- 
teur : 

«  Ta  Phyllis  du  mont  Rhodope,  celle  qui  t'accueillit, 
Démophoon,  se  plaint  de  ton  absence  prolongée  au  delà 
du  terme  fixé.  Après  que  la  lune  aura  quatre  fois  rap- 
proché ses  croissants  et  rempli  son  disque,  ton  ancre  fut 
promise  à  nos  bords.  Quatre  fois  la  lune  a  disparu,  quatre 
fois  elle  a  complété  son  disque,  et  l'onde  de  6ithonie  ne 
ramène  pas  les  navires  de  l'Attique.  Situ  comptes  les 
instants,  —  et  les  amants  savent  compter,  etc.,  etc. 

Suivent  des  plaintes,  des  malédictions  et  des  prières 
comme  Ovide  sait  les  interpréter. 

Saint  Isidore,  évèque  de  Séville  (b70-636),  dans  ses 
Etymologies  IliheTXyil,  cap.  vu  :  de  propriU  nominibus 
arborum,     23),  dit  de  l'amandier  : 

«...  L'amandier  ('AnuyôàXyi,  Amygdala)  vient  d'un  nom 
grec,  et  les  Latins  le  nomment  noix  longue  {nux  longa) 
d'autres  l'appellent  petite  noix  (nucicla),  et  c'est  d'elle 
que  parle  Virgile  dans  ces  vers  : 


Induit  in  âorem. 


..Quum  se  nux  plurima  sylvis 


«  C'est  l'arbre  qui,  le  premier,  se  couvre  de  fleurs,  et  il 
devante  tous  les  autres  pour  produire  des  fruits.  C'est 
pour  cela  qu'il  est  la  signification  de  la  primitive  Eglise 
dont  Salomon  a  dit  «  l'amandier  fleurira  »  (I),  sentence 
qui  peut  s'entendre  de  cette  allégorie  ainsi  que 
d'autres.  » 

Ilraban  Maur  (786-836),  archevêque  de  Mayence,  dans 
son  livre  .sur /'(/nw'ers  (De  Universo,  lili.  XIX,  cap.  VI  : 
de  propriis  nominibus  arborum),  a  copié  mot  à  mot 
l'évêque  de  Séville.  Je  reprends  son  texte  à  partir  de 
celui  de  saint  Isidore,  pour  l'explication  de  l'Ecclésiaste  : 

«...  ainsi  que  d'autres.  En  effet,  l'Ecclésiaste  a  dit 
(xii,  ")...  florebit  amygdalus,  impinguabilur  locustn,  et 
dissipabitur  capparis  :  quoniam  ihit  homo  in  domum  aster- 
nitatis  suse,  et  circuibunt  in  plateaplangentes...  — l'aman- 
dier fleurira,  la  sauterelle  deviendra  pesante,  et  l'appétit 
s'en  ira,  car  l'homme  ira  à  la  maison  où  il  demeurera  à 
jamais,  et  ceux  qui  pleurent  feront  le  tour  par  les  rues... 

«  On  dit  que  cela  est  une  allusion  aux  membres  hu- 
mains, car,  dans  la  fleur  de  l'amandier,  on  peut  voir  les 
cheveux  blancs  ;  dans  l'engraissement  et  l'alourdisse- 
ment des  sauterelles,  l'enflure  des  pieds;  et  dans  la  dis- 
parition des  câpres  (2),  l'extinction  de  toute  concupis- 
cence, accidents  habitueles  à  ceux  qui  arrivent  aux 
limites  de  la  vieillesse  ;  et  alors  il  leur  faut  retourner  dans 
la  terre,  c'est-à-dire  «dans  la  maison  où  ils  demeureront 
à  jamais  ». 

Hugo,  moine  de  Saint-'Victor  (I097-H40),  dans  son 
ouvrage  De  hestiis  et  aliis  rébus,  lih.  III,  cap.  LVI,  De  arbo- 
ribus,  nous  donne  simplement  sur  l'amande  quatre  ou 
cinq  lignes  prises  directement  de  saint  Isidore  de  Sé- 
ville, ou  indirectement  à  son  copiste  Ilraban  Maur.  Com- 
parez : 

«  ''Amygdala,  iii'jySâXov,  grœcum  nomen  est,   quod 

latine  L0NG.4  NUX  vocatur.  Cunctis  autem  arhorihiis  priiis  se 
flore  vestit,  et  ad  ferenda  puma  arbusla  scquentia  prxve- 
nit » 

Sainte  Ilildegarde,  extatique  allemande,  abbesse  du 
monastère  de  Saint-Rupert  de  Binghen  (1098-H80),  écrit, 
dans  son  ouvrage  sur  la  Physique  (Livre  III,  Des  arbres, 
chap.  X,  De  l'amandier)  : 

«  L'amandier  est  très  chaud  et  possède  en  lui  un  peu 
d'humidité;  ni  son  écorce,  ni  ses  feuilles,  ni  son  suc  ne 
valent  grana'chose  en  médecine,  parce  que  toute  sa  vertu 
réside  dans  son  fruit.  Si  quelqu'un  se  sent  le  cerveau 
vide,  s'il  a  le  visage  altéré  (est  et  faciès  mali  coloris],  s'il 
soufl're  de  la  tète,  qu'il  mange  souvent  des  amandes  : 
son  cerveau  se  remplira  et  les  couleurs  reviendront  à  son 
visage. 

0  De  même,  que  celui  qui  souffre  des  poumons  et  du 
foie  mange  de  ces  mêmes  fruits,  cuits  ou  crus  :  ses  pou- 
mons et  son  foie  reprendront  leurs  forces,  parce  que 
jamais  les  amandes  ne  nuisent  à  l'homme  ni  ne  le  des- 
sèchent; au  contraire,  elles  le  rendent  fort.  » 

L'amande,  pourquoi  ne  pas  le  mentionner  ici?  sert  à 
l'un  de  ces  jeux  dits  «  innocents  »,  et  qui  sont  bien  sou- 
vent recueil  de  l'innocence,  jeu  auquel  on  a  donné  le 
nom  de  philippine.  On  sait  en  quoi  il  consiste  :  à  table,  au 
dessert,  si  une  personne  trouve  une  amande  double,  elle 
demande  aussitôt  qui  veut  faire  pliilippine  !  Il  se  trouve 

(1)  Voyez  au  commencement  de  cet  article  où  il  est  question 
l'e  VEcclésiasle. 

(2)  Le  texte  de  la  Vulgate  porte  capparis,  qui  signifie  à  la 
fois  câprier  et  câpre;  certains  traducteurs  (Osterwald  entre 
autres)  veulent  y  voir  une  allusion  à  l'appétit. 


Lb:     NATURALISTE 


179 


toujours  plusieurs  personnes  pour  s'offrir,  et  l'élu  prenil 
une  des  doux  amandes  jumelles.  Le  premier  des  deux 
contractants  qui,  rencontrant  l'autre,  un  ou  plusieurs 
jours  après,  lui  montre  son  amande  en  disant  ;  Bonjour, 
PUitippine!  a  gagné  et  a  droit  à  un  gage.  Inutile  d'ajouter 
que  l'un  des  deux  contractants  appartient  toujours  au 
sexe  pervers,  et  que  —  naturellement  —  le  gage  exigé 
consiste  toujours  en  une  osctthtion,  s'il  est  permis  de 
donner  à  ce  mot,  exclusivement  géométrique,  une  sem- 
blable acception. 

Si  l'on  en  croit  de  sérieux  étymologistes  —  de  ceux 
qui  font  descendre  Alfana  ^Vequuii  —  ce  mot  «  philip- 
pine '),  dans  l'expression  de  «  bonjour,  Philippine  «,  sorte 
d'interpellation  populaire,  disent-ils,  usitée  pour  solli- 
citer un  petit  cadeau,  viendrait  de  l'allemand  Vielliebchen, 
bien-aimée,  dont  on  aurait  fait  Philippchen,  Philippine. 

Je  ne  m'y  oppose  pas. 

Une  mention  encore  pour  les  quatre  mendiants,  ce  des- 
sert d'anachorète  où  figurent  simplement  dos  fruits  secs  : 
figues,  raisins,  noisettes  et  amandes, 

E.  Santini  de  Riols. 


DESCRIPTIONS 


QUELQUES   LUCANUS  NOUVEAUX 


M.  R.  Oberthùr,  qui  m'a  déjà  fourni  tant  de  matériaux 
intéressants  pour  ce  travail,  m'ayant  communiqué  tout 
récemment  un  certain  nombre  d'espèces  complètement 
nouvelles  de  Lucanus  asiatiques,  j'ai  pensé  qu'il  serait 
indispensable  d'interrompre  momentanément  l'ordre 
normal  de  cette  étude  pour  donner  immédiatement  la 
description  et  les  figures  de  ces  nouvelles  espèces. 

La  description  du  L.  tetraodon  qui  devait  clore  la 
première  partie  de  cet  essai  monographique  se  trouvera 
donc  reportée  aune  date  ultérieure. 

1°  —  Lucanus  Oberthuri  —  Louis  Planet. 
(nova  species) 

Siao-Lou-Lou-Chan  [Thibet). 

Belle  et  curieuse  espèce,  très  voisine  du  L.  Delavayi 
Fairm.,  dont  elle  possède,  à  peu  de  chose  près,  la  forme 
et  la  couleur,  mais  beaucoup  plus  grande  et  robuste  et 
possédant  en  outre,  par  rapport  à  sa  taille  qui  est  plutôt 
moyenne,  un  très  grand  développement  mandibulaire  et 
céphalique. 

C0L0R.4TI0N 

Mandibules,  tête  et  prothorax  du  même  brun  carminé 
que  chez  le  L.  Delavayi  mais  très  notablement  plus 
foncés.  Élytres  d'un  jaune  d'ocre  assez  foncé  et  mat, 
complètement  entourées  d'une  large  bordure  d'un  noir 
mat.  Ecusson  rouge  à  la  base,  noir  à  l'extrémité.  Palpes 
et  antennes  noirâtres.  Tarses  d'un  brun  rouge  obscur, 
presque  noir.  Cuisses  rouge  cerise  foncé,  un  peu  noi- 
râtres à  leur  naissance  et  à  leur  extrémité.  Pattes  de 
même  couleur  mais  plus  noirâtres  à  leur  base  et  forte- 
ment entourées  de  noir  sur  toute  leur  longueur.  En 
dessous  elles  sont  noires  presque  jusqu'à  l'extrémité  ; 
griffes  et  épines  noires.  Dessous  du  corps  brun  rouge 
très  foncé,  un  peu  plus  clair  sous  la  tête. 


structure 

Le  dessin,  d'après  nature,  qui  accompagne  cette  des- 
cription étant  très  exact,  il  me  parait  superflu  d'entrer 
dans  de  grands  détails.  J'appellerai  simplement  l'attention 
sur  les  ditl'èrents  points  les  plus  importants. 

Maiuliliulos  robustes,  larges  à  la  base,  à  dent  médiane 


Lucanus  Oberthuri  (n.  sp.) 

triangulaire,  épaisse  et  fortement  dirigée  en  avant. 
Partie  comprise  entre  cette  dent  et  la  fourche  terminale 
courte,  médiocrement  inclinée  en  avant  et  ne  comprenant 
que  deux  denticules  arrondis,  très  rapprochés  l'un  de 
l'autre  et  dont  l'inférieur  est  plus  court  que  celui  qui  lui 
fait  suite.  Dent  supérieure  de  la  fourche  coudée  à  son 
sommet,  puis  dirigée  horizontalement.  Denticules  com- 
pris entre  la  base  de  la  mandibule  et  la  dent  médiane,  à 
contours  bien  arrondis.  Dent  infra-mandibulaire  courte 
et  noirâtre.  Antennes  longues,  élégantes,  à  massue 
composée  de  quatre  feuillets  proportionnellement  plus 
courts  et  moins  épais,  surtout  le  dernier,  que  chez  le 
L.  Delavayi.  Palpes  très  grêles.  Labre  court,  large,  sub- 
droit, à  bords  légèrement  relevés;  épistome  court,  en 
ogive  large.  Tête  grande,  large,  robuste,  subcarrée,  à 
carènes  bien  visibles  mais  peu  élevées.  La  carène 
antérieure  est  nulle  mais  tout  le  bord  antérieur  est 
légèrement  saillant  et  arrondi.  Cou  assez  étroit  et  élégant, 
rempli  de  points  espacés.  Yeux  gros  et  saillants.  Pro- 
thorax élégant,  suhconiquo,  finement  mais  visiblement 
rebordé,  surtout  à  son  bord  postérieur,  dont  la  bordure 
est  rendue  très  agréable  à  l'œil  par  un  léger  sillon  inter- 
rompu qui  la  parcourt  d'une  extrémité  à  l'autre  et  qui 
est  formé  par  de  gros  points  plus  ou  moins  espacés. 

Écusson  finement  et  régulièrement  ponctué.  Elytres 
médiocrement  convexes,  assez  parallèles,  fortement 
rebordées.  Leur  bord  humerai  est  fortement  relevé 
depuis  l'écusson  jusqu'aux  épaules.  La  ponctuation,  très 
espacée  et  presque  nulle  sur  les  élytres,  est  plus  serrée 
et  plus  accentuée  sur  les  autres  parties  du  corps  et  prin- 
cipalement sur  le  prothorax,  mais  elle  est  plus  faible  et 
surtout  bien  moins  régulière  que  chez  le  L.  Delavayi. 
Par  contre  les  pattes  sont  fortement  ponctuées.  Pubes- 
cence  nulle  à  moins  que  l'insecte  ait  été  frotté,  ce  qui 
])araît  peu  vraisemblable  étant  donné  son  parfait  état  de 
conservation.  Epipleures  noirs.  Dessous  du  corps  irré- 
gulièrement   et    faiblement   ponctué,    ponctuation   des 


180 


LE     NATURALISTE 


hanches  et  des  parties  de  la  tête  qui  avoisinent  la  pièce 
hasilaire  plus  forte  et  plus  régulière.  Pubescence  du 
dessous  du  corps  courte  et  rare,  plus  fournie  sur  les 
côtés  du  thorax  et  sur  l'abdomen. 

Femelle  inconnue. 

Le  mâle  qui  a  servi  à  cette  description,  seul  exemplaire 
connu,  a  été  capturé  en  1896  à  Siao-Lou-Lou-Chan  par 
des  chasseurs  thibétains. 

Je  dédie  cette  belle  espèce  à  M.  R.  Oberthiir  qui  a  eu 
l'obligeance  de  me  la  communiquer  aussitôt  reçue. 


{A  suivre.) 


Louis  Planet. 


SUR  L'ARBRE  AFRICAIN  QUI  DONNE 

LE   BEURRE  DE   GALAM 


ou   DE 


KARITE,  ET  SÏÏB,  SON  PRODUIT 


PREPAR.4TI0N'  DU  BEURRE  DE  KARITE 

{Voir  au  Musée  colonial  de  Marseille,  vitrine  Soudan,  mission 
Rançon,  n"  1,  un  pain  naturel  indigène  de  ce  beurre  enve- 
loppé de  feuilles.) 

Les  graines  de  Butyrospermuni  Parkii  servent  à  la  pré- 
paration du  beurre  de  Karité.  Voici  comment  y  procèdent 
les  nègres  africains.  «  La  récolte  commence  à  la  fin  de 
mai  et  finit  aux  derniers  jours  de  septembre.  Les  femmes, 
les  enfants,  sont  journellement  dans  la  forêt,  surtout 
après  les  orages  ou  les  tornades,  et  rapportent  au  village 
de  grands  paniers  ou  calebasses  remplis  des  fruits  que  le 
vent  a  fait  tomber.  Ils  les  versent  dans  des  trous  cylin- 
driques que  l'on  rencontre  çà  et  là  dans  les  villages 
bambaras,  au  milieu  même  des  rues  et  des  places.  Les 
fruits  perdent  dans  ces  trous  leur  chair  qui  pourrit;  on 
les  y  laisse  généralement  plusieurs  mois,  souvent  même 
tout  l'hivernage  ;  on  place  ensuite  les  noix  dans  une 
sorte  de  four  vertical  en  terre,  élevé  dans  l'intérieur  des 
cases  ;  un  feu  de  bois,  entretenu  dans  le  four,  leur  per- 
met de  se  dépouiller  de  leur  humidité.  Dès  qu'elles  sont 
bien  sêchées,  on  casse  les  coques,  on  pèle  la  chair 
blanche  intérieure,  que  l'on  fait  griller,  puis  on  l'écrase 
bien  au  moyen  d'une  pierre,  de  manière  à  en  former  une 
pâte  homogène.  Cette  pâte  est  alors  portée  dans  de  l'eau 
maintenue  à  l'ébullition.  Le  corps  gras  vient  nager  à  la 
surface  et  les  impuretés  gagnent  le  fond.  On  met  alors 
le  beurre  dans  une  jarre  remplie  d'eau  froide  et  on  le  bat 
vivement;  on  le  bat  encore  après  qu'on  l'a  sorti  de  la 
jarre  pour  en  chasser  l'eau  emprisonnée  par  ce  traitement. 

Ce  procédé  primitif  laisse  dans  les  résidus  8  à  10  pour 
cent  de  beurre,  et  on  ne  peut  guère  en  retirer  que  10  à 
12  pour  cent.  On  forme  avec  ce  beurre  des  pains  de  1  à 
2  kilogrammes  qu'on  entoure  de  feuilles  et  auxquels  on 
donne  à  peu  près  la  forme  et  la  dimension  de  nos  pains 
de  munition.  Toutes  ces  opérations  assez  longues  et 
très  imparfaites,  se  font  généralement  à  la  saison  sèche. 
Le  beurre  ainsi  obtenu  présente  une  consistance  grenue 
comme  celle  du  suif  et  une  couleur  blanc  sale,  quelque- 
fois rougeàtre.  Son  odeur  est  spéciale,  peu  accusée  à  la 
température   ordinaire,    se   développant  surtout   par  la 


cuisson,  ce  qui  cause  parfois  une  certaine  répugnance 
aux  Européens  appelés  à  s'en  servir  (1). 

Ce  beurre  offre  l'avantage  très  appréciable  de  se  con- 
server presque  indéfiniment  sans  rancir.  Le  beurre  de 
Karité  est  d'un  usage  constant  parmi  les  populations 
Bambaras  et  Malinkés  des  régions  nigériennes;  il  sert 
pour  la  cuisine,  pour  l'alimentation  des  grossières 
lampes  du  pays,  pour  la  confection  du  savon,  pour  grais- 
ser les  cheveux  des  femmes,  pour  panser  les  plaies.  Les 
Dioulas  en  exportent  de  petites  quantités  vers  les  rivières 
du  sud,  surtout  vers  les  rivières  anglaises.  Les  beurres 
préparés  par  les  Foulahs,  et  qui  arrivent  dans  nos  comp- 
toirs du  sud  et  à  Sierra-Leone  par  les  caravanes  Piaka- 
kanyes,  sont  plus  estimés  que  ceux  qui  viennent  du 
haut  Sénégal  (2).  Cette  différence  dans  la  qualité  doit 
être  attribuée  à  une  fermentation  moins  longue  des 
fruits  et  à  un  traitement  moins  prolongé  par  l'eau 
bouillante.  On  gagne  donc  en  qualité  ce  qu'on  perd  en 
quantité  (3)  » 

D'après  M.  Corre,  il  règne,  sur  le  beurre  de  Galam, 
une  erreur  singulière  et  depuis  longtemps  accréditée  par 
les  classiques.  Il  y  aurait  sous  ce  nom,  en  Afrique,  un 
beurre  végétal  produit  par  Bassia  Parkii  (4)  et  un  beurre 
animal  préparé  dans  le  Galam  avec  le  lait  de  vache  ;  ce 
dernier  est  appelé  Diou  par  les  Woloffs  ;  il  ne  rancit  que 
fort  difficilement. 

L'analyse  du  beurre  de  Kan^e  a  été  donnée  parM.Bau- 
cher,  mais  nous  avons  cru  devoir  la  refaire  et  il  y  a,  en 
effet,  entre  nos  résultats,  quelques  ditférences  sensibles. 
Chauffé  à  120°  C,  il  donne  0,0b  pour  cent  d'eau  et  0,10 
de  brut  obtenu  par  décantation  du  beurre  fondu.  Le 
brut  consiste  en  poussières  et  matières  ligneuses.  Sapo- 
nifié par  l'hydrate  de  baryte  cristallisé,  le  beurre  de  Ga- 
lam donne  un  déchet  de  8,1!)  pour  cent,  soit  un  rende- 
ment en  acide  gras  de  94,85  pour  cent;  les  acides  gras 
ont  un  point  de  solidification  de  53°.  La  pression  de  ces 
acides  gras  a  fourni,  d'une  part,  48  pour  cent  d'acide 
stéarique  et  57  pour  cent  d'acide  oléique,  d'autre  part. 
Purifié  par  l'alcool  à  95°,  l'acide  stéarique  a  un  point  de 
solidification  de  67°.  La  glycérine  a  été  extraite  des  eaux 
de  lavage  du  savon  de  baryte;  le  rendement  est  de  10,25 
pour  cent  à  30°  Baume,  soit  10,96  pour  cent  à  28°.  C'est 
à  28°  que  la  glycérine  brute  est  livrée  au  commerce. 

Il  est  inutile,  après  cette  analyse,  d'insister  sur  les 
nombreuses  et  importantes  applications  que  pourrait 
recevoir  ce  produit  dans  notre  industrie  française,  si  le 
prix  pouvait  en  être  réduit,  si  sa  préparation  pouvait, 
sur  place  même,  devenir  possible  et  d'un  rendement 
plus  fructueux  (3). 

(i)  On  arrive  à.  faire  disparaître  cette  odeur  désagréable  en 
projetant  de  l'eau  froide  dans  le  beurre  en  fusion.  L'eau  se 
vaporise  et  entraîne  les  acides  gras  volatils  qui  en  sont  la 
cause. 

(2)  A  propos  du  beurre  de  cette  provenance,  feu  le  D''  de 
Lessard,  médecin  de  la  marine,  qui  a  séjourné  longtemps  dans 
lo  haut  fleuve  du  Sénégal,  me  disait  que  le  produit  arrive  au 
Sénégal  seulement  par  les  caravanes  de  Toucouleurs  qui 
y  apportent  en  même  temps  l'or  et  le  gourou  (ou  Cola)  du 
Bouré,  du  Bendougou  et  du  Fouta-Djalon. 

(3)  Baucher  et  Mission  Galliéni  (loc.  cit.). 

(4)  Quelques  auteurs,  M.  Baucher  {loc.  cit.),  et  antérieure- 
ment Château  {Guide  pratique  de  la  con/iaissance  et  de  l'ex- 
ploitation des  corps  gras  industriels,  Paris  1863),  attribuent 
fautivement  ce  produit  à  un  Luciima. 

(5)  D'après  le  Dictionnaire  de  cliimie  de  Wurtz  (article 
huile  signé  J.  Bonis)  le  beurre  de  Shea  du  Sénégal  aurait 
donné  les  résultats  suivants  :  Perte  en  eau  à  100",  5,92;  cen- 
dres, pour  cent  2.32;  matière    grasse  en  poids  pour  cent  de 


LE     NATURALISTE 


181 


Les  graines  déjà  anciennes,  que  j  ai  traitées  par  l'étlier 
suifnrii[nc,  m'ont  donné  constaniniont  de  20  à  2o  pour 
cent  (In  poids  total  de  la  f;i'aine,  d'un  corjis  gras  d'as- 
pect verdàtre  et  d'odeur  agréaljle.  Par  la  pression,  entre 
des  plaques  cliaufl'ées,  je  n'ai  jamais  pu  en  olilenir  plus 
de  10  pour  cent. 

(_)l)tenu  ainsi  de  graines  l'raiches,  ce  beuri-e  a  une 
odeur  aromatique  très  agréalile  que  l'on  ne  reirouve  plus 
dans  le  corps  gras  tid  ipi'il  nous  arrive  d'Afrique  pour 
les  besoins  de  l'industrie.  Il  esi  aussi  pourvu,  qn.iinl  il 
est  frais,  d'un  goût  très  agréable  qui  en  justiliorait  lar- 
gement l'emploi  en  France  pour  les  usages  culinaires. 
S'il  devenait  possible  d'obtenir  facilement  dans  nos  hui- 
leries des  graines  fraîches  (de  1  mois  de  date),  ce  qui 
n'est  pas  actuellement  réalisable,  étant  donnée  la  distance 
considérable  qui  sépare  les  forets  de  Karité  des  points 
de  la  côte,  l'exploitation  pourrait  être  entreprise.  Du 
reste,  je  dois  dire  ijue,  si  ces  graines  n'ont  point  fait 
encore  leur  apparition  Sur  les  marchés  de  Marseille  et 
des  grands  ports  de  commerce,  du  moins  le  beurre  de 
Karité  a  été  importé  à  Marseille  en  quantité  assez  con- 
sidérable, pour  que  les  usines  à  stéarine  l'aient  employé 
pendant  un  certain  temps,  avec  un  grand  succès  je  dois 
le  dire. 

L'arbre  Karité  est  encore  intéressant  par  la  giitta  qu'il 
donne  assez  abondamment  quoi  qu'on  en  ait  dit.  Une 
exploitation  peut  être  aujourd'hui  considérée  comme  j)0s- 
sible,  au  moins  sur  l'une  des  variétés  de  ce  végétal.  C'est 
ce  que  démontre  surabondamment  une  lettre  adressée 
récemment  à  "SI.  le  Président  de  la  Chambre  de  com- 
merce de  Marseille,  par  M.  le  Lieutenant  Gouverneur  du 
Soudan,  qui  s'enquiert  des  débouchés  possibles  et  de  la 
valeur  industrielle  de  ce  produit  dont  un  échantillon  très 
beau  accompagnait  la  lettre  du  Gouverneur.  Je  revien- 
drai sur  cette  question  dont  j'ai  été  le  premier  à  m'occuper 
dans  un  article  paru  en  1883  dans  le  journal  La  Nature 
et  qui  a  servi  à  l'initiation  des  administrateurs  du  Soudan 
français.  J'ai  le  premier  appelé  l'attention  sur  ce  pro- 
duit (gutta)  du  Karité  et  cependant  on  continue  à  dire  que 
ce  végétal,  malgré  ce  que  j'ai  aiïirmé  depuis  près  de 
quinze  ans,  ne  donne  pas  de  latex. 

Étude  chi.mique. 

Je  donne  ici  l'étude  chimique  de  la  graine  telle 
qu'elle  a  été  faite  par  le  professeur  Schlagdenhauffen. 

1.  La  graine  râpée  est  exposée  à  l'étuve  à  110°,  pen- 
dant quatre  heures,  jusqu'à  ce  que  deux  pesées  succes- 
sives n'accusent  plus  de  différences.  On  obtient  de  la 
sorte  la  quantité  d'eau  d'hydratation. 

2.  On  l'épuisé  ensuite  par  l'éther  de  pétrole  pour  en- 
lever la  matière  grasse,  et  l'on  cesse  de  faire  fonctionner 
l'appareil  quand  le  liquide  provenant  de  l'allonge  est  en- 
tièrement décoloré.  La  solution  pétroléique  du  ballon  est 
jaune  paille.  Evaporée  au  bain  marie,  elle  se  colore  da- 
ventage,  mais  fournit  après  refroidissement  une  masse 
solide,  légèrement  ambrée.  Le  poids  du  corps  gras  est 
donc  le  deuxième  résultat  de  l'analyse. 

3.  A  cet  épuisement  par  l'éther  de  pétrole,  on  en  fait 
suivre  un  deuxième  par   l'alcool.  Le  liquide   fourni  par 

graines  naturelles  49.14;  mat.  grasse  pour  cent  de  graines  des- 
séchées 52.232;  densité  0,9:i8.  —  Ces  chifl'res  ne  concordent 
pas  avec  les  miens,  au  moins  pour  ce  qui  touche  au  rende- 
ment des  graines  en  corps  gras;  ils  sont  de  beaucoup  au-des- 
sus de  la  réalité. 


cette  opi'ration  est  rouge  brun  et  contient  du  tanin 
en  grande  partie  ainsi  que  du  sucre  réducteur,  il  ne  ren- 
ferme pas  de  produits  alcaloidiques. 

En  effet,  les  iodures  doubles  n'y  produisent  jias  de 
précipité,  le  phosphomolybdate  de  sodium  et  le  cyanofer- 
ride  de  fer  fournissent,  le  premier,  une  coloration  bleu 
viM'l  très  foncé,  le  second  un  précipité  bleu  intense, 
réactions  qui  permettent  de  soupçonner  la  présence  du 
tanin,  et  qui  corroborent  les  suivantes  :  réduction  im- 
médiate du  permanganate  de  potasse,  réduction  lente  du 
nitrate  d'argent  seul  et  rapide  quand  il  est  additionné 
d'une  trace  d'ammoniaque,  réduction  immédiate  du 
chlorure  d'or,  et  précipité  aliondant  par  les  sels  plom- 
biques.  Cet  extrait  alcoolique  repris  par  l'eau,  traité  par 
l'acétate  triplombique,  fournit  un  précipité  qui  est  jeté 
sur  fdtre.  On  ajoute  au  liquide  de  filtralion  du  sulfate 
de  soude,  et  l'on  examine  la  solution  au  moyen  du  réac- 
tif de  Bareswill.  Le  ]irécipité  rouge  indique  la  présence 
du  sucre. 

Nous  n'avons  pas  cherché,  dans  ce  résidu  de  l'épuise- 
ment par  l'alcool,  d'autres  principes  de  constitution. 
Qu'il  nous  suffise  donc  d'indiquer  que  le  poids  de  l'ex- 
trait alcoolique  comprend  du  tanin,  du  sucre  et  d'autres 
principes  restés  indéterminés. 

4.  En  faisant  bouillir  dans  l'eau  le  résidu  de  l'opéra- 
tion précédente,  ou  obtient  un  liquide  plus  foncé  que  le 
précédent.  Ce  liquide  ne  renferme  ni  tanin,  ni  sucre, 
ni  principes  protéiques,  mais  seulement  de  la  gomme  et 
de  la  matière  colorante. 

5.  Le  produit  d'épuisement  encore  brun,  mais  ne  cé- 
dant plus  rien  à  l'eau,  est  consacré  à  deux  opérations  : 
l'une  pour  y  déceler  la  présence  de  matières  albumi- 
noides,  et  l'autre  pour  connaître  le  poids  des  sels  fixes 
et  les  matières  ligneuses  par  différence. 

L'ensemble  de  nos  déterminations  quantitatives  nous 
permet  donc  d'étaldir  de  la  façon  suivante,  la  composi- 
tion immédiate  de  la  graine. 

Eau  hygroscopique 6.72 

Épuisement  par  l'éther  de  pétrole  :  corps  gras.  45.36 

Épuis.  par  l'alcool:  Tanin,  sucre,  mat.  indit....  12. (JO 

■      .             „         imat.gommeuse  color. et  autres  13.58 

Epuis.  par  l'eau :j^^,^  fixes 1.82 

Trait,  par  chaux  iodé:  matières  album,  insol..,  10.25 

Incinération: sels  fixes 0.18 

Par  dilTèrence  :  ligneux  et  pertes 9.49 

iao.Û!,'0 

RÉSUMÉ  ET  CONCLUSION. 

Ainsi  que  le  démontre  le  tableau  ci-dessus,  la  graine 
est  très  riche  en  matière  grasse  ;  mais,  en  raison  de  sa 
grande  dureté,  il  serait  peut-être  difficile  de  l'épuiser 
complètement  au  moyen  de  la  presse.  Le  rendement  de 
45.36  %  ne  pourra  donc  pas  être  atteint  industriellement 
à  moins  de  faire  suivre  la  pression  d'un  épuisement  par 
un  véhicule  appro]jrié  :  sulfure  de  carbone  ou  autre,  ce 
(|ui  ne  serait  pas  pratiquement  irréalisable. 

Dans  le  tourteau  privé  de  corps  gras,  nous  trouvons 
tout  d'abord  un  mélange  de  tanin,  de  sucre  et  d'autres 
produits  qui  ne  sont  pas  azotés  ;  de  plus,  nous  ne  trou- 
vons pas  de  matières  albuminoïdes  solubles  dans  le  pro- 
duit d'extraction  par  l'eau  ;  ce  ne  sont,  comme  l'indique 
le  tableau,  que  des  matières  gommeuses  colorantes  ou 
autres,  non  azotées. 

Enfin,  comme  produits  azotés  insolubles  qui  nous 
permettent  de  calculer  le  poids  des  matières  protéiques, 


182 


LE     NATURALISTE 


nous  ne  trouvons  que  10  gr,  2o  %.  De  sorte  qu'en  résu- 
mé, nous  ne  constatons,  dans  ce  tourteau,  que  très  peu 
d'hydrocarbonés  et  une  quantité  faible  de  matières  pro- 
téiques.  Il  ne  saurait  donc  convenir  à  l'alimentation  du 
bétail  comme  d'autres  tourteaux  de  graines  oléagineuses. 

Nous  avons  pensé  que  l'étude  des  sels  fixes  nous  per- 
mettrait de  résoudre  le  problème  à  un  autre  point  de 
vue  :  utiliser  le  résidu  de  l'incinération  comme  engrais, 
mais  la  quantité  de  phosphate  est  trop  faible  pour  arri- 
ver à  un  résultat  rémunérateur.  D'une  part,  il  n'en  existe 
pas  dans  les  0.18  0/0  qui  proviennent  de  la  dernière  opé- 
ration, etd'autre  part,  on  n'en  trouve  pas  beaucoup  dans 
les  1.82  %  du  résidu  de  l'extrait  aqueux. 

Par  conséquent,  on  ne  saurait  employer  le  tourteau  à 
cet  usage.  A  notre  avis,  le  seul  moyen  pratique  de  se 
débarrasser  de  ce  déchet  de  fabrication,  consisterait  à  le 
mêler  à  d'autres  tourteaux  plus  riches  que  celui-ci  en 
principes  albuminoides  ;  ou  bien  encore  d'assurer  son 
écoulement  tel  quel,  mais  en  faisant  remarquer  aux  in- 
téressés que  sa  valeur  nutritive  est  inférieure  à  celle  du 
tourteau  de  lin  ou  d'autre  graine. 

Tel  est,  dans  l'état  actuel  de  nos  connaissances, 
l'histoire  du  corps  gras  industriel  fourni  par  la  graine  de 
Bulyrospermum  Parkii.  Il  est  très  probable  que  cette 
graine,  quand  la  pénétration  commerciale  du  Congo  et 
de  notre  Sénégal  (Soudan)  aura  été  réalisée  par  une 
voie  ferrée,  arrivera  abondamment  sur  les  marchés  eu- 
ropéens où  elle  recevra,  j'en  ai  l'assurance,  le  meilleur 
accueil.  C'est  une  question  de  temps.  J'ai  appris,  du 
reste,  récemment  par  le  commandant  Hourst,  l'explo- 
rateur célèbre  du  cours  entier  du  Niger,  que  la 
graine  de  Karité  fait  l'objet  d'un  grand  commerce  de  la 
part  des  Anglais  dans  le  bas  de  ce  fleuve  et  qu'ils  achè- 
tent cette  graine,  sur  place,  250  francs  la  tonne  pour 
l'expédier  aux  fabricants  de  chocolat  en  Angleterre. 

D"'  E.  IIeckel, 
Professeur,  Directeur-Fondateur 
de  l'Institut  colonial  de  Marseille. 


DESCBIPTION  DE  COLÉOPTÈRES  NOUVEAUX 


Macratria  nigripennis.  Peu  allongé,  rougeâtre  avec  les  ély- 
tres  noirs,  le  dessous  du  corps  en  majeure  partie  foncé;  quel- 
ques poils  courts  dressés  en  dessus  de  la  pubescence  mi-cou- 
chée,  jaunâtre,  peu  rapprochée.  Tête  non  diminuée  en  arriére, 
en  arc  de  cercle,  d'un  rougeâtre  brillant,  ù  ponctuation  forte 
écartée,  jeui  noirs  bien  écartés,  gros.  Antennes  courtes, 
grêles,  claires  avec  le  dernier  article  assez  long.  Prothorax 
rougeâtre,  modérément  allongé,  peu  diminué  en  avant,  à  peine 
déprimé  sur  son  milieu,  à  ponctuation  dense,  forte.  Elytres 
foncés,  parallèles,  bien  arrondis  à  l'extrémité,  à  stries  presque 
nulles  et  ponctuation  irrégulière  assez  forte.  Pattes  robustes, 
rougeâtres  avec  les  6  genoux,  les  postérieurs  surtout,  un  peu 
rembrunis.  Partie  postérieure  du  dessous  du  corps  foncée  avec 
les  arceaux  de  l'abdomen  bordés  de  jaune,  le  pygidium  rou- 
geâtre en  dessous  â  son  extrémité. 

Long.  5  1/2  mill.  Kandy  dans  l'île  de  Ceylan  (E.  Simon)  ac- 
quis par  moi  de  la  coll.  Hénon. 

A  placer  près  de  pallipes  Mots.,  espèce  particulière  par  sa 
coloration. 

Macratria  m"jor.  Assez  allongé,  roux  fauve,  assez  dense- 
ment  revêtu  d'une  pubescence  jaune  couchée,  rarement  avec 
quelques  poils  redressés.  Tête  bien  diminuée  en  arrière,  par- 
fois un  peu  rougeâtre  ;  nettement  impressionnée  sur  son  mi- 
lieu, pubescente,  à  ponctuation  peu  forte,  écartée;  yeux  bien 


écartés,  grands.  Antennes  courtes,  minces  à  dernier  article  un 
peu  plus  long  que  le  précédent.  Prothorax  modérément 
allongé,  bien  diminué  en  avant  et  présentant  une  légère  dé- 
pression médiane,  à  ponctuation  assez  forte  voilée  par  la  pu- 
bescence. Elytres  presque  parallèles,  à  peine  atténués  et  bien 
arrondis  à  l'extrcmité,  à  stries  presque  nulles  et  ponctuation 
pas  très  forte.  Paltes  robustes,  plus  claires  que  la  coloration 
générale,  d'un  fauve  testacé  variable  avec  tous  les  genoux,  ou 
au  moins  les  4  postérieurs,  un  peu  obscurcis.  Dessous  du  corps 
de  la  couleur  du  dessus. 

Long.  5-7  mill.  Nord  de  Bornéo    (reçu  du  D'  Staudinger). 

Grande  espèce  rappelant  un  peu  de  forme  robtista  Mots.,  et 
caractérisée  par  sa  pubescence  assez  dense   jointe  à  sa  forme. 

Macratria  crassipes.  Légèrement  atténué  en  arrière,  foncée, 
un  peu  pubescent  de  jaunâtre  avec  les  antennes  entièrement 
et  les  pattes  en  partie  d'un  fauve  testacé.  Tête  à  peine  dimi- 
nuée et  arrondie  en  arc  en  arriére,  marquée  d'une  impression 
postérieure  peu  forte,  parfois  un  peu  roussâtre,  à  ponctuation 
peu  forte;  yeux  assez  écartés,  gros.  Antennes  claires,  le  der- 
nier article  long.  Prothorax  peu  allongé,  nettement  élargi  vers 
le  milieu,  non  sensiblement  déprimé  sur  le  disque,  à  ponctua- 
tion assez  forte.  Elytres  peu  longs,  nettement  atténués  en  ar- 
rière avec  l'extrémité  assez  arrondie,  ornés  de  lignes  pileuses 
jaunâtres  ordinairement  assez  nettes.  Pattes  d'un  fauve  testacé 
(moins  les  4  genoux  antérieurs  et  les  tibias  et  tarses  posté- 
rieurs plus  ou  moins  obscurcis),  robustes  avec  les  tibias  plus 
ou  moins  épaissis.  Dessous  du  corps  foncé. 

Long.  4-4  1/4  mill.  Nord  de  Bornéo  (reçu  du  D''  Staudin- 
ger). 

Très  voisin  de  Bang-Haasi  Pic,  mais  moins  pubescent  et 
plus  grand. 

Maurice  Pic. 
Corrigenda 
248,  page  157.  1'»  ligne  :  lire  v.  bistrinotatus  au  lieu  de 
V.  bis  Vrinotatus. 


CHRONIQUE 


Effet    de  la    température    sur  les   Lépidoptères.  — 

Parmi  les  spécimens  exposés  par  le  D'  Standfuss  dans  la  galerie 
des  insectes  au  Musée  d'histoire  naturelle,  South  Kensington, 
il  y  a  quelques  remarquables  aberrations  de  Vanessa  Poly- 
chloros,  V.  Urticx,  V.  Cardui,  V.  Atalanta,  V.  lo  et  de  V.  An- 
liopa.  Un  spécimen  particulièrement  curieux  do  V.  Anliopa 
a  toutes  les  ailes  marquées  de  bleu  ;  un  autre  exemplaire  de  la 
même  espèce  a  également  de  grandes  taches  bleues;  dans 
d'autres  les  bords  jaunes  sont  considérablement  obscurcis, 
particuKèrement  sur  les  ailes  antérieures,  d'autres  montrent 
quelques  modifications  dans  la  bande  du  bord;  dans  quelques- 
uns  il  est  très  large,  et  cache  plus  ou  moins  les  points  bleus 
ordinaires,  ce  dernier  cas  est  souvent  visible  dans  la  variété 
hygicea. 

Dans  l'aberration  des  V.  Atalanta  les  principales  remarques 
à  faire  sont  l'absence  de  points  blancs  sur  le  bord  costal,  et  le 
développement  de  deux  des  taches  des  séries  du  bord  extérieur 
au-dessus  de  la  bande  rouge.  En  plus,  les  résultats  de  l'effet 
de  la  température  artificielle  exposés  par  le  D''  Standfuss,  il  y 
a  une  série  de  types  choisis  obtenus  par  M.  Merrifield,  qui  a 
consacré  beaucoup  de  temps  à  ces  recherches.  Si  quelqu'un 
est  encore  sceptique  à  l'égard  des  etfets  de  la  température  dans 
la  coloration  des  Lépidoptères,  il  devrait  étudier  la  série  des 
l'.  Urticae  et  des  V.  Levana. 

Des  espèces  nommées  en  premier  lieu  il  y  a  six  exemples 
qui  viennent  de  chrysalides  qui  ont  été  glacées  et  refroidies. 
Des  six  chrysalides  qui  ont  été  soumises  à  une  température 
élevée,  cinq  des  premières  laissent  voir  un  obscurcissement  gé- 
néral des  points  noirs  et  un  épanchement  noirâtre  des  secon- 
daires, tandis  que  le  sixième  a  la  couleur  plus  foncée  que  d'or- 
dinaire, et  les  points  jaunes  sont  absents. 

Les  chrysalides  d'hiver  des  \ .  I.evana  soumises  à  ce  procédé 
forcé  ont  produit  des  spécimens  comme  ceux  provenant  des 
chrysalides  d'été,  qui  ont  été  d'abord  refroidis  puis  forcés. 
D'autre  part,  les  chrysalides  d'été  glacées  et  refroidies  produi- 
sant des  formes,  quoique  plus  grandes,  sont  presque  identi- 
ques en  couleurs  avec  les  chrysalides  d'hiver  venant  dans  des 
conditions  normales.  {The  eritomologist.) 

Iiianguration  du  jardin  botanique  an  mont  Saint- 
Bernard.  —  Le  )"'  août  aura  lieu  une  curieuse  inauguration. 


LE     NATURALISTE 


183 


celle  d'un  jardin  botanique  sur  une  des  cimes  les  plus  élevées 
du  mont  Saint-Bernard. 

Jusqu'à  ce  jour  le  mont  Saint-Bernard  ne  s'était  révélé  que 
par  sa  race  do  chiens  et  le  couvent-hospice  qui  y  est  placé 
pour  donnfr  asile  aux  voyageurs  et  aux  touristes.  Désormais, 
les  naturalistes  auront  à  visiter  un  jardin  botanique  d'une  su- 
perficie de  1,000  mrtres  carrés  qui  sera  situé  à  2,100  mètres 
d'altitude,  où  seront  spécialement  cultivées  les  plantes  origi- 
naires des  principales  régions  montagneuses  du  globe. 

Ce  jardin  alpin  est  du  à  l'initiative  du  supérieur  du  couvent 
et  directeur  de  l'hospice,  M.  l'abbé  Chanoux,  grand  amateur  et 
protecteur  de  la  flore  alpine. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


A  vendre  des  collections  et  lots  suivants  de  coléop- 
tères : 

—  Belle  collection  de  Coccinellides,  composée  en  grande 
partie  d'espèces  européennes.  47  espèces,  559  exem- 
plaires, 2  cartons  petit  format.  Outre  le  nombre  d'es- 
pèces annoncées,  la  collection  renferme  de  nombreuses 
variétés.  Pri.x  :  30  francs. 

—  Un  beau  lot  de  Coccinellides  européennes,  compre- 
les  genres  Scymnus  à  Litophihis  inclus.  47  espèces, 
332  exemplaires,  1  carton  petit  format.  Ce  lot  provient 
de  la  célèbre  collection  Reiche.  Prix  :  20  francs. 

—  Bonne  collection  de  Coccinellides  de  France.  47 
espèces,  123  exemplaires,  1  carton  petit  format.  Prix  : 
15  francs. 

—  Collection  de  Mordellides  et  Rhipiphorides  euro- 
péens comprenant  58  espèces,  131  exemplaires  renfer- 
més dans  un  carton  petit  format.  Bon  état  de  conserva- 
tion, bonnes  espèces.  Prix  :  20  francs. 

—  Très  belle  collection  d'Apions  européens.  122 espèces, 
315  exemplaires,  1  carton  petit  format.  Cette  collection 
renferme  de  bonnes  espèces,  la  conservation  est  excel- 
lente. Prix  :  25  francs. 

—  Collection  de  Clavicornes  européens  composée  des 
genres   Xrmotoma  à   Telmatophilus    inclus.    98   espèces, 

•  236  exemplaires,  1  carton  petit  format.  Bonne  suite  d'es- 
pèces parmi  lesquelles  plusieurs  rares.  Prix  :  22  francs. 

—  Bon  lot  de  Curculionides  européens,  comprenant  les 
genres  Lepyrus  à  Braclionyx  inclus  et  Mononychus  à 
Scleropternus  inclus.  171  espèces.  375  exemplaires, 
2  cartons  petit  format.  Tous  les  genres  sont  convenable- 
ment représentés,  détermination  et  conservation  excel- 
lentes. Prix  :  30  francs. 

—  Lot  de  Psélaphideset  Apatides.  33  espèces,  81  exem- 
plaires, 2  cartons  petit  format.  Prix  10  francs. 

S'adressera  «  Les  Fils  D'Emile  DeyroUes,  46,  rue  du  Bac, 
Paris. 


LES  SCIENCES  NATURELLES 

AUX   SALONS   DE    1897 


Il  y  a  fort  longtemps  que  l'idée  me  vint  de  faire  aux 
salons  annuels  le  relevé  des  principaux  tableaux  qui,  à 
des  titres  divers,  pouvaient  intéresser  les  savant.  .Jusqu'à 
ce  jour,  pourtant,  des  circonstances  imprévues  ne 
m'avaient  jamais  permis  de  mener  à  bien  ce  projet,  un 
peu  téméraire;  j'avais  dû  me  borner,  continuant  la  tra- 
dition d'écrivains  de  valeur,  —  quoique  d'ordre  scienti- 
fique !  —  à  des  Salons  mi'dicaux,  que  le  Progrès  médical  a 
accueillis  depuis  près  de  dix  ans,  avec  une  bienveillance 
qui  m'en  rend  tout  confus.  Tout  ceci  jiour  montrer  com- 
bien les  idées  les  plus  simples  mettent  de  temps  à  ger- 
mer et  à  prendre  corps. 


Dans  cet  amoncellement  d'ceuvres  d'art,  d'inégale  va- 
leur et  de  sujets  variés,  qui  constituent  nos  deux  Salons 
des  Champs-Elysées  et  du  Champs  de  Mars,  il  me  fau- 
dra mettre  quelque  ordre  pour  permettre  au  lecteur, 
toujours  novice  en  ces  matières,  de  ne  point  s'égarer 
dans  ce  dédale,  aux  longs  détours  si  captivants.  Aussi 
bien  ai-je  eu  moi-même  une  peine  infinie  (Je  demande 
pardon  d'avouer  ces  efTorts)  à  rapprocher  par  la  pensée 
les  toiles  et  les  marbres  qui  nous  sont  chers.  Nous  dé- 
buterons, en  bonne  logique,  par  la  sculpture.  Il  est  ra- 
tionnel en  effet  de  ne  pas  commencer  par  la  difficulté  ! 
En  science,  aussi  bien  qu'en  art  l'entraînement  rend  les 
services  les  plus  signalés  ;  je  ne  m'aventurerai  donc  chez 
les  peintres  que  si  ce  vague  oh  !  très  vague  essai  n'a  pas 
fait  perdre  pied  au  critique,  pourtant  accoutumé  au  feu. 
I.  —  La  sculpture  au.x  champs  élvsées  et 

AU   CHAMP   DÉ   MARS. 

Les  sujets  plus  ou  moins  scientifiques,  que  peuvent 
aborder  les  sculpteurs,  sont  très  limités.  Il  est  assez  ma- 
laisé, cela  va  sans  dire,  de  tailler  en  plein  marbre  autre 
chose  que  des  objets  matériels,  êtres  vivants  ou  natures 
mortes.  Il  est  assez  difficile,  d'autre  part,  d'ébaucher  en 
plâtre  quelque  théorème  de  géométrie  ou  de  traduire,  à 
la  glaise,  une  manipulation  de  physique  ou  de  chimie. 
Il  ne  faut  donc  point  s'étonner  de  voir  les  professionnels 
de  l'ébauchoir  se  cantonner  presque  exclusivement  dans 
le  domaine  des  sciences  biologiques.  Xe  doivent-ils  pas, 
à  l'instar  des  autres  artistes,  se  borner  à  contempler,  à 
reproduire  et  à  enj  cliver,  si  possible,  bonne  dame  Na- 
ture '? 

Les  fleurs,  aux  vives  couleurs,  et  les  fossiles,  peu  ap- 
préciés de  la  foule,  ne  sauraient  d'ailleurs  fixer  leur  at- 
tention, laissant  volontiers  les  blanches  corolles  et  les 
sépales  monotones  aux  peintres  du  sexe  faible,  et  les 
trilobites  à  leurs  voisins  les  architectes.  Et  les  plus 
belles  feuilles  d'acanthe  n'ont  guère  séduit  jusqu'ici  que 
des  mouleurs.  Aussi  le  sculpteur  s'adresse-t-il  de  préfé- 
rence au  règne  animal.  Ceux  qui  semblent  se  localiseren 
ces  études  ont  même  reçu  le  surnom  d'animaliers.  D'or- 
dinaire ce  sont  les  femmes,  y  compris  Rosa-Bonheur 
(car  l'habit  ne  fait  pas  le  sexe)  que  la  zoologie  tente, 
sans  doute  parce  que  l'homme  n'est  qu'un  simple...  ani- 
mal lui-même  :  mais  je  me  hâte  pourtant  d'ajouter  que 
quel(iues-uus  des  spécialistes  pour  animaux  sont  des  ar- 
tistes de  grand  talent.  Parfois  même,  le  génie  ne  craint 
pas  de  les  effleurer  de  son  aile  au  choc  vivifiant.  Témoin 
le  maître  Frémiet,  devenu  de  dessinateur  animalier,  ti- 
tulaire d'un  fauteuil  — qui  n'est  pas  l'un  des  moindres  — 
a  l'Institut  de  France  !  Il  est  vrai  qu'il  débuta  par  la  li- 
thographie scientifique  et  par  la  place  encore  recherchée 
de  peintre  de  la  Morgue  !  Témoins  Gardet  et  tant  d'autres, 
dont  Barye  parmi  les  morts.  Le  muséum  est  une  bonne 
école  ;  on  y  fait,  artiste  ou  savant,  son  chemin,  même  en 
passant  par  le  Jardin  où  mugit...  l'ours  Martin... 

Nous  voilà  donc  obligés  de  nous  en  tenir  aux  espèces 
animales,  et  encore  aux  types  les  plus  élevés  dans  la 
série!  Parmi  les  Invertébrés,  le  sculpteur  en  effet,  ne  pa- 
rait pas  vouloir  descendre  au-dessous  du  Crustacé.  Les 
Protozaires  ne  le  tentent  pas  ;  ce  qui  se  comprend.  L'in- 
secte lui-même,  si  cher  aux  décorateurs,  n'a  pas  pour 
lui  une  taille  sullisante  ;  c'est  à  peine  si  son  image  pour- 
rait faire  hernie  hors  la  pierre  et  arriver  à  l'œil  du  pas- 
sant. Parmiles  Vertébrés,  les  Poissons  n'ont,  auxSalons, 
cette  année  du  moins,  que  quelques   représentants.  Vi- 


184 


LE     NATURALISTE 


vant  au  fond  des  eaux,  ils  échappent  d'ordinaire  aux 
regards  peu  curieux  des  artistes.  Mais,  dès  les  Batra- 
ciens et  les  Reptiles,  nous  rentrons  dansnotre  domaine. 
S'il  est  vrai  que  les  Oiseaux  sont  en  petit  nombre,  même 
y  compris  la  section  des  Arts  décoratifs,  par  contre,  avec 
les  Mammifères,  nous  arrivons  aux  plats  de  résistance, 
que,  après  ce  long  préambule  très  technique,  il  nous  faut 
déguster. 

Comme  bien  on  pense,  ce  sont  les  pauvres  bêtes  que 
l'homme  exploite  chaque  jour  auxquelles  les  sculpteurs 
élèvent  le  plus  de  statues.  Triste  ironie  du  sort!  Mais  la 
vie  n'est-elle  pas  toujours  ainsi  faite.  Et  est-il  rien  de 
plus  doux  que  d'adorer  ce  que  l'on  a  brûlé  !  Avouons 
pourtant  qu'à  coté  de  cette  profusion  de  chevaux,  hale- 
tants ou  caracolants,  et  de  chiens  au  repos  ou  en  chasse, 
on  doit  noter  une  abondance,  véritablement  effrayante, 
de  lions  et  de  lionne.^  sans  compter  les  autres  animaux 
féroces  qui  dorment  tout  proche  des  meilleurs  amis  de 
l'humanité.  Serait-ce  parce  que  la  force  brutale,  que  le 
citoyen  le  plus  civilisé  a  toujours  su  apprécier  à  son  juste 
mérite  a  pour  symbole  le  majestueux  roi  du  monde  zoo- 
logique. 

Chassez  le  naturel,  il  revient  au  galop. 

Mais  trêve  à  ces  sombres  réflexions  et  passons  la 
revue  des  Mammifères  pétrifiés,  immobiles  en  leurs 
poses  plastiques,  qui  peuplent  —  sans  en  rendre  la  fré- 
quentation dangereuse  —  les  allées  poussiéreuses  des 
jardins  des  Palais  de  l'Industrie  et  du  Champ  de  Mars, 
sur  le  point,  eux  aussi,  à  l'instar  de  leurs  hôtes  de  pierre, 
de  devenir  fossiles.  Hâtons-nous,  car  tout  passe,  casse  et 
lasse  vite  en  ce  siècle  pressé  :  dans  quelques  jours,  les 
'salons  seront  fermés... 

Nous  devrions  commencer  —  à  tout  seigneur  tout 
honneur  —  par  le  morceau  de  grande  allure,  le  clou  des 
salons  de  sculpture  de  1897  qu'a  signé  Fremiet.  Pour 
rester  dans  le  plan  que  nous  nous  sommes  tracé  et  de- 
meurer un  véritable  Curieux  de  la  Nature,  un  savant 
à  lunettes,  dans  ce  temple  élevé  en  l'honneur  de  la  pure 
Imagination  créatrice,  nous  piocéderons  cependant,  au 
risque  d'encourir  les  foudres  des  artistes,  avec  la  plus 
rigoureuse  méthode  scientifique.  Qu'ils  nous  pardonnent, 
si  nous  prenons  ainsi  plaisir  à  regarder  leurs  œuvres  si 
calmes  par  le  gros  bout  de  notre  terrible  lorgnette! 
Cette  manière  a  parfois  du  bon.  En  l'espèce,  grâce  à  ce 
subterfuge,  les  qualités  artistiques  s'éloignent  et  s'es- 
tompent; le  savant  les  voit  à  peine  et  reconnaît  plus 
facilement,  sous  les  apparences  volontairement  trom- 
peuses, la  Nature  elle-même,  avec  toutes  ses  imper- 
fections. Les  grandes  lignes  de  l'interprétation  n'en 
demeurent  pas  moins  intactes.  Aussi  bien,  sur  cette 
terre,  tout  ne  dépend-il  pas  de  l'angle,  plus  ou  moins 
aigu,  sous  lequel  l'on  regarde  se  dérouler  les  plaques 
sensibilisées  du  cinématographe,  enregistrant  le  perpétuel 

mouvement  des  choses  ! 

* 

En  commençant  par  le  bas  de  l'échelle  animale, 
remarquons  cet  Hexapode,  à  la  trompe  déroulée,  pro- 
bablement un  Lcpidopf&re  aux  larges  ailes,  sur  lequel 
s'est  tranquillement  assise  une  élégante  Psyché.  Il  faut 
en  conclure  que  l'Amour  de  Mlle  Marie  Ducoudray  est 
bien  léger,  puisqu'il  n'écrase  pas  une  bestiole  aussi 
grêle  (2.Ç)L'Î.  E.)  (1).  En  cherchant  bien,  au  3.159  (E.^  on 

(1)  Lesnuiaéros accompagnés  de  la  lettre  E  ont  trait  au  .Salon 
des  Champs-Elysées  ;  ceux  qui  sont  suivis  de  M  se  rapportent 
à  la  sculpture  du  Champ-de-.Mars. 


découvrira,  sous  une  roche,  la  moitié  d'un  crabe,  de 
détermination  précise  trop  délicate,  qui  darde  ses  deux 
pattes  vers  le  museau  d'un  chien,  sans  doute  égaré  sur 
une  plage.  L'air  étonné  du  petit  bulldog  fait  honneur  à 
M.  Loyseau,  dont  nous  reverrons  les  bassets  au  3.158  (E.) 
Aux  Reptiles,  plusieurs  couleuvres  et  vipères,  en 
travail  dans  divers  groupes  et  occupées  à  braver  le  sein 
de  quelques  (Méopatres  ou  de  divers  animaux.  Parmi  les 
plus  importantes,  signalons  le  serpent  du  PMloctètt 
(3280,  E.)  à  Vile  de  Lemmos  de  M.  Perron.  Philoctète,  on 
le  conçoit,  relègue  ici  au  dernier  plan  son  désagréable 
voisin.  C'est  encore  une  femme,  Mlle  Ida  Matton,  qui, 
dans  le  Supplice  de  Loke,  a  intercalé  une  vipère  à  la 
gueule  ouverte  (3192,  E).  Deux  autres  serpents,  de 
taille  respectable,  au3394(E.),  n'hésitent  pas  à  s'attaquer 
à  des  lions;  on  voit  que  M.  SoLiv.\  aie  courage  d'aborder 
des  problèmes  difficiles. 

En  remontant  la  série,  nous  arrivons  aux  crocodiles, 
dont  l'un,  au  3240  (E.)  est  sur  le  point  de  croquer  la 
jambe  d'un  éléphant.  Il  nous  semble  à  nous  — -sinon  à 
M.  Navellier  —  que,  d'un  simple  coup  de  sa  patte 
puissante,  le  Proboscidien  aurait  pu,  sans  la  moindre 
peine,  écraser  le  Reptile;  mais,  si  l'auteur  avait  ainsi 
raisonné,  nous  aurions  eu  une  sculpture  de  moins,  ce 
qui  évidemment  aurait  été  regrettable.  Non  loin,  au 
2869  (E.),  encore  un  combat  de  même  nature.  Cette  fois 
c'est  un  Caïman,  que  M.  Delabrierre  met  aux  prises  avec 
une  panthère. 

Comme  nous  l'avons  fait  remarquer  les  Poissons  sont 
rares.  Ils  ne  sont  guère  représentés  que  par  des  espèces 
fantastiques,  en  dehors  de  deux  vrais  Hippocampes, 
attelés  à  un  char,  sans  caractères  bien  nets.  Tels  les 
chevaux  marins  aux  saliots  palmés  ou  crochus  (2865E.), 
beau  groupe  en  jibitre  lironzé  de  M.  Debrie,  destiné  à  la 
ville  de  Bordeaux  ;  tel  le  Dauphin  du  226o  (E.),  aux 
formes  classiques  et  conventionnelles,  empruntées 
mi-parties  au  marsouin,  mi-parties  aux  grondins.  Il  serait 
intéressant  de  savoir  comment  les  sculpteurs,  et  en 
particulier  M.  Badin,  comprennent  l'ostéologie  d'un 
crâne  de  cette  nature. 

Les  Volatiles  communs  ont  presque  seuls,  parmi  les 
Oiseaux,  les  honneurs  de  nos  deux  expositions.  Tels  les 
coqs  et  les  poules,  seuls  ou  mélangés  avec  un  mammifère, 
le  renard,  qui  ne  les  respecte  guère,  mais  ne  les  en  aime 
pas  moins  à  la  folie,  puisqu'il  a  l'habitude  désastreuse  de 
les  dévorer.  Au  milieu  de  cette  basse-cour,  nous  dis- 
tinguons tout  d'abord,  et  pour  cause,  la  poule  de  Fremiet 
(n°  2936,  E.).  Ce  n'est  qu'une  pauvre  bête  ;  mais  c'est  un 
chef-d'œuvre.  Elle  n'est,  elle,  qu'en  bronze;  mais  ses" 
œufs  sont  d'or  :  aussi  attire-t-elle  l'attention  de  la  foule. 
Ladite  poule  fort  belle,  qui  serait  certes  mieux  placée 
dans  le  salon  que  dans  les  communs  d'un  château,  à 
une  histoire  zoologique  et  littéraire  très  connue  ;  nous 
n'insistons  pas  ;  mais  pourquoi  en  vils  poussins  l'or  pur 
des  œufs  s'est-il  changé'?  Au  3456  (E.),  une  autre  grosse 
poule  Si  été  commandée  par  l'État  à  un  céramiste  connu, 
M.  Virion.  Elle  défend  ses  petits  contre  une  couleuvre. 
Ce  groupe  de  faïence,  exécuté  par  M.  Lachcnal,  est  d'un 
animalier  qui  connaît  son  métier  et  dont  le  talent  s'étale 
avec  grâce  des  Reptiles  aux  Mammifères,  comme  nous  le 
verrons  bientôt. 


(.1  suivre.) 


Marcel  Baudouin. 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 


Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette   il. 


19'  ANNÉE 


2"   SÉRIE 


:%•  Tint 


15  AOUT  1897 


CROCHOAS  EXPEHniEATAlJX 


Le  nom  de  a-ochons  a  été  donné  depuis  bien  longtemps 
par  les  mineurs  aux  parties  des  couches  du  sol  hrusijue- 
ment  repliées    sur  elles-mêmes  et  occupant  par  consé- 


Fig.  1.  —  Crochon  en  U  recueilli  dans  le  terrain  liasitiue  des 
environs  de  Brent,  au-dessus  de  Clarens,  canton  de  Vaud 
(Suisse)  —  1/2  de  la  grandeur  naturelle. 


qncnt  le  sommet  des  plis.  Cette  appellation  a  été  adoptée 
par  les  géologues  et  elle  est  maintenant  tout  à  fait  cou- 
rante pour  la  science.  Les  figures  1  et  2  jointes  à  cet 
article  représentent  des  types  do  crochons,  la  première 
en  U  et  la  seconde  en  S.  Ce  sont  de  vraies  miniatures 
des  grands  accidents  mécaniques  visibles  à  chaque  pas 
dans  les  pays  disloqués.  On  en  recueille  par  exemple  en 
très  grand  nombre  dans  les  .schistes  associés  aux  couches 
de  houille  dans  notre  bassin  du  Nord.  On  en  trouve  de 
très  beaux  dans  les  parties  contournées  des  phyllades 
cambriens  des  Ardennes,  par  exemple  auprès  de  Revin  ; 
ceux  que  nous  avons  représentés  viennent  du  lias  alpin 
du  canton  de  Vaud;  nous  les  avons  recueillis  au  cours 
d'une  excursion  faite  avec  M.  le  pasteur  Afred  Cérésole, 
dans  le  lit  de  la  baie  de  Clarens,  au-dessus  du  petit 
hameau  de  Brent  ;  les  localités  qui  en  fourniraient  au 
besoin  sont  innombrables. 

L'examen  de  ces  crochons  a  un  grand  intérêt,  car  on 
trouve  dan§.leur  structure  des  traces  de  toutes  les  actions 
mécaniques,  '  même  les  plus  légères,  qui  ont  contribué  à 
déterminer  la  tectonique  des  régions  où  on  les  ren- 
contre. Je  les  ai  examinés  sur  des  surfaces  polies  et  ce 
sont  elles  qui  ont  été  dessinées;  je  les  ai  étudiées  en 
lames  minces  au  microscope;  enfin  j'ai  fait,  pour  les 
imiter,  des  expériences  variées  avec  un  appareil  parti- 
culier. 

Tout  d'abord,  sur  la  surface  polie  et  sans  grossisse- 
ment, on  voit  que  la  roche  tordue  est  réduite  en  feuil- 
lets grossièrement  parallèles  entre  eux  et  dont  chacun 
est  tordu  comme  l'ensemble.  Il  en  résulte  une  espèce  de 
schistosité  très  accusée  dans  certaine  roche  et  qui  est  le 
résultat  évident  de  la  torsion. 

Les  feuillets  ne  sont  d'ailleurs  pas  indéfiniment  con- 
tinus :  ils  ne  tardent  pas,  en  général,  à  se  finir  en  biseau 
et  s'associent  par  chevauchement  avec  des  feuillets  voi- 
sins. On  voit  se  dessiner  au  travers  des  échantillons  des 
systèmes  de  cassures  qui  rendent  plus  évidents  encore 
les  substances,  quartz  ou  calcite,  suivant  les  cas,  qui  s'y 
sont  concrétionnées  et  on  constate  alors  que  ces  solutions 


Fi".  2—  Crochon  en  S  recueilli  dans  le  terrain  liasique  des  environs  de  Brent,  au-dessus  de  Clarens,  canton  de   Vaud  (Suisse). 
"^  2y  3  de  la  grandeur  naturelle. 


180 


LE     NATURALISTE 


de  continuité  se  répartissent  en  plusieurs  groupes.  Dans 
cet  examen  rapide,  nous  en  mentionnons  seulement  trois. 
Les  plus  fréquentes  quand  on  regarde  une  section  per- 
pendiculaire à  la  génératrice  du  crochon,  constituent 
comme  une  espèce  d'éventail  incomplet  dont  le  centre 
coïnciderait  avec  le  centre  de  la  torsion.  On  le  voit  sur 
la  figure  1  représenté  par  des  tronçons  de  rayons  qui  se 
détachent  en  blanc  sur  le  fond  gris  de  la  roclie.  Ces  cas- 
sures se  multiplient  quand  on  fait  varier  l'inclinaison  de 
la  surface  polie  par  rapport  à  la  lumière  incidente  ;  on  en 
voit  alors  de  très  fines,  de  très  longues  qui  comblent 
bien  des  lacunes  de  l'ensemble  tout  d'abord  visible.  Il  est 
clair  que  ces  cassures  maintenant  remplies  par  des 
minéraux  de  ségrégation,  témoignent  de  l'extensibilité 
très  imparfaite  de  la  pâte  rocheuse  soumise  à  la  traction 
sur  la  périphérie  des  plis.  On  en  est  d'autant  plus  sur  que 
ïeur  largeur  va  d'ordinaire  en  augmentant  du  centre 
vers  l'extérieur  au  travers  de  certains  feuillets,  et 
l'on  en  a  des  exemples  aussi  dans  les  deux  figures.  On 
voit  des   cassures   rectilignes,  appartenant   toujours    au 


même  type  et  qui  manifestent  d'une  far-on  spéciale  l'éli- 
rement  dont  il  s'agit.  Malgré  la  forme  cylindrique  prise 
par  le  feuillet  considéré,  elles  rappellent  exactement  les 
cassures  parallèles  des  schistes  à  bélemnites  tronçonnés 
et  étirés,  depuis  si  longtemps  oliservées  par  exemple  dans 
les  schistes  liasiques  du  mont  Lâchât  en  Haute-Savoie. 
Une  deuxième  catégorie  de  fissures,  en  gros  perpendi- 
culaires au  premier  système,  se  signale  selon  la  surface 
de  contact  des  feuillets  superposés.  Certaines  d'entre 
elles,  par  exemple  dans  la  figure  2,  sont  de  largeur  relati- 
vement considérable  et  par  conséquent  facilement  vi- 
sibles. Elles  peuvent  être  fort  longues  et  il  leur  arrive  de 
s'associer  avec  des  cassures  du  premier  type,  de  façon 
qu'elles  passent  d'une  face  à  l'autre  d'un  même  feuillet. 
Ces  cassures  de  décollement  se  rattachent  à  la  loupe 
et  même  au  microscope  à  des  petites  fissures  qui  passent 
aux  joints  de  schistosité.  Quand  on  examine  une  surface 
on  constate  qu'elle  est  polie  et  striée  dans  le  plan  des 
feuillets,  et,  quand  on  attaque  un  crochon  à  coups  de  mar- 
teau, ces    surfaces    déterminent  certaines    des   cassures 


Fig.  3.  —  Appareil  employé  pour  l'étude  oxpérimenlale  des  Crochons. 


selon  lesquelles  se  séparent  les  échantillons.  On  peut 
supposer  que  ces  cassures  liées  à  la  production  de  la 
schistosité  se  rattachent  comme  à  leur  cause  génératrice 
aux  glissements  qui  se  sont  produits  dans  la  masse 
rocheuse  hétérogène  lors  de  la  torsion. 

Enfin,  quelques  grandes  cassures  traversent  les  cro- 
chons dans  des  directions  qui  ne  sont  pas  directement  rat- 
tachées à  celles  des  contournements.  On  en  voit  dans  la 
figure  2  et  il  parait  légitime  de  les  attribuer  suivant  les 
cas  soit  à  des  actions  mécaniques  développées  après  la 
constitution  des  crochons  par  les  compressions  subies 
par  le  terrain,  soit  à  des  contractions  internes  et  spécia- 
lement à  la  suite  de  la  dessiccation  des  roches. 

Les  expériences  que  j'ai  réalisées  pour  compléter  l'étude 
des  crochons  ont  été  tentées  avec  l'appareil  très  simple 
de  la  figure  3.  Il  se  compose  de  deux  lames  de  plomb 
planes  et  rectangulaires,  rattachées  ensemble  par  un  sys- 
tème d'armature  qui  ne  les  empêche  pas  de  glisser  l'une 


par  rajqiort  à  l'autre.  Entre  ces  deux  lames  on  dispose 
une  plaque  plus  ou  moins  épaisse  homogène  ou  hété- 
rogène et  de  consistance  variable  d'un  cas  à  l'autre  ; 
puis  on  soumet  le  tout  à  une  torsion  dont  la  figure 
indique  le  résultat.  Alors  on  voit  les  diverses  pâtes  em- 
ployées se  comporter  de  façons  diverses  suivant  leur  plas- 
ticité ou  leur  compacité,  suivant  aussi  leur  épaisseur.  En 
opérant  convenablement  on  voit  tous  les  accidents  des 
crochons  naturels  se  reproduire.  Avec  du  plâtre  on  déve- 
loppe très  aisément  les  cassures  en  éventails  ;  avec  du 
plâtre  associé  à  de  la  cire  dans  des  proportions  variées, 
on  voit  se  faire  la  schistosité  avec  les  cassures  parallèles 
aux  surfaces  cylindroïdes. 

En  poursuivant  les  recherches  on  voit  se  produire  tant 
de  détails  analogues  à  ceux  des  crochons  naturels  qu'il 
en  résulte  sur  la  genèse  de  ceux-ci  une  lumière  directe. 

Il  faut  remarquer,  en  effet,  qu'à  la  vue  de  grands  con- 
tournements de  roches  comme  on  en  rencontre  à  chaque 


LE    NATURALISTE 


187 


■pas  dans  les  montagnes,  on  est  foit  perplexe  de  savoir 
comment  des  strates,  déposées  d'abord  avec  une  forme 
plane  et  composées  de  substances  aussi  peu  plastiques 
que  des  calcaires  ou  des  grès,  ont  pu  changer  si  complète- 
mont  di'  forme  sans  perdre  leurs  mutuels  rapports  de 
situation. 

On  reconnaît,  par  l'allure  générale  du  phénomène 
comparée  à  celle  des  expériences,  que  la  plasticité  n'in- 
tervient guère  et  qu'elle  est  même  complètement  inutile. 
La  confirmation  de  cette  manière  do  voir,  qui  d'ailleurs  a 
déjà  été  émise,  est  aussi  complète  que  possible  et,  pour 
citer  le  cas  extrême,  on  peut  réaliser  artificiellement  la 
torsion  d'une  mince  feuille  de  marbre.  Celle-ci  étant  prise 
entre  les  plombs,  on  soumet  celle-ci  à  la  torsion  et  on 
obtient  des  cassures  le  plus  souvent  dirigées  parallèlement 
aux  génératrices.  Ou  coule  alors  entre  les  fragments 
séparés  du  ciment  très  solide  préparé  à  l'avance,  puis 
quand  la  prise  est  tout  à  fait  complète,  après  un  jour  ou 
deux,  on  accentue  la  courbure  déjà  commencée.  De  nou- 
velles cassures  se  produisent  alors  qu'on  recolle  de  la 
môme  manière,  et  on  peut  continuer  ainsi  pendant  plus 
ou  moins  longtemps.  .V  la  fin,  on  a  un  vrai  crochon  par- 
faitement soliile  où  la  feuille  de  marbre  est  parfaitement 
tordue  sans  avoir  jamais  eu  la  moindre  plasticité,  et  ce 
produit  manifeste  l'allure  des  crochons  naturels  d'une 
manière  intéressante. 

On  ne  peut  nier  en  eflet  que  la  matière  cristalline, 
calcaire  ou  quartzeuze,  qui  incruste  les  cassures  n'ait 
joué  dans  la  nature  le  rôle  exact  de  notre  ciment.  Elle  a 
rendu  à  chaque  instant  à  la  roche  la  forme  relative  à  la 
torsion  au'eile avait  subie. 

Mal^'ré  des  différences  qui  sautent  aux  yeux  et  sur 
les'iuelles  je  n'ai  pas  à  insister,  j'ajouterai  en  terminant 
qui!  cette  fausse  plasticité  des  roches  présente  de 
glandes  analogies  avec  la  fausse  plasticité  de  la  glace, 
grâce  à  laquelle  les  glaciers  s'écoulent  dans  les  vallées  qui 
les  contiennent  et  en  épousent  constamment  les  formes. 
Au  lieu  du  phénomène  de  regel  étudié  par  Tyndall,  nous 
avons  ici  le  phénomèue  de  ségrégation  qui  vient  combler 
les  fissures  et  cimente  les  fragments.  Le  mécanisme  est 
différent,  mais  le  résultat  est  le  même. 

Stanislas  Meunier. 


DIMINUTION  DE  LA  CHALEUR  DANS  NOS  PAYS 


Quand  on  étudie  de  près  les  vieux  manuscrits  du 
moyen  âge,  on  voit  que  Noyon,  par  exemple,  était  un 
pays  où  on  récoltait  considérablement  de  vin.  A  chaque 
instant,  il  est  question  de  queux  de  vin,  c'est-à-dire  de 
charges  de  vin  de  30  à  50  hectolitres,  si  ce  n'est  plus, 
que  l'on  offrait  en  présent  aux  officiers  royaux.  La  ré- 
colte moyenne  n'était  certainement  pas  inférieure  à 
10,000  hectolitres,  sur  le  terroir  de  Noyon  et  des  villages 
voisins.  Or,  aujourd'hui,  on  n'en  tire  pas  en  moyenne  la 
centième  partie,  et  on  n'a  que  de  la  piquette!  Les  vignes 
n'y  mûrissent  qu'une  fois  sur  3  ou  4  ans;  si  on  peut  ap- 
peler cela  mûrir.  La  vigne  y  est  cultivée  d'après  le  pro- 
cédé lombard  ;  tandis  qu'autrefois,  on  plantait  certaine- 
ment des  échalas.  Aujourd'hui,  pour  avoir  une  vigne,  on 
commence  d'abord  par  planter  des  pruniers  plus  ou 
moins  sauvages,  à  petites  feuilles,  afin  que  ces  arbres, 
servant  de  support  à  la  vigne  sarmenteuse,   projettent 


moins  d'ombre.  Puis,  quand  ces  plants  de  pruniers  sont 
assez  forts,  on  y  fait  monter  un  cep  de  vigne,  à  grain 
noir,  gris,  rose  ou  blanc,  pour  ne  pas  dire  vert.  On  ob» 
tient  ainsi  autant  de  pieds  de  vigne  qu'il  y  a  de  pruniers. 
Ces  prunes  sont  plus  ou  moins  acerbes,  jaunâtres  ou 
noirâtres.  Les  grappes  do  raisin  sont  toutes  petites,  à 
grains  petits  et  très  serrés  les  uns  contre  les  autres.  Le 
vin  qu'on  en  obtient  est  de  la  piquette,  très  riche  en  tar- 
trate  de  potasse,  et  très  faible  en  sucre  et  en  alcool.  Bref, 
on  en  tire  presque  autant  do  lie  que  de  vin.. Jadis,  certains 
vieux  pieds  de  vigne  nous  ilonnaient  presque  du  bon  vin. 
Aujourd'hui,  cette  piquette  ne  vaut  pas  la  bière;  tant 
s'en  faut. 

Il  est  très  remarquable  de  voir  cette  dégénérescence  si 
grande  des  vignobles  de  Noyon.  Comment  se  fait-il 
qu'autrefois  on  y  récoltait  du  vin  suffisamment  buvable, 
en  quantité  assez  grande  pour  nourrir  les  habitants, tandis 
qu'aujourd'hui  on  n'en  retire  qu'un  liquide  impropre 
à  la  consommation  et  insuffisant  pour  subvenir  à  l'ali- 
mentation de  dix  familles'?  Ce  n'est  certainement  pas  la 
vigne  qui  a  dégénéré;  au  contraire  :  les  variétés  de  raisins 
se  sont  multipliées,  et  on  n'a  que  l'embarras  du  choix. 
Il  est  vrai  que  des  maladies  innombrables  se  sont  déve- 
loppées sur  cette  plante,  depuis  50  ans;  mais  on  a,  dans 
le  soufre  et  d'autres  antiseptiques  analogues,  des  remèdes 
suffisants  pour  y  porter  remède.  Il  faut  donc  croire  que 
c'est  leclimat,  et  notamment  la  température  de  la  région, 
qui  se  sont  modifiés  sensiljlement,  depuis  7  ou  800  ans 
et  moins.  C'est  sur  ce  point  que  nous  désirerions  appeler 
l'attention  des  lecteurs  de  cette  revue  qui  intéresse  les 
naturalistes. 

La  géologie  est  un  livre  ouvert,  dont  les  pages  sont  les 
couches  successives  de  terrains,  sur  lesquelles  sont  ins- 
crites en  caractères  indélébiles  les  indications  les  plus 
précises  à  ce  sujet.  Dans  nos  pays,  là  où  la  température 
moyenne  est  de  10  degrés,  elle  était  de  15  degrés  à  telle 
époque,  de  20  degrés  à  telle  autre  époque,  et  de  2a  de- 
grés à  telle  époque  plus  ancienne  encore.  Là  où  il  pousse 
des  betteraves  et  des  chênes  aujourd'hui,  on  voyait  au- 
trefois pousser  des  vignes,  des  palmiers  et  même  des 
cryptogames  arborescents,  tels  que  des  Lepidodendron 
elegans.  Des  fougères  et  des  prêles  en  arbres  ont  produit 
des  couches  de  charbons,  aujourd'hui  extraits  dans  nos 
pays  tempérés.  Il  est  donc  de  toute  évidence  que  la  tem- 
pérature de  nos  climats  diminue.  Même  à  l'époque  gla- 
ciaire, il  poussait  des  palmiers  dans  nos  pays,  absolument 
comme  il  en  pousse  encore  aujourd'hui  au  pied  des  im- 
menses glaciers  de  la  Nouvelle-Zélande.  La  période  gla- 
ciaire correspondait  donc  chez  nous  à  un  climat  plus  chaud 
que  le  notre.  Il  était  seulement  plus  humide.  D'ailleurs 
nos  montagnes  étaient  alors  plus  élevées  du  double  qu'au- 
jourd'hui. Les  éboulements,  qui  se  produisent  chaque 
siècle,  en  sont  une  preuve  certaine,  absolument  convain- 
cante. Si  nos  petites  montagnes  s'éboulent,  même  au- 
jourd'hui encore,  quels  éboulements  devaient  donc  pro- 
duire les  hautes  montagnes  escarpées  d'autrefois?  Si  elles 
s'éboulaient  plus  souvent  et  bien  davantage  qu'aujour- 
d'hui, quelle  hauteur  devaient-elles  donc  avoir?  Certes  il 
n'est  pas  téméraire  d'affirmer  qu'elles  devaient  avoir  le 
double  de  leur  altitude  actuelle,  au-dessus  du  niveau  de 
la  mer;  c'est-à-dire  trois  ou  quatre  fois  l'altitude  qu'elles 
ont  actuellement,  par  rapport  à  la  région  qui  les  envi- 
ronne. Quoi  d'étonnant  alors,  avec  des  Alpes  de  10.000 
mètres  au  moins  de  hauteur,  que  les  glaciers  fussent 


188 


LE    NATURALISTE 


plus  étendus  que  de  nos  jours;  malgré  la  douceur  rela- 
tive de  la  température,  dans  les  plaines  et  sur  le  bord 
des  fleuves  et  des  grandes  rivières,  avec  un  air  saturé 
d'humidité,  et  des  fleuves  d'autant  plus  larges  que  leurs 
sources  étaient  alimentées  par  de  plus  vastes  glaciers,  et 
que  les  pluies  étaient  beaucoup  plus  abondantes  et  plus 
fréquentes  que  de  nos  jours  ?  D.  Bougon. 


LES  SCIENCES  NATURELLES 

AUX  SALONS   DE    1897 


Aux  deux  .Salons,  nous  trouvons  la  même  poule,  accom- 
pagnée ou  non  d'un  superbe  coq  à  la  crête  vibrante,  en 
lutte  avec  des  Renards.  Le  3422  (E.)  de  Mme  Matliilde 
Thomas-Soyer,  qui  n'est  qu'un  plâtre  assez  maigre,  con- 
tient plus  de  renards  que  d'oiseaux  ;  mais  le  3  (M.)  est  de 
facture  plus  solide.  Il  est  vrai  qu'il  est  en  bronze  et  de 
M.  Aubert,  un  Russe  de  Moscou. 

Arrivons  aux  Canards,  autres  habitants  de  basse-cour. 
Ils  sont  moins  fréquents.  Au  3636  (E.),  M.  A.  Paris  les  a 
fait  lutter,  mère  et  petits,  avec  une  grenouille  :  ce  n'est 
encore  qu'un  projet  de  jet  d'eau,  en  plâtre.  Ailleurs 
(3163,  E.),  c'est  un  gamin  qui  attaque  une  cane.  Cet  ani- 
mal qui  n'est  pourtant  pas  méchant,  défend  sa  progéni- 
ture avec  conviction.  Encore  un  projet  de  fontaine,  mais 
pour  Brooklyn,  aux  Etats-Unis.  Parmi  les  cygnes,  plu- 
sieurs accompagnent,  d'une  façon  monotone,  des  Leda 
classiques;  mais,  au  3120  (E.),  ils  se  livrent  bataille,  en 
un  plâtre  de  M.  Prosper  Lecourtier. 

C'est  sans  doute  à  de  petits  passereaux  que  le  chat  du 
n»  2791  (E.)  en  veut  à  mort;  d'où  la  légende  :  De$  affamés. 
Ce  marbre,  d'un  animalier  en  voie  de  devenir  célèbre, 
M.  Carvin,  mérite  un  coup  d'œil  d'artiste.  A  noter,  encore, 
quelques  pigeons,  au  3170  (E.),  avalant  mélancoliquement 
quelques  graines  aux  pieds  d'un  haut  philosophe.  Pour 
terminer  cette  classe,  extrayons  un  Vautour  de  l'Étemel 
supplice  de  M.  Loys-Potet,  un  sculpteur  qui  promet. 
Armand  Sylvestre  en  a  établi  ainsi  la  diagnose  : 

<c  Vautour,  tombeau  vivant,  qui  vivant  m'engloutit, 
i(  Lugubre  oiseau  de  proie,  ami  des  funérailles... 

Il  faut  en  rapprocher  l'oiseau  de  proie  du  3148  (E.),  un 
faucon,  chassant  le  lièvre,  et,  détail  curieux,  le  saisissant 
de  son  bec  acéré  par  le  rebord  de  l'orljite.  L'oiseau  est-il 
dressé  à  ne  pas  crever  l'œil  '? 

La  moisson  va  être  plus  riche  en  passant  aux  Mammi- 
fères. Les  animaux  féroces  sont  largement  représentés. 
Le  Lion  domme,en  compagnie  de  la  lionne,  aux  Champs- 
Elysées.  11  y  en  a  au  moins  une  demi-douzaine  d'exem- 
plaires, dont  quel(iues-uns  de  premier  ordre.  Tantôt  (c'est 
une  esquisse  en  cire  dénommée:  Aua;  artnes  (de  Ilermau:) 
l'une  de  ces  superbes  bêtes  dévore  à  belles  dents  un 
homme  conaamné  à  mort.  Tantôt,  au  contraire,  c'est 
Orphée  de  M.  Melin,  qui  charme  une  lionne  de  marbre 
et  la  plonge  dans  une  sorte  de  sommeil  hypnotique.  Ail- 
leurs (3394).  c'est  la  mère  qui  défend  son  lionceau  contre 
une  famille  de  serpents.  M.  Duveau  (276*)  a  représenté  la 
sieste  d'un  lion  et  d'une  lionne  d'Abyssinie.  Ce  groupe  de 
terre  cuite  n'a  pas  la  valeur  du  Lion  de  Gardet  (2965), 
marbre  d'ailleurs  inachevé  et  pourtant  d'une  parfaite 
venue;  mais  il  peut  être  rapproché  du  lion  et  de  la  lionne 
de  M.  Harwey  (3038  et  3039).  Nous  avons  relevé  un  léo- 


pard, un  tigre  et  une  panthère,  aux  Champs-Elysées  ; 
mais  plusieurs  sangliers,  deux  en  lutte  avec  des  tigres 
(3261  et  2869),  et  l'autre  en  lutte  avec  un  braconnier  (3363). 
Il  faut  en  rapprocher  un  magnifique  puma,  au  Champ  de 
Mars  (n°  H6),  qui  s'avance  à  longs  pas  et  semble  ne 
pas  vouloir  perdre  son  temps.  On  voit  qu'il  est  Améri- 
cain :  times  is  sinon  moncy,  du  moins  food.  L'auteur 
M.  Proctor  a  un  nom  prédestiné  pour  un  sculpteur  ani- 
malier. Chez  les  Ours  deux  superbes  morceaux. 

L'un  estdeM.  Riche,  élève  de  Gardet;  c'est  la  querelle 
entre  ours  des  cocotiers.  L'autre,  le  chef  du  genre  aux 
salons  de  1897,  est  sorti  du  ciseau  de  Frémiet.  Ce  bas- 
relief  a  été  commandé  par  la  direction  des  Beaux-Arts 
pour  le  Muséum  d'Histoire  naturelle  de  Paris.  Il  repré- 
sente r homme  de  l'âge  de  la  pierre  venant  de  deux  ours  des 
Cavernes  {Ursus  Spelseus).  Ce  magnifique  morceau,  vul- 
garisé par  tous  les  journaux,  est  trop  connu  aujourd'hui 
pour  qu'il  soit  nécessaire  d'en  détailler  les  mérites.  Nous 
citerons  seulement,  pour  être  complet,  l'ours  du  Champ 
de  Mars,  bronze  de  M.  Dixon.  Dans  l'Homme  au  Loup, 
trois  de  ces  animaux  pourchassent  un  homme  des  temps 
préhistoriques  (3071  de  M.  Jacquot).  Les  chiens  sont 
aussi  très  nombreux.  A  côté  des  beaux  lévriers  (2964  E.) 
de  M.  Gaillard  Sansonetti  (le  mâle  et  la  femelle  se  lè- 
chent et  se  disent  des  douceurs),  à  noter  le  combat  d'un 
chien  foxhund  et  d'un  renard  (3130)  de  Mme  Églantine 
Lemaître,  née  Robert-Houdin;  un  chien  en  arrêt  devant 
une  tortue;  le  groupe  de  Bassets  de  M.  Loyseau,  etc. 
Parmi  les  chats,  au  3206,  plusieurs  types  bigarrés  qui  se 
disputent.  Au  Champ  de  Mars  une  tête  seulement  (39),  et 
un  chat  de  bronze  faisant  des  exercices  d'équilibre  sur 
une  tortue  de  marbre.  Non  loin  une  famille  de  lapins, 
deux  renards,  une  chèvre,  un  furet  pour  la  chasse  en 
terrier. 

Parmi  les  grandes  espèces,  l'éléphant,  en  triple  exem- 
plaire; le  cerf  qu'on  rencontre  aux  deux  Salons;  un 
âne,  dans  le  Triomphe  de  Silène  de  Dalou,  et  une  multi- 
tude considérable  de  chevaux,  à  toute  allure,  en  diverses 
positions,  en  train  de  combattre  ou  de  mourir  de  la  corne 
d'un  taureau,  avec  ou  sans  cavaliers.  Les  plus  remar- 
qués sont  ceux  de  Debrie  dans  Un  coup  de  collier  et  ceux 
dn  Jeu  de  polo  SI  intelligents,  de  I.  Bonheur.  Enfin  le 
Pégase  de  Falguière,  cheval  ailé  qui  porte  aux  cieux  le 
Poète.  Il  serait  intéressant  de  rechercher  d'où  peuvent 
venir  ces  ailes  puisque  les  membres  antérieurs  de  l'ani- 
mal persistent.  Mais  évidemment,  il  ne  faut  pas  deman- 
der à  la  mythologie  d'avoir  inventé  le  transformisme. 
Enfin,  le  proche  parent  de  l'homme,  le  singe.  Il  n'est 
guère  représenté  que  par  des  terres  cuites  aux  Champs- 
Elysées.  Celui  du  Champ-de-Mars  (n»  96),  en  bronze,  est 
assis  sur  une  tête  de  mort  et  sa  propre  tête,  dans  sa  patte 
droite,  semble  livré  aux  plus  tristes  réflexions.  Cette 
année  pas  d'anthropoïdes. 

Nous  arrêtons  là  cette  énumération,  car,  en  passant  à 
l'homme,  il  nous  serait  difficile  de  ne  pas  sortir  du  cadre 
de  cette  revue  et  de  ne  pas  empiéter  sur  la  critique  d'art, 
qui  est  loin  d'être  de  notre  ressort.  Mais,  en  réfléchissant 
un  peu  aux  tendances  des  artistes  qui  s'intéressent  vo- 
lontiers au  Monde  zoologique,  il  est  facile  de  dégager  les 
idées  générales  qui  les  guident  dans  cette  représentation 
des  espèces  animales.  Ils  ne  se  bornent  pas,  en  effet,  à 
tailler  dans  le  marbre  ou  façonner  à  la  glaise  des  types 
au  repos.  Ils  veulent  qu'à  leur  manière  du  moins,  ils  ex- 
priment une  pensée.  Deux  sentiments  dominent  surtout. 
Sur  vingt  sculptures  de  ce  genre,  on  peut  dire  que  dix  se 


LE     NATURALISTE 


189 


rafiporlcnt  au  Strugle  for  life,  à  la  lutte  pour  la  vie.  Et 
sinon  à  enteiulre  les  artistes,  du  moins  à  voir  leurs  œu- 
vres, on  apprend  donc,  si  on  ne  le  sait  à  l'avance,  que 
les  animaux  passent  leur  temps  à  si;  combattre  les  uns 
les  autres,  à  s'entre-dévorer  :  ce  qui  d'ailleurs  ne  suffit 
pas  pour  les  dilTérencier  des  hommes  les  plus  civilisés. 
C'est  là  d'ailleurs  la  princijjale  préoccupation  des  espèces 
zooiofjiiiues  et  il  n'y  a  rien  d'extraordinaire  à  ce  que  les 
sculpteurs,  comme  les  savants,  aient  été  frappés  par 
l'importance  de  ce  trait  de  caractère.  Aussi,  aux  Salons, 
ne  rencontre-t-on  que  des  scènes  de  combat  entre  es- 
pèces différentes,  voire  même  entre  types  de  même  genre. 
Les  artistes  n'ont  pas  oublié,  d'autre  part,  un  antre  ins- 
tinct presque  aussi  impérieux,  celui  de  la  conservation 
de  l'espèce,  car  tout  le  temps  que  les  animaux  ne  passent 
pas  à  manger  ou  à  dormir,  ils  l'emploient  à  se  caresser  ou 
à  élever  et  à  défendre  leurs  petits.  Thème  aussi  drama- 
tique, aussi  artistique  par  conséquent  que  le  précédent, 
mais  corde  sur  laipielle  on  parait  de  nos  jours  jouer 
moins  souvent  que  jadis  et  qui  parait  un  peu  trop  usée. 
Ce  qui  prouve  Lien  que,  pour  être  de  sou  époque  et  se 
conformer  à  la  mode,  l'artiste,  qui  n'est  qu'un  homme, 
doit  aujourd'hui,  comme  le  vulgiimpeciis,  s'occuper,  avant 
tout,  de  tout  ce  qui  touche  à  la  lutte  pour  la  vie.  Darwin 
n'avait  pas  du  prévoir  que  ses  idées  prendraient  jamais 
une  telle  importance  dans  le  monde  des  Arts! 

Marcel  Baudouin. 


La  Dionée 


Les  particularités  qui  caractérisent  la  Dionée  ou  Attra- 
pe-Mouche (Dionwa  Muscipitla  EUis)  ont  depuis  jilus  d'un 
siècle  attiré  l'attention  des  observateurs.  Darwin  n'hésite 
pas  à  dire  de  cette  plante  qu'elle  est  une  des  plus  éton- 
nantes qui  soient  au  monde.  La  i'euille  de  cotte  singu- 
lière Dracénacée  est  composée  d'une  partie  inférieure  au 
pétiole  dilaté  en  larges  ailes  et  échancrée  en  cœur  au 
sommet,  d'une  autre  partie  supérieure  qui  peut  être 
considérée  comme  le  limbe,  arrondie,  munie  de  deux 
larges  échancrures,  l'une  à  la  base,  l'autre  au  sommet. 
Des  bords  de  ce  limbe  partent  de  larges  dents,  pointues 
et  raides,  dans  la  partie  médiane  existe  une  ligne  longi- 
tudinale comparable  à  une  charnière  et  qui  en  remplit 
l'office. 

On  admet  généralement  aujourd'hui  rinter]prétation 
que  nous  venons  de  donner  des  deux  parties  qui  consti- 
tuent la  feuille.  Mayen  autrefois  proposait  une  autre 
manière  de  voir  :  il  regardait  la  portion  ailée  infé- 
rieure comme  constituant  la  feuille  proprement  dite, 
tandis  que  ce  que  nous  considérions  comme  le  limbe 
n'était  qu'un  appendice  déforme  spéciale. Dassus  ]iensait 
que  les  deux  moitiés  du  disque  terminal  étaient  les 
rudiments  de  deux  folioles  distinctes. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  l'interprétation  que  l'on  admette, 
c'est  en  1765  qu'Ellis  signalait  à  Linné  la  Dionœaque  son 
ami  Peter  Collinson  lui  avait  envoyée  de  Philadelphie. 
Cette  plante  fleurissait  quelques  années  plus  tard  en  An- 
gleterre et  alors  Ellis  écrivait  à  Linné  dans  les  termes  sui- 
vants :  «  La  jjlante  dont  cette  lettre  contient  une  figure 
avec  des  échantillons  des  fleurs  et  des  feuilles  montre 
que  la  nature  semble  l'avoir  douée  d'un  mode  de  nutrition 
spécial,  car   le  limbe  de  la  feuille  offre  une  articulation 


médiane  qui  lui  permet  de  saisir  une  proie  ;  le  dard  qui 
perce  le  malheureux  insecte  se  trouve  au  milieu.  De 
petites  glandes  rouges  couvrent  sa  surface  et  sécrètent 
peut-être  un  liquide  sucré  qui  attire  le  pauvre  animal. 
A  peine  a  t-il  goûté  la  perfide  liqueur  que  les  deux  lobes, 
garnis  de  deux  rangs  de  poils,  se  rapprochent  et  l'écra- 
sent. S'il  fait  des  efforts  pour  s'échapper,  trois  épines 
droites  sortant  du  milieu  de  chaque  lobe  le  transpercent 
et  mettent  fin  à  ses  convulsions.  Les  lol)es  ne  s'écartent 
pas  tant  que  le  cadavre  de  l'animal  git  entre  eux.  Il  est 
certain  néanmoins  que  la  plante  ne  sait  pas  distinguer 
une  substance  animale  d'une  substance  minérale  ou  vé- 
gétale; car  si  l'on  introduit  une  épingle  ou  une  paille 
entre  les  deux  lobes,  ils  se  referment  comme  si  c'était 
un  insecte.  »  Linné  émerveillé  du  récit  ([ue  lui  avait 
fait  Ellis,  appelait  la  Dionée  un  «  miracuhtm  naturœ  ». 
Malgré  cela  il  ne  considérait  pas  cette  plante  comme  in- 


'*..^«S 


La  Dionce. 


sectivore,  mais  il  supposait  que  la  capture  de  l'insecte 
était  purement  accidentelle,  par  suite  d'un  phénomène 
d'irritabilité  analogue  à  celui  de  la  sensitive. 

Le  terme  de  plantes  ca)-nivûres  a  été  pour  la  pre- 
mière fois  expliqué  par  le  grand  philosophe  Diderot  qui, 
ayant  entendu  parler  probablement  de  la  Dionée,  en  lut 
frappé  et  prévit  les  conséquences  qu'on  tirerait  plus 
tard  de  ses  singulières  propriétés.  Diderot  y  voyait 
l'indice  d'une  «  contiguïté  du  règne  végétal  et  du  règne 
animal.  »  Si  une  mouche,  disait-il,  se  place  sur  la  feuille, 
cette  feuille  et  sa  compagne  se  ferment  comme  l'huitre, 


190 


LE     NATURALISTE 


sentent  et  gardent  leur  proie,  la  sucent  et  ne  la  rejettent 
que  quand  elle  est  épuisée  de  sucs.  Voici  une  plante  pres- 
que  Carnivore.  Je  ne  doute  pas  que  la  Musciptila  ne  donne 
à  l'analyse  de  l'alcali  volatil,  produit  caractéristique  du 
règne  animal.  » 

En  1804,  Edward,  dessinateur  du  Botanical  Magazin, 
remarque  le  premier  que  les  organes  pilipares  dont  nous 
parlerons  plus  loin,  qui  se  trouvent  sur  le  limbe  même  de 
la  feuille,  sont  le  siège  de  l'irritabilité  et  que  ce  sont  eux 
qui  président  au  rapprochement  des  deux  lobes.  En  1834, 
Curtis  lit  connaître  ses  observations  relatives  à  cette 
plante,  observations  qu'avait  faites  en  1803,  aux  Etats- 
Unis,  R.  Delille,  mais  qui  n'avaient  pas  été  publiées.  Il  y 
est  constaté, comme  par  Edward, que  ce  sont  les  organes  pili- 
pares de  la  feuille  qui  agissent,  tandis  qu'on  peut  «toucher 
et  presser  toute  autre  partie  de  la  feuille  sans  déterminer 
la  contraction.»  Pour  Curtis,  ladigestionetl'absorption  du 
corps  des  insectes  capturés  étaient  entre\'ues.  Déjà  en  1818, 
Knight  avait  vu  que  des  feuilles  sur  lesquelles  on  avait 
placé  des  petits  morceaux  de  viande  étaient  plus  vigou- 
reux que  les  autres.  Erasme  Darwin,  qui  avait  antérieure- 
ment cherché  à  expliquer  les  mouvements  de  la  Dionée, 
ne  pensait  pas  à  la  carnivorité  ;  il  croyait  qu'elle  était 
entourée  de  pièges  chargés  de  préserver  les  fleurs  des 
déprédations  causées  par  les  insectes. 

De  nouvelles  expériences  faites  en  1868  par  un  bota- 
niste américain,  M.  Camby,  ont  révélé  de  singulières 
préférences  de  la  part  de  cette  plante  :  elle  aime  la  viande 
de  bœuf  qui  est  complètement  dissoute  et  absorbée,  tan- 
dis que  le  fromage  ne  lui  convient  pas.  Après  un  premier 
repas  la  feuille  s'ouvre  de  nouveau  et  réclame  de  nou- 
velle nourriture. 

Enfin  Darwin  applique  à  la  Dionée  ses  merveilleux  ta- 
lents d'observation.  Il  remarque  tout  d'abord  que  les 
organes  pilipares  et  filaments  sont  certainement  sensibles 
à  un  attouchement  momentané,  pourvu  qu'on  le  fasse  avec 
un  objet  sulîisamment  dur.  Un  fil  de  coton  provoque  par 
exemple  la  fermeture  des  lobes,  tandis  qu'un  cheveu  très 
fin,  suspendu  au-dessus  d'un  filament  et  disposé  de  façon 
à  le  toucher,  ne  provoque  aucun  mouvement.  Il  en  est  de 
même  d'une  pincée  de  farine  jetée  de  haut. 

Malgré  tout,  cette  sensibilité  n'est  pas  comparable  à 
celle  des  glandes  du  Drosera  :  on  peut  placer  avec  pré- 
caution des  morceaux  de  cheveux  sur  l'extrémité  d'un 
filament  sans  provoquer  aucun  mouvement,  ce  qui  n'a 
pas  lieu  chez  le  Drosera.  D'autre  part,  chez  cette  der- 
nière plante,  on  peut  frapper  les  glandes  avec  un  corps 
dur  et  avec  force  sans  causer  aucune  irritation.  Cette 
difl'érence  de  sensibilité  ne  peut  provenir  bien  certaine- 
ment que  d'une  différence  dans  les  habitudes  des  deux  plan- 
tes. De  plus  les  filaments  de  la  Dionée  ne  sécrètent  pas 
et  n'absorbent  pas,  ce  qui  est  en  opposition  absolue  avec 
ce  qui  se  passe  chez  le  Drosera. 

Pour  amener  le  mouvement,  il  semble  que  l'atiouche- 
ment  doit  être  exercé  par  un  corps  solide.  En  efl'et  on 
ne  provoque  pas  la  fermeture  des  lobes  en  laissant  tom- 
ber des  gouttes  d'eau  d'une  certaine  hauteur  sur  les  fila- 
ments, non  plus  qu'en  dirigeant  sur  eux  un  souffle  éner- 
gique avec  un  chalumeau.  Il  n'en  est  pas  de  même  d'une 
immersion  de  peu  de  durée  dans  l'eau, qui  peut  provoquer 
la  fermeture,  sans  qu'on  puisse  faire  entrer  en  ligne  de 
compte  la  température  du  liquide. 

Quand  on  plonge  les  feuilles  dans  une  solution  de 
sucre,  on  les  voit  toujours  se  fermer  par  suite  probable 
d'un  phénomène   d'immersion    dans  les  plantes  sur   le 


siège.  L'effet  produit  est  même  prolongé  :  la  réouverture 
peut  ne  se  faire  qu'au  bout  de  neuf  jours  et  au  minimum 
seulement  après  deux  jours.  La  chaleur  des  rayons  so- 
laires concentrée  au  moyen  d'une  lentille  et  l'immersion 
soudaine  dans  l'eau  bouillante  ne  paraissent  pas  agir.  Ici 
comme  chez  le  Drosera  la  chaleur  parait  être  trop  consi- 
dérable et  appliquée  trop  brusquement.  Mais  les  lobes  se 
ferment  toujours  quand  on  pique  ou  quand  on  coupe  la 
tête  qui  les  supporte. 

Il  existe  également  une  différence  considérable  entre 
l'action  produite  sur  les  feuilles  par  des  corps  inorgani- 
ques et  organiques  parfaitement  secs  et  d'autres  de  même 
nature  à  un  certain  degré  d'humidité.  Il  ne  se  passe  rien 
dans  le  premier  cas,  tandis  que  dans  le  second,  la  ferme- 
ture se  fait  lentement  et  graduellement,  mais  pas  de  la 
même  manière  que  quand  il  y  a  eu  attouchement 
d'un  de  ces  filaments.  La  tige  n'est  jamais  sensible. 
Quant  aux  glandes  pourprées  qui  recouvrent  la  face  eu- 
périeure  des  feuilles,  elles  ne  reculent  qu'autant  qu'elles 
ont  été  excitées  par  l'absorption  de  matières  azotées.  Les 
matières  inorganiques  ne  produisent  aucun  effet  sur 
elles. 

Il  y  a  donc  sécrétion  des  glandes  au  contact  d'un  mor- 
ceau de  viande  ou  d'un  insecte  quand  on  fait  refermer  les 
lobes  des  feuilles  sur  ces  objets.  L'action  s'étend  de 
proche  en  proche  aux  glandes  voisines  de  celles  qui  sont 
pressées.  La  sécrétion  est  incolore  ;  elle  est  tellement 
abondante  qu'on  l'a  vue  durer  pendant  neuf  jours  sous 
forme  de  gouttelettesliquides.EUe  est  plusacide  que  dans 
le  Drosera  et  dénature  mucilagineuse.  Darwin,  résumant 
les  nombreuses  observations  qu'il  a  faites  sur  la  puissance 
digestive  de  la  Dionée,  a  cru  pouvoir  dire  que  «  la  feuille 
se  transforme  en  un  estomac  temjioraire  ».  Les  glandes 
versent  leurs  sécrétions  acides  qui  agissent  comme  le 
suc  gastrique  des  animaux,  tandis  que  les  matières  orga- 
niques font  fonction  de  peptogènes. 

Par  suite  de  la  sécrétion  des  glandes  de  la  Dionée, 
l'albumine,  la  gélatine  et  la  viande  sont  dissoutes,  à  condi- 
tion qu'elles  ne  soient  pas  en  morceaux  trop  gros  ;  la 
graisse  n'est  pas  digérée  pas  plus  que  le  fromage. 

Nous  avons  vu  que  la  capture  des  insectes  était  opé- 
rée par  la  fermeture  des  lobes  sous  l'influence  de  l'irrita- 
bilité des  filaments  qui  se  rabattent;  les  poils  marginaux 
y  aident  également  en  se  croisant  entre  eux.  Tant  que 
le  croisement  n'est  pas  complet,  il  reste  de  petits 
espaces  par  lesquels  les  insectes  peuvent  s'échapper.  Il 
peut  même  arriver  que  de  gros  insectes  puissent  forcer 
les  barreaux  de  leur  cage. 

Le  redressement  des  feuilles  est  tel  habituellement  que 
les  deux  lobes  se  relèvent  en  même  temps;  il  peut  arri- 
ver cependant  qu'ils  se  redressent  indépendamment  l'un 
de  l'autre. 

P.  Hariot. 


LA  CHRYSIS  ENFLAMMEE 


Quoique  bien  connu  des  entomologistes,  cet  intéres- 
sant insecte  est  encore  ignoré  par  bien  des  naturalistes. 
C'est  une  mouche  à  quatre  ailes,  que  Réaumur  et  ses 
contemporains  désignaient  sous  le  nom  de  guêpe  dorée  : 
il  est  de  l'ordre  des  Hyménoptères  et  appartient  à  la 
famille  des  chrysides  (I). 

(1)  Du  grec  xpùmoç  {chrusios)  :  doré. 


LE     NATURALISTE 


191 


Leurs  formes  sont  bien  plus  ramassées  que  celles  des 
autres  Hyménoptères,  et  ne  sont  nullement  disgracieuses. 
Leurs  antennes  sont  composées  de  treize  articles  dans 
les  deux  sexes,  et  légèrement  coudées  et  amincies  à  leurs 
extrémités  ;  elles  sont  vibratiles.  Les  jambes  antérieures 
sont  armées  d'épines.  Les  ailes  inférieures  ne  sont  pas 
veinées.  L'abdomen,  convexe  en  dessus,  concave  en  des- 
sous, tronqué  à  sa  base  et  dentelé  à  sa  partie  postérieure, 
est  terminé,  chez  les  femelles,  par  une  tarière  en  forme 
d'aiguillon.  Il  est  relié  au  corselet  par  un  jiédicule  très 
court.  Les  anneaux  peuvent  rentrer  les  uns  dans  les 
autres  à  la  manière  des  tubes  d'une  longue-vue. 

Les  chrysis  sont  toutes  de  petite  taille;  elles  sont  agiles 
et  brillantes  comme  les  oiseaux-mouches.  Elles  mènent 
une  existence  vagabonde,  se  posent  sur  un  objet  quel- 
conque, pour  le  quitter  aussitôt  en  sifllant  dans  l'air  em- 
brasé. 

Elles  n'ont  pas  d'industrie  particulière.  Elles  choisissent 
pour  abris  les  trous  qu'elles  rencontrent.  Dans  ces  con- 
ditions, la  reproduction  de  ces  insectes  pourrait  être 
compromise  si  les  femelles  n'avaient  recours  à  la  ruse  pour 
placer  leur  progéniture  dans  des  conditions  favorables  à 
son  développement. 

Chose  curieuse,  ces  insectes,  ainsi  que  quelques  autres 
espèces  d'Hyménoptères,  appartenant  à  des  ordres  dif- 
férents, qui,  à  l'état  parfait,  se  nourrissent  de  végétaux, 
donnent  naissance  à  des  larves  carnassières. 

Certains  auteurs  ont  cru  que  les  femelles  déposaient 
leurs  œufs  dans  le  corps  des  larves  d'autres  insectes,  dont 
elles  perçaient  les  téguments  à  l'aide  de  leur  tarière  ; 
Lepelletier  de  Saint-Fargoau  dit  avoir  observé  des  chrysis 
entrant  dans  la  demeure  de  certaines  Tenthrèdes,  et  atta- 
quant les  larves  k  coups  d'aiguillon.  Des  observations 
plus  récentes  ont  fait  rectifier  certaines  assertions  er- 
ronées. 

Les  larves  des  chrysis  se  nourrissent  bien  de  proie 
vivante,  mais  la  tarière  de  la  mère  est  trop  faible  pour 
perforer  la  peau  des  larves. 

La  femelle  choisit  souvent  pour  déposer  ses  œufs  les 
nids  des  Hyménoplèi-es  fouisseurs.  Elle  observe  attentive- 
ment les  allures  des  habitants  du  nid  qu'elle  convoite,  et 
profite  pour,  s'y  introduire,  du  moment  où  ils  sont  oc- 
cupés au  dehors.  Elle  peut  parfois  opérer  sa  ponte  sans 
être  inquiétée,  mais  lorsqu'elle  est  surprise  par  la  rentrée 
du  légitime  propriétaire,  elle  soutient  une  lutte  acharnée. 
Elle  est,  de  suite,  attaquée  avec  impétuosité,  et  l'Hymé- 
noptère  fouisseur  ne  cesse  de  la  menacer  de  son  terrible 
aiguillon  ;  à  cette  arme  meurtrière  la  chrysis  n'oppose 
qu'une  résistance  passive  qui  lui  permet  presque  toujours 
d'échapper  à  son  adversaire.  La  nature  a  doté  les  chrysis 
de  téguments  extrêmement  durs  ;  elles  jouissent  aussi 
d'une  propriété  dont  on  ne  retrouve  d'exemple  chez 
aucun  autre  Hyménoptère;  elles  peuvent,  à  volonté,  se 
rouler  en  boule,  en  ramenant  leur  abdomen  contre  leur 
tête,  et  leurs  pattes  sous  leur  ventre.  Dans  cette  position, 
elles  présentent  à  leur  agresseur  une  cuirasse  qui  défie 
les  aiguillons  les  mieux  acérés. 

Les  larves  des  chrysis  sont  blanchâtres  et  privées  de 
pattes;  elles  ne  viennent  au  monde  que  lorsque  les  larves 
de  leurs  hôtes  ont  acquis  nn  certain  développement. 
Aussitôt  nées,  elles  s'attachent  aux  flancs  de  ces  dernières 
et  les  dévorent  vivantes,  petit  à  petit,  prenant  chaque 
jour  à  leur  victime  ce  qu'il  leur  faut  pour  se  nourrir  et 
grandir.  Le  terme  de  leur  croissance  arrive  lorsqu'elles 
se  sont  approprié  la  substance  entière  de  leur  nourrice, 


qui,  épuisée,  ne  tarde  pas  à  succomber.  Elles  se  filent 
une  coque  où  elles  se  transforment  en  nymphe  pour  en 
sortir  à  l'état  parfait. 

La  chrysis  enflammée  {nhri/sis  ignila  S.)  est  un  joli  in- 
secte, commun  dans  les  environs  de  Paris.  Son  corps, 
long  de  près  d'un  centimètre,  ne  dépasse  pas  trois  milli- 
mètres en  largeur.  La  tète  est  d'un  vert  doré,  tournant 
au  bleu  sur  la  nuque,  avec  les  antennes  noires.  Le  cor- 
selet est  azuré,  et  terminé  de  chaque  coté  par  des  pointes 
épineuses;  les  ailes  transparentes,  légèrement  brunâtres, 
les  pattes  vertes.  L'abdomen,  dont  le  dernier  segment  se 
termine  par  quatre  dentelures  bien  marquées,  est  d'un 
rouge  cuivreux  très  brillant.  C'est  à  ce  dernier  caractère 
que  l'espèce  doit  son  nom,  comme  il  a  été  dit  plus  haut. 
L'insecte  tout  entier  est  recouvert  de  points  enfoncés, 
plus  accentués  sur  le  corselet  que  sur  le   reste  du  corps. 

La  chrysis  enflammée  se  rencontre  le  long  des  murs; 
elle  voltige  aussi  autour  des  fleurs.  Cette  espèce  dépose 
ses  œufs  dans  les  nids  des  Crabrons,  des  Cerceris  et  des 
Odnères,  hyménoptères  qui  se  creusent  des  galeries 
souterraines. 

Parmi  les  autres  espèces  du  genrechrysis,on  peut  citer 
la  chrysis  mipartie  (C.  dimidiata  Mtr.),  qui  est  d'un  beau 
vert,  avec  les  deux  premiers  anneaux  de  l'abdomen 
rouge.  La  chrysis  pourpre  (C.  purpurata  Latr.),  insecte 
vert  doré,  avec  l'extrémité  de  l'abdomen  fortement  den- 
telée et  d'un  beau  rouge  ;  enfin  la  chrysis  bandée 
(C.  fasciata  Latr.),  dont  le  corps  est  d'un  vert  bleuâtre 
avec  des  anneaux  bleu  indigo  et  dont  le  dernier  segment 
abdominal  présente  six  dentelures. 

Les  autres  espèces  habitent  presque  toutes  l'Europe  et 
ont  des  mœurs  analogues  ;  elles  en  diffèrent  par  la 
taille  et  par  les  couleurs. 

Paul  Jacob. 


DESCRIPTION  D'UN  LUCANIDE  NOUVEAU 


EURY^BACHELUS  Rama  n.  sp. 

Longueur  totale,  mandibules  incluses  :  62  mm. 
Longueur  des  mandibules,  18  mm. 
Largeur  maxima  au  prothorax  :  22  mm. 

Enticrcmont  noir,  této  et  protliorax  très  finement  ponctués, 
dépolis,  élytres  brillantes. 

Tête  quadrangulaire,  un  peu  élargie  antérieurement,  assez 
bombée  supérieurement,  entièrement  couverte  d'une  granula- 
tion fine  et  dense.  La  partie  frontale,  nettement  définie,  est 
limitée  postérieurement  par  une  ligne  arquée  au  milieu,  dou- 
blement infléchie  ensuite,  le  long  de  laquelle  existe,  sur  la 
partie  supérieure,  un  espace  plan,  triangulaire  et  fortement 
ponctué.  La  saillie  intermandibulairc  est  excavée  supérieure- 
ment, échancrée  en  croissant,  et  présente  deux  pointes  laté- 
rales assez  aiguës. 

Mandibules  aussi  longues  que  la  tête  et  les  deux  tiers  du 
prothorax,  entièrement  et  très  finement  ponctuées,  régulière- 
ment arquées.  Elles  portent,  au  tiers  à  partir  de  la  base,  une 
dent  perpendiculaire,  forte  et  aiguë,  suivie  d'une  carène  bi-  ou 
tridenticulée  limitée  par  une  petite  dent.  La  partie  apicale, 
plus  fortement  arquée,  est  munie  d'une  petite  dent  immédia- 
tement avant  l'extrémité,  elle  se  termine  par  un  biseau  ver- 
tical. En  dessous,  les  mandibules  sont  arrondies  et  portent 
une  bande  soyeuse  qui  s'étend  depuis  leur  base  interne  jusqu'à 
la  grande  dent. 

Antennes  dépourvues  de  pinceaux  soyeux  sur  les  articles 
j  et  7  et  portant  seulement  des  poils  épars,  plus  nombreux  sur 
le  septième  article,  qui  n'est  pas  prolongé  en  forme  de  doigt. 

Menton  en  trapèze,  arrondi  sur  les  angles  antérieurs,  cou- 


192 


LE     NATURALISTE 


vert  d'une  ponctuation  ti-6s  dense,  avec  des  points  enfoncés 
plus  gros,  épars,  plus  nombreux  vers  la  base.  11  ne  porte  des 
soies  que  le  long  du  bord  antérieur. 

Dessous  de  la  tète  et  gorge  finement  ponctués,  et  présentant 
à  partir  de  l'angle  d'articulation  de  chaque  mandibule  une 
série  de  gros  points  enfoncés. 

Prothorax  finement  ponctué,  transverse;  son  bord   antérieur 


est  légèrement  saillant  au  milieu,  concave  ensuite  et  se  relie 
aux  côtés  par  une  forte  saillie  arrondie  emboîtant  la  tête.  Les 
côtés  présentent  une  dent  assez  aiguë  à  mi-distance  des  angles 
antérieurs  et  postérieurs;  le  bord  postérieur  est  coupé  droit 
en  arrière  et  s'arrondit  vers  les  angles  qui  sont  armés  d'une 
dent. 

Ecusson  en  ogive,  aussi  long  que  large,  peu  ponctué. 

Elytres  d'un  noir  brillant,  couvertes  de  fines  strioles  qui 
leur  donnent  un  aspect  soyeux.  Epaules  bien  marquées,  por- 
tant une  légère  saillie  épineuse,  une  ligne  opaque  superficielle 
part  de  chaque  épaule  et  se  prolonge  jusqu'à  la  pointe.  La 
forme  des  élytres  est  un  ovale  allongé  régulièrement  arrondi. 

En  dessous,  les  épipleures  des  élytres  sont  canaliculées  et 
couvertes  de  points  confluents  le  long  de  leur  marge  inférieure; 
les  pièces  thoraciques  sont  ponctuées;  les  segments  abdomi- 
naux sont  plissés  en  long;  les  pattes,  très  robustes,  ont  leurs 
fémurs  munis  de  deux  lignes  sétigères  peu  fournies,  les  tibias 
antérieurs  sont  mullidentés,  les  intermédiaires  portent  une 
dent  assez  forte  au  tiers  inférieur  et  deux  dents  très  petites 
au-dessus,  les  postérieurs  sont  unidentés.  Les  tarses  des  deux 
dernières  paires  sont  revêtus  en  dessous  desoies  assez  courtes. 

L'exemplaire  unique  que  je  possède  est  un  màlc  bien  déve- 
loppé qui  provient,  selon  toutes  probabilités,  de  Sumatra. 
L'espèce  à  laquelle  il  sert  de  type  est  certainement  voisine 
des  E.  Eurycephalus,  Burm.  et  Alcides.  Voll.,  mais  elle  s'en 
distingue  par  de  nombreux  caractères  et  principalement  par 
la  forme  des  mandibules,  de  la  partie  frontale  et  du  menton. 

H.    BoiLEAU. 


DISSECTIONS 


EMBRANCHEMENT      DES     MOLLUSQUES 

1"='  Type  :  la   Moule  {Mytitus  edulis) 
Ordre  des  Lamellibranches  ou  Acéphales. 

Cet  animal  est  très  facile  à  se  procurer  et  d'une  dissec- 
tion assez  simple,  au  moins  en  ce  qui  regarde  les  princi- 
paux organes. 


Il  est  bon  quelquefois  de  les  laisser  macérer  dans  l'al- 
cool fort,  (70")  avant  de  les  donner  à  la  dissection,  car  les 
tissus  sont  plus  fermes  et  permettent  mieux  de  se  rendre 
compte  de  la  structure  anatomique. 

La  coquille  est  formée  de  deu.\  valves.  L'extrémité  an-, 
térieure  est  presque  pointue  et  renferme  la  bouche  et  les 
palpes  laliiaux,  l'extrémité  postérieure  est  arrondie.  La 
charnière  est  antérieure  et  dorsale,  elle  ne  porte  pas  de 
dents,  mais  un  simple  ligament. 

Une  cuticule  jaunâtre  recouvre  la  coijuille  (periostra- 
cum). 

Il  faut  faire  pénétrer  avec  précaution  le  manche  du 
scalpel  entre  les  valves  de  la  coquille,  le  passer,  entre 
celle-ci  elle  manteau  que  l'on  détache  ainsi  avec  précaution 
en  coupant  le  muscle  adducteur  postérieur;  on  refait  la 
même  opération  de  1  autre  coté  et  l'animal  se  trouve 
ainsi  complètement  séparé  de  sa  coquille. 

On  étudie  d'abord  la  partie  interne  de  la  valve  gauche 
par  exemple  et  l'on  y  voit  sur  la  charnière  l'impression 
musculaire  inférieure  qui  se  poursuit  un  peu  du  côté 
dorsal, car  il  s'insère  là  des  ligaments  destinés  à  rerrforcer 
l'occlusion;  enfin  tout  le  tour  excepté  du  côté  de  la  char- 
nière et  à  quelques  millimètres  du  limbe,  l'impression 
palléale. 

Le  manteau  a  les  bords  lisses  en  avant,  frangés  en  ar- 
rière. Ils  se  réunissent  sur  une  faible  largeur  et  déli- 
mitent ainsi  deux  ouvertures  fort  inégales  de  dimensions; 
en  avant  l'orifice  branchial  très  grand,  en  arrière  l'orifice 
anal  très  petit.  Souvent  la  partie  libre  du  pied  sort  entre 
les  deux  lobes  palléaux. 

Prcpiiration.  —  (Jn  fixe  l'animal  sur  la  face  dorsale  en 
rabattant  de  chaque  côté  les  deux  lolies  du  manteau  et 
les  maintenant  par  des  épingles. 

Entre  le  manteau  et  la  masse  viscérale  centrale  on 
trouve  les  hranchus  formées  de  chaque  côté  par  deux 
lames,  non  continues  ;  elles  sont  fonuées  de  filaments 
parallèles  munis  de  cils  vibratiles  dont  il  est  très  facile 
de  voir  le  mouvement  sur  des  animaux  frais  et  à  l'aide 
du  microscope. 

Tout  lifaità  la  partie  antérieure,  on  trouve  deux  paires 


Fig.  1.  — Valve  gauche  de  la  coquille  de  la  Moule,  montrant 
la  face  interne  avec  :  ch,  la  charnière;  m,  les  impressions 
musculaires:  /},  1  impression  palléale. 

Fig.  "J.  —  Moule  enlevée  de  ses  valves  et  laissant  voir  le  man- 
teau, ma;  les  muscles,  m;  le  pied,  ^ji,  passant  entre  les 
deux  lobes  du  manteau  et  o.  e  l'orifice  expirateur  par  oii 
sort  l'eau  entrainaul  les  résidus  de  la  digestion. 

de  longs  paipcs  Uibimix  au  point  de  convergence  desquels 
est  placée  la  bouc/te.  En  arrière  est  placé  un    organe  brun 


LE     NATURALISTE 


193 


très  sailhint,  c'ost  le  pied,  à  la  base  duquel  une  toute 
petite  proéminence  présente  une]  sorte  de  cupule,  c'est 
l'orifice  de  la  glande  du  bijssiis,  qui  sécrète  de  longs  fila- 
ments, à  l'aide  desquels  l'animal  se  fixe.  Enfin,  plus  en 
arrière  encore,  une  autre  partie  saillante,  en  forme  de 
liosse  do  iiolichinelle,  (lui  se  continue  jusqu'au  niveau  du 
muscle  adducteur  inférieur. 

Derrière  le  muscle  se  trouve  l'orifice  anal  sur  la  ligne 
médiane. 

Enfin,  à  la  partie  antérieure,  en  avant  du  pied,  on 
trouve  deux  masses  musculaires  divergentes,  ce  sont  les 
musclea  rétracteurs  antérieurs  du  pied.  Ils  vont  s'attacher 
dans  la  région  antérieure  des  valves. 

Orifices.  —  Nous  avons  vu  où  sont  placés  la  bouche  et 
l'anus,  on  trouve  encore  de  chaque  côté  delà  bosse  vis- 
céral deux  orifices,  dont  les  deux  externes  au  sommet 
d'une  papille  :  ce  sont  les  orifices  des  organes  (jénitaux,  et 
en  face  d'eux  mais  du  cùté  interne  les  orifices  des  organes 
de  Bojanus. 

Tube  digestif .  —  Cet  appareil  est  assez  difficile  à  suivre 
dans  toute  sa  longueur. 

Il  faut  enlever  le  pied  et  ses  muscles  rétracteurs  et  on 
arrive  sur  l'œsophage,  de  là  dans  un  estomac  spacieux  où 
viennent  s'ouvrir  deux  canaux  hépatiques.  Du  côté  pos- 
térieur on  voit  partir  un  canal  large  et  qui  se  termine 
en  cul-de-sac;  il  renferme  un  axe  hyalin,  la  tige  cristal- 
line que  l'on  pense  être  un  organe  de  réserve.  A  côté  de 
lui  prend  naissance  l'intestin,  qui  revient  jusqu'en  avant 
de  l'estomac,  puis  se  replie  du  côté  dorsal  et  arrive  au 
cœur,  il  traverse  le  péricarde  et  le  ventricule,  passe  der- 
rière le  muscle  adducteur  inférieur  et  se  termine  à 
Yanus. 

Appareilciixulaloire.  —  Le  cœur  est  situé  du  côté  dorsal, 
il  est  formé  d'un  ventricule  (traversé  par  le  rectum)  et 
de  deux  oreillettes,  enveloppés  dans  un  péricarde. 

Du  ventricule  partent  deux  troncs  aortiques,  l'un  anté- 


rieur, l'autre  postérieur,  qui  se  répandent  dans  tous  les 
organes  et  suivent  d'abord  le  côté  dorsal  de  l'animal.  Ils 
aboutissent  dans  un  système  de  lacunes  interorganiques. 
De  là  le  sang  est  conduit  aux  organes  respiratoires  et 
ramené  au  cœur  par  dos  vaisseaux  particuliers,  appelés 
vaisseaux  hranchio-cardiaques. 

Appareil  respiratoire.  —  Il  est  formé  par  deux  paires  de 
branchies  lamelleuses,  ce  qui  a  valu  à  l'ensemble  du 
groupe  le  nom  de  Lamellibranches.  Ici  chacune  est  formée 
par  un  feuillet  direct  etunfeuilb^t  réfléchi,  unis  entre  eux 
par  de  nombreux  tractus;  le  tout  recouvert  de  cellules 
ciliées. 

Appareil  excréteur.  — Il  est  annexé  à  l'organe  circula- 
toire, au  cœur.  Il  est  formé  de  deux  sacs  unis  sur  la  ligne 
médiane,  et  communiquant  chacun  avec  le  péricarde. 
Chacun  d'eux  porte  un  canal  excréteur,  dont  nous  avons 
vu  l'orifice.  Il  prend  le  nom  d'organe  de  Bojanus. 

Système  nerveux.    —   Cet    appareil    est    relativement 


Fig.  3.  —Appareil  digestif  de  la  Moule:  p.  Z,palpes  laljiaux; 

6,  bouche;  es,  estomac  avec  t.  c,  le  ciecum  contenant  la  tige 

cristalline;  i,  intestin;  )•,    rectum   traversant   le   cœur,  co; 

m,  muscle  adducteur  des  valves;  a,  anus. 
Fig.  4.  —  Comme  dans  les  figures  21G  et  217  :  is,  byssus;  br, 

branchies;  o.  i),  orifice  génital;  o.  u,  orifice  urinaire. 


Fig.  5.  —  Système  nerveux  de  la  Moule  :  g,  e,  ganglions  cé- 
rébroides; g.  p,  ganglions pédieus;  g.  v,  ganglion  viscéral. 

Fig.  6.  —  Deux  lamelles  branchiales  montrant  leurs  cils  vi- 
bratiles,  c,  v. 

facile  à  voir  chez  la  moule.  Il  se  compose  de  trois  paires 
de  ganglions  unis  entre  eux  deux  à  deux  par  des  commis- 
sures et  des  connectifs  :  deux  ganglions  cérébroides,  deux 
pédieux  et  deux  viscéraux.  Chaque  ganglion  cérébroide 
est  uni  au  ganglion  pédieux  correspondant,  par  un  con- 
nectif  cérébro-pédieux,  et  aussi  au  ganglion  viscéral 
par  un  autre  connectif  cérébro-viscéral,  ces  deux  connec- 
tifs sont  soudés  sur  une  toute  petite  partie  de  leur  trajet 
à  partir  du  ganglion  cérébroide. 

Pour  la  dissection,  il  est  bon  d'opérer  comme  suit  : 
l'animal  ayant  été  placé  sur  le  dos  comme  nous  l'avons 
indiqué. 

On  verra  sans  dissection,  sur  la  partie  antérieure  du 
muscle  adducteur  inférieur,  deux  petites  masses  oran- 
gées, reliées  par  une  commisssure,  ce  sont  les  ganglions 
i;îscémw3;;à  partir  d'eux  on  suit  également  sans  dîssecd'on  les 
connectifs  cérébro-viscéraux,  jusque  vers  la  partie  posté- 
rieure de  la  bosse  de  polichinelle,  là  ils  plongent  oblique- 
mentdansla  masse  viscérale,  et  c'est  à  cet  endroit  précis 
indiqué  par  M.  de  Lacaze-Duthiers  que  l'on  trouve  les 
deux  orifices  :  de  Bojanus  du  côté  externe  et  génital  du 
côté  interne. 

Il  faut  alors  disséquer  avec  soin  sous  la  loupe  et  l'on 
remonte  ainsi  facilement  aux  ganglions  cérébroïdes. 

On  coupe  le  pied  presque  à  sa  base  ainsi  que  ses  muscles 
rétracteurs,  et  c'est  exactement  sous  ces  muscles  et  à 
leur  point  de  convergence  dans  le  pied  que   l'on  trouve 


194 


LE     NATURALISTE 


les  ganglions  pédieux,  presque  fusionnés  en  un  seul.  On 
voit  sans  autre  dissection  les  connectifs  cérébro-pédieux. 

Organes  génitaux.  —  Les  sexes  sont  séparés  :  les  glandes 
génitales  sont  très  volumineuses,  surtout  les  femelles,  et 
présentent  le  même  aspect.  Souvent,  elles  se  répandent 
jusque  dans  le  manteau.  Elles  s'ouvrent,  mâles  comme 
femelles,  au  sommet  de  la  papille  dont  nous  avons  déjà 
parlé. 


BIBLIOGRAPHIE 


—  M.  Marcel  Causard,  agrégé  de  l'Université,  a  sou- 
tenu avec  succès,  dans  le  courant  de  cette  année,  sa  thèse 
pour  l'obtention  du  grade  de  Docteur  es  sciences  natu- 
relles. La  thèse  choisie  par  l'auteur  était  «  Recherches  sur 
l'appareil  circulatoire  des  Aranéides.Cette  thèse  accom- 
pagnée de  6  planches  en  lithographie  est  d'un  grand  in- 
térêt pour  tous  ceux  qui  s'occupent  de  ces  questions  d'a- 
natomie  chez  les  articulés  ;  elle  est  bourrée  de  faits  nou- 
veaux, quoique  des  recherches  semblables  aient  été  déjà 
faites  avant  ce  mémoire. 

—  Vers  le  commencement  de  cette  année,  M.  E.  Aubert, 
professeur  au  lycée  Charlemagne,  a  publié  le  2"  tome 
de  son  Histoire  naturelle  des  êtres  vivants  et  qui  comporte 
les  classifications  zoologique  et  botanique.  Ce  volume, 
qui  complète  bien  cette  belle  publication,  est  destiné  aux 
candidats  au  certificat  PCN  et  à  la  licence  es  sciences 
naturelles.  Plus  de  1.300  figures  accompagnent  le  texte 
de  l'ouvrage  complet.  Un  fascicule  appendice  du  S"  tome, 
traite  de  la  reproduction  chez  les  animaux. 

—  Le  Beurre  et  les  Fromages,  fabrications  du  lait,  écré- 
mage,  travail  delà  crème,  étude  des  principaux  types 
de  fromages,  par  D.  Allard,  professeur  départemental 
d'agriculture  (prix  br.  3,50franco.  Les  fils  d'Emile  Dey- 
rolle,  46,  rue  du  Bac.  Paris). 

Ce  nouvel  ouvrage  est  absolument  pratique  en  même 
temps  que  théorique  ;  il  est  écrit  dans  un  style  simple,  et 
renferme  l'indication  de  tous  les  procédés  les  plus  ré- 
cents et  les  meilleurs  pour  la  fabrication  du  beurre  et  des 
fromages. 


Les  Triantes 

DANS  L'ANTIQUITÉ  : 
LÉGENDES,  POÉSIE,    HISTOIRE,   ETC  ,   ETC 


AUBÉPINE.  —  L'aubépine  (.\Eu/.àxavOa,  'PoiJ.vos 
Tpayeïa  ou  ).Euxri,  cratœgus  oxyacantha,  Alba  spina;  Epine 
blanche,  buisson  blanc,  etc.),  se  rencontre  souvent  chez 
les  auteurs  anciens,  qui  lui  donnent  indifféremment  les 
noms  ci-dessus,  et  traduisent  même  lettre  à  lettre  le 
XeuxâxavOa  grec  en  latin  : 

«  La  leucacantha,  appelée  aussi  phyllos,  ischios,  polygo- 
natos,  a  la  racine  du  cyperus.  Cette  racine,  mâchée, 
calme  les  douleurs  de  dents.  D'après  Hicésius,  la  graine 
ou  le  suc,  pris  à  la  dose  de  huit  drachmes,  guérit  les 
douleurs  de  côté  et  celles  des  lombes.  Cette  plante  est 
employée  dans  les  ruptures  et  les  spasmes  »  (Pline,  His- 
toire naturelle,  XX,  xvii). 


Littré  veut  que  le  leucacantha  de  Pline  soit  la  centaurea 
dalmatica. 

Le  polygraphe  romain  dit  encore  (XXIV,  ch.  lxxvi)  : 
«  Parmi  les  ronces,  on  range  le  rhamnos  des  Grecs.  L'un 
est  plus  blanc  et  a  plus  de  tiges;  en  fleurissant,  il  jette' 
des  rameaux  dont  les  piquants  sont  droits,  et  non  pas 
courbés  comme  ceux  des  autres  espèces  ;  il  a  les  feuilles 
plus  grandes.  » 

Dans  sa  Culture  des  Jarlins,  Columelle  dit  : 

Lubrica  jàm  Lapathos,  jàm  Rhamni  sponte  virescunt. 

(i  Déjà  la  patience  diurétique,  déjà  Vnubépine  se  char- 
gent de  feuilles.  » 

Louis  du  Bois,  dans  sa  traduction  de  cet  auteur  pour 
la  belle  édition  Panckoucke,  traduit  Rhamni  par  ner- 
pruns (1);  mais  la  citation  suivante,  comme  bien  d'autres 
d'ailleurs,  lui  donne  tort  : 

Et  Rhamnus,  Spinœ  nomen  cui  contigit  albse... 

«  Et  le  Rhamnus,  à  qui  l'on  a  donné  le  nom  d'épine 
blanche...  » 

(Rapin,  Poème  des  jardins,  livre  II,  v.  633). 

En  parlant  de  l'aubépine,  Théocrite  dit  : 

Eîç  Spoç  Sx-/'  É'pTtetç,  |j.T]  àvâXtito;  "tpyto,  Botte" 
'Ev  yàp  ôpei  'Pd([iVoi xo[Ji6wvTt. 

{Idylle  IV,  V.  36). 

«  Ne  sois  pas  sans  chaussure,  Battus,  quand  tu  vas 
dans  la  montagne  :  on  n'y  trouve  que  des  aubépines  «. 

Autre  nom  encore  de  l'aubépine  ;  Nicandre,  dans  ses 
Thériaques  (v.  630  et  sq.),  dit  : 

"AypEt  [xàv *Pc([j.vov 

"Ep(70|i.£vviv,  àYp7|T'.  S'  àù  ■ntçmhfofiv  âvOer 
TriV  TiXOi  <î*iX£Tatpov  £7itx).-^(7iv  xaXéoufftv. 

et  Prends  l'aubépine,  dont  le  feuillage  semble  toujours 
couvert  de  rosée,  et  qui  s'orne,  chaque  année,  de  fleurs 
blanches  :  on  l'appelle  aussi  Philctéros  ». 

Orphée  dit  encore  : 

BôDpov  xptCTToi^ov  opu^a 

4'iTpoùç  t'  '.\pxeû6oio  xai  àÇaXéï];  àjto  KéSpo'j 

*Pâ[j.vou  t'  Ô?-JT£pOtO, 

"iixa  çÉpuv,  vvîriCra  TtuprjV  é'vTocjOe  p66po!0. 

n  Je  creusai  dans  le  sol  une  large  fosse:  j'y  mis  des 
troncs  de  genévrier,  des  branches  mortes  de  cèdre,  des 
aubépines  aux  dards  aigus,  et  je  fis  ainsi  un  bûcher  dans 
cette  fosse  ». 

Pline  nous  apprend  (liv.  XXI,  ch.  xx.'iix)  que  «  les 
«  fabricants  de  couronnes  emploient  même  la  fleur  de 
«  l'épine;  »  —  «  on  confit  bien,  ajoute-t-il,  pour  flatter 
le  palais,  les  pousses  de  l'épine  blanche  (spinx  albse). 

En  traitant  des  cochons,  dans  son  Ce-  re  rusticà  ■ 
(lib.  VII,  cap.  ix),  Columelle  déclare  que  :  «  les  forêts 
sont  ce  qui  leur  convient  le  mieux,  quand  elles  sont  cou- 
vertes de  chênes,  de  hêtres,  de  lièges,  de  cerres,  d'yeuses, 
d'oliviers  sauvages,  de  tamarix,  et  d'autres  portant  des 
fruits  sauvages,  tels  que  les  aubépines  (albx  spinse).  » 

Nous  avons  vu  plus  haut  que,  d'après  Pline,  en 
mâchant  les  racines  de  la  leucacantha,  on  calmait  les 
odoutalgies;  l'aubépine  servait  encore  dans  d'autres  cas. 
Le  même  Pline  dit,  en  effet  (XXIV,  LXVi)  :  «  la  graine 
de  l'épine  blanche  est  un   remède  contre  la  piqùie  des 

(i)  Le  nom  de  nerprun,  ou  noir  prun  (prunier  noir),  ne  se 
donnait  jadis  qu'au  prunellier. 


LE     NATURALISTE 


195 


scorpions.  Une  couronne  de  cette  plante,  mise  sur  la 
tète,  diminue  la  céphalalgie.  » 

De  son  côté,  Dioscoriile  {Les  six  livres  de  la  matière 
médicale,  liv.  I,  ch.  101)  nous  dit  : 

«  Le  Rliamnus  est  un  arbrisseau  qui  nait  dans  les 
haies,  et  produit  des  branches  droites  et  épineuses  ;  il 
produit  des  feuilles  petites,  tendres,  un  peu  longues,  lui- 
santes en  dessous  et  non  épaisses.  Outre  cette  espèce,  il 
y  en  a  une  autre  plus  blanche  ;  il  en  existe  enfin  une 
troisième,  aux  feuilles  plus  foncées  et  plus  larges,  etc.,  etc. 
Les  feuilles  de  toutes  ces  espèces,  appliquées  en  forme 
de  Uniment,  remédient  au  feu  sacré  et  autres  ulcères  qui 
vont  en  rampant.  On  dit  que  les  branches,  attachées 
aux  portes  et  aux  fenêtres  des  maisons,  en  chassent  les 
maléfices  et  les  enchantements  u. 

Ce  feu  sacré,  ou  feu  Saint- Antoine,  feu  Saint- Marcel,  les 
Ardents,  etc.,  était  connu  des  anciens  et  fit  de  grands 
ravages  en  France,  du  x'  au  xiv  siècle,  principalement 
dans  la  Lorraine  et  le  Dauphiné.  C'était  une  maladie 
gangreneuse  très  redoutable,  et  sur  le  caractère  de 
laquelle,  malgré  de  nombreux  travaux  d'éminents  savants, 
la  science  n'est  pas  encore  fixée;  on  suppose  néanmoins, 
avec  Fuchs,  Hœser,  et  les  auteurs  des  Mémoires  de  l'Aca- 
démie royale  de  médecine,  que  le  feu  sacré,  ou  feu  Saint- 
Antoine,  doit  être  assimilé  à  Vergotisme  gangreneux. 
Divers  auteurs  nient  pourtant  que  les  anciens  aient  pu 
connaître  cette  maladie  qui,  d'après  eux,  aurait  sévi, 
pour  la  première  fois,  en  France  et  ailleurs,  au  x°  siècle 
de  notre  ère  ;  mais,  d'un  autre  côté,  le  mot  grec  dont  se 
sort  Dioscoride,  'EpuaÎTtsXa;,  appelle  tout  naturellement 
la  traduction  erysipèle,  et  il  faudrait  nous  en  tenir  là 
pour  couper  court  à  toute  discussion.  Seulement,  si  nous 
ouvrons  le  Thésaurus  grxcx  linguse  d'Estienne  au  mot 
'Ep\ia'ms.la;,  nous  y  voyons  que  les  Latins  appellent  aussi 
cette  inflammation  douloureuse  feu  sacré,  ignis  sacer... 

Aussi,  André  Mathiolus  ne  se  gêne-t-il  pas,  dans  les  Corn' 
mentaires  sur  les  six  livres  de  la  matière  médicale  de  Diosco- 
ride (1),  pour  traduire  le  mot  grec  par  feu  Saint  Antoine. 

Que  saint  Antoine  (251-336)  ait  lu  Dioscoride  :  à  cela 
rien  d'étonnant;  il  était  né  d'une  riche  famille  et  avait 
étudié;  il  était  plus  lettré,  certes,  que  son  compagnon  ; 
mais  que  Dioscoride  (i"'-ii<'  siècle)  ait  soupçonné  que  sou 
èpuffineXa;  serait  traduit  par  feu  Saint- Antoine,  dans  une 
langue  qui  n'existait  d'ailleurs  pas  encore,  c'est  roide  ;  et 
la  traduction  de  l'illustre  docteur  naturaliste  Mathiolus 
(Mailioli,  1500-1577)  vous  fait,  de  prime  abord,  l'effet 
d'une  <i  main  de  serpent  »  rencontrée  par  hasard...,  un 
désagréable  saisissement. 

Mais  l'aubépine  n'était  pas  seulement  utile  aux 
hommes;  elle  exerçait  aussi  son  efficacité  sur  les  ani- 
maux : 

Columelle,  trois  fois  nommé,  dans  son  De  re  rustica 
(lib.  Vn,  cap.  vil)  déclare  que  «  si  les  chèvres  souf- 
frent d'un  autre  mal  quelconque,  on  les  traitera  avec  du 
roseau  et  des  racines  d'aubépine  {albse  spinae  radicibus) 
soigneusement  écrasés  avec  des  pilons  de  fer  et  mêlés 
avec  de  l'eau  de  pluie,  la  seule  qu'alors  on  devra  leur 
permettre  de  boire  ». 

Dans  son  beau  poème  sur  l'Economie  rurale  (Praedium 
rusticum,  lib.  IV,  v.  298  et  sq.),  le  P.  'Vanière  dit  : 

«  Si  la  peste  infecte   un  canton,  cette  contagion 

est  moins    à   craindre    pour  vos  brebis   que  pour  vos 

(1)  Lyon,  1572,  in-folio.  ~~ 


chèvres,  à  moins  que  vous  ne  teniez  à  l'écart  celles  qui 
sont  atteintes,  et  que  vous  ne  leur  donniez  des  racines 
de  rosoau  et  A'Épine  Idanche  écrasées  et  délayées  dans 
l'eau.  >• 

C'est  absolument  le  précopte  do  Columelle. 

Si  nous  passons  maintenant  aux  mythologues,  nous 
voyons  Ovide,  leur  maître  à  tous,  nous  dire  une  bien 
jolie  fable  :  Janus,  ayant  réussi  à  se  rendre  favorable  la 
belle  nymphe  Grané,  lui  accorde  la  puissance  d'éloigner 
des  maisons  tous  les  maléfices  au  moyen  d'une  branche 
d'aubépine  (de  là  la  phrase  de  Dioscoride,  citée  plus 
haut)  : 

Jus  pro  concubitu  nostro  tibi  cardinis  esto; 

Hoc  pretiu'm  positse  virginitatis  habe. 
Sic  fatus,  virgam  qui  tristes  pellere  posset 

A  foribus  nosas,  hœc  erat  alba,  dédit. 

«  Pour  prix  du  bonheur  goûté  dans  tes  bras,  pour  prix 
de  ta  virginité  perdue,  je  soumets  les  gonds  à  ton  pou- 
voir. —  A  ces  mots,  il  lui  donne  une  branche  d'aubépine 
dont  la  vertu  put  éloigner  des  portes  les  accidents  fâ- 
cheux. » 

Plus  tard,  le  jeune  Procas,  âgé  de  cinq  jours,  était  dans 
son  berceau  la  proie  d'oiseaux  maléficieux  qui  venaient 
épuiser  sa  poitrine.  La  nymphe  Grané  l'apprend  par  la 
nourrice  de  l'enfant,  et  elle  débarrasse  à  jamais  ce  der- 
nier des  atteintes  de  la  démoniaque  volaille  : 

Virga  Janalis  de  spina  ponitur  alba, 

Qua  lumen  thalamis  parva  fenestra  dabat, 

Post  illud  nec  aves  cunas  violasse  ferunlur; 
Et  rediit  puero,  qui  fuit  anté,  color. 

«  Elle  pose  la  branche  d'aubépine,  présent  de  Janus, 
sur  la  petite  fenêtre  qui  donne  du  jour  au  berceau.  On 
dit  que,  depuis  lors,  les  oiseaux  respectèrent  le  lit  de 
l'enfant,  et  que  son  teint  reprit  sa  première  fraîcheur.  » 

Dans  son  Églogue  V,  vers  23,  le  P.  Mambrun  dit  : 

Veriim  alias  inter  tantùm  supereminet  Umbra; 
Quantum  infelices  superant  Violaria  Rhamnos. 

«  Mais  Ombra  l'emporte  autant  sur  les  autres  que  les 
Violiers  l'emportent  sur  les  pauvres  aubépines.  » 

Dans  son  poème  de  Jésus  enfant  (liv.  I,  v.  405),  Céva 
mentionne  aussi  l'aubépine  : 

Hei  mihi!  Rhamnus 

Vestibus  implicilus 

«  Hélas!  un  buisson  (haie  d'aubépine)  accroché  à  mes 
vêtements » 

D'après  l'abbé  Banier,  de  l'Institut  {Dissertation  sur 
les  Furies;  mémoires  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres,  tome  V,  1723,  page  47),  l'aubépine  était 
au  nombre  des  attributs  des  trois  sœurs  infernales  : 

((  Outre  le  narcisse,  qui  leur  était  consacré,  on  se 

servait  aussi,  dans  leurs  sacrifices,  de  branches  de  cèdre, 
d'aulne  et  d'aubépine,  du  safran  et  du  genièvre.  » 

Diogène  Laerce,  dans  sa  Vie  de  Bioji  (sect.  X,  §§  36, 
57),  fait  allusion  à  l'influence  de  l'aubépine  attachée  à 
une  porte  : 

Kai  YP*'  Swxev  eùiiapûç  TÇiâyrilùy  ti;  èit(o5r|V, 
Ka"t  (jxuTtfftv  ppax'ova;  neneiafiévo;  y  '  ëSrjffe  ■ 
'P(i[ivov  Te  v.ai  xXâSov  Aà^yr,i  ûîtèp  Oûpviv  ëOrixsv, 
*  '.\7ta^''ca  [iâXXov  r^  6av£Îv  ëTOt[jLo;  wv  ÛTroupytïv. 

«  On  le  vit  ajouter  foi  aux  enchantements  d'une  vieille 
femme,  se  laisser  attacher  des  amulettes  au  cou  et  aux 
bras,  et  suspendre  de  l'aubépine  à  sa  porte,  avec  du  lau« 
rier,  aimant  mieux  supporter  tout  que  de  mourir.  » 


196 


LE     NATURALISTE 


«  Les  légendes  chrétiennes,  dit  Gubernatis  dans  sii 
Mythologie  des  Plantes,  racontent  que  Joseph  d'Arima- 
thie,  ce  membre  du  sanhédrin  de  Jérusalem  qui  embauma 
le  corps  du  Christ  etle  déposa  dans  un  tombeau  neuf(l). 
ayant,  la  veille  de  Noël,  planté  son  bâton  sur  le  sol,  il 
en  sortit  une  aubépine  en  tteur.  En  Angleterre,  jusqu'au 
temps  de  Charles  I".  on  apportait  en  procession,  comme 
cadeau  de  Noël,  une  branche  de  l'aubépine  de  Glasten- 
bury,  que  l'on  prétendait  descendre  en  ligne  droite  du 
bâton  de  Joseph  d'Arimathie.  On  croyait  que  l'aubépine 
fleurissait  toujours  la  veille  de  Noël,  et,  en  l'année  1733, 
à  Quainton,  en  Buckingbamsbire,  la  floraison  ayant 
manqué,  le  peuple  préféra  renvoyer  la  fête  de  Noël  jus- 
qu'à l'apparition  des  fleurs,  qui  eut  lieu  le  3  janvier,  plu- 
tôt que  de  mettre  en  doute  l'infaillibilité  de  l'aubépine.  » 
On  le  voit,  les  superstitions  chrétiennes  ont  largement 
remplacé  les  ancinnnes. 

En  Normandie,  on  croit  que  la  foudre  ne  frappe  jamais 
l'aubépine,  parce  qu'on  suppose  que  ses  branches  ser- 
■virent  à  former  la  couronne  d'épines  de  Jésus-Christ  : 

«  Dans  le  département  de  Saône-et-Loire,  dit  Roujoux 
dans  la  Statistique  de  Saône-et-Loire,  il  n'est  pas  rare  de 
rencontrer  au  printemps  une  mère  en  pleurs  agenouillée 
auprès  d'une  aubépine,  priant  avec  ardeur  pour  un  enfant 
-fiévreux  qu'elle  tient  dans  ses  bras.  Elle  est  sure  de  sa 
guérison  :  les  vents  portent  au  ciel  ses  vœux  avec  la 
donce  exhalaison  des  fleurs  de  l'aubépine.  On  dit  que  les 
branches  de  cet  arbrisseau  formèrent  la  couronne  du 
Christ;  et  cet  acte  de  religion,  fait  avec  ferveur,  résultat 
d'une  foi  sincère,  aurait  droit  au  respect  des  hommes, 
s'il  ne  s'adressait  pas  à  l'image  matérielle  dont  ces  gens 
simples  ne  séparent  aucune  idée.  » 

Ce  qui  me  surprend,  dans  nos  habitudes  de  gens  ex- 
cessivement civilisés,  c'est  devoir  combien  nous  sommes 
impitoyables  pour  les  superstitions  .les  peuples  dits  «  sau- 
vages»,  et  combien  nous  nous  gard.  ns  de  faire  un  retour 
sur  nous-mêmes!  Pourquoi  donc  l'acte  de  religion  de 
cette  mère  en  pleurs,  —  pleurant  sur  son  petit  qui  va 
mourir,  —  sur  la  chair  de  sa  chair  qui  va  peut-être  dis- 
paraître à  jamais,  —  n'aurait-il  pas  droit  au  respect  des 
hommes?... 

Et  qui  sait  si  nous-mêmes,—  religion  à  part,  —  chétifs 
bébés  tremblants  de  fièvre  dans  notre  berceau,  nous 
n'avons  pas  dû  la  vie  à  ces  effluves  pieusement  magné- 
tiques de  notie  mère,  dont  les  yeux,  où  s'étaient  con- 
centrées toutes  ses  forces  vitales,  ne  quittaient  pas  nos 
pauvres  veux  clos'.'...  Qu'en  savez-vous'.' La  science  ne 
nous  mo"ntre-t-elle  pas  tous  les  jours  de  ces  miracles  de 
volonté  intense  ?  un  organisme  souffreteux  et  étiolé  ne 
subit-il  pas  souvent  l'influence  mystérieuse  d'un  orga- 
nisme puissant,  d'un  cerveau  voul.a.nt  avec  ténacité'?... 
■Cessons  donc  de  nous  moquer  des  habitudes  des  autres 
pour  penser  un  peu  aux  nôtres.  Tout  le  monde  con- 
naît le  fameux  verset  de  l'évangile  de  saint  >Latthieu 
(VIII  V.  5)  :  «  Hypocrite,  enlève  d'abord  la  poutre  qui 
est  dans  ton  œil  ;  et  tu  verras  alors  à  extraire  la  paille 
qui  embarrasse  celui  de  ton  frère...  »  Pétrone  qui  vivait 
au  premier  siècle  (il  mourut  volontairement  en  66),  a  dit 
cela  autrement ,  mais  c'est  la  même  chose  : 

In  alio  pediculum  vides;  in  te  ricinum  non  vides. 
[Satyricon,  |  LVII.) 

«  Tu  vois  un  pou  sur  ton  voisin,  mais  tu  ne  vois  pas 

un  scorpion  sur  toi-même.  » 

"  (1)  Malhieu,  xxvii,  57.  —  Marc,  xv,  43.  —  Luc,  xxiii,  30.  — 
Jeun,  XIX,  38. 


Enfin,  nous  trouvons  encore  le  'Pâjjivo;  dans  la  Bible 
(traduction  des  Septante),  rendu  par  Rhamnus  dans  la 
Vulgate.  Nous  lisons  dans  le  Psaume  LVH,  v.  iO  : 
Priiisquam  intelligerint  spinse  vestrœ  rhamnum  :  siciit  in- 
ventes, sic  in  ira  absorbet  cos.  —  «  Avant  que  les  épines 
aient  pu  connaître  le  rhamnus  {aubépine)  qui  les  porte,  il 
les  engloutira  tout  vivants  dans  sa  colère.  » 

Mais  où  l'aubépine  joue  un  rôle  actif,  c'est  dans/n  plus 
ancienne  fable  du  monde,  fable  biblique,  qui  se  trouve  au 
livre  IX,  versets  7-15,  des  Juges. 

Les  chefs  de  Sichem  avaient  établi  comme  roi  Abimelec 
qui  avait  massacré  tous  les  fils  de  Gédéon,  juge  d'Israël, 
à  l'exception  toutefois  de  l'un  d'eux,  Jotham,  qui  avait 
pu  éviter  la  mort  donnée  à  ses  soixante-neuf  frères  : 

<i  7.  —  Et  on  le  rapporta- à  Joatham,  qui  s'en  alla,  et  se 
tint  au  haut  de  la  montagne  de  Guérizim  ;  et  élevant  la 
voix,  il  cria  et  leur  dit  :  Ecoutez-moi,  chefs  de  Sichem, 
et  Dieu  vous  écoutera. 

«  8.  —  Lesarbres  allèrent  un  jour  avec  empressement 
pour  oindre  un  roi  sur  eux,  et  ils  dirent  à  l'olivier  :-Règne 
sur  nous. 

0  9.  —  Mais  l'olivier  leur  répondit  :  Me  ferait-on  quit- 
ter mon  huile,  dont  Dieu  et  les  hommes  sont  honorés, 
afin  que  j'aille  çà  et  là,  pour  être  au-dessus  des  autres 
arbres  ? 

«  10.  —  Puis  les  arbres  dirent  au  figuier  :  Viens,  et 
règne  sur  nous. 

(I  11.  ^  Et  le  figuier  leur  répondit  :  Me  ferait-on  quit- 
ter ma  douceur,  mon  bon  fruit,  afin  que  j'aille  çà  et  là, 
pour  être  au-dessus  des  autres  arbres  ? 

<i  12.  —  Puis  les  arbres  dirent  à  la  vigne  :  Viens,  et 
règne  sur  nous. 

(c  13.  —  Et  la  vigne  répondit  :  Me  ferait-on  quittermon 
bon  vin,  cjui  réjouit  Dieu  et  les  hommes,  afin  que  j'aille 
çà  et  là,  pour  être  au-dessus  des  autres  arbres  '? 

«  14.  —  Alors  tous  les  arbres  dirent  à  l'aubépine 
[Rhamnus)  :  Viens,  toi,  et  règne  sur  nous. 

«  lo.  —  Et  l'aubépine  répondit  aux  arbres  :  Si  c'est 
sincèrement  que  vous  m'oignez  pour  roi  sur  vous,  ve- 
nez et  retirez-vous  sous  mon  ombre  ;  mais  si  ce  n'estpas 
sincèrement,  que  le  feu  sorte  de  l'aubépine  et  qu'il  dé- 
vore les  cèdres  du  Liban. 

«  16.  —  Maintenant  donc,  avez-vous  agi  en  sincérité  et 
intégrité,  en  établissant  Abimelec  pour  roi?  etc.,  etc.  » 

E.  S.^NTINI  DE  RlOLS. 


OFFRES  ET  DEMANDES 

—  A  vendre  : 

Bon  lot  de  Chrysomélides  européennes  et  exotiques, 
comprenant  environ  272  espèces,  356  exemplaires  ren- 
fermés dans  8  boites  en  bois  verni.  Prix  :  50  francs. 

—  Collection  de  Dytiscides  et  Gyrinides  européens  et 
exotiques.  117  espèces,  324  exemplaires  contenus  dans 
2  boîtes  en  bois  verni.   Prix  :    35  francs. 

—  Collection  de  Coccinellides  européennes  et  exoti- 
ques. 78  espèces,  246  exemplaires,!  boite  en  bois  vernis. 
Prix  :  20  francs. 

—  Bon  lot  de  Psélaphides  et  Scydmênides  européens. 
77  espèces,  169  exemplaires,  3  caitons,  petit  format. 
Bonne  détermination.  Prix  :  28  francs. 

Collection  de  Lucanides  et  Lamellicornes  de  France 

115  espèces,  400  exemplaires,  3  cartons  viires  petit  for-' 
mat.  Cette  collection  renferme  quebjues  espèces  e.xotiques 
non  comptées  dans  les  chiffres  annoncés.  Prix  :  40  francs. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 


Paris.  —  Imprimerie  F.  Levé,  rue  Cassette,  17. 


19»  ANNÉE 


2»    SÉRIE 


1%° 


fK» 


1"  SEPTEMBRE  1897 


ANIMAUX 

Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de    bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Cii-illon.  —  Dans  son  IIiEuozoïcoN,  sive  de  animnli- 
biis  Siinctx  Scriplurœ.  Samuel  Bochard  fait  une  longue 
dissertation  île  (iuati-e-vini;t-ilix-neuf  pages  in-4''  sur  les 
insectes  que  rKcriture  désigne  sous  le  nom  général  de 
locuslx.  Sans  parler  du  Talmud,  où  les  différents  noms 
d'insectes  de  ce  genre  sont  extrêmement  nombreux,  on 
en  trouve  dix  dans  les  Prophètes  seulement.  {Arbê,  gob 
ou  gobni,  gazam,  chagab,  rhanainal,  chazil.  chargal,  jelck. 
soltim,  tsalatsal}. 

Dans  liien  des  passages  des  livres  saints,  de  savants 
commentateurs  traduisent  par  grylhif.  l'un  ou  plusieurs 
des  nombreux  noms  d'insectes  dont  il  s'agit  :  Pocockius, 
Œdmann,  Tychsen,  Forskalius,  etc.  Celui-ci  dit: 
«  Grytluin  gregarium  Arabes  ubique  vocant  Djerad,  et 
JudaM,  in  '\enien  babitanles,  larlé)  ».  Il  est  donc  clair 
que  l'urbe'  de  l'hébreu  signifierait  plutùl  grillon  que  sau- 
terelle, etc. 

C'est  encore  l'avis  des  commentateurs  au  sujet  du 
verset  4  du  chapitre  i  de  Joël  :  «  ...ce  que  laisse  la  sau- 
terelle, le  grillon  le  dévorera.  »  D'autres  interprètes  tra- 
duisent par  taupe-grillon,  courtilière  {gryllo-tdlpa). 

Pline  parle  plusieurs  fois  du  grillon,  et  d'abord  au 
livre  XI,  chapitre  .x.xxiv:  «  D'autres  {insectes)  creusent 

des  trous  nombreux  dans  les  foyers ,  et,  la  nuit,  font 

entendre  un  cri  aigu.  » 

Estienne.  au  mot  rj;'jX),o;,  ne  parli'  du  grillon  qu'inci- 
demment, il  y  cite  simplement  deux  personnages  de  l'an- 
tiquité ayant  porté  ce  nom  (qui  signifie  réellement 
cochon)  ;  néanmoins,  il  donne  le  véritable  nom  du  grillon  : 
Tp(o$a>).\;.  lit  sitnt  enicx  et  aliœ  bestiolœ  a  qiiibus  olerii 
amtduntur  et  depascuntiir  »  (comme  sont  les  chenilles  et 
autres  petites  bétes  qui  rongent  et  dévorent  les  lé- 
gumes.) 

Isidore  de  Séville  (Etymologianini  lili.  XII,  cap.  iii, 
lie  minutis  animantibiis)  dit  que  n  le  grillon  tire  son 
nom  du  son  de  sa  voix.  Il  marche  à  reculons,  troue 
la  tci're,  et  chante  (stvidet)  pendant  la  nuit.  On  le  chasse 
avec  une  fourmi  attachée  à  un  cheveu,  et  que  l'on  intro- 
duit dans  son  trou  après  en  avoir  préalablement  soufflé 
la  poussièie,  pour  qu'elle  ne  puisse  s'y  cacher  ;  elle  le 
saisit  et  on  le  tire  dehors.  » 

Le  docte  é\è(iue  de  Séville  a  copié  cela  —  et  bien  d'au- 
tres choses.— dans  Pline  (XXIX,  xxxix,  §  o), comme  nous 
le  verrons  tout  à  l'heure;  il  s'est  borné  à  mettre  au  plu- 
riel le  mot  complexiis,  qui  est  au  singulier  chez  le  po- 
lygraphe  romain. 

Dans  le  fameux  poème  intitulé  Philometa,  où  les  divers 
cris  d'animaux  sont  ingénieusement  imités,  poème  qui 
fut  attribué  à  tort,  et  pendant  fort  longtemps,  à  l'auteur 
des  Mttamotphuses,  mais  (jui  ne  date  réellement  que  de  la 
décadence  des  lettres  latines  et  appartient  à  un  certain 
Albus  Ovidiua  Juventinus,  le  bruissement  du  grillon  n'est 
pas  désigné  i)ar  le  mot  stridct,  mais  par  celui  de  grillât, 
qui  se  rapproche  un  peu,  comme  harmonie  imitative,  de 
notre  mot  cri-cri: 

Le  Saluralisle,  S6,  rue  du  Bac,  Paris. 


Mus  avidus  minli-at,  vflos  inustelaque  dintrel, 

Kt  tjnjllus  grillât,  desticat  indo  sorex 

lo  rat  avide 

Ripe  au  fond  de  son  trou  ;  la  belette  rapide 
Grince;  le  noir  grillon  cricrite,  et  la  souris 
Ticotc 

On  sait  que,  comme  chez  la  cigale,  le  mâle  seul  pro- 
duit au  moyen  de  ses  ailes  ce  que  l'on  appelle  le  chant  du 
grillon  ;  un  poète  comique  du  nom  de  Xénarque,  qui  flo- 
rissait  à  Athènes  l'an  330  avant  J.-C,  prit  occasion  de 
cette  particularité  pour  donner  un  poétique  coup  de  bou- 
toir au  sexe  féminin.  Dans  une  de  ses  pièces  intitulée 
<i  te  Sommeil  »,  il  dit  aux  grillons  :  «  Que  vous  êtes  heu- 
reux, vous  qui  avez  des  femmes  silencieuses!  » 

Les  femmes!  leur  langue!  éternel  sujet  de  sarcasmes 
et  de  plaisanteries  pour  le  sexe  fort,  —  aussi  bavard, 
d'ailleurs,  que  le  sexe  pervers. 

Mais  le  mot  grillon  avait  encore  une  autre  acception 
chez  les  anciens.  Pline  (XXXV,  xxxvii,  §  3)  dit  qu'on 
appelait  grytli  des  peintures  mal  faites,  grotesques,  —  ce 
que  nous  désignons  aujourd'hui  par  le  mot  de  crotUes: 

«  d'un  autre  côté,  dit-il,  il  a  peint  (Antiphilr)  une 

figure  habillée  ridiculement,  à  laquelle  il  donne  le  nom 
plaisant  de  Gryllus,  ce  qui  lit  appeler  grille  ces  sortes  do 
l)eintures.   » 

Forcellini  (Totius  latinitatis  lexicon,  10  vol.  in-4"'),  après 
avoir  cité  ce  passage  de  Pline,  traduit  grylli  par  les  mots 
italiens  «  grotteschi,  caricature.  » 

Les  païens,  dit  le  Magasin  pittoresque  (tome  XX,  1852, 
p.  59),  avaient  donné  beaucoup  de  surnoms  aux  premiers 
chrétiens,  entre  autres  celui  do  grillons  de  la  nuit,  parce 
que,  toutes  les  fois  qu'il  leur  arrivait  de  se  réveiller,  ils 
faisaient  aussitôt  une  prière  à  haute  voix. 

Le  grillon,  naturellement,  devait  trouver  place  dans  la 
médecine  des  anciens. 

Serenus  Sammonicus,  médecin  poète  qui  vivait  au 
commencement  du  iii°  siècle,  dit  dans  son  De  Mr.Dir.iN.i 
l'R.KCEPT.v,  cap.  XVI,  de  rigore  cervicis  ;du  torticolis)  : 

Quos  auteni  vocitant  toiles,  attingei-e  destrà 
Debebis,  quà  jrrillus  erit  premenle  pereniptus. 

<i  11  sera  bon  aussi  de  toucher  les  amygdales  avec  les 
doigts  mêmes  dont  on  vient  d'écraser  un  grillon.   » 

Pline  (XXIX,  xxxix,  §  5)  dit  aussi:  «  On  emploie  pour 

les  oreilles le  grillon  tiré  de  son  trou  avec  la  terre, 

en  topique.  Une  grande  puissance  est  attribuée  à  cet  in- 
secte par  Nigidius,  et  une  jilus  grande  par  les  mages, 
parce  qu'il  marche  à  reculons,  perce  la  terre,  et  jette,  la 
nuit,  un  cri  aigu  ;  on  se  le  procure  en  introduisant  une 
fourmi,  retenue  à  l'aide  d'un  cheveu,  dans  son  trou, 
après  en  avoir  auparavant  soufflé  la  poussière  pour  qu'elle 
ne  s'y  cache  pas.  Elle  saisit  le  grillon,  et  on  les  retire 
tous  les  deux  (ita  formiciP  complexu  extrahitur).  u  Isi- 
dore de  Séville,  en  copiant,  met  comple.vibus 

L'un  des  érudits  annotateurs  de  l'édition  Panckoucke 
de  l'Histoire  naturelle  de  Pline  (ils  sont  trente,  bien 
comptés,  et  tous  célèbres  par  leur  profond  savoir;  mais 
ils  ne  signent  pas  leurs  commentau-os),  dit  à  ce  sujet  : 

«  C'est  la  charge  la  plus  intrépide  que  Pline  ait  jus- 
qu'ici consignée  dans  son  encyclopédie.  Nous  engageons 
ceux  qui  composeront  à  l'avenir  un  traité  des  chasses,  à 
joindre  aux  faits  connus  de  temps  immémorial  sur  le 
chien,  le  furet,  le  chat,  le  faucon,  le  secrétaire  et  autres 
animaux  dont  nous  avons  mis  à  profit  les  instincts  carni- 


198 


LE      NATURALISTE 


vores,  ce  que  notre  auteur  rapporte  ici  des  fourmis  du 
pays  de  Zoroastre.  Il  est  étonnant  qu'on  ait  laissé  pen- 
dant dix-sept  siècles  enseveli  dans  le  livre  XXIX  de 
Pline  ce  précieux  renseignement  de  Grilloceptologie.   « 

On  ne  pense  pas  à  tout,  cher  maître. 

Dioscorides  (Les  sir  livres  de  la  matière  médicale,  livre  II. 
chapitre  xxxiv)  déclare,  de  son  côté,  que  «  les  entrailles 
des  grillons  de  moulins,  pilées  et  cuites  dans  l'huile  et 
introduites  dans  les  oreilles,  en  calment  les  douleurs». 

Ibn-el-Beîthar  (1),  célèbre  médecin  hispano-arabe  du 
XII*  siècle  (H97-1248),  parle  ainsi  du  grillon  dans  son 
Traité  des  simples  (chapitres  361  et  1396)  :  Le  grillon  et 
la  blatte,  triturés  avec  de  l'huile  et  injectés  dans  l'oreille, 
en  calment  les  souffrances.  Avicenne  dit  qu'ils  sont 
utiles  contre  les  douleurs  de  reins,  quand  on  a  neutra- 
lisé leurs  propriétés  résolutives  avec  de  l'huile,  du  meum(?) 
et  du  jaune  d'oeuf,  et  qu'on  les  a  ramollis.  Ils  provo- 
quent l'écoulement  des  urines  ;  avec  le  cardamome,  ils 
sont  utiles  contre  les  hémorrhoides,  les  fièvres  intermit- 
tentes et  le  venin  des  animaux.  Pulvérisés,  ils  peuvent 
également  s'appliquer  sur  les  ulcères  des  jambes,  qu'ils 
contribuent  à  guérir.  » 

Il  s'est  trouvé  un  grillon  qui,  fort  sans  doute  des  bien- 
veillantes appréciations  de  Nigidius,  des  Mages,  de 
Pline,  de  Dioscorides,  d' Avicenne  et  d'Ibn-el-Beïthar,  se 
figura  que,  de  son  vivant,  il  pouvait  impunément,  —  et 
même  charitablement,  —  s'introduire  dans  les  oreilles 
humaines,  ne  fût-ce  que  pour  s'y  livrer  à  une  préalable 
exploration;  mais  mal  lui  en  prit. 

Nous  lisons,  en  etTet,  dans  les  mémoires  de  l'Académie 
des  sciences  {Collection  académique,  tome  III,  1755,  in-4'', 
p.  209)  :  (i  Observation  sur  un  grillon  qui  était  entré  dans 
l'oreille  d'un  homme  pendant  qu'il  dormait,  par  André 
Cnoefl'elius,  secrétaire  et  médecin  du  roi  de  Pologne.  — 
Un  villageois  dormant  sur  un  )janc,  près  d'un  poêle,  un 
grillon  lui  entra  dans  l'oreille,  et  cet  homme  s'éveilla 
aussitôt,  crojant,  à  ce  qu'il  disait,  avoir  ouï  un  grand 
bruit.  N'ayant  pu  par  aucun  moyen  faire  mourir  cet 
insecte,  ni  le  faire  sortir,  prêt  à  en  perdre  l'esprit,  il 
s'adressa  à  moi  ;  je  lui  fis  distiller  dans  l'oreille  de  l'huile 
de  scorpion,  mais  qui  ne  lui  procura  aucun  soulagement. 
Je  me  fis  ensuite  apporter  un  grillon,  que  je  jetai  dans 
de  l'huile  d'olive,  et  y  étant  mort  sur-le-champ,  je  fis 
couler  encore  dans  l'oreille  de  cet  homme  dix  ou  douze 
gouttes  de  cette  même  huile,  qui  firent  périr  le  grillon, 
mais  qui  fit  auparavant  un  mouvement  en  arrière  dont 
le  malade  s'aperçut.  I!  le  rendit  ensuite  par  la  bouche 
en  morceaux  avec  beaucoup  de  pus,  et  il  ne  ressentit 
plus,  depuis,  aucune  incommodité.  » 

Tout  autre  fut  l'acte,  méritoire,  certes,  d'un  autre 
grillon  :  il  sauva  une  flotte  d'une  perte  certaine. 

En  l'année  lb41,  l'amiral  Cabeça  de  Vaca,  qui  s'était 
illustré  dans  la  Floride  sous  les  ordres  de  Pamfilo  de 
Narvaës,  commandait  une  expédition  composée  de  cinq 
navires  pour  aller  explorer  les  rives  encore  peu  connues 
baignées  par  les  eaux  du  fleuve  de  la  Plata.  Arrivé  au 
delà  des  îles  du  Cap-Vert,  voici  ce  qui  lui  advint,  d'après 
son  propre  récit  (2)  : 

(1)  Son  véritable  nom  était  Dhija  ed-Din  Abou  M'Itammed 
Abd  Allah  ben  Ahmed;  on  lui  avait  donné  le  surnom  d'Ibn-el- 
Belthar  (fils  du  vétérinaire)  en  raison  de  la  profession  que  son 
père  avait  brillamment  exercée. 

(2)  Commentaires  d'Alvar  Nunez  Cabeça  de  Vaca.  Valla- 
dolid,  lo53,  dans  la  collection  de  Ternaux-Compans.  —  Ma- 
gasin pittoresque,  tome  XLII,  page  135,   année  1874. 


«  Nous  passâmes  la  ligne  équinoxiale  ;  après  un  cer- 
tain temps,  le  commandant  s'informa  de  la  quantité 
d'eau  que  portait  le  vaisseau  amiral.  De  cent  tonneaux 
qu'on  avait  chargés,  on  n'en  trouva  plus  que  trois,  qui 
devaient  servir  à  400  hommes  et  à  30  chevaux. 

«  Le  gouverneur  ordonna  de  prendre  terre;  on  fut 
trois  jours  à  la  chercher;  le  quatrième,  une  heure  avant 
le  coucher  du  soleil,  il  arriva  une  aventure  surprenante, 
et  comme  il  n'est  pas  hors  de  saison  d'en  parler. 

«  Les  bâtiments  étant  sur  le  point  de  toucher  sur  des 
rochers  très  élevés,  sans  que  personne  des  équipages 
s'en  fut  aperçu,  un  grillon,  qui  avait  été  apporté  dans  un 
navire  par  un  soldat  malade  qui  voulait  entendre  le 
chant  de  cet  insecte,  se  mit  tout  à  coup  à  chanter.  Deux 
mois  et  demi  s'étaient  écoulés  depuis  que  nous  étions  en 
mer,  et  nous  ne  l'avions  pas  entendu,  ce  qui  contrariait 
beaucoup  celui  qui  l'avait  apporté.  Dès  que  ce  petit 
animal  sentit  la  terre,  il  recommença  son  chant.  Cette 
musique  inattendue  excita  l'attention  de  l'équipage,  et 
l'on  découvrit  les  rochers  qui  n'étaient  plus  qu'à  une 
portée  d'arquebuse.  Aussitôt  l'on  cria  de  jeter  les  ancres, 
car  nous  allions  droit  sur  les  écueils;  on  le  fit  à  l'ins- 
tant, ce  qui  nous  empêcha  de  couler  à  fond. 

«  II  est  certain  que,  si  le  grillon  n'avait  pas  chanté, 
nous  aurions  tous  péri,  les  400  hommes  et  les  30  che- 
vaux, et  c'est  par  un  miracle  de  Dieu  en  notre  faveur 
que  cet  insecte  se  trouva  avec  nous.  Depuis  lors,  pen- 
dant plus  de  cent  lieues  que  nous  fimes  le  long  des 
côtes,  toute  la  nuit  le  grillon  répétait  sa  chanson.  » 

Aux  petites  causes  les  grands  effets. 

Ce  chant  du  grillon  plaisait  aux  anciens,  comme  il 
plaît  encore  aux  modernes.  Le  poète  Valerius  Caton, 
dans  ses  Dira;  (Imprécations  contre  Battarus,  vers  74), 
dit  : 

Occupet  arguti  grylli  cava  garrula  rana. 
((  Que  la  grenouille  importune  occupe  l'asile  du  joyeux  grillon.  » 

Beaucoup  de  personnes  sont  persuadées  que  la  pré- 
sence de  ces  insectes  porte  bonheur,  et  qno,  si  on  les 
éloignait  ou  si  on  les  tuait,  il  arriverait  inl'uilliblement 
quelque  malheur  dans  la  famille. 

Le  D"'  Emmanuel  Konig  rapporte,  dans  les  Ephémérides 
d'Allemagne,  qu'en  Afrique  on  nourrit  des  grillons  dans 
de  petites  cages  de  fer,  et  qu'ils  s'y  vendent  à  un  prix 
élevé,  parce  que  leur  chant  procure  un  doux  sommeil;  il 
ajoute  que  les  habitants  de  Fez  sont  très  curieux  de  cette 
musique. 

Le  savant  Scaliger  se  plaisait  particulièrement  à  l'en- 
tendre, et  il  conservait  soigneusement  plusieurs  de  ces 
insectes  dans  une  boîte  placée  dans  un  endroit  chaud. 

Mais,  si  bien  des  personnes  aiment  le  chant  du  grillon, 
il  jiaraitrait  que  ces  petites  bêtes  ne  sont  pas  friandes  de 
notre  musique.  Antoine  raconte  dans  ies  Animaux  ctirieux  ■ 
(tome  II,  p.  40),  d'après  Ledel,  qu'une  dame,  fort  incom- 
modée de  leurs  appels  continuels,  et  (|ui  avait  essayé  en 
vain  de  tous  les  moyens  en  son  pouvoir  pour  les  bannir 
de  sa  maison,  y  réussit  enfin  par  hasard.  Ayant  fait  une 
noce  chez  elle,  le  bruit  du  violon  et  des  trompettes 
effraya  sans  doute  à  tel  point  les  grillons,  qu'ils  aban- 
donnèrent leurs  retraites  et  ils  disparurent  pour  toujours. 

(I  Dans  beaucoup  de  villages,  dit  Charles  Dickens 
(Le  Grillon  du  foyer,  conte  de  Noël),  et  surtout  en  An- 
gleterre, on  regarde  les  grillons  qui  animent  le  foyer  à 
la  campagne,  et  qui  chantent  si  joyeusement  la  nuit, 
comme  de  petits  esprits  familiers  d'une  nature  bienveil- 


LE     NATURALISTE 


199 


lanlc,  ([ui  emiiruntent  leur  forme  exiguë  pour  échapper 
aux  malices  humaines.  Beaucoup  de  villageois  se  figu- 
rent que  leur  présence  porte  honheur  dans  la  famille,  et 
qu'on  ne  les  tue  pas  impunément.  Aussi,  en  général,  ne 
voit-on  pas  d'un  bon  œil  le  pied  brutal  qui  les  écrase. 

<c  Toute  la  tribu  des  grillons  se  compose  do  puissants 
esprits,  bien  que  cela  soit  ignoré  des  gens  qui  ont  affaire 
à  eux;  et  il  n'est  pas  dans  le  monde  invisible  de  voix 
plus  gentilles  et  plus  sincères,  à  qui  on  puisse  se  fier 
davantage,  ou  dont  les  conseils  soient  plus  dévoués  et 
plus  si'irs,  ((ue  les  voix  qu'empruntent  ces  esprits  de 
râtre  et  du  foyer  pour  s'adresser  à  l'espèce  humaine.  » 

Mais  toute  médaille  a  son  revers;  tout  être  a  ses  amis 
et  ses  ennemis,  —  même  au  paradis  :  saint  Grat,  évéque 
d'Aoste  (viii"  et  ix°  siècles',  est  invoqué  contre  les 
lociistœ  (insectes,  grillons),  les  bruchi  (sauterelles)  et  les 
erucx  (chenilles),  qui  portent  préjudice  aux  biens  de  la 
terre.  Voyez  les  cérémonies  usitées  dans  l'Eglise  pour 
la  bénédiction  de  l'eau  et  des  champs,  sous  l'invocation 
de  ce  saint,  dans  les  Saints  Patrons  des  Corporations,  etc., 
par  Du  Broc  de  Segange,  tome  II,  page  236. 

Saint  Grégoire,  cardinal  et  évéque  d'Qstie  (x'  siècle), 
jouit  du  même  pouvoir  sur  les  insectes;  un  cantique 
castillan  (yozo)  s'exprime  ainsi  à  ce  sujet  : 

Quando  acaba  con  las  bienes 
Y  todo  su  campo  agosta 
Aquella  mala  langosta, 
La  ira  de  Dios  detienes. 

«  Quand  la  méchante  sauterelle  détruit  les  récoltes  et 
dévaste  les  champs,  vous  arrêtez  la  colère  de  Dieu 
(Bollandistes).  » 

Qui  l'eût  cru?  A  Java,  où  les  combats  de  coq,  de 
cailles,  etc.,  sont  fort  en  honneur,  on  fait  aussi  com- 
battre des  grillons.  On  place  deux  de  ces  insectes  en 
présence,  et  l'on  parvient  à  les  mettre  aux  prises  en  les 
agarant  avec  un  brin  d'herbe  ou  de  paille;  c'est  souvent 
sur  le  courage  et  la  force  de  semblables  gladiateurs  que 
ces  insulaires  ne  craignent  pas  de  risquer  des  sommes 
considérables. 

Je  dirai  encore,  pour  mémoire,  que  les  anciens,  séduits 
par  le  chant  du  grillon  et  de  la  cigale,  représentaient  ces 
insectes  jouant  d'un  instrument  de  musique.  On  voit,  au 
musée  de  Florence,  une  pierre  gravée  représentant  un 
grillon  jouant  de  la  flûte  de  Pan  ;  sur  une  autre  pierre 
figure  un  grillon,  marchant  debout  sur  les  deux  pattes 
de  derrière,  et  portant  deux  paniers  à  l'aide  d'une  perche 
minuscule  placée  sur  l'épaule.  La  représentation  de  ces 
deux  pierres  an  tiques  se  trou  veau  tome  XVI, pages  237-238, 
de  la  Gazette  des  Beaux-Arts. 

E.  S.WTINI  DE  RiOLS. 


DISSECTIONS 


2«  Type  :  l'Escargot  {Hélix  Pomatia) 
Ordre  des  Gastéropodes. 

Cet  animal  appartient  au  groupe  des  Gastéropodes  Pul- 
monés.  Il  a  le  corps  mou,  mais  protégé  par  une  coquille 
spiralée.  Cette  coquille  fait  quatre  tours  et  demi  de  spire, 
qui  se  produisent  autour  d'un  axe  central,  la.  columelle. 

Pour  pouvoir  facilement  disséquer  l'Escargot,  il  faut 
le  faire  mourir  parfaitement  étalé,  et  pour  cela  le  moyen 
le  plus  simple  et  le  plus  sur  est  de  l'asphyxier  par  im- 


mersion dans  l'eau,  dépouillée  d'air  par  ébullition  préa- 
lable. 

L'animal  ainsi  tué  est  débarrassé  de  sa  coquille,  que 
l'on  enlève  morceau  par  morceau,  à  l'aide  de  pinces 
introduites  entre  le  manteau  et  la  coquille  ellc-mêiue,  le 
long  du  sillon  des  tours  de  spire.  Senli;  la  columelle  pré- 
sente quelque  difficulté,  attachée  qu'elle  est  au  muscle 
columellaire  qui  sert  à  l'animal  à  se  rétracter  dans  sa 
carapace. 

Extérieur.  Téguments.  —  A  la  partie  inférieure  se  trouve 
une  grosse  masse  musculaire,  sur  laquelle  l'animal  se 


Fig.    1.    —    Coquille  d'Escargot  ouverte  pour   montrer  :  ap, 
l'apex  ou  sommet;  co,  la  columelle. 

déplace,  c'est  le  pied.  En  avant  de  petits  tentacules,  puis 
une  paire  de  grands  qui  [lortent  les  yeux  [tentacules  ocu 
laires).  Le  manteau  qui  recouvre  l'animal  tout  entier, 
porte,  du  côté  du  bord  libre  de  la  coquille,  un  épaississe- 
ment  considérable,  qui  sécrète  une  mucosité  très  abon- 
dante :  c'est  le  bourrelet.  Il  est  percé  à  droite  d'un  orifice 
(pneumostome)  :  c'est  l'orifice  pulmonaire  qui  conduit  dans 
une  cavité  palléale  visible  à  travers  la  paroi  du  manteau 
et  qui  représente  la  cavité  respiratoire  ou  poumon. 

Par  transparence,  on  peut  distinguer  quelques  organes: 
le  cœur  à  gauche, blanchâtre,  le  rem  jaunâtre,  et  dans  le 
tortillon  le  foie  brun  et  enfin  la  ijlande  de  l'albumine 
blanche. 

Orifices.  —  En  avant  et  ventralement,  la  bouche  sous 
la  forme  d'une  fente  quadrangulaire,  limitée  par  des 
lèvres  plus  ou  moins  épaisses.  A  droite,  à  côté  et  en 
arrière  des  tentacules  oculaires,  l'orifice  génital  herma- 
phrodite. Enfin,  à  droite  encore,    sous  le  bourrelet,   le 


Fig.  2.  —  Extérieur  de  l'Escargot  dépourvu  de  sa  coquille  : 
pi,  le  pied;  jr.  t  et  p.  l,  les  grands  et  les  petits  tentacules; 
0.  g,  l'orifice  génital  hermaphrodite;  ma,  le  manteau  avec 
bo  le  bourrelet;  pn,  le  pneumostome  et  /,  le  tortillon;  c,  le 
cœur  et  o.  B,  l'organe  de  Bojanus  vu  par  transparence  à 
travers  le  manteau. 

pneumostome  ;  à  côté  de  lui  débouchent  à  la  fois  le  rec- 
tum et  le  canal  bojanien. 

Préparation  des  organes  internes.  —  L'étude  des  organes 
internes  est  assez  difficile  à  cause  de  la  torsion  de  ces  or- 
ganes; onpeut  éviter  en  partie  ces  difficultés  en  :  1°  in- 
cisant la  peau  suivant  une  ligne  passant  par  le  côté  droit 


200 


LE    NATURALISTE 


interne  du  tortillon,  ce  qui  permet  de  découvrir  le  canal 
hermaphrodite  et  la  glande  de  l'albumine  sans  les  en- 
dommager ;  2''  en    sectionnant  le  muscle  columellaire  ; 


Fig.  3.  —  Appareil  digestif  de  l'Escargot:  bu,  bulbo;  œs, 
œsophage;  g.  s,  glandes  salivaires  avec  leurs  canaux  c.s; 
i,  intestin;  f,  le  foie;  r,  rectum;  o.  B,  organe  de  Bojanus, 
avec  son  canal,  c.  B,  accolé  au  rectum:  f,  foie. 

Fig.  4.  —  Dents  de  la  radula  do  l'Escargot. 

3°  en  enlevant  la  peau  dans  le  voisinage  de  l'incision 
pour  montrer  l'estomac  et  les  lobes  hépatiques;  4»  ouvrant 
la  cavité  i)alléale  le  long  de  son  bord  gauche,  en  respec- 
tant le  camr,  continuant  l'incision  le  long  du  sillon  ((ui 
sépare  le  bourrelet  du  manteau  et  du  corps,  et  rabattant 
à  droite  le  manteau  avec  le  corps  de  bojanus  et  le  cœur  ; 
5"  enfin  en  fendant  les  téguments  sur  la  ligne   médiane. 

On  peut,  par  cette  série  d'opérations,  apercevoir  l'en- 
semlde  des  organes. 

Appareil  digestif.  —  La  bouche  bordée  de  lèvres  dont 
nous  avons  parlé,  est  placée  à  l'extrémité  antérieure  du 
corps.  Elle  conduit  dans  une  bulbe  buccal  extrêmement 
musculeux,  qui  renferme  en  avant  et  dorsalement  une 
mâchoire  cornée,  et,  sur  son  plancher  très  anfractueux, 
un  organe,  la  mdula,  servanlà  la  mastication  et  à  la  pro- 
gression des  aliments.  Cette  radula  (fig.  4)  est  une  lame 
chitineuse,  portant  des  dents  très  nombreuses  à  droite  et  à 
gauche  de  la  ligne  médiane.  Elle  est  à  dessiner  et,  pour 
la  préparer,  on  fait  bouillir  les  téguments  avec  la  radula 
dans  une  solution  de  potasse  et  on  l'examine  au  mi- 
croscope. Deux  glandes  salivaires,  placées  sur  l'estomac, 
viennent  s'ouvrir  dans  ce  bullie. 

L'œsophage,  d'abord  élargi,  se  rétrécitetconduit  dans  un 


estomac  piriforme  qui  reçoit  à  sa  terminaison  les  deux 
canaux  hépatiques  provenant  du  lobe  droit  et  du  lobe 
gauche  du  foie. 

Après  quelques  circonvolutions  dans  la  masse  droite 
hépatique,  l'intestin  arrive  sur  le  plafond  de  la  cavité 
palléale  et  va  s'ouvrir  à  côté  du  pneumostome, 

Appareil  circulatoire.  —  Le  cœur  est  formé  par  une 
oreillette  et  un  ventricule  contenus  dans  un  péricarde, 
sorte  de  sac  à  parois  minces. 

Du  ventricule  part  un  gros  tronc  qui,  dès  son  origine, 
détache  une  petite  artère  hépatique  {aorte  postérieure),  et 


Fig.  5.  —  Portion  plus  grosse  du  commencement  de  l'intes- 
tin, pour  montrer  les  canaux  hépatiques,  c  /(,  s'ouvrant  dans 
le  cœcum,  cœ;  f,  foie;  i,  intestin. 


Fig.  6.  —  Appareil  artériel  de  l'Escargot,  dcmi-schématisé  : 
c,  cœur  d'où  partent  ao.  a,  l'artère  antérieure  donnant  a.  h, 
l'artère  hépatique  et  les  autres  artères  viscérales;  a.  o.  p, 
aorte  postérieure  ;  v.  p,  veine  pulmonaire  qui  ramène  le 
sang  du  poumon. 

dont  le  i)lus  gros  tronc  se  porte  en  avant  {aorte  anté- 
rieure) ,  distribue  des  ramifications  à  l'estomac,  aux  glandes 
salivaires,  aux  organes  génitaux  et  aux  tentacules.  Arrivée 
au  niveau  de  la  masse  ganglionnaire  sous-œsophagienne, 
elle  la  contourne  en  avant  et  revient  sur  elle-même  dans 
le  pied  {ao7'te  récurrente),  après  avoir  envoyé  un  rameau 
dans  le  bulbe.  Le  sang  veineux  arrive  par  la  veine  qui 
court  le  long  du  6oun'e/e(  palléal,  se  ramifie  sur  le  plafond 
de  la  cavité  palléale  qui  fait  office  de  poumon.  Le  sang 
revivifié  est  repris  par  la  grande  veine  pulmonaire  et  ra- 
mené par  elle  à  l'oreillette. 

Appareil  respiratoire.  —  Il  est  localisé  dans  le  Pou- 
mon dont  nous  venons  de  parler. 

Appai'eil  excréteur.  —  Le  rein  ou  organe  de  Bojanus  est 
un  sac  en  contact  intime  avec  le  péricarde.  Le  canal 
excréteur  qui  en  part,  longe  le  bord  gauche  du  rectum 
et  va  s'ouvrir  à  côté  de  l'anus  et  à  gauche. 

Appareil  reproducteur.  —  L'Escargot  est  herma- 
phrodite. La  glande  hermaphrodite  est  intimement 
soudée  au  lolie  gauche  du  foie  et  assez  difficile  à 
isoler.  Elle  produit  à  la  fois  les  œufs  et  les  spermato- 
zoïdes qui  sont  évacués  par  le  canal  hermaphrodite.  Ce 
canal  se  termine  au  point  oîi  s'ouvre  une  glande  blan- 
châtre (glande  de  l'albumine);  il  est  continué  par  un  con- 
duit séparé  par  un  étranglement  longitudinal,  en 
deux  canaux  incomplets,  Voviducte  plus  gros,  où  s'en- 
gagent les  œufs,  et  le  canal  déférent  qui  reçoit  les  sper- 
matozoïdes. Plus  loin,  ces  deux  canaux  se  séparent 
complètement  :  l'oviducte  après  avoir  reçu  un  canal 
venant  de  la  vésicule  séminale  ou  poche  copulatrice,  dé- 
bouche dans  le  vestibule  génital,  qui  s'ouvre  au  dehors  par 
l'orifice  génital.  Le  canal  déférent  aboutit  au  pénis  qui 


LE     NATURALISTE 


201 


possède  un  muscle  rétracteur  et  s'ouvre  dans  le  vestibule 
où  s'ouvrent  également  le  sac  du  diwd  contenant  un 
organe  pointu  et  chitincux,  qui  est  unorgane  excitateur,  et 
les  glandes  multifîdes,  à  fonctions  assez  mal  déterminées. 

Enfin  un  long  tube  glandulaire,  le  flagellum,  s'ouvre 
dans  le  canal  déférent. 

Système  nerveux  et  organes  des  sens.  —  Le  système  ner- 
veux central  forme  un  anneau  tout  autour  de  l'œ- 
sopbage  et  placé  normalement  en  arrière  du  bulbe  buc- 
cal ;  mais  quelquefois  celui-ci  est  rétracté  et  le  collier 
semble  alors  placé  en  avant.  Les  glanglions  sont  très 
concentrés  cliez  l'Escargot.  On  trouve  d'abord  une  masse 
céri'broide  formée  de  deux  ganglions  unis  par  une  com- 
missure entre  eux.  Deux  paires  de  connectifslesimissent 


L.-S   (C 


Fig.  1.  —  Système  nerveux  central  do  l'Escargot:  j.  c,  gan- 
glions cérébroides;  m.  s.  os,  masse  sous-œsophagienne  d'où 
partent  les  nerfs  viscéraux  pédieux;  œ,  œsophage. 

Fig.  S.  —  Le  même  schématisé  pour  montrer  les  différents 
ganglions  qui  le  forment;  g.  c,  ganglions  cérébroides;  g.  p, 
ganglions  pédieux;  g.  v,  ganglions  viscéraux,  au  nombre  de 
cinq;  no,  aorte  antérieure;  ol,  otocyste  relié  au  cerveau  par 
un  petit  filet  nerveux. 

à  la  masse  sous-œsophagienne  formée  de  sept  ganglions 
(deux  ganglions  pédicu.ï,  et  cinq  viscéro-paltéaux  qui  sont 
réunis  directement  au  cerveau  par  des  connectifs  (céré- 
bro-viscéraux). Entre  les  connectifs  cérébro-viscéraux  et 
cérébro-pédieux,  passe  un  nerf  qui  relie  Votocyste  placé 
sur  le  ganglion  pédieux,  au  cerveau.  L'aorte  antérieure 
passe  entre  la  masse  pédieuse  et  la  masse  viscérale. 

Les  organes  des  sens  sont  exercés  :  le  toucher  par  les 
tentacules,  la  vue  par  les  yeux  portés  à  l'extrémité  des 
tentacules  oculaires  et  l'ouïe  par  les  deux  otocystes  placés 
sur  les  ganglions  pédieux  et  renfermant  des  otulithes. 

A.  Gruvel. 


LES   OISEAUX 

AU   POINT    DE    VUE    INDUSTRIEL 


La  répartition  du  Monde  des  Oiseaux,  sur  notre  globe, 
forme  une  des  parties  les  plus  intéressantes  de  la  zoo- 
géograpbie.  La  nomenclature  bibliographique  suivante, 
d'ipuvros  purement  scientiliques,  dans  notre  siècle  utili- 
taire, doit  être  complétée  par  un  travail  condensant  le  rôle 
de  l'oiseau  dans  l'alimentation,  le  sport  et  enfin  dans 
l'Industrie,  cette  mère  nourricière  du  budget  des  Etats 
civilisés  et  même  dans  les  pays  réputés  sauvages.  L'é- 
tude suivante  est  le  canevas  d'après  lequel  j'ai  préparé 
un  gros  ouvrage  qui  verra  le  jour  bich  Allah,  plus  tard. 

1 .  ScLATER.  A  Ireatise  on  the  Oeography  and  Classification 
of  animais,  in  Lardncr's  Cabinet  Cyclopedia  1835. 

2.  W.vLLACE.  The  Geographical  Distribution  of  Animais. 
2  vol.  in-S"  avec  cartes  et  planches  1876. 


'i.  PucHKRAN.  Sur  les  indications  que  peut  fournir  la  géolo- 
gie, etc.  Revue  et  Magasin  de  Zoologie,  1865. 

■4.  A.  MiLNE  Edwards.  Recherches  sur  la  faune  des  Régions 
australes  (Annales  des  Sciences  Naturelles  et  Bibl.  des  Hautes 
Études,  1819-82). 

5.  G.  Palacky.  Die  Verbreitung  der  Vôc/el  anf  der  Erde 
Wien.  1885. 

6.  Heilprin.  The  Geographical  and  Geological  Distribution 
of  Animais,  l&m. 

7.  A.  Reichenow.  Die  Zoogeographische  Regionen  vom 
Ornithologischen  Standpunkt  (,Zooi.  Jahrbuch  111  Abtheil  I. 
Systemat  1887  mit  Karlu. 

8.  Reichenow  et  J.  Hartlaub.  Verbreitung  der  Vôgel,  in  Rer- 
ghaus  Physikalisclier  Attas,  1886. 

9.  D' Trouessart.  LuGéographie  Zoologique,  1890. 

La  division  du  globe  en  cinq  continents  adoptée  par 
les  géographes  ne  coïncide  pas  exactement  avec  celle  de 
la  distribution  des  espèces  zoologiques.  Chaque  conti- 
nent, chaque  région  géographique  bien  délimitée  possède, 
en  partie,  une  faune  et  une  flore  qui  leur  sont  particu- 
lières et  qui  précisent  le  caractère  local.  Si  la  Faune  des 
régions  polaires  arctique  et  antarctique  sont  sensible- 
ment similaires,  celles  des  régions  septentrionales  de 
l'Ancien  et  du  Nouveau  Monde  ont  beaucoup  d'analogies. 
La  Faune  du  Midi  de  l'Europe  se  retrouve  au  Nord  de 
l'Atlas,  et  c'est  le  Sahara  qui  limite  la  Faune  véritable- 
ment africaine  ou  éthiopienne  ;  la  ligne  de  séparation  de 
la  Faune  européenne  et  de  la  Faune  asiatique  se  rencon- 
trera dans  les  déserts  d'Arabie,  de  Perse  et  de  l'Asie  cen- 
trale et  dans  le  massif  montagneux  du  Thibet.  La  limite 
entre  la  Faune  ,  Indo-Malaise  et  la  Faune  Australienne 
passe  au  milieu  des  lies  de  la  Sonde  ;  la  séparation  entre 
la  Faune  Sud-Américaine  et  celle  du  Nord  ne  s'observe 
pas  à  l'isthme  de  Panama,  mais  dans  les  zones  désertes 
du  Nord  du  Mexique.  La  zone  intertropicale  maritime 
des  deux  hémisplières  possède  une  Faune  ornithologique 
qui  lui  est  propre  ;  elle  n'a  pas  de  représentants  nulle 
part  ailleurs. 

On  constate  aussi  une  certaine  analogie  entre  la  di- 
versité des  climats  et  des  faunes,  mais  la  migration 
bi-annuellede  nombreuses  espèces  d'oiseaux,  d'autre  part 
certains  groupes  d'oiseaux  bons  voiliers  qui  ont  des  par- 
cours illimités,  fournissent  des  observations  contradic- 
toires ne  permettant  pas  de  fixer  d'une  manière  défini- 
tive, sinon  la  patrie,  bien  moins  l'origine  de  nombre  d'oi- 
seaux utilisés  dans  le  commerce  et  l'industrie. 

Cette  esquisse,  sans  prétention  scientifique,  pourrait 
combler  avec  utilité  une  lacune  dans  les  travaux  spé- 
ciaux d'Histoire  Naturelle  et  de  Zoogéographie;  elle  ser- 
virait, à  l'occasion,  à  quelque  explorateur,  obligé  par  né- 
cessité «  Struggle  for  life  »  de  trouver  des  ressources 
dans  la  chasse  des  Oiseaux  qu'il  rencontre  sur  sa  route  ; 
le  but  alimentaire  serait  complété  par  un  produit  utili- 
sable dans  le  commerce  et  dans  l'industrie,  la  chair  et  la 
dépouille  seraient  également  utilisés. 

Faire  connaître  les  sortes  d'oiseaux  recherchés  pour 
leur  parure,éviter  le  massacre  inutile,  tel  est  l'objectif  dé- 
siré. Avec  nos  indications  on  pourra  récolter  des  dépouilles 
avec  discernement,  sans  gaspillage  de  temps,  de  peines 
et  de  tracas.  Les  beaux  travaux  de  MM.  Sclater,  Wal- 
lace,  Pucheran,  A.  Milne  Edwards,  Heilprin,  Reichenow, 
Trouessart  etc.,  exclusivement  scientifiques,  laissent  de 
coté  la  contribution  des  oiseaux  de  l'univers  dans  le 
commerce  de  la  literie  et  des  parures  qui  représente  an- 
nuellement un  chiffre  d'affaires  de  plus  de  cent  millions  de 
francs  et  fournissent  aux  besoins  de  l'existence  de  plu- 
sieurs milliers  de    personnes.   On  constatera   que   les 


202 


LE     NATURALISTE 


plumages  les  plus  vulgaires  de  nos  contrées,  tels  que 
ceux  de  l'oie,  du  coq,  du  paon,  ont  leur  application  dans 
l'industrie,  à  l'égal  de  ceux  des  contrées  plus  lointaines, 
les  Paradisiers,  les  Aigrettes,  les  plumes  d'Autruche,  etc. 
Les  grandes  facilités  modernes  des  communications 
universelles  ont  amené  une  progression  très  remar- 
quable dans  la  fabrication  des  parures,  en  dépouilles 
d'oiseaux  de  toutes  sortes.  Les  productions  du  plumas- 
sier  moderne  complètent  celles  du  plumassier  d'autre- 
fois, tout  en  renouvelant  la  mode  ancienne  avec  les  per- 
fectionnements industriels  du  siècle  présent,  facilités  en 
outre  par  la  concurrence  dans  la  production  universelle 
ornithologique.  Le  renouvellement  des  modes  se  base 
sur  des  traditions  certaines.  Une  chaîne  imperceptible 
rattache  nos  élégantes  à  celles  d'autrefois.  Nous  emprun- 
tons à  chacune  des  époques  célèbres  où  brille  la  Vieille- 
France,  le  charme,  le  goût  qui  furent  la  gloire  de  nos 
prédécesseurs.  Malgré  le  développement  à  l'étranger  de 
l'industrie  plumassière,  toutes  les  nations  sont  d'accord 
pour  nous  accorder  une  réputation  justement  acquise  de 
supériorité  incontestée  dans  l'art  d'apprêter,  de  teindre 
les  plumes  de  grand  luxe  comme  celles  plus  modestes 
qui  s'adressent,  à  la  grande  consommation,  dans  l'uni- 
vers entier. 


Il  est  une  déesse  inconstante,  incommode  . 
Bizarre  dans  ses  goûts,  folle  en  ses  ornements. 
Qui  parait,  fuit,  revient  et  nait  dans  tous  les  temps  ; 
Protée  était  son  père,  et  son  nom  c'est  la  Mode. 

Voltaire. 

Durant  nombre  de  siècles  en  Europe,  le  Paon,  le  Coq, 
les  Aigrettes,  l'Oie,  le  Cygne;  en  Asie,  l'Oiseau  de  para- 
dis; en  Afrique,  l'Autruche  ont  défrayé,  pour  le  vieux 
monde,  tout  ce  qu'on  pouvait  dire  touchant  la  parure 
tirée  de  celle  des  oiseaux.  L'art  de  la  taxydermie  était 
inconnu  en  Europe  jusqu'au  îvi'  siècle, l'industrie  de  la 
parure  en  plumes  fut  l'étonnement  des  Conquistadores 
espagnols  du  Mexique.  Non  seulement  on  y  savait  con- 
server la  dépouille  des  oiseaux,  mais  ce  qui  fait  de  nos 
jours  une  fabrication  d'une  réelle  importance  se  prati- 
quait avec  une  perfection  non  surpassée  aujourd'hui,  on 
vendait  du  drap  de  plume.  Il  est  regrettable  que  les  pro- 
cédés de  travail  ne  nous  soient  pas  parvenus,  ce  serait, 
certes,  de  la  nouveauté  que  d'olfrir  à  la  fin  du  xix"  siècle 
des  étoffes  en  plume  comme  on  en  faisait  au  Mexique  et 
en  Californie  avant  le  xvi"  siècle. 

Depuis  quelques  années,  les  toilettes  féminines  ont 
toujours,  comme  complément,  soit  des  plumes  en  aigrette 
de  gouras,  de  hérons  crosse  et  aigrette;  de  paradisiers, 
sifilets,  lophorines,  épimaques,  etc.  ;  ce  sont  des  accessoires 
légers,  élégants,  gracieux,  complétés  quelques-uns  par 
leur  imitation,  grâce  aux  procédés  chimiques  utilisant 
des  plumes  sous-alaires  de  cygne,  d'oie,  de  nandou,  des 
grandes  plumes  à  œil  de  paon,  etc.  L'autruche  fournit  la 
plus  grande  partie  du  surplus  des  emplois  somptuaires.  Il 
est  admis  que  c'est  la  plume  d'autruche,  par  son  bon 
marché  surprenant,  qui  fournit  la  parure  la  plus  écono- 
mique et  la  plus  pratique;  la  ménagère  prévoyante  fera 
plusieurs  civets  de  ce  lièvre  «  autruche  »,  car  la  durée 
d'une  plume  d'autruche  non  décolorée  chimiquement  est 
fortlongue;  elle  permet  d'être  présentée  sous  des  aspects 
neufs,  par  un  renouvellement  de  teinture;  une  averse 
intempestive  est  facilement  réparable  par  une  nouvelle 
frisure  dont  le  prix  d'ailleurs  est  peu  élevé.  Les  emplois 


d'ailes  d'oiseaux  quelconques  teints  ou  modifiés  par 
d'autres  préparations  complètent  cette  nomenclature  in- 
dustrielle. 

On  constate  aussi  une  importante  accalmie  dans  la 
production  des  nombreux  oiseaux,  d'un  emploi  somp- 
tuaire,  fournis  par  l'univers  entier.  La  défaveur  présente 
des  parures  en  oiseaux  et  l'ancienne  surproduction  de 
dépouilles  quelconques,  encombrant  le  stock  commercial, 
ne  modifiera  pas  cette  situation  dans  un  avenir  prochain. 
Le  répit  accidentel  du  à  des  circonstances  non  prévues 
par  les  législateurs  permettra  la  reconstitution  de  nom- 
breuses familles  d'oiseaux,  l'équilibre  se  rétablira  natu- 
rellement par  la  reproduction  paisible  des  espèces  utiles 
comme  insectivores,  trop  longtemps  persécutées  et  dé- 
cimées. 

Les  rapaces  nocturnes,  qui  ont  eu  une  grande  vogue 
pendant  quelques  années,  tant  pour  leur  tête  si  originale 
que  pour  leurs  ailes  aux  coloris  sobres  et  harmonieux, 
grâce  à  leur  défaveur  présente,  pourront,  je  le  souhaite, 
compléter  les  vides  que  leur  a  causés  la  mode.  Certaine- 
ment leur  destruction  doit  produire  un  manque  sensible 
parmi  ces  auxiliaires  de  l'Agriculture. 

En  reconnaissance  des  services  que  nous  rendent  les 
chouettes  par  la  destruction  des  petits  mammifères  ron- 
geurs, etc.,  nous  recommandons  ces  oiseaux  utiles  à  la 
sollicitude  des  amis  de  l'Agriculture;  leur  paisible  repro- 
duction assurée  pendant  une  période  d'années  suc- 
cessives, constituera  une  réserve  qui  permettra,  dans  un 
avenir  que  nous  souhaitons  très  éloigné,  de  répéter, 
malgré  le  proverbe  «  non  bis  in  idem  ».  le  renouvellement 
de  la  mode  des  ornements  en  hibou,  souvenir  imitatif 
des  parures  de  quelques  grandes  dames  chasseresses,  nos 
«  Dianes  »  modernes. 


En  Europe,  les  principaux  centres  de  production  in- 
dustrielle d'oiseaux  pour  la  parure  sont  au  nord  la 
Russie  et  au  sud  l'Espagne.  L'Europe  centrale  contribue 
médiocrement  dans  l'industrie  de  la  parure,  sa  produc- 
tion principale  est  l'oiseau  gibier  et  la  plume  de  literie. 

L''Europe  septentrionale  et  l'Europe  centrale,  où  se 
trouvent  de  grandes  étendues  forestières,  fournit  les 
hulottes  et  les  grands-ducs;  les  pays  aux  plaines  boisées 
et  humides  fournissent  les  hrachyotes  et  quelques  moyens- 
ducs.  Les  parties  méridionales  de  l'Europe  ont  surtout 
été  décimées  par  leur  contribution  en  effraies  et  scops, 
oiseaux  presque  domestiques  dans  les  régions  où  on  ne 
les  chasse  pas. 

La  Suède,  la  Norwège,  les  régions  boréales  de  la 
Russie,  nous  fournissent  les  lagopèdes,  les  plectro- 
phanes,  les  harfangs,  les  queues  et  cous  de  coq  de 
bruyère,  de  tétras,  les  peaux  de  cormorans,  goélands,  etc. 
et  surtout  le  duvet  de  l'Eider,  ce  canard  au  riche  plu-^ 
mage  d'un  emploi  varié.  Les  parties  de  l'Europe  baignées 
par  la  mer  du  Nord  sont  visitées  chaque  année  par  d'in- 
nombrables palmipèdes  qui  fournissent  un  contingent 
important  dans  l'alimentation  et  pour  la  parure.  Un  oi- 
seau à  la  livrée  bien  modeste,  cependant,  l'oie,  contribue 
dans  une  proportion  énorme  dans  les  emplois  industriels 
à  bon  marché  ;  son  duvet,  sans  égaliser  celui  de  l'Eider, 
forme  l'objet  d'un  commerce  très  important.  Le  Dane- 
mark contribue  principalement  par  la  production  duduvet 
de  l'Eider,  qui  est  fourni  par  l'Islande  et  ses  dépen- 
dances. 

Une  famille  des  plus  décimées  dans  l'Europe  septen- 


LE     NATURALISTE 


203 


trionalo  est  celle  dos  vanneaux  ilont  les  ailes,  ainsi  que 
l'oiseau  entier,  sont  utilisées  dans  la  parure  selon  les 
modes  du  jour.  La  huppe  est  recherchée  coinme  amorce 
de  pèche  à  l'hameron.  Les  vanneaux  ont  surtout  le  privi- 
lège d'être  particulièrement  féconds,  leurs  qualités  proli- 
fiques assurent  la  reproduction  do  l'espèce.  Une  industrie 
locale  :  le  pillage  eft'rené  de  leurs  nids  au  moment  des 
pontes  se  pratique  dans  les  dunes  de  sable  qui  bordent 
la  mer  du  Nord  dans  les  Pays-Bas  et  l'Allemagne.  On 
vante  la  délicatesse;  d'une  omelette  d'ieufs  de  vanneau  ; 
l)eut-étre  le  gourmet  européen  qui  se  délecte  de  cotte 
friandise  s'en  passerait,  si,  mieux  instruit,  il  savait  l'uti- 
lité de  ces  oiseaux  qui  détruisent  les  tarets,  rongeurs 
des  bois  servant  dans  la  construction  dos  digues  protec- 
trices de  la  Hollande  et  assurent  leur  conservation.  Ces 
œufs  sont  aussi  recherchés  dans  un  emploi  qui  semble 
localisé  en  Hollande  :  le  blanc  d'œuf  de  vanneau,  durci, 
et  verni,  sert  à  la  fabrication  de  bijoux  pour  dames  et 
aussi  à  la  fabrication  de  pipes  et  de  porte-cigares;  ces 
objets  imitent  l'écume  de  mer,  ils  sont  plus  fragiles  :  ce 
sont  des  réminiscences  de  l'âge  de  la  pierre  dontl'ethno- 
logue  rencontre  des  souvenirs  dans  les  contrées  les 
plus  diverses  de  l'Univers. 

L'Angleterre  fournit  presque  la  majeure  partie  des 
dépouilles  et  du  plumage  des  faisans  communs  et  des 
grouses  (ou  gelinottes).  Les  grives  et  alouettes  en  chair 
complètent  cette  provenance. 

Les  productions  indigènes  de  l'Angleterre  sont  de  mi- 
nime importance,  parallèlement  Londres  est  surtout 
l'emporium  des  productions  ornithologiques  universelles. 
Des  ventes  publiques,  tous  les  deux  mois,  mettent  en 
circulation  jiresque  tous  les  oiseaux  et  plumages  exo- 
tiques usités  dans  la  parure.  Les  plumes  d'autruche  du 
Cap  ont  leur  jour  de  vente  spécial  (1). 

L'Allemagne  fournit  considérablement  sinon  exclusi- 
vement les  grives  venant  aux  Halles  de  Paris  et  les  per- 
drix grises  ou  starnes  ;  le  plumage  et  les  ailes  de  ces 
oiseaux  ont  un  emploi  courant  dans  la  fabrication  d'ar- 
ticles bon  marché,  complétée  par  la  plumée  de  l'oie  dont 
nous  avons  déjà  parlé.  L'Allemagne  est  aussi  un  pays 
producteur  d'une  grande  quantité  de  plumes  de  coq,  d'un 
emploi  très  courant  et  de  plumes  de  literie.    ' 

L'Autriche-Hongrie  fournit  à  peu  près  les  mêmes 
dépouilles  d'oiseaux  cités  précédemment;  dans  ce  pays  les 
plumes  caudales  du  coq  sont  très  employées  dans  la  coif- 
fure militaire,  les  chasseurs  tyroliens  et  de  la  Styrie 
ornent  leur  chapeau  d'une  queue  de  tétras  ;  en  Bohême 
la  plume  d'aigle  est  le  signe  de  ralliement  du  parti  des 
jeunes  Tchèques,  «  les  Sokols  ».  Le  chasseur  se  donne 
l'oeil  perçant  et  du  courage  dans  le  danger  quand  il  porte 
à  son  chapeau  des  plumes  d'aigle,  dont  deux  doivent  être 
prises  sous  la  queue  de  l'animal  ;  aussi  celles-ci  sont-elles 
très  chères. 

Porter  des  plumes  au  chapeau  est  devenu  un  simple 
ornement  dans  les  pays  de  montagne  (Tyrol),  mais  on 
voit  par  là  (|u'à  l'origine  la  plume  était  une  amulette. 

On  sait  que  les  marais  de  la  Hongrie,  ([ui  abritaient  de 
nombreuses  colonies  de  hérons-aigrettes,  en  sont  dépeu- 
plés aujourd'hui.  Diverses  sociétés  protectrices  des 
oiseaux,  en  Autriche-Hongrie,  cherchent  à  réparer  le 
mal  peut-être  irrémédialde,  nos  souhaits  de  réussite 
s'adressent  aux  promoteurs  de  cette  œuvre  réparatrice. 

(1)  Voir  :  Commerce.  Industrie.  Production  des  plumes 
d'autruche  DE  Barbarie. Paris,  1895. Libr.  africaiae  ei  coloniale. 


En  Gallicie,  la  ville  de  Brody  est  le  centre  de  com- 
merce et  de  préparation  des  plumes  de  coq  pour  la  pa- 
rure et  la  literie.  Toute  la  population  et  celle  dos  locali- 
tés voisines  s'adonnent  à  cette  industrie  spéciale. 

Los  productions  de  la  Suisse  consistent  surtout  en 
lilumcs  do  literie.  Lorsque  la  mode  des  mouettes  et  des 
hirondelles  de  mer  suscite  leur  recherche,  on  en  récolte 
un  certain  nombre  à  leurs  passages  bi-annuels  et  pen- 
dant leur  séjour,  ainsi  que  des  grèbes,  très  estimés,  sur 
les  lacs  de  l'Helvétie. 

En  France,  le  Poitou,  Marseille,  l'ilhiviers  et  ses  en- 
virons, le  iLans,  Valence  d'Agen,  sont  les  centres  de 
liroduction  dos  dépouilles  d'oie,  d'alouettes,  de  dindes, 
de  coqs,  etc.,  etc.  L'estuaire  de  la  Somme  et  la  Camargue 
sont  un  grand  champ  de  massacre  fournissant  des 
hirondelles  de  mer,  de  cheminée,  etc.;  la  mésange  à 
moustache,  un  des  plus  charmants  oiseaux  européens, 
qui  était  autrefois  assez  abondante  en  Camargue,  a  com- 
plètement disparu...  Ce  sont  surtout  les  régions  à  pro- 
duction de  volailles  et  les  Halles  de  Paris  qui  fournissent 
en  énorme  quantité  la  dépouille  de  toutes  sortes  d'oi- 
seaux dont  le  plumage  du  corps  est  en  partie  employé 
dans  la  literie.  Les  Halles  fournissent  des  ailes  de  Canards 
sauvages,  pilets,  siffleurs,  sarcelles,  vanneaux,  pintades, 
faisans,  mauviettes,  etc.,  etc.,  en  telle  quantité  qu'elles 
occupent  un  groupe  spécial  d'ouvrières  qui  les  apprêtent 
pour  le  commerce  sans  les  décharner,  ni  les  arseniquer, 
en  les  séchant  à  l'air  uniquement. 

Depuis  quelques  années,  les  productions  italiennes, 
presque  exclusivement  fournies  par  un  naturaliste  de  la 
Vénétie,  consistent  en  sternes,  principalement  en  épou- 
vantails;  des  hirondelles  de  cheminée,  des  étourneaux, 
des  effraies,  complètent  cette  production.  La  chasse 
aux  hirondelles  pour  l'alimentation  humaine  se  pra- 
tique en  Italie  de  temps  immémorial;  la  dépouille  pré- 
parée pour  la  mode  donnait  une  valeur  marchande  à 
l'oiseau,  qui  n'a  plus  aujourd'hui  que  celle  insignifiante 
de  sa  chair  (1). 

Une  des  curiosités  artistiques  des  plus  intéressantes 
de  l'Ars  plumaria  se  trouve  à  Milan,  dont  la  cathédrale 
possède  la  belle  mitre  de  saint  Charles  Borromée,  d'une 
ornementation  remarquable.  Ce  travail  en  plumes  re- 
monte au  XVI''  siècle  ;  sans  doute  cette  pièce  provient  du 
Mexique.  On  sait  que  les  papes  recevaient,  dès  la  con- 
quête par  les  Espagnols,  de  cette  sorte  d'objets  d'art  et 
de  curiosité. 

L'Espagne  fournit  des  tourterelles,  des  ramiers,  des 
étourneaux,  des  hirondelles  de  cheminée,  la  jolie  petite 
pie  bleue  qui  se  trouve  aussi  dans  le  nord  de  la  Chine  et 
du  Japon  etc.,  etc.,  et  une  assez  grande  quantité  de 
plumages  de  perdrix  rouge,  de  canepetière,  etc. 

Des  offres  d'alouettes-calaadres  de  plusieurs  wagons 
par  jour,  ont  été  faites  d'une  seule  localité  :  Valence. 
Les  marais  près  de  Cadix  sont  le  refuge  d'innombrables 
hirondelles  de  mer  et  de  mouettes,  d'étourneaux  et  d'hi- 
rondelles ordinaires.  Ou  y  trouve  en  petite  quantité  des 
aigrettes  et  des  hérons-crosses  très  recherchées. 

Les  productions  du  Portugal  ne  figurent  que  par  l'im- 
portation des  dépouilles   d'oiseaux  africains   en   prove- 

(1)  Dans  la  passe  de  .Montegrade,  passage  favori  des  oiseaux 
migrateurs,  trois  hommes  ont  pris,  l'automne  de  1896,  en  un 
seul  jour,  au  filet,  300  kilogs  d'hirondelles.  Les  oiseaux  ont  été 
tués  de  suite  et  vendus  au  marché  public  de  Gènes,  pour  l'ali- 
mentation, laissant  un  beau  profit  aux  gens  engagés  dans  cette 
néfaste  tuerie. 


20't 


LE     NATURALISTE 


nance  d'Angola,  de  Mozambique,  dont  il  sera  parlé  dans 
rénumération  générale  des  productions  d'Afrique. 

Les  productions  de  l'Europe  orientale  dans  la  Grèce 
sont  insignifiantes;  ce  sont  surtout  des  guêpiers  qui  ont 
été  fournis  on  quantité  par  quelques  naturalistes  alle- 
mands fixés  dans  ce  pays. 

La  Turquie  fournit  principalement  des  pélicans  fort 
nombreux  aux  embouchures  du  Danube  et  près  de  la 
mer  Noire.  Les  marais  de  la  Dobrodja  sont  le  refuge  des 
rares  aigrettes  que  nous  trouverons  encore  dans  cette 
partie  de  l'Europe  où  elles  étaient  fort  nombreuses  au- 
trefois, avant  l'emploi  des  armes  à  feu  perfectionnées. 

La  Russie  fournit  des  quantités  importantes  de  dé- 
pouilles de  rapaces  diurnes  et  nocturnes,  de  corbeaux, 
de  pies,  de  lagopèdes,  de  tétras,  de  coqs  de  bruyère  ;  des 
plectrophanes,  des  jaseurs,  des  gros-becs;  divers  oiseaux 
pélagiques  :  pélicans,  cormorans,  mouettes,  goélands, 
grèbes,  etc.  Les  foires  de  Nijni-Novgorod  sont  le  marcbé 
de  toutes  ces  productions,  auxquelles  s'ajoutent  une 
quantité  notable  de  plumes,  d'aigrettes  et  de  crosses  de 
qualité  inférieure  provenant  de  la  Perse,  du  Turkestan 
et  des  régions  caspiennes,  et,  surtout  la  majeure  partie 
des  plumes  de  coq  d'un  emploi  régulier  dans  diverses  in- 
dustries. 

L'immense  continent  asiatique  contribue  par  un  con- 
tingent très  important.  Les  productions  principales  sont 
les  lophophores,  les  satyres,  les  argus,  les  éperonniers, 
les  perrucbes,  les  syrrhaptes,  etc.,  et  nombre  de  passe- 
reaux; les  plumes  de  parure  des  hérons  de  toutes 
sortes,  etc.  Cette  production  aujourd'hui  réglementée 
par  les  autorités  anglaises  aux  Indes  et  dans  la  pres- 
qu'île de  Malacca,  maintient  et  assure  l'existence  de 
nombreuses  espèces  par  trop  décimées  il  y  a  quelques 
années  telles  que  :  coucous,  coqs  verdurins  {calyptomena 
Vïn'di's),  phyllornis,  argus,  éperonniers,  etc.,  etc. 

La  Chine  contriljue  très  peu  dans  ce  contingent,  mal- 
gré ses  richesses  oruithologiques.  L'année  1896  a  vu 
plusieurs  nouveautés  en  plumages  provenant  de  Canton 
et  de  Shangaï.  Les  plumes  dénommées  palettes  de  condor, 
fournies  par  les  Kirghises  et  les  Mongols  de  la  Jland- 
chourie,  sont  les  scapulaires  de  la  grande  outarde,  très 
commune  dans  la  steppe  asiatique.  Les  pennes  d'aigles, 
de  marabout,  de  grues,  de  faucons  concolor,  d'ar- 
gus, etc.,  etc.,  nous  parviennent  en  sortes  très  bien 
classées,  encartonnées  avec  une  minutie  chinoise.  Des 
plumes  de  coq  et  de  literie  complètent  ce  commerce 
nouveau. 

L'Indo-Chine  fournit  d'innombrables  quantités  do 
plumes  de  paon  :  dans  ce  pays  le  massacre  des  nom- 
breuses aigrettes  organisé  régulièrement  (surtout  de 
l'aigrette  garzette),  qui  peuplent  les  rizières  de  l'Extrême- 
Orient  sera  fatale  à  l'espèce.  Une  poursuite  effrénée  au 
moment  des  couvées,  époque  de  la  parure  parfaite  «  le 
plumage  de  noces  »,  aura  ce  pitoyable  résultat  :  l'extinc- 
tion des  aigrettes.  Il  serait  désirable  que  des  essais 
intelligents  et  persévérants  de  domestication  de  la 
Garzette  assurent  l'existence  de  ce  beau  volatile  dans 
les  diverses  contrées  de  son  habitat. 

Dans  ce  but,  la  Société  nationale  d'Acclimatation  de 
France  a  décidé  la  fondation  d'un  prix  de  mille  francs 
en  faveur  de  l'éleveur  qui  aura  fait  reproduire  la  Garzette 
en  domesticité  soit  en  Franco  ou  dans  les  colonies  fran- 
çaises. 

Les  oiseaux  du  Japon  sont  principalement  l'objet 
d'une  chasse  industrielle  pour  l'exportation.  En  faisant 


diverses  recherches  sur  la  faune  ornithologique  pendant 
l'Exposition  universelle  de  1889,  exceptionnellement  fa- 
cilitées par  l'importante  collection  exposée,  après  rensei- 
gnements, l'extrême  bon  marché  de  cette  provenance, 
très  bien  préparée  d'ailleurs,  me  fut  expliqué  par  ceci  : 
les  élèves  des  écoles  japonaises  font  la  mise  en  peau 
dont  le  produit  des  ventes  alimente  le  budget  des  écoles. 

Au  Japon,  l'opinion  publique  réclame  l'assistance  du 
gouvernement  en  faveur  des  oiseaux  insectivores,  et 
l'adoption  des  mesures  restrictives  limitant  cette  pro- 
duction ;  les  dégâts  résultant  de  l'accroissement  des  in- 
sectes nuisibles  auront  amené  ce  résultat  de  préserva- 
tion internationale. 

L'Amérique  du  Nord  est  entrée  dans  cette  voie,  d'ail- 
leurs on  y  importe  tous  les  insectivores  susceptibles  de 
s'y  acclimater.  Ce  pays,  aujourd'hui,  fournit  peu  de  dé- 
pouilles au  commerce  extérieur  ;  l'industrie  plumassière 
locale  consomme  la  majeure  partie  des  productions  in- 
digènes. La  plus  grande  partie  des  plumes  de  dindon 
sauvage  employées  en  fourrure  ou  boa  vient  des  États- 
Unis,  branche  d'industrie  imitée  d'ailleurs  des  '  Peaux- 
Rouges,  dont  les  femmes  étaient  très  habiles  dans  l'em- 
ploi de  ce  plumage  pour  leurs  vêtements  d'hiver.  Les  ai- 
grettes, autrefois  fort  nombreuses  dans  les  marais  de  la 
Floride  et  des  Carolines,  ont  disparu.  Ce  sont  les  lieux 
de  production  des  innombrables  hirondelles  de  mer  qui 
ornent  les  chapeaux,  même  pendant  l'hiver  de  1896, 
alors  que  les  sternes  ne  servaient  d'habitude  que  pour  les 
chapeaux  de  bains  de  mer  ou  de  voyage.  L'abondance  et 
le  bon  marché  ont  produit  cette  aberration  de  goût  déco- 
ratif. Ce  sont  les  Nègres  américains  qui  alimentent  cette 
production.  Arriveront-ils  à  devenir  éleveurs  d'aigrettes? 
That  is  the  Question,  now.  Le  grand  AuK  {Alca  impennis), 
pingouin  autrefois  assez  commun  sur  les  côtes  améri- 
caines, doit  être  considéré  comme  espèce  éteinte  ;  les 
rares  œufs  qui  sont  offerts  pour  les  collections  des 
Musées  zoologiques  atteignent  des  prix  fantastiques. 
«  En  1880,  deux  œufs  achetés  autrefois  pour  37  francs 
furent  vendus  527o  francs.  Un  autre  œuf  payé  480  francs 
en  1831  fut  revendu  à  Londres  en  1888  pour  6625  francs. 

Le  cupido  des  prairies  ne  se  trouve  presque  plus  dans 
l'étendue  des  États-Unis;  au  fur  et  mesure  de  la  mise 
en  exploitation  des  immenses  régions  de  ce  vaste  pays, 
nous  voyous  disparaître  les  dindons  sauvages,  les  cupidos, 
les  pigeons  migrateurs  [ectopistes),  etc.,  qui  y  ont  existé 
en  quantité  prodigieuse  jusque  dans  la  moitié  du  siècle. 

Un  essai  des  plus  intéressants  d'acclimatation  d'Au- 
truches africaines  a  été  commencé  dans  la  Californie 
orientale  :  il  y  a  une  dizaine  d'années  on  y  importa  à 
grands  frais  32  autruches  du  Natal.  L'augmentation 
progressive  de  ce  troupeau  n'a  pas  dû  répondre  aux 
espérances  des  promoteurs  de  cette  industrie  aux 
États-Unis  ;  le  nombre  total  aujourd'hui  atteint  environ 
300  oiseaux,  alors  que  dans  l'Afrique  australe  dans  une 
période  d'environ  dix  ans,  de  1865  à  1873,  M.  Arthur 
Douglass  vit  s'élever  à  ne«^ce)î(s  le  nombre  dos  autruches 
produites  par  onze  autruches  représentant  son  troupeau 
initial  (t).  Le  résultat  américain  néanmoins  doit  être 
considéré  comme  un  succès,  étant  donné  les  différences 
climatériques  qu'ont  dû  supporter  des  oiseaux  de  l'Afrique 
australe  dans  leur  nouvelle  patrie,  la  Californie.  Les 
espérances  présomptueuses  de  produire  en  territoire 
américain  les  plumes   d'Autruche  destinées  à  l'industrie 

(1)  Yoiv  :  L'Autruche,  son  utilité',  son  étevage.  Paris,  189-4, 
les  fils  d'Emile  Deyrolle. 


LE     NATURALISTE 


205 


indigène  ne  seront  pas  encore  de  longtem})s  réalisées,  au 
grand  avantage  des  éleveurs  du  Cap  et  des  fabricants 
plumassiers  européens. 

Depuis  quelques  années  les  importations  de  la  Cali- 
fornie à  Paris,  consistant  en  beaux  colibris,  pics  à 
baguettes  {colaptes  nuratus),  des  têtes  de  colins,  des  ailes 
de  canards  sidleurs,  etc.,  ont  cessé.  Il  est  probable  que 
cette  ]iroduclion  est  employée  à  New-York  où  depuis 
une  dizaine  d'années  l'industrie  plumassière  autre  que 
celle  de  plumes  d'Autruche  s'est  développée  assez  gran- 
dement, mais  en  fabrication  très  inférieure  à  tout  ce  qui 
se  produit  à  Paris  ou  même  à  Berlin,  malgré  les  tarifs 
protecteurs  ipii  frappent  nos  jiroduits  à  l'entrée,  de  droits 
exagérés  et  ju-ohibilifs.  (Plus  de  bO  0/0  ad  valorem.) 

Les  productions  du  Canada  dans  ses  régions  boréales 
sont  pareilles  à  celles  fournies  dans  les  mêmes  régions 
européennes.  Les  dépouilles  indigènes  les  plus  remar- 
quables sont  des  peaux  de  cygnes,  d'oies,  de  pélicans,  etc. 
Les  productions  mexicaines  sont  devenues  fort  rares. 
Le  splendide  dindon  ocellé  du  Yucatan,  aujourd'hui 
introuvable,  pourrait  être  mis  au  nombre  des  espèces 
éteintes. 

(.4  suivre.) 

Jules  FonEST  aîné. 


LES  BOSQUETS  DE  SAINT-PAUL 


Saint-Paul-aux-Bnis  est  ua  village  du  canton  de  Coucy-le- 
Chàteau,  dans  le  département  de  l'.iisne.  Comme  son  nom 
l'indique,  c'est  un  terrain  qui  convient  à  la  pous.'ie  des  arbres; 
aussi  trouve-t-on  sur  son  terroir  beaucoup  de  bois  ou  de 
grands  bosquets.  Il  y  en  a  même  de  très  beaux  dans  les  com- 
munes voisines  qui  l'entourent,  notamment  à  Blérancourt, 
dans  le  bois  des  Penthiévres.  Généralement  à  Saint-Paul  les 
arbres  ne  s'élèvent  pas  très  haut  ;  bien  qu'on  y  rencontre 
exceptionnellement  des  arbres  d'une  belle  venue.  A  quoi  cela 
tient-il?  Pourquoi  y  a-t-il  ici  des  grands  arbres,  et  là  des  ar- 
bres plus  petits?  Notez  que  les  jeunes  bois  sont  généralement 
magnifiques,  et  poussent  avec  vigueur  durant  les  premières 
années.  On  diiait  qu'il  y  a  quelque  chose  qui  arrête  la  poussée 
des  arbres  à  une  certaine  hauteur.  En  effet,  ils  peuvent  encore 
grossir  plus  ou  moins,  mais  ils  ne  grandissent  plus.  Plus  loin, 
on  verra  des  arbres  s'élever  plus  haut  et  même  des  arbres 
s'élever  très  haut;   ailleurs  ils  pousseront  nioins  haut  encore. 

Pour  répondre  à  ces  questions,  il  suffit  de  creuser  le  sol. 
C'est  un  terrain  sablonneux,  malgré  la  terre  végétale  qui  le 
recouvre.  C'est  une  terre  de  bruyère,  sous  laquelle  apparais- 
sent des  couches  profondes  d'argile,  qui  entrecoupent  ces  sa- 
bles plus  ou  moins  près  de  la  surface  du  sol.  Creusez  un  fossé, 
son  fond  est  de  la  terre  glaise,  de  l'argile  qui  retient  les  eaux. 
Là  où  la  couche  d'argile  est  plus  profondément  située,  là  où  la 
couche  de  sable  superficielle  est  plus  épaisse,  les  racines  ont 
plus  de  place  pour  se  développer  de  haut  en  bas,  et  les  arbres 
atteignent  de  plus  grandes  dimensions.  Au  contraire,  là  où  la 
couche  d'argile  est  plus  voisine  do  la  surface  du  sol,  là  où  la 
couche  de  sable  a  peu  de  développement,  les  racines  ne  peu- 
vent plus  pivoter,  arrêtées  qu'elles  sont  par  l'argile  infran- 
chissable, et  les  arbres  sont  moins  élevés.  Chose  bien  remar- 
quable, ce  sont  précisément  ces  petits  arbres  qui  sont  le  plus 
souvent  renversés  par  le  vent,  bien  qu'ils  lui  offrent  moins  de 
prise!  En  effet  leurs  racines  s'enfoncent  trop  peu  dans  la 
terre,  pour  leur  donner  une  assiette  solide  et  pour  les  main- 
tenir fermement  fixés  dans  le  sol. 

Il  semble  donc,  d'après  l'étude  même  du  terrain,  que,  pour 
avoir  de  grands  arbres  à  Saint-Paul,  il  suffirait  d'y  rapporter 
1  ou  2  mètres  de  terre  perméable.  On  pourrait  encore  obtenir 
le  même  résultat  en  creusant  une  large  cuvette  dans  la  couche 
d'argile;  assez  profonde,  pour  qu'en  la  remplissant  ensuite  de 
terre  de  bruyère,  on  donne  aux  racines  quelques  mètres  de 
terre  perméable  à  traverser,  avant  de  rencontrer  la  couche 
imperméable  d'argile  qui  forme  le  fond  de  la  cuvette.  A  dé- 


faut de  terre  de  bruyère,  on  remplira  ces  cavités  du  sable  que 
l'on  en  a  extrait,  en  remplaçant  l'argile  que  l'on  en  a  tirée  par 
du  terreau  et  des  détritus  de  tout  genre  :  feuilles,  brindilles, 
terre  gazonueuse  du  bord  des  routes,  mauvaises  herbes,  etc.,  etc., 
décombres,  calcaire  et  pierres  réduites  en  miettes.  On  voit 
que  la  cause  du  mal  est  facile  à  réparer,  du  moins  en  théorio. 
Le  mieux  est  do  faire  choix  des  arbres  dont  les  racines  ne  pé- 
nètrent pas  trop  profondément  dans  le  sol.  On  sait  en  clïet 
qu'il  y  a  des  essences,  comme  le  châtaignier,  par  exemple, 
dont  les  racines  pivotent  très  profondément.  11  est  évident  que 
c'est  là  le  dernier  des  arbres  qu'il  faille  planter  dans  ces  terres 
qui  m.anquent  de  profondeur,  parce  que  la  couche  d'argile  est 
trop  ])rès  de  la  surface. 

On  comprend  ainsi  pourquoi  Saint-Paul  est  une  véritable 
terre  à  bois.  En  effet  cette  couche  sous-jacento  d'argile  a  le 
très  grand  mérite  de  retenir  les  eaux  de  pluie,  qui  ont  tra- 
versé la  couche  sablonneuse  superficielle,  là  où  s'étendent  les 
racines  des  arbres.  Or  tout  le  monde  a  remarqué  que  les  ar- 
bres poussent  à  merveille  partout  où  il  y  a  une  source,  c'est- 
à-dire  partout  où  il  y  a  de  l'eau  pour  baigner  leurs  racines. 
C'est  qu'en  ell'et  leur  gigantesque  frondaison  exhale  une  im- 
mense quantité  d'eau,  sous  l'influence  de  la  chaleur  du  jour. 
Il  faut  donc  donner  de  l'eau  aux  racines,  et  il  en  faut  beau- 
coup aux  grands  arbres.  Bien  que  peu  profonde,  la  couche 
d'argile  forme  un  plancher  imperméable,  qui  retient  l'eau  à  sa 
surface  pour  la  fournir  aux  racines.  Voilà  pourquoi  les  jeunes 
arbres  poussent  si  bien  à  Saint-Paul,  tandis  que  les  vieux  ar- 
bres y  poussent  moins  bien.  Ce  n'est  pas  l'eau  qui  leur 
manque,  mais  c'estunecouche  suHisanle  de  terrain  perméable, 
qui  leur  permette  de  développer  aisément  leurs  racines  en 
profondeur.  Les  cuvettes  que  nous  proposons  de  creuser  dans 
l'argile,  si  cette  couche  est  sufiisamment  épaisse,  auraient 
donc  à  la  fois  le  double  avantage  d'amasser  beaucoup  d'eau 
au  pied  des  grands  arbres  et  de  fournir,  grâce  à  la  terre  sa- 
blonneuse qui  les  remplirait,  une  couche  facilement  traversée 
par  les  racines,  ayant  une  épaisseur  sufiisanle  pour  leur  per- 
mettre de  pivoter.  On  pourrait  résumer  l'enseignement  qui 
précède  par  le  dicton  suivant  :  Aux  grands  arbres,  il  faut  de 
grandes  racines,  c'est-à-dire  de  la  profondeur  du  terrain.  11 
faut  donner  au  terrain  perméable  une  profondeur  suffisante, 
pour  que  les  racines  puissent  y  pénétrer  sur  une  grande  lon- 
gueur. 

Si  au  contraire  la  couche  d'argile  était  siluéo  trop  profon- 
dément, c'est  le  jeune  bois  qui  souffrirait  de  la  sécheresse; 
parce  qu'il  n'aurait  pas  tout  d'abord  des  racines  assez  longues, 
pour  atteindre  la  couche  humide  de  terre  qui  recouvre  immé- 
diatement le  banc  d'argile.  Il  faut  donc  avoir  soin  de  no  pas 
tomber  dans  l'excès  contraire  :  »i  medio  slat  tiirlii.i;  en  toute 
chose,  on  doit  savoir  se  tenir  dans  le  juste  milieu. 

D''  Bougon. 


DESCBIPTION  DE  COLÉOPTÈRES  NOUVEAUX 


LUCANUS  BOILEAVI    Louis  Planet 

NOVA   SPECIES 
THIBET 

Du  même  groupe  que  les  L.  Maculifemoratus-Motsch.,  et 
L.  Dybowskii-Parry  et  très  voisin  de  ce  dernier,  mais  possé- 
dant également  beaucoup  de  points  de  contact  avec  le  L.  Ma- 
culifemoratus. 

COLORATION 

Mâle.  —  Mandibules  de  même  couleur  que  celles  du  L.  Dy- 
bowskii,  mais  sensiblement  plus  luisantes  et  moins  rugueuses. 
Tête  et  corselet  do  la  même  couleur  que  chez  le  L.  cervus, 
mais  un  peu  plus  clairs  et  luisants.  Elytres  comme  chez  ce 
dernier  insecte,  mais  moins  ponctuées  et  bien  plus  luisantes. 
Antennes  et  palpes  noirs. 

Cuisses  antérieures  complètement  noires  et  luisantes,  pré- 
sentant soit  en  leur  milieu,  soit  tout  près  de  leur  bord  mfé- 
rieur,  une  tache  linéaire  jaune  qui  n'atteint  pas  leur  extré- 
mité. En  dessous,  à  leur  bord  inférieur,  elles  possèdent  une 
tache  de  même  couleur,  moins  étroite  et  un  peu  plus  longue 
et,  par  suite,  bien  plus  visible,  qui  n'atteint  pas  davantage 
leur  extrémité,  mais  qui  rejoint  quelquefois  la  tache  linéaire 


206 


LE     NATURALISTE 


jaune  de  la  panie  supérieure,  ce  qui  est  le  cas  du  plus  petit 
des  deui  exemplaires  figurés  ici.  Pattes  antérieures  d'un  beau 
jaune,  cerclées  de  noir  très  étroitement  à  leur  bord  eiterne, 
plus  largement  à  leur  bord  interne.  La  coloration  noire  em- 
piète légèrement  sur  le  jaune  à  la  base  de  la  patte.  Epines 
noires  ou  entourées  de  noir.  Dessous  semblable.  Cuisses  in- 
termédiaires et  postérieures  en  dessus  et  en  dessous  d'un  beau 
jaune  clair  et  luisant,  mais  largement  cerclées  de  noir  luisant 
à  leur  bord  postérieur  et  à  leur  eitrémité.  Pattes  de  la 
deuxième  et  de  la  troisième  paire  du  même  jaune,  très  fine- 
ment Userées  de  noir  à  leur  bord  interne.  Elles  sont  égale- 
ment noires  à  leur  naissance  et  vers  leur  eitrémité.  \  noter 
que  le  fin  liséré  noir  qui  longe  leur  bord  interne  s'élargit 
brusquement  à  angle  droit  vers  leur  extrémité.  Tarses  en  en- 
tier d'un  brun  noir  luisant  aux  trois  paires  de  pattes. 

STRICTTRE 

Structure  en  entier  très  voisine  de  celle  du  Luc.  Dybonrskii, 
mais  cependant  bien  distincte.  Mandibules  bien  plus  courtes, 
plus  voisines  comme  forme  générale  de  celles  du  L.  macnlife- 
moratus.  Grosse  dent  inférieure  assez  longue  placée  aussi 
haut  que  chez  le  L.  maculiiomoratus.  mais  bien  plus  grêle  que 
chez  les  deux  espèces  précédentes.  Elle  est  rondement  bifide 
chez  le  plus  grand  spécimen  reproduit  ici  (fig.  i).  Les  detu 


Fig.  1.—  Lucanus  Boileavi  q-»   Louis  Planet.  iNova  species;. 
Mou-Tin  iThibet)  CoUect.  du  Muséum  de  Paris. 

Fig.  2.  —  Lucanus  Boileavi  c^  Louis  Planet   (Nova  species). 
Exemp.  de  taille  movenne  de  Pin-Lou-Chan. 
CoU.  R.'Oberlhur. 

dents  de  la  fourche  terminale  sont  encore  plus  longues  et 
plus  nettement  aiguës  que  chez  le  L.  Dybowskii.  Feuillets  des 
antennes  très  courts.  Tète  non  seulement  sans  carène  frontale 
coihme  chez  cette  dernière  espèce,  mais  encore  sans  aucune 
ëchaocrure  aux  carènes  latérales,  à  la  hauteur  des  yeux.  Bord 
postérieur  de  ces  mêmes  carènes  encore  plus  arrondi  que  chez 
les  deux  espèces  voisines.  Corselet  et  èlytres  sensiblement 
plus  amples.  Pattes  postérieures  ayant  leurs  épines  remarqua- 
blement peu  accentuées  chez  les  deux  seuls  individus  mâles 
qui  me  soient  connus  voir  fig.  1  et  2}.  Tarses  robustes  aux 
trois  paires  de  pattes. 

Ces  deux  individus  font  partie  :  le  plus  grand  de  la  collec- 
tion du  Muséum  de  Paris  où  il  est  noté  comme  rapporté  de 
Mou-Pin  (Thibet),  par  M.  l'abbé  David,  le  plus  petit,  de  la 
collection  de  M.  R.  Oberthur,  où  il  porte  l'indication  :  5e- 
Pin-Lou  Chan    Va  Tcheou)  [^chasseurs  indigènes,  1893]. 

Le  spécimen  du  Muséum  m'avait  déjà  paru  très  différent  du 
L.  Dybowskii  de  Sibérie  et  je  me  proposais  de  l'étudier  d'une 
façon  plus  approfondie  en  arrivant  au  groupe  du  L.  maculife- 
moratus,  lorsque  M.  R.  Oberthur  me  le  signala  d'une  façon 
toute  spéciale  et  me  communiqua,  à  l'appui  de  son  dire,  le 
spécimen  de  sa  collection  qui  est  identique  à  la  taille  près  et 
i  la  coloration  qui  est  tant  soit  peu  plus  foncée. 

Je  dédie  celte  intéressante  espèce  <i  mon  collègue  et  ami, 
M.  H.  Boileau  en  remerciment  de  l'obligeance  avec  laquelle  il 
a  bien  voulu  mettre  à  ma  disposition  son  intéressante  collec- 
tion de  Lucanides.  {A  suivre.)  Louis  Planet. 


GÉOGKAPIIIE  BOTANIQUE 

L'AIRE     DHABITAT    DU     PALMIER    NAIN 
(fihamxrops  humilis) 


L'importance  de  la  GeoLiraphie  Botanique,  présentée 
par  Tournefort,  Linné,  Bufl'on,  Bernardin  de  Saint- 
Pierre,  a  été  mise  hors  ae  doute  par  Humboldt.  et  les 
principes  de  cette  science,  établis  successivement  par 
de  Candolle,  Grisebach,  etc.,  ont  été  en  dernier  lieu 
réunis  en  corps  de  doctrine  par  Drude  (I) 

Toutefois,  comme  la  répartition  des  végétaux  à  la  sur- 
face du  globe  dépend  d'un  grand  nombre  de  facteurs 
dont  quelques-uns  encore  peu  ou  point  connus,  il  reste 
beaucoup  à  faire  dans  cette  branche  de  connaissances 
humaines. 

Les  ^^les  d'ensemble  exposées  dans  les  ouvrages  de 
géographie  botanique  ont  certes  leur  utilité,  comme 
indications  théoriques,  mais  des  lois  précises  ne  pour- 
ront être  formulées  qu'au  fur  et  à  mesure  de  Vintigralion 
des  détails  recueillis  sur  l'aire  d'habitat  de  chaque  espèce 
végétale. 

Dans  cet  ordre  d'idées,  les  botanistes  répandus  partout, 
—  soit  qu'ils  limitent  leurs  recherches  à  une  localité, 
soit  qu'ils  voyagent  —  peuvent  rendre  à  la  science  de 
signalés  services,  en  s'attachant  à  recueillir  les  observa- 
tions relatives  à  la  géographie  botanique. 

Les  lecteurs  du  ^iaturalisle,  en  particulier,  pourraient 
utilement  collaborer  à  celte  œuvre,  à  laquelle  nous  nous 
sommes  nous-mêmes  adonné  depuis  plus  de  vingt-cinq 
ans,  et  que  de  nombreux  voyages  nous  ont  permis  de 
rendre  fructueuse.  Cette  tâche  est  des  plus  intéressantes  ; 
car,  au  charme  des  études  botaniques,  elle  ajoute  celui 
de  découvertes  réellement  utiles  à  la  science.  Une  excur- 
sion botanique  n'enrichit  pas  seulement  l'herbier  ;  en 
signalant  tel  végétal,  sur  tel  point,  dans  telle  station, 
on  apporte,  en  outre,  un  document  nouveau  à  la  connais- 
sance de  son  aire  d'habitat. 

■  Illustrons  »  cette  argumentation  par  un  exemple, 
emprunté  à  l'aire  d'habitat  du  palmier  nain  (ChamiFrops 
kumilis),  en  partant  de  ce  principe  directeur  :  L'aire 
d'habitat  d'un  végétal  est  la  résultante  des  antécédents  géo- 
logiques, des  modes  de  dispersion  et  des  eirtonslances  cli- 
matériques  qui  ont  affecté  ce  végétal  jusqu'au  moment  où  on 
Cobserce. 

En  ce  qui  concerne  le  palmier  nain.  Charles  Martins, 
frappé  de  la  coïncidence  de  son  aire  d'habitat  avec  celle 
d'autres  végétaux  tels  que  le  caroubier,  le  myrte,  le 
laurier-rose,  le  figuier,  le  grenadier,  l'olivier,  etc.,  le 
considérait  avec  raison,  ainsi  que  ces  végétaux,  comme 
un  survivant  d'une  flore  antérieure.  Il  a  écrit  à  ce  sujet: 
«  Il  est  probable  qu'on  retrouvera  le  palmier  nain  à 
l'état  fossile  dans  les  couches  tertiaires,  où  l'on  a  déjà 
trouvé  les  restes  d'autres  palmiers  qui  n'ont  pas  survécu 
comme  celui-ci  aux  vicissitudes  climatériques  (2).  » 

Effectivement,  des  restes  fossiles  de  palmier  nain 
ont  été  trouvés  dans  les  grès  de  la  molasse  inférieure 
miocène,  sur  les  bords  du  lac  de  Zurich.  L'aire  de  ce 
végétal  s'étendait  donc  au  moins  jusqu'à  cette  latitude 
vers  le  milieu  de  l'époque  tertiaire. 

(i;  Drude,  Handbuch  des  Pflanzen   Géographie  (IS90;. 
(2)  Charles  Martins,   Les   migi-alions   végétales   [Retue   des 
Deux  Mondes,  I,  85,  p.  636.  —  1870). 


LE     NATURALISTE 


20-; 


Depuis  lors,  elle  a  rétrogradé  progressivement  vers 
le  Sud.  Il  y  a  quelques  années,  on  trouvait  encore  le 
palmier  naio  à  l'état  spontané  aux  environs  de  Nice  et 
de  G^nes,  et  il  fallait  qu'il  fut  assez  abondant,  puisque 
ses  feuilles  servaient  à  faire  des  balais. 

J'ai  parcouru  toute  celte  plage  en  J89I  et  je  n'en  ai  pu 
trouver  un  seul.  Charles  Martins  attribue  leur  disparition 
au  «  zèle  intempérant  des  botanistes  collectionneurs  ». 
Peut-être  la  détérioration  du  climat,  qui  fait  reculer 
annuellement  l'aire  d'habitat  de  l'olivier,  ainsi  que  je 
l'ai  constaté  moi-même  de  tisu  dans  la  Montagne  Noire 
(Aude),  y  est-elle  aussi  pour  quelque  chose. 

Quoi  qu'il  en  soit  la  station  la  plus  septentrionale  du 
palmier  nain,  signalée  par  M.  F.  SaJvet  il),  se  trouve 
actuellement  sur  la  c<lte  toscane,  par  -iâ^âS'  de  latitude 
nord,  au  Monte-Arpentario,  qui  s'élève  à  32";  mètres,  et 
forme  une  petite  presqu'île  en  face  de  la  Corse.  De  là, 
l'aire  du  palmier  nain  descend  en  Italie,  sur  tout  le 
Tersant  oriental  de  l'Apennin,  dans  les  plaines  peu 
étendues  de  l'Apulie,  des  Abruzzes,  le  long  des  côtes  de 
la  Sicile,  et  s'étend,  vers  l'Orient,  jusqu'en  Gréca. 

Vers  l'Occident,  elle  englolje  la  Corse,  la  Sardaigne, 
les  Baléares.  J'ai  pu  observer  moi-même  le  palmier  nain 
dan?  ces  dernières  iles,  mais  je  l'ai  trouvé  surtout  com- 
mun en  Andalousie,  où  il  couvre  parfois,  à  l'e-xclusion  de 
toute  autre  plante,  de  très  vastes  espaces,  notamment 
aux  environs  d'Alcala  de  Quadaira,  près  de  Séville.  On 
pourrait  dire  qu'il  constitue  en  Espagne  de  véritables 
forêts,  s'il  ne  s'agissait  d'une  espèce  le  plus  souvent 
dépourvue  de  liges,  et,  en  tout  cas,  ne  dépassant  jamais 
40  centimètres  de  hauteur  (2).  Il  est  si  abondant  que  j'ai 
TU  vendre  couramment,  sur  le  marché  d'Alcala,  sa 
racine  charnue,  qui  est  comestible  et  présente  un  goût 
analogue  à  celui  du  Sagou. 

On  trouve  enfin  le  palmier  nain  sur  tout  le  littoral  de 
l'Algérie. 

L'aire  d'habitat  actuelle  de  ce  végétal  résulte  donc 
principalement  des  antécédents  géologiques  et  des  modi- 
fications climatériqups  survenues  depuis. 

C'est  l'ancienne  liaison  continentale  qui  existait  entre 
l'Europe  et  l'Afrique  par  l'intermédiaire  des  [«éninsules 
et  des  fles  méditerranéennes,  qui  explique  la  présence 
simultanée  du  Ckamxrops  humilis  en  Grèce,  en  Italie,  en 
Corse,  en  Sardaigne,  en  Sicile,  aux  Baléares,  en  Espa- 
.  r:e  et  sur  la  cote  de  Barbarie. 

C'est  la  dégradation  du  climat  depuis  l'époque  tertiaire 
qui  explique  la  rétrogradation  de  sa  limite  septentrionale 
depuis  les  bords  du  lac  de  Zurich  jusqu'en  Toscane. 

Quant  à  son  mode  de  dispersion,  il  est  des  plus 
limités.  En  effet  :  i'  sur  certains  pieds,  les  organes 
femelles  de  la  fleur  avortent,  et  on  ne  trouve  que  les 
organes  mâles:  2»  chez  les  fleurs  complètes  deux  des 
trois  ovaires  avortent  atissi  ordinairement  ;  Z'  enfin,  les 
rares  fruits  qui  arrivent  à  maturité  se  dispersent  dans 
une  aire  des  plus  réduites. 

Il  en  résulte  qu'il  faut  longtemps  au  palmier  nain  pour 
arriver  à  couvrir  de  proche  en  proche  des  espaces  consi- 
dérables, —  et  c'est  probablement  ainsi  qu'il  a  acquis 
son  aire  d'habitat  actuelle,  du  tertiaire  au  quaternaire. 


(Il  1^  lac  Majeur  et  les  iles  Borromée.  p.  61     Is83). 

•i)  C'esi  an  Teritable  phénomène  botanique  qoe  présentent 
les  deni  célèbres  palmiers  nains  caltiTés  an  Jardin  des 
PUntes  depuis  L,oai5  XIV,  et  qui  se  sont  élevés  à  prés  de 
9  métrés  de  haaiear. 


.Son  peu  de  fécor.  :  ije  aussi  qu'il  puisse  dispa- 

raître rapidement  et  -ment  de  certaines  localités, 

telles  que  la  Ritiera  de  Nice  et  de  Gènes. 

Cet  exemple,  pris  au  hasard,  montre  quel  est  l'intérêt 
des  études  de  géographie  botanique,  et  limportance  de 
l'œuvre  à  laquelle  noixs  invitons  les  lecteurs  du  Satura- 
liste  à  collaborer.  Paul  Combes. 


OFFRES  ET  DE.M.\M)ES 


A  céder  les  lots  et  collections  de  Coléoptères  ci-après 
désignés.  S'adresser  à  <  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle  », 
46,  rue  du  Bac,  Paris. 

Lot  de  Clavicomes,  98  espèces,  236  exempl.,  1  car- 
ton. Prix  :  22  fr. 

Lot  de  Curculionides,  171  espèces,  373  exempl., 
2  cartons.  Prix  :  23  fr. 

Collection  de  Dytiscides  et  Gyrinides,  192  espèces, 
792  exemplaires,  3  cartons.  Prix  :  50  £r. 
Collection   de  Térédiles, '148  espèces,  545  exempl., 

5  cartons.  Prix  :  40  fr. 

Lot  de  Clavicomes,  132  espèces,  368  exempl.,  4  car- 
tons. Prix  :  32  fr. 

Lot  de  Chrvsomélides,  294  espèces,  1.374  exempl., 
8  cartons.  Prix  :  50  fr. 

Collection  de  Coccinellides  europ.  et  e.votiques, 
155  espèces,  502  exempl.,  3  cartons.  Prix  :  40  fr. 

Lot  de  Coccinellides  de  France,  47  espèces,  123  exem- 
plaires, i  carton.  Prix  :  10  fr. 

Collection  de  Bruchides  européens  et  exotiques^ 
192  espèces,  576  exempl.,  3  boîtes.  Prix  :  70  fr. 

Collection  de  Lucanides  et  Lamellicornes  de  France, 
1 15  espèces,  400  exempl.,  3  cartons.  Prix  :  33  fr. 

Collection  de  Coccinellides,  47  espèces,  539  exempl., 

2  cartons.  Prix  :  30  fr. 

Lot  de  Chrysomélides  europ.  et  exotiques,  environ 
272  espèces,  556  exempl.,  8  boîtes.  Prix  :  50  fr. 

Lot  d'.Apion,  122  espèces,  313  exempl.,  I  canon. 
Prix  :  25  fr. 

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3.32  exempl.,  1  carton.  Prix  :  20  fr. 

Collection   de  Scolytides,  83  espèces,  674  exempl., 

3  boîtes.  Prix  :  40  fr. 

Doubles  de  la  collection  Lervoiturier,  environ  15  à 
16.000  Coléoptères.  Prix  :  300  fr. 

Collection  de  Carabides  (les  Carabes  vrais  man- 
quent), 816  espèces,  2.896  exempl.,  25  cartons.  Prix  : 
123  fr. 

Collection  de  Coléoptères  (presque  tous  de  France), 
2.300  espèces  environ,  12  à  13.000  exempl.,  44  boîtes. 
Prix  :  450  fr. 

Collection  de  Clavicomes,  724  espèces,  3.391  exem- 
plaires, 22  cartons.  Prix  :  150  fr. 

Collection  de  Longicoraes,  425  espèces.  1.294  exem- 
plaires, 14  cartons.  Prix  :  250  fr. 

Collection  de  Palpicoraes,  107  espèces,  560  exempl., 
3  cartons.  Prix  :  30  fr. 

Collection  de  Staphilinides,  713  espèces,  2.965 
exempl  ,  18  cartons.  Prix:  125  fr. 

Collection  de  Ténébrionides  et  vésicants,  86S  esp., 
2.484  exempl.,  25  cartons.  Prix  :  125  fr. 

Collection  de  Buprestides,  185  espèces  ,633  exempl., 

6  cartons.  Prix  :  80  fr. 

Collection  de  Throscides,  Eucménides  et  Elaterides, 
190  espèces,  600  exempl.,  6  cartons.  Prix  :  65  fr. 


208 


LE     NATURALISTE 


Collection  de  Malacodermes,  171  esp.,  678  exempl., 
7  cartons.  Prix  :  4d  fr. 

Collection  de  Curculionides  et  Xylophages,  880  esjK, 
3.416  exempl.,  27  cartons.  Prix  :  173  fr. 

Lot  de  Curculionides,  96  espèces,  383  exempl.,  4  car- 
tons. Prix  :  30  fr. 

Lot  de  Coccinellides  ourop.  et  exotiques.  78  espèces, 
240  exempl.,  1  boite,  l'rix  :  20  fr. 

Lot  de  Dytiscides,  Gyrinides  europ.  et  e.xotiques, 
78  espèces,  246  exempl.,  1  boite.  Prix  :  20  fr. 

S'adresser  pour  les  lots  et  collections  ci-dessus  à  o  Les 
Fils  D'Emile  Deyrolle  »,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  M.  LouisLardenas,  14,  quai  Choiseul  àNancy  (Mme 
et  Mlle),  offre  :  Saturnia  Carpino  çf  et  9 ,  Aglia  Tau  o" 
et  Liménétis  Populi  çf,  en  échange  contre  autres  Lépi- 
doptères, de  préférence  méridionaux. 


LIVRE     NOUVEAU 


Catalogne  des  Mamiuifèrcs 

Vivants  et  Fossiles  {Deuxième  édition). 

par  le  D"'  E.  Trouessart. 

(l^r  fascicule  •.Primates,  l'rosimiie.  Chiroplera,  Insectivora). 

2"  fasc.  :  Carnivore,    l'innipediœ,  Hodentia    (1™  partie)  1897, 

12  Ir.  50,  franco  12fr.9Û. 

Cette  nouvelle  édition  du  Catalogue  des  Mammifères  est  ré- 
digée en  latin,  suivant  la  coutume  adoptée  depuis  longtemps 
pour  les  Catalogues  d'Insectes.  Il  n'est  plus  besoin,  à  notre 
époque,  de  mettre  on  évidence  l'utilité  de  ces  Catalogues  pour 
tous  ceux  qui  s'occupent  d'un  groupe  quelconque  du  Régne 
animal  ;  les  Catalogues  d'espèces  sont  des  livres  de  chevet  que 
l'on  a  besoin  d'avoir  sans  cesse  sous  la  main,  et  qui  restent 
encore  utiles  même  lorsqu'ils  ont  vieilli  jiar  suite  des  progrès 
de  la  science,  ou  qu'ils  paraissent  avoir  été  remplacés  par  des 
publications  plus  récentes. 

En  veut-on  un  exemple  bien  démonstratif?  Do  1869  à  1871, 
c'est-à-dire  il  y  a  plus  de  26  ans,  G.  R.  Gray,  publiait  le  Hand- 
Lis  of  Birds  en  trois  volumes,  qui  n'est  qu'une  liste  systéma- 
tique, synonymique  et  géographique  de  tous  les  Oiseaux  con- 
nus à  cette  époque,  sans  autre  indication  biljliographique  que 
celle  des  planches  où  ces  oiseaux  sont  figurés.  Depuis  celte 
époque  le  ISritisli  Muséum  a  publié  un  grand  Cataloçiue  of 
liirds  qui  comprend  déjà  plus  de  2.j  volumes  et  donne  la  des- 
cription do  toutes  les  espèces.  Malgré  cela  les  ornithologistes 
ne  semblent  pas  avoir  renoncé  au  lland-List.  sans  doute  plus 
commode  et  plus  maniable  :  c.-ir  cet  ouvrage,  épuisé  depuis 
lono-temps,  est  tout  aussi  dilllcile  à  se  procurer  qu'il  y  a 
quinze  ans.  Les  exemplaires  d'occasion  que  l'on  rencontre  de 
temps  en  temps  dans  le  commerce  sont  cotés  60  francs,  c'est- 
à-dire  le  double  du  prix  de  publication. 

Pour  en  revenir  aux  Mammifères,  on  sait  que  depuis  les 
Synopsis  de  Schinz,  de  Wagner  et  de  Giebel,  tous  antérieurs 
à  1855,  il  n'avait  été  publié  aucun  travail  d'ensemble  permet- 
tant d'arriver  rapidement  à  la  connaissance  des  espèces,  car 
l'excellent  manuel  de  MM.  Flower  et  Lydekker  [Manmials 
Living  and  Extinct,  1891)  s'arrête  aux  genres. 

La  ]>remière  édition  du  Calaloijue  des  Mammifères  vivants  et 
fossiles,  publiée  de  1879  à.  1885,  n'avait  été  qu'un  premier 
essai;  elle  était  restée  incomplète  par  suite  de  la  dépense 
considérable  que  nécessite  l'impression  d'un  travail  de  ce 
<»enre.  En  outre,  les  tirages  à  part  des  parties,  publiées  suc- 
cessivemeni  par  la  ilei'we  et  Magasin  de  zoologie,  puis  par  le 
Bulletin  de  la  Société  d'Etudes  scientifiques  d'Angers,  étaient 
devenus  introuvables.  Enfin,  la  science  avait  marché  pendant 
les  quinze  ans  écoulés  :une  nouvelle  édition  était  nécessaire  et 
les  Mammalogistes  la  réclamaient  depuis  longtemps. 

Un  livre  de  ce  genre  n'est  utile  qu'à  condition  d'être  publié 
rapidement.  L'auteur  et  l'éditeur  se  sont  engagés  à  l'achever 
en  un  an,  et  nous  savons  qu'ils  tiendront  parole.  Le  premier 
fascicule  contenant  les  Primates,  Prosimise,  Cliiroptern  et  In- 
sectioo)'a,  a  paru  en  janvier  1897  :  le  second  vient  de  paraître 
(mai  1897)  ;  c'est  déjà  la  moitié  de  l'ouvrage,  qui  sera  publié 
en    quatre    fascicules    et    formera    un    volume    compact    de 


800  pages,  complété  par  une  table  alphabétique  de  tous  les 
noms  de  genres  et  d'espèces. 

Dans  une  courte  introduction,  l'auteur  indique  le  plan  qu'il 
a  suivi  pour  faciliter  les  recherches  bibliographiques,  tout  en 
réduisant  les  indications  au  strict  nécessaire.  .Sous  le  numéro 
de  chaque  espèce  on  trouve  d'abord  l'indication  de  la  descrip- 
tion primitive  donnée  par  le  créateur  de  l'espèce  ;  puis  l'jndi- 
calion  des  travaux  qui  ont  modifié  la  place  de  cette  espèce 
dans  le  système  ou  qui  sont  accompagnés  de  figures  origi- 
nales, et  enfin  celle  des  Monographies  les  plus  récentes  qui 
ont  servi  de  guide  à  l'auteur  dans  la  rédaction  du  Catalogue. 

Un  Catalogue  n'est  pas  un  ouvrage  de  critique;  aussi  l'au- 
teur s'est-il  abstenu  de  modifier  en  quoi  que  ce  soit  les  résul- 
tats auxquels  sont  arrivés,  relativement  à  la  valeur  des  es- 
pèces, les  travaux  les  plus  récents.  Dans  les  cas  très  rares  où 
il  a  cru  devoir  donner  son  opinion  basée  sur  des  recherches 
personnelles  encore  inédites,  il  a  eu  soin  de  l'indiquer  dans 
une  note  placée  au  bas  de  la  page.  Quelques  espèces  nou- 
velles ou  mal  connues  sont  également  caractérisées  dans  ces 
notes  (1). 

(1)  Voici  l'indicalion  de  ces  changements.  Deux  espèces  sont 
nouvelles  ou  caractérisées  pour  la  première  fois  :  Cercocebus 
agilis  (A.  M.  Edvv.)  du  Congo  (p.  24),  et  Macacus  Harmandi 
(A.  M.  Edw.),  du  Siam  (p.  29)  :  ces  deux  espèces"  sont  dé- 
crites plus  en  détail  dans  le  yaturalisie  du  1<^''  janvier  1897, 
p.  9.  —  Le  nom  de  Vespertilio  Dobsoni,  Anderson,  est  changé 
en  1  .  Andersoni  (Sp.  745,  p.  129),  le  premier  nom  étant 
préoccupé.  —  Le  genre  fossile  Ec/iinogale  Pomel,  1848,  est 
changé  pour  la  même  raison  en  scaptooai.e  (p.  204).  —  Un 
genre  nouveau  prosinopa  est  créé  pour  l'espèce  SUnopa  eximia 
(p.  68),  qui  ne  peut  rester  dans  le  genre  Sinopa,  Leidy,  1S71  ' 
et  qui  n'est  entrée  dans  ce  genre  qu'en  1873.  Le  nom  de  Si- 
7iopa  a  la  priorité  pour  le  genre  de  Créodontes  désigné  précé- 
demment sous  le  nom  de  Stypolop/ius,Copc.  1872. 

Les  sous-espèces  et  les  variétés  sont  uniformément  dési- 
gnées par  des  lettres  (o.  A,  c,  etc.),  à  la  suite  du  numéro  de 
chaque  espèce.  Les  naturalistes  modernes,  et  particulièrement 
les  Américains,  ont  une  tendance  peut-être  excessive  à  multi- 
plier ces  (I  sous-espèces  »,  pour  lesquelles  on  a  créé  la  nomen- 
clature trinominule.  et  qui  no  sont  que  des  variétés  locales. 
Cependant  dans  un  Catalogue  comme  celui-ci,  on  ne  peut  se 
dispenser  de  les  noter  avec  soin. 

Une  innovation  qui  sera  certainement  bien  accueillie,  et  qui 
constitue  un  progrès  sur  la  première  édition,  consiste  à  placer 
en  vedette,  en  tête  de  chaque  groupe  (Ordre,  Famille  ou 
Genre)  l'indication  bibliographique  des  Monographies  ou  des 
Revisions  récentes  qui  se  rajjportent  à  ce  groupe. 

L'intercalation  des  espèces  fossiles  au  milieu  des  espèces 
vivantes  n'est  pas  toujours  très  facile  :  elle  est  cependant 
nécessaire,  car  les  paléontologistes  ne  peuvent  se  passer  de 
r  élude  de  ces  dernières  qu'ils  doivent  sans  cesse  comparer  aux 
espèces  éteintes  dont  ils  ont  entrepris  l'étude.  Sous  ce  rap- 
port, le  Catalogue  est  aussi  indispensable  aux  paléontologistes 
qu'aux  zoologistes,  et  c'est  surtout  dans  la  classe  des  Mammi- 
fères que  ce  rapprochement  des  deux  sciences  sœurs  apparaît 
nettement  comme  éminemment  i^rofitablo  à  toutes  deux. 
Faut-il  rappeler  l'exemple  ancien  du  Palœospalax  nuigna 
décrit  en  1845,  par  Owen,  comme  un  Insectivore  complètement 
éteint,  et  reconnu  seulement  en  1863,  par  Lartet,  comme 
identique  au  Desman  de  Russie,  Mgogale  moscliata?  Plus  ré- 
cemment M.  0.  Thomas  n'a-t-il  pas  démontré  que  le  type 
ancien  des  Epanortliidse,  Didelphes  très  abondants  dans  le 
teitiaire  de  Patagonie  et  décrits,  en  1893,  par  Ameghino  qui 
les  supposait  complètement  éteints,  était  encore  vivant  dans 
l'Amérique  du  Sud'i'  Le  Caenolesles,  décrit  primitivement  sous 
le  nom  d'IIyracodon  par  Fraser,  et  dont  on  connaît  mainte- 
nant deux  espèces  originaires  de  l'Equateur,  diffère  beaucoup 
des  autres  Didelphes  américains  et  doit  être  placé  dans  la 
famille  des  Epanortliiday,  beaucoup  plus  voisine  des  Phalan- 
gers  australiens. 

Disons  en  terminant  que  l'éditeur  n'a  rien  épargné  pour 
que  cette  nouvelle  édition  du  Catalogue  soit  aussi  parfaite  que 
possible.  La  disposition  typographique  est  très  nette  et  le 
papier,  soigneusement  collé,  pour  permettre  les  annotations 
manuscrites,  est  de  première  qualité.  Enfin  la  correction  du 
texte,  œuvre  toujours  délicate  dans  un  livre  entièrement  com- 
posé de  chifl'res'et  d'abréviations,  ne  laisse  rien  à  désirer. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 

PARIS.    —  IMPRIMERIR  F.    LEVÉ,     RUE  CASSETTE,    17. 


19"  ANNÉE 


2»  Série 


!%•   «ÎÎ3 


15  SEPTKMBRli:  1897 


NOTES  SÏÏR  LES  BOGHEADS, 

et  les  Bactériacées  qu'ils  contiennent 


Les  Bogheads  sont  des  combustibles  anciens  fort 
rechcrcbés,  dont  la  valeur  est  plus  considérable  que  celle 
de  la  houille,  à  cause  des  huiles,  des  ijarallines,  qu'ils 
produisent  en  abondance  par  distillation  ;  on  s'en  sert 
fréquemment  ])0ur  obtenir  des  gaz  riches,  d'un  pouvoir 
éclairant  près  de  trois  fois  plus  grand  que  celui  du  gaz 
de  la  houille. 

Les  Bogheads  se  rencontrent  dans  les  terrains  per- 
mien,  liouiller,  authracifére.  Dans  tous  les  gisements  ils 
paraissent  formés  par  l'accumulation  d'Algues  microsco- 
piques, qui,  ayant  vécu  à  la  surface  de  lacs  peu  agités, 
sont  descendues  les  unes  après  les  autres  et  ont  formé, 
en  se  suj)erposant,  des  couches  dont  l'épaisseur  actuelle 
varie  entre  20  centimèttes  et  lm,30.  Il  est  clair  iju'en 
même  temps  que  ces  Algues  gagnaient  le  fond,  les  autres 
matières  solides  en  suspension  dans  les  eaux,  grains  de 
poussières  minérales,  fragments  de  plantes  diverses, 
spores,  microspores,  niacrospores,  grains  de  pollen,  Bac- 
tériacées, sulistances  organiques  rendues  insolubles  par 
la  houillification,  etc.,  entraînées  dans  ce  mouvement 
descendant,  ont  formé  une  sorte  de  substratum,  que  nous 
avons  désigné  sous  le  nom  de  matière  fondamentale 
plus  ou  moins  abondante  séparant  les  lits  d'algues.  Les 
couches  stratifiées,  dont  on  reconnaît  facilement  l'impor- 
tance et  la  direction,  sont  visibles  sur  les  cassures. 
Nous  pouvons  prendre  comme  exemple,  pour  les  décrire, 
l'un  des  Bogheads  les  plus  connus  en  France,  celui 
d'Autun. 

Le  Boghead  d'Autun  est  un  combustible  solide,  homo- 
gène, élastique  sous  le  marteau  comme  un  bloc  de  jiois, 
se  cassant  difficilement  dans  le  sens  perpendiculaire  à  la 
stratification  ;  la  cassure  est  conchoidale,  brillante,  pré- 
sentant des  traces  de  stratificatioa  très  évidente  comme 
à  Margenne,  tantôt  moins  apparentes  à  cause  d'une  plus 
grande  pureté,  comme  aux  Thélots  (I). 

L'as])ect  est  résinoide;  à  la  loupe  on  reconnaît, avec  la 
plus  grande  facilité,  des  sections  lenticulaires  brillantes, 
séparées  par  de  mirices  filets  plus  ternes;  ces  sections 
correspondent  à  celles  des  thalles  d'Algues  houillifiés,  les 
filets  ternes  à  de  la  matière  non  organisée  ou  matière 
fondamentale  déposée  en  même  temps  que  les  Algues. 
Fréquemment  on  distingue  des  bandes  assez  étendues  et 
d'une  épaisseur  variable,  parfaitement  brillantes  ;  l'étude 
microscopique  de  ces  bandes  a  montré  qu'elles  étaient 
formées  tantôt  par  l'agglomération  de  thalles  non  séparés 
par  des  déjiots  de  matières  étrangères,  tantôt,  mais  plus 
rarement,  par  des  fragments  de  végétaux  supérieurs, 
débris  de  bois,  d'écorces,  de  feuilles. 

Le  Boghead  est  très  dilBcile  à  pulvériser,  il  donne  une 
poudre  jaune  brun  ;  chaufl'é  vers  400°,  en  vase  clos,  il  se 
ramollit  et  reste  pendant  quelque  temps  élastique  ;  il 
est  décomposé  à  une  température  plus  élevée  en  donnant 
de  nombreux  carbures  d'hj'drogène.  L'étude  particulière 


1)  Ces  deux  localités  sont  les  centres  d'exploitation  du  Bo- 
ghead dans  les  environs  d'Autun. 

Le  Xaluraliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


du  gisement  d'Autun  a  montré  que  la  couche  do  Boghead- 
épaisse  de  25  à  27  centimètres  s'est  faite,  c'est-à-dire  a 
acquis  ses  propriétés  physiques  et  chimiques,  avec  une 
rapidilé  que  l'on  ne  soupçonnaitpas. 

Le  Boghead  d'Autun  contient  une  .seule  espèce 
d'Algue,  le  Pila  hilirnctfmia  primitivement  sphérique, 
mesurant  à  l'état  adulte  170  à  I80(i  de  diamètre,  qui,  sous 
l'influence  do  la  pression  s'est  déformée  plus  ou  moins, 
est  devenue  lenticulaire,  quelquefois  ellipsoïdale.  Le 
thalle  était  formé  d'une  seule  couche  de  cellules  prisma- 
tiques à  section  transversale  ]iolygonale,  limitant  une 
cavité  relativement  considérable.  En  même  temps  que  le 
thalle  s'aplatissait,  la  cavité  changeait  de  forme,  le  côté 
supérieur  pouvait  même  venir  en  contact  avec  le  côté 
inférieur.  Dans  un  thalle  adulte,  on  peut  compter  de  400 
à  300  cellules. 

Aux  Thélots,  la  couche  de  Boghead,  épaisse  de  23  cen- 
timètres,peut  contenir  L700  à  L800  lits  de  thalles  super- 
posés. Dans  les  endroits  où  les  Pilas  sont  abondants, 
ils  forment  les  773  millièmes  de  la  masse  et  peuvent 
atteindre  le  nombre  de  250.000  par  centimètre  cube. 

On  peut  comparer  les  Algues  du  Boghead  d'Autun  à 
certaines  Protococcacées  qui  contribuent  encore  actuel- 
lement à  la  formation  du  phénomène  connu  sous  le  nom 
de  fleurs  d'eaux.  A  certains  jours  d'été,  les  mares  ou  les 
étangs  se  couvrent  en  quelques  heures  d'une  abondante 
végétation  d'Algues  que  le  moindre  vent  submerge;  les 


Fig.  1. 

Pila  bibractensis,  envahi  par  les  Bactériacées.  a,  portion  du 
thalle  où  les  parois  des  cellules  sont  indiquées  par  des  lignes 
polygonales  de  Microcoques,  M.  peirolei.  Var.  A.  —  b,  ré- 
gion où  la  désorganisation  est  plus  complote  et  où  les  Cocci 
sont  disséminés  au  hasard. 

Noï.i.  —  Toutes  nos  figures  sont  faites  scrupuleusement  d'après 
d'excellentes  photographies. 

thalles  gagnent  lentement  le  fond  et,  le  phénomène  se 
répétant  plusieurs  jours  de  suite,  on  conçoit  qu'il  pour- 
rait s'y  accumuler  une  certaine  quantité  de  lits  d'Algues 
superposés. 

Al'époquede  la  Houille,  il  est  possible  que  l'apjjarition, 
un  peu  capricieuse  de  nos  jours,  de  ces  fleurs  d'eau  fût 


210 


LE      NATURALISTE 


plus  fréquente,  favorisée  par  un  climat  uniforme,  chaud 
et  humide. 

Les  Bogheads  s'étant  formés  dans  des  lacs  de  petite 
étendue  et  sous  un  régime  de  tranquillité  relativq,  il  était 
permis  de  supposer  que  l'on  pourrait  constater  la  présence 
des  Bactcriacées  dans  les  Algues  fossiles. 

Les  comhustibles  que  nous  avons  examinés  à  ce  point 
de  vue  sont  des  Bogheads  des  terrains  perniiens  de  France 
et  d'Australie,  du  terrain  houiller  moyen  d'Angleterre  et 
d'Ecosse,  du  Culm  de  Russie. 

Les  thalles  qui  composent  la,  masse  des  Bogheads  se 
trouvent  à  des  stades  divers  de  décomposition  ;  tantôt  ce 
sont  des  corps  d'aspect  gélatineux  ou  iloconneux  sans 
structure  apparente,  de  couleur  jaune  clair;  tantôt  on  y 
distingue,  plus  ou  moins  nettement,  les  cellules  qui  les 
composent. 

Dans  le  premier  cas,  les  Bactériacées,  qui  toutes  affec- 
tent la  forme  coccoide,  sont  dissiminées  sans  ordre  dans 
le  milieu  amorphe,  et  souvent  fort  difficiles  à  mettre  en 
évidence,  (]uand  il  ne  s'est  pas  établi  une  légère  différence 
de  coloration  entre  elles  et  la  masse  environnante,  6,  fîg.  1. 

Dans  le  second  cas,  au  contraire,  les  Bactériacées  sont 
rangées  suivant  les  parois  des  cellules,  dont  elles  mar- 
quent exactement  la  forme  et  la  disposition,  a,  iig.  1. 

La  plupart  occupent  la  place  delamemhrane moyenne, 
quelques-unes  se  sont  un  peu  écartées;  mais  le  iréseau 
polygonal  est  néanmoins  d'une  grande  régularité. 

Sur  des  coupes  intéressant  la  longueur  des  cellules  et 
non  plus  leur  largeur,  les  parois  sont  dessinées  par  des 
bandes  rayonnantes  de  Microcoi|ues,  tantôt  linéaires, 
quand  elles  passent  par  les  parois  latérales,  tantôt  plus 
ou  moins  élargies  quand  la  section  rencontre  la  surface 
supérieure  ou  inférieure  des  cellules.  Les  Coccisont  donc 
restés  en  place  dans  beaucoup  de  cas,  malgré  la  défor- 
mation des  thalles  qui  se  sont  aplatis. 

Nous  avons  donné  le  nom  de Micrococcufi  petriiln{i)  aux 


Fig.  2 
Reinschia  auslralis  envahi  par  les  Bactériacées  et  complète- 
ment désorganisé  1200/1.  —  «,  Micrococcus  petrolei.\ài:  A' 
disséminés.  —  b,  Micrococci  disposés  en  chaînette. 

(t)  Le  nom  spécifique  petrolei  doit  rappeler  seulement  que 
les  Microcoques  en  question  se  trouvent  en  abondance  dans 
un  combustible  produisant,  quand  on  le  distille,  des  huiles 
analogues  aux  pétroles. 


différents  microcoques  des  Bogheads,  les  distinguant 
d'après  l'âge  des  terrains  où  on  les  rencontre  par  les 
lettres,  A,  B  ,  C,  etc.  ;  ces  variétés  peuvent,  d'après  leur 
taille  et  leurs  fonctions,  se  subdiviser  ensous-variétés(l). 

La  diagnose  de  l'espèce, un  peu  élargie  par  nos  recher- 
ches récentes,  serait  :  «  Cellules  sphériques  à  membrane 
extrêmement  mince,  visible  sous  un  grossissement  de 
1.000  à  1.200  diamètres,  incolores  ou  faiblement  colorées, 
quand  elles  n'ont  pas  fixé  quelques  matières  étrangères  (2), 
apparaissant  souvent  comme  de  petites  sphères  brillantes, 
plus  réfringentes  que  le  milieu  environnant,  ou  bien,  par 
une  mise  au  point  un  peu  différente,  comme  une  cavité 
hémisj)héri([ue  de  même  diamètre;  celui-ci  peut  varier  de 
0|i,3  à  0|J-,7  soit  que  cette  variation  provienne  des  diffé- 
rences de  taille  d'individus  pris  à  des  âges  divers,  soit 
que  l'on  soit  en  présence  de  plusieurs  variétés,  les  plus 
petites  s'attaquant  aux  membranes  moyennes  des 
cellules,  les  plus  grosses  à  leurs  épaississements.  Les 
Microcoques  sont  tantôt  isolés,  tantôt  contigus, réunis  par 
deux  ou  en  chaînettes  a  et  6,  fig.  2.  Il  n'est  pa«  rare  de 
les  voir  entourés  d'une  sorte  d'auréole  plus  foncée. 

Il  y  avait  un  certain  intérêt  à  rechercher  le  mode  de 
pénétration  des  Bactériacées  à  l'intérieur  des  thalles.  En 


Fig.  3. 

Thylax  brilannicus.  Algues  du  Boghead  anglais  Armadale, 
occupées  par  le  Micrococcus  petrolei.  Var.  C  3Û0/1.  —  a,b, 
deux  thalles  coupés  transversalement  montrant  la  cavité 
centrale,  elles  méats  mettant  celte  cavité  en  communication 
avec  l'extérieur. 

même  temps  que  les  Algues  se  déposaient,  comme  nous 
l'avons  dit,  les  débris  divers  de  végétaux  tenus  en  sus- 
pension dans  les  eaux,  ces  matériaux  ont  produit  la 
matière  fondamentale  de  couleur  plus  foncée  qui  entoure 
les  Algues,  l'examen  microscopique  y  montre  une  grande 
variété  de  formes  coccoïdes,  la  surface  des  thalles  est 

(1)  La  lettre  B  est  réservée  aux  Microcoques  des  Cannels- 
Bogheadsdu  terrain  houiller  supérieur,  Commentry,Montram- 
bert,  Sainl-Éloi  et  Monlceau  que  nous  avons  signalés  ail- 
leurs. 

[i)  La  matière  du  milieu  où  les  Cocci  se  trouvenl  peut  les 
avoir  pénétrés  et  changé  leur  aspect  primitif. 


LE     NATURALISTE 


2H 


('gnlomont  recouverte  de  nombreux  Cocci.  Il  est  évident 
que  l'invasion  microbienne  se  faisait  de  la  périphérie 
vers  le  centre. 

Dans  les  Pilas,  le  tballi'  spliérique  étant  compose  d'une 
couche  de  cellules  iirismaliques  disposées  sur  un  seul 
rang  et  dont  le  grand  axe  est  dirigé  suivant  un  rayon  de 
la  sphère,  les  Micrococcus  petrolei  pénétraient  en  suivant 
les  arêtes  longitudinales  communes  à  ])lusieurs  cellules 
conligues,  et,  par  leurs  divisions  successives,  formaient 
bientôt  des  lignes  rayonnantes  continues  de  microcoques 
allant  de  la  périphérie  au  centre  du  thalle;  mais  pendant 
que  cette  i)rogression  centripète  s'effectuait,  une  autre 
dirigée  suivant  la  circonférence  se  produisait  également  : 
certains  microcoques  se  séparaient  dans  une  direction 
perpendiculaire  aux  arêtes  des  cellules,  mais  en  se  main- 
tenant dans  l'épaisseur  de  la  membrane  moyenne  et 
Ijroduisaient  ainsi  des  lignes  transversales  allantrejoindre 
l'arrête  opposée  et  donnant  aux  parois  des  cellules  une 
sorte  d'aspect  scalariforme. 

Ces  bandes  transversales  d'ailleurs  se  résolvent  sou- 


souvont  que  la  compression  sul.iie  par  les  cellules  des 
thalles  ont  confondu  les  lignes  et  les  lames  régulières  de 
Microcoques,  et  que  ceux-ci  soient  disséminés  sans  au- 
cun onh-e  dans  la  masse  d'aspect  gélatineux  (pii  en  pro- 
vient (fig.  2 et  4.) 

Nous  n'avons  pas  à  insister  sur  le  mode  ilc  pénétration 
des  Bactériacées  dans  les  autres  espèces  do  Pilas,  le  Pila 
.scoO'ca  qui  caractérise  le  Boghead  Russel,  la  Torbanite, 
le  Pila  Karpinskyi  que  l'on  rencontre  fréquemment  dans 
les  Cannels-Boghoads  du  Bassin  de  Moscou,  ces  difl'é- 
rentes  espèces,  ayant  la  même  organisation,  ont  été  en- 
vahies sans  aucun  doute  de  la  même  façon  que  l(!s 
Boghead  d'Autun  et  de  l'Esterol. 

11  en  est  de   même  pour  les  Thyhi.v  britannicux  (lig.  3 


Fig.  4 

T/iyla-r  britannicus  grossi  900  fois,  coupé  tangentiellement  et 
montrant  de  nombreux  Microcoques  disséminés  dans  le  tissu 
désorganisé.  —  w,  uiéats  ouverts  entre  la  cavité  centrale  et 
l'extérieur.  —  6,  tissu  désorganisé  contenant  de  nombreux 
Microcoques. 

\ent  avec  un  grossissement  suffisant,  12  à  l.")  cents 
<liam.  en  chaînettes,  de  microcotjues  mesurant  0(1  3 
à  0|i  D  entourés  quelquefois  d'une  étroite  auréole  foncée. 
Ils  rentrent  dans  la  section  des  Hyménophagus. 

On  distingue  en  outre  de  nombreuses  sculptures  sem- 
blables à  celles  produites  parmi  travail  micr(d)ien. 

Ce  sont  ces  bandes  transversales  qui,  sur  les  sections 
tangentielles,  donnent  naissance  au  réseau  (jolygonal  que 
nous  avons  mentionné  ligure  i  a. 

Il  est  intéressant  de  constater  que  pendant  la  transfor- 
mation chimique  des  parois,  les  ^licrocoques  ont  con- 
servé sensiblement  leur  position  initiale,  l'envahissement 
s'effectuant  par  la  multiplication  des  Micrococjues  dans 
le  plan  des  membranes  moyennes.  Mais  il  est  arrivé 


Fig.  0. 

Cladiscothallus  Keppeni.  Algue  du  Cannel-Boghead  de 
Kourakino,  Culm,  du  bassin  liouiller  de  .Moscou.  Gr.  OOO/i. 
—  «,  rameaux  dichotomcs  du  thalle.  —  i,  partie  centrale 
du  thalle  discoïde  d'où  semblent  partir  les  ramules  dicho- 
tomes. 

et  4)  dont  le  thalle  si)liérique,  composé  d'une  rangée  de 
cellules,  entourait  une  cavité  centrale  volumineuse  com- 
muniquant avec  le  milieu  extérieur  par  un  certain 
nombre  de  méats,  ces  ouvertures  les  éloignent  des  Pila 
et  des  Reinschia,  les  rapprochent  davantage  de  certains 
genres  vivants  de  la  famille  des  Protococcacées  tels  que 
les  Cœlaslrum  par  exemple.  Dans  le  genre  Thylax,  l'en- 
vahissement cependant  a  pu  se  faire,  comme  dans  les 
Pilas  en  suivant  les  arêtes  communes  à  plusieurs  cellules 
voisines,  mais  en  se  propageant  tout  aussi  bien  du  centre 
à  la  périphérie  que  de  la  périphérie  vers  le  centre,  les 
Bactériacées  pouvaient  en  effet  attaquer  les  thalles  par 
leur  extérieur  et  par  leur  intérieur. 

L'organisation  des  thalles  est  tout  autre  dans  le  genre 
Cladkcothalliis  dont  les  représentants  sont  fort  répandus 
dans  les  Canncis-Bogheads  du  Bassin  de  Moscou. 

Dans  les  Cladiscuthdllus  (lig.  5  et  6;,  le  thalle  est  profon- 
dément ramifié,  discoide  large  de  deux  ou  trois  dixièmes 
de  millimètre  ;  les  rameaux  plusieurs  fois  dichotomes  longs 
de  130  à  140  (i,  partent  d'un  centre   commun  et  forment 


212 


LE     NATURALISTE 


plusieurs  couches  superposées  ;  il  est  possible,  qu'avant 
leur  aplatissement,  ils  aient  produit  un  thalle  hémisphé- 
rique ou  même  globuleux  ;  les  rameaux  et  ramules  sont 
formés  de  cellules  un  peu  plus  larges  que  hautes  placées 
bout  à  bout. 

A  chaque  cloisou  commune  des  cellules  on  remarque 
des  bandes  transversales  fig.  6  b,  c,  formées  par  des  cha- 


Fig.  6 

Cladiscolhalli/s  Keppenî.  Un  rameau  du  thalle  détaché  et 
grossi  1200  fois.  —  a,  point  d'attache  du  rameau.  —  c,  pre- 
mière dichotomie,  la  base  de  l'un  des  rameaux  est  indiquée 
par  une  ligne  de  Microcoques  placée  sur  une  cloison  com- 
mune. —  b,  autre  dichotomie  d'un  ordre  plus  élevé  indiquée 
également  par  une  ligne  de  Microcoques.  M.  petrolei.  Var.  D. 


pelets  de  Microcoques  occupant  la  place  des  membranes 
moyennes  le  long  des  parois  extérieures  des  cellules  ;  on 
voit  également  de  nombreux  Microcoques  qui  tantôt  se 
montrent  comme  de  petites  sphères  brillantes,  tantôt 
comme  des  points  noirs  simulant  des  perforations. 

Dans  les  CladUcolhallus  l'invasion  a  du  se  faire  d'abord 
par  les  membranes  moyennes  séparant  les  cellules 
placées  bout  à  bout  et  de  là  gagner  leurs  parois  laté- 
rales. 

D'après  les  faits  que  nous  venons  d'exposer  succinc- 
tement on  voit  donc  : 

1°  Que  les  Bogheads,  qu'ils  appartiennent  aux  terrains 
permiens  comme  ceux  d'Autun,  de  l'Estérel  ou  de  la 
Nouvelle-Galles-du-Sud,  ou  bien,  qu'ils  datent  du  Culm 
comme  ceux  de  Kourakino,  d'Alexandrewski,  etc.,  du 
bassin  houiller  de  Moscou,  renferment  un  nombre  consi- 
dérable de  Bactériacées. 

2°  Ces  Bactériacées  de  tailles  diverses  ont  eu  sans 
doute  des  fonctions  différentes,  celles  que  nous  avons 
rencontrées  encore  en  place,  occupant  l'épaisseur  des 
membranes  moyennes,  et  mesurant  On, 3  à  0ii,5  semblent 
avoir  eu  pour  rôle  de  transformer  ces  membranes  et 
rentrent  dans  la  section  des  Hyménophagus. 

3°  La  présence  constante  des  Bactériacées  dans  la 
Houille,  les  Bogheads,  et  les  Cannels  également,  comme 
nous  le  démontrerons  sous  peu,  ne  peut  pas  être  consi- 


dérée comme  un  fait  fortuit  et  sans  importance  ;  aussi 
nous  terminerons  par  le  rapprochement  suivant  : 

Les  Analyses  du  Boghead  d'Autun  et  de  la  Nouvelle- 
Galles-du-Sud  conduisent,  pour  la  composition  de  la  ma- 
tière organique,  à  la  formule  approchée  C^HS;  or  la  com- 
position chimique  de  la  cellulose  est  exprimée  par 
C '2  H  20  0*";  on  peut  donc  écrire  l'équation  chimique 
suivante  : 

C12H20C10  =  C2H3  -I-  5C0'2  -I-  3CH'  +  2H 

(jui  exprime  ^que  la  cellulose  pourrait  passer  à  la  compo- 
sition de  la  matière  organique  |du  Boghead  en  perdant 
3  molécules  d'acide  carbonique,  3  molécules  deméthane 
et  2  molécules  d'hydrogène. 

Ces  dégagements  gazeux  s'effectuent  dans  un  certain 
nombre  de  fermentations  microbiennes  actuelles  ;  par 
conséquent  si  les  Microcoques  anaérobies  que  nous  trou- 
vons en  abondance  dans  les  Algues  des  Bogheads  ont  pu 
provoquer,  dans  des  conditions  particulières,  des  dégage- 
ments gazeux  analogues,  l'origine  de  ces  combustibles 
s'expliquerait  d'une  façon  très  simple  et  toute  n^aturelle. 

B.  Renault, 
Correspondant  du  Ministère  de  l'Instruction  publique. 


LES  NIDS  DE  NOS  OISEAUX 


Une  collection  de  nids  est  l'une  des  plus  intéressantes 
que  l'on  puisse  former.  J'en  connais  de  très  belles  où 
l'on  suit  de  la  vue  et  du  toucher  les  diverses  industries 
em]iloyées  par  l'oiseau  pour  créer  sa  demeure  d'amour. 
Cette  étude  est,  au  plus  haut  degré,  attrayante  et  ins- 
tructive. Ce  qui  surprend  tout  d'abord,  c'est  la  perfection 
du  travail,  comparée  à  l'insuffisance  apparente  des 
instruments  dont  dispose  l'ouvrier.  Comme  outils,  l'oi- 
seau n'a  que  le  bec  et  la  patte,  etil  semble,  pour  quelques- 
unes  au  moins  de  ces  merveilles,  qu'une  main,  et  une 
main  délicate  et  habile,  fût  nécessaire.  On  conçoit  encore 
que  la  forme  générale  du  nid  puisse  être  donnée  par  le 
corps  même  de  l'ingénieux  constructeur ,  tournant 
comme  sur  un  pivot,  pour  presser  les  matériaux  et  les 
assujettir  autour  de  soi  en  les  comprimant  ;  mais  com- 
ment expliquer  ces  enchevêtrements  solides,  ces  tissu& 
résistants,  ces  feutrages  serrés,  ces  coutures  habiles,  et 
l'art  du  maçon,  du  mineur,  du  potier,  du  menuisier,  du 
charpentier?  Que  sais-je  encore?  On  dirait  que  tous  les 
corps  de  métiers  sont  représentés  dans  le  monde  des 
oiseaux.  Quelle  simplicité  de  moyens  et  quel  admirable 
résultat  !  Avec  un  peu  de  mousse,  quelques  radicelles,, 
quelques  petites  branches  flexibles,  quelques  filaments 
de  végétaux,  des  feuilles,  des  plumes,  des  crins  ou  un 
peu  de  laine  recueillis  çà  et  là,  les  oiseaux  élèvent  de 
petits  palais  et  composent  des  œuvres  d'art  que  l'homme, 
avec  toute  sa  science  et  le  secours  de  sa  main,  aurait  de 
la  peine  à  imiter. 

Il  semble  que  la  nature  ait  voulu  arriver  comme  par 
degrés  à  la  perfection  de  l'art  des  nids.  Plusieurs  espèces 
d'oiseaux,  en  effet,  se  contentent  de  déposer  leurs  œufs 
sur  le  sol  dur,  tout  au  plus  quelques-unes  y  creusent- 
elles  une  légère  excavation.  Un  petit  progrès  s'opère, 
petit  en  apparence,  grand  par  l'intention  prévoyante  : 
des  matières  molles  tapissent  la  cavité.  D'autres  s'éta- 


LE     NATURALISTE 


213 


blissent  dans  des  trous;  là,  encore,  il  en  est  qui  pondent 
sans  prendre  aucune  précaution  préalable  pour  assurer 
le  bien-être  futur  de  la  couvée,  et  il  en  est,  au  contraire, 
<|ui  lui  façonnent  une  couchette  souple  et  chaude, 
l'armi  celles  qui  nichent  sur  les  arbres,  les  unes  ne  font 
guère  qu'amasser  un  tas  grossier  de  branches  sèches, 
tandis  que  d'autres  disposent  une  véritable  charpente. 
A  plusieurs,  l'art  du  matelassier  est  encore  inconnu;  il 
commence  avec  les  espèces  qui  déposent  au  fond  du  nid 
des  herbes,  de  fines  racines,  du  poil,  des  plumes.  A  ces 
demeures  aériennes,  lourdement  construites  comme  un 
château  fort,  leurs  habitants  ajoutent  parfois  une  sorte 
de  dôme  à  claire-voie,  et  ménagent  une  entrée  étroite  et 
latérale  pour  se  défendre  contre  les  atta(iues  (]ui  vien- 
draient par  le  haut.  C'est  déjà  de  l'architecture,  l'archi- 
tecture militaire.  I^es  Oiseaux  de  proie,  les  Corbeaux,  la 
Pie,  tout  ce  qui  vit  de  hautes  et  basses  rapines,  adoptent, 
dans  l'ensemble,  ce  genre  de  constructions.  Un  art  ])lus 
raffiné  préside  à  celles  d'oiseaux  de  plus  humble  enver- 
gure. Parmi  eux,  on  constate  également  de  grandes 
différences.  Les  architectes,  plus  artistes,  ont  toutefois 
des  mérites  très  inégaux.  On  n'arrive  pas  de  prime  saut 
à  confectionner  un  nid  de  Tisserin,  de  Nélicourvi  baya 
ou  de  Baltimore,  et  même,  sans  aller  chercher  si  loin  de 
nous,  uu  nid  d'Orite  à  longue  queue,  de  Rémiz  pendu- 
line  ou  simplement  les  gracieuses  barcelonnettes  du 
Chardonneret  et  du  Pinson. 

A  l'examiner  de  tout  près,  le  nid  de  notre  Pinson  est 
une  merveille.  Pendant  que  j'écris,  j'en  ai  un  devant 
moi,  enlevé  avec  la  branche  de  pommier  sur  laquelle  il 
repose.  Un  vrai  chef-d'œuvre  de  grâce  et  de  dextérité  ! 
Élégante  sphère  tronquée  par  le  haut,  au  rebord  douil- 
lettement épais,  les  assises  en  sont  posées  dans  l'enfour- 
chure  de  la  branche.  Les  parois  formées  de  mousse,  de 
radicelles,  de  chaumes,  s'infléchissent  mollement  pour 
creuser  un  berceau  profond  garni  avec  soin  d'un  doux 
matelas  de  plumes,  de  laine,  de  poils,  de  duvet  végétal. 
Des  toiles  d'araignées  semblent  relier  tous  ces  maté- 
riaux ;  mais,  ce  qui  me  ravit,  c'est  le  revêtement  exté- 
rieur du  petit  édifice.  La  tendresse  maternelle,  désireuse 
avant  tout  d'assurer  la  sécurité  de  la  jeune  progéniture, 
inspire  à  l'inquiète  femelle  une  précaution  touchante.  Le 
prudent  architecte  lentement,  patiemment,  plaque  sur 
toute  la  surface  extérieure  du  nid  de  la  mousse  jaunâtre, 
du  lichen  argenté,  détachés  du  tronc  même  de  l'arbre  et 
la  soudure  du  nid  et  de  la  branche  est  faite  avec  tant 
d'habileté  qu'il  est  presque  impossible  de  distinguer  l'en- 
droit où  l'un  commence  et  où  l'autre  finit.  N'est-ce  pas 
admirable  ? 

Un  peu  plus  loin,  sur  le  même  rayon,  j'ai  un  nid  de 
■yerdier.  Je  l'ai  pris  dans  une  haie  d'aubépines.  Ce  n'est 
certes  pas  un  modèle  d'architecture,  mais  c'est  déjà  une 
œuvre  d'art  et  l'on  peut  l'admirer  même  à  côté  de  celui 
du  Pinson.  Il  n'est  ni  très  solide  ni  très  épais,  mais  les 
matériaux  sont  utilement  agencés.  La  charpente  est  faite 
de  ramilles  sèches,  de  racines,  de  chaumes;  des  matières 
semblables  la  recouvrent,  plus  fines  et  entremêlées  de 
mousse,  de  lichen  et  d'un  peu  de  laine  ;  des  poils,  des 
crins,  des  brins  d'herbe  entrelacés,  de  la  laine  en  tapis- 
sent le  fond.  Sa  forme  est  à  peu  près  celle  d'une  demi- 
sphère  et  ne  manque  pas  d'élégance.  A  côté,  sur  une 
branche  de  buis,  un  nid  de  Bouvreuil  construit  modeste- 
ment de  brins  de  bois  recouverts  de  mousse  avec  l'inté- 
rieur revêtu  de  crins  de  cheval.  Puis  un  nid  de  Bruant 
jaune,  enlevé  d'un  buisson,  formé  à  l'extérieur  de  brins 


de  paille  entrelacés  et  garni  à  l'intérieur  de  crins  et  de 
poils.  Le  mignon  berceau  du  Tarin  encore  fixé  à  la  fine 
extrémité  d'une  branche  de  sapin  à  l'aide  de  toiles 
d'araignées,  de  cocons  d'insectes  et  do  lichen  ;  l'extérieur 
est  façonné  avec  de  la  ramille  et  l'intérieur  matelassé 
avec  de  menues  racines,  de  la  mousse  et  du  duvet  végé- 
tal. Ce  joli  petit  oiseau  sait  si  biini  cacher  son  nid  que 
l'on  a  de  la  peine  à  le  découvrir,  et  le  soin  qu'il  met  à  le 
dérober  à  tous  les  regards,  a  donné  naissance  à  la 
croyance  populaire  que  ce  nid  renferme  de  petites  pierres 
qui  le  rendent  invisible.  Le  Gros-bec,  dont  le  nid  est 
voisin,  malgré  son  apparence  lourde  et  maladroite,  tra- 
vaille néanmoins  avec  un  certain  art.  Il  se  sert  pour  la 
charpente  de  branches  sèches,  de  tiges  d'herbe,  de 
racines,  sur  lesquelles  il  étend  une  couche  de  mousse  et 
de  lichen  et  compose  un  élastique  matelas  de  radicelles, 
de  poils,  de  crins  et  de  flocons  de  laine.  Facilement 
reconnaissable  à  sa  grande  largeur,  on  pourrait  seule- 
ment reprocher  à  ce  nid  le  peu  d'é]]aisseur  de  ses  parois 
qui  nuit  à  sa  solidité. 

Cette   architecture,  encore   imparfaite,  est  surpassée 
de  beaucoup  par  l'élégant  hamac  du  Loriot.  J'en  ai  un 
suspendu  à  l'extrémité  fourchue  d'une  branche  flexible 
d'azerolier,  où  il  se  balançait  mollement  au  gré  de  la 
brise  printanière.  La  jolie  corbeille  à  deux  anses  que  je 
possède  est  curieuse  à  plus  d'un  titre.  Elle  est  entière- 
ment composée  de  très  minces  lanières  d'aubier,  étroi- 
tement entrelacées  et  solidement  fixées  par  un  ingénieux 
système  d'attaches  aux  deux    branches  de   la   fourche 
entre  lesquelles  elle  tlotte,  pour  ainsi  dire.  Mais  ce  qui 
est  surtout  remarquable,  c'est  que  l'oiseau,  qui  ne  s'est 
servi  pour  construire  que  d'une  seule  sorte  de  matériaux, 
a  glissé,  entre  les  lanières  de  la  partie  inférieure  et  exté- 
rieure de  la  nacelle,  une  dizaine  de  petits  morceaux  de 
papier  multicolore  et  deux  fils  de  laine  à  tapisserie,  l'un 
rouge  et  l'autre  bleu.   L'introduction  d'éléments   nou- 
veaux, dans  la  construction  ou  la  décoration  du  nid  du 
Loriot,  est  d'ailleurs  assez  fréquente.  Dans  une  notice 
très  intéressante  sur  les  mœurs  de  cet  oiseau,  M.  Albert 
Cretté  de  Palluel  rappelle  un  certain  nombre  d'obser- 
vations  de   ce  genre   :  «    Le  Loriot,   dit-il,    recherche 
ardemment  les  morceaux  d'étofl'e  pour  attacher  son  nid 
aux  deux  branches  qui  le  supportent;  aussi  trouve-t-on 
souvent  dans  son  nid  des  choses  qui  ne  laissent  pas  de 
surprendre.  Moquin-Tandon  cite  deux  nids  de  Loriots 
dans  lesquels  on  avait  trouvé  :  dans  l'un,  un  ruban  et 
une  belle  manchette  de  dentelle  ;  dans  l'autre,  une  man- 
chette brodée  que  l'oiseau  avait  prise  dans  un  jardin  sur 
un  arbuste  où  elle  avait  été  mise  à  sécher.  Florent  Pré- 
vost,   connaissant    cette    particularité    des    mœurs   du 
Loriot,  était  arrivé  à   faire  prendre  à  des   Loriots,  au 
moment  où  ils  faisaient  leur  nid,  des  morceaux  d'étoffe 
de  diverses  couleurs  qu'il  avait  placés  à  dessein  sur  un 
buisson.    Le   Loriot  recherche  aussi   les  morceaux   de 
papier  blanc  ou  colorié  qu'il  peut  rencontrer.  M.  Tra- 
verse, préparateur  à  la  faculté  des  sciences  de  Toulouse, 
a  trouvé  dans  la  charpente  d'un  nid  de  Loriot  une  lettre 
chiffonnée  (I).    »    L'abbé  'Vincelot    cite   un    autre  nid 
tapissé  extérieurement  d'images  coloriées,  représentant 
des  soldats,    et    contenant   à    l'intérieur    un    bulletin 
oui,  ramassé  au  moment  du  plébiscite  (2).  Le  Naturaliste 


(1)  Note  sur  le  Loriot  jaune,  in  Revue  des  Sciences  natu- 
relles appliquées,  1891,  p.  134. 

(2)  Les  noms  des  oiseaux  expliqués  par  leurs  mœurs, l,p.  .20b. 


214 


LE     NATURALISTE 


signalait  dernièrement,  d'après  l'un  de  ses  correspon- 
dants, un  nid  de  Loriot  dans  la  construction  duquel 
entrent,  pour  la  plus  grande  partie,  des  rubans  de  papier 
d'un  appareil  télégraphique  Morse. 

Ce  n'est  pas  la  première  fois,  au  surplus,  que  je  ren- 
contre, dans  la  confection  des  nids  d'oiseaux,  des  modi- 
fications souvent  profondes,  apportées  à  l'impulsion  soi- 
disant  aveugle,  nécessaire  et  invariable  de  l'instinct. 
Pour  ne  citer  qu'un  exemple,  j'ai  vu,  il  y  a  plusieurs 
années,  dans  le  jardin  de  l'Hùtel-Dieu  de  Clermont-Fer- 
rand,  un  nid  de  pinson  presque  entièrement  formé  avec 
de  la  charpie 

Le  papier,  notamment,  parait  avoir  été  adopté  par  un 
assez  grand  nomlu'e  d'oiseaux.  On  peut  voir,  au  musée 
d'Histoire  naturelle  de  Mons,un  nid  d'Hypolais  construit 
extérieurement  avec  des  bandelettes  de  papier  adroite- 
ment entrelacées  dans  la  charpente.  Au  mois  de  mai, 
au  moment  de  la  construction,  un  Paper  hunt  fut  couru 
dans  les  environs  :  suivant  l'usage,  le  cavalier  figurant 
la  béte  sema  sur  son  passage,  pour  marquer  la  piste, 
des  bandelettes  de  papier  qui,  recueillies  par  l'oiseau,  lui 
servirent  à  constituer  l'enveloppe  de  son  nid. 

Un  garde-chaa,se  m'a  montré  récemment  un  nid  de 
Corneille  bâti  sur  un  arbre  voisin  d'une  école  de  village, 
dans  l'intérieur  duquel  se  trouvaient  un  feuillet  entier 
in-octavo  d'un  livre  d'Evangiles  et  deux  fragments  d'un 
cahier  d'écriture. 

■Voici  maintenant  une  série  de  nids  de  Troglodytes. 
Ils  sont  très  grands  relativement  à  la  taille  de  leur  mi- 
gnon architecte.  Parmi  les  matériaux  qui  entrent  dans 
leur  construction,  la  mousse  est  le  plus  employé.  Il  en 
est  qui  en  sont  presque  exclusivement  formés.  Trois  de 
ces  nids  pris  dans  un  pavillon  servant  d'orangerie,  avaient 
été  établis  entre  une  poutrelle  et  le  plancher  du  grenier. 

La  base  reposait  sur  la  poutrelle,  et  les  parois  se  rele- 
vaient pour  s'appliquer  de  chaque  coté  au  plancher,  qui 
fermait  ainsi  la  partie  supérieure  du  nid  où  l'oiseiiU  s'in- 
troduisait par  une  ouverture  arrondie  sur  le  devant. 

Ces  nids  ont  tous  les  trois  la  même  composition;  ils 
sont  formés  de  feuilles  mortes  aux  pédoncules  entrelacés 
avec  des  brindilles.  Cette  première  couche  très  volumi- 
neuse est  doublée  d'une  seconde  très  mince,  en  mousse, 
et  tout  l'intérieur  est  garni  d'une  épaisse  couche  de 
plumes  de  poule.  Un  autre  nid  est  tout  entier  en  mousse, 
à  peine  s'y  mèle-t-il  quelques  feuilles  sèches.  J'ai  trouvé 
du  reste  des  feuilles  mortes,  en  plus  ou  moins  grande 
quantité,  dans  presque  tous  les  nids  de  Troglodytes  que 
j'ai  pu  recueillir.  Il  y  en  avait  dans  un  nid  fait  presque 
tout  entier  en  mousse,  que  j'ai  découvert  cette  année,  au 
mois  d'avril,  et  dout  l'emplacement  était  remarquable 
par  sa  singularité.  L'oiseau  l'avait  construit  dans  le 
corps  d'une  pompe,  oi'i  il  entrait  par  le  tuyau.  Un  autre 
que  j'ai  trouvé  aussi  cette  année,  à  la  même  époque, 
était  placé  sous  l'auvent  d'une  porte,  et  appliqué  verti- 
calement au  mur  contre  lequel  il  était  retenu  par  les 
branches  d'un  lierre,  où  l'oiseau  l'avait  pour  ainsi  dire 
enchevêtré. 

L'emplacement  des  nids  de  Troglodytes  varie  d'ailleurs 
beaucoup.  On  en  a  trouvé  sur  la  cime  d'un  arbre  et  sur 
le  sol,  dans  des  troncs  d'arbres  creux,  dans  les  crevasses 
d'un  mur  ou  d'un  rocher,  sous  des  toits,  dans  des  buis- 
sons, sous  des  racines,  dans  des  piles  de  bois.  J'en  ai  vu 
un  dans  un  nid  abandonné  d'Hirondelle  rustique,  sous 
le  toit  d'une  remise. 

L'Orite  ou  Mésange  à  longue  queue  fait  son   nid  avec 


plus  d'art  encore.  Il  est  soutenu  par  la  base  et  non  sus- 
pendu comme  celui  de  la  Rémiz  ou  Mésange  penduline  ; 
il  est  aussi  formé  d'autres  matériaux,  mais  non  moins 
élégant.  Il  a  la  forme  d'une  bourse  ouverte  sur  le  cùté  et 
vers  le  haut.  Il  existe  quelquefois,  sur  les  deux  faces 
opposées,  deux  ouvertures  qui  se  correspondent  de  telle 
façon  que  l'oiseau  puisse  entrer  dans  le  nid  et  en  sortir 
sans  être  obligé  de  se  retourner.  Celui  que  je  possède 
n'a  qu'une  ouverture,  ses  parois  externes  sont  faites  de 
mousse  reliée  au  moyen  de  toiles  d'araignées  et  recou- 
verte de  lichen,  l'intérieur  est  tapissé  d'une  grande 
quantité  de  plumes.  Il  est  remarquable  que  l'Orite  à 
longue  queue  choisit  toujours,  pour  construire  son  nid, 
la  mousse  et  le  lichen  qui  croissent  sur  l'arbre  où  il 
est  établi,  et  les  dispose  de  telle  manière  que  le  nid  se 
confond  avec  ce  qui  l'entoure,  et  peut  échapper  facile- 
ment aux  regards. 

Mais,  de  tous  les  oiseaux  de  nos  contrées,  celui  qui 
construit  le  nid  peut-être  le  plus  curieux  est  sans  con- 
tredit la  Rémiz  ou  Mésange  penduline. 

Ce  charmant  oiseau  ne  niche  guère  en  France  que 
dans  quelques-uns  de  nos  'départements  méridionaux,- 
celui  de  l'Hérault  en  particulier,  et  l'on  cite  les  environs 
de  Pézenas  comme  les  lieux  où  il  se  montre  communé- 
ment en  été.  Ce  tisseur  émérite  suspend  son  nid  au  bord 
de  l'eau,  à  l'extrémité  d'un  rameau  flexible,  et  le  tisse 
avec  le  duvet  des  peupliers  et  des  saules,  y  ajoutant, 
pour  le  fixer  à  la  bifurcation  des  branches,  de  la  laine, 
des  poils  ou  des  filaments  d'écorce,  et  agglutinant  le 
tout  à  l'aide  de  sa  salive.  Une  petite  ouverture  latérale 
circulaire  donne  accès  dans  le  nid  au  moyen  d'un  cou- 
loir. Une  autre  ouverture  que  l'on  remarque  au  moment 
de  la  construction  du  nid,  est  ordinairement  fermée  plus 
tard.  Le  fond  est  tapissé  d'une  couche  épaisse  de  duvet 
végétal.  Beaucoup  d'auteurs  ont  décrit  et  figuré  ce  nid 
admirable,  et  tous  sont  restés  émerveillés  à  la  vue  d'une 
œuvre  pareille,  que  ce  petit  oiseau  achève  en  moins  de 
quinze  jours.  Le  mâle  et  la  femelle  y  travaillent  et  dé- 
ploient à  construire  cette  jolie  demeure  une  ardeur  in- 
comparable. Quand  elle  est  terminée,  elle  rappelle  ]iar  sa 
forme  une  cornemuse. 

Si  l'on  rapproche  ce  nid  de  celui  du  Baltimore  de 
l'Amérique  du  Nord  {Hiphan'es  baltimore)  ou  du  Loxia 
philippina  de  l'île  Luçon,  on  reconnaîtra  que,  dans  la  sé- 
rie animale,  l'industrie  du  tissage  compte  parmi  les 
oiseaux  ses  artisans  les  plus  experts,  dont  les  œuvres 
peuvent  rivaliser  avec  les  œuvres  similaires  que  produit 
l'industrie  compliquée  de  l'homme. 

On  remarquera,  en  outre,  que  le  choix  des  matières 
employées  par  les  oiseaux  pour  construire  leurs  nids, 
n'est  pas  constant  pour  tous  les  individus  d'une  même 
espèce.  Ils  n'usent  donc  pas  de  moyens  toujours  les 
mêmes,  sans  jamais  chercher  à  s'en  créer  d'autres,  sans 
jamais  être  influencés  par  les  circonstances  qui  les  sol- 
licitent et  le  milieu  dans  lequel  ils  se  meuvent.  D'incal- 
culables générations  de  Loriots  vécurent  dans  des  âges 
où  l'on  ne  fabriquait  ni  papier,  ni  manchettes  de  dentelle, 
et  au  temps  des  premiers  Pinsons,  la  charpie  d'hôpital 
était  inconnue. 

Magaud  d'AuBUSSON. 


LE     NATURALISTE 


215 


ETYIOLO&IES  BOTAHQÏÏES 


La  plupart  des  noms  botanirpif  s  que  l'on  a  ilonnés  aux  pha- 
nérogames et  aai  cryptojrames  diirivenl  du  grec.  En  général, 
il  est  facile  de  remonter  à  leur  origine,  à  l'aide  des  racines 
grecques.  Il  y  en  a  cependant  quelques-uns  dont  l'ctymologie 
présente  une  certaine  dillicultc,  surtout  quand  le  nom  de  la 
plante  dérive  d'une  autre  langue  que  le  grec.  Il  nous  a  paru 
intéressant  de  relever  quelques  noms  celtiques  en  particulier. 
Ainsi  le  chou,  Brassica,  dérive  de  Brésic,  chou  en  celtique. 
Pavot,  papaver,  vient  de  papa,  bouillie,  parce  qu'on  .ajoutait 
un  peu  do  suc  de  cette  plante  à  la  bouillie  des  enfants,  pour 
le-i  faire  dormir.  On  voit  que  cotte  mauvaise  habitude  des 
nourrices  date  de  loin!  TroUe,  trolUus,  sorte  de  gros  bouton 
d'or  à  corolle  sphérique,  vient  du  mot  germanique  trol,  rond. 
Lunaire,  lunaria,  vient  de  luna,  lune,  du  celtique  Lèn  briller, 
d'où  les  mots  hin,  luna  et  lune. 

Poirier,  pirus.  vient  du  celtique  péren,  poire.  Malus,  pom- 
mier, vient  de  rael,  pomme. 

Néflier,  nèfle,  vient  de  naff  tronqué,  à  cause  de  la  forme  de 
ce  fruit,  ou  cul-de-chien. 

Sorbier,  sorbus,  vient  de  sormel.  sorbe,  qui  dérive  du  cel- 
tique sor,  âpre.  Genêt,  genista,  vient  de  gen,  buisson.  Erable, 
acer,  vient  de  ac,  aigu,  à  cause  de  ses  feuilles  qui  rappellent 
une  pointe  de  hallebarde,  ou  encore  parce  que  son  bois  était 
utilisé  pour  les  piques  et  les  lances. 

Pin,  pinus,  vient  du  celtique  pén,  tète,  à  cause  de  son  feuil- 
lage toufl'u,  qui  forme  une  tête  au-dessus  de  sa  longue  tige 
droite. 

Blithuni,  Blite  ou  blette,  vient  de  blith,  insipide,  à  cause  de 
sa  saveur  fade 

Bette,  Beta,  vient  de  bett,  rouge,  à  cause  de  la  couleur  de  sa 
racine  sauvage,  ou  cultivée  :  betterave  rouge. 

Laurier,  laurus,  vient  du  celtique  blaur,  toujours  vert.  Le 
mot  celtique  cucc,  vase,  a  formé  les  mots  cucumis,  concombre 
et  cucurbita,  courge;  comme  ac,  aigu,  a  donné  les  mots  acer  , 
érable,  aux  feuilles  aiguës,  et  acetosa,  oseille,  aux  feuilles 
acides.  Ac,  eg,  aigu,  acide,  a  cette  expression  au  propre  et  a  u 
figuré,  car  il  signifie  aussi  subtil,  rusé,  dans  les  noms  propres 
qui  en  dérivent:  Egbert,  brillant  et  rusé,  par  exemple. 

Le  chanvre,  cannabis,  vient  de  canab,  nom  de  la  plante  en 
celtique.  De  mémo  bouleau,  betula,  de  bétu;  orme,  ulmus,  de 
Elm;  buis,  busus,  de  béus. 

Morus,  mûrier,  vient  de  môr,  noir,  à  cause  de  la  couleur 
des  mures.  C'est  pour  cela  qu'on  a  donné  ce  nom  aux  fruits 
noirs  de  la  ronce,  en  même  temps  qu'aux  fruits  du  mûrier. 

Genévrier,  juniperus,  vient  de  jénéprus,  âpre. 

Mélèze,  larix,  vient  de  lar,  gras,  à  cause  de  la  poix  grasse 
que  l'on  en  obtient. 

Saule,  salix,  vient  du  celtique  alis,  eau,  qui  a  formé  aussi  le 
mot  alisma,  plante  aquatique.  Aune,  alnus  i)0ur  allanus,  vient 
de  al-lan,  voisin  des  rivières;  arbre  poussant  dans  les  endroits 
humides.  Chêne,  quercus,  vient  de  Kaer-Quoz,  bel  arbre. 
Charme,  carpinus,  vient  de  car-pén,  bois  de  tète,  parce  que 
son  bois  servait  à  faire  le  joug  sur  la  tête  des  bœufs. 

Le  lis,  lilium,  vient  de  li.  blanc,  répété  deux  fois. 

Ail,  allium,  vient  de  ail,  chaud,  brûlant,  à  cause  de  la  sa- 
veur de  son  ognon. 

Houx,  Hei,  se  disait  Kélenn.  en  celtique. 

Scirpe,  scirpus,  vient  de  scir  jonc. 

Roseau,  arundo,  vient  de  aru,  eau  du  ruisseau. 

Fétuque,  festuca,  vient  de  fest,  pâture,  festin,  d'où  notre 
mot  fête;  même  racine  que  estia  en  grec;  avec  l'esprit  rude, 
traduit  ici  par  f. 

Ivraie,  lolium,  vient  de  loloa,  ivresse,  gaîtê. 

Seigle,  secale,  vient  du  celtique  ségal,  de  séga,  faux. 

De  là  tiges,  segetum,  les  moissons.  Quant  au  mot  céréales, 
U  vient  de  Cérès  à  qui  les  moissons  étaient  dédiées. 

Decaisne,  dans  la  flore  de  Le  Maout  et  Decaisne,  fait  re- 
marquer à  ce  propos  que,  parmi  les  récoltes,  on  distinguait 
celles  qui  se  fauchent,  segetes,  et  celles  qui  se  cueillent  à  la 
main,  Icgumen,  du  mot  latin  ler/ere,  choisir,  cueillir. 

L'Osmonde.  Osmonda,  la  fougère  dédiée  à  Osmonde,  tire 
son  nom  de  Osmunder,  qui  signifie  protégé  par  les  dieux  Ases, 
de  la  mythologie  Scandinave.  Osmunder  est  d'ailleurs  l'un  des 
noms  de  Thor,  dieu  de  la  force  et  de  la  vigueur,  divinité  cel- 
tique. 


Le  Cochlearia,  armoriaca,  d'Armoriquo  ou  Bretagne,  doit 
son  nom  aux  mots  celtiques  ar-mor,  qui  signifient  pays  au 
bord  de  la  mer. 

Sureau,  sambucus,  vient  du  celtique  sambuké,  flûte,  dont 
on  a  tiré  en  Picardie  le  mot  bucquoy,  sarbacane. 

Un  nombre  considérable  de  mots  botaniques  viennent  do 
noms  propres,  et  généralement  de  noms  de  botanistes,  parfois 
de  souverains,  comme  la  Victoria,  l'Eugenia,  le  Napoleone,  etc. 
Ainsi  le  Corcharus,  Kerria  japonica,  doit  son  nom  i  Ker  Bel- 
lendcn,  botaniste  anglais.  Ou  bien,  c'est  un  nom  de  ville  ou 
de  contrée  où  pousse  la  plante,  comme  Cydonia,  Cognassier, 
de  Cydon  dans  l'île  de  Crète;  Persica,  pécher,  de  Persicus 
Persan  ;  abricotier,  prunus  armeniaca.  ou  prune  d'Arménie  ; 
cerisier,  cerasus,  originaire  de  Cérasonte  en  Asie  Mineure. 
En  général,  on  peut  aflirmer  que  tous  les  noms  propres, 
d'hommes  et  de  pays  ont  une  étymologie  plus  ou  moins  diffi- 
cile à  reconnaître,  mais  qu'il  est  très  intéressant  de  découvrir. 
Ainsi  Ethiopica,  d'Ethiopie,  dérive  de  deux  mots  grecs,  qui 
signifient  visage  brûlé  par  le  soleil.  C'est,  du  reste,  le  même 
sens  qu'a  le  mot  More  ou  Maure,  Mauritanie  en  Espagnol, 
Moro  brun,  noir.  Hellespont  vient  de  deux  mots  grecs,  qui 
signifient  mer  des  Hellènes  ou  des  Grecs,  fils  d'Hélénus.  Ce 
mot  lui-même,  comme  Hélène  d'ailleurs,  dérive  du  grec  élé  ou 
eilè,  qui  signifie  éclat  lumineux;  d'où  élios  le  soleil  et  lên 
briller;  d'où  Séléni  la  lune.  Le  Dieu  Soleil  Hélé  ou  Hellen  a 
donné  :  El,  Dieu  en  hébreu,  al,  alal,  allah  en  Arabie,  et  Bel, 
Bélus,  Bal,  Baal  en  Assyrie  ou  en  Babylonie.  De  là  les  noms 
de  plantes  Helenium,  Helianthemum.Helianthus,  Helichrysum, 
Heliophila,  Heliotropium,  etc.  De  là  même  Bellis,  la  pâque- 
rette, qui  dérive  du  néo-latin  bellus,  qui  dérive  du  grec  i^Jt] 
ou  eilè,  éclatant  et  par  suite  beau. 

Les  mots  botaniques  dérivés  du  latin  ont  aussi  un  sens 
qu'il  n'est  pas  toujours  facile  de  découvrir,  et  qui  souvent  se 
reconnaît  de  suite.  Exemple  :  urtica,  ortie,  de  urere  brûler  ; 
parietaria,  pariétaire,  de  paries,  muraille  :  allusion  au  suc  brû- 
lant des  poils  de  l'ortie,  ou  à  la  localité  où  pousse  la  plante, 
comme  la  pariétaire  qui  pousse  entre  les  pierres  des  mu- 
railles. 

Enfin  un  certain  nombre  de  plantes  doivent  leur  nom  à 
d'autres  langues  vivantes,  qui  sont  parlées  dans  les  localités 
où  on  les  a  rencontrées  pour  la  première  fois.  Ainsi  legingko, 
biloba,  dont  le  nom  est  japonais;  le  thé,  thea  viridis,  dont  le 
nom  est  chinois  ;  Jucca,  nom  caraïbe  de  la  plante  ;  saccharum, 
canne  à  sucre,  de  l'arabe  soukar,  sucre  ;  oryza,  riz,  de  e'ruz, 
nom  arabe,  dont  les  Grecs  ont  fait  orudza.  D'autres  sont  dé- 
diées à  des  personnages  de  l'antiquité,  célèbres  à  divers  ti- 
tres :  le  Nénufar  blanc,  Nymphœa  alba,  dédié  aux  nymphes  ; 
le  bananier,  dédié  à  Musa,  médecin  grec,  affranchi  d'Auguste; 
l'igname,  Dioscorea,  dédiée  à  Dioscoride,  médecin  grec  du 
temps  de  Néron,  l'auteur  du  traité  de  botanique  le  plus  ancien 
que  l'on  connaisse  après  celui  de  Théophraste. 

D'  Bougon. 


LES  OISEAUX 

AU   POINT    DE    VUE    INDUSTRIEL 


Les  oiseaux  du  Guatemala  sont  d'une  grande  beauté; 
le  couroucou  resplendissant,  le  Quetzal,  le  dindoT  ocellé, 
sont  d'un  plumage  splendide,  malheureusement,  des 
vides  nombreux  produits  par  leur  chasse  effrénée  sont 
constatés.  Le  dindon  sauvage,  que  l'on  suppose  parti- 
culier au  Honduras,  a  été  trouvé  à  Verapaz  Guale.  Les 
toucans,  les  perroquets  dont  entre  autres  le  guacamayo 
(Psittacus  macao)  et  d'innombrables  variétés  de  colibris 
fréquentent  les  bords  des  rivières,  les  palomas,  espèces 
de  tourterelles  sont  nombreuses  sur  les  arbres,  les 
aigrettes  et  les  pélicans  fréquentent  les  marécages,  le 
catharte  doré  nettoie  de  leurs  immondices  les  rues  des 
localités  habitées;  les  hiboux,  les  faucons,  les  aigles 
sont  nombreux  dans  la  faune  ornithologique  de  cet  inté- 
ressant pays. 

L'Amérique  centrale,  durant  ces  dernières  années, 
a   produit    la  majeure   partie   des    plumes   d'aigrettes 


216 


LE     NATURALISTE 


employées  dans  la  mode.  Il  est  venu  à  Paris  du  Vene- 
zuela des  lots  de  quelques  centaines  de  kilogrammes  de 
parures  dorsales  d'aigrettes  (à  raison  de  cinq  grammes 
maxima  pour  un  oiseau,  on  aura  une  idée  de  ce  massacre! 

L'Amérique  méridionale  fournit  les  colibris,  les  cou- 
roucous  resplendissants,  les  coqs  de  roche,  les  savacous, 
les  grèbes  etc.,  etc.  Vers  la  fin  du  règne  de  l'empereur 
Dom  Pedro,  des  lois  de  protection  devant  restreindre  la 
destruction  furent  promulguées  ;  nous  croyons  qu'elles 
n'ont  jamais  eu  d'application.  Les  Guyanes  fournissent 
les  beaux  cotingas  célestes,  des  coqs  de  roche  et  surtout 
les  parures  d'aigrettes  leuce  et  de  l'aigrette-garzette.  La 
domestication  de  Yardea  garzetta  me  parait  particulière- 
ment facilitée  dans  les  Guyanes,  en  raison  des  circons- 
tances climatériques  et  d'alimentation  exceptionnellement 
favorables  se  trouvant  dans  cette  immense  contrée. 

La  république  Argentine,  le  Paraguay,  l'Uruguay  ainsi 
que  le  Brésil  fournissent  une  grande  quantité  d'aigrettes 
et  les  plumes  de  Nandou  employées  dans  l'industrie  des 
plumeaux.  Les  plumes  duveteuses  du  corps  du  Nandou 
s'emploient  dans  la  garniture  de  la  toilette  féminine,  les 
plus  estimées  proviennent  du  Chaco  austral  et  de  la 
Patagonie,  ces  contrées  ont  été  enrichies  de  quelques 
élevages  d'autruches  assez  prospères,  les  plumes  sont 
de  qualité  égale  à  celles  expédiées  du  cap  de  Bonne-Espé- 
rance. On  nous  signale  la  réussite  de  la  domestication 
de  la  grande  Aigrette  A.  leuce  dans  les  pampas  de 
l'Argentine  (1). 

L'Australie  et  la  Nouvelle-Zélande  fournissent  une 
assez  grande  quantité  d'oiseaux  de  volière  et  de  parure. 
Les  épimaques,  le  loriot  Prince  régent,  le  satin-bird  sont 
les  plus  belles  espèces  fournies  par  l'Australie.  C'est 
aussi  la  patrie  des  perruches  au  riche  coloris  et  du 
casoar  émeu  qui  habite  le  Sahara  australien,  dont  le  plu- 
mage est  employé  comme  parure.  Les  Moluques,  la 
Nouvelle-Guinée  fournissent  les  merveilleux  oiseaux  de 
paradis,  les  pigeons  métalliques,  les  gouras,  les  brèves, 
etc..  Depuis  une  dizaine  d'années  la  grande  destruction 
dont  ces  oiseaux  sont  victimes  doit  avoir  produit  des 
vides  sensibles  dans  cette  contrée  encore  en  majeure 
partie  teira  incognîta.  Les  mégapodes  et  les  talégalles,  ces 
gallinacés  qui  empilent  la  terre  en  monticules  et  y  cachent 
leurs  œufs,  que  le  soleil  fait  éclore,  dont  la  dimension  à 
Somerset  (cap  York)  atteint  le  volume  de  dix-huit  pieds 
de  hauteur  sur  quatre-vingt-sept  de  pourtour  sont  parti- 
culiers à  la  Papouasie  (D'Albertis). 

Les  Papous  de  l'île  Jule  portent  un  diadème  de  plumes 
de  casoar,  parure  utilitaire  s'il  s'en  fut,  car  les  parasites 
qui  pullulent  sous  leur  plantureuse  chevelure  s'y  logent 
de  préférence  ;  le  Papou  l'ôte  de  temps  à  autre,  en  passe 
la  revue  et  croque  son  gibier  séance  tenante. 

Dans  la  Nouvelle-Guinée  allemande,  depuis  le  !<"■  jan- 
vier 1892,  des  règlements  de  protection  en  faveur  des 
oiseaux  de  paradis  sont  entrés  en  vigueur.  Une  nouvelle 
loi  formulée  dans  cinq  articles  exige  une  autorisation 
spéciale  pour  la  chasse  de  ces  oiseaux  splendides,  il 
faut  espérer  que,  grâce  à  une  protection  raisonnée,  on 
réussiraà  empêcher  leur  destruction  complète.  L'adoption 
de  ces  mesures  de  conservation  doit  devenir  générale, 
c'est  par  elles  seulement  qu'on  évitera  à  nos  successeurs 
dans  l'industrie  des  plumes  pour  parures  la  disparition 
d'un  des  éléments  les  plus  importants  de  leur  commerce. 

C'est  aux  gouvernements  anglais  et  hollandais  qui  se 

(I)  Voir  Bull.  S.  N.  d'Acclim.  de  F.,  juin  1897,  p.  270. 


partagent  la  souveraineté  des  autres  parties  de  la  Nou- 
velle-Guinée, qu'incombe  la  tâche  de  prendre  d'accord 
des  mesures  de  prévoyance.  Il  y  a  urgence,  car  le  mal 
sera  bientôt  sans  remède,  si  l'on  en  juge  par  les  quantités 
innombrables  de  spécimens  que  les  importateurs  livrent 
depuis  plusieurs  années  au  commerce.  Une  expérience 
personnelle  de  vingt  années  m'a  mis  à  même  de  cons- 
tater que,  s'il  y  a  eu  accroissement  quant  à  la  quantité, 
il  y  a  eu  diminution  constante  quant  à  la  qualité.  L'avi- 
dité sans  limite  des  traitants  métis-hollandais  de  Ternate, 
l'absence  de  tout  contrôle  sont  les  causes  réelles  de  cette 
exploitation  déraisonnable  dont  les  résultats  funestes 
sont  trop  appréciables. 

On  ne  peut  plus  aujourd'hui  se  procurer  ces  beaux 
sujets  adultes,  au  plumage  parfait,  qu'on  rencontrait  en- 
core il  y  a  dix  ans,  et  bientôt  nos  musées  ne  sauront  où 
s'adresser  pour  remplacer  leurs  exemplaires  détériorés. 

Les  oiseaux  qui,  actuellement,  inondent  le  marché  de 
Paris,  sont  surtout  des  jeunes  revêtus  encore  de  leur 
première  livrée,  sans  éclat  et,  par  suite,  sans  grande  va- 
leur industrielle.  Le  plumage  parfait  chez  l'oiseau  est  le 
signe  caractéristique  de  son  aptitude  à  la  reproduction; 
or,  si  on  tue  les  mâles  avant  qu'ils  aient  pu  remplir  le 
rôle  de  reproducteurs,  on  arrivera  forcément  à  l'anéan- 
tissement de  l'espèce,  quand  même  on  admettrait  que 
le  mâle  étant  polygame,  un  seul  suffirait  à  la  féconda- 
tion de  plusieurs  femelles. 

Puisse  donc  notre  appel  être  entendu  de  tous  ceux  qui, 
à  des  points  de  vue  différents,  s'intéressent  à  la  conser- 
vation de  l'Oiseau  de  Paradis,  une  des  merveilles  de  la 
nature!  Que  l'industriel  et  le  savant,  les  agents  consulai- 
res et  les  sociétés  zoologiques  s'unissent  pour  réclamer 
une  législation  protectrice. 

Dans  cet  ordre  d'idées,  j'ai  fait  les  recommandations 
les  plus  expresses  à  un  grand  négociant  de  Ternate, 
M.  Renesse  van  Duivenbode,  pour  l'inciter  à  faire  l'éle- 
vage en  domesticité  des  pigeons  gouras,  massacrés  pour 
leur  aigrette,  principalement.  Il  serait  désirable  que  cet 
appel  désintéressé,  produise  les  suites  désirables  :  la  do- 
mestication des  gouras  etleur  exploitation  raisonnable  (1). 

La  Nouvelle-Calédonie  contribue  très  peu  ou  pas  dans 
les  productions  d'oiseaux  industriels  de  l'Océanie. 

Notre  voyage  circulaire  autour  du  monde  des  oiseaux 
nous  amène  enfin  en  Afrique,  pays  pour  lequel  nous 
avons  une  prédilection  particulière.  Une  partie  du  Con- 
tinent africain  étant  la  prolongation  de  notre  patrie, 
n  une  nouvelle  France  »,  ce  sentiment  est  tout  naturel. 
La  majeure  partie  des  oiseaux  européens  échappés  au 
massacre  pendant  leurs  migrations  bi-annuelles  hiver- 
nent en  Afrique  ;  quelques  espèces  restent  dans  l'Afrique 
septentrionale,  d'autres  vont  dans  l'Afrique  centrale, 
d'autres  enfin  traversent  toute  l'Afrique.  Chaque  région 
de  l'Afrique  a  des  habitudes  de  chasses  particulières. 
Dans  les  pays  mahométans  de  race  blanche,  très  peu, 
d'indigènes  poursuivent  les  oiseaux,  l'exception  se  trou- 
vera à  l'instigation  de  quelques  Européens.  C'est  ce  que 
nous  avons  pu  constater  au  Maroc,  en  Algérie,  en  Tuni- 
sie ;  c'est  aussi  le  cas  en  Tripolitaine  et  en  Egypte.  Les 
Juifs,  fort  nombreux  dans  ces  divers  pays,  ne  sont  ni 
chasseurs,  ni  consommateurs  de  gibier.  La  loi  mosaïque 
défend  de  tuer  sans  nécessité  ;  le  petit  nombre  servant  à 
l'alimentation  ne  peut  être   saigné  que  d'après  le  rituel  ; 

(1)  Ce  souhait,  aujourd'hui,  est  réalisé,  la  majeure  partie  des 
dépouilles  de  Gouras  offertes  au  commerce  sont  celles  d'oi- 
seaux domestiques. 


LE     NATURALISTE 


217 


aussi  la  chasse  fournit  iieu  à  l'aliminitatioii.  Cette  expli- 
cation donne  la  raison  d'une  bienveillance  envers  les 
oiseaux  particulière  aux  Sémites  arabes  et  juifs  dans 
tous  les  pays  où  ils  vivent  en  Orient  et  en  Afrique. 

L'Egypte,  depuis  une  dizaine  d'années,  a  fourni  une 
grande  quantité  de  mouettes,  d'hirondelles  de  mer,  d'ai- 
grettes, recueillies  principalement  autour  du  lac  Menza- 
leh;  des  pluviers,  des  court- vite,  des  f;hiréoles,  des  guê- 
piers, des  pangas,  etc.,  forment  le  contingent  égyptien. 
La  mauvaise  préparation  a  mis  un  terme  provisoire  à 
cette  production.  Malheureusement,  de  nomlireux  hé- 
rons garde-bœufs  ont  payé  de  leur  existence  la  res- 
semblance qui  les  a  fait  confondre  par  la  catégorie  des 
trop  nombreux  chasseurs  ignorants,  traqueurs  impi- 
toyables des  aigrettes.  L'Egypte  fournit  aussi,  en  vie,  les 
llamanls  (phœnicoptéres),  ornement  des  jardins  zoolo- 
giques. 

Avant  l'insurrection  du  Soudan  égyptien,  le  Caire 
était  un  marché  important  de  plumes  d'autruches  de  la 
Nubie,  du  Darfour,  du  Cordofan  et  du  Wadaï;  aujour- 
d'hui, ce  commerce  s'est  (bqjlace.  L'autruche  sauvage  a 
presque  totalement  disparu  des  déserts  égyptiens  ;  un 
élevage  d'autrucbes  domestiquées,  assez  important, 
existe  à  Matarieh,  près  du  Caire.  La  production  des 
plumes  de  Matarieh,  en  1806,  a  atteint  le  poids  d'environ 
1000  kilos.  Cette  quantité  pourrait  être  doublée  pro- 
chainement, grâce  au  déplacement  de  l'établissement, 
dans  les  environs  des  Lacs  Amers,  et  par  les  importantes 
ressources  que  fournirait  la  vente  des  terrains  de  l'éta- 
blissement du  Caire. 

La  Tripolitaine,  en  dehors  des  plumes  d'autruche,  ne 
fournit  pas  d'autres  dépouilles  d'oiseaux.  Ces  plumes, 
comme  on  le  sait,  proviennent  du  Soudan  central,  du 
Bornou,  du  Wadaï,  etc.,  leur  qualité  est  bien  supérieure 
à  celles  produites  par  les  autruches  australe  et  orientale  ; 
mais  les  habitudes  commerciales  surannées  des  négo- 
ciants tripolitains  font  donner  la  préférence  aux  plumes 
produites  au  Cap,  la  conséquence  inéluctable,  à  bref 
délai,  sera  la  ruine  de  Tripoli! 

Depuis  l'existence  du  protectorat  français  en  Tunisie, 
ce  pays  a  fourni  nombre  d'oiseaux  dont  l'aire  d'expan- 
sion s'étend  en  Algérie  et  au  Maroc  :  des  tourterelles, 
des  huppes,  des  gangas,  des  cailles,  des  perdrix,  des  ca- 
nepetières,  des  outardes,  des  guêpiers,  des  mouettes,  des 
hirondelles  de  mer,  de  cheminée  et  des  martinets,  des 
grèbes,  des  flamants,  peu  ou  pas  de  hérons-aigrettes, 
malgré  leur  recherche  persévérante.  Un  essai  très  inté- 
ressant de  domestication  des  Aigrettes-Parzettes  dans 
les  environs  do  Tunis  a  été  couronné  de  succès  en 
1896  (I). 

Jules  FOREST  aîné. 
{A  suivre.) 


la  cavité  interne  n'est  pas  en  communication  avec  la  ca- 
vité centrale  du  bras.  Ces  huit  bras  entourent  un  orifice 
dont    sort    un    bec  de    couleur    foncée,    ressemblant    à 


DISSECTIONS 

EMBRANCHEMENT   DES  MOLLUSQUES 


LA  Seiche  {Sepia  officinalis) 
Ordre  des  Céphalopodes. 

Extérieur.  —  Orifices.  Ce  qui  frappe  au  premier  abord 
chez  cet  animal,  c'est  la  présence  de  huit  bras  courts  et 
robustes  munis  de  ventouses  en  cscum,  c'est-à-dire  dont 

())  Voir  Bull.  Soc.  .Y.  d'Acclim.  de  F.,  mai  189).  —Bull,  du 
comité  de  l'A/'rigue  française.  Supplément,  juillet  1897. 


Fig.  1.  —  Le  miimo  tu  de  profil. 

un  bec  de  perroquet, avec  cette  différence  qu'ici  c'est  la 
mandibule  ventrale  ou  inférieure  qui  recouvre  la  supé- 
rieure. 

Si  l'on  regarde  attentivement,  on  voit,  dans  la  ceinture 
des  bras,  à  la  base,  deux  cavités  dans  lesquelles  se  trou- 
vent souvent  logés  deux  bras  beaucoup  plus  longs  que  les 
autres  qui  sont  les  bras  préhenseurs  par  excellence. 
L'animal  peut  les  projeter  au  dehors  très  vigoureusement 
et  saisir  sa  proie  à  l'aide  des  nomlu-euses  petites  ventouses 
qui  arment  leurs  extrémités  libres. 

En  arrière  des  bras,  on  aperçoit  la  tête  avec  deux  gros 
yeux  latéraux  et,  au-dessous,  le  corps  pro]}rement  dit  de 
l'animal, rigide  sur  la  face  dorsale.  Cette  rigidité  est  due  à 
une  coquille  (sépion,  os  de  seiche)  contenue  dans  l'épais- 
seur de  la  peau  et  analogue, au  point  de  vue  du  dévelop- 
pement, à  celle  des  autres  Mollusques.  Cette  coquille, 
en  donnant  plus  de  rigidité   au  corps    de  l'animal,    lui 


Fig.  2.  —   Figure.montrant  les  deux  différentes   sortes 
ûe  bras  de  la  Seiche. 

permet  d'acquérir  une  vitesse  de  déplacement  beaucoup 
plus  grande. 

Sur  la  face  ventrale,  on  voit  que  le  manteau,  fixé  au 
reste  du  corps  sur  la  partie  dorsale,  est  ici  à  peu  près 
libre  et  forme  une  sorte  de  sac,  contenant  le  corps  de 
l'animal  et  dont  il  est  séparé  par  un  espace  vide. Ces  deux 
parties  sont  seulement  unies  ensemble  par  une  bande 
médiane  longitudinale. 

Entre  le  bord  libre  du  manteau  et  la  tête,  on  trouve  un 
appareil  particulier  ayant  la  forme  d'un  cône  tronqué  au 
sommet,  c'est  Ventonnoir. 

La  cavité  comprise  entre  le  corps  véritable  de  l'animal 
et  le  manteau  en  avant  prend  le  nom  de  cavité  branchiale 
oupoi/éa/e;  elle  communique  avec  le  dehors  soit  direc- 
tement du  côté  de  la  tète,  soit  par  l'entonnoir. 

C'est  là  tout  ce  que  l'on  peut  voir  à  l'extérieur. 

Il  faut  maintenant  fendre  le  manteau  sur  la  ligne  mé- 
diane ventrale  pour  étudier  les  organes  contenus  dans  la 
cavité  pallêale. 


218 


LE     NATURALISTE 


On  trouve  alors  tout  à  fait  au  fond  les  deux  branchies, 
à  droite  et  à  gauche, au  sommet  d'une  grosse  papille,près 
de  la  hranchie  gauche,  Voiifice  génital.  Sur  la  ligne  mé- 
diane et  suivant  la  ligne  de  suture, on  trouve,  au  sommet, 
un  orifice  entouré  d'expansions  aliformes  :  c'est  l'anus 
derrière  lequel  se  trouve  l'orifice  de  la  poche  à  encre. 

Au  milieu  du  trajet  rectal  et  de  chaque  côté,  on  trouve 
deux  pores  urinaires  et,  si  l'individu  examiné  esi  une  fe- 
melle, deux  grosses  glandes  symétriques,  les  glandes 
nidamentaires  et,  entre  les  deux  en  arrière,  rovaire. 

Sur  les  Jèvres  qui  forment  la  base  de  l'entonnoir  on 
trouve  deux  sortes  de  boutonnières  chitineuses  latérales  ;  en 
face  d'elles,  sur  la  paroi  intérieure  du  manteau,  on  aper- 
çoit deux  sortes  de  crochets  également  chitineux,  qui 
pénètrent  dans  Its  boutonnières  et  augmentent  l'adhé- 
rence entre  l'entonnoir  et  le  manteau,  de  sorte  que  l'eau 
qui  est  chassée  de  la  cavité  palléale,ne  pouvant  sortir  que 
par  l'entonnoir,  augmente  ainsi  la  force  de  propulsion  de 
l'animal. 

Tout  le  manteau  est  parsemé  de  cellules  colorées  ou 
chromatophores  qui,  par  leur  jeu  permettent  à  l'animal 
d'adapter  la  teinte  de  son  corps  à  celle  du  milieu  sur  lequel 
il  repose.  C'est  un  excellent  exemple  de  mimétisme. 

Tube  digestif.  —  La  bouche,  placée  au  centre  des  dix 
bras,  est  armée  du  bec  corné  signalé  plus  haut,  enchâssé 
dans  un  bulbe  pharyngien  très  musculeux,  et  qui  porte 
une  radula  et  une  petite  langue  gustative  du  côté  ven- 
tral. Laradula  présente  sept  rangées  de  dents  chitineuses. 

L'œsophage  est  long,  il  traverse  la  région  hépatique 
et  le  cartilage  crânien,  et  vient  s'ouvrir  lîans  un  estomac 
globuleux  à  parois  membraneuses  :  le  cardia  et  le  pyloie 
sont  très  rapprochés.  Au  point  où  le  pylore  s'ouvre  dans 
l'intestin,   un   trouve   un  çsecum    contourné    en   spirale 


^...& 


Fig.  3.  —  Appareil  digestif  du  même  Mollusque  ■  bu,  bulbe; 
œs,  œsophage;  g.  s,  glandes  salivaires  ;  f,  foie  ;  si,  estomac  ; 
st.  s,  estomac  spiral  ;  ;',  intestin  ;  pa,  pancréas. 

(estomac  spiral).  L'intestin  se  dirige  alors  directement 
d'arrière  en  avant  et  se  termine  à  l'anus,  à  côté  de  l'ori- 
fice de  la.  poché  à  encre. 

Cet  organe  consiste  en  une  poche  divisée  en  deux  par- 
ties ou  chambres,  l'inférieure  seule  est  glandulaire  et  à 
nombreux  feuillets,  elle  communique  avec  la  supérieure 
par  un  orifice.  Elle  sécrète  une  substance  noire,  très  co- 
lorante, connue  dans  le  commerce  sous  le  nom  de  sépia. 


et  que  l'animal  peut  rejeter  à  volonté  pour  troubler  l'eau 
([ui  l'environne  afin  de  se  dérober  par  la  fuite  à  ses 
ennemis. 

Il  y  a  deux  glandes  salivaires  situées  près  de  l'œso- 
phage et  dont  les  deux  canaux  excréteurs  se  réunissent 
en  un  seul  qui  va  s'ouvrir  à  la  partie  ventrale  du  bulbe. 

Le  foie  est  une  masse  brunâtre,  formée  de  deux  lobes 
auxquels  se  rattachent  deux  petites  glandes  blanches 
pancréatiques,  qui  empruntent  les  canaux  hépatiques  pour 
l'excrétion  de  leurs  produits. 

Ces  canaux  vont  s'ouvrir  près  du  point  d'où  se  détache 
l'estomac  spiral. 

Appareil  circulatoire.  —  Quoique  lacunaire,  il  est 
beaucoup  mieux  indiqué  que  chez  les  autres  mollusques. 

Il  se  compose  d'un  organe  central  de  propulsion  situé 
au  fond  de  la  cavité  palléale,  etduquel  arrivent  deux  veines 
venantdes  branchies,  ces  veines  se  dilatent  à  leur  arrivée 
dans  le  ventricule  pour  former  deux  oreillettes.  Leur  ca- 
vité est  séparée  de  celle  du  ventricule  par  deux  valvules 
qui  empêchent  le  sang  do  refluer  dans  les  branchies. 

Du  ventricule  partent  :  une  aorte  antérieure  qui  distri- 
bue le  sang  à  tous  les  organes  de  la  partie  antérieure  du 
corps  (art.  palléale,  a.  céphalique,  a.  brachiales,  etc.); 
une  aorte  postérieure  qui  se  distriiiue  à  l'intestin  et  aux 
organes  génitaux.  Le  sang,  après  avoir  circulé  dans  les 
organes,  continue  par  des  capillaires;  mais  il  tombe  néan- 
moins dans  des  espaces  lacunaires,  d'où  il  est  repris  par 
des  veines  qui  se  réunissent  pour  former  un  grand 
vaisseau  ventral  (veine  céphalique).  Ce  vaisseau  se  divise 
au  niveau  des  branchies  en  deux  troncs  qui  se  dilatent  et 
forment  des  cœurs  branchiaux,  avant  de  pénétrer  dans  les 
organes  respiratoires,  sous  le  nom  d'artères  branchiales. 

Sur  les  troncs  veineux  qui  se  rendent  aux  branchies. 


Fig.  4.  —  Système  nerveux  de  la  Seiche  :  g.  c,  cerveau  ;  n.  b, 

nerfs  des  bras;  g.  op,   ganglions   optiques;  oc,  yeux;  g.  et, 

ganglions  étoiles  ;  n.  p,  nerfs  palléaux  ;  n.  v,  nerfs  viscéraux; 

c.  an,  commissure  anastomotique. 

on  remarque  des  amas  glandulaires  (orgones  spongieux  ou 

glandes  péricardiques)   que   l'on   considère  comme   des 


LE     NATURALISTE 


219 


appareils  urinai ves.  Ils  vont,  d'autiT  part,  déboucher  aux 
pores  urinaircs  signalés  précédemment. 

Appareil  respiratoire.  —  Les  branchies,  au  nombre  de 
doux,  sont  des  sortes  de  panaches  pyramidaux,  formés  de 
lamelles  membraneuses,  qui  s'insèrent,  latéralement  sur 
un  axe  parcouru  par  deux  vaisseaux  sanguins,  l'un 
afférent,  l'autre  efTérent.  Il  n'existe  pas  de  cils  vibratiles 
à  la  surface  de  l'appareil  respiratoire. 

Système  nerveux.  —  Cet  appareil  est  très  développé.  Il 
est  formé  d'une  masse  centrale  considérable,  enfermée 
dans  une  sorte  de  boîte  crânienne  cartilagineuse  (carti- 
lage céphaliijue).  Les  ganglions  cérébroides,  pédieux  et 
visi'Àraux,  sont  comme  fusionnés  en  une  seule  masse  ; 
mais  l'œsophage  qui  la  traverse,  sépare  nettement  les  g. 
cérébroïdes,  de  la  masse  viscéro-pédieuse  située  ventrale- 
ment. 

Les  ganglions  cérébroïdes  fournissent  deux  masses  ner- 
veuses latérales  (ganglions  optiques),  et  deux  petits  nerfs 
qui  vont  aux  otoctjstes  situés  dans  le  cartilage  céphalique 
(n.  acoustiques). 

La  masse pédieuse  fournit  les  dix  nerfs  qui  vont  chacun 
dans  un  bras,  et  la  masse  viscérale  donne  deux  grands 
nerfs  (n.  palléaux)  qui  vont  former  un  ganglion  étoile 
énorme  {g.  étoile  de  Cuvier),  placé  à  la  face  interne  du 
manteau  et  à  la  base  des  branchies.  Enfin,  deux  nerfs 
viscéraux  qui,  d'abord  accolés,  se  séparent  et  sont  unis  à 
la  partie  postérieure  du  corps  par  une  anse  anastomotique. 

Pour  la  dissection  de  cet  appareil,  il  est  quelquefois  bon 
de  partir  du  ganglion  étoile,  de  suivre  le  nerf  palléal  jus- 
qu'aux centres  nerveux,  d'où  l'on  peut  ensuite  rayonner 
dans  toutes  les  directions. 

Organes  génitaux.  —  Les  sexes  sont  toujours  séparés 
chez  les  Céijhalopodes.  La  glande  génitale,  qu'elle  soit 
mâle  ou  femelle,  est  placée  au  fond  du  sac  viscéral.  Les 
produits  génitaux  tombent  directement  dans  une  dépen- 
dance de  la  cavité  générale,  d'où  ils  sont  repris  pour  être 
évacués  au  dehors  soit  par  le  canal  déférent,  soit  par 
l'oviducte. 

Chez  le  mâle,  on  trouve  d'abord  un  testicule  contenu 
dans  un  sac  de  forme  sphéroîdale  plus  ou  moins  régu- 
lière. Il  donne  naissance  à  un  canal  déférent  qui  bientôt 


'■3 


..-V. 


y 


Fig.  5.  —  Appareil  génital  mâle  :  /,  testicule  unique  ;  c.  ci, 
canal  déférent  ;  v.  s.  vésicule  séminale  ;  pr,  prostate  ;  v.  X, 
vésicule  de  Needham  :  o.  g,  orifice  génital. 

se  renfle  en  plusieurs   glandes   ou    vésicules    annexes. 
D'abord  une  vésicule  tiiple  à  parois  glandulaires  qui  sert 


de  vésicule  séminale;  puis  viennent  deux  appendices  en 
forme  de  caecum  comparés  à  une  prostate,  enfin,  un  grand 
réceptacle  très  dilaté,  c'est  le  réceptacle  de  Needham  qui 
contient  les  .spe»-nîa(op/to»-es  dont  nous  allons  parler.  Ce 
réceptacle  se  continue,  par  un  catial éj aculateur  tiui  va.  s'ou- 
vrir dans  la  cavité  branchiale  à  la  base  de  l'entonnoir 
sur  une  saillie  papilleuse. 

Les  spermatophores  découverts  par  Stuammcrdaîn et  étu- 
diés beaucouj)  plus  à  fond  par  Milne-Edwards,  ne  sont 
aulre  chose  qu'une  sorte  de  réservoir  spermatique  entouré 
d'une  enveloppe  extérieure  plus  ou  moins  elhlée  et  cou- 
tournée  à  son  extrémité. 

Le  mâle  nous  montre  une  particularité  intéressante.  Le 


A    iï 


Fig.  6.  —  Organes  génitaux  femelles  de  la  Seiche  :  ov,  l'o- 
vaire ;. 7.  h/,  glandes  nidamentaircs  ;  ni.  a,  glandes  nida- 
mentaires  accessoires  ;  o,  oviducte  ;  0.  g,  orifice  génital  ; 
g.  a,  giandes  annexes;  p.  n,  poche  du  noir;  0.  u,  orifices 
urinai  res. 

bras  ventral  gauche  présente  à  sa  hase  des  ventouses 
peu  nombreuses  et  plus  petites  qu'aux  autres  bras.  Il 
porte  également  une  série  de  replis  transversaux  irrégu- 
liers. Ce  bras  différencié  en  vue  de  l'accouplement  est 
dit  hectocotylisé.  Il  sert  à  l'animal  à  recueillir  les  sper- 
matophores et  à  les  jiorter  dans  la  cavité   branchiale  de 


Fig-  1.  —  Ponte  de  Seicho  attachée  à  une  branche . 

la  femelle.  Souvent  à  ce  moment  ce  bras  particulier  se 
rompt  et  reste  engagé  dans  la  cavité  branchiale  où  il  a 
été  pris  pour  un  parasite  décrit  par  Cuvier  sous  le  nom 


220 


LE     NATURALISTE 


d'Hectocotyle,  nom  qui  lui  est  resté  attaché,  en  établis- 
sant, toutefois,  son  origine. 

Chez  la  femelle,  l'ovaire  est  logé  dans  une  poche  for- 
mée par  le  péritoine.  C'est  de  cette  poche  que  part  l'ovi- 
ducte  qui  ne  se  continue  pas  directement  avec  la  glande. 

L'ovJducte  débouche  à  gauche  du  rectum  ainsi  que 
cela  a  été  décrit  plus  haut.  Il  présente  sur  son  trajet  des 
glandes  accessoires  consistant  en  éléments  glanduleux 
disséminés  sur  les  parois. 

De  plus,  il  existe  une  paire  de  glandes  à  structure  la- 
melleusè,  qui  s'ouvrent  directement  dans  la  cavité  pal- 
léale  et  très  actives  au  moment  de  la  ponte  :  ce  sont  les 
glandes  nidatnentaires. 

Elles  fournissent  une  matière  visqueuse  qui  entoure 
les  œufs  et  sert  à  les  unir  ensemble  sous  forme  de 
grappes  noires,  qui  ont  fait  donner  à  la  ponte  des  seiches 
le  nom  de  raisins  de  mer.  A.  Gruvel. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  A  céder  les  lots  etcollections  de  Coléoptères  ci-après 
désignés.  S'adresser  à  «  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle  », 
46,  rue  du  Bac,  Paris. 

t,ot  df  Clavieornes,  98  espèces,  236  exempl., 

1  carton.  Prix  :  '2-2  fr. 

'         LottleCurcMlionîdes,  171  espèces,  37oexempl., 

2  cartons.  Prix  :  2j  fr. 

Collection  «le  Oysticides  et  Gyi-înides, 
192  espèces,  "92  exemplaires,  5  cartons.  Prix  :  50  fr. 

Collection  «le  Téi-^diles,  148  espèces,  54b 
exempl.,  o  cartons.  Prix  :  40  fr. 

Lot  de  CInvicoi'nes,  132  espèces,  368  exempl., 
4  co.rtons.  Prix  :  32  fr. 

t,ot  de  CUrysomélides,  294  espèces,  1.374 
exem]il.,  8  cartons.  Prix  :  KO  fr. 

Collection  de  Coccînellldes,  europ.  et  exoti- 
ques, liJo  espèces,  502  exempl.,  3  cartons.  Prix  :  40  fr. 
I..ot  de  Coecinellides  do  France,    47  espèces, 
123  exempl.,  1  carton.  Prix  :  10  fr. 

Collection  de  Liucanides  et  I..anielli- 
cocnes  de  France,  M5  espèces,  400  exempl.,  3  car- 
tons. Prix  :  3b  fr. 

Collection  de  Coecinellides,  47  espèces, 
bo9  exempl. ,2  cartons.  Prix  :  30  fr. 

I.,ot   de    Chrysomélides  europ.   et   exotiques, 
environ  272  espèces,  556  exempl.,  8  boites.  Prix  :  50  fr. 
t,ot  d'Apîon,  122  espèces,  315  exempl.,  1  carton. 
Pi  ix  :  2b  fr. 

!Lot  de  Scymnus  à  I^itophilus  inclus, 
47esiièces,  332  exempl.,  1  carton.  Prix:  20  fr. 

C:<>lle«-8ion  de  Scolyti«leB,  83  espèces,  674 
exempl  ,  3  boites.  Prix  ;  40  fr. 

D«nibles  de  la  collection  lL.evoiturîer, en- 
viron 15  a  16.000  Coléoptères.  Prix  :  300  fr. 

Collection  «le  Coléoptères  (presque  tous  de 
France).  2.;00  csiièces  environ,  12  à  Ib.OUO  exempl., 
44  Ijoites.  Prix  :  450  fr. 

Collection  de  Cl!ivîc<»i'nes,  724  espèces, 
3.391  exempl.,  22  cartons.  Prix  :  150  fr. 

Collection  de  I>on};icoi-nes,  423  espèces, 
1.294  exempl.,  14  cartons.  Prix  :  '.'bO  fr. 

Collection  de  Palpicoi-nes,  107  espèces,  b60 
exemplaires,  3  cartons.  Prix  :  ;tO  fr. 

Collection  de  Stapliilintdes,  713  espèces, 
2.965  exemiil  ,  18  cartons.   Prix  :  160  fr. 

Collecti<»n  de  »I«lacodei-nies,  171  espèces, 
678exemi)l.,  7  carions.  Prix  :  4.'i  fr. 


Collection  de  Cui-culîonîdes  et  Xylo- 
phages,  880  espèces,  3.416  exempl.,  27  cartons. 
Prix  :  175  fr. 

Lot  de  Curculionides,  95  espèces,  383  exempl., 
4  cartons.  Prix  30  fr. 

L.ot  de  Coecinellides  européens  et  exotiques. 
78  espèces,  246  exempl.,  1  lioite.  Prix  :  20  fr. 

I..ot  de  Dytisci«le8,  Gyrinîdes  europ.  et 
exotiques,  78  espèces,  246  exempl.,  i  boite.  Prix  :  20 fr, 

Lot  de  Cleindèles,  39  espèces,  118  exempl., 
i  carton.  Prix  :  3b  fr. 

Lot  de  Curculionides,  171  espèces,  375  exempl., 

2  cartons.  Prix  :  30  fr. 

Lot  «le  Malacoi-dermes  europ.  et  exotiques, 
344  espèces,  700  exempl..  9  cartons,  16  type»  de 
^Vollestou.  ^  types  d«";  Solier.  Prix  80  fr. 

Collecti«>n  de  Leptodérides,  mécropho- 
rldes,  MiphiUIes  europ.  et  exotiques.  96  espèces. 
778  exempl.,  4  boites.  Nombreuses  variétés  et  exem- 
plaires de  provenances  diverses.  Prix  :  70  fr. 

Collection  de  Coecinellides,  110  espèces, 
329  exempl.,  2  cartons  doubles.  Prix  :  28  fr. 

Collection  de  Staphylinî«les  europ.  et  exoti- 
ques. 1068  espèces.  2284  exempl.,  34  cartons.  lO  types 
de  $<oliei-.  Prix':  250  fr. 

Lot  de  Cryptophagitles,  50  espèces,  172 
exemplaires,  1  carton.  Prix  :  15  fr. 

Lot  de  Claphyi-itles  europ.  et  exot.  44  espèces 
et  variétés,  t5  exemplaires,  1  carton.  Prix  :  15  fr. 

Collection  de  IVitidulides,  environ  130  es- 
pèces, 400  exempl.,  3  cartons.  Prix  :  40  fr. 

Collection  de  Staphylinides  europ.  et  exoti- 
ques, 780  espèces,  10  cartons.  Prix  :  80  fr. 

Lot  de  Stapliylinides,  Ci*ypt«>phagides, 
Latliritlîides,  Anisotonii«les,Scy«lniéni«les, 
Cissides,  etc.  Environ  400  espèces,  1200  exempl., 
16  cartons.  Prix  :  bOfr. 

Deaux  exemplaires  de  Polyphylla  Ra- 
gusse  o'.  1  fr.  i)ièce. 

Lot  «le  CoI«?optères  d«»  ma«lagascai-,  49  es- 
pèces, 101  exempl.,  1  carton.  Prix  2(1  fr. 

Lot  de  Coli'optères  «le  Aladagascar,  62  es- 
pèces, 120  exempl.,  1  boite.  Prix  25  fr. 

Lot  tle  Coléoptères  «le  France,  400  espèces, 
1  boite.  Prix  :  40  fr. 

Lot  de  Coléoptères  de  France,  300  espèces, 
1  boîte.  Prix  :  28  fr. 

Lot  d'Hispides,  exotiques,  60  espèces,  65  exempl. . 
1  carton.  Prix  15  fr. 

Lot  «le  Cliry8oniélî«le8  europ.  et  exotiques, 
2.308  espèces,  2.875  exempl.,  58  cartons.  Un  bon 
nombres  d'espèces  africaines  sont  typiques  et  ont  servi 
à  Vogel  pour  faire  sa  monographie.  Prix  :  450  fr. 

S'adresser  pour  les  lots  et  collections  ci-dessus  à  «  Les 
Fils  D'iimile  Deyrolle  »,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  A  vendre  les  lots  ci-après  de  Coquilles  et  Fossiles, 
(même  adresse  que  ci-dessus.) 

Un  lot  de  Coquilles  marines  et  terrestres  de  Maurice, 
environ  128  espèces  et  277  exemplaires.  —  00  fr. 

Un  lot  de  Coquilles  de  Cuba  (terrestres)  comprenant 
ue  nombreuses  Hélix,  Strophia,  Choanopama,  Chondro- 
poma,  Ilelicina,  48  espèces,  65  exemplaires.  —  5b  fr. 

Une  collection  de  Fossiles  du  dévonien  du  Pas-de- 
Calais,  25  espèces,  38  exemplaires.  —  20  fr. 

Une  collection  Bulimus  de  Nouvelle-Calédonie,  12  es- 
pèces, 15  exemplaires,  parmi  lesquelles  Bulimus  Ma- 
riei. —  12  fr. 

Le  Gérant:  Paul  GROULT. 

P.VRIS.    —  IMPRI.MERIR  F.    LEVÉ,     RUE   CASSETTE,    17. 


19"  ANNÉE 


2"    SÉRIE 


!^°  »2;4 


1"  OCTOBRE  1897 


LES  MARNES  INTRAGYPSEUSES 

DANS  LES  QUARTIERS  NORD  DE  PARIS 


Lct;  excursions  géolugwiues  devieiment  de  plus  en 
plus  dilliciles  aux  environs  de  Paris,  par  suite  de  l'aban- 
don des  anciennes  carrières  et  de  l'extension  toujours 
croissautc  des  habitations  ;  mais  on  a  quelquefois  la 
bonne  fortune  de  faire,  dans  les  fouilles  nécessitées  par 
ces  constructions,  des  observations  intéressantes. 

A  Paris  même,  si  connu  que  soit  le  sous-sol,  il  ne,  fant 
pas  négliger  l'examen  des  moindres  excavations  qui  don- 
nent souvent  lieu  à  des  observations  d'autant  plus  cu- 
rieuses ([u'elles  ne  peuvent  être  faites  que  pendant  le 
temps  fort  court  des  travaux.  C'est  ainsi  que,  l'année 
dernière,  le  quartier  de  la  gare  du  Nord  a  été  le  centre 
d'un  ensemble  de  terrassements  importants  pour  cons- 
tructions d'égouts,  fondations  diverses,  culées  de  ponts, 
extension  de  la  gare,  etc.  Pour  ces  derniers  travaux  en 
particulier,  j'ai  pu  suivre  toutes  les  fouilles,  grâce  à  M. 
l'Ingénieur  des  ponis  et  chaussées  Rossignol,  qui  a  bien 


voulu  me  signaler  les  points  intéressants  et  me  com- 
muniquer les  coupes  pétrographiques  pratiques  qu'il 
avait  fait  relever  par  son  service  de  construction  de 
chemin  de  fer. 

Les  points  explorés,  tous  situés  entre  les  deux  collines 
gypseuses  de  Montmartn'  et  des  Buttes- Cliaumout,  inté- 
ressaient les  couches  inférieures  du  gypse,  les  forma- 
tions intra-gypseuses  et  les  couches  supérieures  du  tra- 
vertin de   Saint-Ouen. 

Ces  dernières,  les  plus  anciennes  de  la  série  examinée 
ont  été  mises  à  jour  dans  les  tranchées  de  l'égout  de  la 
rue  des  Messageries,  au  coin  du  faubourg  Poissonnière. 
Les  marnes  de  cet  étage  étaient  très  calcaires  et  absolu, 
ment  pétries  de  bithinies. 

Dans  la  forniation  gypseuse,  les  niveaux  exacts  sont 
assez  souvent  difficiles  à  déterminer  dans  les  excavations 
autres  que  les  carrières  ;  les  marnes  intercalées  facili- 
tent les  glissements  et  rendent  les  éboulements  très 
fréquents;  on  est  obligé  d'attaquer  ces  couches  par  puits 
et  tranchées  successivement  murailles;  il  devient  alors 
impossible  de  suivre  les  lits  sur  une  grande  étendue,  et 
les  déterminations  no  peuvent  généralement  être  eîfec- 


Pholadomya  ludcnsis  et  Macropneustes  Prevosti. 


tuées  en  l'absence  de  fossiles  que  d'après  les  caractères 
pétrographiques  des  roches  extraites. 

Fort  heureusement,  dans  le  cas  particulier  qui  nous 
occupe,  le  niveau  inférieur  du  gypse,  caractérisé  par  les 
marnes  à  Pholadomya  ludcnsis  (tig. ci-dessus),  a  pu  être 
reconnu  exactement  et  suivi  en  un  certain  nombre  de 
points  au-dessous  des  petits  bancs  de  gypse  saccharoide 
(le  la  4=  masse. 

Parmi  les  points  étudiés,  il  faut  tout  d'abord  citer 
d'une  façon  spéciale  la  grande  tranchée  fait£  pour  la 
construction  du  passage  souterrain  qui  relie  la  gare  du 
Nord  à  la  nouvelle  gare  de  ceinture,  au  coin  du  faubourg 
Saint-Denis  et  de  la  rue  de  Dunkerque. 

Cette  tranchée,  faite  par  tronçons  successifs,  a  re- 
coupé la  base  de  la  masse  du  gypse,  les  marnes  infra- 
gypseuses  et  le  gypse  saccharoide  de  la  i"  masse;  le  tout 
fortement  ondulé,  éboulé  et  souvent  même  raviné  par 
des  poches.  L'examen  successif  des  diverses  parties  a 
pu  me  permettre  de  relever  la  coupe  géologique  moyenne 
suivante,  pour  la  partie  centrale  du  souterrain,  soit  à  en- 

Le  Naturaliste,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


viron  20  mètres  de  l'angle  S.-E.   du  bâtiment  principal 
de  la  grande  gare,  dans  la  cour  des  arrivées. 

Altitude  du  sol  de  la  cour b.3"  38  ■ 

1 .  —  Remblai  et  gypse  remanié I"  00. 

2-  —  Argile  jaune,  verdâtre,  feuilletée 0™  23. 

3.  —  Marnes  jaunes  feuilletées,  très   fossili- 

fères (Pholadomya    ludensis),  avec  gypse 
niviforme,     en     masses   sphériques   de 

0  5  à  1   décimètre   cube O™  60 . 

4 .  —  Argile   noire 0"°  05 . 

b.  —  Marne  carton,  magnésienne 0™  30. 

6.   —  Argile  jaune   très  feuilletée 0°"  08. 

" .  —  Gypse  saccharoide  très  pur 0"  60 . 

8.  —  Argile  brune  en  plaquettes 0™  13. 

9.  —  Marne     calcaire     compacte,   très    dure 

avec  cérithes  et  bithinies 0™  13. 

10.  —  Marne  argileuse  avec  cristaux  de  gypse 

en  fer  de  lance  et  bithinies 0"  70 

Le  fond  de  cette  fouille  intéresse  la  base   extrême  de 


222 


LE     NATURALISTE 


la  formaXion  gypseuse,  qui  n'a  été  dépassée  en  aucun 
point  des  travaux  de  chemin  de  fer,  même  dans  les  puits 
profonds  des  fondations  de  la  gare  de  ceinture  ;  là,  ainsi 
que  dans  les  égouts  de  la  rue  de  Dunkerque,  on  est  en 
pleine  troisième  masse  du  gypse.  En  certains  points,  on 
a  recoupé  d'anciennes  galeries  d'exploitation. 

La  faune  des  marnes  (couche  3  de  la  coupe  ci-dessus) 
est  très  riche,  on  peut  y  signaler  :  Pholadomya  liidensis, 
Macropneustes  Prevosti,  Cerithium  Iricarinatum,  Volula, 
Fabrei,  Lucina  Heberti,  etc. 

Les  deux  premières  espèces  étaient  particulièrement 
abondantes  presque  partout,  mais  principalement  dans 
une  fouille  faite  sous  les  voies  de  ceinture,  à  300  mètres 
au  nord  du  souterrain,  et  à  l'altitude  de  32.  Là  un  seul 
échantillon  de  1  décimètre  cu'oe  contenait  à  la  surface 
4  Pholadomyas,  3  oursins,  3  cérithes,  1  pince  de  crustacé, 
etc. 

La  Pholadomya  ludensis  a  aussi  été  retrouvée  sur  la  cote 
50,  dans  les  fondations  du  pont  du  boulevard  de  la  Cha- 
pelle, et  dans  les  puits  à  béton  de  la  culée  ouest  du  nou- 
veau pont  de  la  rue  J.  François-Lépine.  En  ce  point,  au 
croisement  delà  rue  Stephenson,  le  gypse  delà  3"  masse 
avec  ses  marnes  a  été  recoupé  sur  toute  sa  hauteur. 

A  partir  de  ce  point,  la  formation  gypseuse  plonge 
vers  le  nord  et  est  très  fortement  ravinée  par  des  puits 
naturels,  remplis  de  diluvium  ou  de  sables  et  grès  ferru- 
gineux de  Fontainebleau.  Lessables,  en  lambeau  éboulé 
très  puissant,  formaient  un  placage  épais  sur  le  flanc  E. 
d'un  contrefort  de  la  butte  Montmartre,  derrière  l'église 
Saint-Bernard.  Ce  sable  raviné,  qu'on  peut  suivre  sur 
une  grande  distance,  recouvre  dans  ce  quartier  tout  le 
gypse  supérieur. 

IL  B0URS.4.ULT. 


lESCEIPTIOIf  D'ÏÏI  MOLLÏÏSQÏÏE  NOÏÏYEAÏÏ 


LES  CAUSES  DES  BRUITS  OU  CŒUR 


Leplachatina  approxbnans,  auc,  nov.  sp. 

Testa  oblongo-turrita,  imperforatn,  tcnuis,  oleoso-micans, 
impei'forata,  glabra  sed  sublenle  confertim  et  obsolète  stria- 
tula  fulvo-cornea,  linea  inl'ra  suturain  rubi-o-fusca  cingulata. 
Spira  turrita,  rcgulariter  conoidea,  vix  subconvexa  vel  rectili- 
nearis,  subclavata,  obtura.  Anfractus  8  lente  crescentes,  con- 
vexiusculi,  sutura  leviler  impressa.  Ultimus  oblongus,  rotun-  ' 
datus.  Plica  columellaris   valida,  contorta,    sordide    albicans. 

Perisloma  obtusiusculum. 

Long.    12  1/2,  13  1/4;  lat.  6,  6  1/2;  ait.    apert   5,  5  /12   Mill. 

Waianœ  Ouhu  (teste  E.  Durand). 

Malgré  ses  allinités  manifestes  avec  la  Lepl.  vilrea,  New- 
comb,  également  d'Oahu,  il  ne  m'est  pas  possible  de  lui  réu- 
nir l'espèce  qui  vient  d'être  décrite.  La  Lept.  appro.rimans  est, 
en  effet,  moins  écourtée.  Sa  spire  est  plus  élancée,  conique,  et 
possède  8  tours  au  lieu  de  6.  La  coloration  est  sensiblement  la 
même  et,  chez  l'un  des  sujets  que  m'a  communiqués  M.  Emile 
Durand,  on  observe,  outre  la  ligne  suturale  brune,  un  semblant 
de  fascie  à  la  périphérie  du  dernier  tour.  Par  ses  caractères, 
cette  nouvelle  espèce  est  intermédiaire  entre  la  L.  vitiea, 
Newcomb,  et  la  pyramis,  laquelle  est  d'ailleurs  beaucoup  plus 
allongée,  etqui  provient  de  l'île  de  Kanai. 

Dra-el-Mizan,  le  30  mai  1897.  C,  Fancey. 


Quand  on  applique  l'oreille  sur  la  poitrine  d'une  per- 
sonne, soit  directement,  soit  indirectement  par  l'intermé- 
diaire d'un  stéthoscope,  on  entend  un  double  bruit, 
appelé  bruits    du   cœur,   à    chaque   contraction   de   cet 


organe.  Un  long  silence  s'écoule  dans  l'intervalle,  de  ce 
tic  tac  au  tic  tac  suivant,'  eu  égard  au  court  silence  qui 
sépare  les  deux  bruits  du  cœur,  tic  et  tac.  Généralement 
on  a  le  grand  tort  d'attribuée  ce  liruit  au  claquement  des 
valvules,  que  l'on  compare  au  clapotement  d'un  drapeau 
agité  par  le  vent,  qui  donne  un  double  bruit  en  se  pliant 
et  se  dépliant  en  sens  inverse.  Mais,  ici,  ce  n'est  pas  cela 
du  tout  ! 

Sans  doute,  ce  bruit  varie  beaucoup  quand  les  val- 
vules sont  atteintes  de  maladies  qui  modifient  leur 
forme,  leur  consistance,  etc.;  mais,  ce  n'est  pas  le  cla- 
quement des  valvules  qui  produit  les  bruits  du  cœur.  Il 
est  facile  de  le  démontrer  par  des  raisons  péremptoires  : 

1°  Les  valvules  se  contractent  comme  les  muscles, 
mais  ne  battent  pas  comme  un  drapeau.  Or  le  bruit  de 
la  contraction  musculaire  est  tout  autre  que  celui  des 
bruits  du  cœur  :  il  n'est  connu  que  de  rares  initiés,  tan- 
dis que  l'autre  est  connu  de  tout  le  monde.  Car  les  bruits 
du  cœur  s'entendent  à  distance,  surtout  quand  on  est  un 
peu  essoufflé,  à  la  suite  d'une  course,  par  exemple. 

2°  Si  on  enlève  le  cœur  d'un  chien  pour  le  mettre  sur 
une  soucoupe,  on  le  voit  se  contracter  énergiquement 
pendant  quelques  minutes  encore,  bien  qu'il  se  soit  vidé 
de  son  sang  instantanément,  et  qu'il  se  contracte  à  vide  : 
mais  on  n'entend  plus  du  tout  les  bruits  du  cœur. 

3°  Les  animaux  qui  n'ont  que  des  valvules  insigni- 
fiantes, tels  que  les  Pythons  et  les  Kangourous,  donnent 
les  mêmes  bruits  du  cceur  que  les  animaux  qui  ont  des 
valvules  bien  développées,  comme  le  chien,  le  chat,  le 
cheval  par  exemple. 

4°  On  peut  faire  contracter  artificiellement  un  cœur, 
en  remplaçant  le  sang  par  de  l'eau,  si  on  veut  éviter 
qu'il  ne  se  contracte  à  vide.  Dans  ce  dernier  cas,  il  n'y  a 
pas  de  bruits,  tandis  que  les  bruits  se  manifestent  dès 
que  le  liquide  arrive  au  cœur. 

On  a  récemment  attribué  les  bruits  du  cœur  au  choc 
du  sang  des  ventricules  contre  celui  qui  afflue  par  les 
valvules  semi-lunaires;  mais  ce  n'est  là  qu'une  des 
causes  accessoires  des  bruits  du  cœur.  Comment  un 
homme  intelligent  comme  Sir  Richard  ne  comprend-il 
pas  cela? 

La  cause  générale  des  bruits  du  cœur,  c'est  le  frotte- 
ment du  liquide,  non  seulement  contre  ses  diverses  mo- 
lécules animées  de  mouvements  en  sens  opposés,  mais 
encore  contre  tous  les  obstacles  qu'il  rencontre  dans  son 
parcours  :  frottement  contre  les  parois,  passage  à  travers 
les  orifices  et  à  travers  toutes  les  variations  dans  la  capa- 
cité des  cavités  successives  :  ventricules,  orifices  étroits, 
vaisseaux  dilatés.  Que  d'inégalités  dans  tous  ces  ca- 
libres! Pour  celui  qui  s'est  amusé  à  regarder  au  micros- 
cope la  circulation  des  globules  sanguins  dans  les  petits 
vaisseaux  de  la  membrane  interdigitale  de  la  grenouille, 
il  est  clair  que  la  circulation  du  sang  dans  le  cœur  doit 
lui  apjiar^iitre  comme  un  tourbillon  de  globules  agités 
d'une  infinité  de  mouvements  propres,  dans  une  immense 
quantité  de  directions  différentes  :  de  là  des  millions  de 
chocs  à  un  instant  donné,  et  un  vaste  ensemble  de  bruits 
de  toute  espèce,  qui  se  confondent  en  un  murmure 
appelé  les  bruits  du  co-ur. 

En  un  mol  les  bruits  du  cœur  sont  produits  par  le 
frottement  du  liquide  contre  tous  les  obstacles  qui  s'op- 
posent à  sa  libre  expansion  dans  l'espace.  Il  coule  dans 
un  espace  limité  par  des  parois,  contre  lesquelles 
viennent  se  heurter  toutes  ses  moléeules,  en  buttant  les 
unes  contre  les  autres.  Il  est  bien  évident  que,  si  les  ori- 


LE    NATURALISTE 


223 


lices  sont  dilatés  ou  rétrécis,  les  bruits  ne  seront  pas  les 
mêmes  que  si  ces  orifices  avaient  leurs  dimensions  nor- 
males. De  même  encore  si  les  valvules  sont  saines  ou  si 
elles  sont  malades,  elles  peuvent  perdre  leur  souplesse 
et  présenter  des  saillies,  qui  exagèrent  encore  les  frotte- 
ments et  dénaturent  les  bruits  nouveaux  du  cœur.  De  là 
une  inlinité  de  liruits  différents,  pour  une  oreille  exercée  : 
liruits  sourds,  bruits  clairs,  bruits  de  râpe,  bruits  de  sif- 
flement, bruits  confus,  bruits  distincts,  bruits  de  toute 
sorte,  suivant  les  cas  pathologiques,  ou  même  selon  les 
variations  physiologiques  d'un  sujet  bien  portant.  Tout 
le  monde  sait  que  les  bruits  du  cœur,  chez  un  homme 
«Midormi,  ne  sont  pas  les  mêmes  que  chez  celui  qui  vient 
de  monter  |irécipitaninient  un  escalier.  Ils  sont  bien  plus 
forts  et  bien  plus  précipités  dans  ce  dernier  cas  que  dans 
le  précédent. 

La  cause  des  bruits  du  cœur  est  donc  fort  variable 
comme  ces  bruits  eux-mêmes.  En  définitive,  c'est  une 
question  de  frottement  du  liquide,  non  seulement  contre 
les  parois  du  cœur,  les  valvules,  les  vaisseaux,  mais 
encore  contre  ses  propres  globules  agités  de  courants 
variés,  à  travers  des  passages  tantôt  rétrécis  et  tantôt 
dilatés,  soit  aux  orifices,  soit  dans  les  cavités  du  cœur  et 
(les  gros  vaisseaux  qui  en  sortent.  Du  reste  ces  bruits  se 
propagent  très  loin,  et  se  produisent  encore  sur  place 
dans  les  vaisseaux  eux-mêmes.  Tous  les  médecins  ont 
entendu  les  bruits  qui  se  produisent  au  niveau  des  dila- 
tations anévrysmales  des  vaisseaux.  Les  bruits  du  cœur 
sont  produits  par  une  série  de  causes  mécaniques  com- 
plexes, de  sorte  ([u'on  aurait  bien  tort  de  vouloir  tous  les 
rapporter  à  une  cause  unique,  plus  ou  moins  légitime. 
On  voit  donc  ce  qu'il  faut  penser  du  claquement  des  val- 
vules, ou  de  la  théorie  trop  exclusive  du  choc  contre 
l'afllux  sanguin.  Ce  n'est  pas  la  contraction  musculaire 
<|ui  produit  directement  les  bruits  du  cœur.  Cette  con- 
traction produit  un  mouvement  rapide  du  sang;  et  c'est 
ce  mouvement  du  liquide  qui  produit  les  bruits  en  ques- 
tion, à  cause  de  son  frottement  contre  tous  les  obstacles 
qui  s'opposent  à  sa  libre  expansion  dans  tous  les  sens, 
pour  lui  faire  suivre  une  direction  déterminée,  à  travers 
des  cavités  inégalement  calibrées.  Ajoutons  à  cela  le 
choc  des  globules  entre  eux,  car  ils  sont  animés  de  mou- 
vements très  variables  en  passant  d'une  partie  dilatée  à 
un  orifice  étroit,  et  même  de  mouvements  en  sens 
inverse,  au  niveau  des  valvules  semi-lunaires. 

D'  Bougon. 


La  Grrassette 


La  Grassetle  ou  Pinguicula  vulgaris,  quoique  appartenant 
au  groupe  des  plantes  dites  carnivoi-es,  ne  présente  pas 
extérieurement  ces  caractères  singuliers  qui  attirent  de 
suite  l'attention  sur  la  Dionée  et  sur  le  Drosera.  Comme 
cesderniers,  elle  appartientàla  famille  des  Lentibulariées. 
On  la  reconnaîtra  facilement  au  signalement  suivant  : 
corolle  plus  longue  que  large,  violette,  à  lèvre  supérieure, 
formée  de  deux  lobes  oblongs,  arrondis  au  sommet,  con- 
tigus  par  leur  bord  interne,  à  lèvre  inférieure  constituée 
également  par  deux  lobes  allongés,  écartés  l'un  de  l'autre, 
à  éperon  linéaire,  obtus,  égalant  moitié  de  la  longueur 
de  la  corolle  ;  pédoncules  floraux  au  nombre  de  !-'»•, 
glanduleux  au  sommet;  feuilles  disposées  en  rosette  ra- 
dicale, entières,  charnues,  glabres,  recouvertes  d'un  en- 


duit visqueux  et  gluant.  La  Grassetle  commune  se  ren- 
contre dans  les  lieux  humides  et  tourbeux  de  toute  la 
France,  principalement  dans  la  région  montagneuse  oi'i 
elle  abonde. 

Le  genre  Pinguicula  ne  se  borne  pas  à  cette  seule 
espèce.  Dans  l'ouest  et  le  centre  de  la  France,  la  Nor- 
mandie, la  Bretagne,  la  Sologne,  existe  une  autre  plante 
de  taille  plus  petite  en  toutes  ses  parties,  à  Heurs  jaunes 
avec  le  tube  rayé  de  pourpre,  ne  dépassant  guère  6  à 
7  millimètres  de  longueur,  ù  pédoncules  capillaires,  à 
feuilles  luisantes  et  vert-jaunàtre.  C'est  le  Pinguicula 
lusilanica. 

Sur  les  hautes  cimes  du  Jura,  dans  les  rochers  humides 
des  Alpes,  des  Pyrénées,  on  rencontre  le  Pinguicula 
aipina:  dans  les  mêmes  régions  ainsi  qu'au  Mont-Dore, 
au  Plomb  du  Cantal,  c'est  le  Pinguicula  grandiftora  qui 
apparaît.  Le  premier  se  distingue  à  ses  fleurs  blanches 
marquées  à  la  gorge  de  deux  taches  jaunes,  à  son  éperon 
très  court,  aussi  large  que  long,  le  second  à  ses  fleurs 
violettes  ou  roses  dont  l'éperon  dépasse  plus  d'un  cen- 
timètre. Les  montagnes  de  Corse  sont  l'huliitat  d'une 
espèce  spéciale,  le  Pinguicula  corsica,  à  fleurs  blanchâtres, 
jaunes  ou  roses,  à  éperon  égalant  environ  le  tiers  de  la 
corolle. 

Les  feuilles  sont  à  peu  près  les  mêmes  dans  toutes  ces 
plantes,  dont  quelques-unes  sont  assez,  voisines  pour 
qu'on  les  ait  considérées  comme  les  formes  d'une  même 
espèce.  Quant  au  nom  de  Grassette,  la  consistance  char- 
nue et  grasse  de  la  feuille  indique  assez  la  raison  qui  l'a 
fait  donner.  Examinons  ces  feuilles  de  plus  près  :  les  plus 
âgées  sont  plates  ou  convexes,  et  reposent  sur  le  sol; 
quant  aux  jeunes  qui  sont  au  centre  de  la  plante,  elles 
sont  verticales  et  très  concaves.  Les  bords  sont  recour- 
bés. La  surface  supérieure  est  couverte  de  poils  glandu- 
laires de  deux  sortes,  différents  entre  eux  parla  longueur 
des  pédicelles  et  le  volume  des  glandes.  Les  plus  grosses 
glandes  paraissent  rondes,  sont  formées  de  16  cellules 
disposées  en  rayonnant  et  contiennent  un  liquide  vert 
clair.  Les  autres  sont  moitié  plus  petites,  renfermant  un 
liquide  plus  clairet  moins  longuementpédonculés.  Quelle 
que  soit  la  dimension  des  glandes,  le  liquide  qu'elles  secrè- 
ment  est  tellement  visqueux  qu'il  peut  être  facilement 
étiré.  Quant  au  bord  de  la  feuille,  il  ne  porte  pas  de  glandes 
et,  de  plus,  il  est  transparent. 

Darwin  a  été  amené  à  étudier  le  Pinguicula  sur  l'ob- 
servation qui  lui  avait  été  communiquée,  qu'on  rencontrait 
fréquemment  des  insectes  adhérents  aux  feuilles.  Sur 
39  feuilles  provenantdu  pays  de  Galles,  32  avaient  cap- 
turé 142  insectes,  ainsi  que  de  petites  feuilles  d'autres  vé- 
gétaux, entre  autres  de  ÏErica  tetralix,  des  hmls  de  Carex, 
de  joncs,  des  fragments  de  mousses.  D'autres  feuilles 
portaient  également  des  insectes  ;  l'une  d'entre  elles  n'en 
avait  pas  accaparé  moins  de  30.  L'époque  favorable  parait 
être  le  mois  de  juillet;  au  commencement  de  l'automne 
les  captures  sont  moins  nombreuses.  En  général,  ce  sont 
les  diptères  qui  dominent;  on  trouve,  quelquefois,  de 
petites  hyménoptères  et,  de  plus,  des  fourmis,  des  arai- 
gnées, de  petits  papillons. 

Quels  sont  les  phénomènes  provoqués  par  cette  capture 
de  petits  animaux'?  Il  ressort  des  observations  de  Darwin 
que  les  matières  azotées  provoquent  chez  la  grassette 
une  augmentation  de  sécrétion  acide  qui  jouit  de  la 
facilité  de  digérer  les  substances  animales. 

En  outre,  ces  dernières  sont  absorbées  par  les  glandes. 
Il  v  a  donc  digestion  et  absorption. 


224 


LE     NATURALISTE 


Mais  comment  fonctionnent  les  feuilles'?  D'abord,  il 
faut  remarquer  que  les  vieilles  feuilles  fonctionnent  mal 
et  ne  peuvent  pas  servir  pour  l'expérimentation,  car  elles 
sont  habituellement  profondément  recourbées,  et  ne  sont 
capables  de  se  mouvoir  que  lentement  et  difQcilement. 
Si,  au  contraire,  on  choisit  une  jeune  feuille  et  qu'on 
place  sur  un  de  ses  bords  une  rangée  de  mouches,  on 
constate,  au  bout  de  quinze  heures  environ,  que  ce  bord 
est  recourlié,  de  façon  à  recouvrir  les  mouches  en  partie, 
tandis  que  l'autre  bord  n'a  pas  bougé.  Toutes  les  glandes 
en  contact  avec  les  bestioles  avaient  abondamment  sé- 
crété. Dans  une  autre  expérience  faite  avec  une  feuille 
plus  vieille,  la  sécrétion  avait  été  tellement  considérable 
que  la  partie  repliée  de  la  feuille  en  était  littéralement 
remplie. 

En  ])laçant  un  fragment  de  mouche  sur  le  milieu  d'une 
feuille,  un  peu  au-dessus  même,  on  amène  les  bords  à  se 
recourber  énergiquement  en  embrassant  le  fragment  par 
les  deux  bouts.  On  provoque  également  le  recourbement 
desbords  en  se  servant  de  petits  morceaux  de  viande  rôtie; 
de  même  avec  des  cubes  d'épongé  imbibés  d'une  forte 
infusion  de  viande  crue,  avec  des  graines  de  choux  qui 
cèdent  des  matières  solubles  aux  glandes.  Dans  toutes 
ces  conditions,  l'infexion  des  feuilles  vers  l'objet  déposé 
à  leur  surface  a  lieu  avec  plus  ou  moins  d'énergie,  mais 
au  bout  d'un  temps  également  plus  ou  moins  long,  le 
redressement  des  bords  a  toujours  lieu. 

Des  fragments  de  verre  n'excitent  tout  au  plus  qu'une 
augmentation  passagère  de  la  sécrétion.  L'inflexion  a 
lieu,  mais  dans  de  faibles  proportions,  quand  on  dépose 
aux  bords  des  feuilles  des  gouttes  d'infusion  de  viande  ; 
elle  ne  se  manifeste  pas,  mais  alors  il  y  a  une  sécrétion 
des  plus  abondantes,  avec  des  gouttelettes  d'une  solution 
de  carbonate  d'ammoniaque.  La  titillation  avec  une  ai- 
guille émoussée  et  avec  l'extrémité  d'une  soie  de  porc, 
au-dessous  d'une  goutte  d'infusion  de  viande,  ne  produit 
rien  de  spécial.  Le  même  résultat  est  obtenu  avec  des 
gouttes  d'eau,  de  solution  de  sucre  ou  de  gomme. 

Il  semble  résulter  de  ces  faits  que  le  mouvement  des 
feuilles  peut  être  provoqué  par  deux  causes  :  une  poussée 
légère  et  continue,  ainsi  que  l'absorption  de  matières 
azotées.  Dans  tous  les  cas,  les  bords  seuls  s'infléchissent, 
le  sommet  ne  s'inclinant  jamais  et  les  pédicelles  des 
glandes  n'opérant  aucun  mouvement.  L'action  ne  com- 
mence à  se  manifester  qu'au  bout  de  2  heures  17  minutes. 
L'inflexion  dure  habituellement  peu  de  temps;  le  redres- 
sement se  fait,  dans  la  plupart  des  cas,  au  bout  de 
24  heures.  Quand  une  feuille  s'est  infléchie,  puis  re- 
dressée, elle  ne  se  soumet  plus  de  longtemps  à  de  nou- 
velles excitations. 

Quel  service  l'inflexion  peut-elle  rendre  à  la  plante? 
C'est  d'abord  de  presser  les  objets  contre  les  glandes  et 
de  favoriser  la  sécrétion.  Mais  le  service  le  plus  impor- 
tant qu'elle  parait  rendre  est  le  suivant  :  quand  une 
substance  quelconque,  vivante  ou  non,  et  placée  sur  la 
feuille,  ne  peut  pas  être  enveloppée  complètement  par 
les  bords  recourbés,il  s'établit  sous  l'influence  de  l'inflexion 
une  poussée  très  lente,  il  est  vrai,  mais  réelle  et  mani- 
feste, qui  l'amène  vers  le  centre  de  la  feuille.  L'objet  est 
ainsi  placé  en  contact  avec  un  bien  plus  grand  nombre 
de  glandes  et,  par  suite,  la  sécrétion  est  plus  abondam- 
ment provoquée.  Darwin  a  pu  dire  pour  résumer  :  «  Les 
services  rendus  à  la  plante  par  cette  poussée,  aussi  bien 
que  celui  rendu  par  le  contact,  quelque  court  qu'il  soit, 
des  glandes  marginales  avec  la  surface  supérieure  des 


petits  insectes  capturés,  suffisent  peut-être  à  expliquer  le 
mouvement  particulier  des  feuilles  du  Pinguicula;  autre- 
ment il  faut  regarder  ces  mouvements  comme  le  reste  de 
facultés  plus  développées  que  possédaient  autrefois  les 
ancêtres  du  genre.  » 

Ce  mouvement  des  feuilles  peut  se  manifester  encore 
dans  d'autres  circonstances.  Ainsi,  lorsqu'on  arrache 
une  plante,  les  feuilles  s'inclinent  de  manière  à  recouvrir 
les  racines,  probablement  en  raison  de  cette  tendance 
qui  fait  que  les  feuilles  extérieures  âgées  se  couchent  sur 
le  sol.  De  plus,  il  paraîtrait  que  les  tiges  florales  sont 
irritables  et  s'inclinent  en  arrière  quand  on  les  saisit. 

Comme  effet  final  de  l'absorption,  on  constate  que  les 
glandes,  d'abord  limpidesetverdâtres, deviennent  bleuâtres 
et  se  remplissent  de  matières  granuleuses  qui  se  com- 
posent de  protoplasma.  La  digestion  et  l'absorption  se 
font  aussi  en  présence  du  pollen,  de  feuilles  de  plantes; 
de  sorte  qu'on  peut  dire  avec  justesse  que  la  Grassette  est 
à  la  fois  Carnivore  et  herbivore. 

Comme  le  Pinguicula  vulgaris,  se  comportent, d'après  les 
expériences  et  les  observations  de  Darviin,  les  Pinguicula 
Imilanica  et  grandiflora. 

Dans  la  première  de  ces  espèces,  l'inflexion  pro- 
voquée par  les  corps  organiques  est  beaucoup  plus 
marquée  et  dure  plus  longtemps  ;  les  glandes  sécréte- 
raient également  davantage  sous  l'action  de  substances 
ne  contenant  pas  de  matières  azotées  solubles. 

Morren  s'est  aussi  occupé  des  propriétés  insecticides 
des  Pinguicula.  Les  Pinguicula  alpina  et  longifolia  ont 
fait  l'objet  de  ses  recherches.  Il  est  arrivé  à  une  expli- 
cation toute  différente  de  celle  de  Darwin.  Ce  serait, 
d'après  lui,  les  bactériacées  qui  seraient  la  cause  de  la 
prétendue  digestion  des  insectes  et  des  matières  azotées, 
en  provoquant  la  fermentation  et  la  putréfaction.  Il  est 
j)robable  que  Morren  a  raison  et  que  la  séduisante  théorie 
de  Darwin  ne  sera  jamais  qu'une  vue  de  l'esprit,  bien 
faite,  il  est  vrai,  pour  captiver  et  pour  plaire. 

P.  Hariot. 


LES  OISEAUX 

AU   POINT    DE    VUE    INDUSTRIEL 


Au  Maroc,  les  oiseaux  sont  préparés  par  quelques  rares 
naturalistes  européens  fixés  sur  le  littoral;  dans  l'inté- 
rieur on  ne  chasse  ])as  l'oiseau,  quel  qu'il  soit. 

L'Afrique  occidentale,  deimis  le  Maroc  jusqu'au  Séné- 
gal, ne  contribue  pas  aux  productions  ornithologiques. 
L'autruche,  autrefois  assez  commune  dans  le  Sahara 
occidental,  y  est  devenue  fort  rare.  Les  plumes  d'autruche 
autrefois  expédiées  de  Mogador  à  Londres  jjrovenaient 
du  Soudan  occidental  et  de  la  Sénégambie. 

Celles  qui  viennent  par  Tripoli,  mélangées  avec  celles 
de  toute  provenance,  ont  aussi  cette  origine  en  par- 
tie, leur  désignation  spécifique  générale  est  :  plumes 
d'autruches  de  Barbarie,  saiivages,  privées.  Au  Soudan 
français,  dans  tout  le  Macina.  les  Songhois  qui  y  habitent 
possèdent  de  grands  troupeaux  de  bœufs  et  élèvent  des 
autruches  qui  fournissent  au  commerce  nombre  de 
plumes  généralement  défectueuses  désignées  «  plumes 
d'autruches  de  Barbarie  privées  ».  Dans  la  Douwentza 
on  élève  les  autruches  comme  les  poules  dans  d'autres 
jiays,  chaque  chef  de  case  et  chaque  famille  en  possèdent 
dont  ils  tirent  profit.    L'industrie  de  l'élevage  des  au- 


LE     NATURALISTE 


225 


t  ruches  dans  les  pays  Haoussas,  favorables  à  cette 
iiiilustrie,  est  pratiquée  d'une  façon  iirimitive,  on  général 
les  produits  sont  défectueux,  mais  la  qualité  du  duvet 
ferme  et  nourri  est  bien  supérieure  aux  productions  des 
espèces  Somalie  et  australe. 

Une  faune  particulière  à  son  airo  d'expansion  depuis 
le  fleuve  Sénégal  jusqu'à  l'Afrique  équatoriale,  quelques 
espèces  équatoriales  font  leurs  migrations  de  la  mer 
Uouge  à  l'Atlantique.  Cette  faune  diffère  de  celle  plus 
septentrionale  et  saharienne  par  des  couleurs  plus  vives 
et  plus  brillantes;  pour  cette  raison  elle  est  plus  décimée. 

Les  productions  ornithologiques  de  l'Afrique  centrale 
se  bornent  aux  dépouilles  d'autruches  encore  assez  nom- 
breuses dans  la  région  des  steppes  du  Baghirmi  autour  du 
lac  Tchad;  l'e.vportation  des  plumes  est  pratiquée  comme 
dans  l'antiquité  par  caravanes  allant  à  Tripoli  et  à  Ben- 
ghazi ou  à  Souakim  (1).  Avant  la  conquête  d'Alger,  cette 
ville  était  l'entrepôt  des  jilurnes  d'autruches  du  Soudan 
central  et  occidental,  Le  Caire  celui  du  Soudan  oriental. 
L'interdiction  du  commerce  d'esclaves  en  Algérie  déplaça 
le  commerce  des  plumes  d'autruches.  Tunis  devint 
l'entrepôt,  Livourne  fut  le  marché  qui  à  son  tour  émigra 
à  Tripoli.  Le  déplacement  de  ce  commerce  qui,  avec 
l'ivoire,  prend  la  voie  du  Niger  et  de  l'Atlantique,  est  un 
fait  accompli  en  grande  partie.  La  récente  prise  de  pos- 
session de  Tombùuctou  nous  fait  espérer  que  le  com- 
merce des  plumes,  autrefois  monopolisé  à  Tombouctou, 
se  reconstituera  à  l'ombre  de  notre  drapeau  et  que,  à 
l'exemple  du  Cap,  l'industrie  de  l'élevage  en  domesticité 
deviendra  la  grande  ressource  du  Soudan  français  !... 

Sans  conteste,  l'autruche  pourrait  devenir  notre  auxi- 
liaire le  plus  important  pour  le  développement  de  notre 
influence  civilisatrice  et  la  prospérité  de  nos  sujets  sou- 
danais. 

En  1896,  le  ministère  des  Colonies  a  donné  satisfac- 
tion aux  vœux  du  commerce  parisien,  en  décidant  à 
Gombou,  cercle  de  Nioro,  Soudan  français,  la  création 
du  haras  de  repeuplement  d'autruches  du  Soudan  fran- 
çais. Tous  nos  souhaits  de  réussite  s'adressent  à  cette 
intéressante  tentative. 

L'Afrique  équatoriale  fournit  au  commerce  une 
grande  quantité  de  petits  passereaux  vivants,  de  perru- 
ches et  de  perroquets  jackos,  ornement  des  volières 
européennes.  Les  oiseaux  de  parure  très  nombreux 
paient  un  grand' tribut  au  Moloch  «  la  mode  »  :  les  petits 
coucous  bronzés,  dont  une  variété,  le  foliotocole  surpasse 
en  beauté  les  plus  belles  productions  de  l'Ancien  et  du 
Nouveau  Monde;  les  merles  métalliques,  les  sucriers, 
les  martins-pécheurs,  les  rolliers,  les  touracos,  les 
hérons,  les  aigrettes,  les  pélicans,  etc.,  etc.  ;  l'Afrique 
équatoriale  fournit  aussi  les  i)lumes  sous-caudales 
blanches  du  Marabout. 

L'Africjue  équatoriale  est  exploitée  par  les  Anglais  de 
l'Afrique  australe,  les  Allemands  des  Cameroons  et  du 
Zanguebar,  les  Belges  du  Congo,  les  Français  du  Gabon, 
de  la  Guinée,  les  Portugais  dans  leurs  possessions  d'An- 
gola. Ce  sont  surtout  les  touracos,  les  merles  métal- 
liques, les  coucous,  les  sucriers,  les  guêpiers,  les  ai- 
grettes, etc.,  qui  sont  fournis  par  cette  immense  contrée. 

(1)  Les  Anglais  viennent  de  trouver  un  nouveau  moyen  de 
se  procurer  des  ressources  pour  la  campagne  du  Soudan.  Ils 
viennent  de  décréter  que  le  trafic  de  l'ivoire,  des  plumes  d'au- 
truche, de  la  gomme,  de  la  poudre  cl  du  salpêtre  constitue 
un  monopole  au  profit  du  ministère  de  la  guerre,  dans  toute 
ta  région  située  au  sud  de  Wady-Halfa. 


La  contriliution  de  Mailagascar,  qui  a.  \iuc  faune  orni- 
thcjlogique  si  remarquable,  est  encore  de  nos  jours  de 
minime  importance.  Lorsque  notre  domination  sera 
l)lus  ]>répondérante  dans  l'immense  île  africaine,  les 
chasseurs  industriels  trouveront  une  large  rémunération 
pour  leurs  peines.  La  partie  occidentale  de  l'ile  serait 
particulièrement  favorable  à  l'élevage  de  l'Autruche.  Des 
plaines  immenses  se  trouvent  dans  cette  région,  d'ail- 
leurs l'élevage  du  bœuf  s'y  pratique  avec  succès.  Les  la- 
gunes et  marécages  qui  forment  une  ceinture  à  l'île  con- 
viendraient à  l'élevage  des  Aigrettes,  encore  très  abon- 
dantes. 

L'Afrique  orientale  fournit  peu  ou  pas  d'oiseaux  pour 
la  parure,  c'est  des  pays  somalis  que  viennent  les 
plumes  d'autruche  dénommées  Yamaniet  plus  impropre- 
ment «  Sénégal  »  ;  cette  sorte  de  qualité  inférieure  est 
fournie  par  une  variété  d'autruches  nègres  {struthio  molyb- 
dophancs)  de  taille  gigantesque,  qui  parfaitement  do- 
mestiquées vivent  complètement  libres  avec  leurs  sau- 
vages projjriétaires,  les  Somalis  et  les  Gallas  qui  les 
plument  régulièrement  d'une  façon  barbare. 

Chez  les  Gallas,  on  décore  le  meurtrier  :  celui  qui  a 
tué  porte  dans  les  cheveux  une  plume  d'Autruche, 
blanche  si  le  sang  est  récent,  noire  s'il  est  plus  ancien  (1). 
J'ai  cité  l'exemple  de  la  plume  portée  au  chapeau  comme 
amulette  au  Tyrol,  en  Styrie,  ici  elle  a  une  signification 
qui  parait  résulter  d'une  convention  sociale  :  la  décora- 
tion est  née. 

L'emploi  de  la  plume  d'autruche  dans  la  coiffure 
humaine  remonte  à  la  plus  haute  antiquité  ;  comme 
garniture  de  vêtement  il  est  fort  ancien.  Nous  trouvons 
une  description  très  explicite  dans  le  Roman  du  petit 
Jehan  de  Saintré  qui  vivait  à  la  cour  du  duc  de  Bour- 
gogne sous  le  règne  de  Charles  'VU  vers  1423.  La  dési- 
gnation de  la  façon  des  plumes  et  de  leurs  coloris  dénote 
des  procédés  de  fabrication  très  perfectionnés.  On  ne 
ferait  pas  mieux  aujourd'hui. 

On  sait  que  les  nègres  de  l'Afrique  orientale  prati- 
quent l'incubation  artificielle  des  œufs  d'autruche,  qu'ils 
enfouissent  dans  un  tas  de  paille  de  dourah  sorgho;  il 
est  singulier  de  retrouver  en  Australie  ce  mode  d'incu- 
bation des  Gallinacés  spéciaux  à  ce  pays. 

La  région  des  grands  lacs  africains  dont  la  richesse 
ornithologique  est  bien  connue,  contribue  peu  dans  l'in- 
dustrie, la  difficulté  des  préparations  est  cause  de  la 
pénurie  des  dépouilles  d'oiseaux  du  commerce.  Ces 
régions  sont  la  patrie  des  baheniceps  fort  rares  dans  les 
collections  et  dont  la  recherche  d'ailleurs  dans  ce  but  est 
fort  active. 

Au  cap  de  Bonne-Espérance  et  dans  l'.Vfrique  australe, 
l'Européen  ne  pratique  pas  la  chasse  des  petits  oiseaux; 
tout  au  plus,  au  moment  des  récoltes,  les  poursnivra-t-on, 
mais  sans  se  servir  d'armes  à  feu.  Les  services  rendus 
à  l'agriculture  par  la  destruction  des  insectes  nuisibles 
innombrables,  font  tolérer  les  légers  dégâts  qu'ils 
peuvent  faire.  Les  nègres  de  l'Afrique  australe,  peu 
difficiles,  consommant  les  aliments  les  plus  hétéroclites, 
dédaignent  la  chasse  des  petits  oiseaux,  à  l'exception  de 
certaines  espèces  recherchées  par  la  mode,  soit  les  merles 
métalliques,  évêques,  coucous  bronzés,  sucriers,  tou- 
racos, aigrettes,  etc.  et  quelques  espèces  d'oiseaux  de 
volière  envoyées  en  Europe  ;  ils  donnent  ainsi  un  bel 
exemple  à  suivre  aux  Nemrods  européens  qui  habitent 

(1)  AuBRY.  Comptes-Rendus  S.  d.  g.  Paris  1886,  n'Il.p.SSl. 


220 


LE     NATURALISTE 


toutes  les  parties  de  l'Afrique.  Généralement,  tout  oiseau 
insectivore  est  protégé  et  respecté  par  des  lois  ou  par 
l'usage.  Dans  quelques  régions,  des  croyances  supers- 
titieuses protègent  l'engoulevent,  les  hirondelles  et  les 
veuves.  Puisse  cette  leçon  donnée  par  des  nègres  servir 
d'exemple  à  nombre  de  blancs  grands  destructeurs  d'oi- 
seaux. 

Jusque  dans  ces  dernières  années,  la  grue  de  Paradis 
-{Tetrapterix  paradisea)  un  des  plus  beaux  et  des  plus 
utiles  oiseaux  de  l'Afrique  australe,  était  sacrifiée  dans  un 
but  somptuaire  assez  particulier.  Les  guerriers  Maté- 
bélés  portaient  comme  coifl'ure  de  guerre  les  longues 
plumes  d'ailes  du  tetrapterix.  Pour  faire  cesser  la  des- 
truction de  cet  utile  oiseau,  leur  roi  si  prestement  sup- 
primé par  les  Anglais  de  la  Rhodesia,  offrit  en  échange 
d'une  plume  d'apterix  une  belle  plume  blanche  d'au- 
truche ;  le  changement  de  modes  en  résultant  fut  désas- 
treux pour  les  autruches,  dont  un  grand  nombre  payèrent 
de  la  vie  cette  nouvelle  fashion.  Aujourd'hui  beaucoup  de 
tribus  africaines  reconnaissent  les  avantages  de  la 
domestication  de  l'autruche  qu'ils  pratiquent,  et  laissent 
en  paix  les  rares  survivants;  également,  ils  apprécient 
l'utilité  des  oiseaux  des  marais,  leur  qualité  d'insecti- 
vores les  protège,  on  n'en  détruit  pas. 

La  production  des  plumes  d'autruches  au  Cap.  très 
considérable  aujourd'hui,  remplace  celle  des  autres  oi- 
seaux, au  grand  profit  des  colons  et  de  l'agriculture. 

On  évalue  le  stock  d'oiseaux  vivant  à  ce  jour  au 
nombre  fantastique  de  plus  de  500.000  autruches.  La 
production  des  plumes  atteint  environ  800.000  kilog.  par 
année, du  prix  approximatif  de  lOOfrancsparkilogramme  : 
ce  qui  enrichit  annuellement  la  colonie  d'au  moins  cin- 
quante millions  de  francs,  valeur  marchande  bien  supé- 
rieure en  Europe. 

Quand  aurons-nous  la  satisfaction  patriotique  de  cons- 
tater une  industrie  rivale  en  Algérie,  au  Soudan,  à  Mada- 
gascar, dans  les  régions  favorables  de  l'Afrique  française':* 

Jules  FOREST  aine. 


DESCRIPTIONS 
DE  QUELQUES  LUCANUS  NOUVEAUX 


Luc.A.NL'S  BoiLEAVi-Louis  Plauet 

(Nova  species) 

Description  de  la  femelle. 

Femelle.  Ressemble  beaucoup  à  la  femelle  du 
L.  Dybowskyi-Parry  ;  mais,  à  taille  égale,  a  les  mandi- 
bules plus  robustes  et  la  tète  plus  large  et  plus  fortement 
en  même  temps  que  plus  régulièrement  granuleuse. 
Corselet  moins  convexe,  plus  fortement  déprimé  sur  les 
côtés,  à  contours  un  peu  moins  arrondis.  Elytres  un  peu 
plus  rétrécies  à  leur  extrémité.  Pour  le  reste,  la  structure 
est  sensiblement  la  même. 

Coloration. 

Mandibules,  tète  et  corselet  noirs;  élytres  d'un  brun 
rougeàtre  très  foncé,  presque  noir  et  luisant,  prenant  un 
aspect  submétallique  chez  le  plus  petit  des  deux  exem- 
plaires figurés  ici. 

Corselet  lisse  et  très  luisant  sur  son  disque,  finement 
granuleux  sur  les  côtés.  Si  on  l'examine  à  la  loupe,  on 


constate  que  le  disque  est  très  finement  ponctué  et  que 
cette  ponctuation  se  serre  et  s'élargit  depuis  le  milieu 
jusque  vers  les  côtés  qui  finissent  par  être  légèrement 
subrugueux. 

Examinées  de  la  même  façon,  les  élytres  présentent,  en 
même  temps  que  des  points  espacés  d'une  extrême 
finesse,  quelques  stries  longitudinales,  et  de  nombreuses 
rides  transversales,  les  unes  et  les  autres  également  très 
fines. 

Dessous  noir  et  ponctué,  recouvert  de  poils  couchés, 
de  couleur  rousse,  plus  longs  sur  la  poitrine  que  sur 
l'abdomen.  Ce  revêtement  doit  être  variable  selon  les 
localités  ou  peut-être  même  les  individus,  car  chez 
l'exemplaire  de  la  collection  du  ^Muséum  de  Paris  (fig.  2), 
qui  est  pourtant  d'une  très  grande  fraîcheur,  il  n'est 
visible  que  de  profil. 

Cuisses  et  pattes  antérieures  entièrement  noires. 

Cuisses  médianes  et  postérieures  ayant  leur  pourtour 
seul  entièrement  noir,  leur  milieu  étant  en  dessus  et 
en  dessous  d'un  beau  jaune  im  peu  plus  foncé  que  chez  le 
mâle. 

Tarses  noirs  aux  trois  paires  de  pattes. 

Chez  le  plus  grand  des  deux  exemplaires  figurés  ici, 
la  bordure  noire  de  la  tranche  supérieure  des  cuisses  de 
la  dernière  paire  est  réduite  à  un  fin  liséré  qui  va  en 
s'aniincissant  depuis  la  base  jusque  vers  l'extrémité  où 
il  s'interrompt  presque  entièrement,  n'étant  remplacé 
que  par  une  légère  ombre  linéaire  de  teinte  brunâtre. 

Fémurs  très  granuleux  aux  trois  paires  de  pattes. 

Je  connais  deux  femelles  de  cette  espèce  dont  la  struc- 
ture est  tant  soit  peu  dilVérente,  comme  l'indique  nette- 
ment le  dessin,  qui  sont,  l'une  et  l'autre,  figurées  ici 
(voir  fig.   1  et  2). 

La   plus  grosse,    qui  appartient  à   M.   R.   Oberthûr, 


1  2 

Fig.  1  et  2.  —  Lucanus  Boileavi  2  Louis  Planet. 

(Nova  species) 

Fig.  1.  Exemp.  de  la  collect.  R.  Oberthiir.—  Fig  2.  Spécimen 

du  Muséum  de  Paris. 

accompagnait  le  plus  petit  des  deux  màlcs  figurés  précé- 
demment (I)  ;  elle  est  notée  de  Siaô-Lou  (1893). 

La  plus  petite  fait  partie  de  la  Collection  du  Muséum 
de  Paris,  où  sa  provenance  n'est  pas  indiquée;  mais 
comme  elle  y  était  èpinglèe,  sous  le  nom  de  L.  Dybows- 
kyi,  à  côté  du  grand  mâle  (également  mal  dénommé 
L.  Dybowskyi),  il  est  probable  qu'elle  vient  de  Mou-Pin, 
de  même  que  ce  dernier  insecte. 

(Il  'Voir  Xahiralisle  du  t"  septembre  1897. 


LE     NATURALISTE 


227 


PSEUDOLUCANUS  Groulti  —  Louis  Planet. 

{Xova  species) 

(Inde). 

Ce  Pseudo-lucane  s'écarte  assez  sensiblement,  ù  pre- 
mière vue,  des  autres  espèces  connues  du  genre,  mais  à 
l'examiner  avec  soin,  on  remarque  qu'il  se  rapproche  des 
Pseudo  lucanes  asiatiques:  Pseudol.  atratusliope  el  Pseu- 
dol.Oberthiiifi  —  Louis  Planet  :  l°par  son  système  anten- 
naire  très  voisin  de  celui  de  cette  dernière  espèce;  2°  par 
la  forme  parallèle  et  convexe  des  élytres  du  mâle  et, 
enfin,  3»  par  l'ensemble  de  la  structure  de  sa  femelle  qui 
rappelle  à  un  très  haut  point  celle  des  femelles  des  deux 
espèces  dont  il  s'agit. 

MALE 

Coloration 

Mandibules,  pièces  de  la  bouche,  antennes,  tète  et 
thorax  en  entier  d'un  rouge  brunâtre  très  foncé,  presque 
noirâtre. 

Ecusson  et  élytres  de  même  couleur,  mais  bien  plus 
clairs.  Tète  et  mandibules  fortement  granuleuses.  Cor- 
selet également  granuleux,  mais  sa  granulation  est  for- 
mée par  des  points  enfoncés  plus  petits  et  plus  régu- 
liers. 

Elytres  très  luisantes,  apparemment  lisses,  mais  cri- 
blées, quand  on  les  regarde  à  la  loupe,  de  points  très 
fins,  serrés  et  réguliers.  La  bande  suturale  est  saillante 
et  un  peu  renflée  en  son  milieu. 

Dessous  du  corps  ponctué,  ayant  la  même  coloration 
que  la  tête  et  le  corselet. 

Cuisses  aux  trois  paires  de  pattes  d'un  brun  rouge 
franc  et  vif  en  leur  milieu,  cerclées  de  noir  sur  tout  leur 
pourtour.  La  bordure  noire  est  notablement  plus  large  à 
leur  partie  inférieure  qu'à  leur  partie  supérieure. 

Pattes  du  même  rouge  et  cerclées  également  de  noir, 
mais  leur  coloration  rouge,  qui  est  nettement  la  même 
que  celle  des  cuisses  à  leur  face  inférieure,  est  sensible- 
ment plus  foncée  à  leur  face  supérieure. 

Tarses  d'un  rougeâtre  obscur  à  toutes  les  paires  de 
pattes. 

Structure. 

Mandibules  nettement  en  arc  de  cercle  ;  elles  sont 
plates,  étroites,  très  visiblement  taillées  en  biseau 
allongé  à  leur  extrémité.  Chez  l'exemplaire  figuré  ici, 
(voir  fig.  3),  le  seul  que  je  connaisse,  la  dent  médiane 
est  courte  et  proportionnellement  assez  large.  Elle  est 
non  pas  pointue,  mais  coupée  en  biais  sur  la  mandibule 
gauche  et  brièvement  bifide  sur  la  mandibule  droite. 
Tête  étroite,  carrée,  à  carènes  latérales  tranchantes  et 
très  minces,  mais  visibles:  carène  antérieure  nulle;  épis- 
tome  pour  ainsi  dire  nul.  Labre  à  côtés  parallèles,  à 
bord  antérieur  droit,  mais  présentant  en  son  milieu  un 
court  et  étroit  prolongement  triangulaire  situé  exacte- 
ment sur  le  même  plan.  Canthus  oculaires  grêles,  très 
légèrement  saillants. 

Antennes  très  voisines  comme  structure  de  celles  du 
Pseudol.  06c»7/i«i-i-mihi — ;  scape  assez  grêle;  articles  2  et 
3  de  la  tige  subégaux,  un  peu  plus  longs  et  plus  larges  que 
le  premier,  article  4  de  même  longueur  que  le  premier, 
mais  plus  large;  article  o  présentant  un  prolongement 
très  court  et  très  grêle,  presque  filiforme:  massue  anten- 
naire  proprement  dite  composée  de  quatre  feuillets  courts, 
dont  le  premier  très  grêle. 

Prothorax    très  étroitement    rebordé,    très    convexe. 


présentant  en  outre  deux  ou  trois  dépressions  plus  ou 
moins  visibles  selon  le  jour  sous  lequel  on  e.xamine 
l'insecte.  Elytres  très  parallèles,  assez  fortement  con- 
vexes et  bien  arrondies  à  leur  extrémité.  Pattes  anté- 
rieures présentant  plusieurs  épines  aiguës  et  tran- 
chantes. 

Dessous  :  Côté  de  la  tête  et  prothorax  ponctués,  men- 
ton à  ponctuation  plus  fine  saillie  ;  sternale  presque  nulle, 
ne  dépassant  pas  les  hanches.  Poitrine  couverte  d'assez 
longs  poils  couchés.  Épipleures  noirs  finementridés  trans- 
versalement. Abdomen  ridé,  très  finement  ponctué.  Le 
dernier  arceau  porte  en  son  milieu  une  très  étroite  ligne 
d'une  courte  pubescence  serrée  aboutissant  à  une  fine 
et  étroite  touffe  de  poils. 

FEMELLE 

Coloi-ation. 
Même  coloration  générale  que  le  mâle,  mais  mandi- 
bules, tête  et  corselet  plus  franchement  noirs.   Élytres 
un  peu  plus  foncées  que  chez  le  mâle.   Pattes  en  entier 
d'un   brun   noirâtre  foncé,  ne  présentant  pas    en   leur 


Fig.  3  et  4.  —  Pseudolucanus  Groulti  c'  et     i  Louis    Planet, 

milieu  la  coloration  d'un  rouge  brunâtre  qui  se  remarque 
chez  l'autre    sexe.  Antennes,   pièces   de  la  bouche  et 
tarses  du  même  brun  noirâtre  obscur. 
Structure. 

Structure  très  voisine  de  celle  des  femelles  des  Pseu- 
dolucanus atratus  et  Oberthûri.  Mandibules  longues,  ro- 
bustes, très  déprimées  à  leur  face  supérieure,  à  bord 
externe  nettement  courbé  en  arc  de  cercle;  elles  sont 
larges  à  la  base,  et  creusées  en  gouttière  depuis  leur 
naissance  jusqu'à  leur  extrémité,  qui  est  très  plate  et 
tranchante  à  son  bord  interne  et  se  termine  en  peinte 
excessivement  aiguë.  Partie  interne  de  la  mandibule 
déclive. 

Tête  petite,  étroite,  grossement  ponctuée,  ayant  le 
bord  frontal  un  peu  saillant.  Antennes  comme  chez  le 
mâle,  mais  beaucoup  plus  courtes.  Thorax  large,  court, 
médiocrement  convexe,  à  contours  très  arrondis;  toute 
sa  surface  est  visiblement  couverte  d'une  fine  ponctua- 
tion qui  se  serre  et  s'accentue  très  sensiblement  sur  les 
côtés  où  elle  devient  subrugueuse.  Malgré  cette  ponc- 
tuation le  dique  proprement  dit,  c'est-à-dire  la  majeure 
partie  du  prothorax,  présente  un  aspect  assez  luisant. 

Élytres  larges,  très  parallèles,  ponctuées  sur  toute 
leur  surface  et  présentant,  en  outre  de  cette  ponctuation, 
quelques  fines  lignes  longitudinales  et  de  fines  strioles 
transversales  inclinées  de  trois  quarts  et  très  visibles  à 


228 


LE     NATURALISTE 


l'œil  nu.  Pattes  très  rugueuses,  voisines  comme  forme 
de  celles  des  Pseudol.  atratu»  et  Obcrthiiri. 

Dessous  comme  chez  le  mâle,  moins  la  touffe  de  poils 
du  dernier  arceau  abdominal.  Saillie  sternale  un  peu 
pltis  carénique  et  saillante.  Dessous  des  cuisses  assez 
fortement  ponctué,  surtout  à  sa  moitié  inférieure. 

De  même  que  chez  les  deux  Pseudolucanes  asiatiques 
rappelés  ci-dessus,  le  dessous  du  Pseudolucanus  Groulti 
donne  un  peu  l'impression  de  l'abdomen  d'une  femelle 
de  Prionus  coriarius. 

Je  ne  connais  de  cette  espèce  que  les  deux  exemplaires 
figurés  ici.  Ces  deux  insectes  qui  sont  originaires  de 
l'Inde,  sans  indication  quelconque  de  localité,  ni  même 
de  région,  provenaient  de  la  collection  Mniszech  où,  ils 
étaient  faussement  annotés,  le  mâle  sous  le  nom  de 
L.  villosus  et  la  femelle  sous  le  nom  de  L.  Wester- 
manni. 

Cette  dernière  dénomination  ne  doit  pas  surprendre 
outre  mesure,  car  il  est  certain  qu'à  première  vue  cette 
femelle,  par  sa  couleur  et  sa  forme  générale,  rappelle  à 
un  assez  haut  point  la  femelle  du  Luc.  Westermanni. 

Je  dédie  cette  intéressante  espèce  à  JL  Paul  Groult 
en  remerciement  du  bienveillant  accueil  qu'il  a  ménagé 
dans  le  Naturaliste  à  cet  essai  monographique. 

Louis  Planet. 


Les  râlantes 

DANS  L'ANTIQUITÉ  : 
LÉGENDES,  POÉSIE,    HISTOIRE,   ETC  ,   ETC- 


<.:hou. —  Pompeius  Festus,  qui  vivait  entre  le  IF  et 
le  IV'  siècle,  donne  ainsi  l'origine  du  mot  latin  brassica 
tphou)  dans  son  ouvrage  Sur  la  signification  des  mots, 
réduction  de  celui  de  Verrius  Flaccus,  précepteur  des 
enfants  d'Auguste  :  «  Brassica  a  prxsecando  est  dicta  » 
—  «  Brassica  vient  du  verbe  prœsccarc  »  (couper  par  le 
bout). 

Or  les  Grecs  avaient  déjà  ppadffixn,  pour  désigner  le 
chou  ;  ce  mot,  quoique  peu  usité,  est  donc  plutôt  l'éty- 
mologie,  ou  mieux  l'origine  de  brassica,  qui  n'est  plus 
qu'une  traduction  lettre  à  lettre,  une  latinisation. 

Le  mot  ordinaire  grec  était  xpâtjiSïi,  comme  jadis  (voyez 
plus  loin  ce  que  "dit  Athénée),  il  avait  été  payâvoç.  L'éty- 
mologie  de  ce  mot  xpâjig-/]  est  singulièrement  tirée  aux 
cheveux  :  le  chou,  ainsi  qu'on  le  verra  tout  à  l'heure, 
passait  pour  être  nuisible  à  la  vue,  et  cela  tient,  sans 
doute,  d'après  le  sentiment  du  savant  Sichel,  à  cette 
même  étymologie  absurde  qui  (de  même  qu'alfana  vient 
à'equus)  fait  dériver  xpâjjiêTi  de  xôpr,.  pupille,  vue,  et  d'àti- 
é'/Ovw,  j'obscurcis.  C'est,  du  reste,  ce  que  dit  Suidas  dans 
son  Lexique,  au  mot  dont  il  s'agit  :  Kpoi[igïi  •  xopâpig^ri  tiç 
o5<ra,  >]  à|jL6Wvou<7a  tô  Stopatixév,  xtX.  —  «  Crambe,  dit  aussi 
corambte,  parce  qu'il  obscurcit  les  yeux  de  celui  qui 
voit,  etc.  (tome  H,  p.  390).  Le  scholiaste  d'Aristophane 
dit,  lui  aussi,  que  les  Attiques  écrivaient  xopàiiëX-;)  :  Ilapà 

5s  Tolç  'Attixoîç  xopc<(J.ê),r,,  Sià  t'o  tàc  xôpac  pXànreiv. —  «  Chez 
les  Attiques  on  dit  que  le  chou  obscurcit  les  yeux.  » 

Ce  mot  passa  même  chez  les  Laiins,  car  Columelle  dit, 
au  X'  livre  de  son  De  re  rusticd  (vers  178)  : 

Nunc  veniat,  quamyis  oculis  inimica,  corambte. 


«  Et  maintenant,  quoiiju'il  soit  l'ennemi  des  yeux,  que 
le  chou  vienne.  »  D'un  autre  côté,  c'est  peut-être  aussi 
le  préjugé  qui  a  donné  naissance  à  l'étymologie. 

Macer  Floridus  {De  viribus  herbarum)  consacre  au  chou 
un  chapitre  de  63  hexamètres,  dans  lequel  il  reproduit 
tout  ce  qui  a  été  dit  avant  lui  sur  ce  légume  : 

Caulis  romana,  Gr:eoorum  brassica  lingua 
Dicitur  ;  hic  quamvis  passim  nascitur  in  hortis. 
Est  tamen  illius  ad  multa  salutifer  usus,  etc. 

«  Le  chou  romain  s'appelle  en  grec  brassica.  Quoique 
ce  soit  dans  nos  jardins  une  plante  commune,  elle  a 
néanmoins  un  grand  nombre  de  vertus  salutaires  ;  etc.  » 
Nous  verrons  plus  loin  que  les  anciens  Ioniens  avaient 
pour  cette  plante  une  si  grande  vénération,  qu'ils  ju- 
raient par  son  nom.  Une  légende  grecque  disait  que  le 
chou  était  né  des  larmes  de  Lycurgue,  prince  de  la 
Thrace,  que  Bacchus  avait  attaché  à  un  cep  pour  le 
punir  d'avoir  détruit  les  vignes  du  pays  :  cela  expliquait 
simplement  que  la  vigne  dépérit  si  l'on  y  entremêle  des 
choux,  ainsi  que  l'attestent  tous  les  agronomes  de  l'anti- 
quité, et  Cicéron  lui-même  (voir  plus  loin).  Mais  Lu- 
cien donne  au  chou  une  autre  origine,  plus  illustre 
encore:  il  le  fait  naître  de  la  sueur  de  Jupiter.  Derniè- 
rement, à  l'Académie  des  Sciences,  un  savant  nous 
entretenait  de  la  nocuité  de  la  sueur  humaine  sur  divers 
animaux  :  celle  des  dieux  nous  est  plus  favorable, 
parait-il. 

Aristote  (Problèmes,  section  III,  §  17)  pose  et  résout  la 
question  suivante  : 

«  Pourquoi  le  chou  apaise-t-il  les  effets  de  l'ivresse? 
—  N'est-ce  pas  parce  qu'il  a  un  suc  doux  et  détergent  ; 
ce  qui  fait  que  les  médecins  l'emploient  en  clystères 
jiour  relâcher  le  ventre  '?  Par  lui-même,  le  chou  est 
froid;  et  ce  qui  le  ]irouve,  c'estque,  dans  les  violents  dé- 
rangements d'entrailles,  les  médecins  le  recommandent, 
en  le  faisant  bien  cuire,  en  lui  ôtant  les  parties  ligneuses 
et  en  l'administrant  à  froid.  Lorsqu'on  est  ivre,  le  suc  de 
chou,  pénétrant  dans  le  ventre,  en  détache  toutes  les 
parties  du  vin  qui  s'y  trouvent  imparfaitement  digérées 
et  mal  cuites,  et,  restant  lui-même  dans  le  ventre  supé- 
rieur, il  refroidit  le  corps.  Le  corps  se  refroidissant,  tous 
les  liquides  légers  se  rendent  dans  la  vessie,  etc.,  etc. 

Hippocrate  (V.  la  traduction  de  Littré,  tome  VI, 
pages  267  et  563)  emploie  souvent  le  chou  dans  ses  pres- 
criptions médicales,  mais  il  ne  parle  pas  de  son  action 
contre  l'ivresse. 

Quant  à  Pline  (Livre  XX,  chap.  xxxiii),  il  s'étend  fort 
longuement  sur  les  propriétés  de  cette  plante  :  «  Il  serait 
trop  long,  dit-il,  d'énumérer  les  mérites  du  chou  ;  le  mé- 
decin Chrysippe  lui  a  consacré  un  volume  tout  entier, 
divisé  selon  les  différentes  parties  du  corps  ;  Dieuchèsen- 
a  fait  autant;  mais  Pythagore,  avant  tous,  et  Caton 
n'ont  pas  moins  céléliré  cette  plante.  » 

Suit  une  interminable  nomenclature  des  cas  où  cette 
panacée  universelle  agit  avec  une  infaillible  efBcacité. 

Caton  l'ancien,  dans  son  Traité  d'agriculture  (De  re 
rustica,  cap.  clvi  et  clvii),  énumère  une  longue  variété 
de  médicaments  tirés  du  chou  (medicamenta  brassicai). 

Columelle  (De  re  rustica)  consacre  également  au  chou 
de  nombreux  articles  de  son  traité  : 

Livre  XI,  chap.  m  :  «  Quand  le  chou  a  six  feuilles, 
on  doit  le  transplanter,  en  observant  toutefois  d'enduire 
d'abord  la  racine  de  fumier  liquide,  puis  de  l'entourer 
de  trois  petites  bandes  d'algue:   cette  pratique  rend  ce 


LE     NATURALISTE 


229 


légume  plus  tendre  à  la  cuisson,  et  lui  conserve  sa  cou- 
leur verte  sans  le  secours  du  nitre.  »  — ■  (Voyez,  plus 
loin,  ce  que  dit  Martial). 

Livre  VI,  ch.  vi  :  Des  remùdcs  à  administrer  à  un  bœuf 
souffrant  d'indigestion.  — Les  syni])tijni('s  de  l'indigestion 
sont  des  éructations  fréquentes,  des  borborygmes,  le  dé- 
goût pour  les  aliments,  la  tension  des  nerfs,  le  trouble 
de  la  vue.  Il  en  résulte  que  le  bœuf  ne  rumine  plus  et 
cesse  do  se  lécher.  Pour  remède,  on  lui  donne  deux 
congés  d'eau  chaude,  et,  aussitôt  après,  trente  feuilles 
de  chou  médiocrement  cuites  etassaisonnées  de  vinaigre. 
Le  malade  devra,  un  jour  entier,  être  privé  de  toute  autre 
nourriture. 

Au  livré  X,  vers  127  et  suivants  : 

Tum  quoque  conseritur,  toto  qufe  plurima  terrje 
Orbe  virens  paritor  plebi,  regique  superbo, 
Frigoribus  caules,  et  veri  cymata  mittit... 

«  Alors  on  sème  aussi  les  choux,  qui,  abondants  sur 
toute  la  surface  du  globe,  n'y  verdissent  pas  moins  pour 
le  monarque  superbe  que  pour  le  plébéien,  donnant 
leurs  tiges  eu  hiver  et  leurs  tendrons  au  printemps...  » 

Palladius  aussi  parle  du  chou  dans  divers  passages  de 
son  Dere  rustica  :  il  dit  notamment  (lib.  I,  cap.  vi)  que, 
«  suivant  les  Grecs,  un  terrain  peut  de  trois  en  trois  ans 
tout  recevoir,  excepté  des  choux;  et  (lib.  III,  c.  xxiv) 
que  «  la  graine  du  chou,  quand  elle  devient  vieille,  pro- 
duit des  raves.  » 

Athénée  est  précieux  à  consulter.  Dans  son  Banquet 
des  savants,  livre  I,  chap.  xv,  in  fine,  il  dit: 

«  Les  Egyptiens  ont  toujours  aimé  le  vin  :  ce  qui  le 
prouve,  c'est  qu'il  n'y  a  que  chez  eux  où  ce  soit  comme 
une  loi  de  manger,  avant  tout  autre  aliment,  des  choux 
bouillis  ;  or,  la  même  coutume  s'observe  encore  actuel- 
lement chez  eux  :  c'est  d'après  cet  usage  que  bien 
des  gens  commencent  par  avaler  de  la  graine  de  chou 
pour  se  garantir  de  l'ivresse.  » 

Qui  dit  Egyptien  ancien  dit  Israélite,  car  la  vie  de 
ces  deux  peuples  fut  intimement  liée  ;  or,  le  chou  ne  se 
rencontre  pas  une  seule  fois  dans  la  Bible  ;  et  pourtant  les 
Hébreux  aimaient  le  vin,  et  possédaient  des  vignobles 
extrêmement  estimés. 

Athénée  continue  :  «  On  a  aussi  remarqué  que  le  vin 
des  vignobles  où  l'on  plante  des  choux  est  moins  liquo- 
reux. C'était  aussi  pour  se  garantir  de  l'ivresse  que  les 
Sybarites  mangeaient  des  choux  avant  de  boire,  selon 
Timée. 

i<  Alexis  a  dit:  —  Tu  bus  bien,  hier  ;  aujourd'hui  tu  as 
la  tête  lourde  ;  va  faire  un  somme,  cela  te  reposera;  et 
qu'on  te  donne  ensuite  un  chou  bouilli.  » 

«  Eubule  a  dit  quelque  part  :  —  Femme,  sers-moi  un 
chou  ('paîdivo;);  il  me  semble  que  tu  me  feras  ainsi 
passer  mon  mal  de  tête.  » 

«  Apollodore  de  Cariste  nous  fait  voir  que  les  anciens 
appelaient  le  chou  rhaphanos  :  —  Je  sais  que  nous  appe- 
lons 'payivo;  ce  que  VOUS  autres,  étrangers,  vous  appelez 
xpâ|iP7)  ;  mais,  dites-moi,  qu'est-ce  que  cela  fait  à  nos 
femmes  ?  » 

«  Alexandride  a  dit  :  «  Si  vous  vous  baignez  mainte- 
nant et  mangez  beaucoup  de  chou,  vous  ferez  cesser 
cette  pesanteur  de  tête,  et  vous  dissiperez  ce  nuage  qui 
vous  offusque  » 

Théophrasle (Histoire des  plantes,  livre  VIII)  parleaussi 
de  cette  vertu  du  chou  ;  il  déclare  également  que  l'odeur 
^eule  de  ce  crucifère  fait  périr  la  vigne  dés  qu'elle   com- 


mence à  pousser.  C'est  ce  que  dit  Cicéron  {De  naturâ  Deo- 
n(m,  lib.  II,  cap.  xlvii)  :  quinetiam  a  caulibus,  si  pi-opter 
sati  sint,  ut  a  pestiferis  et  nocenlibiis  refvi/ere  dicuntur, 
nec  eos  tdla  ex  parte  contingere.  —  «  On  dit  même  - 
qu'elle  {la  vigne]  s'éloigne  des  choux  qu'on  plant(^  dans 
son  voisinage,  comme  d'une  chose  pernicieuse  et  nui- 
sible, et  qu'elle  ne  les  touche  d'aucun  cùté. 

Dans  son  livre  IX,  chap.  il.  Athénée  dit  encore: 

«  Eudème  d'Athènes  a  écrit,  dans  son  Traité  des  her- 
bages, qu'il  y  a  trois  sortes  do  choux,  etc.,  etc.  Néandre 
en  parle  ainsi  dans  ses  Géorgiqucs  :  — «  On  rencontre 
quelquefois  dans  les  campagnes  le  chou  à  feuilles  lisses. 
Si  on  le  sème  dans  les  planches  du  jardin,  il  se  pare 
d'un  feuillage  épais.  Il  y  a  aussi  le  chou  frisé,  qui  prend 
la  forme  d'un  thyrse,  et  devient  par  son  feuillage  une 
espèce  do  buisson.  Il  en  est  une  autre  espèce  tirant  sur 
la  couleur  rouge  et  semblable  aux  kalmyris,  ou  choux 
marins.  Une  autre,  de  couleur  sale  de  grenouille,  telle 
que  celle  du  choudeCumes,  ressemble  par  sa  feuille  aux 
semelles  qu'on  met  à  des  pantoufles.  C'est  cet  herbage 
que  les  anciens  appelaient  chou  proph'tique. 

«  Nicandre  n'aurait-il  pas  appelé  prophétique  le  chou 
(xpàfiPïi)  qui  passe  pour  sacré  ?  En  effet,  on  trouve  quel- 
ques termes  analogues  à  cela  dans  les  ïambes  d'Hippo- 
nax  :  «  Mais,  échappé  au  danger,  il  fit  sa  prière  au  chou  à 
sept  feuilles,  auquel  Pandore  offrait  l'hommage  d'un  [letit 
gâteau  coulé  en  moule,  le  jour  des  Thargêlies,  avant  l'ex- 
piation, u 

«  Je  t'aime  plus  que  nombre  d'autres  personnes,  dit 
Ananios  :  j'en  jure  par  le  chou  ! 

«  Téléclide  a  dit  aussi,  dans  ses  Prytanées  :  «  Par  les 
choux  !...  » 

«  Epicharme,  dans  la  Terre  et  la  Mer,  jure  aussi  par  le 
chou,  comme  le  fait  Eupolis  dans  ses  Baptes. 

n  II  parai  tque  cejurementvientdesIoniens;maisilnedoit 
pas  paraître  étrange  que  l'on  ait  juré  par  le  chou,  puisque 
Zenon  de  Citium,  fondateur  de  la  secte  stoïque,  voulant 
imiter  le  serment  de  Socrate,  qui  jurait  par  le  chien,  fai- 
sait serment  par  la  câpre,  selon  ce  que  rapporte  Empode 
dans  ses  Dits  mémorables. 

«  On  présentait  du  chou  aux  accouchées,  à  Athènes,  ' 
comme  un  antidote  alimentaire.  C'est  àcesujetqu'Ephippe 
parle  ainsi:  «Et  quoi  donc  !  il  n'y  a  aucune  couronne  devant 
la  porte  ?  Aucune  odeur  appétissante  ne  vient  frapper  les 
narines,  tandis  que  c'est  le  jour  des  Amphidromies,  où  il 
est  d'usage  de  faire  griller  des  tranches  de  fromage  de 
Chersonèse;  de  faire  cuire  un  chou  dans  de  l'huile  qui  le 
couvre  tout  entier  ;  de  servir  une  daube  de  jioitrines  d'a- 
gneaux bien  gras;  de  plumer  des  ramiers,  des  grives  et 
des  pinsons;  de  gruger  des  seiches,  des  calmars;  d'em- 
piler force  bras  de  polypes  ;  enfin  de  vider  nombre  de 
rasades  plus  pures  qu'à  l'ordinaire?...  » 

Mnésithée  de  Cyzique,  d'après  Oribase(liv.  IV,  ch.  iv) 
donnait  ainsi  la  manière  de  préparer  le  chou,  —  médica- 
lement : 

«  Il  faut  hacher  le  chou  avec  un  fer  aussi  tranchant 
que  possible  ;  ensuite  le  laver  et  le  bien  égoutter.  On 
hachera  en  même  temps  avec  lui  de  la  coriandre  et  de  la 
rue  en  quantité  suffisante  ;  puis  on  l'arrosera  d'oxymel  et 
on  y  ajoutera  au  moins  une  petite  quantité  de  silphium 
râpé.  Si  vous  voulez  prendre  une  jatte  de  ce  chou,  il  ne 
se  formera  rien  de  mauvais  dans  votre  corps  ;  et  même, 
si  préalablement  il  y  existait  déjà  quelque  chose  de  mau- 
vais, le  chou  le  poussera  dehors;  si  un  obscursissement 
survient  aux  yeux,  il  le  dissipe;  comme  aussi  les  étouf- 


230 


LE     NATURALISTE 


enients  et  les  accidents  malencontreux  qui  pourraient 
exister  dans  la  région  du  diaphragme  et  des  hypochon- 
dres,  ainsi  que  les  affections  de  la  rate,  etc.,  etc. 

Isidore  de  Séville  et  l'abbesse  sainte  Hildegarde  par- 
ent également  de  notre  crucifère  :  cette  dernière,  sur- 
tout, lui  trouve  d'excellentes  vertus  médicales. 

Dans  son  immense  compilation  médicale,  Oribase  aussi 
]iarle  du  chou  et  vante  ses  nombreuses  propriétés  (Livres 
-H  ,  chap.  V;  XV,  X,  etc.) 

Serenus  Sammonicus  {De  medicina  prœcepta,  cap.  xv, 
vers.  278),  nous  dit  :  «  Si  vous  voulez  remédier  à  la 
chute  de  la  luette, tenez-vous  couché  sur  le  ventre  pen- 
dant quelques  heures.  La  cendre  d'aneth  ou  de  coquilles 
de  limaçon,  ou  de  choa,  sera  un  remède  non  moins  effi- 
cace. » 

....  Proderit  et  caules  assumere  Siepe  madentes. 

(V.  290-291) 
n  (Les  personne!:   loiii-menlées  par  les  r/lnires)  se  trouveront 
bien  de  manger  souvent  du  chou  bouilli.  » 

Sfepe  etenini  nimio  cursu  fluit  impetus  alvi  : 
Frenat  commixto  quum  fervet  brassica  vino. 

(I  On  souffre  souvent  d'un  ffux  Je  ventre  très  violent, 
on  peut  l'arrêter  avec  une  décoction  de  chou  dans  du  vin. 
(Ghap.  XXIX,  V.  S38).  » 

(Chap.  xx.xvii,  V.  702)  :  «  C  -ntre  la  coxalgie,  il  con- 
vient de  manger  des  choux  vinaigrés.  » 

(Chap.  xiii,  V.  197)  :  «  (Contre  les  maux  d'yeux)  vous 
pouvez  encore  vous  servir  de  cendres  de  feuilles  de  chou 
et  d'encens,  broyées  dans  du  vin  et  du  lait  d'une  chèvre 
qui  vient  de  mettre  bas.  » 

Le  célèbre  médecin  hisjiano-arabe,  Jbn-el-Beithar, 
infatigable  et  érudit  compilateur,  comme  le  médecin 
grec  Oribase,  nous  donne,  dans  son  Traité  des  simples 
(où,  entre  parenthèse,  il  n'oublie  pas  un  seul  animal,  un 
seul  insecte),  une  prodigieuse  quantité  d'extraits  de  tous 
les  auteurs  grecs,  latins,  juifs,  arabes,  turcs,  etc.,  qui  ont 
parlé  du  chou.  J'en  prends  une  poignée  : 

«  El-Israïli  :  Le  véritable  chou  est  le  chou  nabathéen, 
qui  ressemble  à  la  bette  et  a  le  cœur  peu  développé.  — 
Galien  (VII);  DioscoRiDEs  (liv.  II):  Le  chou  médiocre- 
ment cuit  relâche  le  ventre.  —  Massih  :  Il  est  chaud  au 
premier  degré  et  sec  au  second.  —  Archigènes  :  Il  est 
chaud  et  sec,  et  sa  graine  est  plus  chaude.  —  Costus, 
dans  le  Livre  de  l'Agriculture  romaine  :  Le  chou  est  salu- 
taire contre  la  toux  chronique,  contre  la  goutte,  en  affu- 
sions  de  sa  décoction  sur  les  jointures.  Donné  aux  en- 
fants, il  les  fait  marcher  de  bonne  heure.  Son  suc,  pris 
avec  du  vin,  pendant  plusieurs  jours,  fait  cesser  les  dou- 
leurs spléniques.  Ses  cendres  guérissent  les  brûlures,  le 
prurit  et  la  gale  ;  mélangées  avec  du  vitriol  (1)  et  du 
vinaigre,  on  en  fait  des  frictions  efficaces  contre  la  lèpre 
et  la  gale  ;  mélangées  avec  du  blanc  d'œuf,  elles  guéris- 
sent les  brûlures.  Son  usage  procure  le  sommeil  et  éclair- 
cit  la  voix.  Le  chou  est  utile  aussi  contre  les  morsures 
de  chien  enragé,  et  l'on  en  fait,  avec  avantage,  des  appli- 
cations sur  la  rate.  —  Razè.s  :  Le  bouillon  de  choux  est 
utile  contre  la  toux,  les  douleurs  dorsales  chroniques  et 
les  rhumatismes  des  genoux.  —  Rufus  :  L'usage  du 
chou  embellit  le  teint.  —  Mesaous  :  Si  l'on  fait  bouillir 
le  chou  à  deux  reprises,  puis  qu'on  l'assaisonne  avec  du 
cumin,  de  l'huile  d'olive,  du  sel  et  du  poivre,  et  qu'on  le 


(1)  Par  le  mot   vitriol,  les  Arabes   entendaient  les  sulfates 
de  fer,  de  cuivre  et  de  zinc. 


fasse  cuire  de  nouveau,  il  convient  aux  sujets  affectés 
d'engorgements  ganglionnaires  des  intestins.  —  Ibx- 
Massouih  :  Le  chou  engendre  de  l'atrabile  et  du  sang 
imjmr;  on  atténue  ces  inconvénients  en  le  faisant  cuire 
avec  de  la  viande  grasse.  —  Et-Tabary  :  Cuit  et  mangé, 
le  chou  est  un  résolutif  à  l'intérieur.  Dans  l'usage  ex- 
terne, c'est  un  résolutif  des  tumeurs.  Il  jouit  de  proprié- 
tés détersives.  Sa  racine  et  sa  tige  sont  plus  actives  que 
les  graines  et  les  feuilles.  Etc.,  etc. 

La  fameuse  Ecole  de  Salerne,  dont  la  renommée  fut 
universelle,  et  qui  publia  ses  consultations  en  vers  léo- 
nins, pour  qu'ils  se  gravassent  mieux  dans  la  mémoire, 
n'aurait  eu  garde  d'oublier  le  chou  : 

Jus  caulis  solvit,  cujus  substantia  stringit; 
Utraque  quando  datur,  venter  laxare  paratur. 

Ce  que  M.  Meaux  Saint-Marc  traduit  en  vers  : 

Le  jus  du  chou  relâche,  et  la  plante  resserre; 
Mais  sa  décoction  le  (?)  relâche  au  contraire. 

Un  anonyme,  peu  ferré  sur  la  rime,  traduit  par_  : 

Les  choux  sont  astringents,  leur  jus  est  laxatif; 
Un  bon  potage  aux  choux  est  un  doux  laxatif. 

Le  bon  abbé  Ancelin,  qui  vivait,  il  y  a  tantôt  300  ans, 
nous  dit  : 

Le  jus  du  chou  donne  le  bénéfice  (?), 
Et  la  substance  amène  l'obstruction; 
Prends  tous  les  deux,  n'en  fais  distinction  : 
Ils  te  feront  d'un  clystère  l'office. 

Dans  son  beau  poème,  Prœdium  rusticum,  le  père  'Va- 
nière  s'exprime  ainsi  au  sujet  du  chou  : 

Grandia  si  virides  quis  in  oppida  transférât  hortos, 
Tonsilibus  distincta  pyris  majora  viarum 
Intervalla  satis  circum  undique  floribus  omet; 
Indecores  ne  seu  porri,  caiilesque  videntum 
Protinus  objiciant  oculi. 

{Chant  VI,  v.  70-74.) 

«  Si  quelqu'un  veut  avoir  un  jardin  à  la  ville,  que  les 
bords  des  allées  soient  ornés  de  poiriers  taillés  en  buis- 
son, et  qu'il  y  ait  de  longues  plates-bandes,  garnies  de 
fleurs,  afin  que  les  yeux  des  visiteurs  ne  soient  pas  d'a- 
bord offusqués  par  la  vue  des  poireaux  et  des  choux  mi- 
sérables. » 

Plus  loin,  vers  170-176,  il  dit  : 

Quid  memorem  quanti  jactet  se  brassica  laude, 
Sive  volubilibus  redit  in  se  frondibus,  jrbesque 
Orbibus  agglomerans  capitis  sub  mole  laborat; 
Etc.,  etc. 

«  Dirai-je  en  combien  de  façons  merveilleuses  le  chou 
varie  sa  figure,  soit  qu'il  entasse  circulairement  ses 
feuilles,  repliées  les  unes  sur  les  autres,  et  que  le  poids 
de  sa  tète  fasse  pencher  sa  tige;  soit  qu'il  pousse  des 
fleurs  qui  imitent  la  blancheur  de  l'ivoire  travaillé  ;  soit 
qu'élevé  en  forme  de  cône,  comme  le  cyprès,  et  replié 
sur  ses  feuilles,  il  se  termine  en  pointe  blanche  et  fasse 
le  bon  plat  d'une  table  frugale  ;  soit  que,  toujours  vert, 
même  dans  la  plus  rude  saison,  où  tout  se  ressent  du 
froid,  il  brave  la  fureur  des  aquilons  et  règne  seul  dans 
les  jardins  '?  » 

Martial,  Horace,  Properce,  etc.,  ont  aussi  quelquefois 
parlé  du  chou: 


Ne  tibi  pallentes  moveant  fastidia  caules, 
Nitrata  viridis  brassica  fiât  aqua. 

«  Les  tendrons  de  chou.  —  De  peur  que  la  pâleur 


LE     NATURALISTE 


231 


de  ces  tendrons  de  chou  ne  te  répugne,  arrosp-Ios  d'eau 
nitrée  ;  ils  se  coloreront  en  vert.  » 

(Martial,  livre  XIII,  épig.  xvil.) 


et 


Cujus  odorcm  olei  nequeas  pei-rerrc  licebit 
lUc  repolia,  natales,  aliosTc  dienim 
Festos  albatus  celebret,  cornu  ipse  bilibri 
Caiilibiis  instillât,  veteris  non  parcus  aceti. 

{Ilorat.  lib.  111,  sat.  ii,  v.  (il.) 

n  L'odeur  de  l'huilo  ([u'il  oniploie  vous  dégoûterait 
prol'ondénient  :  fût-ce  un  lendemain  de  noces,  un  jour 
natal,  ou  quelque  l'été  qu'il  célèbre,  on  le  voit  vêtu  de 
blanc  arroser  ses  choux  de  cette  huile  rance  que  contient 
une  corne  de  deux  livres;  mais  le  vieux  vinaigre,  il  ne 
l'épargne  pas.  » 

Coule  suburbano,  qui  siccis  crevit  in  agris, 
Dulcior;  irriguo  nihil  est  elutius  horto. 

(/d.  lib  II,  sat.'  IV,  v,  l.'j.) 

«  Le  chou  maraîcher  a  moins  de  saveur  que  celui  qui 
croit  en  pleine  terre:  rien  de  plus  fade  que  les  produits 
d'un  jardin  trop  arrosé.  » 

Quantulum  enim  summa?  curtabit  quisque  dierum, 
Ungflre  si  coules  oleo  meliore  caputque 
Cœperis  impexa  fœdum  porrigine'î... 

(/(/.  lib.  III,  sat.  ui,  V.  126). 

«  De  combien  peu,  chaque  jour,  diminuerait  ton  tré- 
sor, si  tu  essayais  d'employer  une  huile  meilleure  pour 
assaisonner  tes  choux,  et  pour  oindre  ton  front  souillé 
d'une  crasse  impure...  » 

junco  brassica  finota  levi 

(l'roperce,  IV,  élégie  ii,  v.  44.) 

n  le  chou,  que  retient  un  jonc  léger...  » 

.     .     .     .'    .     quum  furem  nemo  timeret 
Caulibus  et  pomis,  et  aperto  viveret  horto. 

(juvénal,  sat.  VI,  v.  17). 

((   lorsqu'on  ne  craignait   le  voleur    ni    pour    les 

choux  ni  pour  les  fruits,  et  qu'il  était  inutile  d'enclore 
son  jardin  >>. 

Culinairement  parlant,  le  chou  a  été  surtout  vanté  ou 
décrié  par  les  modernes,  et  nous  nous  souvenons  tous  de 
ces  lapins  de  Boileau, 

Qui,  dès  leurs  tendres  ans  élevés  dans  Paris 
Sentaient  cncor  le  chou  dont  ils  furent  nourris. 

Le  grand  Alexandre  Dumas,  ce  diable  d'homme  dont 
l'orgueil  n'égalait  que  son  talent,  voulait  briller  partout, 
même  auprès  des  casseroles,  et  il  se  donnait  volontiers 
comme  inventeur  d'une  foule  de  plats  couramment 
connus  —  et  bien  avant  lui  — ■  par  le  plus  vulgaire  mar- 
miton. C'est  ainsi  qu'il  fut  naturellement  porté  à  signer 
un  Grand  Dictionnaire  de  cuisine  (Paris,  A.  Lemerre,  1873, 
grand  in-S")  où  l'on  peut  lire  ceci  à  la  page  861  : 

«  POT.\r.E  AV\  CHOUX.  —  Il  y  a  plusieurs  manières  de 
faire  le  potage  aux  choux.  La  plus  simple  de  toutes  est 
de  mettre  un  chou  de  bonne  odeur  et  de  bon  aspect  dans 
le  pot  au  feu,  de  le  retirer  quand  vous  le  croyez  cuit,  et 
de  le  servir  avec  le  potage, 

0  Nous  allons  indiquer  les  amélioratlms  que  nous 
AVONS  F.\ITES  à  ce  potage,  un  peu  trop  simple  SELON 
NOUS.  (On  va  voir  comment  il  a  fait  pour  corser  celte  sim- 
plicité.) 

«  Prenez  un  chou  pommé  ;  faites  un  hachis  de  tous  les 
restes  de  volaille  et  de  gibier  que  vous  aurez  ;  ayez  un 
bon  bouillon  de  la  veille  que  vous  versez,  au  lieu  d'eau  or- 


dinaire, sur  le  bœuf  destina  à  faire  le  bouillon  du  jour. 
Arrivé  là,  foncez  une  casserole  de  bon  jambon  fumé,  Bor- 
deaux, Strasbourg,  Mayence  ;  écartez  les  feuilles  de  votre 
chou;  introduisez-y  votre  hachis;  liez  vos  feuilles  de 
manière  à  ce  qu'on  ne  s'aperçoive  pas  de  l'intercalation  ; 
mettez  votre  chou  garni  {oii?);  laissez  bouillir  deux 
heures;  remplacez  avec  du  bouillon  de  pot-au-feu  le 
bouillon  qui  s'épuise.  Après  deux  heures  de  cuisson, 
votre  bouillon  sera  fait.  Tirez  votre  bouillon  du  feu  ; 
laissez  mijoter  trois  quarts  d'heure  tout  ensemble,  chou, 
hachis,  jambon,  bœuf,  dans  la  casserole;  donnez  une 
dernière  poussée  au  bouillon;  servez  votre  chou  bien 
ficelé  dans  la  soupière;  laissez  refroidir  un  instant  et 
servez. 

«  Vous  aurez  le  choix  alors  de  numger  votre  chou  en 
potage  (!...),  ou  do  tremper  du  pain  dans  votre  bouillon 
{il  nous  semble  que  le  potage,  c'est  cela  même),  et  de  faire 
même  de  votre  chou  un  relevé  de  potage.  Cuit  ainsi,  le 
chou,  le  bouillon  et  la  viande,  s'empruntant  chacun  leur 
suc,  ont  atteint  la  plus  grande  sapidité  à.  laquelle  ils 
puissent  parvenir.  » 

Je  t'écoute  !  mais  je  ne  vois  pas  bien  un  chou  tout  seul, 
bien  ficelé  dans  une  soupière,  et  sans  bouillon,  servant 
de  potage,  comme  l'indique  l'illustre  auteur  des  Trois 
Mousquetaires.  A  part  ça,  le  premier  ouvrier  venu,  dispo- 
sant d'un  bon  louis,  peut  se  confectionner  la  Soupe  aux 
Choux  d'Alexandre  Dumas. 

Mais  ce  qui  est  un  peu  plus  curieux,  c'est  une  recette 
donnée  par  un  petit  livre  intitulé  :  le  Festin  joyeux  ou  la 
Cuisine  en  musique.^  par  J.  Lebas  (Paris,  1738,  in-12).  Le 
chou  ne  fait,  dans  cet  opuscule,  l'objet  que  d'une  seule 
chanson  que  voici  : 

POTAGE  DE  PIGEONS,  PERDRIX  OU  CAILLES, 
AUX  CHOUX 

(Sur  l'air  de  :  Vous  qui  vous  mocquez  par  vos  ris,  etc.) 

1 

Blanchissez  des  choux  verds  ou  blancs, 

Avec  quelque  racine. 
Oignons  et  navets  excellens 

Que  l'on  met  en  terrine. 
Dans  un  roux  des  plus  succulens 

Fait  de  bonne  farine. 

Il 

Les  choux  se  lient  par  paquets 

Quand  vous  les  mettez  cuire  ; 
Les  roux  de  farine  sont  faits 

En  la  faisant  bien  frire, 
Et  du  bouillon  gras,  du  plus  frais, 

Ajoutez  sans  rien  dire. 

III 

Du  petit  lard  maigre  on  en  met 

Pour  garnir  le  bordage  : 
Dépouillez  vos  choux  tout  à  fait. 

Qu'ils  plaisent  davantage  ; 
De  jus  de  veau  clair  et  parfait 

Arrosez  ce  potage. 

IV 

Si  c'est  des  caiUes,  garnissez 

De  ris  de  veau,  de  crête, 
De  champignons  qu'arrangerez 

Lorsque  la  soupe  est  prête  ; 
Culs  d'artichaux  aussi  mettrez 

Dessus  le  plat  en  tcto. 

Décidément,  pas  plus  que  celle  de  Dumas,  la  soupe 
aux  choux  de  J.  Lebas,  même  confectionnée  sur  l'air  : 


232 


LE     NATURALISTE 


«  Vous  quivous  mocquezpar  vos  ris,  etc.  »,  n'est  à  la  por- 
tée du  prolétaire.  Je  leur  préfère  tout  bonnement  celle 
que  j'ai  mangée  pendant  la  dernière  guerre  —  sans 
romance  —  dans  le  Jura  et  les  Vosges,  où  elle  est  excel- 
lente. 

L'on  sait  que  certains  mots,  dépourvus  de  noblesse,  ne 
pouvaient  entrer  dans  les  vers  :  le  cochon  n'y  était  admis 
que  sous  le  noble  déguisement  de  l'animal  qui  se  nour- 
rit de  glands,  et  ainsi  pour  une  foule  de  mots  de  la 
langue  française.  Pourtant,  dès  -1738,  le  cuisinier-poète 
J.  Lebas  parlait  dans  ses  vers  du  porc,  du  cochon  et  de 
tous  les  légumes  eu  général.  Dans  son  poème  des 
Plantes  (chant  III),  Castel  revendique  avec  éclat,  pour 
tous  les  légumes,  le  droit  de  cité  dans  la  poésie,  et  il  le 
fait  en  excellents  termes  : 

Jadis  d'un  vain  dégoût  nos  poètes  esclaves 

N'entraient  dans  les  jardins  qu'embarrassés  d'entraves. 

Phœbus  ne  nommait  pas,  sans  un  tour  recherché, 

Le  haricot  grimpant  à  la  rame  attaché  ; 

La  carotte  dorée  et  les  bettes  vermeilles 

En  flattant  le  palais  ofl'ensaient  les  oreilles. 

Ce  temps  n'est  plus.  Le  c/iou,  dont  Milan  s'applaudit 

Quand  sa  feuille  frisée  en  pomme  s'arrondit, 

Sans  dégrader  les  vers  ose  aujourd'hui  paraître 

Dans  les  chants  élégants  de  la  muse  champêtre. 

Du  reste,  avant  Castel  encore,  La  Fontaine  n'avait-il 
pas  parlé  du  chou  dans  ses  fables,  —  chants  élégants  de 
sa  muse  champêtre? 

Le  lièvre  était  gité  dessous  un  maître  chou. 

(Le  Jardinier  et  sott  seif/neur,  liv.  IV,  fab.  iv.) 

J'ai  vu,  dit-il,  un  chou  plus  grand  qu'une  maison 
—  Et  moi,  dit  l'autre,  un  pot  aussi  grand  qu'une  église. 
Le  premier  se  moquant,  l'autre  reprit: —  Tout  doux  : 
On  le  fit  jtour  cuire  vos  choux. 

[Le  dépositaire  infidèle,  livre  IX,  fable  i.) 

{Ce  diable)  Simple,  ignorant,  à  tromper  très  facile. 

Bon  gentilhomme,  et  qui,  dans  son  courroux 
N'avait  encore  lonné  que  sur  les  choux. 
(Le  diable  de  l'apefiguière,  conte  v  de  la  IV'  partie). 

Berchoux  dit  plus  tard  : 

Gigot!  recevez  mon  hommage. 
Souvent  j'ai  dédaigné  pour  vous 
La  poularde  la  plus  exquise, 
Et  souvent  la  perdrix  aux  choux  ! 

J'en  passe,  —  et  des  meilleurs,  —  pour  dire  que  cet 
excellent  légume  a  pris  dans  notre  langage  courant 
une  importance  jjIus  grande  qu'on  ne  le  pense  généra- 
lement, et  que  les  dictons  et  proverbes  où  il  entre  sont 
fort  nombreux  ;  nous  parlons  du  chou  inconsciemment, 
sans  nous  en  douter,  dans  une  foule  d'occasions  : 

Mon  petit  chou,  mon  chou  chéri;  —  naître  sous  un  chou; 
—  son  journal  n'est  qu'une  sale  feuille  de  chou;  —  chou 
pour  chou; —  envoyer  quelqu'un  p/jnïeî'  des  choux;  — 
s'y  entendre  comme  à  ramer  des  choux;  —  ménager  la 
chèvre  et  le  chou;  ■ — la  gelée  n'est  lionne  que  pour  les 
choux;  —  eu  faire  des  choux  ou  des  raves  ;  —  faire  chou 
blanc;  —  manger  les  choux  par  le  trognon  (ou  les  salsifis 
par  la  racine),  etc. 

Ce  crucifère  entre  même  dans  les  armoiries  :  les  Jouard 
de  Bouchevannes,  les  Chauvelin  de  Beauséjour,  les 
Boucy,  les  Ducos,  etc.,  etc.,  portent  un  ou  plusieurs 
choux  sur  leur  écu. 

Tout  le  monde  connaît  enfin  les  difficultés  qu'éprouve 
un  brave  homme  à  transporter  dans  sa  barque,  d'une  rive 
à  l'autre  el  successivement,  un  loup,  une  chèvre  et  un  chou, 
de  façon  que  le  loup  ne  puisse  dévorer  la  chèvre,  ni  bi 
«lièvre  manger  le  chou.  E.  8.4NTINI  de  Riols. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  A  céder  les  lots  et  collections  de  Coléoptères  ci-après 
désignés.  S'adresser  à  «  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle  », 
46,  rue  du  Bac,  Paris. 

Collection   de    Dytiscidea    et   Gyrinides, 

192  espèces,  '92  exemplaires,  5  cartons.  Prix  :  50  fr. 

Collection  de  Stapliylinides  europ.  et  exoti- 
ques. 1008  espèces,  2284  exempl.,  34  cartons.  lO  types 
de  Soller.  Prix  :  230  fr. 

Collection  de  Staphylinidee  europ.  et  exoti- 
ques, 780  espèces,  10  cartons.  Prix  :  80  fr. 

Lot  de  Stapliyllnides,  Cryptopliagides, 
LiSitliridlides,  Anisotoiuides,Scydniénides, 
Cissides,  etc.  Environ  400  espèces,  1200  exempl., 
12  cartons.  Prix:  80  fr. 

Collection  de  Leptodéfîdes,  IVêcropho- 
ridee.  S*iplilldes  europ.  et  exotiques.  96  espèces. 
778  exempl.,  4  boîtes.  Nombreuses  variétés  et  exem- 
plaires de  provenances  diverses.  Prix  :  70  fr. 

Collection     de      L.ucanidee    et      Lanielli- 
eoi-nos  de  France,  M5  espèces,  400  exempl.,  3  car- 
tons. Prix  :  35  fr. 
Lot  de  Glaphynîdes   europ.  et  exot.  44  espèces 
et  variétés,  t5  exemplaires,  1  carton.  Prix  :  12  fr. 

Collection  de  Xérédîles,  148  espèces,  54b 
exempl.,  5  cartons.  Prix  :  40  fr. 

Lot  deCurculîonîdes, 171  espèces,  375 exempl., 
2  cartons.  Prix  :  30  fr. 

Lot  de  Cnrctilionides,  171  espèces,  37Sexempl., 
2  cartons.  Prix  :  2j  fr. 

Lot  de  Clii-ysoiu^lides  europ.  et  exotiques, 
2.308  espèces,  2.875  exempl.,  58  cartons.  Un  bon 
nombres  d'espèces  africaines  sont  typiques  et  ont  servi 
à 'Vogel  pour  faire  sa  monographie.  Prix  :  430  fr. 

Lot d'Hispides,  exotiques,  60  espèces,  65  exempl. 
1  carton.  Prix  15  fr. 

Collection  de  Coccinellîdes,  110  espèces, 
329  exempl.,  2  cartons  doubles.  Prix  :  28  fr. 

Collection  de  Coceînellide»,  47  espèces, 
5o9  exempl. ,2  cartons.  Prix  :  30  fr. 

Lot  de  Scynjnus  à  Litopliilus  inclus, 
47  espèces,  332  exempl.,  1  carton.  Prix  :  20  fr. 

Collection  de  Cui-culionides  et  Xylo- 
phages,  880  espèces,  3.416  exempl.,  27  cartons. 
Prix  :  175  fr. 

Lot  de  Curculionldee,  93  espèces,  383  exempl., 
4  cartons.  Prix  30  fr. 

Lot  de  Coccinellîdes  européens  et  exotiques. 
78  espèces,  246  exempl.,  1  boite.  Prix  :  20  fr. 

Lot  de  Dytiscides,  Gyrinides  europ.  et 
exotiques,  78  espèces,  246  exempl.,  1  boite.  Prix  :20fr. 

Collection  de  Scolytidee,  83  espèces,  674 
exempl.,  3  boites.  Prix  ;  40  fr. 

Beanx.  exemplaires  de  Polypbylla  Ra- 
gusse  o^.  1  fr.  pièce. 

Lot  €le  Coléoptères  de  Madagascar,  49  es- 
pèces, 101  exempl.,  1  carton.  Prix  20  fr. 

Lot  de  Coléoptères  de  Madagascar,  62  es- 
pèces, 120  exempl.,  I  boîte.  Prix  25  fr. 

Lot  de  Coléoptères  de  France,  400  espèces, 
1  boite.  Prix  :  40  fr. 

Lot  de  Coléoptères  de  France,  300  espèces, 
1  boite.  Prix  :  28  fr. 

S'adresser  pour  les  lots  et  collections  ci-dessus  à  «  Les 
Fils  D'jimile  Deyrolle  »,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

Le  Gérant:  Paul  GHOULT. 

PAUIS.    —   IMPRIMERIE  F.    LEVÉ,     P.UE    CASSETTE,    17. 


19°  ANNÉE 


2«  Série 


IV  «Kt; 


15  OCTOBRE  1897 


TVOTE 

POUR  SERVIR  A  L  ÉTUDE  DE 

LA  MOUCHE  DES  ORCHIDEES 

ISOSOMA    ORCHID/EARUM    (Westwood) 


Depuis  une  dizaine  d'années,  les  liortieulteurs  français, 
s'occupant  de  l'intéressante  et  riche  culture  de^à  Orchidées, 
ont  constaté,  i)lus  ou  moins,  dans  leurs  serres,  que  les 
tiges  et  pseudo-bulbes  de  certaines  plantes,  plus  parlicu- 
lièrement  des  };enres  Catlleya  et  Lœlia,  dépérissent  et  ne 
donnent  pas  de  fleurs;  en  ouvrant  les  pseudo-bulbes 
malades,  on  remarque  une  ou  plusieurs  cavités  dans  les- 
quelles se  trouvent  ou  des  larves,  ou  des  nymphes,  ou 
des  insectes  prêts  à  s'échapper;  cet  ennemi  des  orchi- 
dées est  un  ]]elitliyménoptére  de  provenance  américaine, 


et  sa  présence  dans  les  serres  est  considérée  comme  une 
véritable  calamité  par  les  orchidophiles. 

Plusieurs  de  mes  collègues  de  la  Société  nationale 
d'Horticulture  de  France,  ayant  mis  gracieusement  leurs 
serres  à  ma  disposition  pour  étudier  les  mœurs  de  cet 
insecte,  je  profite  de  l'occasion  qui  m'est  offerte  ici  pour 
les  en  remercier  d'autant  plus  vivement  que  je  n'ignore 
pas  le  dommage  que  leur  occasionnerait  la  moindre 
indiscrétion  de  ma  part.  En  efîet,  la  peur  de  la  Mouche 
est  telle  qu'aucun  amateur  ne  voudrait  acheter  des  orchi- 
dées provenant  d'une  serre  que  Ton  sait  contaminée  par 
cet  insecte. 

N'ayant  trouvé  dans  aucune  publication  française  la 
description  de  cette  mouche, ic  crois  utile  de  faire  connaître 
ses  principaux  caractères  scientifiques  ainsi  que  ceux  de 
la  larve  et  de  la  nymphe  (probablement  inédits). 

La  Mouche  des  Orchidées  est  un  petit  hyménoptère  de  la 
famille  des  Eurytomides,  tribu  des  Chalcididx,  du  genre 
Isûsoma. 

IsosovKi    orchidxaru7H    Westw.    Femelle.  —  Long,   du 


La  Mouche  des  Orchidées. 

i  et  2.  Bourgeon  attaque.  —    3.  Larve  (grossie).  —  4.  Isoso7na  orchidasariim  femelle  (grossie).  —  5.  Nymphe. 
6.  Antenne  de  la  femelle.  —  7.  Antenne  du  mâle. 


cor|is  4  à  o  mill.  ;  ailes  [déployées  6  à  7  mill.  )/2, 
noire,  tête  et  thorax  rugueusement  ponctués  (fig.  0,; 
antennes  de  dix  articles,  le  premier  très  grand,  le  deuxiè- 
me court,  le  troisième  formant  anneau,  les  six  suivants 
presque  égaux,  subovales,  le  dernier  plus  long;  abdomen 
brillant,  pointu,  en  forme  de  fuseau,  porté  par  un  pédi- 
cule court  (2  mill.);  cuisses  noires,  tibias  et.  tarses  rou- 
geàtres  ;  ailes  pâles,  sans  tache,  fortement  irisées. 

Mâle.  —  Il  diffère  de  la  femelle  par  sa  taille  sen- 
siblement plus  petite,  ses  antennes  (fig.  7)  plus  lon- 
gues de  neuf  articles,  dont  les  cinq  intermédiaires  plus 
épais  à  extrémité  étranglée,  descjucls  émergent  des  poils 
longs;  son  abdomen  à  extrémité  ovale,  arrondie,  porté 
par  un  pédicule  près  de  deux  fois  jjIus  long  que  celui  de 
la  femelle. 

Larve.  —  Long.  4  à  b  mill.,  blanche,  molle,  apode, 
formée  de  onze  anneaux  (non  compris  la  tète),  plus  ou 
moins  renflés  et  susceptibles  de  dilatation. 

Nymphe. — ^  Blanc  sale, enfermée  dans  une  pupe  rou- 
geàtre,  présentant  à  l'état  embryonnaire  tous  les  carac- 
tères de  l'insecte  parfait. 

Le   I^aluralisle.  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


Il  m'a  paru  intéressant  de  rechercher  et  faire  con- 
naître ce  qui  a  été  dit  de  plus  saillant  sur  les  mœurs  de 
cet  insecte  :  en  France,  en  Angleterre  et  aux  Etats-Unis 
d'Amérique. 

Les  premiers  renseignements  publies  sur  l'apparition 
de  ïlsosoma  Orchidsearum  en  Europe  sont  dus  à  M.  le 
])rofesseur  Westwood,  entomologiste  anglais  des  plus 
distingués  (Gardeners  Chronicle,  27  novembre  1869,  p. 
230). 

«  L'attention  des  membres  du  comité  scientifique  de  la 
Société  d'Horticulture  de  Londres,  dit  cet  auteur,  a  été 
attirée  par  M.  Batoman,  le  2  mars  1869,  sur  les  dégâts 
commis  par  des  insectes  sur  le  bourgeon  d'une  espèce 
exotique  d'orchidée,  sous  les  feuilles  duquel  étaient  ca- 
chées en  siirelé  deux  larves  blanches  et  charnues  (évi- 
demment de  curculionides  et  ressemblant  tout  à  fait  au 
ver  commun  qu'on  trouve  dans  les  noix)  (l),qui  s'étaient 

(1)  11  y  a  là  une  confusion  que  nous  ne  nous  expliquons  pas 
de  la  part  de  M.  le  professeur  Westwod  :  le  ver  des  noix  est 
une  chenille  qui  ne  peut  être  confondue  avec  la  larve  d'un 
curculionide. 


234 


LE     NATURALISTE 


nourries  de  la  substance  épaisse  des  feuilles  dont  la  sur- 
face avait  été  rongée,  en  partie,  sans  qu'aucun  trou  ait 
été  creusé  à  travers  la  feuille.  Dans  le  voisinage  immé- 
diat de  ces  larves  on  trouvait  aussi  plusieurs  pupes  très 
petites,  gisant  dans  une  masse  de  particules  dures,  sèches, 
noirâtres  ;  sans  doute  les  excréments  des  larves  qui 
avaient  produit  ces  pupes.  Ces  pupes  étaient  celles  d'un 
hyménoptère,  et  en  écaillant  avec  soin  la  pellicule 
externe,  mince  et  calleuse  sous  le  microscope,  on  fut 
certain  qu'elles  appartenaient  à  la  famille  des  Chalcididie 
et  au  genre  Isosoma  dont  les  deux  sexes  étaient  obtenus 
ainsi  vivants.  Dans  ce  cas,  il  était  évident  que  les  grosses 
larves  n'étaient  pas  attaquées  et  que  les  Isosomas 
n'étaient  pas  leurs  parasites.  Par  identification,  je  pro- 
posai le  nom  de  Isosoma  Orchidœantm.  » 

Deux  notes  du  même  auteur  doivent  être  citées  :  «  En 
avril  ISSd,  je  reçus  d'un  correspondant  plusieurs  bour- 
geons d'une  espèce  de  Cattleya,  genre  d'orchidée  du  Bré- 
sil et  du  Mexique,  qui  avaient  été  atta(iués  par  les  larves 
d'un  petit  insecte  hyménoptère.  >> 

«  D'un  autre  correspondant,  je  reçus  aussi  plusieurs 
bourgeons  de  Cattleya  qui  avaient  des  trous  percés  dans 
l'intérieur,  dans  lesquels  je  trouvai  quelques  spécimens 
de  l'Isosoma  orchidtearum  des  deux  sexes  à  l'état  ailé.  " 
{Gavdennrs  Chronide,  avril  et  octobre  1881). 

L'apparition  de  cet  insecte  en  France  parait  avoir  été 
signalée  pour  la  première  fois  dans  les  serres  de  M.  de 
Rothschild,  par  MM.  Kùnckel  d'Llerculais  et  Gazagnaire. 
(Bull,  de  la  Soc.  Entom.  de  France,  8  janvier,  1888,  p.  22.) 

M.  Scheider,  chef  de  l'établissement  de  M.  Veitch,  en 
Angleterre,  dit  {Gard.  Chronide,  1888)  : 

<c  J'ai  eu  maintes  fois  l'occasion  de  voir  cet  insecte.  Il 
sort  de  son  gite  vers  dix  heures  du  soir(l)  pour  se  répan- 
dre dans  la  serre,  et  c'est  alors  qu'il  pond  ses  œufs  dans 
les  écailles,  qui  se  trouvent  à  la  base  des  jeunes  bour- 
geons, lesquels  œufs  se  transforment  en  larves  qui  creu- 
sent des  galeries,  et  déterminent  la  mort  des  bourgeons. 

n  L'Isosoma  Cattleya  a  déjà  progressé  d'une  manière 
effrayante danslesserrres où  elle  a  causé  de  sérieux  dom- 
mages sur  les  Cattleya. 

(1  J'em])loie  les  insecticides  sous  les  deux  formes  habi- 
tuelles :  fumigations  ou  aspersions  réitérées  à  dilféren- 
tes  heures  afin  d'atteindre  les  insectes  soit  à  l'état  parfait, 
soit  à  l'état  de  larves.  » 

M.  Albert  Morse,  South  Natich.  Mass.,  dans  une  lettre 
adressée  à  M.  le  jjrofesseur  Riley  et  reproduite  dans 
«  Insect  Life»,  Washington,  1890,  p.  2;>0,  s'exprime  ainsi: 
«  Pendant  la  saison  de  repos  des  Cattleya  trianse,  eldorado 
et  gigas,  le  pseudo-bulbe  est  soudain  mis  en  activité, 
augmentant  rapidement  en  taille  et  devenant  sphérique. 
En  examinant  cet  élargissement  on  trouve  qu'il  contient 
une  cavité  dans  laquelle  se  trouvent  plusieurs  insectes 
(de  3  à  8).  Ceux  que  j'ai  eu  l'occasion  d'étudier  étaient 
dansle  dernierétat  de  développement;  l'insecte  s'échappe 
en  perçant  un  trou  rond,  assez  large,  pour  lui  permettre 
de  sortir.  Mon  correspondant  les  a  trouvés  dans  des  plan- 
tes nouvellement  importées  de  la  Nouvelle-Grenade  et 
conservant  les  signes  indiscutables  de  leur  première  pré- 
sence. 

«  Leurs  déprédations  sont  suivies  de  résultats  désas- 

(1)  D'après  nos  observations  en  France,  l'insecte  vole  et 
s'accouple  le  jour,  de  10  heures  i  i  heures.  Les  larves,  abri- 
tées dans  l'intérieur  des  tiges,  résistent  aux  fumigations  et  aux 
aspersions. 


treux.  Naturellement,  on  ne  pourra  espérer  aucune  fleur 
des  bulbes  attaqués  et  cette  croissance  anormale  pendant 
la  saison  de  repos  anime  la  vitalité  de  la  plante  comme 
si  elle  était  atteinte  d'une  consomption  lente;  les  feuilles 
perdent  leur  vigueur  et  leur  consistance,  se  flétrissent  et 
graduellement  meurent  une  année  ou  deux  après  avoir 
été  attaquées.  » 

Dans  une  autre  lettre  de  M.  P.  Morse  {InseclLife,  1891, 
p.  22),  nous  trouvons  la  note  suivante  : 

n  Des  racines  deCattteya  giyas  affectées  de  galles  conte- 
naient de  une  à  plusieurs  larves  ou  petits  vers  séparés  les  uns 
des  autres  par  la  substance  de  la  racine.  La  maladie  semble 
avoir  été  introduite,  l'an  dernier,  par  une  plante  provenant 
d'Angleterre,  et  s'être  propagée  aux  quelques  plantes  les 
plus  voisines.  » 

M.  le  docteur  Riley,  consulté,  répond  que  ces  larves 
appartiennent  à  une  espèce  de  Cecidomyia  ou  genre  voisin 
Diptosis  ,  (jue  c'est  par  erreur  que  les  Isosoma  orclddxa- 
rum  rencontrés  sur  les  mêmes  plantes  ont  été  considérés 
par  les  entomologistes  anglais  comme  vivant  en  parasite 
de  ces  diptères.  La  larve  d'isosoma  orchidxaruin  se  nour- 
rit de  la  substance  de  l'orchidée  et  subit  toutes  ses  méta- 
morphoses dans  la  cavité  qu'elle  a  creusée.  » 

Il  existe,  en  outre,  dans  Gardeners  Chronide,  Insect  Life, 
pour  l'Etranger,  et  dans  la  Chronique  horticole  et  autres 
puldications  françaises,  un  assez  grand  nombre  de  notes 
ou  extraits  d'articles  déjà  publiés  ;  comme  ils  n'ajoutent 
rien  de  nouveau  aux  observations  des  savants  entomo- 
logistes que  nous  avons  cités,  nous  nous  abstiendrons  de 
les  reproduire. 

Remarquons  en  passant  que  la  tribu  des  Chalcididx 
dont  Is.  orchidgearum  fait  i)artie  est  composée  d'insectes 
unanimement  reconnus  comme  vivant  en  parasite  aux 
dépens  d'autres  insectes.  Dès  lors,  il  est  tout  naturel  que 
les  entomologistes  anglais,  trouvant  dans  les  serres  des 
orchidées  attaquées,  en  même  temps,  par  des  Cecidamyia 
et  des  Is.  orchidœarum,  aient  supposé  à  priori  que  ce 
dernier  était  un  parasite  itirn  et  non  le  destructeur  de  la 
plante.  Je  dois  avouer  que  la  première  fois  que  j'ai 
obtenu  Is.  orchidxarum  d'éclosion,  en  captivité,  j'ai,  été 
fort  étonné  de  ne  pas  obtenir  l'insecte  dont  je  le  suppo- 
sais parasite,  mais  en  suivant  toutes  ses  métamorphoses, 
sur  une  ponte  en  captivité,  depuis  l'œuf  jusqu'à  la  sortie 
de  l'insecte  parfait;  je  n'eus  plus  de  doute  :  Is.  orchidœa- 
rum  fait  exception  à  la  règle  générale,  sa  larve  creuse 
les  tiges  et  pseudo-bulbes  des  orchidées  pour  se  nourrir, 
et  l'éminent  entomologiste  américain  a  eu  raison  de  dire 
«  que  cet  insecte  n'est  pas  parasite  d'autres  insectes  ». 

On  peut  se  rendre  compte,  par  le  résumé  des  observa- 
tions que  nous  venons  d'indiquer,  que  leurs  auteurs  ont 
eu  pour  objectif  principal  :  1°  de  démontrer  qu'/s.  orchi- 
dxaruin a  été  introduit  d'abord  en  Angleterre  (vers  1868 
ou  1869),  avec  des  Cattleya  exotiques,  provenant  du  Bré- 
sil et  du  Mexique;  puis  eu  France  (vers  1887)  avec  des 
orchidées  venant  d'Angleterre  (1)  et  que  c'est  vers  la 
même  époque  que  les  horticulteurs  des  États-Unis  ont 
constaté  sa  présence  sur  des  Cattleya  provenant  d'An- 
gleterre ;  2°  que  la  découverte  en  Angleterre  et  en  Amé- 
rique de  Cattleya  attaqués  en  même  temps,  par  des 
Cecidomyia  et  des  Isosoma orchidsearum,  ne  prouve  pas  que 
ce  dernier  insecte  soit  parasite  du  premier,  il  est  bien 
reconnu  aujourd'hui  que  la  manière  de  vivre  de  la  larve 
d'/s.     orchidœarum    est   la   même     en     Angleterre,    en 

(1)  Peut-être  bien  aussi  avec  dos  Cattleya  exotiiiues? 


LE     NATURALISTE 


235 


France  et  aux  États-Unis;  ([uelle  s'attaquo  aux  tiges  et 
aux  psoudo-liulbcs  de  la  plante  ;  qu'elle  creuse  toujours 
une  cavité  dans  l'intérieur  et  y  accom|ilit  tnutes  ses  mé- 
tamorphoses. 

Kn  lii'liors  de  ces  faits  qni  sont  incouti'staldcment 
acquis  à  la  science,  nous  n'avons  trouvé  aucun  ren- 
seipncnient  précis,  en  France  et  à  l'Ktranper,  soit  sur  les 
mœurs  de  cet  insecte  funeste,  soit  sur  les  procédés  jira- 
tiques  à  employer  pour  arrêter  sa  propagation.  En  elVet, 
on  ne  connaît  pas  le  temps  nécessaire  à  l'insecte  pour 
accomplir  toutes  ses  métamorphoses,  depuis  la  ponte 
jus(]u'à  sa  sortie  de  la  plante;  combien  il  a  de  généra- 
tions dans  une  année;  comment  et  où  s'opère  l'accou- 
plement et  la  ponte;  s'il  est  diurne  ou  nocturne  ;  le 
nombre  des  mâles  par  rapport  aux  femelles;  si  leur  acti- 
vité se  continue  pendant  l'hiver,  etc.;  observations  qui 
nous  paraissent  d'une  importance  considérable,  pour 
combattre  Is.  ori'hidxarum,  d'une  manière  raisonnée,  soit 
par  l'emploi  des  insecticides,  à  des  époques  propices, 
soit  i)ar  tout  autre  moyen. 

Désirant  venir  en  aide  aux  orchidophiles,  si  éprouvés 
par  la  Mouche  des  Orchidées  (comme  ils  désignent  leur 
ennemi).  i|ui  s'attaque  indistinctement  aux  Cattleya  et 
Lirlia  communs,  comme  aux  espèces  les  [dus  rares,  dé- 
truisant en  (jnelques  semaines  des  plantes  obtenues 
avec  peine  de  semis,  après  7  et  10  ans  de  soins  assidus  ; 
nous  allons  faire  connaître  ce  que  nous  avons  surpris 
des  mœurs  d7.<.  orcfndicarum,  par  des  observations  minu- 
tieuses, poursuivies  simultanément  depuis  ]ilusieurs 
années,  en  captivité  dans  nos  boites  d'élevage  et  en 
liberté  dans  les  serres  mises  à  notre  disposition  ;  nous 
indiquerons  ensuite  les  moyens  que  nous  avons  expéri- 
mentés pour  arrêter  la  propagation  de  cet  insecte. 

MOEins. 

Après  plusieurs  essais  infructueux,  en  captivité  et  en 
liberté,  pour  observer  l'accouplement  et  la  ponte  d'Is. 
orchidsearum,  nous  avons  enfin  réussi,  de  la  façon  sui- 
vante :  Deux  couples  de  ces  insectes  (obtenus  par  éclo- 
sion  dans  nos  boites  d'élevage)  furent  abandonnés, 
le  il  juillet,  sur  un  Cattleya  lahiata,  recouvert  d'une 
cloche  en  gaze  disposée  de  façon  à  pouvoir  suivre  ce  qui 
allait  se  passer.  Le  lendemain,  vers  une  heure,  au  mo- 
ment le  plus  chaud  de  la  journée,  nous  avons  aperçu  un 
mâle  voltigeant  en  tout  sens,  se  posant  à  peine  sur  les 
feuilles,  puis  reprenant  son  vol  ;  après  4  à  b  minutes  de 
ce  manège,  il  vint  s'abattre  sur  l'extrémité  d'une  feuille 
et  se  mit  à  courir  autour  d'un  point  noir,  le  touchant 
avec  ses  antennes  par  des  mouvements  vifs  et  répétés. 
Un  examen  minutieux  nous  fit  reconnaître  que  ce  que 
nous  prenious  pour  une  tache  noire  était  une  femelle 
tout  à  fait  immobile.  Le  rapprochement  des  sexes  eut 
lieu  presque  immédiatement,  le  mâle  étroitement  serré 
sur  le  dos  de  la  femelle. 

Le  travail  de  la  ponte  est  assez  long  et  doit  durer  plu- 
sieurs jours;  pour  cette  opération,  la  tarière  qui  en 
temps  ordinaire  est  cachée  dans  l'extrémité  de  l'abdo- 
men, est  susceptilde  d'extension  et  fait  saillie  en  pointe 
aiguë  de  plusieurs  millimètres.  C'est  à  l'aide  de  cet  ovi- 
ducte  ou  tarière  enfoncé  dans  l'épiderme  de  la  tige  ou 
du  pseudo-bulbe  que  la  femelle  introduit  le  plus  souvent 
2  ou  3,  quelquefois  jusqu'à  5  et  7  œufs  dans  un  même 
trou,  puis  elle  recommence  l'opération  sur  la  même  tige 
espaçant  cette  nouvelle  ponte  d'environ  un  à  deux  cen- 
timètres de  la  première  ;  généralement  elle  passe  ensuite 


sur  une  autre  tige,  lorsqu'elle  a  le  choix,  pour  continuer 
sa  ponte  jusqu'à  épuisement.  Les  diverses  jiontes  que  j'ai 
observées  en  liberté  et  en  captivité  ont  été  faites  pen- 
dant le  moment  le  plus  chaud  delà  journée,  de  10  heures 
à  4  heures,  surtout  au  printemps  et  à  l'automne.  Les 
leufs  éclosent  6  à  8  jours  après  la  ponte,  les  petites  larves 
creusent  pour  se  nourrir  une  petite  cavité  dans  l'inté- 
rieur de  la  tige  ou  du  pseudo-bulbe  qu'elles  agrandissent 
au  fur  et  à  mesure  de  leur  croissance,  sans  creuser  de 
galeries  longitudinales  ou  transversales  plus  ou  moins 
longues  dans  la  plante  ;  les  diverses  cavités  d'une  même 
tige  contenant  des  pontes  séparées  ne  se  rejoignent  pas 
et  restent  toujours  séparées  par  une  partie  plus  ou 
moins  épaisse  de  tissu  cellulaire;  la  nymphose  s'accom- 
plit dans  cette  cavité,  et  l'insecte  parfait  s'echapiie  par  un 
petit  trou  rond,  en  perçant  l'épiderme. 

La  blessure  faite  à  la  tige  ou  au  pseudo-bulbe  au  mo- 
ment de  la  ponte  et  les  premières  érosions  faites  au 
tissu  interne,  par  les  petites  larves,  aussitôt  après  leur 
naissance,  amènent  un  afllux  de  sève,  qui  le  plus  sou- 
vent se  traduit  par  un  gonflement  de  la  ])artie  de  la 
plante  contaminée,  et  qui  aide  à  faire  reconnaître  les 
tiges  ou  pseudo-bulbes  attaqués.  Cependant  cette  loi 
générale  a  de  nombreuses  exceptions  ;  si  l'expérience  a 
démontré  que  les  tiges  de  Cattleya  prenant  un  aspect 
bulbiforme  sont  presque  toujours  haliitées  par  des  larves, 
il  arrive  souvent  que  des  tiges  malades  n'oft'rent  aucune 
déformation  extérieure  qui  les  distingue  des  plantes 
saines. 

La  larve  peut  arriver  à  son  complet  développement  en 
moins  de  quatre  semaines  ;  ayant  ouvert  une  cavité,  le 
19  août  fponte  du  13  juillet),  j'ai  trouvé  deux  larves  com- 
plètement développées  et  une  nymphe  en  formation.  La 
première  éclosion  a  donné  une  femelle  le  23  août,  puis 
une  autre  le  27  août,  enfin  les  éclosions  se  sont  suc- 
cédé jusqu'au  10  septembre  (dix-neuf  insectes),  ce  qui 
indiquerait  que  tous  les  insectes  d'une  même  ponte 
n'arrivent  pas  à  l'état  parfait  en  même  temps.  Cette 
remarque  peut  expliquer  pourquoi  on  trouve  des  Is. 
orcMdxarnm  dans  les  serres  infestées,  pendant  toute  la 
saison  active,  c'est-à-dire  de  la  fin  de  mars  jusqu'en 
novembre  ;  pendant  les  mois  d'hiver,  il  y  a  repos,  les 
larves  provenant  des  pontes  de  la  fin  d'octobre  et  de 
novembre  passent  la  mauvaise  saison  à  l'état  de 
nymphes;  le  plus  souvent,  l'insecte  parfait  s'échappe  en 
mars  ou  avril  ;  cependant  on  rencontre  quelquefois  dans 
les  serres,  en  décembre,  janvier  et  février,  quelques 
Isosoma  égarés,  ce  sont  de  rares  exceptions.  Nous  avons 
remarqué  deux  périodes  d'éclosion  bien  marquées  :  en 
avril  et  en  septembre;  puis  deux  autres  de  moindre 
importance  :  en  juin-juillet  et  en  octobre-novembre.  Ce 
qui  ferait  supposer  quatre  générations  par  année  (?). 

Si  l'on  s'en  rajjporte  à  ce  que  j'ai  observé  en  captivité 
(dans  les  serres,  en  liberté,  les  conditions  sont  à  peu 
près  les  mêmes'?),  on  peut  admettre  que  les  œufs  éclo- 
sent 6  à  8  jours  après  la  ponte,  que  la  larve  peut  arriver 
à  son  complet  développement  en  27  ou  30  jours  au  plus, 
et  que  la  nymphose  demande  1!)  à  20  jours  pour  donner 
l'insecte  parfait;  c'est-à-dire  (|ue  toutes  les  métamor- 
phoses depuis  la  jionie  exigent  de  50  à  60  jours  en 
moyenne.  En  tenant  compte  de  l'observation  que  nous 
avons  faite,  que  les  éclosions  d'une  même  ponte  peu- 
vent se  prolonger  pendant  13  à  20  jours,  le  noml)re  de 
quatre  générations  par  an  ne  me  paraît  pas  devoir  être 
dépassé  (?). 


236 


LE     NATURALISTE 


Le  nombre  des  femelles  trouvées  par  nous,  dans  les 
serres  en  lilierté,  a  été  dans  la  proportion  de  trois 
femelles  pour  un  mâle:  en  captivité,  pour  les  éclosions 
provenant  de  tiges  ou  pseudo-bulbes  mis  en  observation 
dans  nos  boîtes  d'élevage,  la  proportion  a  été  de  sept 
femelles  pour  2  mâles,  et  enfin,  dans  la  ponte  en  capti- 
vité, sur  19  insectes  obtenus  vivants,  il  y  avait  13  femelles 
et  6  mâles. 

Dans  les  serres  Is.  Orchidwarum  femelle  se  tient  géné- 
ralement au  repos,  sous  les  feuilles,  quelquefois  dessus; 
elle  est  peu  active,  vole  lourdement  pendant  la  journée, 
probablement  à  la  recherche  d'une  plante  pour  déposer 
sa  ponte?  Le  mâle,  beaucoup  plus  léger,  vole  aux 
mêmes  heures,  avec  assez  de  facilité  à  la  recherche  d'une 
compagne.  Nous  avons  visité  assez  souvent  des  serres 
infestées,  le  soir  avec  une  lanterne,  nous  n'avons  jamais 
surpris  Isosnma,  mâle  ou  femelle,  au  vol  ;  cet  insecte  est 
si  petit,  qu'il  peut  bien  avoir  échappé  à  notre  attention. 

Les  dégâts  causés  par  ces  insectes  sont  désastreux  : 
non  seulement  les  pseudo-bxtlbes  attaqués  ne  donnent  pas 
de  fleurs  de  l'année,  mais  les  plantes,  dont  plusieurs 
tiges  sont  contaminées,  perdent  de  leur  vigueur,  dépé- 
rissent graduellement  et  finissent  souvent  par  mourir 
une  année  ou  deux  après  avoir  été  contaminées. 

^^OYE^•s  de  destruction. 

Le  procédé  le  plus  connu  des  orchidophiles  consiste 
à  supprimer  les  tiges  et  les  pseudo-bulbes  contaminés 
(qu'il  faut  brûler).  Ce  moyen  radical  peut  retarder  la  pro- 
pagation, mais  il  a  l'inconvénient  de  ne  pas  être  écono- 
mique, surtout  lorsqu'il  s'agit  de  plantes  de  choix. 

Nous  nous  sommes  demandés  s'il  n'y  aurait  pas  possi- 
bilité de  tuer  les  larves  dans  la  tige,  sans  détruire  cette 
dernière'?  A  cet  effet,  nous  avons  entrepris  un  certain 
nombre  d'expériences,  qui  permettent  d'espérer  des 
résultats  satisfaisants. 

Dans  une  première  expérience,  sur  des  tiges  contami- 
nées de  Catttei/a  labiatn,  nous  avons  enfoncé,  dix  ou 
douze  fois,  une  aiguille  fine  dans  les  diverses  parties  où 
nous  supposions  la  présence  des  larves  (en  prenant  soin 
de  ne  pas  traverser  la  tige  de  part  en  part)  ;  la  tige  n'a 
nullement  souffert  de  cette  opération  et  a  continué  à 
pousser;  mise  en  observation  sous  une  cloche  en  gaze, 
il  en  est  sorti  un  seul  insecte,  et  en  ouvrant  la  jeune 
pousse,  nous  avons  con--taté  la  présence  de  trois  larves 
mortes  dans  leur  cavité. 

Dans  une  autre  expérience,  désirant  nous  rendre 
compte  du  degré  de  résistance  de  ces  plantes,  nous  avons 
fortement  incisé  deux  tiges  contaminées  avec  une 
aiguille  à  dissection  (en  prenant  soin  de  ne  pas  traverser 
les  tiges  de  part  en  part,  car,  dans  ce  cas,  le  pseudo- 
bulbe  paraît  mal  supporter  l'opération),  les  larves  ont  été 
atteintes  et  aucune  éclosion  ne  s'est  produite.  La  plante 
a  bien  supporté  cette  opération,  mais  elle  conserve  des 
cicatrices  qui  en  diminuent  la   valeur  marchande. 

Ces  exjjériences  me  paraissent  probantes  ;  elles  per- 
mettent d'espérer  que  les  piqûres  répétées  simplement 
avec  une  aiguille  fine,  ou  trempée  dans  de  la  nicotine 
pure,  pourraient  détruire  une  forte  partie  des  larves 
dans  leurs  cavités,  sans  inconvénient  pour  la  vitalité  de 
la  tige  ou  du  jiseudo-bulhe  attaqué. 

Nous  ferons  remarquer  cependant  qu'avec  ces  procé- 
dés, il  ne  meurt  que  les  larves  blessées,  dans  leur  cavité, 
par  les  piqûres  répétées  au  hasard  ;  les  autres  continuent 
leur  croissance  et  échappent  au  remède. 


Une  injection  de  nicotine  ]iure  (0,50  centigrammes) 
faite  avec  une  seringue  de  Pravaz,  dans  la  partie  attaquée 
]iar  les  larves,  les  a  fait  périr  dans  une  première  expé- 
rience ;  mais,  dans  une  seconde  expérience,  l'injection 
n'ayant  probablement  pas  pénétré  dans  la  cavité  habitée 
par  les  larves,  celles-ci  ont  continué  à  vivre,  se  sont 
métamorphosées  et  l'insecte  est  sorti. 

On  réussirait  plus  sûrement  en  injectant  quarante  ou 
cinquante  centigrammes  de  sulfure  de  carbone  dans  la 
tige  malade,  en  prenant  soin  de  boucher,  le  plus  prompte- 
ment  possible,  le  trou  fait  par  la  seringue  de  Pravaz, 
avec  un  peu  d'argile  ou  un  mastic  quelconque,  pour 
empêcher  les  vapeurs  de  s'échapper  au  dehors.  Les 
vapeurs  toxiques  dégagées  par  le  sulfure  de  carbone  péné- 
treront au  travers  des  cloisons  de  la  tige  contaminée  et 
feront  périr  les  larves  dans  leurs  diverses  cavités.  Je 
n'ai  pu  tenter  qu'une  seule  expérience,  faute  de  tiges 
contaminées  en  nombre  suffisant.  Les  orchidophiles 
agiront  sagement  en  essayant  ce  procédé.  Je  leur  serais 
obligé  de  vouloir  bien  noter  ce  qui  arrivera  pour  la  santé 
de  la  plante  expérimentée  et  de  le  faire  connaître  au 
Comité  scientifique  de  la  Société  nationale  d^ Horticulture  de 
France.  On  sait  que  le  sulfure  de  carbone  attaque  forte- 
ment la  chlorophylle  des  plantes,  mais  à  cette  dose 
minime  en  est-il  ainsi? 

L'unique  pseudo-bulbe  qui  a  servi  pour  cette  expé- 
rience a  bien  supporté  l'opération,  nous  n'avons  rien 
remarqué  d'anormal  dans  la  végétation  de  la  plante.  En 
ouvrant  la  partie  traitée,  quinze  jours  après,  nous  avons 
trouvé  dans  une  cavité  quatre  larves  mortes.  Nous  ne 
saurions  trop  insister  sur  ce  résultat  ;  si,  en  multipliant 
les  expériences,  il  est  démontré  par  la  suite  que  la 
plante,  à  cette  faible  dose,  n'a  rien  à  craindre  du  sul- 
fure de  carbone.  Ce  procédé  pourrait  rendre  de  grands 
services  avec  quelques  précautions,  du  reste  assez 
simples. 

Les  vapeurs  de  sulfure  de  carbone  font  explosion  au 
contact  du  feu  ;  on  fera  bien  de  porter  les  plantes  à  trai- 
ter dans  un  endroit  spécial,  bien  aéré,  d'opérer  le  jour, 
de  ne  pas  fumer  pendant  les  manipulations.  Au  bout  de 
vingt-quatre  heures,  il  n'y  a  aucun  danger  à  replacer  les 
plantes  traitées  dans  leur  serre  habituelle. 

On  peut  détruire  un  grand  nombre  A'h.  Orchidsearum, 
au  moment  des  éclosions  (mars  à  novembre),  en  suspen- 
dant dans  les  serres  infestées,  des  planches  recoxivertes 
d'une  couche  liquide  de  mélasse,  ou  de  miel  commun. 
Ces  insectes  attirés  par  ces  matières  sucrées,  viendront 
s'engluer  sur  ces  pièges,  qu'il  est  facile  de  maintenir 
gluants.  Il  est  bon  de  faire  observer  qu'une  femelle 
détruite  avant  la  ponte,  c'est  toute  une  colonie  de  larves 
supprimées  du  même  coup. 

L'immersion  complète  des  Cattleya  contaminées  pen- 
dant 24  à  48  heures  fait  périr  les  larves  d'/s.  Orchidsea- 
rum; la  seule  expérience  qu'il  m'a  été  possible  de  faire, 
faute  de  plantes  à  ma  disposition,  n'a  pas  paru  nuisible- 
à  la  plante,  qui  une  fois  égouttée  a  continué  sa  végéta- 
tion. C'est  un  moyen  qu'on  pourrait  essayer  avec  pré- 
caution, en  choisissant  d'abord  des  Cattleya  d'espèces 
communes,  et  si,  comme  je  le  suppose,  les  plantes 
supportent  bien  l'immersion,  l'application  de  ce  pro- 
cédé est  facile. 

Je  voudrais  espérer  que  mes  patientes  observations 
des  mœurs  d'/s.  Orchidsearum ,  et  mes  expériences  de 
destruction,   bien    qu'incomplètes,     pourront    aider    les. 


LE     NATURALISTE 


237 


hcirticiilteiirs  à  comlialtre,  ou  tout  au  moins  à  dimiimer 
les  (l''pàts  causés  par  celte  maudite  besliolo. 

Dans  une  autre  étude,  je  ferai  connaître  les  mieurs  de 
deux  autres  ennemis  des  orchidées  :  le  Diaxenes  Dendrobii 
(Grahan)  et  le  Xyleborus  perforans,  importés  dans  les 
serres  avec  des  Dendrobium  exotiques  et  qui  menacent 
de  s'y  propager. 

Decaux. 


L'ESPRIT   DES    BETES 


Les  causes  des  actes  sont  variées  chez  les  animaux. 
Les  actes  sont  très  souvent  instinctifs;  et,  par  leur  par- 
faite a])proiirialion  au  but,  ils  simulent  l'intelligence. 
Ils  en  diflëreiioieront  en  ce  que,  dans  l'inslinct,  l'animal 
accomplit  toujours  la  même  action  de  la  même  façon 
spontanée  et  machinale  ;  l'acte  intelligent  au  contraire 
varie  et  s'adapte  aux  circonstances. 

Les  actes  d'imitation  sont  également  nombreux  chez 
les  animaux  vivant  en  société  ou  en  contact  avec 
l'homme.  Eux  aussi  peuvent  sembler  intelligents.  Ainsi, 
les  prodiges  qu'accomplissent  les  animaux  dressés  sont 
obtenus  par  l'imitation  et  une  patiente  répétition.  L'acte 
imité  est  répété  toujours  sous  la  même  forme,  il  ne  va- 
rie pas  et  ne  s'adapte  point  aux  circonstances. 

Les  naturalistes  (]ui  ont  étudié  l'intelligence  des  ani- 
maux ont  trop  souvent  pris  pour  intelligents  des  actes 
soit  purement  instinctifs,  soit  plus  souvent  imités.  Des 
exemples  feront  mieux  comprendre  la  difficulté  qui 
existe  à  en  trouver  la  cause. 

Le  fait  de  varier  ses  actes  pour  les  adapter  au  ehan- 
gement  des  circonstances  se  note  dans  les  mouvements 
appropriés  à  des  difficultés  survenant  pour  la  première 
fois.  Les  animaux  les  plus  inférieurs  semblent  adapter 
leurs  mouvements  aux  circonstances.  Tel  l'exemple  de 
l'escargot  cité  par  Darwin.  Un  de  ces  animaux,  enfoncé 
la  bouche  en  l'air  dans  une  fente  de  rocher,  prit  point 
d'appui  en  haut,  chercha  à  tirer  sa  coquille  dans  la 
direction  verticale  ;  puis  fit  les  mêmes  efforts  à  droite, 
■enfin  à  gauche. 

JL  Gruvel  a  signalé  ici  même  {Naturaliste,  1"  fé- 
vrier 189,'))  un  fait  analogue  chez  la  balave.  Un  mâle,  ne 
pouvant  atteindre  une  femelle  voisine  avec  son  llagellum 
reproducteur,  se  retourna  dans  sa  loge  des  trois  quarts 
environ  et  rapprocha  l'extrémité  postérieure  de  son 
corps  qui  porte  le  ûagellum  de  l'orifice  de  la  coquille 
voisine,  gagnant  ainsi  toute  la  longueur  de  l'ouverture 
<le  la  sienne  propre,  c'est-à-dire  environ  5  ou  6  mm. 
Ucs  mouvements  divers  et  appropries  offrent  bien  la 
marque  de  l'intelligence  (1).  Quand  bien  même  l'animal 
les  [aurait  déjà  exécutés  et  les  accomplirait  de  mé- 
moire, il  n'en  aurait  pas  moins  été  intelligent  la  pre- 
mière fois  qu'il  les  a  exécutés. 

Chez  les  animaux  plus  avancés  en  organisation,  l'ada])- 

1,1)  Les  mouvements  des  rotitéres  dépourvus  d»  système 
nenreuï  ne  semblent  point  par  contre  intelligents.  Un  rolifère 
saisi  par  la  pince  d'un  autre,  nous  dit  Lubbocti,  s'élance  de 
droite  et  de  gauche  avec  son  ennemi,  tinit  par  rencontrer  un 
brin  d'herbe,  l'empoigne  avec  sa  pince  et  se  livre  à  toute  une 
série  de  mouvements  pour  se  débarrasser.  Ces  mouvements 
désordonnés  sont  simplement  des  contractions  protoplas- 
miques  sous  l'influence  de  l'e.xcitation  produite  par  la  mor- 
sure. 


tation  des  actes  aux  circonstances  est  plus  évidente 
encore. 

Les  abeilles,  d'après  Iluber.  ferment  l'entrée  de  leur 
ruche  au  moyen  d'une  barrière  de  cire  et  de  propolis  ne 
laissant  qu'un  trou  troj!  petil  pour  laisser  passer  le 
sphinx  à  tète  de  mort.  Les  années  oit  il  n'y  a  point  de 
sjjhinx,  les  abeilles  enlèvent  leur  barrière. 

Le  même  auteur  les  vit  renforcer  les  attaches  de  tous 
leurs  rayons  parce  qu'un  fragment  s'était  détaclu'  d'un 
seul  rayon  :  elles  avaient  donc  jieiisé  que  le  même  acci- 
dent pouvait  arriver  aux  autres. 

Quand  sa  proie  est  trop  lourde,  la  guêpe  la  divise  et 
en  emporte  successivement  les  morceaux.  On  l'a  vue 
encore  laisser  cette  proie  trop  pesante  en  haul  d'un 
arbre  pour  pouvoir  s'élancer  de  là  et  l'emporter. 

Les  actes  intelligents  de  la  fourmi  paraissent  nom- 
breux ;  mais  quand  on  y  regarde  de  plus  près,  la  plupart 
sont  en  réalité  des  actes  instinctifs  ou  sui'tout  imités. 

L'éducation  a  en  effet  une  grande  importance  chez  la 
jeune  fourmi.  Les  anciennes  lui  montrent  la  fourmilière 
et  lui  donnent  des  leçons  de  choses.  Aug.  Forel  (  i  )  a 
justement  noté  que,  prise  individuellement,  une  fourmi 
est  incapable  de  réflexion  tant  soit  jieu  complexe.  Ses 
actes  sont  automatiques  et  aveugles,  bien  ([u'ils  contre- 
fassent la  sagacité  raisonnée.  Aussi  cet  auteur  admet 
que  le  cerveau  de  la  fourmi  préside  à  des  actes  automa- 
tiques et,  par  suite,' possède  un  nombre  de  neurones  infi- 
niment plus  restreint  que  celui  exigé  par  le"  raisonne- 
ment ou  faculté  plastique  d'adaptation  individuelle. 

Il  ne  faudrait  pourtant  pas  refuser  à  la  fourmi  tout 
raisonnement.  Les  actes  raisonnes  se  manifestent  dans 
maintes  circonstances  imprévues  et  nouvelles,  et  même, 
si  la  mémoire  et  l'imitation  leur  permettent  d'agir  auto- 
matiquement dans  les  circonstances  ordinaires,  encore 
ces  actes  ont-ils  à  l'origine  été  raisonnes. 

Examinons  en  effet  les  modifications  qu'une  fourmi 
apporte  à  ses  actes  haliituels,  quand  les  circonstances 
changent. 

S'agit-il  de  porter  un  fardeau,  la  fourmi  variera  sa 
méthode  suivant  la  forme  et  le  volume  du  faix. 

Une  tige  de  bois  est  portée  transversalement.  Si,  à  un 
moment  donné,  le  chemin  trop  étroit  fait  obstacle,  elle 
prendra  sa  charge  longitudinalement. 

Pour  hisser  un  morceau  de  bois,  elles  se  mettent  à  plu- 
sieurs, les  unes  tirent,  les  autres  soutiennent  par  en 
bas. 

Une  chenille  se  débattait,  elles  n'en  iiouvaient  avoir 
raison,  elles  la  mirent  sur  le  dos. 

Un  ver  était  trop  lourd,  elles  le  coupèrent.  Un  autre 
tenait  encore  à  son  trou  par  la  moitié  de  son  corps,  elles 
enlevèrent  la  terre  grain  à  grain  pour  le  déterrer. 

Quand  les  fourmis  construisent  leur  nid,  elles  s'adap- 
tent aux  circonstances,  chacune  travaille  suivant  son 
idée,  et  c'est  celle  qui  a  découvert  le  système  le  plus 
avantageux  qui  finit  par  convertir  les  autres. 

Dans  ces  travaux,  les  fourmis  peuvent  profiter  de  l'ex- 
périence des  adultes  qu'elles  ont  vus  dans  leur  jeunesse 
et  de  leur  expérience  propre  ou  même  héréditaire.  Mais 
la  variété  que  chacune  apporte  à  sa  tâche  prouve  que  le 
facteur  intellectuel  entre  en  jeu. 

Les  naturalistes,  surtout  John  Lubbock,  ont  l'ait  des 


il)  .\ug.  Forel.  Un  aperçu  de  psycholo.i;ie  comparée.  A.'ajinée 
psijchuloijique,  Beaunis  et  Binet,  2°  année. 


238 


LE     NATURALISTE 


expériences  en  mettant  les  fourmis  vis-à-vis  d'un  acte 
d'une  ditïîculté  nouvelle  pour  elles. 

Tantôt,  les  fourmis  surmontaient  la  difficulté,  tantôt 
n'y  parvenaient  point. 

Ainsi,  ayant  introduit  des  fourmis  (lasius  niger)  dans 
une  boite  contenant  des  provisions  et  munie  d'un  trou, 
quand  la  circulation  entre  la  boite  et  la  fourmilière  se  fut 
établie  il  boucha  ce  trou.  Les  fourmis  venues  du  dehors 
firent  plusieurs  fois  le  tour  de  la  boite  pour  voir  s'il  n'y 
avait  pas  d'autre  ouverture,  puis  se  mirent  à  creuser 
juste  au-dessus  du  trou  et  en  déblayèrent  l'entrée. 

Le  Naturaliste  {l"  mai  1897)  rapporte  l'expérience  sui- 
vante : 

Lubbock  habitua  des  fourmis  à  traverser  l'eau  sur  un 
pont  de  papier  jiour  aller  chercher  de  la  nourriture.  L'ha- 
bitude prise,  il  dérangea  un  peu  le  pont.  Les  fourmis  cher- 
chèrent en  vain  à  gagner  la  plaque  pleine  de  nourriture, 
mais  entourée  d'eau.  Finalement,  l'une  d'elles  eut  l'idée 
de  pousser  le  brin  de  papier  et  le  pont  fut  rétabli. 

Léon  Plumency  (même  journal)  plaça  une  fourmi  sur 
un  jilateau,  isolée.  Ses  camarades  l'entourèrent  et,  après 
plusieurs  tentatives,  une  d'elles  se  leva  sur  ses  pattes  de 
derrière,  appuya  ses  pattes  antérieures  sur  le  plateau  et 
fornia  ainsi  un  chemin  par  où  la  prisonnière  put  s'échap- 
per. 

Les  fourmis,  dans  ces  expériences,  se  livrent  à  une 
série  de  recherches;  finalement,  une  trouve  le  moyen 
approprié  et  toutes  en  usent.  Ce  n'est  point  par  un  rai- 
sonnement logique  qu'elles  arrivent  à  trouver,  mais  par 
une  série  d'essais. 

Aussi,  certaines  fourmis  peuvent-elles  ne  pas  arriver 
au  but.  J.  Lubbock  cite  des  exemples  de  sottise  chez  les 
fourmis.  Il  n'a  jamais  pu  arriver  à  faire  tomber  une 
lasius  niger  pour  atteindre  l'endroit  aux  provisions,  si 
petite  que  fût  le  vide  vertical,  de  sorte  qu'il  pouvait  tou- 
cher l'autre  bord  avec  les  antennes,  elle  ne  se  décidait 
pas  à  tomlier,  ni  pour  monter  à  entasser  quelques  grains 
de  sable  répandus  par  terre.  Elle  préférait  faire  un  dé- 
tour énorme  pour  arriver  au  but.  Et  pourtant  rien  n'est 
plus  simple  que  de  sauter  ou  faire  des. ponts  pour  d'au- 
tres espèces  de  fourmis  :  pour  passer  au  delà  d'un  obs- 
tacle formé  de  glu,  elles  font  une  chaussée  avec  de  la 
terre  des  grains  de  sable;  pour  traverser  l'eau,  elles  em- 
ploient comme  pont  un  brin  de  paille  qu'elles  remettent 
si  on  le  déplace.  Sous  les  tropiques,  elles  traversent  les 
rivières  au  moyen  d'un  brin  de  bois. 

Ces  divers  travaux  doivent  être,  chez  les  fourmis, 
facilités  par  la  mémoire.  Elles  se  sont  souvent  trouvées 
en  face  de  difficultés  semblables. 

Si  on  note  que  les  instincts  des  fourmis  sont  extrême- 
ment variés  suivant  les  races,  à  l'inverse  des  autres  ani- 
maux qui  ont  tous  le  même  instinct  dans  la  même  es- 
pèce, on  est  forcé  d'admettre  un  instinct  très  modifiable 
par  l'intelligence. 

Parmi  les  fourmis,  les  unes  sont  esclavagistes;  d'au- 
tres élèvent  les  pucerons  et  d'autres  insectes  peu  connus, 
parfois  dans  leurs  galeries  même  (pucerons  des  racines). 
Certaines  récoltent  les  grains,  les  empêchant  de  germer 
jusqu'à  ce  qu'elles  en  usent. 

D'autres,  au  Mexique,  cultivent  ces  graines.  Enfin,  on 
a  même  cité  des  fourmis  champignonnistes  (1). 


(1)  Ces  fourmis  réduisent  en  fragments  microscopiques  les 
feuilles  qu'elles  apportent  à  leur  nid,  puis  elles  les  pétrissent, 
en  forment  des  boulettes  et  les  entassent  à  côté  les  unes  des 


Si  on  les  compare  aux  abeilles  qui  toutes  construisent 
leurs  ruches  de  même  façon  et  toutes  ont  mêmes 
mœurs,  on  verra  dans  les  fourmis  une  grande  plasticité 
de  l'intelligence.  Au  début,  en  effet,  ces  actes  ont  été 
intelligents,  avant  de  se  fixer  par  répétition  et  hérédité. 

Mais  il  ne  faut  pas  croire  que  cette  intelligence  a 
consisté  en  un  raisonnement  théorique  ayant  abouti 
d'emblée  au  résultat. 

L'acte  utile  ne  s'est  fixé  que  par  une  longue  suite 
d'expériences  collectives,  l'acte  couronné  de  succès  fut 
immédiatement  imité  par  tous. 

Le  nombre  des  individus  dans  une  société  facilite  en 
effet  le  progrès.  Chaque  individu  pris  isolément  est  peu 
intelligent.  Mais  mettez  la  collectivité  aux  prises  avec 
une  difficulté,  chacun  apportera  une  solution  et,  parmi 
toutes,  il  y  a  des  chances  qu'une  soit  juste  et  réussisse. 
Le  succès  fera  adopter  l'acte  et  le  fera  répéter  par 
tous. 

Ainsi,  quand  les  fourmis  bâtissent  leur  nid,  chacune 
travaille  isolément,  puis  elles  finissent  par  se  ranger  à 
l'opinion  de  celle  dont  le  plan  est  le  meilleur. 

Forel.  en  montrant  la  stupidité  de  chaque  fourmi, 
prise  isolément,  prouve  que  la  mémoire  et  l'imitation 
peuvent  faire  profiter  la  société  de  la  faculté  plastique 
d'adaptation  individuelle  pourtant  très  restreinte  chez 
chaque  sujet. 

Les  tentatives  répétées  en  sens  variés  (1)  par  tous  les 
membres  de  la  société  expliquent  le  succès  final  que 
l'imitation  et  la  mémoire  tendent,  à  la  prochaine  occa- 
sion semblable,  à  transformer  en  acte  automobile. 

Les  mêmes  observations  peuvent  se  faire  chez  des 
animaux  d'ordre  plus  élevé,  chez  les  mammifères,  par 
exemple  chez  les  castors. 

Ils  savent  varier  la  direction  de  leurs  digues  suivant  la 
force  du  courant  :  si  ce  dernier  est  paresseux,  la  digue 
s'élèvera  presque  en  ligne  droite  ;  si  le  courant  est  ra- 
pide, ils  fortifieront  la  digue  en  lui  donnant  la  forme 
courbe.  Une  longue  expérience  seule  a  pu  leur  ensei- 
gner l'art  de  l'ingénieur,  chaque  progrès  étant  acquis 
par  l'imitation,  la  répétition  et  l'hérédité. 

Chez  les  animaux  domestiques,  il  faut  se  méfier  que 

les  actes  dits  intelligents  soient  simplement  des  actes 

imités. 
Romanes     regarde     comme    intelligente    la    faculté 


autres.  Le  champignon  se  développe  souvent  en  moins  de 
24  heures  dans  ces  boulettes.  On  ne  voit  pas  comment  se  fait 
l'ensemencement  des  boulettes.  Il  peut  se  produire  par  des 
spores  préexistants  sur  la  feuille,  mais  il  est  bien  invraisem- 
blable que  tous  les  fragments  de  feuille  apportés  au  nid  pos- 
sèdent des  spores  do  champignon.  Il  est  probable  que  la 
fourmi  sème  le  champignon  comme  on  sème  le  champignon  de 
couche. 

Mais  l'ensemencement  fortuit  doit  se  faire  aussi,  car  on  sait 
que  le  blanc  de  champignon  devient  stérile  au  bout  d'un  cer- 
tain temps.  Enfin  on  ne  voit  jamais  de  moisissures  parasites 
ni  de  bactéries.  A  ce  point  de  vue  les  fourmis  sont  supérieures 
à  l'homme  qui  ne  sait  pas  éviter  ces  fléaux  pour  ses  cultures. 
Quand  on  détruit  le  nid,  les  fourmis  s'empressent  de  sauver 
ces  champignons. 

Le  champignon  reste  stérile  tant  que  les  fourmis  en  vivent. 
Mais  si  on  éloigne  les  insectes,  il  fructifie,  et  en  faisant  germer 
les  spores,  on  reproduit  le  mets  des  fourmis. 

Chaque  espèce  de  fourmi  cultive  une  espèce  différente  de 
champignon  et  refuse  les  autres  espèces.  (Amérique  centrale, 
d'après  Millier.) 

(t)  Il  ne  faut  pas  regarder  le  raisonnement  comme  la  faculté 
d'adopter  en  telle  ou  telle  circonstance  la  conduite  la  meilleure 


LE     NATURALISTE 


239 


(|u'ont  les  chinns  de  communi(iuor  soit  par  gestes,  soit 
en  aboyant  sur  un  certain  ton  (1  ),  mais  n'ont-ils  pu  l'ap- 
prendre par  les  autres  animaux,  ou  mémo  par  l'homme. 

On  regarde  comme  intelligent  d«  la  part  d'un  animal 
domestique  seulement  l'acte  spontané,  nouveau,  qu'il 
n'a  jamais  vu  accomi)lir.  Ainsi,  l'histoire,  rapportée  par 
Romanes,  de  ce  chien  à  qui  on  donnait  chaque  matin  du 
lait  de  chèvre  trait  devant  lui  :  comme  on  roul>liait  une 
fois,  il  entra  dans  le  caliinetoù  se  trouvait  la  tasse  dont 
on  se  servait  pour  traire  la  chèvre,  la  prit  entre  ses  dents 
et  vint  la  déposer  aux  pieds  de  sa  maîtresse,  et  cela 
sans  qu'on  lui  eût  jamais  appris  à  porter  la  moindre  des 
choses. 

Ou  encore  cette  histoire  de  Livingstone  :  un  chien, 
suivant  la  piste  do  son  maître,  arriva  à  l'embranchement 
de  trois  routes,  en  flaira  d'abord  deux  et,  n'y  trouvant 
pas  trace  de  piste,  partit  au  galop  le  long  de  la  troisième 
sans  avoir  recours  à  son  nez.  Il  était  donc  sûr,  puisque 
la  piste  n'était  ni  en  A  ni  en  B,  qu'elle  était  en  C. 

De  pareils  faits  sont  très  nombreux,  non  seulement 
chez  le  chien,  mais  encore  chez  le  chat,  le  singe...  Mais 
trop  souvent  les  observateurs  négligent  de  s'assurer  que 
ces  actes  intelligents  ne  sont  point  l'imitation  ou  la  répé- 
tition d'un  acte  ([u'ils  auraient  déjà  vu  accomplir  par 
d'autres  animaux.  11  convient  de  se  mettre  en  garde 
contre  cette  cause  d'erreur. 

Félix  Regnauut. 


LA  DISTANCE  DES  ÉTOILES 


A  part  une  trentaine  d'étoiles,  dont  on  connaît  à  peu 
près  la  distance,  on  peut  dire  que  toutes  les  étoiles  sont 
à  une  distance  incalculable,  malgré  la  perfection  des 
instruments  gradués  et  l'habileté  extrême  des  astro- 
nomes. On  se  fera  une  idée  de  leur  prodigieux  éloigne- 
ment,  en  songeant  qu'une  étoile,  au  sommet  d'un 
triangle  dont  la  base  a  près  de  80  millions  de  lieues, 
forme  un  angle  si  petit  à  la  jonction  des  2  lignes  menées 
de  cette  étoile  aux  deux  extrémités  de  cette  base,  que 
cet  angle  est  généralement  inférieur  à  1  centième  de 
seconde.  Même  pour  l'étoile  la  plus  rapprochée  de  nous, 
cet  angle  est  inférieur  à  t  seconde  !  Or  les  erreurs  d'ob- 
servation peuvent  s'élever  dans  certains  cas  à  plusieurs 
secondes,  sous  l'influence  d'une  foule  de  causes  :  mou- 
vements impercei)tibles  des  instruments,  courbure  des 
tubes  par  l'usage,  influences  de  la  température,  de  la 
nutation,  de  l'aberration,  de  la  précession,  et  du  mouve- 
ment propre  de  l'étoile  elle-même  dans  l'espace.  Car  les 
étoiles  ne  sont  pas  fixes,  comme  on  le  croyait.  Les  étoiles 
sont  si  loin  de  nous  qu'elles  se  meuvent  dans  l'espace 
avec  des  vitesses  de  30  à  40  kilomètres  par  seconde,  plus 
ou  moins,  sans  paraître  changer  sensiblement  de  place 
au  bout  de  plusieurs  siècles  !  Bien  que  la  lumière  par- 
coure 75,000  lieues  par  seconde,  on  peut  dire  que  la 
plupart  des  étoiles  mettent  plus  de  70  ans  à  nous  envoyer 


ou  jugée  telle.  Il  consiste  plutôt  i  varier  ses  actes  jusqu'à  ce 
qu'on  aboutisse  à  commettre  l'acte  le  meilleur. 

Cette  faculté  de  moaifier  ses  actes  différencie  l'acte  rai- 
scnné  de  l'instinctif  qui  reste  toujours  le  même. 

(1)  Romanes.  Intelligence  des  animaux.  Bibliot.  scientif. 
internat. 


leur  lumière.  Si  toutes  les  étoiles  disparaissaient  du  ciel, 
le  jour  de  la  naissance  d'un  enfant,  celui-ci  pourrait 
mourir  de  vieillesse  sans  voir  pour  ainsi  dire  moins 
d'étoiles  à  la  fin  de  ses  jours  que  dans  son  jeune  âge. 
Une  trentaine  seulement  se  seraient  éclipsées  tour  à 
à  tour.  En  effet  la  lumière  qu'elles  auraient  émise  avant 
de  disparaître  continuerait  encore  à  voyager  dans  l'es- 
pace, pendant  plus  ou  moins  de  siècles  encore  après 
leur  extinction. 

Les  2  étoiles  les  plus  rapprochées  de  nous  sont  deux 
étoiles  de  première  grandeur,  qui  brillent  dans  le  ciel 
austral  :  Alpha  et  Bcta,  de  la  constellation  du  Centaure, 
à  côté  do  la  Cro'.x  du  Sud.  Ces  2  étoiles  sont  à  8.000  et 
à  15.000  milliards  de  lieues  de  nous!  Et  ce  sont  les  plus 
voisines  !  Il  est  curieux  de  voir  qu'il  y  a  8.000  milliards 
de  lieues  entre  ces  deux  étoiles,  comme  entre  Alpha  et 
notre  Soleil;  mais  on  ne  peut  pas  dire  que  ce  soit  là  la 
distance  moyenne  entre  les  étoiles.  Pour  que  ce  fût 
exact,  il  faudrait  qu'il  y  eût  une  quinzaine  d'étoiles  dans 
la  sphère  de  l'espace,  dont  le  Soleil  est  le  centre,  et  dont 
le  rayon  est  de  10.000  milliards  de  lieues  tout  au  plus. 
Or  les  15  étoiles  les  plus  rapprochées  de  nous  sont  com- 
prises dans  une  sphère  de  40.000  milliards  de  lieues  de 
rayon  autour  du  Soleil.  Il  est  probable  par  conséquent  que 
c'est  là  approximativement  la  distance  moyenne  des 
étoiles,  les  un^s  par  rapport  aux  autres.  On  connaît  trop 
peu  de  distances  d'étoiles  pour  être  bien  fixé  à  ce  sujet. 
Ainsi  la  seconde  zone  comprise  entre  40  et  80  mille  mil- 
liards de  lieues  ne  compte  encore  qu'une  quinzaine 
d'étoiles,  alors  qu'elle  devrait  en  contenir  une  centaine 
au  moins.  Il  est  très  possible  que  ce  nombre  s'y  trouve, 
mais  on  ne  le  connaît  pas  encore. 

Il  est  utile  de  faire  remarquer  que  plusieurs  de  ces 
étoiles  sont  doubles,  c'est-à-dire  formées  de  2  soleils, 
dont  on  connaît  la  distance  entre  eux.  Dans  chacun  de 
ces  systèmes  doubles,  la  plus  petite  étoile  semble  tourner 
autour  de  la  plus  grosse.  La  vérité  est  qu'elles  tournent 
toutes  les  deux,  autour  de  leur  centre  commun  de  gra- 
vité, en  décrivant  une  ellipse  presque  circulaire.  Ainsi 
Alpha  du  Centaure  est  formé  de  2  étoiles  de  première  et 
de  deuxième  grandeur.  Le  second  est  éloigné  du  pre- 
mier de  723  millions  de  lieues  seulement,  soit  19  fois  la 
distance  de  la  Terre  au  Soleil.  Cette  opération  s'opère  en 
80  ans.  C'est  à  peu  près  le  temps  que  met  Uranus  à 
tourner  autour  du  Soleil,  dont  il  est  un  peu  moins 
éloigné.  On  en  a  conclu  que  le  plus  gros  des  2  soleils 
d'Alpha  du  Centaure  est  un  peu  plus  volumineux  que  le 
nôtre  et  qu'il  est  2  fois  plus  éclatant,  Si  notre  soleil  était 
projeté  à  cette  distance,  il  ne  brillerait  que  comme  une 
étoile  de  seconde  grandeur.  Il  serait  tout  à  fait  analogue 
au  petit  soleil  qui  tourne  autour  du  grand,  dans  le  couple 
Alpha  du  Centaure,  et  dont  la  teinte  est  d'un  jaune  un 
peu  orangé.  Il  ne  faut  pas  oublier  en  effet  que  la  chro- 
mosphère de  notre  soleil  est  rose;  de  sorte  que,  si  l'éclat 
de  sa  photosphère  était  atténué  par  la  distance,  ce  serait 
alors  une  étoile  rougoàtre  ou  orangée.  Le  second  soleil 
d'Alpha  du  Centaure  nous  donne  ainsi  une  idée  de  ce  que 
serait  notre  brillant  soleil,  s'il  était  projeté  à  cette  dis- 
tance :  une  étoile  rougeâtre  de  seconde  grandeur.  La 
lumière  d'Alpha  du  Centaure  met  3  ans  et  demi  pour 
arriver  jusqu'à  nous. 

Ce  qui  a  appelé  sur  cette  étoile  l'attention  des  astro- 
nomes, c'est  non  seulement  son  éclat,  mais  surtout  la 
rapidité  avec  laquelle  elle  paraît  se  déplacer  dans  le  ciel. 
Ce  déplacement  apparent  était  un  indice  très  probabla 


240 


LE     NATURALISTE 


en  faveur  de  son  rapprochement  relatif.  Car  il  est  bien 
clair  que,  parmi  tous  les  astres,  ceux  qui  se  déplacent  le 
plus  à  nos  regards  doivent  être  moins  éloignés  que  ceux 
qui  ne  paraissent  pas  se  déplacer  beaucoup,  toutes  choses 
égales  d'ailleurs.  De  même  une  étoile  brillante  a  plus  de 
chance  qu'une  étoile  imperceptible  d'être  relativement 
rapprochée  de  nous.  Or  Alpha  du  Centaure  se  déplace  de 
1  degré  en  8  siècles,  sur  la  voûte  céleste. 

Dans  12.000  ans,  elle  fera  partie  de  la  Croi.\  du  Sud  ;  à 
la  fin,  elle  finira  par  être  visible  à  l'horizon  de  Paris. 
Cela  nous  montre  qu'avec  le  temps  l'aspect  du  ciel  et  de 
ses  constellations  sera  absolument  changé  ;  car  les  étoiles 
d'une  même  constellation  ne  vont  pas  toutes  dans  la  même 
direction  ;  les  unes  se  déplacent  dans  un  sens,  et  les 
autres  dans  un  autre  sens;  et  puis  elles  ne  se  déplacent 
pas  toutes  avec  la  même  vitesse.  Bref  les  constellations 
se  disloquent  avec  les  siècles.  Le  ciel  que  nous  voyons 
aujourd'hui  n'est  pas  le  même  que  celui  qui  existait  au 
moment  où  notre  Terre  a  été  créée. 

L'étoile  polaire  est  aussi  une  des  étoiles,  dont  on  a  pu 
mesurer  la  distance.  Elle  est  à  86.000  milliards  de  lieues 
de  nous.  Sa  lumière  nous  arrive  en  36  ans  et  demi. 


ACADÉMfE  DES  SCIENCES 


Di-  BouGox. 


LIVRE    NOUVEAU 


Flore  de  Franes  on  descriplinn  des  plantes  qui 
eroissent  spontanément  en  Franec,  en  Corse,  et 
en  AIsaee-Lorraîne.  par  G.  Roly  et  J.  Foucaud. 

Le  Tome  IV  de  la  Flore  de  Fiance,  par  G.  Rocv,  vient  de 
paraître.  Il  comporte  : 

Di-oséracées;  Monotropacées  [et  Firolacées);  Malvacées  \et 
TiLiacies);  Linées;  Géraniacées  [et  Balsamine'es,  Oxalidées, 
Coriariées) ;  Zygopht/llées ;  Ruiacées;  Fraxinées  ;  Sapindacées 
{et  Staphylinfes):  Ilicées;  Célastrinées :  Rhamnées;  Simaru- 
bées ;  Anacardiacees ;  Légumineuses  [Genres  Anagyris,  Lupi- 
nus,  Adenocarpus,  Laburtium),  Genisla  [et  Cytisus,  Sarotkam- 
nus,  Argyrolobium,  Sparliiim,  l'iex,  Erinacea,  Calycotome, 
Ononis,  Anlhyllis). 

Nous  reviendrons  prochainement  sur  ce  nouveau  volume 
(prix  6  fr.,  franco  par  poste  6  fr.  45,  chez  les  Fils  D'Emile 
Dejrolle,  46.  rue  du  Bac,   Paris). 

N.-B.  —  Les  volumes  di'ja  parus  de  cette  importante  publi- 
cation, la  plus  considéi-able  qui  ait  été  jusqu'ici  consacrée  à  la 
flore  de  la  France,  publication  indispensable  à  tous  ceux  qui 
veulent  se  tenir  au  courant  des  découvertes  botaniques  faites, 
depuis  18o3,  en  France,  en  Corse  et  en  Alsace-Lorraine,  et 
connaître  entièrement,  jusque  dans  les  sous-variétés,  l'en- 
semble des  variations  d'une  même  espèce,  ainsi  que  sa  biblio- 
graphie, sa  synonymie  complète,  son  habitat  exact  et  son  aire 
géographique,  traitent  les  familles  énumérées  ci-dessus.  De 
nombreuses  observations  d'étude  critique  sont  également 
données,  dans  la  FLORE  DE  FRASCE.  sur  les  espèces  non 
françaises  affnes  de  celles  qui  croissent  dans  nos  régions,  et 
des  tableaux  dichotomiques  conduisent  le  lecteur  à  la  prompte 
détermination  de  l'espèce,  de  la  sous-espèce,  de  la  forme  ou  de 
la  variété  qu'il  a  à  étudier. 

Chaque  année  paraît  régulièrement  un  volume  de  la  FLORE 
DE  FRASCE. 

Tome  I,  189i.  —  Préface:  Tableaux  préliminaires:  Ordres 
des  Renonculacées,  Berbéridées,  Nymphéacées,  Papavéracées, 
Hypécoées,Fumariacées,  Crucifères  [Arabidées),  1  vol.  gr.  in-8°, 
332  pages.  Prix  ;  6  francs,  franco  6  fr.  50. 

Tome  II,  1895.  —  Ordres  des  Crucifères  [suite  et  fin),  Cap- 
paridées.  Résédacées,  Cistinécs,  i  vol.  gr.  in-S».  360  pages. 
Prix  :  6  francs,  franco  6  fr.  55. 

Tome  III,  1896.  —  Ordres  des  Violariées,  Polygalacées, 
Frankéniacèes,  Caryophyllées,  Portulacées,  Tamariscinées, 
Elatinées,  Hypéricinées,  1  vol.  gr.  in-8»,  382  pages.  Prix  :  6  fr., 
franco  6  fr.  55. 


Comme  chaque  année  à  pareille  époque  la  période  des  va- 
cances est  marquée  par  une  sorte  de  repos  ou  de  relâchement 
dans  le  travail  intellectuel  et  scientifique  du  pays  ;  les  commu- 
nications faites  à  l'Académie  des  sciences  se  ressentent  de 
cet  état  de  choses  et  c'est  à  peine  si  dans  une  période  de  plus 
de  deux  mois  on  trouve  l'équivalent  de  la  somme  des  mémoires 
et  communications  présentés,  quelquefois  en  temps  ordinaire, 
dans  une  seule  séance. 

Les  pédipalpes  forment  un  groupe  d'Arachnides  intéres- 
sants et  très  peu  étudiés:  aussi  est-ce  une  bonne  fortune  que 
Mlle  Sophie  Pereyaslawzeua  (1),  si  connue  par  ses  travaux 
d'embryologie,  ait  pu  étudier  les  premiers  stades  du  dévelop- 
pement des  Phrynes  et  signaler  en  même  temps  les  carac- 
tères les  plus  frappants  que  présentent  les  derniers  stades 
des  animaux  du  même  groupe. 

Jusqu'à  présent  on  n'avait  encore  jamais  signalé  la  pré- 
sence d'acariens  dans  les  liquides  et  surtout  les  liquides 
alcooliques.  Depuis  quelques  semaines  le  commerce  des  vins 
sucrés  du  Midi  s'est  ému  de  la  présence  d'un  acarien  qui 
pullule  non  seulement  dans  les  vins  dits  de  Grenache,  m.ais 
aussi  dans  le  Malaga,  le  Banyuls.  le  Moscatel  et  le  Samos. 

Cet  acarien  n'est,  suivant  M.  E.-L.  Trouissart  (2j,  rien  autre 
chose  que  le  Carpophagus  [Acarus'i  passularutn  (HeringV 
Comme  l'indique  son  nom,  cet  acarien  du  raisin  de  Corinthe 
[Passula  Corintliica  L.)  est  très  commun  dans  les  raisins  secs 
qui  servent  à  faire  des  boissons  de  ménage,  surtout  larsque 
ces  raisins  ont  été  conservés  plusieurs  années  dans  des  locaux 
humides  et  obscurs.  Suivant  M.  E.-L.  Trouéssart,  la  plupart 
des  vins  où  l'on  trouve  le  carpoglyphe  sont  des  vins  de  raisins 
secs  et  l'acarien  passe  directement  des  raisins  secs  dans  le 
liquide  fabriqué  au  moyen  de  ces  raisins.  On  voit  donc  immé- 
diatement quelle  conséquence  peut  avoir  au  point  de  vue 
légal  la  présence  de  l'acarien.  L'acarien  peut  cependant 
envahir  un  vin  naturel  ;  mais  seulement  quand  le  fut  mal 
nettoyé  dans  lequel  on  l'a  mis  a  du  contenir  précédemment 
du  vin  contaminé.  De  là  nécessité  absolue  de  passer  les  ton- 
neaux à  l'eau  bouillante  avant  de  les  remplir. 

Suivant  M.  L.  Mathieu  (3),  d'uilleurs  on  peut  trouver,  dans 
des  vins  authentiques  et  non  sucrés  (Champagne,  Bordeaux, 
Bourgogne,  vin  de  Touraine  et  d'Anjou  ,  diverses  espèces 
d'acariens  et  en  particulier  le  Glyciphagus  cursor  et  le  Tiro- 
glyphus  farinœ  abondants  dans  certaines  caves.  Il  y  a  donc 
lieu  de  distinguer  d'une  manière  précise  la  nature  de  ces 
acariens  et  leur  origine. 

L'anatomic  du  groupe  des  insectes  a  fait  le  sujet  de  deux 
notes,  l'une  de  M.  L.  Bordas  (4)  sur  le  système  nerveux  sym- 
pathiijue  des  orthoptères,  l'autre  de  M.  J.  l'ére:  (5)  sur  une 
forme  nouvelle  de  l'appareil  buccal  des  hyménoptères.  La 
forme  décrite  par  M.  J.  Pérez  consiste  essentiellement  dans 
une  modification  remarquable  de  la  structure  normale  de  la 
langue  des  abeilles  à  langue  courte.  Le  curieux  insecte  qui 
présente  cet  exemple  assez  rare,  d'une  déviaiion  fonction- 
nelle considérable  dans  un  organe  unique  alors  que  le  reste 
de  l'organisme  ne  subit  pas  de  modification  sensible  et  reste 
dans  les  limites  des  différences  spécifiques  ordinaires,  forme 
un  genre  nouveau  Solenopalpa  Fertoni,  espèce  appartenant 
par  tous  les  autres  caractères,  sauf  par  la  bouche,  au  genre 
Andrena.  Les  recherches  de  M.  Armand  'Viré  et  de  M.  le 
Dr  P.  Raymond  dans  les  grottes  des  Cévennes  ont  enrichi  la. 
faune  française  de  deux  genres  nouveaux  d'isopodes,  un  sphé- 
romide  de  grande  taille  et  un  ascUide  vermiforme.  Suivant 
iM.  Adrien  Dollfus  (6  ,  qui  décrit  ces  animaux  sous  les  noms 
de  Sphïeromides  Raymondi  et  .Sienasellus  Virei,  «  cette  étude 
de  la  faune  carcinologique  des  grottes  nous  amène  à  des 
découvertes  bien  suggestives  et  nous  espérons  que  les  hardis 
explorateurs  qui  l'ont  entreprise  feront  faire  de  nouveaux 
progrès  à  notre  connaissance  de  cette  étrange  faune.  » 

(1)  Séance  du  2  et  du  16  août. 

(2)  Séance  du  9  août. 

(3)  Séance  du  23  août. 

(4)  Séance  du  2  août. 
(3)   Séance  du  26  juillet. 
(6)  Séance  du  12  juillet. 


LE     NATURALISTE 


241 


M.  Armand  Viré  (I)  nous  lait  remarquer,  à  propos  des 
organes  des  sens  du  Splum-omides  Raymond!  et  du  Stenasellus 
Virei,  que  l'on  a,  en  même  lcm))S  que  l'uni  disparait,  une  hy- 
pertrophie des  autres  orfranes  des  sens  :  nouvelle  et  remar- 
quable confirmation  de  la  Joi  de  Geoffroy  Saint-Hilaire  sur  le 
balancement  des  organes  et  des  théories  de  Darwin  sur  l'in- 
fluence des  milieux. 

Noir  et  bien  dévelojiiic  chez  l'Asellus  des  ruisseaux,  l'œil 
devient  plus  pâle  chez  celui  dos  conduites  d'eau  souterraines, 
chez  l'Asellus  des  catacombes  il  n'est  plus  représenté  que  par 
des  points  rouges,  enfin  il  n'en  reste  plus  trace  dans  le  Ste- 
nasellus des  cavernes  :  mais  par  contre  les  organes  olfactifs 
qui  chez  l'Asellus  aquaticus  des  ruisseaux  atteignent  à  peu 
prés  la  moitié  de  la  longueur  d'un  des  segments  de  l'antenne, 
s'allongent  chez  le  même  Asellus  vivant  i  l'obscurité  dans  les 
conduites  d'eau  souterraines  de  la  Ville  de  Paris  et  viennent 
à  dépasser  la  longueur  du  segment  dans  les  individus  qui 
habitent  les  fontaines  des  catacombes  de  Paris.  Chez  le  Ste- 
nasellus enfin  l'organe  olfactif  atteint  plus  d'une  fois  et  demie 
cette  longueur. 

Ce  sont  là  deux  séries  bien  nettes  et  bien  caractéristiques. 

La  physiologie  des  crustacés  a  fait  également  le  sujet  d'une 
très  intéressante  noie  de  M.  ('■■  Bohu  (2)  sur  la  respiration  du 
Carcinus  Mœnas  Leach'.  Depuis  les  observations  mémo- 
rables d'Audouin  et  de  Milne  Edwards  sur  le  Maia  et  les  gros 
Crabes  de  nos  eûtes,  on  a  toujours  répété,  avec  ces  auteurs, 
que  l'eau  entre  par  un  point  particulier  situé  en  avant  des 
pattes  antérieures,  parcourt  la  chambre  branchiale  d'arrière 
en  avant,  pour  sortir  en  avant  par  des  orifices  situés  à  la 
limite  antérieure  du  cadre  buccal,  et  que  le  courant  est  iléter- 
miaé  par  le  scaphognalhitc  de  la  mâchoire.  C'est  en  effet  ce 
qui  a  lieu  dans  les  condilions  les  plus  fréquentes  chez  les 
crabes;  mais  dans  certains  cas,  lorsque,  par  exemple,  le  crabe 
vit  sur  un  fond  boueux,  il  est  doué  de  la  faculté  de  renverser 
pour  un  temps  plus  ou  moins  long  le  sens  de  la  circulation  de 
l'eau  dans  la  chambre  branchiale. 

Ce  renversement  de  la  circulation  de  l'eau  dans  la  chambre 
branchiale  existe  chez  beaucoup  d'autres  crustacés  Hyas, 
Maia,  Palémons,  Ecrevisses,  Larves  mégalopes,  etc.  C'est 
donc  un  fait  phylogénétiquemcnt  très  ancien,  et  qui  semble 
se  retrouver  comme  un  souvenir  ancestral  en  s'accentuant 
même  chez  les  formes  fouisseuses. 

En  poursuivant  ses  recherches  sur  les  membres  des  Batra- 
ciens et  des  Sauriens,  .1/.  A.  l'errin  (3)  étudie  les  homologies 
qui  existent  entre  les  os  de  l'épaule  des  deux  groupes  et  l'ap- 
parition dans  la  série  animale  du  muscle  perforé  de    la  main. 

En  botanique, les  notes  ne  sont  pas  nombreuses.  Citons  une 
note  de  M.Boirivant  (i)  sur  le  remplacement  de  la  racine  prin- 
cipale par  une  radicelle  chez  les  Dicotylédones,  fait  assez  fré- 
quent, suivant  l'auteur.  Cette  radicelle  régénère  dans  une 
certaine  mesure  le  système  pivotant  détruit  et  par  sa  structure 
elle  se  rapproche  intimement  de  la  racine  mère. 

M.  Georges  Fron  o'.  étudie  la  racine  des  Succéda  et  des 
Salsola  et  son  asymétrie.  M.  Paul  Grelot  (6)  signale  l'indé- 
pendance de  certains  faisceaux  dans  la  fleur;  les  connexions 
théoriques  des  faisceaux  peuvent  être  totalement  anéanties,  et 
il  arrive  que  par  suite  de  la  forme  spéciale  des  carpelles  et  de 
l'élargissement  considérable  du  réceptacle,  certains  faisceaux 
du  gynécée  n'ont  plus  aucune  relation  soit  entre  eux,  soit 
avec  ceux  des  cycles  inférieurs.  Ils  naissent  et  demeurent 
indépendants.  Les  boragînées  et  les  labiées  nous  en  fournis- 
sent des  exemples. 

D'expériences  de  M.  Boirivant  sur  la  formation  de  tissu  assi- 
milateur  dans  les  tiges  privées  de  feuilles,  on  peut  conclure 
que  (7)  : 

La  suppression  des  feuilles  ou  du  limbe  de  ces  feuilles  pro- 
voque chez  la  plupart  des  plantes  : 

1°  Une  coloration  verte  beaucoup  plus  foncée  des  tiges  ou 
pétioles,  due  à  la  pioduction  d'un  beaucoup  plus  grand  nombre 
de  grains  de  chlorophylles  dans  les  dilïércntes  cellules  de 
leur  tissu  assimilateur  ; 


(11  Séance  du  12  juillet. 

(2)  Séance  du  13  septembre. 

(3)  Séances  du  5  et  12  juillet. 

(4)  Séance  du  12  juillet. 
(3)  Séance  du  9  août. 
(6)  Séance  du  2  août. 
CI)  Séance  du  9  août. 


2"  Une  modification  de  la  forme  des  cellules  de  ce  tissu,  qui 
sont  plus  allongées  dans  le  sens  radial  ;  ^ 

3°  Une  augmentation  du  nombre  des  assises  cellulaires  qui 
contiennent  do  la  chlorophylle,  en  un  mot  si  on  supprime  les 
organes  spécialement  assimilateurs,  grâce  h  une  sorte  de 
balancement  organique,  le  tissu  chlorophyllien  des  tiges  ou 
des  pétioles  se  développe  beaucoup. 

Pour  terminer  l'énumération  des  notes  de  botanique,  il 
nous  reste  encore  à  signaler  une  série  de  notes  de  M.  E.  Roze 
sur  le  rôle  que  joue  le  Pseudocommis  Vitis  (Debray),  dans  les 
deux  maladies  de  la  vigne  l'Anthracnose  et  l'Oidium  (1)  et 
sur  son  parasitisme  dans  la  tige  et  les  feuilles  de  l'Elodea 
Canadensis  aussi  bien  que  dans  les  plantes  marines. 

En  géologie  et  en  paléontologie,  une  très  intéressante  note 
de  M.  A.  Vaffier  (2)  sur  le  terrain  carbonifère  des  environs 
de  Mâcon,  et  deux  notes  l'une  de  M.  W.  Kilian  (3)  sur  un 
gisement  de  syénito  dans  le  massif  du  Mont-Genèvro  i  Hautes- 
Alpes),  l'autre  de  M.  i.  de  Latitnti/  (1),  sur  les  roches  diaman- 
tifères du  Cap  et  leurs  variations  en  profondeur,  complètent 
la  liste  des  communications  faites  à  l'Académie  durant  ces 
dernières  vacances. 

A.-E.  Malard. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


Cours  municipal  de  inscicullure .  — •  M.  Jousset  de  Bel- 
lesme,  Directeur  de  l'Aquarium  de  la  Ville  de  Paris, 
commencera  ce  cours  le  lundi  18octol)re  à  cinq  heures, 
à  la  Mairie  du  I"''  arrondissement  (Saint-Germain- 
l'Auxerrois),  et  le  continuera  les  lundi,  mercredi,  ven- 
dredi à  la  même  heure.  Objet  du  cours  :  Poissons  d'eau 
douce  de  la  France;  IMœurs,  instincts,  fonctions,  hy- 
giène et  maladies  ;  Reproduction  et  culture  du  poisson  ; 
Procédés  pratiques  de  pisciculture;  Fécondation  artifi- 
cielle ;  Appareils  ;  Repeuplement  des  cours  d'eau  et 
étangs;  Pêche  fluviale  ;  Législation;  Usages  alimentaires 
et  industriels;  Approvisionnement  du  marché  de  Paris. 

—  Paul  Noël,  directeur  du  laboratoire  régional  d'ento- 
mologie agricole  de  la  Seine-Inférieure  à  Rouen,  désire- 
rait échanger  une  collection  d'omfs  des  oiseaux  de  Nor- 
mandie, 2.500  spécimens  environ   très  bien    déterminés. 

—  A  céder  les  lots  etcollections  de  Coléoptères  ci-après 
désignés.  S'adresser  à  «  Les  Fils  D'Emile  Deyrolîe  », 
40,  rue  du  Bac,  Paris. 

Collection   de    Dytiseides    et  Gyi'inides, 

192  espèces,  792  exemplaires,  a  cartons.  Prix:  30  fr. 

Collection  de  Stapiiyiinides  europ.  et  exoti- 
ques. I0G8  espèces.  2284  exempl.,  34  cartons.  lO  tyiies 
de  «olier.  Prix':  250  fr. 

Collection  de  8tai»l«jlinides  europ.  et  exoti- 
ques, 780  espèces,  10  cartons.  Prix  :  80  fr. 

L,ot  de  Stapliylinides,  Ci*y|>loplis>g;ides 
Liatliridlides,  i%nisotoniides,Seydniéiiîdes, 
Cissides,  etc.  Environ  400  espèces,  1200  exempl., 
12  cartons.  Prix  :  tO  fr. 

Collection  de  Leptodérides,  IWécropho- 
i-ides,  Mipliildes  europ.  et  exotiques.  96  espèces. 
778  exempl.,  4  boites.  Nombreuses  variétés  et  exem- 
plaires de  provenances  diverses.  Prix  :  70  fr. 

Collection  de  Liucanides  et  Lamelli- 
coi'nes  de  France,  U5  espèces,  400  exempl.,  3  car- 
tons. Prix  :  35  fr. 


(1)  Séance  du  20  septembre,  du  9  août  et  du  30  août. 

(2)  Séance  du  20  juillet. 

(3)  Séance  du  5  juillet. 

(4)  Séance  du  2  août. 


5A? 


LE     NATURALISTE 


Ivot  de  Glaphjrides  europ.  et  exot.  44  espèces 
et  variétés,  65  exemplaires,  1  carton.  Prix  :  12  fr. 

l-iot  (leCtirculionides.ni  espèces,  37Sexeinpl., 
2  cartons.  Prix  :  30  fr. 

K^otde  Ctii-milionidcs,  171  espèces,  375exempL, 
2  cartons.  Prix  :  i[>  l'r. 

Lot  de  Chrj'somé'lides  europ.  et  exotiques, 
2.308  espèces,  2.873  exempl.,  58  cartons.  Un  bon 
nombres  d'espèces  africaines  sont  typiques  et  ont  servi 
à  Vogel  pour  faire  sa  monograjihie.  Prix  :  450  fr. 

liOtd'Hîspîdes, exotiques,  60  espèces,  6b  exempl. 
i  carton.  Prix  :  lo  fr. 

Collection  de  Coceînellîdes,  110  espèces, 
329  exempl.,  2  cartons  doubles.  Prix  :  28  fr. 

Collection  de  Coceînellîdes»,  47  espèces, 
5S9  exempl. ,2  cartons.  Prix  :  30  fr. 

LiOt  de  Scj,rninus  à  l..itophllus  inclus, 
47  espèces,  332  exempl.,  1  carton.  Prix  :  20  fr. 

Collection  de  Curculîonides  et  Xj'lo- 
pliages,  880  espèces,  3.416  exempl.,  27  cartons. 
Prix  :  17d  fr. 

Lot  de  Curcullonîdes,  95  espèces,  383  exempl., 
4  carions.  Prix  30  fr. 

Lot  de  Coccinellides  européens  et  exotiques. 
78  espèces,  246  exempl.,  1  boite.  Prix  :  20  fr. 

Lot  de  Dytiscîdee,  Gyrinîdes  europ.  et 
exotiques,  78  espèces,  246  exempl.,  1  boite.  Prix  :20fr. 

Collection  de  Scolytide»,  83  espèces,  674 
exempl  ,  3  boites.  Prix  :  40  fr. 

Beanx^  exemplaires  de  Polyphylla  Ra- 
gnsse  <f.  l  fr.  pièce. 

Lot  de  Coléoptères  de  Madagascar,  49  es- 
pèces, 101  exempl.,  I  carton.  Prix  :  2u  fr. 

Lot  de  Coléoptères  delUadagascar,  62  es- 
pèces, 120  exempl.,  1  boite.  Prix  :  25  fr. 

Lot  de  Coléoptères  de  France,  400  espèces, 
1  boite.  Prix  :  40  fr. 

Lot  de  Coléoptères  de  France,  300  espèces, 
1  boite.  Prix  :  28  fr. 

S'adresser  pour  les  lots  et  collections  ci-dessus  à  «  Les 
Fils  D'Hjmile  Deyrolle  »,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 

—  A  vendre  les  lots  ci-après  de  Coquilles  et  Fossiles 
(même  adresse  que  ci-dessus). 

Un  lot  de  Coquilles  marines  et  terrestres  de  Mau- 
rice environ  128  espèces  et  277  exemplaires.  —  60  fr. 

Un  lot  de  Coquilles  de  Cuba  (terrestres)  compre- 
nantue  nombreuses  Hélix,  Stropbia,Ciioanopama,  Chon- 
dropoma,  Helicina,  48  espèces,  65  exemplaires.  —  55  fr. 

Une  collection  de  Fossile*  du  dévonien  du  Pas- 
de-Calais,  25  espèces.  38  exemplaires.  —  20  fr. 

Une  collection  Bulimus  de  IVouvelle-Calédo- 

nle  12  espèces,  la  exemplaires,  parmi  lesquelles  Bulimus 
Mariei. —  12  fr. 

—  Lot  de  plantes  des  A.lpes  comprenant  128  es- 
pèces différentes  et  plus  de  200  exemplairesparfaitement 
déterminés  avec  l'altitude  et  le  lieu  de  la  récolte  (ces 
plants  ne  sont  pas  collés),  prix  25  francs  (même  adresse 
que  ci-dessus). 

— 'M.  Tardenois  (Louis),  14,  quai  Choiseul,  à  Nancy 
(M.-et-M.),  offre  en  échange  ;  Petite  collection  d'œufs 
classée  en  cuvettes  de  carton,  95  sujets,  4i  espèces  dont 
plusieurs  assez  rares.  Lot  de  coléoptères  de  France, 
226  sujets,  90  à  100  espèces,  plus  17  sujets  exotiques  en 
7  espèces.  Lot  de  Lépidoptères  de  France,  30  sujets, 
22  espèces  parmi  lesquelles  Sésie  apiformis,  Apatura  Iris, 
apatura  Ilia,  Saturnia  Pavonia,  Aglia  Tau,  làmenitis 
Populi,  etc 


L'ÉLEYA&E    DE  L' AUTRUCHE 


Je  souhaite  que  notre  animal,  quoique  iii]iède,  obtienne 
quelques  bribes  de  la  munificence  officielle  ;  en  peu  d'an- 
nées, l'erreur  de  l'omission  de  l'Autruche  au  nombre  des 
animaux  utiles  de  l'Algérie  pourrait  être  réparée.  N'ou- 
blions pas  l'exemple  suggestif  de  Douglass,  éleveur  au 
Cap  de  Bonne-Espérance,  d'ailleurs  le  tableau  des  nais- 
sances du  Jardin  d'essai  d'Alger  que  nos  lecteurs  con- 
naissent par  sa  publication  dans  le  Naturaliste  est  émi- 
nemment suggestif.  L'erreur  et  la  négligence  de  l'im- 
portance de  l'Autruche  en  territoire  africain  français 
n'ont  plus  besoin  d'autres  démonstrations,  il  me  parait 

que  le  terme  de  cette  situation  fâcheuse  est  proche 

j'en  ai  le  vague  pressentiment. 

La  région  désertique,  particulièrement  convenable  à 
l'élevage  de  l'Autruche,  doit-elle  de  préférence  être  ré- 
servée à  la  colonisation  culturale  européenne'? 

Une  déclaration  contraire  très  catégorique  de  M.Louis 
Vignon  est  ainsi  conçue  :  «  Pour  le  Sahara,  il  restera 
a  toujours  inhabitable  aux  Européens;  mais  ceux  qui 
«  auront  des  capitaux  y  développeront  de  riches  cul- 
«  tures,  dont  le  soin  sera  laissé  aux  Européens.  »  Et, 
pour  mieux  préciser,  il  insiste  dans  son  chapitre  trai- 
tant des  difficultés  que  rencontre  la  colonisation;  il  nous 
dit  :  «  La  terre  d'Alger,  marquée  en  tant  que  colonie  de 
(I  peuplement  d'un  vice  originel,  —  l'occupation  du  sol', 
«  —  est  une  colonie  mixte  de  peuplement,  parce  que  la 
('  région  du  Tell,  salubre,  fertile,  insuffisamment  cul- 
n  tivée  par  les  indigènes,  peut  recevoir  plusieurs  mil- 
0  lions  de  cultivateurs  eurojiéens  :  c'est  une  colonie 
«  d'exploitation,  d'abord  parce  que,  dans  l'ensemble  du 
ic  pays,  les  indigènes  sont  les  auxiliaires  indispensables 
((  des  Européens,  ensuite  parce  que,  dans  la  majeure 
«  partie  du  Haut-Plateau  et  dans  le  Sahara  entier,  les 
«  conditions  climatériques  ne  permettront  jamais  l'éta- 
«  blissement  d'une  nombreuse  population  française;  là, 
K  un  petit  nombre  de  colons  constituera  toujours  l'élé- 
«  ment  directeur  ou  «  exploitant  »  des  tribus  afri- 
n  caines  ". 

On  sait  ce  qu'était  l'Algérie,  quand  nous  y  avons  dé- 
barqué en  1830  ;  il  ne  restait  des  travaux  exécutés 
autrefois  par  les  Romains  que  quelques  débris  épars; 
plus  de  routes,  plus  de  ponts,  à  peine  quelques  villes, 
séparées  les  unes  des  autres  par  d'immenses  solitudes 
parcourues  par  les  nomades  ;  non  seulement  l'incurie, 
la  barbarie  des  Arabes  n'avaient  rien  conservé  des  tra- 
vaux de  l'antiquité;  elles  avaient,  en  outre,  profondé- 
ment modifié  les  conditions  de  fertilité  du  sol  par  un 
déboisement  presque  général. 

Le  jilus  pressant  besoin  d'un  pays  situé  au-dessous  du 
trente-septième  jiarallèle  est  l'humidité  :  or,  la  pluie  est 
devenue  d'autant  plus  rare  que  le  pays  s'est  dénudé,  et 
des  contrées,  autrefois  très  peuplées,  sont  devenues  dé- 
sertes, par  suite  de  l'impossibilité  d'y  vivre,  une  séche- 
resse absolue  y  interdisant  toute  culture. 

Sans  doute,  les  Nomades,  dont  les  troupeaux  dévasta- 
teurs ont  fait  du  grenier  de  Rome  un  ])ays  incapable  de 
les  nourrir, s'enfonceront  dans  les  solitudes  sahariennes; 
il  n'y  aura  plus  de  place  pour  eux  en  Algérie,  et  ils  subi- 
ront les  atteintes  d'une  loi  fatale  aussi  ancienne  que 
l'humanité  :  de  tout  temps,  le  laboureur  a  fini  par  sup- 
planter le  pasteur,  et,  bien  que  le  cultivateur  Caîn,  en 
tuant  le  berger  Abel,  se  soit  acquis  une  mauvaise  repu- 


LE     NATURALISTE 


243 


lution,  il  n'a  fait  qu'obéir  aux  lois  cruelles  de  la  lutte 
puur  re.vistencc  ([ui  gouvernent  le  monde. 

Le  désert  saharien  oflre  trois  niveaux  principaux  : 

D'abord,  des  ]ilateaux  s'éleviint  de  10  mètres  environ 
au-dessus  dw  nivciiu  iriuyeu.  I,eur  surface  est  un  mé- 
lange de  cailloux  mêlés  de  sable  tin.  Plaines  brûlées, 
arides,  absolument  sans  eau  et  sans  végétation,  leur 
imdile,  leur  solitude  et  leur  aspect  désolé  effrayent 
celui  qui  les  pénètre.  Tels  sont  les  lieux  de  couvée  au- 
trefois fréquentés  par  les  Autruches. 

Le  deuxième  niveau  comprend  les  plaines  sablon- 
neuses, la  région  des  dunes.  C'est  là  qu'on  trouve  l'eau 
sous-jacente  ;  c'est  là  que  sont  les  oasis,  et  ces  espaces, 
(luoique  souvent  décrits  comme  désolés,  sont  bien  loin 
d'être  aussi  dénudés  et  sans  vie  que  les  haniada.  C'est 
dans  ces  régions  i|ue  l'Autruclu.'  trouve  sa  subsis- 
tance. 

Comme  troisième  et  dernier  niveau  inférieur,  il  y  a 
les  chotts  (lacs)  ou  aehkha,  bas-fonds  couverts  d'eau 
l'hiver,  mais  ne  représentant  l'été  que  des  plaines  sans 
fin,  mélange  de  sel  et  d'un  limon  argileux  parfaitement 
plat  et  sans  aucun  caillou.  Là  aussi,  toute  vie  disparait 
et  n'olTre  aucune  ressource  alimentaire  aux  animaux 
sauvages,  excepté  toutefois  les  efflorescences  salifères 
qu'ils-recherchent  avec  avidité. 

En  général,  le  Sahara  n'est  pas  malsain;  l'air  circule 
et  s'y  renouvelle  librement.  Toutefois,  il  en  est  autre- 
ment des  ouadis,  des  dépressions,  des  oasis,  de  toutes 
les  parties  relativement  fertiles  ;  la  stagnation  des  eaux 
y  engendre  les  fièvres  et  les  maladies  habituelles,  aussi 
bien  i)uur  les  hommes  (|ue  pour  les  animaux  domes- 
tiques. Un  témoignage  fourni  par  un  homme  qui  con- 
naît l'Algérie,  non  comme  touriste,  mais  pour  y  avoir 
vécu^  M.  Maurice  Wahl,  dans  son  livre  l'Algérie,  cha- 
pitre «  le  Sahara»,  conclut  ainsi  :  «  La  vie  rurale,  telle 
que  l'impose  la  nature  du  pays,  n'est  pas  possible  pour 
des  hommes  nés  au  nord  de  la  Méditerranée.  Des  indi- 
vidus ou  des  familles  font  impunément  un  séjour  limité 
sur  la  lisière  du  Sahara  ;  mais  parler  d'introduire  une 
population  européenne  dans  l'intérieur  du  pays,  vouloir 
l'y  fixer,  l'y  acclimater,  c'est  une  pure  utoijie.  «  Ces 
témoignages  importants  établissent  que  le  système  et 
les  règlements  de  colonisation  du  Tell  ne  sont  pas  éga- 
lement apphcables  au  Sahara;  les  conditions  de  l'agri- 
culture dans  ces  deux  régions  sont  absolument  diffé- 
rentes, en  raison  du  climat,  du  sol  et  des  habitants. 

On  sait  que  la  production  agricole  la  plus  importante 
des  oasis  est  la  datte  ;  les  troupeaux  de  moutons  par- 
courent, suivant  les  saisons,  les  steppes  des  Hauts-Pla- 
teaux ou  du  Sahara;  sans  conteste,  l'Autruche  est  le 
complément  obligatoire  des  ressources  sahariennes. 

Dans  un  mémoire  adi-essé  à  M.  Cambon,  gouverneur 
général  de  l'.-Mgerie,  en  juin  1891,  je  disais  :  «  Dans  le 
(I  cas  où,  comme  je  l'espère,  votre  administration  vou- 
«  drait  bien  prendre  en  considération  la  présente  re- 
(I  quête  et  m'accorder  la  concession  et  la  location  qui  en 
(1  font  l'objet,  je  pourrais  procéder,  dès  la  mise  en  po.-- 
«  session  d'El-Outaya  et  des  constructions  de  la  Smala 
(c  qui  s'y  trouvent  édifiées,  a  l'installation  de  quarante 
(I  à  cinquante  .\utruches,  à  titre  ne  première  instal- 
«  lation. 

»  L'alVectation  à  une  Smala  des  terres  et  des  cons- 
«  tructions  qui  me  sont  nécessaires  pour  cette  création 
n  d'Autrucherie  ne  me  semble  pas  être  un  obstacle 
(1  insurmontable  à  leur  concession  à  mon  profit,  étant 


«  donné  que  les  Smalas  sont,  comme  vous    le   savez, 

"  appelées  à  disparaître  au  fur  et  à  mesure  des  besoins 

«  de  la  colonisation.  C'est  ainsi  ([u'un  certain  nombre 

«  d'entre  elles  ont  déjà  été  désallectées  et  concédées, 

«  comme,   par  exemple,   la  Smala   de  l'Oued-Sly,   près 

«  d'Orleansville  (Alger),  celle  de  r(_)uiz('rt,  jjrès  île  Saida 

"  et  Tiaret  (Oran),  etc.,  etc. 

«  L'étendue  et  la  nature  des  immeubles  demandés  ne 

«  sont  pas  non  plus  en  contradiction  avec  les  textes  des 

«  décrets  fixant  la  manière  d'attribuer  les  concessions, 

«  mon  projet  ayant  un  véritable  caractère  d'intérêt  gé- 

n  néral  et  public.  La  décision  à  intervenir  pourrait,  au 

<c  surplus,  se  baser  sur  de  nombreux  précédents  qu'il  ne 

«  m'appartient  pas  de  signaler  autrement  que  d'une  ma- 

«  nière  générale.  » 

Enquête  sur  l'iclevage  de  l'Autruche  en  Aloérie 

Alger,  le  25  mai  1896. 

Monsieur  le  Secrétaire  géni'ral  de  la  Société 
nationale  d'Acclimatation   de  France, 

Vous  avez  bien  voulu  m'entretonir  de  la  question  si 
importante,  au  point  de  vue  de  l'intérêt  général,  de  la 
réacclimatation  et  de  l'élevage  de  l'Autruche  en  Al- 
gérie. 

J'ai  l'honneur  de  vous  faire  connaître  que  l'Adminis- 
tration algérienne  n'a  pas  cessé  de  se  préoccuper  du 
développement  à  donner  à  cette  industrie.  Ses  encoura- 
gements n'ont  jamais  fait  défaut  aux  Sociétés  ou  aux 
particuliers  qui,  à  différentes  époques,  ont  entrepris 
l'élevage  de  l'Autruche  dans  la  Colonie.  Tout  récem- 
ment encore,  j'ai  adressé  à  MM.  les  Généraux  comman- 
dant les  divisions  d'Alger,  d'Oran  et  de  Constantine,  des 
instructions  pour  qu'il  soit  recherché  dans  chaque  com- 
mune indigène  du  Sud  les  parties  du  territoire  qui  se 
prêteraient  le  mieux  au  fermage  de  cet  oiseau. 

Il  s'agit,  en  premier  lieu,  de  déterminer  les  régions  où 
les  Autruches  se  montraient  autrefois  toute  l'année  ou 
qu'elles  fréquentaient  de  temps  à  autre,  de  s'assurer  de 
l'existence,  sur  ces  points,  des  plantes  dont  elles  faisaient 
leur  nourriture  habituelle. 

Enfin,  comme  le  but  poursuivi  est  de  parquer  des  cou- 
ples d'Autruches  dans  des  espaces  plus  ou  moins  grands 
mais  limités,  les  investigations  à  faire  doivent  tendre, 
dans  ces  mêmes  régions,  à  la  découverte  d'emplace- 
ments convenables  pour  l'installation  d'une  exploitation 
du  genre  de  celle  qui  nous  occupe,  sous  les  divers  rap- 
ports de  la  nature  du  sol,  de  la  végétation  spontanée,  de 
la  possibilité  d'y  affecter,  au  besoin,  des  cultures  de 
plantes  fourragères,  de  la  présence  d'une  ou  plusieurs 
sources  à  l'état  permanent.  D'autre  part,  l'enquête  or- 
donnée doit  également  porter  sur  le  point  de  savoir  si 
les  essais  de  fermage  des  Autruches  se  feront  par  les 
communes  indigènes  ou  s'il  suffirait  d'encourager,  par 
des  locations  de  terrains  à  des  prix  très  réduits  ou 
autrement,  les  entreprises  à  tenter  par  des  particu- 
liers. 

Je  prendrai,  le  moment  venu,  telle  décision  qui  me 
sera  suggérée  par  les  résultats  de  cette  étude,  que  je 
ferai  porter  à  la  connaissance  du  public  intéressé  ainsi 
que  ma  décision  elle-même. 

Veuillez  agréer,  etc. 

Le  gouverneur  général  de  l'Algérie, 
J.  Cambon. 


244 


LE     NATURALISTE 


La  déclaration  très  catégorique  de  M.  le  Gouverneur 
arrête  tous  mes  efforts,  paralyse  mon  action  en  Algérie. 
Je  suis  donc  obligé,  à  mon  grand  regret,  de  reconnaître 
le  néant  de  vingt  années  de  luttes  et  d'activé  propagande 
en  faveur  d'une  œuvre  dont  l'importance  méconnue 
sera  surtout  appréciable  par  nos  successeurs. 

Cette  déception,  irréparable  à  mon  âge,  pourra  servir 
d'enseignement  à  ceux  qui  voudront,  en  Algérie,  faire 
œuvre  d'utilité  générale,  en  France,  faire  œuvre  patrio- 
tique. 

Après  la  philosophie  de  l'histoire,  la  philosophie  de 
la  vie.  En  avançant  sur  la  route  du  temps,  les  objets, 
les  hommes,  changent  de  silhouette,  se  rapetissent,  s'es- 
tompent doucement;  les  faits  restent,  ils  grandissent. 
On  devient  moins  indulgent  pour  ceux  qui  auraient  pu 
aider  dans  l'accomplissement  d'une  œuvre  d'intérêt 
général,  se  confondant  dans  l'intérêt  particulier. 

La  morale  de  l'histoire,  résultat  de  mes  tentatives, 
démontre  l'ineptie  des  influences  hostiles  ;  elles  ont 
annulé  mes  efforts,  elles  ont  empêché  l'œuvre  de  re- 
constitution de  l'Autruche  en  Algérie  par  l'initiative 
privée.  En  outre,  je  dois  ajouter  aux  regrets  d'avoir 
négligé  mes  intérêts  professionnels  et  particuliers,  de 
m'apercevoir  enfin  de  l'inanité,  de  vingt  ans  d'études 
théoriques  et  pratiques,  publiée  à  grands  frais,  etc.,  et, 
en  surplus,  de  m'être  créé  une  petite  collection  d'en- 
nemis personnels  dont,  dans  nombre  de  circonstances,  je 
suis  victime.  Leurs  manigances  occultes  aujourd'hui 
me  sont  révélées,j'aurai  l'énergie  nécessaire  pour  démas- 
quer leur  hypocrisie,  je  mettrai  en  garde  mes  contem- 
porains   sur   leurs    projets    néfastes,    sous    l'étiquette    : 

EXP.4.NSI0N  COLONIALE  .\FRIC.\INE. 


Il  appartient  aux  pouvoirs  pulilics  de  donner  satisfac- 
tion à  l'opinion  publique  manifestée  par  la  presse,  les 
notabilités  du  monde  scientifique,  de  l'agriculture  et  de 
l'industrie.  A  tous,  amis  connus  et  inconnus,  merci, 
avec  prière  de  conserver  leur  sympathie  à  «  la  question 
du  retour  de  l'Autruche  dans  sa  patrie  le  Sahara  ».  Cette 
œuvre  de  civilisation,  d'utilité  publique  s'impose,  sans 
délai,  au  gouvernement  français 

En  janvier  1897,  M.  Cambon,  à  l'occasion  de  l'ouver- 
ture de  la  session  annuelle  du  Conseil  supérieur  de  l'Al- 
gérie, a  prononcé  un  discours  dont  il  est  intéressant  de 
détacher  quelques  faits  saillants  (I): 

0  La  prospérité  de  notre  colonie  transméditerranéenno 
suit  une  marche  ascendante.  Le  chifl're  de  son  importa- 
tion et  de  son  exportation  accuse,  pour  1895,  une  plus- 
value  de  38  millions  sur  celui  de  1894;  le  total  des  re- 
cettes postales  et  télégrajjhiques  a  plus  que  doublé  depuis 
quinze  ans;  dans  les  cinq  dernières  années,  enfin,  la 
population  s'est  accrue  de  2Jil,000  âmes. 

«  Ces  résultats,  dans  une  région  périodiquement  désolée 
naguère  par  les  invasions  de  sauterelles,  menacée  sou- 
vent de  disette  et  troublée  par  les  attentats  multipliés 
des  indigènes  contre  les  propriétés  ou  les  personnes, 
témoignent  du  labeur  accompli  sans  bruit  par  le  gouver- 
nement général  et  permettent  de  réfuter  victorieusement 
la  thèse  de  ceux  qui,  trop  volontiers,  daubent  sur  notre 
impuissance  coloniale. 

«  La  politique  et  un  déplorable  régime  adminis- 

(1)  Voir  contradictoirement:  —  Revue  diplotnaligue  et  colo- 
niale, n"  1,  p.  49,  1897.  —  Dtill.  Soc.  de  Géog.  cojn.  de  Paris, 
t.  XIX,  p.  89,  1897. 


tratif,  faisant  suite  aux  errem.ents  funestes  des  an- 
ciens bureaux  arabes,  arrêtent  malheureusement 
l'essor  définitif  de  notre  grande  possession  afri- 
caine. A  combien  d'obstacles  se  heurtent  encore  le 
commerce  ou  la  colonisation  ! 

«Les  smalas  de  spahis  campent  en  propriétaires  sur  des 
territoires  privilégiés,  alors  que  le  colon,  dans  un  péri- 
mètre donné,  manque  de  terres;  nos  marchandises  ne 
transitent  qu'à  des  conditions  particulièrement  oné- 
reuses ;  le  code  forestier,  enfin,  demande  une  revision 
presque  complète. 

(I  Nous  voudrions  que  la  législation  fiscale  de  nos  ports 
prit  quelque  chose  de  l'esprit  libéral  que  viennent  enfin  de 
créer,  le  17  décembre  dernier,  sur  nos  frontières  du  Sud, 
ces  marchés  francs  destinés  à  y  ramener  le  commerce 
du  Sahara.  Depuis  longtemps,  nous  réclamions  la  créa- 
tion de  ces  marchés  ;  nous  demanderons  aux  industriels 
de  la  Métropole  d'y  envoyer  leurs  produits,  et  nous 
sommes  convaincus  que  le  commerce  algérien  trouvera 
là  un  champ  nouveau  pour  son  activité. 

«  Quand  perdrons-nous  le  fâcheux  travers  d'importer 
dans  les  parties  du  monde  les  plus  distinctes,  avec  notre 
code  intact,  nos  tarifs  douaniers  qui  stérilisent  les  plus 
louables  efforts  et  toute  notre  paperasserie  administra- 
tive? M 

D'après  le  langage  de  M.  le  Gouverneur,  il  ne  me  paraît 
pas  douteux  que  prochainement  la  smala  d'El-Outaya 
soit  désaffectée  et  utilisée  pour  la  création  par  le  gou- 
vernement général  de  l'Algérie,  pour  le  compte  de  l'Etat, 
de  la  ferme-haras  de  repeuplement  d'Autruches,  dans 
l'unique  emplacement  favorable  dans  les  trois  départe- 
ments algériens.  Ce  que  l'initative  privée  n'a  pu  réa- 
liser, l'Etat  omnipotent  le  fera  réussir  certainement. 

La  question  de  la  suppression  des  smalas  a  été  l'objet 
de  laborieux  débats  à  la  Chambre  en  1895  et  ou  189G.  L'ho- 
norable M.  Forcioli,  député  de  Constantine,  dans  la 
séance  du  19  décembre  189G,  a  prouvé  la  parfaite  inuti- 
lité d'El-Outaya,  en  plein  territoire  civil,  alors  que  nous 
avons  des  postes  fortifiés,  des  garnisons  à  1,100  kilomè- 
tres plus  au  Sud.  (  La  discussion  complète  se  trouve 
dans  VOfficicl  du  20  décembre  1896.) 

L'avis  de  M.  le  général  Larchey,  commandant  du 
19=  corps  d'armée, et  celui  de  M. le  général  Billot, minis- 
tre de  la  guerre,  difl'èrent  absolument  de  celui  de  M.  For- 
cioli. M.  le  ministre  de  la  guerre  déclare  :  En  résumé, 
au  point  de  vue  de  la  colonisation,  l'aliénation  des  ter- 
rains des  Smalas  est  :  1"  inutile,  puisqu'elle  ne  répond 
pas  à  un  accroissement  d'émigrants  ;  2°  dangereux, 
parce  que,  loin  de  venir  en  aide  aux  enfants  de  la  mère 
patrie  dénués  de  ressources  et  désireux  de  vivre  du  pro- 
duit de  leur  propre  travail,  elle  n'a  pour  but  que  de  per- 
mettre à  des  spéculateurs  de  louer  aux  indigènes  les 
terrains  aliénés,  ce  qui  ne  peut  qu'aggraver  la  misère  de 
ces  derniers  et,  par  suite,  l'état  déjà  très  jirécaire  de  la 
colonie. 

FOREST. 

(A  suivre.) 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 

PARIS.    IMPRIMERIK  F.    LEVE,      F.UE    CASSETTE,    17. 


19»  ANNÉE 


2»  Série  —    RI"  «2î6 


1"  NOVEMBRE  1897 


ï^romeriaclo 

A  LA  FOIRE  SAI\T-ROMI\  DE  UOIEN 

1896  * 

PHÉNOMÈNES  VIVANTS  ET  TYPES  CURIEUX 


Ainsi  que  précédemment,  je  me  permets  de  com- 
mencer ma  revue  par  les  femmes  à  barbe.  A  ce  sujet, 
je  me  hâte  de  dire  qu'en  1896  la  foire  en  possédait  une 
superbe  ;  elle  est  Américaine,  porte  le  nom  de  miss 
Annie  Jones  et  est  aujourd'hui  âgée  de  26  ans.  C'est  le 
grand  Barnum,  celui  (|ui  a  découvert  tant  de  sujets 
curieux  à  exhiber,  qui  a  trouvé  miss  A.nnie  .Jones  dans  un 
petit  village  de  Virginie  et  qui  l'a  montrée  le  premier. 

Lors  de  sa  naissance,  cette  femme  avait  les  cheveux 
longs  de  2  pieds  et  portait  déjà  des  traces  de  barbe  ;  du 
reste,  sa  photographie  à  l'âge  de  3  ans  la  fait  voir  très 
barbue. 

Après  deux  ans  d'exhibition  chez  Barnum,  ses  parents 


Fig.  1.  —  Miss  Annie  Jones. 
(Reproduction  directe  d'une  pliotographie.) 

la  reprirent;  mais  un  jour,  elle  leur  fut  volée,  et  pendant 
sept  mois,  on  n'en  retrouva  plus  traces.  On  apprit  alors 
qu'elle  était  chez  un  phrénologiste  nommé  Franklin,  et, 
sur  la  demande  de  sa  mère, qui,  pendant  ce  temps,  l'avait 
recherchée  de  ville  en  ville,  la  justice  la  lui  fit  rendre, 
Le  Naturaliste.  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


cheveux  et  barbe  intacts.  Dejiuis  ce  jour,  miss  Annie 
s'est  exhibée  en  Amérique,  dans  les  principales  capitales 
européennes,  au  palais  de  cristal  de  Londi'es,  au  panop- 
ticum  de  Berlin,  à  l'Eden  de  Vienne,  à  Bruxelles  et 
enfin  à  l'hippodrome  de  Paris.  Elle  est  mariée,  depuis 
l'année  dernière,  à  un  Américain  beaucoup  moins  barbu, 
qu'elle  et  surtout  moins  chevelu,  car  miss  Annie  a  les 
cheveux  tombant  jus(|u'aux  jarrets  et  la  barbe  brune, 
longue  de  30  centimètres.  La  poitrine  est  très  peu  déve- 
loppée, les  bras  sont  maigres  et  les  pieds  petits;  elle  ne 
parle  jjas  du  tout  le  français,  d'où  la  difficulté  de  se  ren- 
seigner. On  ne  peut  le  faire  (ju'auprès  d'un  interprète 
attaché  à  son  service. 

J'ai  jiu  me  procurer  chez  miss  Annie  Jones  une  très 
curieuse  collection  de  photographies  des  femmes  à  barbe 
ayant  voyagé  ou  voyageant  encore  dans  les  foires  et  les 
cirques,  aussi  je  suis  heureux  de  donner  la  primeur  de 
cotte  collection  d'un  nouveau  genre  aux  lecteurs  du 
Naturaliste. 

La  figure  2  représente  Mme  de  Weest,  une  Hollan- 
daise qui  avait  une  barbe  superbe,  poussée  au  détriment 
des  cheveux,  fait  qui  est  assez  commun;  mais,  chez 
Mme  de  Weest,  les  cheveux  faisaient  complètement 
défaut,  et  cette  femme  à  barlie  portait  perruque. 

Les  traits  de  la  figure  étaient  légèrement  masculins. 


Fig.  2.  —  Mme  de  West. 
(Reproduction  directe  d'une  photographie) 

le  nez  fort,  les  oreilles  larges,  la  poitrine  plate;  en  un 
mot,  coiffée  d'un  casque  et  habillée  en  homme,  on  aurait 
pu  facilement  la  prendre  pour  un  brave  pompier. 

La  figure  3   représente  Mlle   Rosa  Susie,  une  Cana- 
dienne  ayant,   dit-ou,  de  fort  jolis  yeux,  la  barbe  est 


246 


LE     NATURALISTE 


développée  surtout  sous  le  menton,  la  poitrine  est  énorme 
et  les  bras  très  gros;  la  voix  douce  est  très  féminine. 

Signalons  aussi  la  belle  Marseillaise,  une  femme 
à  barbe  bien  proportionnée,  comme  on  dit  dans  les 
baraques,  et  n'hésitant  pas  à  se  faire  voir  en  maillot, 
ce  qui  est  très  rare  pour  une  femme  à  barbe  ;  l'inter- 
prète de  miss  Annie   Jones  me  disait  que  le  fait  n'était 


Fig.  3.  —  Mlle  Rosa  Susie. 
(Reproduction  directe  d'une  photographie.) 

pas  rare  en  Amérique,  mais  qu'on  ne  s'habillait  pas 
ainsi  chez  nous  parce  que,  à  l'instar  de  saint  Thomas, 
le  Français  aime  trop  à  toucher  du  doigt. 

Mentionnons  encore  Mme  Paul,  une  femme  à  barbe 
de  Russie,  dont  la  chevelure  est  très  peu  fournie.  Cette 
dame  a  beaucoup  voyagé  dans  ces  dernières  années, 
mais  n'est  pas,  je  crois,  venue  en  France. 

Voilà  pour  les  femmes  à  barbe,  mais  n'allez  pas  croire 
que  ce  soit  tout  :  nains,  géants,  colosses,  monstres  se 
trouvent  à  profusion  à  notre  foire  Saint-Romain. 

Passons  maintenant  aux  géantes  ;  il  y  en  avait  deux, 
cette  année,  une  vraie  et  une  fausse,  car  il  ne  faut  pas 
l'oublier  :  nous  avons  aussi  à  Rouen,  et  je  dirai  même 
en  plus  grand  nombre  que  partout  ailleurs,  des  faux 
phénomènes. 

Actuellement,  les  géants  des  deux  sexes  qui  existent 
sont  de  véritables  nains  en  comparaison  des  géants  de 
l'antiquité. 

Goliath,  vaincu  par  David,  mesurait  10  pieds. 

Arapha,  géant  philistin,  avait  la  même  hauteur  et  pos- 
sédait en  plus  0  doigts  à  chaque  main  et  à  chaque  pied, 
anomalie  que  l'on  observe  assez  fréquemment. 

Gabbara,  dont  parle  Pline,  avait  également  10  pieds. 

Ferragut  en  avait  18;  il  fut  tué  de  la  main  de  Roland. 

Philostrate,  qui  s'est  beaucoup  occupé  de  géants,  dit 


que  Ganges,  roi  des  Indes,  avait  13  pieds;  il  rapporte 
également  qu'on  découvrit,  sur  la  rive  d'Oronte,  le 
sépulcre  de  l'Éthiopien  Ariadne  et  la  longueur  du 
corps  de  ce  dernier  atteignait  50  pieds. 

Mais  tout  cela  n'est  encore  rien  si  nous  nous  en  rap- 
portons à  ce  qui  suit.  Ces  hommes  d'une  taille  déjà 
imposante  n'étaient  que  des  poupées. 

On  lit  dans'le  5=  chapitre  du  7',livre  de  l'Histoire  natu- 
relle de  Pline,  qu'une  montagne  ayant  été  renversée  en 
Crète  par  un  tremblement  de  terre,  il  s'y  trouva  un 
corps  humain,  replacé  debout  par  cet  événement,  et  qui 
avait  46  coudées  de  hauteur,  (59  pieds.  On  crut,  ajoute 
l'historien,  que  c'était  le  cadavre  du  géant  Orion  ou  celui 
d'Otys. 

A  Cailloubella,  village  situé  à  6  lieues  de  Thessalo- 
nique,  en  Macédoine,  on  découvrit  le  squelette  d'un 
individu  de  96  pieds.  C'est  le  R.  P.  Jérôme  de  Rethel, 
missionnaire  au  Levant,  qui  l'a  décrit  : 


Fig.  4.  —  La  géante  russe. 
(Reproduction  directe  d'une  photographie.) 

o  Le  crâne,  dit-il,  peut  contenir  six  guilots  de  blé, 
soit  210  livres; 

«  Une  seule  dent  pesait  15  livres;  elle  avait  7  pouces 
de  haut  ;  « 

Enfin  qu'un  des  os  do  l'avant-bras  depuis  le  coude 
jusqu'au  poignet  avait  quatre  pans  de  tour,  et  que  deux 
capitaines  avaient  mis  aisément  dans  le  creux  de  cet  os 
leurs  bras  revêtus  de  leur  veste  et  justaucorps  à 
grandes  manches. 


LE     NATURALISTE 


247 


Mais  alKUidonnons  l'histoire  ancienne  avec  ses  erreurs 
et  ses  naïvetés,  et  surtout  ces  vieilles  hypothèses  ([ui 
faisaient  dire  à  M.  Henrion,  en  1718,  dans  les  disserta- 
tions de  l'Académie  des  belles-lettres,  que  Adam  devait 
avoir  124  |)ieds  de  hauteur  et  Eve  118  pieds  9  pouces; 
l'Académio  tout  entière  approuva  la  publication  d'un 
travail  aussi  laborieux. 

Il  n'est  pas  venu  de  géants  cette  année  à  Rouen,  mais 
en  revanche  nous  avons  eu  deux  géantes,  une  Russe,  na- 
turellement, i|ui  fut  exhibée  aux  Folies-Bergères  et  dont 
nous  reproduisons  ici  la  photographie  et  une  autre,  Fran- 
çaise celle-là,  qui  mesurait  2  m.  04  c.  et  était  une  des 
attractions  de  notre  foire  Saint-Romain. 

(.1  suivre.) 

Paul  Noël. 


lE  PALMIER  lAllS  M  PORTÏÏ&AL 


Le  l'almier  nain  {Chamscrops  Itumilis),  seul  représentant 
en  Europe  d'une  famille  essentiellement  tropicale, 
manque  à  la  France  méridionale  et  à  la  Corse;  il  existait 
naguère  près  de  Nice,  où  le  dernier  pied  a  été  vu  par 
M.  Cosson,  en  1851.  On  le  rencontre  en  Espagne,  aux 
lialcares,  en  Sardaigne,  en  Sicile,  dans  beaucoup  de  pe- 
tites ilos  italiennes,  puis  le  long  de  la  côte  occidentale  do 
la  Péninsule,  notamment  dans  les  Calabres,  et  il  re- 
monte sur  la  cote  orientale  jusqu'à  Brindisi,  mais  on  ne 
le  retrouve  plus  en  Grèce  ni  au  delà.  Il  est  très  répamlu 
en  Algérie. 

En  Portugal,  où  il  est  connu  sous  le  nom  de  Paimeira 
dos  Vassouras  (Palmier  à  balais),  le  Chama;rop$  humilis 
était  signalé  dans  l'Algarve,  seule  localité  indiquée  par 
Brotero  dans  son  Flora  lusUanica;  il  s'y  élève  à  une  altitude 
de  425  mètres  au-dessus  du  niveau  de  l'Océan.  M.  Da- 
veau  en  a  découvert  en  1881  une  localité  beaucoup 
plus  septentrionale  dans  la  vallée  d'Alcube,  située  à  en- 
viron 4  kilomètres  de  la  ville  de  Setubal,  par  38°  30'  de 
latitude  nord  (1),  et  ,là  même  il  n'en  existe  qu'un  petit 
nombre  de  pieds,  les  uns  au  milieu  des  rochers,  d'autres 
entourés  par  les  fortes  racines  de  gros  arbres,  dans  tous 
les  cas  protégés  contre  les  envahissements  de  la  culture 
par  des  situations  exceptionnelles.  Il  n'est  pas  douteux 
qu'avant  les  derniers  défrichements  de  cette  vallée,  le 
Palmier  nain  y  devait  être  plus  abondant.  Son  aire 
d'habitat  dépasse  donc  l'Espagne  à  l'ouest  (2)  et  embrasse 
dans  toute  sa  largeur  la  péninsule  ibérique. 

On  utilise  diverses  parties  de  ce  végétal,  notamment 
les  feuilles  avec  lesquelles  on  confectionne  des  articles 
de  sparterie,  des  balais,  des  paillassons,  des  chapeaux, 
des  cordes,  etc.  En  Sicile,  les  chèvres  vont  chercher  ce 
Palmier  sur  les  rochers  où  il  croit  et  se  nourrissent  vo- 
lontiers de  son  fruit,  qui  a  la  forme  et  le  volume  d'une 
jietite  prune,  avec  un  noyau  recouvert  d'une  pulpe  peu 
abondante,  à  saveur  légèrement  sucrée. 

Ern.  M,\LINV.\UD. 

(1)  Voy.  «  Le  Palmier  nain  dans  la  péninsule  de  Setubal  », 
par  M.  Jules  Daveau  (in  Revisla  scientifica  de  Porto,  fé- 
■vrier  ISS-ï). 

(2)  Voy.  Cl  L'aire  d'habitat  du  Palmier  nain  »,  dans  le  Nalti- 
raliste  du  l"'  septembre.  L'auteur  de  cet  intéressant  article 
ne  parait  pas  avoir  connaissance  des  stations  portugaises  du 
Chamsei-oijs  humilis.  Par  contre,  probablement  par  erreur,  il 
le  signale  en  Corse,  où  nous  ne  croyons  pas  que  sa  présence 
ail  été  constatée. 


DESCRIPTION  D'ON  LUCANIDE  NOUVEAU 


Odontolahis  Leuthnebi,  n,  sp. 

Longueur  totale,  mandibules  incluses  :    45,5  "^ 
Longueur  des  mandibules  :  8,5  % 

Longueur  masima,  aux  élytres  :  17,0  ^„ 

Entièrement  noir,  tète  et  proth'jrax  rugueux,  dépolis, 
mandibules  fortement  ponctuées,  élytres  brillantes. 

Tète  forte,  élargie  derrière  les  yeus,  mais  s;m?  saillie  épi- 
neuse proprement  dite,  entièrement  rugueuse,  ]jlus  finement 
sur  la  partie  supérieure  et  la  partie  frontale,  plus  fortement 
derrière  les  yeux.  Le  bord  antérieur  est  èchancré,  le  labre  à 
peine  saillant,  les  canthus  bien  développés  se  prolongent  en 
avant  par  une  saillie  triangulaire  caractéristique. 

Mandibules  plus  courtes  que  la  lète,  très  fortement  arquées, 
et  excessivement  renflées  en  dessous,  à  la  base;  excavées  et 
présentant  des  gros  points  enfoncés  en  dessus,  rugueuses  en 
dessous  et  sur  les  côtés.  Elles  sont  armées  à  la  base  d'une 
dent  assez  longue,  arrondie  et  vaguement  bifide  qui  se  pro- 
longe en  avant  par  une  sorte  de  carène  saillante  en  dessus.  En 
avant  de  cette  dent  se  voit,  lorsqu'on  regarde  la  mandibule  en 
dessous,  une  dent  conique  assez  aiguë  et  beaucoup  plus 
courte.  La  partie  apicale  de  chaque  mandibule  est  aplatie  et 
armée  de  cinq   dents    aiguës  formant    trois    groupes,   la  pre- 


Odontolabis  Leuthneri. 

mière  et  la  cinquième  des  dents  sont  plus  longues  que  celle  du 
milieu  et  surtout  que  la  deuxième  et  la  quatrième. 

Antennes  de  longueur  moyenne,  plutôt  grêles. 

Menton  petit,  arrondi,  fortement  soyeux  ;  gorge  finement 
ponctuée,  complètement  glabre  ;  joues  couvertes  de  très  gros 
points  enfoncés  ;  yeux  entourés  d'un  espace  lisse,  de  forme 
triangulaire. 

Prothorax  transversal,  à  peine  plus  large  que  la  tète,  légè- 
rement élaj'gi  en  arrière,  faiblement  rebordé;  ses  angles  anté- 
rieurs sont  assez  aigus  et  il  existe  une  fossette  peu  visible  au 
voisinage  des  angles  postérieurs  qui  sont  peu  saillants. 

Ecusson  triangulaire  à  angles  fortement  arrondis;  il  est 
ponctué  et  présente  une  faible  ligne  médiane  saillante. 

Elytres  fortement  élargies  dans  leui  tiers  antérieur,  pres- 
que lisses;  vues  à  la  loupe  elles  présentent  la  disposition  sui- 
vante ;  entre  la  suture  et  une  ligne  de  points  assez  gros  existe 
une  bande  lisse  et  brillante,  puis  viennent  alternativement 
une  bande  faiblement  ponctuée,  une  ligne  de  points,  une 
bande  étroite  et  lisse,  une  ligne  de  points,  une  bande  ponc- 
tuée, et  une  troisième  bande  lisse  comprise  entre  deux  lignes 
de  points.  Au  delà  de  cette  bande,  les  élytres  sont  ponctuées 


248 


LE     NATURALISTE 


jusqu'à  leur  marge  latérale.  En  dessous,  les  pièces  prothora- 
ciques  sont  rugueuses,  le  prosternum  est  prolongé  en  pointe 
courte,  presque  verticale  ;  les  épipleures  des  élytres  sont 
dépolies,  le  thorax  est  brillant  ainsi  que  les  segments  abdo- 
minaux qui  sont  légèrement  plissés  en  long  et  portent  chacun 
deux  impressions  assez  fortes  dont  l'ensemble  constitue  deux 
sortes  de  dépressions  longitudinales. 

Les  fémurs  sont  assez  brillants,  les  antérieurs  ont  le  pli 
transversal  postéro-médian  très  marqué;  les  tibias  sont  dé- 
polis, les  antérieurs  cintrés,  élargis  en  avant,  présentent  une 
dent  aigué  au  quart  à  partir  de  leur  extrémité  ;  les  tarses  sont 
aplatis  et  assez  longs. 

Cet  insecte  parait  devoir  être  placé  entre  l'O.  Castelnaudi, 
dont  il  se  rapproche  par  sa  gorge  glabre,  et  les  0.  Sommeri, 
Brookeanus  et  Lowei  avec  lesquels  ses  affinités  sont  évi- 
dentes. 

L'exemplaire  unique  que  je  possède,  est  un  mâle  de  la 
forme  amphiodont,  provenant  de  Bornéo. 

Je  dédie  l'espèce  à  laquelle  il  sert  de  type  au  D'"  F.  Leuthner, 
auteur  d'une  très  belle  monographie  des  Odontolabid:e. 

Nota.  —  Je  décrirai,  en  en  donnant  les  figures,  dans  un 
prochain  numéro  du  Naturaliste,  un  Cantharolethrus  nouveau 
et  un  lucanide  de  la  Bolivie  appartenant  à  un  genre  nouveau 
et  dont  je  donne  ci-dessous  les  caractères  essentiels. 

Calod-emon  multicolor,  n.  sp.  Mâle,  longueur  10  à  16  ",„, 
mandibules  longues,  grêles,  arquées,  rapprochées  à  la  base, 
armées  en  dessus  d'une  dent  aiguë,  denticulées  intérieurement. 
Tête  transversale,  fortement  déprimée  en  avant,  d'un  noir 
rougeàtre,  soyeuse  sur  les  côtés  et  la  partie  frontale,  échan- 
crée  en  croissant,  angles  antérieurs  prolongés  en  forme  de 
coi'nes;  yeux  petits,  non  divisés;  antennes  grêles  à  scape 
assez  court  et  fouet  très  développé.  Corselet  transversal,  rou- 
geàtre, soyeux,  avec  une  bande  médiane  lisse,  d'un  noir 
brillant,  ornée  en  son  milieu  d'une  ligne  soyeuse.  Elytres 
noires,  soyeuses,  dont  la  pubescence  est  interrompue  de 
façon  il  dessiner  une  tache  brillante  au  milieu  de  chaque 
élytre.  Partie  inférieure  glabre,  d'un  noir  plus  ou  moins 
nuancé  de  jaune  sur  le  thorax  et  la  tête;  fémurs  largement 
cerclés  de  jaune  clair,  partie  apicale  des  tibias  d'un  jaune 
rougeàtre. 

Je  considère,  jusqu'à  plus  ample  examen,  cet  insecte  dont 
le  faciès  est  aussi  singulier  qu'élégant,  comme  un  clado- 
gnathide  aberrant,  probablement  voisin  des   prismognathus. 

H.    BoiLEAU. 


AUGMENTATION  DE  LA  DURÉE  DE  LA  VIE 


La  durée  moyenne  de  la  vie  est  en  train  d'augmenter 
de  moitié;  et  c'est  notre  génération  actuelle  qui  est 
appelée  à  en  subir  les  conséquences.  C'est  grâce  aux 
progrès  continus  de  l'hygiène  que  nous  devons  ce  mer- 
veilleux résultat.  Certes,  comme  tout  le  reste  en  ce  monde, 
l'accroissement  de  la  vie  moyenne  présente  des  avan- 
tages et  des  inconvénients  ;  cependant  ses  avantages  sont 
évidents  pour  tout  le  monde.  Jadis  on  nous  enseignait, 
dans  notre  jeunesse,  que  la  durée  de  la  vie  moyenne  en 
France  était  de  37.  ans  \  /2.  Aujourd'hui  elle  est  très  voi- 
sine de  rJO  ans.  Ainsi  la  mortalité  est  passée  'à  Paris,  de 
26  1/3  pour  1.000  en  1882,  à  21  à  peine  en  1896.  Il  y  a 
Ib  ans,  la  durée  moyenne  de  la  vie  était  inférieure  à 
40  ans.  Elle  est  de^49  ans  passé  aujourd'hui.  Elle  sera 
siirement  de  SS  ans  plus  tard,  car  c'est  à  peu  près  le 
chill're  atteint  actuellement  en  Angleterre  ;  et  il  n'y  a  pas 
de  raison  pour  que  nous  n'arrivions  pas  à  vivre  aussi 
longtemps  que  nos  voisins  d'outre-Manche,  au  contraire. 
A  Berlin,  la  mortalité  était  un  peu  plus  forte  qu'à  Paris 
en  1882,  car  elle  était  voisine  du  26  1/2  pour  1.000.  Elle 
est  aujourd'hui  descendue  à  19;  soit  b2  ans  1/2  pour  la 
durée  moyenne  de  l'existence  !  Amsterdam  est  encore 
plus  privilégié,  car  la  durée  moyenne  de  la  vie  est  de 


57  ans.  On  voit  ainsi  que  nous  ne  nous  compromettons 
guère,  en  annonçant  qu'un  jour  viendra  où  la  durée  de 
la  vie  moyenne  atteindra  en  France  le  chiffre  de  55  ans. 
Peut-être  même  pourra-t-on  arriver  à  60  ans. 

Il  y  a  en  effet  encore  beaucoup  de  progrès  à  faire,  car 
les  applications  pratiques  de  l'hygiène  sont  encore  dans 
l'enfance.  Une  foule  de  sols  auraient  besoin  d'être 
drainés  ;  une  grande  quantité  de  maisons  sont  bâties,  en 
province,  dans  des  conditions  déplorables  de  salubrité. 
Non  seulement  l'humidité  suinte  par  toutes  les  murailles 
du  rez-de-chaussée,  mais  de  grands  champignons  crois- 
sent sous  les  planchers  !  Toute  maison  devrait  avoir  un 
sous-sol,  surtout  dans  les  pays  humides  ;  et  les  soubasse- 
ments devraient  être  protégés  contre  l'humidité,  à  l'aide 
de  ciments  hydrauliques  appropriés.  Généralement  les 
eaux  de  puits  sont  peu  salubres,  parce  qu'elles  pro- 
viennent de  la  nappe  d'eau  sous-jacente,  qui  est  polluée 
par  les  déjections  provenant  d'une  grande  concentration 
d'hommes  et  d'animaux.  Un  certain  nombre  de  maladies 
épidémiques  proviennent  des  eaux  que  nous  buvons,  plus 
encore  peut-être  que  de  l'air  que  nous  respirons.  Il  nous 
serait  on  ne  peut  plus  facile  de  citer  des  exemples  :  En 
voici  un. 

Telle  maison  de  province  eSt  bâtie  sur  un  terrain  en 
pente,  à  la  place  d'un  ancien  cimetière.  Dans  le  bas  se 
trouve  un  puits,  dont  l'eau  servait  autrefois  à  l'alimen- 
tation de  tout  un  quartier  de  la  ville.  Comme  si  ce  n'était 
pas  assez  de  boire  l'eau  provenant  d'un  ancien  cimetière, 
les  fosses  d'aisances  sont  en  contre-haut  du  puits  ;  de  plus 
elles  sont  tellement  peu  étanches,  qu'on  ne  les  vide 
jamais,  car  elles  se  laissent  traverser  par  les  liquides 
qu'elles  sont  destinées  à  contenir.  Enfin,  circonstance 
plus  aggravante  encore,  il  y  ajuste  au-dessus,  à  50  mètres 
du  puits,  un  hôpital!  De  sorte  que  toutes  les  déjections 
de  tous  les  malades  se  joignent  à  celles  des  habitants  de 
la  maison  pour  alimenter  ce  puits,  dont  l'eau  sert  à 
l'alimentation  du  quartier.  Les  choses  ont  duré  ainsi 
pendant  plus  d'un  siècle.  Il  y  a  quelques  années  seule- 
ment, que  l'on  a  amené  d  autres  sources  d'eau  potable 
à  cette  petite  ville. 

On  comprend  maintenant  la  facilité  avec  laquelle  se 
développent  les  épidémies  ;  sans  qu'il  soit  besoin  d'in- 
sister pour  montrer  que  les  gens  qui  pompaient  l'eau 
du  puits,  pouvaient  attraper  les  maladies  soignées  à 
l'hôpital  voisin,  et  devenaient  ainsi  de  nouvelles  recrues 
pour  cet  établissement  hospitalier  ;  tout  en  renouvelant, 
par  leurs  déjections,  les  microbes  que  l'on  consommait 
en  buvant  l'eau  de  ce  fameux  puits.  Heureusement  que 
la  terre  sert  de  filtre  naturel;  mais  encore  faut-il  qu'elle 
soit  assez  pure  elle-même.  Or  la  terre  d'un  cimetière, 
saturée  de  cadavres  pendant  dix  ou  douze  siècles  consé- 
cutifs, ne  semble  pas  être  l'idéal  d'un  filtre  Pasleur;tant 
s'en  faut!  Elle  ne  pouvait  guère  qu'ajouter  ses  microbes 
à  ceux  provenant  des  déjections  des  malades  traités  à 
rhôjiital  ;  tout  en  en  retenant  quelques-uns,  pour  les 
échanger  plus  tard  avec  le  puits  situé  en  contre-bas. 

Aujourd'hui,  on  a  fait  beaucoup  mieux,  on  a  placé 
l'hôpital  plus  bas,  sur  le  bord  de  la  rivière  ;  et  on  à 
donné  de  l'eau  de  source,  provenant  des  montagnes  voi- 
sines, aux  habitants  du  quartier.  Enfin  la  pompe  a  dis- 
paru, et  le  puits  est  condamné  depuis  une  quinzaine  d'an- 
nées. Il  est  évident  que  la  santé  publique  a  dû  ^s'eu  res- 
sentir. Mais  combien  d'exemples  de  ce  genre  ne  pour- 
rait-on pas  citer? 

Tous  les  âges  bénéficient  de  cette  augmentation  de  la 


LE     NATURALISTE 


249 


duréu  de  la  vie.  Ainsi  nous  n'avons  jamais  vu  autant  de 
septuagénaires  que  de  nos  jours.  Le  nombre  des  cente- 
naires est  resté  à  peu  près  le  même;  mais  le  nombre  des 
eandidats  à  ce  bel  âge  ayant  beaucoup  augmenté,  puisqu'il 
y  a  plus  de  vieillards  càgés  qu'autrefois,  on  peut  espérer 
voir  s'accroître  un  jour  le  nombre  des  centenaires. 

Mais  c'est  surtout  parmi  les  enfants  que  la  mortalité 
a  considérablement  diminué.  Il  est  certain  que  la  sur- 
veillance des  nourrices  et  des  enfants  en  bas-âge,  les 
inspections  médicales  dans  les  écoles,  les  crèches,  etc., 
ont  produit  d'excellents  résultats,  qui  se  traduisent  par 
une  diminution  considérable  de  la  mortalité  des  enfants. 
Sans  doute  l'hygiène  est  bien  loin  d'avoir  dit  son  der- 
nier mot,  et  il  reste  encore  immensément  à  faire.  Mais 
il  ne  faut  pas  être  trop  exigeant,  et  il  faut  savoir 
mettre  le  temps  nécessaire  pour  effectuer  tout  ce  qu'il 
y  aurait  à  faire,  et  pour  vaincre  tous  les  préjugés. 
Avec  un  peu  de  patience,  d'argent,  d'instruction  et 
do  bonne  volonté,  on  arrivera  à  dépasser  nos  espérances 
et  à  augmenter  la  durée  moyenne  de  la  vie  de  i)lus  de 
moitié.  Qui  sait':*  peut-être  même  arriverait-on  à  la  dou- 
bler. Ce  ne  serait  peut-être  pas  impossible,  du  moins 
dans  certaines  localités  et  dans  certaines  professions. 
Déjà  la  durée  de  la  vie  des  médecins  a  augmenté  d'une 
douzaine  d'années  :  de  62  ou  63  ans,  elle  est  arrivée  à 
74  ou  7b  ans.  Tout  au  moins  peut-on  dire  que  les  hommes 
de  60  ans  ont  une  moyenne  d'une  quinzaine  d'années  à 
vivre.  Il  n'en  était  pas  ainsi  autrefois  ;  tout  au  plus 
comptait-on  8  ou  9  ans  de  survie.  Il  en  est  de  même  à 
]iroportion  pour  tous  les  âges.  Au-dessous  de  20  ans,  la 
mortalité  des  enfants  a  diminué  de  moitié,  d'une  façon 
générale. 

D'  Bougon. 


L'EXPOSITION   DES  CHAMPIGNONS 


Avec  l'automne  reviennent  chaque  année  les  nombreux 
empoisonnements  provoqués  par  les  champignons.  La 
liste  funèbre  s'accroît  de  plus  en  plus  et  elle  n'est  pas 
encore  près  d'être  close.  Aussi  tout  ce  qui  concerne,  de 
près  ou  de  loin,  l'étude  des  champignons  est-il  favorable- 
ment accueilli  du  grand  public.  L'an  dernier,  un  dos 
principaux  organes  do  la  Presse  à  cinq  centimes,  publiait, 
dans  une  série  de  tableaux,  des  chromos  qui  avaient  la 
prétention  de  représenter  les  principales  espèces  de 
champignons  comestibles  ou  vénéneux.  L'intention 
certes  était  louable,  mais  le  résultat  ne  répondait  pas  à  la 
bonne  pensée  qui  l'avait  dictée.  En  croyant  prévenir  le 
public  contre  les  dangers  résultant  de  la  consommation 
des  champignons,  on  ne  faisait  au  contraire  qu'aggraver 
ce  danger.  Plus  récemment  M.  P.  Dumée,  pharmacien  à 
Meaux,  publait  à  la  librairie  P.  Klincksieck,  un  excellent 
tableau,  figurant  un  certain  nombre  de  champignons  vé- 
néneux ou  alimentaires.  Les  dessins  sont  corrects,  les 
teintes  suffisamment  reconnaissables.  On  ne  ]]eut  donc 
que  bien  faire  en  le  consultant. 

Mais  ce  qui,  par-dessus  tout,  peut  le  mieux  donner  l'idée 
de  ce  qu'est  un  champignon,  de  ses  qualités  au  point  de 
vue  de  l'alimentation,  c'est  sans  contredit  la  vue  des 
espèces  en  nature.  La  société  mycologique  —  malgré  son 
nom  quelque  peu   barbare  —  l'a  compris  ainsi  et  der- 


nièrement elle  ouvrait  dans  une  des  salles  de  la  Société 
nationale  d'horticulture  un<'  exposition  de  champignons. 
Quelques  excursions  ont  eu  lieu,  ])ermettant  aux  amateurs 
de  recueillir  sur  place  de  nomlu'eux  spécimens,  et  de 
compléter  leurs  connaissances.  C'est  ainsi  qu'ont  été 
visités  la  forêt  de  Carnelle,  celle  de  Compiègne,  les  hois 
d'Herblay. 

Les  mycologues  —  ces  historiens  du  moisi,  comme 
on  les  a  dédaigneusement  appelés  —  se  sont  donné 
rendez-vous  à  la  salle  de  la  rue  de  Grenelle,  apportant 
avec  eux  des  trésors,  fruits  de  leurs  recherches.  Sur  de 
longues  tables  étaient  exhibés  de  nombreux  champignons 
soigneusement  déterminés.  Des  étiquettes  blanches 
correspondaient  aux  espèces  comestibles;  des  rouges, 
aux  vénéneuses;  des  vertes  représentaient  celles  qui  ne 
peuvent  être  d'aucune  utilité,  soit  par  leur  manque  de 
goût,  leur  structure  coriace  et  ferme,  soit  encore  par 
leur  petit  volume,  qui  ne  permet  pas  de  les  utiliser.  Là 
se  donnaient  rendez- vous  les  Amanites,  superbes  champi- 
gnons, qui  font  venir  l'eau  à  la  bouche,  mais  où  à  côté 
de  l'oronge  vraie,  le  roi  des  champignons,  se  prélassaient 
VAmanitaMap2ia,l'AmamtaphaUoides,la.{a,usseoTonge,etc. 
de  terribles  poisons.  N'est-ce  pas  une  oronge  empoi- 
sonnée qui  fit  passer  de  vie  à  trépas  l'empereur  Claude, 
et  le  mit  au  rang  des  Dieux 'r*  Il  faut  lire  à  ce  sujet  le 
satiri([ue  Juvénal  et  l'historien  Suétone,  ce  Saint-Simon 
de  l'orgie  impériale.  A  côté  des  Amanites,  ce  sont  les 
Coulmelles  ou  Lépictes,  aussi  beaux  que  bons  et  agréables 
au  goût.  Le  champignon  de  Miel  (Armillaria  mellea),  de 
nombreux  Tricholoma,  les  Psalliota  ou  champignons  de 
couche  aux  formes  variées,  les  Chanterelles,  les  Ilydnes 
viennent  ensuite  en  cohortes  serrées.  Les  Bolets  ou  cèpes 
sont  rares  ;  cette  année  d'ailleurs  ils  ont  été  peu  fréquents 
et  n'ont  fait  que  de  passagères  apparitions  sur  les  mar- 
chés. Les  Truffes  ne  sont  pas  encore  arrivées  à  leur 
époque  de  récolte,  aussi  n'aurais-je  à  signaler  que  la 
Truffe  grise  de  Bourgogne,  celle  que  M.  Chatin  a  plus 
spécialement  étudiée  sous  le  nom  de  Tuber  uncinatum. 

A  côté  de  ces  champignons  qui  ont  tous  un  intérêt 
culinaire,  il  faudrait  citer  de  nombreuses  espèces  repré- 
sentées à  l'exposition  etqui  ne  sont  intéressantes  que  pour 
le  mycologue  de  piofession;  les  Polypores,  les  Tromates, 
les  Vesses-de-Loup,  etc.  Les  petites  espèces  qui  occa- 
sionnent des  maladies  sur  nos  plantes  cultivées  figurent 
dans  le  lot  de  M.  Feuillanbois  de  Fontainebleau,  et 
M.  Roze  avait  apporté  de  nombreux  spécimens  de 
plantes  altérées  par  le  Pseudoeomis.  Le  Pseudocomis, 
d'après  M.  Roze,  serait  universellement  répandu,  et  par 
suite  la  cause  de  nombreuses  maladies  végétales  ;  mais 
de  nombreux  incrédules  —  dont  je  suis  —  se  sont  élevés 
contre  cette  opinion. 

Rien  ne  vaut,  en  histoire  naturelle,  un  spécimen 
vivant,  le  fait  est  incontestable.  Quand  on  a  afi'aire  aux 
phanérogames,  un  échantillon  d'herbier  rend  presque  les 
mêmes  services,  mais  quand  il  s'agit  de  champignons 
charnus  qui  ne  peuvent  se  dessécher,  sans  être  profondé- 
ment détériorés,  il  faut  s'adresser  au  dessin  pour  en  con- 
serverie souvenir,  à  la  condition  que  ce  dessin  soit  très 
exact  et  artistique.  En  un  mot  l'aquarelle  doit  donner 
l'impression  d'un  spécimen  vivant  pour  la  vraisemblance 
des  formes  et  la  vérité  des  couleurs.  Ces  qualités  on  les 
découvrira  dans  les  admirables  dessins  exposés  par 
M.  Boudier,  un  des  maîtres  de  la  mycologie,  et  par 
M.  Ilarlay.  Si  l'on  pouvait  publier  les  aquarelles  de 
M.  Boudier,  on  rendrait  certainement  un  immense  ser- 


250 


LE     NATURALISTE 


■vice  aux  savants  et  aux  amateurs,  mais  il  faut  s'incliner, 
parait-il,  devant  le  chiffre  de  la  dépense. 

En  résumé,  constatons  que  la  société  mycologique  a 
bien  agi  en  organisant  son  exposition  de  champignons. 
D'ailleurs  les  nombreux  visiteurs  qui  se  sont  pressés  à 
la  rue  de  Grenelle  pendant  les  deux  journées  des  2  et 
3  octobre,  en  ont  fourni  la  preuve  incontestable.  Succès 
oblige,  et  l'an  prochain  espérons  que  les  mycologues 
continueront  leurs  intéressants  efforts.  Ils  auront  ainsi 
bien  mérité  de  tous  ceux  qui  aiment  les  champignons. 

P.  IIariot. 


DESCRIPTIOS  B'CÏE  COOCILIE  PCVEILE 


Cyclophorus  Vesconesi  Testa  late  et  profunde  umbilitata, 
(unibilicus  crista  funiformas  marginatus),  conica  depresse,  so- 
lidula,  nitida,  tenue  striata,  superne  luteo-castanea,  inferne  vi- 
ridescentenigra;  spira  conico-depressa,  vertice  nudo;anfr.  5, 
ad  peripheriam  vis  angulati,  suturam  canaliculatam,  margina- 
tam  separati,  ultimus  antice  parum  dilatata  ;  apertura  subro- 
tundata,  superne  angulata  ad  cristam  umbilici  incisa,  intus 
albanigro-unizouata,peristomum  simples  parum dejectum  oper- 
culum  arctispirum,  margine  lamellosum.  Diam.  maj.  29  mm. 
min.  25  mm.  ait.  15  mm. 

Cette  espèce,  qui  ressemble  aux  C.  crosseanus  Hid,  s'en  dis- 
tingue par  l'absence  de  côtes  circulaires  à  la  face  supérieure 
des  tours  de  spire  par  sa  suture  canaliculée  et  bordée  d'un 
bourrelet  assez  saillant,  enfin  par  la  crête  de  l'ombilic  plus 
fine,  plus  saillante  et  se  terminant  au  péristome  par  une  échan- 
crure  plus  profonde. 


Hab.  Equateur.  Cette  espèce  a  été  envoyée  par  M.  A.  Cousin 
qui  l'avait  reçue  de  son  ami,  M.  Rafaël  Vescones,  et  c'est  à  la 
prière  de  M.  Cousin  que  je  me  suis  fait  un  plaisir  de  donner 
à  cette  espèce  le    nom   de    celai   qui   l'a    découverte. 

Df    JOUSSEAUJIE. 


LA  FORET  DE  C ARNELLE 

ET  LA  PIERRE-TURQUAISE 


On  a  beaucoup  parlé,  il  y  a  quelques  mois,  de  la  forêt 
de  Carnelle,  domaine  de  l'État,  dont  une  partie  très 
importante  devait  être  abandonnée  k  un  propriétaire  des 
environs,  en  échange  d'autres  terrains,  équivalents  en 
surface,  sinon  en  valeur. 

Ce  projet  de  marché  a  soulevé  contre  lui,  dans  la 
presse  politique,  un  important  courant  d'opinions.  Parmi 
les  nombreux  inconvénients  signalés,  économiques  et 
autres,  on  reprochait  à  cet  échange  de  priver  les  popula- 
tions voisines  et  les  Parisiens  de  l'une  de  leurs  prome- 
nades favorites. 

Peut-être  y  a-t-il  là  un  peu  d'exagération.  La  forêt  de 
Carnelle  est  certainement  une  des  moins  connues,  malgré 
sa  proximité  de  Paris.  C'est  à  peine  si  le  tourisme  mo- 


derne commence  à  s'en  occuper  et  même,  sans  lui,  on 
aurait  pu  aliéner  complètement  ce  domaine,  il  y  a  une 
dizaine  d'années,  sans  que  cela  fit  le  moindre  bruit  ail- 
leurs que  dans  les  environs  immédiats. 

Actuellement  encore,  on  peut,  même  le  dimanche, tra- 
verser entièrement  la  forêt  sans  rencontrer  d'autres  per- 
sonnes que  les  quelques  habitants  des  villages  voisins  se 
rendant  de  l'un  à  l'autre. 

Avant  la  campagne  de  presse  ainsi  soulevée,  les  Pari- 
siens, pour  la  plupart,  ignoraient  l'existence  de  cette  fo- 
rêt, qui  compte  cependant  parmi  les  plus  belles,  les  plus 
accidentées,  et  les  plus  pittoresques  des  environs  de 
Paris. 

Située  entre  les  forêts  très  connues  de  l'Isle-Adam  et 
de  Chantilly,  elle  n'a  aucune  localité  importante  à  proxi- 
mité pour  la  désigner  à  l'attention  et  la  faire  connaître. 

Les  naturalistes  seuls  et  principalement  les  botanistes 
et  les  entomologistes  y  viennent  en  assez  grand  nombre, 
mais  pas  encore  autant  qu'il  le  faudrait  pour  l'intérêt 
exceptionnel  qu'elle  présente  à  leur  point  de  vue. 

Seuls  les  géologues  ont  peu  à  y  trouver,  et  cependant 
la  richesse  de  la  faune  et  de  la  flore  est  la  conséquence 
directe  de  la  constitution  du  sol. 

La  forêt  de  Carnelle  occupe  en  effet  le  sommet  d'une 
colline  en  promontoire,  située  entre  la  vallée  de  l'Eyseux 
au  nord,  la  vallée  de  l'Oise  à  l'ouest,  et  le  profond  ravin 
du  petit  ru  de  Presles  au  sud-ouest. 

Depuis  la  base,  au  niveau  de  la  craie  de  Meudon  à 
Bclemnitella  mueronata  qui  affleure  sur  tout  le  pourtour 
nord  et  ouest,  jusqu'au  sommet,  au  poteau  de  Carnelle, 
au  niveau  des  meulières  de  Beauce,  sur  une  hauteur  de 
169  mètres,  de  la  cote  40  à  la  cote  209,  la  plupart  des 
étages  du  tertiaire  parisien  sont  représentés  en  profon- 
deur et  en  affleurement. 

Malheureusement,  les  exploitations  sont  rares  et  on  a 
bien  de  la  peine  à  voir  sur  les  flancs  quelques  écorchures 
caractéristiques  permettant  l'étude  d'un  petit  nombre 
de  ces  formations. 

A  la  base,  sur  le  versant  nord,  viennent  s'appuyer  les 
premiers  vestiges  de  l'étage  de  Bracheux  sous  forme 
de  sables  et  poudingues  de  Coye,  cette  formation  côtière 
si  intéressante,  spéciale  aux  environs  de  ce  dernier  vil- 
lage. 

L'argile  plastique  et  ses  sables  sont  pour  ainsi  dire 
invisibles  directement, mais  l'existence  des  parties  imper- 
méables de  cet  étage  est  mise  en  évidence  par  la  nappe 
d'eau  constante  qu'elles  retiennent  et  qui  alimente  de 
nombreuses  sources  et  les  puits  d'une  ceinture  de  vil- 
lages groupés  à  ce  niveau  pour  cette  raison  vitale  ; 
Viarmes,  Asaières-sur-Oise,  Noisy,  Nointel  et  Presles. 
Les  cressonnières  de  la  vallée  du  ru  de  Presles  sont 
aussi  alimentées  par  ces  eaux. 

Les  sables  inférieurs  du  Soissonnais,  et  la  glauconie 
grossière  sont  peu  visibles,  entre  Viarmes  et  Saint- 
Martin-du-Tertre. 

Le  calcaire  moyen  et  inférieur  peut  encore  être  exa- 
miné en  affleurement  peu  important  dans  la  tranchée  de 
la  route  de  Beaumont.  Il  présente  même  là  des  fractures 
curieuses  et  des  traces  d'elTondrement  sur  les  flancs  de 
la  colline,  par  suite  du  ravinement  naturel  résultant  du 
le  départ  lent  des  sables  sous-jacents. 

Le  calcaire  grossier  supérieur  est  encore  un  peu 
exploité  sous  forme  de  caillasses,  au-dessus  de  la  gare 
de  Presles. 

Les  sables  et  grès  de  Beauchamp,  visibles  par  places 


LE     NATURALISTE 


251 


dans  les  chemins  creux,  ne  sont  pas  exploités,  mais  ils 
donnent  lieu  à  des  observations  intéressantes;  nous  y 
reviendrons  spécialement  plus  loin. 

La  formation  do  Saint-Ouen,  ainsi  que  les  sables  et 
marnes  infra-pypscux  sont  presque  invisibles, 

Le  pypse,  dont  l'épaisseur  est  encore  ici  d'une  ving- 
taine de  mètres,  a  été  exjiloité  souterrainemenl  vers  l'est; 
quoique  peu  visible,  à  cause  du  limon  qui  recouvre  ses 
affleurements,  sa  présence  est  décelée  par  l'imperméabi- 
lité de  ses  couches  marneuses  et  par  la  composition 
chimique  des  eaux  qui  ruissellent  à  sa  surface.  Il  n'est 
pas  rare  de  trouver  à  ce  niveau  des  eaux  contenant  par 
litre  présde  2gram- 
mes  de  sulfate  de 
chaux,  c'est-à-dire 
bien  près  de  la  satu- 
ration. 

Les  marnes  supé- 
rieures au  gypse  et 
les  marnes  à  huîtres 
(Ostrealongirostris  et 
0.  cyalhula)  qui  re- 
posent directement 
sur  les  précédentes 
par  suite  de  l'ab- 
sence complète  du 
travertin  de  Brin 
déterminent  encore 
un  niveau  d'eau  très 
constant  et  assez, 
abondant  qui  ali- 
mente les  puits  de 
St-Martin-du-Tertre 
et  quelques  sources 
dans  la  forêt. 

Au-dessus  vien- 
nent enfin  les  sables 
de  Fontainebleau  et 

la  meulière   de 
Beauce  donnant  lieu 
à    quelques    petites 
exploitations. 

Cette  grande  va- 
riété dans  la  com- 
position géologi([ue 
et  minéralogique  du 
sol  a  naturellement 
déterminé  un  clas- 
sement très  intéres- 
sant dans  la  végéta- 
tion, depuis  les  plus 
petites  espèces  jusqu'aux  arbres  magnifiques.  Certaines 
futaies  de  la  forêt  de  Carnelle  peuvent  rivaliser  avec  les 
plus  belles  de  Compiègne. 

De  cette  combinaison  naturelle  des  éléments  minéraux 
et  végétaux  dépend  enfin  une  remarquable  variété  dans 
la  faune. 

Les  épaisseurs  relatives  de  toutes  les  formations 
géologiques  de  cette  colline  ne  varient  pas  sensiblement 
d'un  côté  à  l'autre.  Il  en  résulte  une  symétrie  aussi 
exacte  que  possible  sur  tous  les  versants,  et  une  remar- 
quable similitude  de  profil  pour  toutes  les  routes  allant 
du  bas  au  sommet.  En  suivant  l'un  quelconque  de  ces 
chemins,  on  voit  la  pente  s'infléchir  ou  se  relever, 
suivant  qu'onestsur  une  couche  plus  ou  moins  résistante. 


Dolmen  de  la  Pierrc-Turquaise. 


Un  des  principaux  buts  d'excursions  de  la  forêt  de 
Carnelle  est  la  Pierre-Turquahe.  C'est  une  belle  allée 
couverte  à  moitié  engagée  dans  le  sol,  elle  est  des  mieux 
conservées  et  une  des  plus  typiques  qu'on  puisse  voir 
aux  environs  immédiats  de  Paris. 

La  description  de  ce  dolmen  n'est  plus  à  faire;  cepen- 
dant, nous  devons  nous  y  arrêter  un  pen  à  cause  de  sa 
situation  géologique. 

Un  assez  grand  nombre  de  monuments  mégalithiques 
étonnent  par  la  nature  de  leurs  matériaux,  très  différents 
de  ceux  qu'on  peut  trouver  sur  place  ou  à  proximité,  ils 
témoignent   des  puissants  efforts  qu'ils  ont  dû  coûter  à 

leurs  auteurs  ,  pour 
amener  de  loin  et 
généralement  de 
points  beaucoup 
plus  bas  les  énormes 
masses  qui  les  cons- 
tituent. 

Mais,  le  plus  sou- 
vent, les  matériaux 
étaient  pris  dans  le 
voisinage  immédiat. 
C'est  le  cas  de  la 
Pierre  -  Turquaise 
dont  la  construction 
a  dû  demander  bien 
peu  d'efforts.  La  ta- 
ble de  recouvrement 
formée  de  trois  gros 
blocs  de  grès,  a 
H  m.  50  de  longueur 
totale  et  3  mètres  de 
largeur  moyenne; 
elle  est  bien  loin 
d'être  une  des  plus 
volumineuses  du 
genre,  mais  un  des 
blocs  nedoitpas  ce- 
pendant pesermoins 
de  22  tonnes. 

Or,  cette  table  est 
exactement  à  son  ni- 
veau géologique  :elle 
appartient  à  la  cou- 
che de  grès  volumi- 
neux qui  forme  au 
nord  et  au  nord-est 
de  Paris  un  lit  pres- 
que constant  dans 
les  sables  de  Beau- 


champ  supérieurs. 

Les  architectes  robenhausiens  n'ont  eu  ici  qu'à  déga- 
ger la  table  naturelle  et  à  déplacer  et  faire  basculer  les 
blocs  voisins,  pour  former  les  pieds  droits  et  les  pierres 
de  fermeture  du  vestibule  antérieur. 

Ce  banc  de  grès  existant  au  même  niveau  dans  toute 
la  région  et,  en  particulier,  sur  tout  le  pourtour  de  la 
forêt  de  Carnelle,  a  dû  fournir  ailleurs  les  mêmes  faci- 
lités; la  Pierre-Turquaise  ne  devait  pas  être  isolée.  La 
dénudation  des  flancs  de  la  colline  a  sans  doute  détruit 
des  dolmens  semblables  et  peut-être  même  en  existe-t-il 
encore  sous  le  limon  et  la  végétation. 

Enfin,  on  ne  peut  parler  de  la  forêt  de  Carnelle  sans 
signaler  les  splondides  panoramas  qu'on  voit  de  beaucoup 


252 


LE     NATURALISTE 


de  points  et  en  particulier  des  deux  versants,  au  village  de 
Saint-Martin-du-Tertre. 

Au  sud,  on  a  devant  soi  toutes  les  collines  analogues 
du  nord  de  Paris  :  on  les  réunitpar  la  pensée  et  on  com- 
prend l'immense  travail  des  temps  géologiques,  qui 
ont  produit  lentement  l'isolement  de  toutes  ces  hauteurs 
antérieurement  réunies.  Si  connu  que  soit  maintenant 
ce  phénomène,  c'est  toujours  pour  le  ,géologue  un  jiro- 
fond  sujet  de  méditation  qu'un  pareil  coup  d'œil. 

Au  nord,  outre  les  mêmes  phénomènes  de  dénudation, 
on  voit  les  premières  manifestations  orientales  nette- 
ment définies  de  l'accident  géologique  du  pays  de  Bray. 

Henri  Boursault. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  A  céder  les  lots  et  collections  de  Coléoptères  ci-après 
désignés.  S'adresser  à  «  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle  », 
46,  rue  du  Bac,  Paris. 

Collection  de  Staphylinides  europ.  et  exoti- 
ques, 780  espèces,  10  cartons.  Prix  :  80  fr. 

t.ot  de  Stapliylinides,  Cryptophagides 
Liathi>idiides,i%iiisotoiuides,Scydinénides, 
Cîssides,  etc.  Environ  400  espèces,  1200  exempl., 
8  cartons.  Prix  :  80  fr. 

Collection  de  Leptodérides,  IVéci-opho- 
ridee,  $mpiiildes  europ.  et  exotiques.  96  espèces. 
778  exempl.,  4  boîtes.  Nombreuses  variétés  et  exem- 
plaires de  provenances  diverses.  Prix  :  75  fr. 

t.ot  de  Chrysomélides  europ.  et  exotiques, 
2.308  espèces,  2.875  exempl.,  58  cartons.  Un  bon 
nombres  d'espèces  africaines  sont  typiques  et  ont  servi 
à  Vogel  pour  faire  sa  monographie.  Prix  :  4S0  fr. 

tiotd'Hispides,  exotiques,  60  espèces,  6S  exempl. 
i  carton.  Prix  :  12  fr. 

Collection  de    Coceinellides,    110   espèces, 

329  exempl.,  2  cartons  doubles.  Prix  :  23  fr. 

Collection  de  Coccinellide»,  47  espèces, 
559  exempl., 2  cartons.  Prix  :  30  fr. 

Liot  de  Scymnus  à  Litophilus  inclus, 
47  espèces,  332  exempl.,  1  carton.  Prix  :  20  fr. 

Collection  de  Curculionides  et  Xylo- 
phages,  880  espèces,  3.416  exempl.,  27  cartons. 
Prix  :  175  fr. 

Lot  de  Curculionides,  95  espèces,  383  exempl., 
4  cartons.  Prix  30  fr. 

Lot  de  Coecinellides  européens  et  exotiques. 
78  espèces,  246  exempl.,  1  boite.  Prix  :  20  fr. 

Lot  de  Dytiscides,  Cyrinides  europ.  et 
exotiques,  78  espèces,  246  exempl.,  1  boite.  Prix  :  20 fr. 

Collection  de  Scolytidee,  83  espèces,  674 
exempl.,  3  boites.  Prix  :  40  fr. 

Lot  de  Claphyrides  europ.  et  exot.  44  espèces 
et  variétés,  65  exemplaires,  i  carton.  Prix  :  10  fr. 

Lot  de  Curculionides,  171  espèces,  375  exempl., 
2  cartons.  Prix  :  25  fr. 

—  A  vendre  les  lots  ci-après  de  Coquilles  et  Fossiles 
(même  adresse  que  ci-dessus). 

Un  lot  de  Coquilles  marines  et  terrestres  do  Illau- 
rice,  environ  128  espèces  et  277  exemplaires.  —   00  fr. 

Un  lot  do  Coquilles  de  Cuba  (terrestres)  compre- 
nantae  nombreuses  Hélix,  Strophia,Choanopama,  Cnon- 
dropoma,  Ilelicina,  48  espèces,  65  exemplaires.  —  55  fr. 

Une  collection  de  Fossiles  du  dévonien  du  Pas- 
de-Calais,  25  espèces,  38  exemplaires.  —  20  fr. 


Une  collection  Buliinus  de  IVouvelle-Calédo- 

nie  12  espèces,  15  exemplaires,  parmi  lesquelles  Bulimus 
Mariei. —  12  fr. 

—  Lot  de  plantes  des  Alpes  comprenant  128  es- 
pèces diiférentes  et  plus  de  200  exemplairesparfaitement 
déterminés  avec  l'altitude  et  le  lieu  de  la  récolte  (ces 
plants  ne  sont  pas  collés),  prix  2o  francs  (même  adresse 
que  ci-dessus). 

—  On  demande  pour  un  musée  d'histoire  naturelle 
d'une  grande  ville  de  province  un  préparateur  taxider- 
miste. S'adresser  aux  bureaux  du  journal. 


ANIMAUX 


Mythologiques,  légendaires,  historiques,  illustres, 

célèbres,  curieux  par  leurs  traits  d'intelligence, 

d'adresse,  de  courage,   de   bonté,    d'attachement, 

de  reconnaissance,  etc. 


Hippopotame. —  Il  fut  peu  connu  des  anciens,  qui 
en  firent  presque  toujours  des  descriptions  absurdes, 
ainsi  que  nous  le  verrons  tout  à  l'heure. 

Si  nous  en  croyons  le  sentiment  de  beaucoup  de  sa- 
vants, entre  autres  de  Bochart  (Hierozoicon),  l'hippopo- 
tame ne  serait  autre  que  le  béhémoth  de  la  Bible,  comme 
le  Uviathan  serait  son  commensal  du  Nil,  le  crocodile. 

nicnu  {Béhémoth),  les  bêtes,  est  un  pluriel  servant, 
suivant  l'habitude  hébraïque,  à  exagérer  la  signification 
du  mot,  à  lui  donner  un  extra-superlatif,  comme, 
d'ailleurs,  le  mot  Q'îItN  (Etoïm),  qui  désigne  Dieu, 
signifie  littéralement  :  Dieux  forts,  eux  Dieux  forts.  Le 
pluriel  Be/iemot/j  (singulier  nona,  6(î/tt'ma/i),  représente 
donc  une  bête  énorme,  ou  du  moins  remarquable  absolu- 
ment par  l'intensité,  l'exagération  d'une  ou  de  plusieurs 
de  ses  facultés. 

Les  Septante,  dans  la  traduction  grecque  qu'ils  firent 
des  Livres  Saints  à  la  prière  de  Ptolémée  Philadelphe, 
roi  d'Egypte  (285-247  av.  J.-C),  ont  traduit  le  pluriel 
béhémoth  hébreu  par  le  pluriel  grec  9rip(a  (singulier  :  6»ipiov), 
bêtes  sauvages;  mais  ils  ont  altéré  le  texte,  en  supprimant 
un  mot,  comme  je  le  dirai  tout  à  l'heure.  La  Vulgate,  — 
le  latin  dans  les  mots  brave  l'honnêteté,  —  a  été  moins 
collet  monté  que  le  grec  des  Septante  (1)  :  elle  a  tout 
mis. 

Voici  le  passage  de  Job  (XL,  10-19)  où  il  est  question 
de  l'hippopotame  : 

10.  —  Vois  Béhémoth,  que  j'ai  fait  comme  toi; 

Il  mange  l'herbe,  ainsi  que  le  b<euf. 

11.  —  Sa  force  est  dans  ses  reins, 

Et  sa  vigueur  dans  le  nombril  de  son  ventre. 

12.  —  Il  dresse  (ou  agite)  sa  queue  comme  un  cèdre; 

Les  nerfs  de  ses  cuisses  sont  entrelacés. 

13.  —  Ses  os  sont  comme  des  tubes  d'airain, 

Et  ses  côtes  comme  des  barres  de  fer. 

14.  —  Il  est  le  chef-d'œuvre  du  Dieu  iovi  (Elo'im), 

Et  son  créateur  dirige  son  glaive. 
1.?.  —  Les  montagnes  [ou  collines)  lui  fournissent  l'her- 

(bage, 
Au  lieu  où  s'ébattent  tous  les  animaux  des  champs. 

16.  —  Il  se  couche  à  l'ombre  des  lotus, 

Dans  l'épaisseur  des  roseaux  et  des  marais. 

17.  —  Les  lotus  lui  procurent  l'ombrage. 

Et  les  saules  du  fleuve  l'environnent.  i 


(1)  Je   me    suis  toujours    demandé    pourquoi    l'on    dit:  les 
LXX;  ils  étaient  LXXIl  docteurs  de  la  Loi. 


LE     NATURALISTE 


253 


18. 


19.  — 


Que  le  fleuve  le  submerge,  il  ne  s'en  épouvante  pas 
Lo  Jourdain  déborderait  sur  sa  face,  uu'il  ne  s'en 

(émeuvrait  pas. 
Qu'on  le  prenne  donc  en  face  avec  l'hameçon? 
Qu'on  lui  perce  les  narines  avec  des  lions'? 


Le  deuxième  hémistiche  du  verset  12  est  ainsi  traduit 
par  les  LXX  :  Ta  S;  veCoa  aù-coO  <j'j|jnt£Ti),£îiTa'.  :  Ses  )iei'/'s  sont 
entrecroises  ;  or,  l'hébreu  dit  :  1203  nnï?3  nu 

erujil  ramificati  ejus  verecundiœ  nervi, 
ce  que  la  Vulgale  traduit  par  :  nervi  testiculorum  ejus 
perplexi  sunt.  La  paraphrase  chaldéenne  donne  exacte- 
ment h^s  expressions  hébraïques  ;  mais  les  versions 
syriaque  et  arabe,  se  conformant  à  celles  des  LXX, 
suppriment  lo  mot  qui,  précisément,  intentionnellement, 
donne  l'idée  que  se  faisait  de  la  force  du  monstre  l'au- 
teur du  livre  de  Job.  Pourquoi  cette  suppression"?  Que 
vient  faire  ici  cet  intempestif  hoquet  de  pudeur,  quand 
le  Cantique  des  Cantiques  est  laissé  tel  quel,  avec  toutes 
les  intempérances  de  langage  nées  do  la  riche  imagina- 
tion de  son  auteur  et  de  son  oriental  temjiérament  '! 

On  a  beaucoup  discuté  sur  ce  Béhcmoth,  et  beaucoup 
de  commentateurs  ont  cru  y  voir  l'Éléphant.  Mais  le  sa- 
vant Bochart  iHierozoicon,  sive  de  animalibus  S.  Scripturse, 
tom.  in,  i).705)  a  victorieusement  et  savamment  démon- 
tré le  contraire.  En  paraphrasant  ce  passage  de  l'histoire 
de  Job,  Lesêtre  dit  {Dict.  de  la  Bible,  par  F.  Vigouroux, 
t.  I,p.  1555,  article  Béhémoth)  :  »  Tous  ces  traits  convien- 
nent parfaitement  à  l'hippopotame,  tel  que  le  décrivent 
les  naturalistes.  Il  est  herbivore,  et  par  conséquent 
«  mange  l'herbe  comme  le  bœuf  »  ;  les  montagnes,  c'est- 
à-dire  les  collines  qui  bordent  les  fleuves,  «  lui  fournis- 
sent l'herbage  »,  et  «  les  animaux  des  champs  s'ébattent  » 
sans  danger  autour  de  lui,  parce  qu'ils  n'ont  pas  à 
craindre  d'être  dévorés,  et  que,  malgré  ses  fureurs, 
l'hippopotame  a  l'allure  trop  pesante  pour  pouvoir  les 
atteindre.  Il  est  amphibie;  par  conséquent  habite  au 
fond  des  eaux,  et  ne  redoute  point  «  l'invasion  des  flots  ». 
Il  est  d'une  vigueur  extraordinaire  :  ses  os,  ses  muscles, 
sa  queue,  qui  est  courte  mais  solide  «  comme  un  cèdre  »  ; 
ses  dents  tranchantes,  qui  sont  comme  «  son  glaive  », 
sa  forme  trapue,  tout  en  lui  révèle  une  force  merveil- 
leuse. Aussi  est-il  un  chef-d'œuvre  de  la  puissance  divine, 
mais  l'homme  ne  peut  le  prendre  en  face,  ni  le  domes- 
tiquer, en  lui  perçant  les  narines,  comme  il  le  fait  pour 
d'autres  animaux.  On  voit  que  la  plupart  de  ces  traits 
ne  conviennent  pas  à  l'éléphant.  » 

En  efl'et,  précisément  à  l'époque  où  le  poète  oriental  a 
écrit  le  livre  de  Job  (les  principaux  exégètes  mettent 
cette  époque  vers  700  ans  avant  Jésus-Christ),  les  élé- 
phants domestiqués,  les  éléphants  de  guerre  étaient  d'un 
usag(;  courant;  le  poète  n'eût  donc  pas  dit  :  Essayez  donc 
de  soumettre  cet  animal?...  —  Il  était  soumis  depuis 
longtemps. 

D'un  autre  coté,  il  ne  faudrait  pas  trop  s'attarder  non 
plus  auprès  du  pluriel  béhémoth  du  singulier  béhèma. 
Nous  devons  remarquer,  avec  l'illustre  Bochart,  que  ce 
pluriel  ])0urrait  lui-même  être  un  singulier  en  égyptien; 
en  efl'et,  la  terminaison  oth  affecte  le  singulier  de  beau- 
coup de  mots  en  cette  langue;  tels  sont  :  Toth,  Phame- 
noth,  Phaoth,  noms  de  mois;  soth,  chien;  omoth,  troi- 
sième principale  étoile  du  Capricorne;  anoth,  orpin; 
mothoth,  grande  chélidoine  ;  cathoth,  polium  ;  tithoth, 
cyclamen,  etc.,  etc.  Béhémoth  pourrait  donc  parfaite- 
ment avoir  été,  en  Egypte,  le  nom  d'un  animal  particu- 
lier, le  nom  de  l'hippopotame,  dont  la  figure  se  trouve 


d'ailleurs  gravée  sur  bien  des  monuments;  pourtant,  son 
nom  populaire  parait  avoir  été  Foras-l'har,  cheval  du 
fleuve,  que  les  Grecs  s'empressèrent  de  traduire  par 
ranonoTaiio;  ;  et  c'est  d'après  cette  étymologie,  d'après  ce 
nom,  que  les  auteurs  anciens,  «  qui  n'avaient  jamais 
vu  d'hippopotame  »,  firent  de  cet  animal  les  descriptions 
étranges  que  je  vais  rapporter,  lui  donnant  la  queue  et  la 
crinière  du  cheval,  etc. 

Dans  les  ruines  de  Thèbes,  on  a  trouvé  un  temple  qui 
lui  était  consacré  et  l'on  y  voit  des  Égyptiens  le  chassant 
(Wilkinson,  Ancient  Egyptians,  tome  II,  p.  128);  on  voit 
une  autre  de  ces  chasses  sur  un  bas-relief  de  Memphis 
(Maspero,  etc.). 

Plutarqua  (Sur  Isis  et  Osiris,  chap.  xx.xii)  nous  dit  : 
((  ...  Les  prêtres  (égyptiens)  ont  horreur  de  la  mer.  Pour 
le  même  motif,  ils  ont  un  dégoût  prononcé  contre  le 
poisson.  Ainsi  à  Sais,  dans  le  vestibule  du  temple  de 
Minerve  ('?),  on  voyait  gravés  un  enfant,  un  vieillard,  un 
épervier;  immédiatement  après  était  dessiné  un  poisson 
et,  à  la  suite  de  toutes  ces  figures,  un  hippopotame. 
C'était  une  série  de  symboles  qui  voulaient  dire  :  «  O 
vous  qui  naissez  à  la  vie,  ô  vous  qui  allez  en  sortir.  Dieu 
déteste  l'impudence,  »  Et,  à  la  fin  du  chapitre,  Plutarque 
ajoute  :  »  L'hippopotame  marque  l'impudence,  chez  les 
Égyptiens,  car  on  dit  que  cet  animal,  après  avoir  tué 
son  père,  s'accouple  avec  sa  mère.  »  Il  répète  encore 
cette  assertion  dans  son  dialogue  intitulé  ;  Quels  animaux 
sont  les  plus  intelligents,  des  terrestres  ou  des  aquatiques? 
chap.  IV  :  «  On  trouvera  une  différence  sensible  si  l'on 
compare  les  cigognes  et  les  hippopotames  ;  les  premières 
nourrissent  leurs  pères,  les  seconds  les  tuent  afin  de 
s'accoupler  avec  leurs  mères.  » 

Horus  Apollo,  qui  traduisit  en  grec  un  certain  nombre 
d'hiéroglyphes  (environ  cent  quatre-vingt-dix),  en  donne 
deux  relatifs  à  cet  animal  :  «  (Livre  I,  hiérog.  liv). 
Deux  cornes  du  pied  de  l'hippopotame,  tournées  en  bas  ■' 
—  Ces  deux  cornes  désignent  l'ingrat  et  l'injuste.  Lorsque 
l'hippopotame  est  devenu  fort,  il  essaye  ses  forces  contre 
son  père,  et  si  son  père  cède,  il  le  laisse  vivre,  lui 
assigne  un  lieu  pour  passer  le  reste  de  ses  jours,  et 
épouse  sa  mère.  Si  son  père  veut  empêcher  cette  con- 
jonction, il  profite  de  la  supériorité  de  ses  forces  pour  le 
tuer.  »  —  «  (Livre  II,  hiérog.  xxxix).  L'hippopotame.  — 
L'hippopotame  désigne  le  dommage.  » 

Du  reste,  en  Egypte,  le  sort  de  l'hippopotame  était 
difïérent,  suivant  les  localités  qu'il  habitait  :  on  le  met- 
tait à  mort  dans  le  nome  d'IIermopolis,  comme  étant  le 
symbole  de  Typhon,  dieu  du  mal;  mais  on  l'adorait  à 
Paprémis,  où  il  était  consacré  au  Nil  lui-même. 

Porphyre  {De  la  nourriture  des  animaux,  livre  III, 
ch.  xxiv)  répète  le  racontar  de  Plutarque,  relatif  aux  pré- 
tendues mœurs  de  l'hippopotame  :  «  ...  On  s'est  demandé 
quels  sont  les  plus  portés  vers  la  vertu,  des  animaux  ter- 
restres ou  des  aquatiques  ;  cela  peut  s'étudier  dans  les 
chevaux  terrestres  et  les  chevaux  marins  ;  effectivement, 
ceux-là  nourrissent  leurs  pères,  et  ceux-ci  les  tuent  pour 
s'accoupler  avec  leurs  mères.  » 

Inutile  de  faire  remarquer  que  l'hippopotame  n'a  jamais 
pris  un  bain  de  mer. 

Voyons  maintenant  ce  que  disent  de  cet  animal  nos 
autres  vieux  auteurs. 

Aristote  en  parle  de  la  manière  suivante  dans  son  His- 
toire des  animaux,  livre  II,  chap.  iv,  §  2  :  «  Le  cheval  de 
rivière,  l'hippopotame  d'Egypte,  a  une  crinière  comme  le 
cheval;  il  a  le  pied  fendu,  comme  le  bœuf;  son  mufle  est 


254 


LE     NATURALISTE 


recourbé;  il  a  aussi  un  osselet,  comme  les  animaux  à 
pied  fendu,  et  des  dents  saillantes  qui  paraissent  à  peine. 
Il  a  la  queue  du  porc  et  la  voix  du  cheval.  Sa  grandeur 
se  rapproche  de  celle  de  l'âne,  et  son  cuir  est  tellement 
épais  qu'on  peut  en  faire  des  dards.  Ses  organes  intérieurs 
ressemblent  à  ceux  du  cheval  et  de  l'âne.  » 

Or,  l'hippopotame  n'a  pas  de  crinière  ;  il  n'a  pas  le  pied 
fendu  comme  le  bœuf  :  il  a  quatre  ongles  ;  son  mufle 
n'est  recourbé  ni  en  haut,  ni  en  bas  :  il  est  comme  celui 
du  bufile,  mais  énorme;  il  n'a  pas  de  dents  saillantes, 
c'est-à-dire  de  défenses  ;  sa  queue  ne  ressemble  aucune- 
ment à  celle  du  porc;  il  ne  hennit  pas  comme  le  cheval, 
mais  mugit  plutôt  comme  le  buffle;  il  est  gros,  non  pas 
comme  un  âne,  mais  comme  une  douzaine  d'ânes;  son 
cuir,  fort  dur  et  fort  épais,  n'a  jamais  pu  servir  à  fabri- 
quer des  dards.  A  part  ces  menus  détails,  tout  le  reste 
est  exact. 

Evidemment,  Aristote  n'a  jamais  vu  d'hippopotame, 
pas  plus  d'ailleurs  qu'Hérodote,  à  qui  l'on  suppose  qu'il 
a  emprunté  cette  mirifique  description.  Buffon  a  cru 
devoir  réfuter  ce  passage  de  l'illustre  philosophe,  dans 
l'article  Hippopotame  de  son  Histoire  naturelle,  où  il  cite 
un  livre  de  Frederico  Zerenghi  (1603),  chirurgien  de 
Narni,  en  Italie,  qui,  le  20  juillet  1600,  en  tua  deux  sur 
les  bords  duNil,eten  donna  une  description  minutieuse. 
Buffon  la  cite  tout  entière,  et  elle  est  fort  exacte. 

Voici  comment  Hérodote  parle  de  l'hippopotame  [His- 
toire, liv.  II,  chap.  Lxxi)  :  «  Les  hippopotames  sont  sa- 
crés dans  le  nome  Papremite  ;  dans  tout  le  reste  de  l'E- 
gypte, ils  ne  le  sont  pas.  "Voici  ce  que  ces  animaux  ont 
de  particulier.  L'hippopotame  en  un  quadrupède  ;  il  a  la 
corne  des  pieds  fendue,  les  ongles  du  bu^uf,  le  museau 
aplati,  les  dents  saillantes,  la  crinière  et  la  queue  d'un 
cheval,  dont  il  a  également  le  hennissement  ;  sa  grandeur 
est  celle  d'un  bœuf  de  haute  taille  ;  sa  peau  est  tellement 
épaisse  que,  lorsqu'elle  est  sèche,  l'on  peut  en  faire  des 
javelots  polis,  u 

Aujourd'hui  —  et  depuis  longtemps  —  elle  sert  tout 
bonnement  à  fabriquer  des  courbach'>,s  pour  les  mar- 
chands d'ivoire  et  de  nègres. 

Qui  croirait  que  le  célèbre  naturaliste  Charles  d'Or- 
bigny  (ou  l'un  de  ses  collaborateurs,  son  illustre  frère 
Alcide,  peut-être),  a  trouvé  à  peu  près  exacte  cette  pré. 
tendue  description  de  l'hippopotame  '?  Si  nous  ouvrons  le 
Dictionnaire  universel  d'histoire  naturelle,  t.  'VII,  p.  207, 
nous  y  lisons  :  «  L'hippopotame  parait  avoir  été  bien 
connw  dans  l'antiquité,  quoi  qu'on  en  dise.  Sans  afBrmer, 
comme  l'a  fait  Buffon  sur  la  foi  de  Bochart,  qu'il  est  le 
Behémolh  des  Hébreux,  dont  il  est  parlé  dans  le  livre  de 
Job,  il  est  certain  que  le  plus  ancien  des  historiens,  Hé- 
rodote, l'a  décrit  d'une  manière  très  RECONNAlSSA- 
BLE,  .MALGRÉ  QUELQUES  ERREURS,  qui  prouvent  que  sa 
description  n'a  pas  été  faite  de  visu,  quoique  ce  père  des 
historiens  ait  habité  longtemps  l'Egypte.  D'ailleurs,  il 
est  le  seul  qui  ait  à  peu  près  indiqué  la  véritable  taille 
de  ce  monstrueux  animal,  en  disant  qu'il  est  de  celle  des 
plus  grands  bœufs.  » 

Parfaitement.  Il  est  de  la  taille  des  plus  grands  bœufs, 
et  même  au  delà;  mais  le  pied  du  bœuf,  le  museau  aplati, 
les  dents  saillantes,  la  crinière  et  la  queue  du  cheval,  le 
hennissement,  les  javelots  faits  avec  sa  peau—  c'est-à-dire 
la  description  entière  de  l'animal  —  tout  cela  constitue- 
t-il  pour  le  Père  de  l'histoire,  un  titre  à  l'exactitude  de 
ses  descriptions  '?  Et  qui  reconnaîtrait  l'hippopotame  dans 
ces  lignes?  Allons,  allons,  quelque  admiration  que  l'on 


puisse  éprouver  pour  Hérodote,  il  fiut  encore  s'en  tenir 
à  la  sage  boutade  d'Aristote  :  ^'ào;  n),oTùv,  à'û.à  ^a>.\av  r^ 
ilrfiixa,  amicus  Plato,  sed  tnagis  veritas. 

Du  reste,  nous  allons  voir  que  d'autres  illustres  écri- 
vains de  l'antiquité  copient  à  qui  mieux  mieux  ces 
étranges  descriptions,  en  y  ajoutant  même  du  leur. 

Strabou  ne  décrit  pas;  il  parle  simplement  de  l'ha- 
bitat : 

«  {Géographie,  livre  XV,  ch.  xill.)  Les  animaux  qu'on 
rencontre  dans  l'Inde  sont,  à  peu  de  chose  près,  ceux 
de  l'Ethiopie  et  de  l'Egypte;  les  espèces  fluviales  sont  les 
mêmes,  si  l'on  en  excepte  l'hippopotame.  » 

Il  répète  encore  cela  au  chapitre  xlv  du  même 
livre  XV  :  «  Quant  aux  autres  animaux  que  nourrissent 
les  eaux  de  l'Indus,  ce  sont  tous  les  mêmes  que  l'on 
retrouve  dans  le  Nil,  l'hippopotame  excepté.  Encore 
Onésicrite  prétend-il  qu'on  y  trouve  aussi  l'hippopo- 
tame. » 

(Livre  XVI,  ch.  xiv.)  «  ...  Sur  la  côte  même,  en  deçà 
du  promontoire  de  Pytholaùs,  il  y  a  deux  imrhenses 
lacs,  l'un  d'eau  saumàtre  auquel  on  donne  le  nom  de 
mer,  l'autre  d'eau  douce,  qui  nourrit  force  hippopotames 
et  force  crocodiles,  et  sur  les  bords  duquel  le  papyrus 
croit  en  abondance.  » 

Diodore  de  Sicile  décrit  ainsi  l'animal  {Bibliothèque 
historique,  livre  I,  ch.  xxxv)  : 

«  Le  Xil  nourrit  beaucoup  d'animaux  et  d'espèces 
variées;  on  en  distingue  surtout  deux,  le  crocodile  et 
l'hippopotame. 

«  L'hippopotame  n'a  pas  moins  de  cinq  coudées  de 
longueur;  c'est  un  quadrupède  biungulé  (toujours!),  rap- 
pelant la  forme  du  bœuf;  ses  défenses  (';')  sont  plus 
grandes  que  celles  du  sanglier  et  au  nombre  de  trois  sur 
chaque  côté  de  la  mâchoire;  il  a  les  oreilles,  la  queue  et 
la  voix  comme  celles  du  cheval,  et  tout  l'extérieur  du 
corps  semblable  à  celui  de  l'éléphant.  Sa  peau  est  plus 
dure  que  celle  d'aucun  autre  animal.  Il  est  à  la  fois 
fluviatile  et  terrestre.  Il  passe  ses  jours  à  s'ébattre  dans 
la  profondeur  des  eaux  et  les  nuits  à  se  repaître,  sur  le 
sol,  de  blé  et  d'herbes;  de  telle  façon  que  si  la  femelle 
était  très  féconde  et  qu'elle  mît  bas  tous  les  ans,  toutes  les 
moissons  de  l'Egypte  seraient  dévastées.  On  s'empare  de 
cet  animal  à  l'aide  de  harpons  de  fer  qu'on  manœuvre  à 
force  de  bras.  Dès  qu'il  s'est  montré  quelque  part,  on 
dirige  toutes  les  barques  vers  cet  endroit  et,  se  rangeant 
autour,  on  le  blesse  à  coups  de  harpons  munis  de  cro- 
chets de  fer;  après  avoir  fixé  une  corde  à  un  de  ces 
harpons  enfoncés  dans  les  chairs,  ils  la  lâchent  jusqu'à 
ce  que  l'animal  demeure  épuisé  par  la  perte  de  son  sang. 
Sa  chair  est  coriace  et  indigeste.  Aucun  des  viscères  de 
l'intérieur  du  corps  n'est  mangeable.  » 

Pline  s'exprime  ainsi  dans  son  Histoire  naturelle 
(Livre  VIII,  ch.  xxxix)  :  «  On  trouve  dans  ce  même  Nil 
l'hippopotame,  animal  d'une  taille  beaucoup  plus  haute 
{que  le  crocodile).  Il  a  le  pied  fendu  comme  les  bœufs  ;  le 
dos,  la  crinière  et  le  hennissement  du  cheval  ;  le  museau 
relevé,  la  queue  du  sanglier,  et  les  dents  recourbées, 
mais  moins  dangereuses.  Avec  son  cuir,  on  fait  des 
casques  et  des  boucliers  impénétrables  tant  qu'ils  ne 
sont  pas  mouillés.  Il  dévaste  les  moissons;  on  assure  qu'il 
détermine  d'avance,  chaque  jour,  la  moisson  qu'il  ravagera 
le  lendemain,  et  qu'il  entre  à  reculons  dans  le  champ 
pour  mettre  en  défaut  ceux  qui  voudraient  lui  dresser 
des  embûches  à  son  retour. 

«  ...  Marcus  Scaurus,  dans  les  jeux  célébrés  lors  de 


LE     NATURALISTE 


255 


son  édilité,  montra  le  premier  à  Rome  un  hippopotame 
et  cinq  crocodiles  dans  une  pièce  d'eau  creusée  pour 
cette  circonstance,  L'hippopotame  a  même  enseigné  a  la 
médecine  une  de  si-s  opérations  :  quand  une  abondance 
continuelle  d'aliments  l'a  rendu  trop  gras,  il  vient  sur  la 
rive  pour  chercher  des  roseaux  récemment  coupés;  dès 
qu'il  voit  une  tige  très  aiguë,  il  s'y  appuie  et  s'ouvre 
une  veine  à  la  jambe.  S'étant  ainsi,  par  l'écoulement  du 
sang,  débarrassé  du  malaise  qui  le  gênait,  il  couvre  la 
plaie  de  limon...  » 

Et  voilà  comment,  d'après  d'Orbigny,  «  l'hippopotame 
parait  avoir  été  bien  connu  dans  l'antiquité,  quoi  qu'on 
en  dise!...  » 

Et  Pline  l'ancien  vivait  au  i"  siècle  de  notre  ère  (mort 
en  79)... 

Il  continue  ainsi  (livre  XXVIII,  ch.  xxxi)  :  «  Il  est, 
entre  le  crocodile  et  rhippO]]Otame,  une  certaine  affinité, 
car  ils  habitent  le  même  fleuve  et  sont  tous  deux  amphi- 
bies, L'hippopotame  est,  comme  nous  l'avons  déjà  dit, 
l'inventeur  de  la  saignée.  Il  abonde  au-dessus  de  la  pré- 
fecture de  Sais.  La  cendre  de  sa  peau,  appliquée  avec  de 
l'eau,  guérit  les  tumeurs;  sa  graisse,  les  fièvres  froides, 
ainsi  que  sa  fiente  en  fumigations.  Les  dents  du  côté 
gauche  guérissent  les  douleurs  de  dents  :  on  scarifie  les 
gencives  avec.  La  peau  du  côté  gauche  du  front,  appli- 
quée sur  les  aines,  est  antiaphrodisiaque.  On  prend  une 
drachme  du  testicule  dans  de  l'eau  contre  les  serpents. 
Les  peintres  emploient  le  sang  de  cet  animal.  » 
(Ils  ne  devaient  pas  peindre  souvent.) 
Elien  (De  la  nature  des  animaux,  livre  V,  ch.  lui)  se 
fait  l'écho  de  ces  billevesées  :  o  Les  hippopotames,  qui 
vivent  dans  le  Nil,  aussitôt  que  les  moissons  miirissent 
et  les  blés  se  dorent,  y  pénètrent,  mais  après  avoir  exé- 
cuté préalablement  plusieurs  prudentes  circonvolutions, 
de  façon  à  bien  reconnaître  les  lieux;  après  cette  recon- 
naissance, ils  y  pénètrent,  et,  tout  en  broutant,  revien- 
nent à  reculons  vers  le  Nil.  Ils  en  agissent  ainsi  pour 
que  les  cultivateurs,  qu'ils  craignent  de  voir  venir  à  eux, 
les  surprennent  de  face  et  non  de  dos,  de  façon  à  les 
voir  de  plus  loin,  et  d'avoir  ainsi  plus  de  facilité  pour 
plonger  dans  le  fleuve.  » 

(Livre  VII,  ch.  xix.)  «  J'aurai  fait  connaître  l'impiété 
de  l'hippopotame,  quand  j'aurai  dit  qu'il  tue  son  père  et 
le  dévore.  » 

Il  ne  manque  à  ces  descriptions  que  la  signature  de 
M.  Alphonse  Allais. 

Achille  Tatius  donne  l'hippopotame  comme  ayant 
l'apparence  du  cheval,  mais  d'une  taille  beaucoup  supé- 
rieure. Il  l'appelle  aussi  ÊU'phant  d'Egypte,  parce  qu'il  le 
juge  d'une  force  approchant  de  celle  de  ce  grand  pachy- 
derme :  «  Sa  queue,  dit-il  (livre  IV,  ch.  ii),  est  courte 
et  sans  poils,  comme  le  reste  de  son  corps;  sa  tête  est 
ronde  et  grosse  ;  sa  gueule  fendue  jusqu'aux  tempes  ; 
son  menton  est  large,  ses  narines  très  ouvertes,  ses 
dents  canines  recourbées,  pareilles  à  celles  du  cheval, 
mais  trois  fois  plus  grandes.  » 

Ammien  Marcellin  {Rerum  gestarum,  lib.  XXII,  cap.  xv, 
§9)  dit  :  (i  ...  Ce  pays  produit  aussi  l'hippopotame,  le 
plus  intelligent  des  êtres  à  qui  la  raison  est  refusée.  Il  a 
la  forme  du  cheval,  mais  le  pied  fourchu  et  la  queue 
courte.  Deux  traits  suffiront  pour  faire  juger  de  sa  saga- 
cité. C'est  ordinairement  dans  un  épais  fourré  de  ro- 
seaux qu'il  établit  sa  bauge;  il  s'y  tient  coi,  mais  tou- 
jours au  guet,  jusqu'à  ce  qu'il  juge  le  moment  propice 
pour  aller  chercher  pâture  dans  quelque  champ  de  blé. 


Quand  il  est  repu,  il  a  soin,  au  retour,  de  décrire  di- 
verses traces  à  reculons,  pour  confondre  les  pistes  et 
dérouter  les  chasseurs  qui  en  veulent  à  sa  vie.  Autre 
exemple  :  L'hippopotame  mange  avec  excès;  et,  quand 
son  ventre,  épaissi  par  trop  do  nourriture,  engourdit  ses 
mouvements,  il  s'ouvre  les  veines  des  cuisses  et  des 
jambes  en  les  frottant  contre  des  roseaux  fraîchement 
coupés,  afin  d'alléger  sa  réplétion  par  cette  saignée; 
puis  il  enduit  ses  plaies  de  limon  jusqu'à  ce  qu'elles 
soient  cicatrisées.  Ce  rare  et  monstrueux  quadrupède  a 
paru  pour  la  première  fois  dans  un  amphithéâtre  ro- 
main, sous  l'édilitè  de  Scaurus,  fils  de  celui  dont  Cicéron 
prit  la  défense.  On  a  vu  à  Rome  plusieurs  hippopotames 
dans  les  siècles  suivants;  mais  il  ne  s'en  trouve  plus 
aujourd'hui  en  Egypte  (W  siècle),  parla  raison,  disent 
les  habitants,  que  ces  animaux,  se  voyant  pourchassés, 
ont  émigré  vers  les  Blemmyes  [partie  de  l'Ethiopie  très 
reculée).  » 

Solin  {Polyhistor,  ch.  xxxiii)  le  décrit  ainsi  :  «  L'hip- 
popotame naît  dans  le  même  pays  et  le  même  fleuve 
{que  le  crocodile,  le  Nil);  il  a  le  dos,  la  crinière  et  le 
hennissement  du  cheval,  le  museau  relevé,  le  pied 
fendu,  les  dents  du  sanglier,  la  queue  tortueuse.  La 
nuit,  il  dévaste  les  moissons,  où,  par  ruse,  il  ne  va  qu'à 
reculons,  pour  mettre  en  défaut  ceux  qui  voudraient  lui 
tendre  des  embûches  à  son  retour.  Lorsqu'il  se  sent  sur- 
chargé d'embonpoint,  il  va  vers  des  roseaux  nouvelle- 
ment coupés,  et  s'y  promène  jusqu'à  ce  qu'un  piquant 
de  ces  tiges  aiguës  l'ait  blessé,  et  que  le  san!^  qu'il  perd 
ait  dégagé  son  corps;  ensuite  il  enduit  la  plaie  de  limon 
pour  qu'elle  se  cicatrise.  Marcus  Scaurus  fut  le  pre- 
mier qui  fit  voir  à  Rome  des  hippopotames  et  des  cro- 
codiles. » 

Nicandre,  dans  ses  ThMaques  (v.  569),  fait  sortir  aussi 
l'hippopotame  de  sa  bauge  pour  aller  paître,  lorsque  les 
pâturages  se  couvrent  d'une  herbe  nouvelle, 
XiXoc  OTE  •/).oâ<7ouTi  vfov  5 'àTcexeOaTO  itoiïiv. 

Nonnos,dans  ses  Dionysiaques,  poème  en  xlviii  chants 
en  l'honneur  de  Bacchus  (chant  xxvi,  v.  236  et  suiv.), 
parle  aussi  de  l'hippopotame  : 

KôïTt  [jLe).a(jL'^i^cptôa  Sia^ûwv  poov  ôtïXtï 

'Oio;  èpioO  Nec),oio  SspEi-yevè;  oî5(ia  yapiaaav 
NafiaTâet,  pufjîoio  ot' uSa-uo;  ^ypôç  àôizr^z 
MrjxeSavaîî  yevjEïd'.v  •  x.  t.  ), . 

((  Là,  fendant  les  eaux  de  ses  ongles  noirs  et  bruyants, 
le  cheval  du  fleuve  nage  à  l'aventure  dans  les  abîmes, 
tel  qu'il  se  promène  dans  les  flots  débordés  de  mon  Nil  ; 
il  les  sillonne,  plonge  dans  les  profondeurs,  et  souffle  de 
ses  larges  naseaux.  Ensuite  il  monte  au  rivage,  et, 
comme  il  n'a  pour  s'emparer  du  froment  qu'une  bouche 
informe  amollie  par  l'humidité,  il  racle  la  surface  de  la 
glèbe  à  l'aide  des  scies  de  ses  dents  acérées  ;  il  fait 
tomber  les  tiges  sous  cette  espèce  de  faucille,  et  mois- 
sonne, dépourvu  de  fer,  les  plaines  chargées  d'épis.  » 

Pomponius  Mêla  {De  situ  orbis,  lib.  I,  cap.  ix)  dit 
que  «  ...  les  eaux  du  Nil  sont  si  fécondantes  et  si  nutri- 
tives, qu'outre  qu'elles  fourmillent  de  poissons,  et  pro- 
duisent même  des  animaux  d'une  grosseur  prodigieuse, 
comme  l'hippopotame  et  le  crocodile,  elles  animent 
jusqu'à  la  terre  et  en  forment  des  êtres  vivants.  » 

Dion  Cassius  dit  qu'Auguste  montra  un  hippopotame 
dans  son  triomphe,  à  la  suite  de  sa  victoire  sur  Antoine 
,  et  Cléopàtre. 


256 


LE     NATURALISTE 


Les  triomphes  de  ces  pompeux  Romains  étaient, 
parait-il,  une  manière  de  Bœuf  gras  anticipé,  —  une 
noble  Vachalcade,  —  avec  cette  différence  essentielle 
que  les  crocodiles,  et  autres  bêtes  exotiques,  n'étaient 
pas  empaillés.  Nous  verrions  aujourd'hui  d'un  œil 
plutôt  sévère  —  soyons  modéré  —  l'entrée  triomphale  à 
Paris  du  chef  de  l'État,  retour  de  la  Scythie,  escorté 
d'une  délégation  des  plus  importants  pensionnaires  du 
Muséum  d'histoire  naturelle.  Pour  un  clou,  ce  serait  un 
clou.  Et  même,  puisqu'on  cherche,  pour  l'Exposition  de 
1900...  Mais  soyons  respectueux  quand  nous  parlons 
de  ces  antiques,  solennelles  et  classiques  arlequi- 
nades. 

Dans  tous  les  cas,  à  la  suite  du  triomphe  de  Vimpe- 
rator,  l'hippopotame  en  question  dut  vivement  regretter 
la  part  qu'il  avait  prise  à  cette  fastueuse  cérémonie  : 
((  Une  multitude  de  bêtes  féroces,  dit  Dion  Cassius 
(Histoire  romaine,  hvre  LI,  ch.  xxii),  et  d'animaux  di- 
vers furent  égorgés,  entre  autres  un  rhinocéros  et  un 
hippopotame,  qu'on  vit  alors  à  Rome  pour  la  première 
fois.  Beaucoup  ont  rapporté,  beaucoup  plus  encore  ont 
vu  quel  animal  est  l'hippopotame  ;  quant  au  rhinocéros, 
il  ressemble  assez  à  l'éléphant,  si  ce  n'est  qu'il  a  sur  le 
nez  une  corne,  d'où  lui  vient  son  nom.  Ces  animaux 
furent  donc  produits  dans  les  jeux.  » 

Dion  n'est  pas  d'accord  avec  Pline,  Ammien  Marcellin, 
Solin  et  autres,  qui  disent  que  les  Romains  virent,  pour 
la  première  fois,  l'hippopotame  sous  l'édilité  de  M.  Scau- 
rus.  La  question  est,  heureusement,  de  celles  qui  peuvent 
patiemment  attendre  leur  solution. 

Lampride  (Vie  d'Antonin  Héliogabale,  ch.  xxvill)  nous 
dit  que  cet  empereur  «  eut  à  Rome  de  ces  petits  dragons 
que  les  Égyptiens  appellent  bons  génies;  il  eut  aussi  des 
hippopotames,  un  crocodile,  un  rhinocéros,  enfin  tous  les 
animaux  d'Égypteque  leur  nature  lui  permit  d'entretenir. 
Julius  Capitolinus  (Vie  dWiUonin  le  Pieux,  ch.  x)  nous 
apprend  que  ce  souverain  «  donna  des  spectacles  où  il  fit 
paraître  des  éléphants,  des  chiens-loups  (crocottas,  l'hyène, 
d'après  la  plupart  des  commentateurs),  des  rhinocéros, 
des  crododiles  même  et  des  hippopotames,  avec  des  tigres 
et  toutes  sortes  d'animaux  de  toutes  les  parties  de  la 
terre  ;  il  fit  aussi  paraître  cent  lions  en  une  seule  fois  » . 
Dans  sa  Vie  du  troisième  Gordien  (chap.  xxxii),  le  même 
auteur  dit  que  «  l'on  vit  à  Rome,  sous  Gordien,  trente- 
deux  éléphants dix  élans,  dix  tigres,  soixante  lions 

apprivoisés,  trente  léopards  apprivoisés,  dix  hyènes 

un  hippopotame,  un  rhinocéros,  etc.,  etc.  » 

Vopiscus  {Vie  de  Firmus,  ch.  vi)  nous  dit  que  l'usur- 
pateur Firmus,  «  frotté  de  graisse  de  crocodile,  nageait 
parmi  ces  reptiles;  qu'il  conduisait  un  éléphant,  montait 
un  hippopotame  et  s'asseyait  sur  de  fortes  autruches,  de 
telle  sorte  que,  porté  par  elles,  il  semblait  voler,  etc.  u 
On  voit  que  l'autruche  sellée  du  Jardin  d'acclimatation 
a  d'illustres  ancêtres. 

Le  poète  Calpurnius,  qui  vivait  sous  le  règne  de  l'em- 
pereur Carus,  parle  aussi  de  l'hippopotame  dans  sa  Buco- 
lique VII  (vers  57  et  suiv.);  le  berger  Corydon  raconte  au 
pâtre  Lycotas  les  merveilles  qu'il  a  vues  à  Rome,  et  il 
lui  décrit  les  jeux  du  cirque  : 

« Qu'ajouterai-je  encore?  J'ai  admiré  toutes  sortes 

de  bêtes  ;  des  lièvres  blancs,  des  sangliers  à  cornes,  un 

tigre  dans  ses  propres  forêts,  des  buffles J'ai  pris 

plaisir  à  voir  des  ours  lutter  avec  des  phoques  et  des  hip- 
popotames, hideux  produit  de  ce  fleuve  qui  féconde  les 
guérets  du  débordement  de  ses  eaux  : 


œquoreos  ego  cum  certantibus  ursis 

Spectavi  vitulos,  et  equorum  nomine  dignum, 
.Sed  déforme  pecus,  quod  in  illo  nascitur  amni 
Qui  sata  riparum  Tenicnlibus  irrigal  undis. 

Isidore  de  Séville  ne  pouvait  manquer  de  suivre  d'aussi 
doctes  devanciers,  et  il  nous  dit,  lui  aussi  [Etymologia- 
rum  lib.  XII,  cap.  vi,  de  Piscibus)  :  «  L'hippopotame  est 
ainsi  nommé  parce  qu'il  est  semblable  au  cheval  par  le 
dos,  la  crinière  et  le  hennissement;  son  mufle  est  relevé; 
il  a  les  dents  d'un  sanglier,  la  queue  tordue,  et  le  pied 
divisé  en  deux.  Le  jour,  il  reste  dans  l'eau  ;  la  nuit  il  dé- 
vaste les  moissons.  Il  vit  sur  les  bords  du  Nil.  » 

HrabanMaurlDeioiiftTso,  lit.  VIII,  cap.  v,de  Piscibus), 
archevêque  de  Mayence,  copie  mot  à  mot  le  docte  évêque 
de  Séville,  qui,  a  lui-même,  copié  mot  à  mot  les  auteurs 
déjà  rapportés. 

L'histoire  de  l'hippopotame  ne  fourmille  guère  de  traits 
à  citer;  l'animal  est  sauvage,  lourd,  abêti,  pour  ainsi 
dire,  et  son  gros  parent  l'éléphant  est  autrement  intelli- 
gent. Néanmoins,  je  trouve  dans  VEncydopt'die  d'histoire 
naturelle,  du  D"'  Chenu,  un  fait  assez  extraordinaire,  rela- 
tivement à  l'instinct  dont  fit  preuve  un  hippopotame,  à 
l'instant  même  oii  il  vit  le  jour  :  «  Thunberg  cite  un  fait 
curieux  qui  prouve  que  la  nature  a  donné  à  ces  animaux 
un  instinct  merveilleux  pour  trouver  l'eau,  et  qu'ils  ont 
cet  instinct  en  naissant.  Un  jour,  dit  notre  voyageur, 
étant  à  la  chasse,  un  colon  aperçut  une  femelle  d'hippo- 
potame qui  était  montée  sur  le  rivage  pour  mettre  bas, 
à  quelque  distance  de  la  rivière.  Aussitôt  il  se  cacha  dans 
les  broussailles,  ainsi  que  ses  camarades.  Dès  que  le 
jeune  hippopotame  parut,  le  colon  tira  la  mère  si  juste, 
qu'elle  tomba  sur  le  coup.  Les  Hottentots,  qui  croyaient 
saisir  le  petit,  furent  bien  étonnés  de  voir  cet  animal, 
tout  gluant,  leur  échapper  des  mains,  et  se  sauver  dans 
la  rivière,  sans  que  personne  lui  eût  indiqué  le  chemin, 
mais  seulement  par  un  instinct  tout  naturel.  » 

Si  maintenant  on  veut  avoir  une  idée  de  la  force  re- 
doutable de  l'hippopotame,  on  n'a  qu'à  parcourir  le  livre 
dans  lequel  Sir  Samuel  White  Baker  raconte  son  expé- 
dition dans  l'Afrique  centrale,   au   service  du  Khédive, 
pour  V  poursuivre  les  négriers  {Ismailia,  Paris,  1875,  in-8°); 
l'hippopotame,  souvent  rencontré  par  cet  officier  général, 
s'est  montré  d'une  extrême  férocité  et  d'une  force  incal- 
culable; un  jour,  d'un  coup  de  mâchoire,  il  détruisit  un 
canot  et  tua  l'un  des  deux  hommes  qui  le  montaient  : 
«  Un  vieux  sheik  aveugle,  dit  l'auteur  (page  62),  qui  ve- 
nait souvent  nous  voir  de  la  rive  opposée,  trouva  un  jour 
la  mort  la  plus  imprévue,    en  revenant  avec  son  fils  du 
marché  de  Tioufikiah.  Je  me   promenais  sur  le   quai, 
lorsque,  entendant  un  grand  bruit,  je  portai  les  yeux 
vers  le  fleuve.  Sur  les  eaux,  profondément  agitées,  dan- 
saient les  débris  d'un  canot  d'Ambatch.  A  ce  moment,  le 
fleuve  était  sillonné  par  de  nombreuses  barques;   quel- 
ques-unes s'empressèrent  de  venir  en  aide  à  deux  hommes 
qui  se  débattaient  dans  le   courant.   Un  hippopotame, 
abordant  le  canot,  l'avait  mis  en  pièces;  le  malheureux 
sheik,  incapable  d'esquiver  le  danger,  avait  été  saisi  en 
même  temps  que  le  bordagc.  Il  fut  promptement  secouru 
par  ses  camarades  ;  mais  ses  blessures  étaient  si  graves 
qu'il  succomba  pendant  la  nuit.  » 

E.  Santini  de  Riols. 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 

PARIS.    —  IMPRIMERIE  F.    LEVÉ,     RUE  CASSETTE,    17. 


19"  ANNÉE 


2'  Série  —    I\)°  'iWS 


15  NOVEMBRE   1897 


OBSERVATION  COMPLEMENTAIRE 


SUR 


LESPONGELIOMORPHASAPORTAIs, 


an.  Meun. 


11  y  a  dt'jà  plusieurs  années  f|ue  j'ai  signalé  aux 
lecleuis  ilu  Naturaliste  la  découverte,  faite  dans  Paris 
nK'mi',  d'un  fossile  nouveau  appartenant  au  genre  de 
vestiges  prolilématiqups  auxquels  M.  de  Saporta  avait 
donné  le  nom  de  Spongeliomorpha.  Ce  lieau  fossile,  con- 
servé au  Muséum  et  que  M.  de  Sajjorta  considérait 
comme  d'un  haut  intérêt,  m'a  paru  digne  de  lui  être  dédié, 
et  c'est  sous  le  nom  de  S.  Saportai  qu'il  a  été  figuré  et 
décrit. 

Très  récemment,  on  m'a  apporté  à  mou  laboratoire 
du  Muséum  de  nouveaux  spécimens  de  ce  même  fossile, 
mais  présentant  des  particularités  nouvelles  qui  méritent 
d'être,  signalées. 

.l'ai  fait  dessiner  l'un  de  ces  nouveaux  échantillons,  et 
l'on  y  voit  du  premier 
coup  d'œil  que  l'objet, 
plus  ou  moins  coralloîde, 
auquel  appartient  en  pro- 
pre la  qualification  de 
Spongeliomorphe,  y  est 
associé  d'une  manière 
très  intime  à  des  vesti- 
ges tout  différents.  Ce  ^^ 
sont  des  corps  pirifor- 
mes  et  longuement  pé- 
dicellés,  tantôt  isolés, 
tantùt  réunis  en  groupe 
plus  ou  moins  nom- 
breux. 

On  les  reconnait  tout 
de  suite  pour  des  tubes 
de  Gastrochœna  et  même 
on  leur  trouve  une  assez 
grande  analogie  avec  le 
Gastrochœna  (Fistulana) 
angusta  de  Deshayes  (Description  des  coijuitles  fossiles  des 
environs  de  Paris,  t.I,  p.  16  et  PI.  1,  figures  H  à  23).  La 
forme  n'est  cependant  pas  identique,  et  l'on  remarque 
spécialement  la  plus  grande  gracilité  des  pédoncules  ([ui 
se  terminent  par  la  massue  contenant  la  coquille.  Cette 
coquille,  d'ailleurs,  ne  m'est  pas  connue  et  il  est  vraisem- 
blable qu'elle  a  disparu  par  dissolution. 

S'il  y  avait  simplement  superposition  des  Gastrochœnes 
au  Spongeliomorphe,  le  fait  ne  mériterait  sans  doute  pas 
de  nous  arrêter  et  s'expliquerait  de  la  façon  la  plus 
simple.  Mais  il  se  trouve  que,  dans  une  foule  de  points, 
la  superposition  se  complique  d'une  véritable  association 
dont  l'examen  serait  peut-être  de  nature  à  préciser  les 
notions  encore  très  vagues  que  nous  possédons  sur  les 
curieux  organismes  décrits  d'abord  par  M.  de  Saporta. 

On  remarque,  en  effet,  que  le  fin  réseau  de  petites 
eûtes  qui  recouvre  toute  la  surface  des  Spongéliomor- 
phes  se  continue  plus  ou  moins  surlepédopcule  des  Gas- 
trochœnes et  parfois  même  sur  une  notable  jiartie  de 
l'ampoule.  Eu  divers  points,  les  ampoules  paraissent 
même,  à  cause  de  cette  circonstance,  comme  des  appen- 
dices de  l'organisme  branchu,  et,  si  ailleurs  on  ne  les 
Le  ^aluralisle,  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


Spongeliomorpha  Snportai,  Stan.  Mcun.  —  Associé  à  des  lubcs  de 
Garttudiœna.  Echanlillons  provenant  de  gris  de  Beauchanip,  de  la 
rue  Vauc)uelin,  à  Paris.  4  3  de  la  grandeur  naturelle. 


connaissait  à  part,  on  pourrait  les  prendre  jiour  des  bour- 
geonnements de  ce  dernier.  Pourtant,  ils  eu  sont  certai- 
nement tout  à  fait  indé|)endaiits  et  j'ai  un  échantillon 
qui  le  fait  voir  surabondamment. 

En  efl'et,  ce  spécimen  montre  sur  uik^  plaqiu'tte  de  grès 
des  branchages  plus  ou  moins  ramifiés  de  Spongélio- 
moriihes  iiourvus  de  massues  de  Gastroclueues  comme 
on  en  voit  dans  la  figure.  Mais  toutes  les  ampoules  ne 
sont  pas  placées  sur  les  rameaux;  un  certain  nombre 
d'entre  elles  sont  attachées  au  grès  dans  les  intervalles 
des  branches.  Or,  tandis  que,  pour  les  premières,  beau- 
coup ont  le  réseau  superficiel,  aucune  des  autres  n'en 
présente  la  moindre  trace,  et  c'oslunedilférence  extrême- 
ment visible. 

En  comparant  lamanière  d'être  de  ces  deux  catégories  de 
Gastrochu-nes  (et  en  n'oubliant  pas  que,  dans  leur  posi- 
tion naturelle,  les  ampoules  avaient  leur  tige  en  haut  et 
leur  portion  renflée  en  basi,  on  arrive  à  la  conclusion 
que  le  mollusque  a  dû  établir  des  perforations  sur  un  fond 
où  déjà  les  Spongéliomorphes  existaient,  mais  en  s'éta- 
blissant  sur  ceux-ci  pour  ainsi  dire  par  hasard  et  sans 

préférence.  Là  oii  cet 
rganisme  existait,  il  a 
é  refoulé  |j1us  ou  moins 
lin  dans  la  cavité  pro- 
uite,  et  on  doit  en  con- 
uie  qu'il  était  membra- 
neux, extensible  et  suf- 
isammentrésistantpour 
eonstituer  comme  une 
gaine  ou  un  fourreau 
.■lufour  du  tubeétabli  par 
icoiiuille. C'est  évidem- 
ment une  notion  très 
nouvelle  et  qui  eût  inté- 
•essé  vivement  M. de  Sa- 
porta en  fournissant  un 
argument  positif  en  fa- 
veur de  l'opinion  qu'il 
défendait,  de  la  nature 
autonome  des  Spongé- 
liomorphes, qu'on  pour- 
rait être  disposé  à  regarder  comme  de  simples  accidents 
de  concrétion. 

C'est  à  ce  titre  que  j'ai  cru  nécessaire  de  signaler  les 
faits  ([ui  précèdent,  et  je  tiens  en  terminant  à  remercier 
mon  ami  M.  A.  Thieullen,  bien  connu  par  ses  intéres- 
santes découvertes  préhistoriques  et  à  qui  je  dois  d'avoir 
pu  acquérir  pour  le  Muséum  les  échantillons  complexes 
dont  la  collection  de  géologie  vient  de  s'euriehir. 

St.\nislas  Metjxier. 


J-^G   Ojmosooi^e 


Tout  le  monde  sait  ce  que  c'est  qu'un  gyroscope  :  un 
tore  tournant  rapidement  dont  l'axe  forme  le  diamètre 
du  cercle  qui  sert  à  le  suspendre.  La  terre  est  un  gyros- 
cope auquel  il  ne  manque  qu'un  cercle  méridien,  qui 
n'existe  que  dans  notre  pensée,  mais  qui  n'a  pas  de  corps 
réel.  La  roue  d'une  brouette  peut  servir  de  gyroscope, 
car  le  cercle  de  support  est  remplacé  par  les  deux  mon- 
tants. 


238 


LE     NATURALISTE 


Une  fronde,  une  toupie  sont  des  gyroscopes,  dont  l'axe 
n'a  qu'un  seul  point  d'appui  au  lieu  de  deux.  Le  soleil  et 
la  lune  sont  des  gyroscopes,  qui  n'ont  point  d'appui  du 
tout,  comme  la  terre  dans  l'espace. 

Tous  ces  gyroscopes,  complets  ou  non,  jouissent  d'une 
propriété  fondamentale  :  leur  axe  conserve  une  direc- 
tion fixe  dans  l'espace.  La  fixité  de  leur  axe  est  due  à  la 
force  centrifuge,  développée  sous  l'influence  de  leur  rota- 
tion. Elle  est  donc  proportionnelle  à  leur  masse,  à  leur 
diamètre  et  àla  vitesse  du  mouvement  de  rotation. 

Nous  verrons  plus  loin  comment  la  rotation  peut  pro- 
duire la  fixité  de  l'axe  des  gyroscopes.  Tout  le  monde  sait 
que  les  planètes  tournent  sur  elles-mêmes,  ainsi  que  leurs 
satellites  et  les  étoiles,  en  conservant  leur  axe  tourné 
constamment  ver.-  le  même  point  du  ciel.  La  fixité  de 
direction  de  leur  axe  est  due  au  mouvement  de  rotation 
dont  les  astres  sont  animés. 

1.  M.  Foucault  a  profité  de  cette  propriété  remarqua- 
ble pour  démontrer  expérimentalement  la  rotation  de  la 
terre.  La  preuve  que  la  terre  tourne,  c'est  que  l'axe  fixe 
d'un  gyroscope  convenablement  placé  nous  parait  décrire 
un  cercle  complet  en  24  heures.  C'est  tout  à  fait  ce  qui 
se  passe,  quand  on  attache  un  couteau  avec  un  fil  sous 
la  suspension  d'une  salle  à  manger ,  de  façon  qu'il 
soit  immobile  horizontalement,  la  pointe  tournée  vers  la 
cheminée.  Une  mouche  placée  sur  la  table,  au-dessous 
du  couteau,  croira  le  voir  tourner,  si  on  fait  décrire  un 
cercle  complet  à  la  table  sur  laquelle  elle  repose. 

2.  Un  gyroscope  dont  l'axe  est  dirigé  vers  l'étoile  po- 
laire, indique  toujours  la  position  exacte  du  pùle  nord, 
incomparalilemeut  mieux  que  l'aiguille  aimantée  de  la 
boussole,  qui  fait  avec  le  nord  un  angle  d'inclinaison 
variable,  suivant  les  divers  points  du  globe  ;  sans  comp- 
tir  les  affolements  subits  et  bien  d'autres  causes  d'er- 
reur. 

3.  Deux  gyroscopes,  convenablement  orientés,  l'un 
par  rapport  à  l'autre,  servent  à  mesurer  le  point,  sur  un 
navire  ou  un  ballon,  bien  mieux  que  la  boussole  et  le 
sextant,  le  compas  nautique  ne  pouvant  même  pas  ser- 
vir par  un  temps  couvert  !  La  pratique  n'a  pu  confirmer 
encore  la  théorie,  à  cause  de  la  délicatesse  qu'il  faudrait 
donner  à  ces  organes  et  de  la  facilité  avec  laquelle  un 
faible  efl'ort  peut  dévier  l'axe  du  gyroscope,  si  cet  effort 
est  continu. 

4.  Deux  gyroscopes  reliés  à  une  horloge  astronomique 
pourraient  faire  tourner  une  mappemonde  sphérique  de- 
vant une  aiguille  fine,  qui  ferait  voir  le  jioiut  à  tout  l'équi- 
page du  navire,  sans  avoir  besoin  de  le  calculer  ;  on  n'au- 
rait plus  qu'à  le  lire  sur  la  sphère  elle-même  ou  sur  les 
cercles  gradués. 

Peut-être  finira-t-on  encore  par  utiliser  le  gyroscope 
pour  la  direction  des  torpilles  sous-marines  ou  même  des 
ballons  dans  certains  cas':" 

On  voit  que  les  applications  de  cet  instrument  peuvent 
avoir  une  portée  supérieure  des  plus  variées  et  des  plus 
intéressantes. 

Puisque  l'axe  du  gyroscope  conserve  toujours  son  in- 
clinaison primitive,  on  devine  ce  qui  arrive  quand  on 
cherche  à  l'en  écarter:  il  résiste  !  On  est  surpris  de  la 
résistance  qu'il  oppose  comme  un  être  volontaire,  et  qu'il 
faut  absolument  combattre  avec  persistance;  sans  quoi, 
il  revient  vers  sa  direction  primitive,  en  raison  de  la 
quantité  de  mouvement  qu'il  possède  encore  et  qui  le 
ramène  dans  son  premier  sens.  On  peut  s'en  convaincre 
en  tenant  dans  ses  bras  une  brouette  en  l'air,  pendant 


/  que  la  roue  tourne  avec  une  grande  vitesse.  Tant  qu'on 
la  déplace  parallèlement  à  elle-même,  par  exemple  en 
marchant  de  côté,  cela  va  bien  ;  mais  si  on  veut  tourner 
sur  soi-même  en  tenant  la  brouette  en  l'air,  on  éprouve 
une  résistance  tfès  appréciable,  à  moins  do  faire  incliner 
en  même  temps  la  brouette  en  sens  inverse,  de  façon  à 
respecter  la  fixité  de  son  axe  dans  l'espace. 
On  peut  varier  l'expérience  de  bien  des  manières. 
C'est  ainsi  qu'un  homme,  debout  sur  un  disque  pivo- 
tant autour  de  son  axe,  peut  le  faire  tourner,  en  tenant 
convenablement  un  gyroscope  à  la  main.  Il  suffit  pour 
cela  de  profiter  de  la  propriété  dont  jouit  cet  instrument, 
en  utilisant  la  force  directrice  qui  ramène  constamment 
son  axe  dans  la  même  direction. 

La  force  directrice  de  l'axe  du  gyroscope  est  produite 
par  la  force  centri.fuge.  En  effet,  celle-ci  s'exerce  dans  le 
sens  de  la  tangente,  c'est-à-dire  dans  le  plan  du  cercle  de 
rotation.  Déviation  de  l'axe  est  synonyme  de  déviation  du 
plan  de  rotation,  puisqu'ils  sont  tous  les  deux  perpendi- 
culaires entre  eux  :  on  ne  peut  déplacer  l'un  sans  dépla- 
cer l'autre  également.  La  force  centrifuge,  agissant  tan- 
gentiellement  dans  le  même  plan,  tend  à  faire  revenir  ce 
plan  dans  sa  direction  primitive,  et  par  suite  à  ramener 
l'axe  à  sa  place,  qu'on  lui  avait  fait  momentanément 
quitter. 

■Voici  une  comparaison  qui  rendra  notre  explication 
facile  à  saisir.  Pour  faire  dévier  de  la  ligne  droite  une 
balle  de  fusil  sortant  avec  vitesse  du  canon  de  l'arme,  il 
faudra  exercer  sur  elle  (avec  une  plaque  de  fer,  je  sup- 
pose) un  effort  bien  plus  grand  que  si  elle  était  immo- 
bile. Car,  indépendamment  de  l'inertie,  on  a  à  lutter  en 
outre  contre  la  grande  quantité  de  mouvement  dont  cette 
balle  est  animée  :  mv-,  le  produit  de  sa  masse  par  le 
carré  de  la  vitesse.  Or,  imaginons  un  disque  tournant 
autour  de  son  support  tenu  à  la  main;  voilà  un  gyros- 
cope qui  se  déplace  avec  résistance,  si  on  veut  incliner 
son  support  dans  différentes  directions.  Hé  bien!  chacun 
des  points  de  la  roue  du  gyroscope  en  mouvement  est  un 
petit  mobile,  qui  suit  à  chaque  instant  une  courte  trajec- 
toire en  ligne  droite;  et  ce  sont  les  petites  balles  en  mi- 
niature que  l'on  doit  déplacer  latéralement,  pendant 
qu'elles  sont  animées  d'une  très  grande  vitesse,  pour 
changer  la  direction  du  plan  de  rotation  et  déplacer 
l'axe  du  gyroscope  de  sa  position  fixe.  C'est  donc  bien 
simple  à  comprendre,  quoique  un  peu  minutieux  à  expli- 
quer dans  le  détail. 

D'  Bougon. 


Les  premiers  états  de  la  Tortrix  Grotiana 


Nous  avons  été  menacés  cette  année,  parait-il,  d'un 
nouvel  ennemi  du  pommier,  dans  la  personne...  je  veux 
dTre  dans  la  chenille  de  la  Tortrix  grotiana  F. 

Songez  donc  !  cette  chenille  a  été  trouvée  se  nourris- 
sant de  toutes  petites  pommes.  Il  n'en  a  pas  fallu  davan- 
tage pour  qu'un  pareil  méfait  fût  porté  à  la  connaissance 
de  tous. 

Ah!  il  ne  fait  pas  bon  toucher  aux  pommes  !  Le  genre 
humain  en  sait  quelque  chose,  depuis  que  notre  grand'- 
mère  Eve  en  a  croqué,  et  en  a  fait  goûter  à  son  mari. 
Suivant  un  commentateur  biblique  dont  j'ai  complète- 
ment oublié  le  nom,  c'étaient  des  fruits  empoisonnés. 


LE     NATURALISTE 


259 


Le  poison  était  lent,  sans  doute,  puisque  nos  premiers 
parents  n'en  ont  pas  moins  vécu  des  neuf  cents  et  tant 
d'années,  mais  terriblement  violent,  puisque  nous  en 
subissons  encore  les  déplorables  consé(|upnces. 

En  mangeant  des  pommes,  certes,  la  Tortrix  groliana 
n'aurait  pas  attiré  sur  elle  et  sa  postérité  les  maux  que 
nos  i)reniiers  parents  ont  déchaînés  sur  nous  par  leur 
gourmandise  et  leur  désobéissance.  Elle  suit  ses  instincts, 
cette  bète,  elle  obéit  à  sa  nature,  et  voilà  tout.  Mais  de 
quelles  malédictions  n'aurait-elle  pas  été  cliargée,  si,  pre- 
nant goût  à  ce  fruit  nouveau  pour  elle,  cette  chenille  en 
eût  fait  sa  nourriture  préférée,  unique  peut-être,  et  se 
fût  propagée  démesurément  au  point  de  devenir  redou- 
table! De  i|uelles  mesures  préventives  ou  coercitives  no 
serait-elle  pas  devenue  alors  l'objet! 

On  voit  déjà  les  e.xperts  en  arboriculture  partir  en 
hâte  sur  les  iioints  menacés,  contaminés,  heureux  s'ils 
ne  prenaient  i>oint  cette  chenille  pour  quelque  proces- 
sionnaire d'un  nouveau  genre,  comme  cela  est  arrivé  à 
]H-opos  de  ïhcliophobits  popularis,  il  y  a  peu  d'années  I 

On  voit  encore  les  «  missionnaires  »  des  ministères, 
apiielés  par  la  gravité  de  la  situation.  On  s'imagine  les 
rapjiurts  volumineux,  les  requêtes  pressantes  adressées 
aux  )iouvoirs  publics.  On  devine  les  arrêtés  préfectoraux, 
voire  les  décrets  préparés  en  conseil  des  ministres. 

Tout  l'appareil  administratif  en  branle,  toute  la  ma- 
chine gouvernementale  en  mouvement! 

.Je  ne  badine  pas  :  on  en  a  des  exemples  et  qui  ne  sont 
pas  d'hier  seulement.  Le  roi  d'Angleterre,  en  son  conseil, 
a  défendu,  le  25  juin  dernier,  l'introduction  des  blés  des 
Etats-Unis  d'Américine,  parce  qu'on  a  découvert  que  les 
blés  étaient  attaqués  d'un  insecte;  qu'il  serait  très  dange- 
reux de  propager  en  Angleterre.  »  (Anioreux,p.  139.)  Le 
25  juin  dernier  est  le  25  juin  1788. 

De  même  que  les  blés  d'Amérique,  les  farines  auraient 
dû,  ce  semble,  être  l'objet  d'une  semblable  prohibition. 
Peut-être  se  serait-on  épargné  l'importation  néfaste 
d'une  Ephestia  qui  s'est  répandue  si  rapidement  en 
Europe  et  dont  on  s'est  tant  occupé  depuis  que  Geller 
l'a  nommée  Kuchniella,  en  1879.  Mais  voilà,  il  y  a  beau 
jour  ([ue  l'indépendance  des  Etats-Unis  est  proclamée  ! 

Ah!  si  la  Tortrix  grotimvi  vivait  dans  nos  jardins,  en 
contact  avec  nos  demeures,  en  commerce  familier  avec 
nos  arbres  fruitiers,  on  pourrait  croire  ([ue  jalouse  de  la 
renommée  qui  se  sont  acquise  plusieurs  de  ses  pareilles, 
les  Cochylis  ambiguella  HT.,  les  Cai'pocapsa pomonella  L., 
par  exemple,  elle  ait  voulu  attirer  l'attention  sur  ses 
gestes,  faire  aussi  parler  d'elle  et  défrayer  la  chronique 
entomologique,  mangeant  force  iiommes  et  se  riant  de 
toutes  les  mesures  que  l'on  voudrait  prendre  contre  elle, 
comme  la  Cai-p.  pomonella  encore,  qui  dans  les  années 
où  il  y  a  des  pommes  en  mange  à  mandibules  que  veux- 
tu!  dans  les  années  où  il  n'y  a  pas  de  pommes  se  rejette 
sur  les  poires,  et  quand  il  n'y  a  ni  pommes  ni  poires,  se 
rabat  sur  les  noix  il). 

Mais  non,  c'est  un  papillon  des  plus  moilestes,  aimant 
surtout  la  solitude  des  bois,  connu  seulement  des  rares 
chasseurs  et  collectionneurs  de  nuéros.  C'est  sans  doute 
en  raison  de  cette  vie  retirée,  de  ces  mœurs  pour  ainsi 
dire  ignorées,  qu'on  a  pu  un  instant  la  soupc.-ouner  d'en 
vouloir  à  nos  pommes. 

(1)  Quelques  entomologistes  font  vivre  encore  la  C.  Pomo- 
nella dans  les  glands  du  chi-ne.  Des  nombreux  glands  que  j'ai 
ramassés  je  n'ai  Jamais  obtenu  que  la  C.  Spletidana. 


D'ajirès  le  seul  renseignement  (pie  l'on  possède  sur 
etle  chenille,  renseignement  emprunté  à  Bechstein  et 
Scharfenberg  (NatiirgosicfU  der  sckâdlichcn  Forstinsecten, 
III,  771),  elle  vivrait  on  septembre  sur  l'aubépine. 

L'insecte  dont  se  sont  occupés  les  vieux  entomolo- 
gistes allemands  est  une  tortrix  qu'ils  nomment  jlavana, 
et  que  Treitschke  {Oie  Sckmctterlinge  von  Europn,  'VIII, 
82)  rapporte  à  la  Tortrix  groliana  F. 

.le  n'ai  pas  à  examiner  si  Treitschke  a  eu  raison  ou  si 
la  flavana  de  Bechstein  et  Scharfenberg  est  autre  que 
groliana  V.  ;  mais  ce  que  je  puis  assurer,  c'est  que, 
d'après  mes  observations,  l'aubépine  et  le  mois  de  sep- 
tembre ne  sont  ni  la  nourriture,  ni  répo(|ue  de  la  che- 
nille de  Torlrix  groliana. 

Il  y  a  déjà  une  huitaine  d'années  que  j'ai  fait  ai  ovo 
et  réussi  l'éducation  de  cette  cbenilb!  après  l'avoir 
essayée  infructueusement  une  fois,  grâce  au  renseigne- 
ment erroné  fourni  par  Treitschke  et  transmis  lidèle- 
ment  par  d'autres. 

J'ai  donc  en  main  tous  les  éléments  nécessaires  pour 
constituer  rhistori(]ue  de  cette  espèce  sous  tous  ses  états, 
et  je  puis  prouver  par  l'exposé  de  ses  mœurs  qu'elle  ne 
peut  être  en  rien  dommageable  au  pommier. 

1°  CEnf.  —  Pondu  par  petits  groupes  de  deux  ou  trois, 
l'œuf  de  T.  groliana  affecte  la  forme  d'une  calotte  sphé- 
rique  assez  régulière,  mais  excessivement  plate  et  rela- 
tivement grande;  sa  surface  est  chagrinée,  sa  couleur 
d'un  blanc  brillant  avec  des  parties  arrondies  mates.  Les 
uns  se  touchent  l'un  l'autre,  mais  s'imbriquent  peu. 

2°  Chenille.  —  Dix  jours  après  la  ponte  qui  a  lieu  gé- 
néralement dans  le  mois  de  juillet,  la  petite  chenille 
sort  de  l'œuf.  Elle  est  assez  allongée,  très  vive,  de 
grosseur  presque  égale  et  peu  atténuée  postéiieurement. 
Corps  d'un  gris  un  peu  rougeàtre,  tête  brun  jaunâtre 
clair,  écusson  plus  sombre  et  clapet  de  la  couleur  du 
corps.  Trapézoïdaux  indistincts,  trait  rougeàtre,  bien  vi- 
sible à  l'intérieur  vers  les  septième,  huitième  et  neu- 
vième segments. 

Beaucoup  de  morceaux  de  feuilles  d'arbres,  d'arbris- 
seaux et  de  plantes  basses  furent  présentés  à  mes  petites 
chenilles,  qui,  d'abord,  pour  s'éloigner  les  unes  des  au- 
tres, coururent  en  tous  sens  le  long  des  parois  du  tube 
de  verre  où  elles  étaient  enfermées,  parfois  se  laissant 
choir  pour  gagner  le  fond  du  tube,  finalement  se  cachè- 
rent sous  les  feuilles  et,  s'étant  lilé  une  légère  soie 
blanche  en  forme  de  galerie  tubulaire,  s'attaiiuèrent  au 
hasard  à  ces  morceaux  de  feuilles  et  s'en  nourrirent 
indistinctement. 

Quelque  temps  après  avoir  mangé,  au  lieu  de  devenir 
vertes,  elles  restèrent  d'un  gris  brunâtre  et  vitreux.  Je 
remarquai,  en  outre,  que,  tout  en  mangeant  les  parties 
des  feuilles,  elles  préféraient  les  morceaux  décolorés  et 
même  desséchés. 

Du  coup,  j'étais  fixé  sur  la  manière  de  vivre  de  la 
chenille  de  groliana.  Elle  était  polyphage  et  devait 
vivre  par  terre,  parmi   les  feuilles  tombées  des  arbres. 

Mes  petites  chenilles  furent  donc  installées  en  consé- 
quence et  je  ne  les  visitai  guère  qu'une  fois  par  mois, 
])Our  me  rendre  compte  des  progrès  qu'elles  accomplis- 
saient. 

Elles  grossirent  très  lentement,  puisqu'il  leur  fallut 
près  de  trois  mois  pour  atteindre  à  peine  la  moitié  de 
leur  taille  ;  de  plus,  elles  ne  changèrent  pas  d'asiiect. 

■Vers   la   lin   d'octobre,  elles  cessèrent  de   manger  et 


260 


LE     NATURALISTE 


prirent  leurs  quartiers  d'hiver,  dans  un  étroit   repli  de 
feuille,  tapissé  de  soie. 

Dans  le  courant  de  mars  suivant,  elles  recommen- 
cèrent à  donner  signe  de  vie,  mangèrent  de  tout  ce  qui 
se  trouvait  près  d'elles  :  détritus  de  végétaux,  feuilles 
sèches,  mémo  le  cadavre  de  grotiana  Ç  leur  mère,  etc., 
comme  aussi  des  feuilles  fraîches  et  nouvelles  de  plantes 
basses.  Elles  subirent  une  dernière  mue  au  commence- 
ment d'avril,  et,  vers  la  fin  du  même  mois,  firent  leur 
petit  cocon  sous  les  feuilles  ou  parmi  les  feuilles  qui 
leur  avaient  servi  d'abri  et  de  nourriture. 

Adulte,  la  chenille  de  T.  grotiana  mesure  environ 
0  m.  014  de  longueur,  sur  un  peu  plus  de  2  millimètres  à 
sa  plus  grande  largeur;  elle  est  légèrement  atténuée  aux 
extrémités  et  a  les  incisions  des  segments  bien  pro- 
noncées. Elle  est  d'un  gris  livide  brunâtre,  plus  foncé 
sur  le  dos  où  la  teinte  foncée  forme  sur  chaque  segment 
comme  deux  bandes  transverses,  l'antérieure  plus  large 
que  l'autre;  —  plus  clair  sur  les  côtes,  le  ventre  et  les 
incisions  des  segments;  verruqueux  très  peu  distincts, 
de  la  couleur  du  fond,  petits,  et  marqués  au  centre,  les 
trapézoïdaux  au  moins,  d'un  tout  petit  point  noirâtre 
d'où  s'élève  un  poil  blond.  Tête  un  peu  aplatie  en  avant, 
arrondie  au  sommet,  d'un  jaune  de  miel  brillant,  as- 
sombri l'e  brun  ferrugineux  vers  l'épistome,  ocelles 
noirâtres;  on  remarque  en  outre  de  chaque  côté,  en 
dessous  des  calottes  et  à  la  naissance  du  premier  seg- 
ment, une  liture  cunéiforme  d'un  brun  ferrugineux 
foncé.  L'écusson  du  premier  segment  a  la  partie  anté- 
rieure de  la  couleur  de  la  tète,  la  partie  postérieure 
ainsi  que  les  côtés  sont  d'un  brun  noirâtre,  le  clapet  est 
brun  et  les  pattes  de  la  couleur  du  fond. 

3°  Clmjsalide.  —  Elle  est  assez  allongée,  couleur  de 
liège,  et  présente  sur  le  dos  de  chaque  segment  de  fines 
saillies  transverses,  serrulées,  dont  les  pointes  portent 
une  soie  raide,  courte.  Le  mucron,  en  forme  de  bec,  est 
large,  aplati  à  chaque  extrémité,  coupé  presque  carré- 
ment, d'un  brun  ferrugineux  formé  et  armé  au  bout  et 
sur  les  côtés  de  petites  soies  raides   formant  crochets. 

Environ  trois  semaines  après  la  transformation  de  la 
chenille  en  chrysalide,  les  papillons  ont  commencé  à 
apparaître,  c'est-à-dire  vers  le  25  mai. 

Jusqu'ici,  je  n'ai  pu  m'assurer  si  l'espèce  a  deux  géné- 
rations par  au, comme  le  supposait  déjà  Treitschke.  C'est 
possible.  Mais,  il  est  possible  également  que  mes  éclo- 
sions  aient  été  un  peu  plus  précoces  que  dans  la  nature, 
car  je  n'ai  jamais  pris  le  papillon  de  Grotiana  que  dans 
les  mois  de  juin,  juillet  et  même  août.  Indice  probable 
d'une  seule  génération  annuelle. 

Comme  on  vient  de  le  voir, la  chenille  de  la  tortrix  gro- 
tiana est  polyphagè;  elle  ne  vit  pas  sur  les  arbres,  mais 
par  terre,  de  plantes  basses,  de  feuilles  mortes  et  pour- 
ries, en  un  mot  de  tout  ce  qui  se  trouve  à  portée  de  ses 
mandibules.  Ses  mœurs  sont  donc  assez  dilTérentes  de 
celles  delà  plupart  des  tordeuses;  elle  partage  cependant 
sa  manière  de  vivre  avec  quelques  espèces,  en  bien  petit 
nombre  il  est  vrai  :  tortrix  cinctana  Schiff.,  penthina  are- 
nella  CL,  par  exemple  (1). 

Mais  alors  me  demandera-t-on,  comment  a-t-elle  pu 
manger  des  pommes'? 

En  posant  cette  question-là  à  l'entomologiste  russe  qui 
m'avait  signalé  le  fait,j'ai  ajouté:  «  Les  pommes  atta- 


(I)  'Voir  le  Naturaliste  illustré,  n"  '3,  15  mars  1880. 


quées  par  la  chenille  de  grotiana  n'étaient-elles  pas  tom- 
bées à  terre  auparavant? 

—  Effectivement,  les  pommes  étaient  par  terre,  »  me 
fùt-il  répondu. 

Ainsi  donc,  ce  n'est  pas  la  tortrix  grotiana  qui  va  cher- 
cher les  pommes  pour  s'en  nourrir,  ce  sont  les  pommes 
qui  tombent  et  roulent  jusqu'à  elle. 

Je  suis  heureux  de  constater  que  la  trouvaille  de  l'en- 
tomologiste russe,  faite  au  printemps  dernier,  confirme 
pleinement  mes  observations,  en  démontrant  que  les 
mœurs  de  tortrix  grotiana  en  liberté  comme  en  captivité 
sont  les  mêmes.  P.  Chrétien. 


A  LA  FOIRE  SAIAT-«0]IAI\  DE  ROIE^ 

1896 

PHÉNOMÈNES  TIYANTS  ET  TYPES  CURIEUX 
{Suite  et  fin.)    . 


La  personne  qui  montrait  la  géante  dont  nous  parlions 
précédemment  et  qui  depuis  plus  de  VS  ans  parcourt  les 
foires  et  y  exhibe  des  sujets  curieux,  a  bien  voulu  nous 
remettre  quelques  photographies  des  principaux  sujets 
exhibés  par  elle. 

Dans  cette  collection  nous  remarquons  en  ])remière 
ligne  "  l'homme  protée,  qui  avait  la  curieuse  faculté  de 
pouvoir  se  rentrer  le  ventre  complètement  sous  le  dia- 


L'homme  protée.  —  (Reproduction  directe  d'une  pliotographic) 

phragme,  il  était  arrivé,  par  l'habitude,  à  faire  mouvoir 
certains  muscles,  d'ordinaire  inertes  chez  la  plupart  des 
humains,  de  même  que  le  fameux  pétomane  (qui  a  fait 
courir  tout  Paris)  pouvait  en  mettant  en  mouvement  cer- 
tains muscles  du  rectum  aspirer,  à  volonté,  par  l'anus, 


LE     NATURALISTE 


261 


Kf^m^ 


de  l'air,  et  même  de  l'eau,  il  en  absorliait  ainsi  près  d'un 
litre  qu'il  rejetait  ensuite  avec  une  grande  pression;  il 
s'était  habitué  à  ce  jeu,  disait-il,  étant  petit,  en  s'amu- 
sant  avec  d'autres  gamins  à  prendre  des  bains  sur  les 
liords  de  la  Méditerranée,  il  bombardait  de  la  sorte  ses 
petits  camarades!  Tous  les  jeux  sont  dans  la  nature! 

Nous  reproduirons  ici  la  photoprapliiede  l'homme  pro- 
téc  dans  une  dos  positions  qu'il  sait  donner  à  son 
ventre. 

Nous  avions  également  à  la  foire  Saint- Romain  une 
colosse  <<  la  belle  Lyonnaise  u  qui  pouvait 
peserdanslc's230livres,  c'est-à-dire  une  fillette 
«i  nous  la  comparons,  comme  nous  l'avons 
fait  potir  les  géants,  aux  colosses  de  l'ancien 
temjis. 

En  eflet:  Antoine  de  Saint-Gervais  cite 
un  nommé  Chapin  Vitelle  devenu  d'une  telle 
grosseur,  qu'il  se  vit  réduit  à  iiorter  une  ban- 
de attachée  au  cou  pour  soutenir  son  ventre. 
Excédé  de  sa  rotondité,  il  prit  la  résolution 
de  ne  boire  que  du  vinaigre  au  lieu  de  vin;  par 
i-e  moyen  il  diminua  le  poids  de  son  corps 
de  87  livres,  mais  la  peau  de  son  ventre  était 
devenue  si  llasque  qu'il  pouvait  s'envelopiier 
dedans  comme  dans  un  manteau. 

Le  cardinal  Duprat,  légat  du  Pape  et  chan 
■celierde  France, était  si  gros  que  l'on  fut  obligr 
d'écbancrer  la  table  où  il  mangeait,  il  ne  pou- 
vait plus  en  approcher  à  cause  de  l'énornu' 
ampleur  de  son  ventre. 

Brigh,  né  à  Malden,  comté  d'Essex,  oi'i  il 
€st  mort  le  10  novembre  ITÎiO,  à  l'âge  de  2',i 
ans,  avait  b  pieds  9  pouces  et  demi  de  haut 
mais  il  était  encore  plus  gros  ([ue  grand,  coi 
son  corps  mesuré  autour  du  ventre  avait  il 
pieds  1 1  pouces  de  circonférence  ;  il  pesait 
609  livres.  Ses  habits  étaient  assez  amples  pour 
y  faire  entrer  sept  hommes  ordinaires. 

Une  demoiselle  Ahreens, née  à  Oldcnliourg, 
fit  arrivée  à  Paris  en  1819,  avaitalors  20  ans, 
sa  taille  était  de  5  pieds  8  pouces,  elle  avait 
0  pieds  de  circonférence  et  pesait  450  livres. 
Avec  ces  faveurs  prodigieuses  de  la  nature,  elle 
en  avait  d'autres  plus  précieuses  encore  ;  la 
tète  semblait,  dit-on,  appartenir  à  la  Vénus 
de  Médicis.  Elle  fut  présentée  à  Louis  XVIII 
le  17  mars  1820. 

On  voyait  aussi  à  Paris,  en  avril  de  la  mê- 
me année,  une  jeune  Helvétienne,  que  l'on 
surnommait  la  colosse  des  femmes,  à  peine  âgée  de  21 
ans;  sa  taille  était  de  5  pieds  10  pouces  et  elle  pesait 
près  de  300  livres  ;  sa  figure,  la  force  de  ses  muscles,  la 
grosseur  de  ses  membres,  tout  enfin,  chez  elle  était  d'une 
harmonie  parfaite;  elle  réunissait  également,  paraît-il,  à 
«es  formes  étonnantes  un  exti'Tieur  très  agréable.  Cette 
nymphe  de  la  Suisse  était  parée  de  son  costume  national; 
la  candeur  et  la  sim|dicité  si  particulières  aux  habitants 
des  montagnes,  ajoute  Antoine  de  Saint-Gervais,  bril- 
laient sur  son  visage. 

Vers  la  même  époque,  il  est  arrivé  de  Douvres  à 
Ostende  une  Anglaise  de  31  ans  pesant  368  livres;  on 
annonçait  que  cette  femme,  restée  veuve  avec  deux  en- 
fants, allait  parcourir  la  France  et  la  Belgique  pour 
trouver  à  y  conclure  une  union  assortie  et  qu'elle  avait 
déclaré  qu'un  mari  de  six  quintaux  lui  suffirait. 


En  1819,  on  a  montré  à  Paris  un  garçon  de  3  ans  1/2, 
né  à  Saint-James-sur-Loire,  pesant  210  livres;  mais  ce 
n'était  qu'une  poupée  en  comparaison  de  celui  que  Linné 
dit  avoir  vu  à  Amsterdam  ;  il  pesait  SOO  livres  de  Hollande, 
et  était  si  gras  qu'à  peine  pouvait-il  se  tenir  debout  les 
jambes  écartées. 

Mais  nous  avons  eu  aussi  à  Rouen  des  colosses  d'un 
certain  [loids  ;  citons  en  première  ligne  la  belle  Carmen 
qui  pesait  300  livres. 

Un  jeune  Hongrois  âgé  de  14  ans  d'une  stature  superbe 


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Le  colosse  Hongrois,   ûgé  de   14  ans. 
(Reproduction  directe   d'une  photographie.) 

avec  une  tête  de  Romain,  dont  nous  reproduisons  la  pho- 
tographie. 

La  négresse  colosse  qui  arrivera  certainement  à 
atteindre  un  poids  étonnant,  car,  depuis  deux  ans,  elle 
a  augmenté  de  100  livres;  elle  continue  à  se  montrer 
avec  orgueil  dans  les  foires  et  les  casinos  ;  avec  orgueil 
disons-nous,  car  une  colosse  qui  augmente  de  poids,  c'est 
pour  elle  un  véritable  triomphe  ;  il  n'en  est  pas  de  même 
de  celles  qui  diminuent  et  qui  deviennent  flasques 
comme  de  vieilles  méduses.  En  effet,  on  ne  peut  ima- 
giner rien  de  plus  mou  qu'une  vieille  colosse  qui  noue 
ses  seins  dans  son  tablier. 

Puisque  nous  en  sommes  «  aux  seins  »,  qu'il  nous  soit 
permis  de  nous  y  arrêter  un  instant.  J'ai  vu  il  y  a  une 
dizaine  d'années,  à  la  foire  Saint-Romain,  une  négresse 
qui  avait  la  faculté  de  faire  mouvoir  ses  seins  à  droite,  à 


262 


LE     NATURALISTE 


gauche,  en  haut  en  has,  je  crois  ce  cas  assez  rare  pour 
le  signaler. 

Des  seins  curieux,  et  qui,  eux  aussi,  ont  fait  courir 
tout  Paris,  sont  ceux  de  l'homme-nourrice,  un  brave 
cocher  de  fiacre  parisien,  qui  tout  à  coup  sentit  sur  sa 
poitrine  pousser  une  paire  de  seins,  et  quelle  paire,  mes 
amis!  chacun  d'eux  pesait  4  kilogrammes.  Ce  phéno- 
mène était  marié  et  père  de  plusieurs  enfants  ;  il  est 
mort  il  y  a  peu  de  temps.  Il  avait  abandonné  son  siège 
de  cocher  pour  courir  les  foires  et  s'exhiber  aux  popula- 
tions. 

Le  développement  exagéré  des  seins,  rare  chez 
l'homme,  est  conimuo  chez  certaines  femmes,  surtout 
chez  celles  appartenant  à  la  race  noire.  Les  Zoulous, 
les  Congolais  et  une  grande  partie  des  tribus  africaines 
et  océaniennes  ont  des  seins  étonnants  de  forme  et  de 
dimensions. 

Les  nains  étaient  assez  nombreux  en  1890  à  notre 
foire;  une  seule  baraque  en  contenait  trois;  une  fdle  et 
deux  garçons,  dont  un  Sénégalais,  nous  reproduisons 
leur  photographie,  l'autre    n'a  jamais   voulu   consentir 


Les  nains. 

à  être  photographié.  Ils  étaient  âgés  de  16  à  18  ans,  leur 
intelligence  paraissait  très  faible,  leurs  mouvements, 
surtout  chez  la  jeune  fille,  étaient  lents  et  paresseux. 

Nous  mentionnerons  aussi  un  nain  lapon,  d'une  force 
étonnante  ;  il  est  âgé  de  plus  de  40  ans  et  fait  des  exer- 
cices de  poids  aussi  bien  qu'un  hercule. 

Nous  avons  essayé  de  photographier  à  la  poudre-éclair 
les  deux  enfants  jumeaux  exhibés  cette  année  à  la  foire 
de  Rouen.  Malheureusement,  leBarnumne  les  ayant  pas 
sortis  du  bocal  où  ils  étaient  pieusement  conservés  dans 
l'alcool,  le  reflet  de  notre  lumière  sur  le  verre  du  bocal, 
a  rendu  notre  épreuvre  très  défectueuse.  Ces  deux 
enfants  mâles,  nés  dans  le  nord  de  la  France,  il  y  a  deux 
ou  trois  ans,  étaient  complètement  soudés  par  le  ventre 
à  l'instar  des  frères  Siamois.  Ces  jumeaux  sont  morts 
aussitôt  après  leur  naissance,  ils  avaient  été  blessés  par 


les  forceps  auxquels  on  avait  eu  recours  pour  l'accou- 
chement, le  moins  mutilé  a  vécu  dix  heures. 

Une  attraction  de  la  foire,  curieuse  surtout  au  point  de 
vue  scientifique,  consistait  en  l'exhibition  d'une  vache 
sur  le  cou  de  laquelle  se  trouve  soudée  une  autre 
vache  anormale  et  peu  développée,  la  partie  du  corps,  à 
compter  des  épaules,  paraissait  seule  au  dehors,  tandis 
que  la  tête,  le  cou  et  les  deux  pieds  de  devant  étaient 
renfermés  à  l'intérieur. 

Cette  curieuse  soudure  rappelle  un  peu  celle  d'un 
homme  qui  vint  à  Paris  en  1330,  du  ventre  duquel 
sortait  un  autre  individu,  possédant  tous  ses  membres 
sauf  la  tête.  Ce  personnage  curieux  était  âgé  d'environ 
40  ans,  il  portait  ce  corps  entre  ses  bras;  on  courait  en 
foule  pour  admirer  un  tel  phénomène,  qui  n'a  pas  été 
unique  ;  car  le  marquis  de  L'Hôpital,  ambassadeur  de 
France  àNaples,a  vu,  dans  cette  ville,  en  1742,  un  homme 
qui  portait,  relevée  sur  sa  poitrine,  une  croujie  d'enfant 
mâle,  avecouisses,  jambes  et  pieds  qui  lui  sortaient  égale- 
ment de  la  région  épigastrique. 

Paul  NOEL. 


Description  de  Longicornes  de  la  région  Caucasique 


Aciua.'0|)s  <lai!,'heslaiiica.  Grand,  allongé,  entièrement  noir 
avec  les  élytros  d'un  vert  métallique  brillant  et  une  pubes- 
cence  dressée,  assez  longue,  grisâtre.  Tète  allongée,  à  ponc- 
tuation dense,  assez  forte  avec  les  yeux  orangés;  antennes 
noires,  peu  fortes,  atteignant  à  peu  près  le  milieu  du  corps  2, 
ou  le  dépassant  un  peu  o''-  Prothorax  noir,  nettement  plus 
long  que  large,  presque  droit  sur  les  cotés  en  arrière,  légère- 
ment arrondi  sur  son  milieu,  bien  rétréci  et  un  peu  étranglé 
près  du  bord  antérieur,  qui  est  relevé,  avec  une  sorte  de  dé- 
pression transversale;  ponctuation  assez  dense  sur  les  cotés, 
écartée  sur  le  disque,  celui-ci  marqué  d'une  ligne longiLudinale 
lisse.  Ecusson  noir.  Elytrcs  une  fois  et  demie  plus  larges 
que  le  prothorax,  presque  parallèles,  à  peine  sinués  en  avant 
de  leur  milieu,  un  peu  atténués  et  subarrondis  à  leur  extré- 
mité avec  une  dcpressioi  humérale  forte  qui  rend  les  épaules 
très  saillantes;  ponctuation  un  peu  écartée,  bien  plus  forte 
sur  la  moitié  antérieure;  rebord  des  élytres  parfois  rous- 
sâtre.  Pattes  assez  fortes,  noires,  pubescentes.  Dessous  du 
corps  foncé,   un  peu  brillant,  à  pubescence  écartée  grisâtre. 

Long.  11  à  11,  5  mill.  Daghestan  :  Schalbus  Dagh.  Altitude 
3000  m. 

J'ai  reçu  cette  nouveauté  du  D' Staudinger  sous  le  nom  que 
je  lui  ai  conservé  et  que  je  juge  inédit;  par  sa  forme  et  sa 
coloration,  cette  espèce  est  bien  particulière,  on  peut  la  placer 
dans  le  voisinage  de  A.  collaris  L. 

CIj'tns(Sphegestes)bruniiescciis.  Très  voisin  dceinereus 
Cast.,  près  duquel  il  doit  se  placer,  à  peu  près  même  forme  géné- 
rale, mais  prothorax  moins  dilaté  en  arriére  et  élytres  un  peu 
plus  courts,  bien  diflérent  d'ailleurs  par  sa  coloration  élytrale 
brunâtre  et  la  forme  de  ses  bandes.  Antennes  et  pattes  rous 
sâtres.  Tête  et  prolhorax  assez  densément  pubcscents  de  gris 
la  première  petite,  paraissant  sillonnée  longitudinalement,  le 
deuxième  allongé,  peu  dilaté  en  avant  de  sa  base,  ]iuis  obli- 
quement diminué  en  arrière  sur  ses  côtés,  à  ponctuation  ru 
gueuse,  grossière.  Elytrcs  présentant  3  fascies  de  poils  d'un 
gris  jaunâtre  à  peu  près  régulières  et  peu  larges,  l'une  trans 
versale  touchant  tout  à  fait  la  partie  antérieure  vers  l'écusson, 
la  deuxième  arquée  en  avant,  remontant  jusqu'à  l'écusson 
mais  éloignée  du  bord  externe  en  arrière,  la  troisième,  un  peu 
oblique  en  arriére,  à  peine  élargie  et  peu  remontante  sur  la 
suture  on  avant,  celle-ci  également  éloignée  du  bord  externe; 
une  tache  apicale  peu  élargie  de  même  duvet. 

Long.  H  mill.  Géorgie  :  Tiflis  (coll.  Pic). 

Clytanthns  Faldernianni  v.  eancasicns.  Forme  assez 
étroite  et  allongée.  Entièrement  revêtu  d'une  pubescence  uni- 
forme d'un  gris  jaunâtre  sans  aucune  tache  foncée,  soit  sur  le 
prothorax,  soit  sur  les  élytres.  Araxesthal  (coll.  Pic). 

Masaria  kardistana  v.  eancasiea.  Coloration  générale  d; 


LE     NATURALISTE 


263 


kunlislaim  Ggl.  mais  taille  plus  petite,  dessous  du  corps,  à 
coloration  claire  uioins  étendue,  en  partie  noir.  Elytres  légè- 
rement tronqués  à  l'extrémité,  l'rothorax  orné  de  4  taches 
noires  disposés  en  ligne  et  d'une  cin(|uième  sur  le  milieu  de  la 
base  2  c/"  (coll.  Pic). 

M.  Pic. 


LES  NYMPHÊACÈES 


Si  l'Amérique  tropicale  détient  le  record  de  la  beauté 
tlorale  avec  la  Victoria  regia,  la  vieille  Europe  n'est  pas 
(le  son  côté  trop  mal  partagée  avec  le  Nymphsea  alha.  Le 
nénuphar  blanc  est,  chez  nous,  le  représentant  unique 
de  ce  beau  genre  auquel  les  Anglais  ont,  à  juste  titre, 
donné  le  nom  de  Liltj  water  (Lis  d'eau).  Sans  doute,  il 
existe  de  par  le  monde  des  espèces  plus  brillantes  que 
celle  qui  agrémente  si  joliment  nos  étangs,  mais  sachons 
ne  pas  être  trop  difficiles  et  contentons-nous  de  ce  que 
nous  avons  sous  la  main.  L'/nde.ï  kewcnsisnan  énumère 


pas  moins  de  quarante-cinq  espèces  dont  les  fleurs  varient 
du  blanc  au  bleu  en  passant  par  le  rouge  et  le  jaune,  sans 
oublier  de  nombreuses  teintes  intermédiaires.  Signalons 
les  Nymphxa  albo-rosea  ;  cxruUa  de  l'Afrique  tropicale  ; 
llava  de  la  Floride  ;  violacea  do  l'Australie  ;  j-o.ffados  Indes 
orientales;  rubra  plus  connu  sous  le  nom  de  Nympkxa 
Lotus  del'Asieetde  rAfri(|ii('tro]iicale.  Quol(|ues-uns  sont 
remarquables  par  la  suavité  de  leur  parfum,  par  exemple 
le  Nymphxa  odorata  de  l'Amérique  du  Nord  ;  d'autres 
sont  intéressantes  pour  leurs  propriétés  alimentaires  tels 
que  les  Nympliœa  Rudçiena,  dont  on  consomme  à  la  Gua- 
deloupe la  souche  et  l'embryon;  JV.  cxrulea  dont  on  mange 
au  Sénégal  les  graines  crues,  bouillies  ou  torréfiées 
ainsi  que  les  rlii/.omes  ;  N.  edidi;,  rubra,  rufescens,  mi- 
crantha  et  abbreviata  dont  les  racines  sont  également  re- 
cherchées dans  l'Inde  et  sur  la  côte  occidentale  d'Afrique. 
Le  Loiws  est  tout  |iarticulièrement  remarquable  à  ce  point 
de  vue  utilitaire  :  dans  la  vieille  Egypte,  ses  graines  ser- 
vaient à  la  faljrication  du  pain  :  actuellement  encore,  on 


Fig.  1.  —  Nénuphar  blanc. 

utilise,  à  l'occasion,  son  rhizome  dont  la  saveur  agréable 
n'est  pas  sans  analogie  avec  celle  de  la  pomme  de  terre. 
Les  Nymphéas  savent.donc  être  utiles.  L'homme  ne  se 
contente  pas  de  les  admirer,  il  peut  en  tirer  sa  nourri- 
ture. Dans  les  bassins  de  nos  serres,  c'est  à  titre  d'orne- 
ments que  nous  ayons  à  les  juger.  Si  les  espèces  exo- 
tiques sont  en  elles-mêmes  dignes  de  tous  nos  éloges, 
que  dirons-nous  en  présence  de  ces  véritables  merveilles, 
provenant  d'hybridation,  que  M.  Latour-Marliac,  du 
Temple-sur-Lot,  a  su  procréer?  Certains  de  ces  croise- 
ments, réunissant  les  qualités  dés  parents,  en  n'accep- 
tant pas  leurs  défauts,  joignent  à  la  beauté  le  mérite 


Fig.  î.  —  Nénuphar  jaune. 

de  la  rusticité.  Plus  n'est  besoin  du  bassin  de  la  serre 
pour  les  contenir  :  on  a  maintenant  le  loisir  de  les  voir 
développer  leurs  puissantes  floraisons  à  l'air  libre.  Le 
nom  donné  à  cette  race  nouvelle,  Nympkxa  Marliacea, 
consacre  justement  l'habileté  de  l'obtenteur. 

Mais  revenons  à  notre  Nénuphar  blanc  et  voyons 
quelles  sont  les  particularités  qu'on  peut  remarquer  chez 
lui.  L'observation  attentive  de  sa  fleur  n'est  pas  sans 
intérêt.  On  sait  que  cette  fleur  est  normalement  formée 
d'environ  18  pétales  disposés  sur  plusieurs  rangs.  Ces 
pétales  ne  sont  pas  tous  de  même  dimension  ;  ils  dimi- 
nuent de  grandeur  en  allant  de  l'extérieur  vers  l'intérieur 


264 


LE     NATURALISTE 


de  la  fleur.  A  un  moment  donné,  ces  organes  montrent 
à  leur  sommet  un  petit  corps,  adhérentàleurfaceinterne, 
dans  lequel  on  peut,  sans  difficulté,  reconnaître  une 
petite  anthère.  C'est  ce  qu'on  peut  appeler  un  pétale  éta- 
mine,  quelque  chose  d'intermédiaire  entre  le  pétale  par  la 
couleur  et  l'étamine  par  la  conformation.  A  mesure  que 
l'on  avance  vers  le  centre  de  la  fleur,  le  caractère  péta- 
loide  disparait  de  plus  en  plus  avec  le  rétrécissement  des 
pétales,  en  même  temps  que  le  caractère  étamine  se  dé- 
veloppe par  le  développement  que  prend  la  formation  des 
anthères.  On  arrive  donc  ainsi,  par  des  transitions  gra- 
duées et  faciles  à  suivre,  du  pétale  à  l'étamine  parfaite- 
ment constituée.  Les  pétales  ne  sont,  nous  le  savons  déjà, 
que  des  feuilles  transformées;  les étamines,  par  suite  de 
leur  mode  de  formation  aux  dépens  des  pétales,  auront 
donc  les  plus  intimes  connexions  avec  la  feuille.  Les  uns 
et  les  autres  ne  seront  que  des  feuilles  modifiées  dans 
leurmanière  d'être  et  dans  leurs  fonctions  physiologiques. 
Les  fleurs,  nous  l'avons  dit,  sont  odorantes.  Elles  sont 
nageantes  et  leurs  étamines  restent  dressées  après  l'émis- 
sion du  pollen.  Après  la  floraison,  le  pédoncule  ramène 
sous  l'eau  le  jeune  fruit  qui  finit  par  atteindre  le  fond. 
Quant  à  ce  fruit,  il  présente  encore  cette  particularité 
d'être  recouvert  de  cicatrices  provenant  de  l'insertion 
des  pétales  et  des  étamines.  Les  grains  sont  en  grand 
nombre,  colorés  en  rouge  et  attachés  sur  les  cloisons 
qui  séparent  les  loges. 

Les  autres  organes  ne  sont  pas  moins  intéressants  à 
étudier.  Le  rhizome  est  hypogé,  jaunâtre  sur  la  coupe  et 
peu  rameux,  se  détruisant  rapidement,  ferme  quand  il  est 
sec  et  marqué  de  cicatrices  arrondies  et  rapprochées 
l'une  de  l'autre.  Les  ramifications  du  rhizome  deviennent 
facilement  libres  et  peuvent  alors  donner  naissance  à 
des  individus  nouveaux  et  distincts. 

Les  feuilles  disposées  en  rosette,  sont  tapissées  à  leur 
base  d'un  feutrage  soyeux  ot  épais,  accompagné  de  larges 
écailles  membraneuses  qui  sont  mêlées  aux  feuilles.  Le 
pétiole  est  cylindrique  ainsi  que  les  pédoncules  qui  pré- 
sentent, l'un  et  l'autre,  dès  leur  plus  jeune  âge,  quatre 
grandes  lacunes  centrales  entourées  d'autres  beaucoup 
plus  petits. 

Quand  les  feuilles  font  leur  apparition  à  la  surface  de 
l'eau,  leur  limbe  est  d'abord  dressé  et  enroulé  sur  sa  face 
supérieure,  puis  il  devient  nageant  en  étalant  ses  deux 
moitiés.  En  même  temps,  les  pétioles  s'allongent  de 
façon  à  permettre  aux  limbes  de  s'élever  jusqu'à  la  sur- 
face. Les  jeunes  feuilles  sont  d'abord  rougeàtres  sur  les 
deux  faces,  puis  elles  deviennent,  petit  à  petit,  verdàtres  à 
la  face  supérieure  en  allant  de  la  circonférence  vers  le 
centre.  A  leur  complet  développement  elles  se  montrent 
sous  une  forme  sensiblement  orbiculaire.  Outre  ces 
feuilles  nageantes,  le  2V)/mf)/(a;a  en  possède  encore  d'autres 
en  petit  nombre,  deux  ou  trois  au  plus,  qui  sont  minces, 
pellucides  et  disparaissent  en  été  par  destruction, 
après  avoir  fait  leur  apparition  au  printemps.  Ces  feuilles 
sont  rougeàtres  à  leur  face  inférieure  comme  les  feuilles 
normales  qui  persistent  assez  tard  à  l'automne  après 
avoir  eu  une  naissance  printanière  également  tardive. 
Chez  elles,  on  a  remarqué  que  les  pétioles  se  mortifiaient 
toujours  de  la  même  façon,  c'est-à-dire  de  bas  en  haut. 

En  France,  le  Nymphxa  alba  est  peu  variable  dans  la 
conformation  de  ses  organes.  On  ne  peut  guère  en  distin- 
tinguer  qu'une  forme  à  feuilles  ot  à  fleurs  plus  petites 
qui  a  été  décrite  par  les  Aoristes  sous  différents  noms  et 
ne  paraît  être  que  stationnelle. 


En  Europe,  la  famille  des  Nymphéacées  n'est  pas 
limitée  au  genre  Nymphxa  ;  on  y  trouve  encore  les 
Nupharoii  Nénuphars  dont  le  représentant  le  plus  connu 
est  le  Nuphar  luteum.  Cette  dernière  plante  se  distingue 
du  Nymphxa,  au  premier  aspect,  par  la  couleur  des 
fleurs.  Celles-ci  sont  jaunes,  à  pétales  moins  nombreux 
que  chez  le  nénuphar  blanc  et  pourvues  au-dessous  du 
sommet  d'une  fossette  nectarifère  qu'on  ne  rencontre  pas 
dans  les  iV»/mpAa?a.  Les  sépales  sont  au  nombre  de  cinq  et 
non  de  quatre.  Les  étamines  sont  insérées  sous  l'ovaire 
et,  par  suite,  le  fruit  ne  présente  pas  les  cicatrices  carac- 
téristiques dont  nous  avons  parlé  précédemment  et 
qui  résultent  de  la  présence  à  sa  surface  des  pièces  du 
périantbe.  D'autres  différences  encore  plus  impor- 
tantes ont  lieu  dans  l'évolution  des  organes.  C'est  ainsi 
que  les  fleurs  sont  toujours  émergées,  même  en  eau  très 
profonde;  les  fruits  sont  d'abord  nageants,  puis  ils 
gagnent  le  fond  de  l'eau  à  la  maturité;  les  graines  sont 
jaunâtres  et  les  étamines  toujours  dressées,  même  après 
qu'elles  ont  émis  le  pollen.  Le  pédoncule  est  bien  cylin- 
drique comme  chez  le  Nymphsea,  mais  les  pétioles  sont 
anguleux-tétragones  ;  l'un  et  l'autre,  surla  coupe  transver- 
sale, montrent  un  grand  nombre  de  lacunes  à  peu  près 
égales  entre  elles. 

Les  feuilles  naissent  et  se  détruisent  au  moins  un 
mois  avant  celles  du  Nymphœa  et  les  pétioles  subissent 
la  mortification,  qui  a  lieu  dans  les  plantes  de  cette 
famille,  de  haut  en  bas  et  non  de  bas  en  haut.  Les  rosettes 
de  feuilles  sont  tapissées  à  leur  base  d'un  épais  feutrage 
qui  n'est  pas  entremêlé  d'écaillés.  L'apparition  des  feuilles 
se  fait  comme  dans  le  nénuphar  blanc  ;  mais,  même 
dans  leur  jeune  âge,  elles  ne  sont  rougeàtres,  et  encore 
de  façon  très  fugace,  qu'à  la  face  supérieure;  enfin  le 
limbe  est  elliptique  et  non  orbiculaire. 

Le  système  foliaire  est  encore  caractérisé  par  la  pré- 
sence de  nombreuses  feuilles  submergées,  membra- 
neuses, minces  et  pellucides,  plissées  et  munies  d'un 
pétiole  assez  court.  Ces  organes  restent  toujours  identi- 
ques, submergés,  même  dans  une  eau  profonde  ;  à  sec, 
ils  gardent  leur  consistance  et  se  dessèchent.  Ces 
feuilles  naissent  dans  cet  état;  jamais  les  feuilles  coriaces, 
même  profondément  immergées,  ne  deviennent  pellucides 
et  membraneuses.  Les  feuilles  coriaces  apparaissent  au 
printemps  ;  les  autres  se  développent  plutôt  en  hiver  ou 
à  l'automne  et  persistent  même  en  partie  durant  l'été. 
Le  rhizome  ]jrésente  également  des  caractères  distinctifs. 
Il  est  épigé,  blanc  sur  la  coupe,  rameux,  éiJais,  se 
mortifiant  lentement  et  difficilement,  flasque  et  mon- 
tre à  sa  surface  des  cicatrices  éloignées  les  unes  des 
autres  et  de  forme  elliptique.  De  plus,  les  ramifications 
ne  sont  jamais  mises  en  liberté  et  ne  donnent  pas  nais- 
sance à  des  individus  nouveaux  et  distincts. 

Le  Nuphar  parait  jouer  plus  que  le  Nymphsea  ;  il  est 
devenu,  entre  les  mains  des  botanistes,  le  point  de  départ 
de  création  d'un  certain  nombre  d'espèces  dont  une  se 
rencontre  en  France  dans  les  lacs  des  montagnes,  dans 
les  Vosges,  le  Jura,  l'Auvergne.  C'est  le  Nuphar  puni- 
htm  ou  Spen«eria/ium  distinct  par  ses  feuilles  et  par  ses 
fleurs  plus  petites,  les  rayons  de  ses  sigmates  moins  nom- 
breux atteignant  ou  dépassant  le  bord  du  fruit. 

Il  existe  donc,  après  ce  que  nous  venons  de  dire,  dans 
la  flore  indigène,  peu  de  plantes  aussi  intéressantes  que 
les  Nymphéacées.  Leur  beauté  a  depuis  longtemps 
fixé  l'attention;  aussi  n'est-il  pas  étonnant  que,  dès  1503, 
elles  aient  été  figurées  par  Otto  Brunfels.       P.  Hariot. 


LE     NATURALISTE 


265 


DESfiRIPTIOS  nm  COODILIE  SOCYEllE 


Drypias  Flori  Testa  imperforatii,  oblonga,  solida,  striis 
obliquis  evanidis  ornata,  3ubnitens,  allja  rtammuUs,  et  strigis 
Tiolaccofuscis  nigrisque  picta  ;  spira  elongato  -conica,  obtusius- 
cula;  sutura  impressa,  Cl  enulata  ;  anfr.  7,  parum  convexi,  sat 
regulariter  crcsc.  ;  apertura  fere  verlicalis  ti-uncato-ovalis  ; 
intus  argenteo-fusca  niargaritacea,  peristuni  sub  incrassatum, 
breviter  espansum,  griseo  lilaceum,  columella  torta  intus  al- 
bescens,  long.  8S  mm.,  diam.  39  mm.,  apert.  39  mm.  maj. 
diam.  30  min.  22  mm. 

Cette  espèce  que  j'ai  vue  figurer  dans  certaines  collections  sous 
le  nom  de  B.  integcr,  s'en  distingue  à  première  vue  par  sa 
forme  plus  élancée,  l'absence  de  stries  circulaires,  le  brillant  et 
les  stries  longitudinales  presque  ellacécs  de  sa  surface,  et 
par  une  torsion  pins  forte  et  plus  courte  de  son  bord  columel- 
lairc  et  souvent  par  une  zone  noir  violacé  à  la  base  du  der- 
nier tour. 

Hab.  Machala  Kquateur.  Cette  espèce  est  dédiée  à  M.  l'Ingé- 
nieur L.-M.  Flor  sur  le  désir  exprimé  par  M.  A.  Cousin.  B. 
integer  se  trouve  dans  la  même  localité. 

Diahniica,  dialinlica.  Testa  parva.  crassa,  alba,  longitudi- 
naliter  ovalis,  concentrice  striata;  cardo  lalus  crassus,  antice 
sicut  iniciitida;  4,  "j  dentatus,  denlateral.  sequens,  postice 
fossula  ligamonti  unice  occupans. 

La  curieuse  cliarnière  de  cette  coquille,  qui  n'est  dentée  que 
dans  la  moitié  postérieure  de  son  bord  cardinal,  alors  que  la 
partie  antérieure  n'est  occupée  que  par  la  fossette  ligamen- 
taire dans  laquelle  cependant  on  voit  sur  quelques  valves  un 
ou  deux  tubercules,  appliqués  sur  la  dent  qui  borde  la  fossette 
et  les  dents  latérales  bien  accentuées,  en  font  un  genre  par- 
ticulier. 

D''  JoUSSEAUiME. 


NOTE  SUR  IJ'  DIPLOTAXIS  ERUCOIDES 


Le  Diplolaxis  ErucoiJes  D.  C,  on  Diplntaxis  fausse 
roquette,  est  une  crucifère  qui  croît  spontanément  dans 
notre  région  méditerranéenne.  Contrairement  aux  autres 
Diplotaxis  de  l'Hérault,  cette  plante  a  les  fleurs  blanches, 
la  base  des  jiétales  légèrement  teintée  de  violet;  les  pé- 
doncules sont  jilus  court*  que  les  fleurs  épanouies,  et  les 
feuilles  profondément  découpées;  dansun  milieu  légère- 
ment favorable,  elle  atteint  un  développement  de  4  à 
6  décimètres. 

11  n'y  a  encore  (|ue  quelques  années,  celte  plante  était 
réputée  rare  dans  le  département  de  l'Hérault,  et  les 
flores  locales  ne  la  mentionnaient  que  dans  quelques 
localités.  A  Saint-Félix  on  n'en  a  pas  encore  vu,  mais  à 
r>  kilomètres  seulement:  à  Clermont  les  vignes  en  sont 
toutes  infestés,  surtout  du  côté  du  cimetière.  Vu  du  haut 
de  la  chaussée  du  chemin  de  fer,  ce  n'est  qu'un  immense 
tapis  blanc  au  tissu  le  plus  serré,  et  recouvrant  tous  les 
pieds  de  vigne,  et,  cejiendant,  je  puis  affirmer  qu'il  y  a 
trois  ans  tout  au  plus,  on  aurait  eu  de  la  peine  à  cueillir 
au  même  tènement  un  seul  exemplaire  de  cette  plante. 

Dans  la  séance  du  iO  octobre,  tenue  par  la  Société 
d'horticulture  et  d'histoire  naturelle  de  l'Hérault, 
M.  le  D'  Planchon  (Louis),  de  Montpellier,  professeur 
agrégé  à  l'Ecole  supérieure  de  pharmacie,  a  attiré 
l'attention  de  ses  collègues  sur  cette  plante,  et  sur  les 
dangers  qu'elle  présentait  pour  les  moutons  qui  étaient  à 
même  de  s'en  nourrir.  Il  nous  dit,  en  effet,  que  les 
feuilles  et  les  graines  surtout,  contieiment  en  assez 
grande  quantité,  de  l'essence  de  moutarde,  et  que  les 
moutons  qui  en  mangeaient,  mouraient,  non  par  intoxi- 
cation, mais  bien  par  des  lésions  produites  à  la  muqueuse 


do  la  |)anse  de  ces   animaux  (par  le   fait  d'an  véritable 
siiiaiiisme). 

Ayant  été  à  même  de  constater  les  fâcheux  effets  pro- 
[luits  par  le  Diplotaxis  érucoïdes  sur  l'estomac  des  rumi- 
nants, et  s'en  être  assuré  en  assistant  à  de  nombreuses 
autopsies,  le  D"'  Planchon,  a  cru  de  son  devoir  de  pré- 
venir les  agriculteurs  par  tous  les  moyens  qui  étaient  en 
son  pouvoir,  par  la  voie  de  la  presse,  par  exemple,  ce 
dont  on  ne  saurait  assez  le  louer.  On  n'a  trouvé  jusqu'à 
présent,  et  c'est  le  seul  conseil  que  donne  lu  D'"  Planchon 
comme  palliatif,  que  de  faire  absorber,  le  plus  tôt  pos- 
siide,  aux  animaux  une  assez  grande  ([uantité  d'eau.  Les 
lapins  et  les  cobayes  qui  ne  présentent  pas  la  môme 
organisation  ([ue  les  ruminants,  n'en  ]iaraissent  point 
incommodés. 

Deux  faits  se  dégagent  donc  au  sujet  de  cette  plante  : 

i"  Son  extension  rapide  sur  plusieurs  points  du  dépar- 
tement ; 

2°  Constatation  par  le  D'  Planchon  de  ses  effets  perni- 
cieux sur  les  animaux  de  la  race  ovine. 

Henri  CousTAN. 


DESCRIPTION 
DE  QUELQUES  LUCANUS   NOUVEAUX 


LuCANX'S  F.\iRM.4.iiiEr.  —  Louis  Planet. 

(Thibet.) 

Très  voisin  du  Luc.  Fo>'<Mneî'-Saunders,  mais,  à  taille 
égale,  mandibules  plus  grêles,  tête  bien  plus  courte, 
corselet  plus  convexe,  élytres  plus  larges,  plus  convexes 
et  beaucoup  plus  parallèles. 

Mdle. 

Coloration. 
Mandibules,  tête,  corselet  et  écusson  d'un  brun  noi- 
râtre. Antennes  et  palpes  de  la  même  couleur  et  bien 
luisants.  Mandibules  légèrement  luisantes  à  leur  naisr 
sauce,  puis  ternes  et  très  finement  râpeuses  jusque  vers 
leurs  deux  tiers,  ensuite  luisantes  jusqu'à  leur  extrémité. 


Kairmairei    (Mâle) 

mais  parsemées  sur  ce  restant  de  leur  parcours  de  points 
enfoncés,  visibles  à  l'œil  nu,  bien  plus  distincts  et  plus 
réguliers  que  chez  le  L.  Forlunei. 


266 


LE     NATURALISTE 


Tête  recouverte  d'une  rugosité  excessivement  fine  et 
serrée  qui  lui  donne  un  aspect  mat.  Corselet  couvert 
d'une  ponctuation  également  fine  ot  très  serrée,  s'espa- 
cant  tant  soit  peu  sur  le  disque  qui  est  par  suite  un  peu 
plus  luisant. 

Elytres  d'un  rougeâtre  obscur  bien  plus  foncé  que 
chez  le  L.  Fortunei.  Elles  sont  très  lisses  et  luisantes 
sans  être  brillantes.  Leur  ponctuation,  invisible  à  l'œil 
nu,  est  serrée  et  très  régulière.  Leur  rebord  et  leur  strie 
suturale,  qui  est  d'ailleurs  à  peine  indiquée,  sont  presque 
noirs. 

La  tète,  le  corselet  et  les  élytres,  aux  épaules,  sont 
recouverts  d'une  pubescence  couchée,  extrêmement  fine 
et  peu  visible,  de  couleur  dorée. 

Dessous  du  corps  de  la  même  couleur  que  la  tète  et  le 
thorax,  maiscouverten  entier  d'une  pubescence  couchée, 
assez  serrée,  mais  très  fine,  de  la  même  couleur  que 
celle  du  dessus. 

Cuisses  d'un  beau  jaune  d'ocre  un  peu  foncé  aux  trois 
paires  de  pattes;  les  antérieures  sont  entièrement  cer- 
clées de  noir,  leur  bordure  noire  étant  très  large  à  leur 
bord  antérieur;  cuisses  médianes  et  postérieures  n'ayant 
de  bordure  noire  qu'à  leurs  extrémités  et  à  leur  bord  in- 
férieur. 

Pattes  du  même  jaune  que  les  cuisses,  mais  un  peu 
plus  foncées  ;  les  antérieures  sont  bordées  de  noir  à  droite 
et  à  gauche,  les  autres  paires  ne  le  sont  qu'à  leur  bord 
interne  mais  néanmoins  leurs  épines  sont  noires.  Tarses 
d'un  noir  luisant  aux  trois  paires  de  pattes. 

Structure. 

Mandibules  ayant  les  mêmes  dimensions  et,  à  peu  de 
chose  près,  la  mémo  coupe  et  le  même  aspect  tranchant 
que  celles  Un  L.  Fortunei,  mais  moins  rectilignes  entre 
leur  base  et  la  dent  médiane,  et  par  suite  plus  excavées 
à  leur  bord  interne  ;  elles  sont,  en  outre,  plus  grêles  et 
leur  denticulation,  au  lieu  d'être  régulière,  est  réduite  à 
quelques  denticules  très  inégalement  répartis  et  dont  la 
plupart  sont  à  peine  saillants.  Comme  chez  le  L.  Fortunei 
d'ailleurs,  ces  denticules  arrivent  presque  jusqu'à  la  base 
de  la  mandibule.  Dent  inférieure  de  la  fourche  terminale 
plus  courte  que  la  supérieure.  Tête  moins  longue  et 
moins  carrée  que  celle  de  cette  dernière  espèce,  rappe- 
lant davantage,  toutes  proportions  de  taille  gardées, 
celle  du  i.  cervus.  Labre  largement  échancré  en  demi- 
lune  comme  chez  la  forme  syi'iaca  du  L.  cervus  ;  épistome 
ogival,  front  déprimé,  sensiblement  vertical,  carène  du 
bord  antérieur  très  mince,  mais  large  et  bien  saillante; 
carènes  latérales  et  postérieures  également  fines  et  sail- 
lantes; cou  bien  accentué;  palpes  et  antennes  grêles; 
ces  dernières  à  quatre  feuillets;  le  scape  est  déprimé. 

Prothorax  très  étroitement  rebordé,  convexe,  assez 
rétréci  en  avant,  à  contours  arrondis,  la  dépression  mé- 
diane est  large  et  peu  accentuée. 

Elytres  parallèles,  assez  convexes,  arrondies  à  leur 
extrémité.  Leur  bord  antérieur  est  arrondi,  mais  sensi- 
blement rectiligne. 

Pattes  antérieures  pluridentées,  pattes  médianes  tri- 
dentées,  pattes  postérieures  ne  présentant  que  deux  dents 
dont  la  première  est  presque  nulle. 

La  description  qui  précède  est  faite  d'après  un  seul 
exemplaire  communiqué  par  M.  R.  Oberthiir. 

Cet  exemplaire,  qui  est  de  la  taille  des  plus  grands 
spécimens  du  L.  Fortunei,  est  noté  de  Se-Pin-Lou-Chan 
(Ya  Tcheou),  comme  le  L.  Oberthiiri  décrit  précédem- 


ment (voir  Naturaliste,  n°  2d0  du  1"  août  1897).  Il  a  été 
capturé  en  1893  par  des  chasseurs  indigènes. 

Femelle. 

C'est  probablement  à  cette  espèce  qu'il  convient  de 
rapporter  la  petite  femelle  dont  le  dessin  est  ci-joint  et 
qui,  elle  aussi,  présente  une  très  grande  affinité  de  forme 
et  de  structure  avec  le  L.  Fortunei  (J). 

Elle  s'en  différencie  par  les  mandibules  un  peu  plus 
grêles,  par  la  tête  moins  élargie,  par  le  corselet  égale- 
ment un  peu  plus  étroit  et  surtout  plus  rond  et  plus  con- 
vexe, à  bord  postérieur  plus  court.  Antennes  comme 
chez  la  femelle  du  L.  Fortunei. 

Les  élytres  ont  leur  épine  humérale  arrondie,  mais 
bien  indiquée  ;  elles  sont  bien  plus  rétrécies  à  l'arrière 


Fairmairei  (Femelle) 

et  par  suite  plus  élégantes.  Au  reste,  cette  femelle  est 
dans  tout  son  ensemble  plus  élégante  que  celle  du  L. 
Fortunei. 

La  coloration  est  en  entier  d'un  brun  rougeâtre  obscur, 
assez  luisant  sur  les  élytres  qui  ju-èsentent,  en  outre,  la 
particularité  d'avoir  leur  pourtour  d'un  rouge  relative- 
ment vif,  en  tout  cas  visiblement  plus  clair  que  la  ma- 
jeure partie  de  leur  disque.  Cette  teinte  rougeâtre,  bien 
indiquée  aux  épaules,  s'accentue  surtout  depuis  les  deux 
tiers  des  élytres  jusque  vers  leur  extrémité. 

Les  mandibules  et  le  dessus  de  la  tête  sont  mats  et 
couverts  d'une  rugosité  punctiforme  bien  visible.  Le 
disque  du  corselet  est  médiocrement  luisant  et  moins 
ponctué  que  les  côtes  auxquelles  leur  ponctuation  donne 
un  aspect  un  peu  terne.  L'ecusson,  très  finement  ponctué 
quand  on  le  regarde  à  la  loupe,  présente  quelques  poils 
couchés.  Les  élytres,  dont  le  rebord  est  large  et  très 
accentué,  sont  couvertes,  quand  on  les  examine  à  la 
loupe,  de  petits  points  enfoncés,  espacés  et  irréguliers, 
entremêlés  de  quelques  courtes  strioles  un  peu  inclinées, 
leur  sommet  étant  dirigé  vers  la  suture  et  leur  base  vers 
le  rebord  élytral.  Dessous  plus  foncé  et  plus  terne  que 
le  dessus.  Pattes  fortement  ponctuées,  de  la  même  cou- 
leur que  le  dessus  du  corps  mais  plus  foncées  sur  leur 
pourtour.  Caisses  antérieures  présentant  en  dessus  et  en 
dessous  une  bande  jaune  courte  et  assez  étroite. 

La  même  bande  se  retrouve  mais  plus  large  et  un  peu 
plus  longue  aux  deux  autres  paires.  Le  pourtour  des 
cuisses  est  noir. 

Cette  femelle  qui  m'a  été  communiquée  comme  le  & 
par  M.  R.  Oberthiir  faisait  partie  de  la  Collection  Mnis- 
zech.  Elle  avait  été  rapportée  de  Chine  par  M.  l'abbé  A. 
David. 


LE     NATURALISTE 


267 


LUCANUS  CERVUS  VAU.  poujADEi.  —  Louis  Planet. 
Aux  variétés   du  L.  cerviis  précédpmmpnt  décrites,  il 
coiivienl  d'en  ajouter  une  fort  curieuse  dont  je  donne  ci- 
joinl    la  ligure  et  dont  la  description  trouvera  place  dans 


Luc.  cervus.  Var.  Poujadei.  c/"  Louis  l'ianct. 

(varietas   nova). 

(CoU.  du  Muséum  de  Paris). 

le  premier  volume  de  l'Essai  monographique,  volume  qui 
doit  paraître  incessamment. 

Je  me  fais  un  plaisir  de  dédier  cette  intéressante  et 
caractéristique  variété  à  mon  e.\cellent  maître  M.  G.  A. 
Poujadc  qui  m'a  si  souvent  aidé  de  ses  savants  conseils 
pour  l'exécution  de  mes  dessins  d'Histoire  naturelle. 

Louis  Planet. 


OFFRES  ET  DEMANDES 


—  A  céder  les  lots  etcollections  de  Coléoptères  ci-après 
désignés.  S'adresser  à  «  Les  Fils  D'Emile  Deyrolle  », 
46,  rue  du  Bac,  Paris. 

Collection  de  Staphylînîdes  europ.  et  exoti- 

([ues,  "80  espèces,  10  cartons.  Prix  :  80  fr. 

l>ot  tie  t^tapliylinicleiii,  Ci-y'|>to|>liagi<les 
L.ii(lii*i<Iii<le!«,i%ni!»otonii<Ies,t!ley4liiiéiii<Jes, 
Cissi«les,  etc.  Environ  400  espèces,  1200  exempt., 
8  cartons.  Prix  :  80  fr. 

Collection  tle  Iveptodér-ides,  IM«5croplio- 
i-î<l»-»,  !<»li)l»îl«les  europ.  et  exotiques.  'J6  l'Spèces. 
778  exempt.,  4  boites.  Nombreuses  variétés  et  exem- 
plaires de  provenances  diverses.  Pris  :  75  fr. 

Lot  «l'Hîspides,  exotiques,  60  espèces,  65  exempt. 
I  carton.  Prix  Ai  fr. 

Collection  de  Coccinellides,  HO  espèces, 
32'.i  exempt.,  2  cartons  doubles.  Prix  :  25  fr. 

Collection  de  Coccinellidee,  47  espèces, 
50'.»  exempl.,2  cartons.  Prix  :  M  fr. 

L.ot  de  Scyninus  à  Litopiiiliis  inclus, 
47  espèces,  332  exempt.,  1  carton.  Prix  :  20  fr. 

Collection  de  Cnrculîonîdes  et  Xylo- 
pliaf^es.  880  espèces,  3.4t6  exempl.,  27  cartons. 
Prix  :  17;;  fr. 

Lot  de  Curculionides,  95  espèces,  383  e.xempl., 
4  carions.  Prix  30  fr. 

Lot  de  Coccinellides  européens  et  exotiiiues. 
78  espèces,  246  exempl.,  1  Lioite.  Prix  :  20  fr. 

I.,ot  de  Oytiscides,  Gyi-inîdes  europ.  et 
exotiques,  78  espèces,  24C  exempl.,  1  boite.  Prix  :20fr. 


Collection   de    Scolytidc»,    83   espèces,    674 
exempl  ,  3  boites.  Prix  :  40  fr. 

LotdeCui-culionides,  171  espèces,  375exempl., 
2  cartons.  Prix  :  2.'j  fr. 

—  A  vendre  les  lots  ci-après  de  Coquilles  et  Fossiles 
(même  adresse  que  ci-dessus). 

Un  lot  de  Cof|ullles  marines  et  terrestres  de  Mau- 
rice, environ  128  espèces  et  277  exemplaires.  —   60  fr. 

Un  lot  de  Coquilles  do  Cuba  (terrestres)  compre- 
nantae  nombreuses  Hélix,  Stropiiia,Choanopama,  Chon- 
droponia,  Ilelicina,  48  espèces,  65  exemplaires.  —  55  fr. 

Une  collection  de  Fossile*  du  dév-onien  du  Pas- 
de-Calais,  25  espèces,  38  exemplaires.  —  20  fr. 

—  M.  Autheaume,  à  Moulins,  par  Toucy  (Yonne),  offre 
coqs  nègres,  provenance  :  Jardin  d'Acclimatation,  en 
échange  d'insectes,  de  coquillages,  de  minéraux  ou  de 
fossiles. 


LIVRE     NOUVEAU 


Le  Dictionnairf  populaire  d'.ij^ricnllurè  pratique  (1) 

continue  sa  publication  régulière.  Nous  avons  sous  les  yeux  le 
septième  fascicute  qui  contient  les  mots  compris  entre  Itnpéra- 
loire  bl  Malricaire.  Nous  y  avons  lu  avec  le  plus  grand  intérêt 
l'article  Impôts,  par  M.  Paisant,  le  savant  économiste,  qui  a  su 
exposer  en  quelques  pages  tout  notre  système  d'impôts.  L'irri- 
gation et  le  jaugeage  des  cours  d'eau;  la  jaclière,  pour  l'agri- 
culture, et  le  marcottage,  pour  l'iiorticulture  ;  le  lin,  la  luzerne 
et  le  mais,  pour  les  cultures;  l'incubation,  le  lapin,  les  races 
du  Limousin  et  les  maniements,  pour  l'élevage  et  la  zoo- 
technie; le  lait  et  le  marc,  pour  les  industries  agricoles,  tels 
sont  les  articles  les  plus  saillants  de  ce  nouveau  fascicule, 
qu'éclairent  de  nombreux  clichés.  C'est  bien  la  vulgarisation 
des  sciences  agricoles,  mises  ainsi  à  la  portée  de  tous,  et  cet 
excellent  ouvrage  justifie  amplement  son  litre  do  Dictionnaire 
populaire. 

(1)  Le  fascicule,  2  fr.  50  ;  franco.  3  francs.  (Les  FILS  d'ÉMILIÏ 
DEYROLLE,  Paris. 


BIBLIOGRAPHIE 


ZOOLOGIE 
1.  Allen  E.  J.   Report  on  l/w  Présent  State  of  hiowlege 
with  regard  to  t/ie  Habits  and  Migrations  of  the  Mache- 
rel  {Scomber  scomber). 
Journ.  Marine.  Iliol.  Assoc.  V.  1897,  pp.  1-40. 

S.   BangS.  O.   On  a  small  collection  of  Mammals  from 
Hamillon  Intel,  Labrator. 
Evolomys  proteus. 
liiol.  Soc.  of  Washington  {l'roceed.),   1897,  p.  235- 
2i0.  ■  ' 

S.  Bethe  A.  Das  Nervensystem  von  Carcinus  Maenas, 
pt.  xxv-xxx. 

Aicliiv.  f.  Milcrosk.  Anat.  1897,  p.  446-556. 

4.  Boulenger  G.  A.  On  some  litlle-know  Snakes  from 
Natal. 

Simocephalus   capensis  —  Philothamnus  semivariega- 
tus.  —  Macretaps  microlepidotus.  —  Elapechis  Sunde- 
vallci.  —  Naia  nigricollis.  —  Dcndropsis  angusticeps. 
Ann.  Mag.  Sat.  Ilist.,  octobre  1897,  p.  374-376. 

5.  Boulenger  G.  A.  .1  Ust  of  the  Fishes  obtained  by  M 
J.  Stanley  Ganliner  al  [iotutna,  Soiitli.  Pacific  Océan. 
(Cette  liste  comprend  108  espèces-). 

Ann.  Mag.  Nat.  Ilis!.,  octobre  1897,  p.  371-374. 

C.   Browne    E.    T.    On  Tnbularia  crocea    in    Plymouth 
Sound. 
Journ.  Marine,  liiol.  Soc.,  V.   1897,  p.  54-55. 

1.  Butler  A.  G.  .■!  Revisio  of  the  Species  of  Dutterflies 
belonging  to  the  yenus  Teracolns,  Swains. 
24  espèces  (à  suivre). 

Ann.  Mag.  Nat.  Hist.,  octobre  1897,  p.  385-399. 


268 


LE     NATURALISTE 


8.  Butler  A.  G.  Descripl.  of  six  l'iérine  Bullerflies  of 
tlie  Genus  Calaslicla. 

C.  vapina.  —  C.  cinerea.  —  C.  vulnerata.  —  C.  trico- 
lor.  —  C.  sordida.  —  C.  Staudingeri. 
Ann.  Mar/.  Sat.  Hisl.  octobre  1897,  p.  367-369. 

9.  Cambridge  Pickard.  F.  O.  .  On  the  cleniform  Spi- 
ders  ef  C'e;/lon.  Uiirmah.  and  Ihe  Indian  Archipelago, 
Wesl  and  \orlh  of  Wallacex  Line  ;  W'ith.  Biblioifraphy 
and  List  of  Ihose  from  Auslralia,  S.  and  E.  of  Wal- 
lace's  Line. 

Ctenus  thorellii.  —  C.  Hosei.  —  C.  saravakensis.  —  C. 
ceylonensis.   — C.   Floweri.  —  C.    philippinensis.  — 
Thalassius  Simoni.  —  Th.  Doleschallii  pi.  IV. 
Ann.  .W'/j.  S'at.  Hist.,  octobre  1897,  p.  329-356. 

lO.  Dean  (Basbford).  On  the  Development  of  the  Cali- 
fornian  Hag-Fish.  lidellostoma  Siouli.  pi.  XVII. 

Quart.  Joutn.  microsc.  sci,  n"»  158;  1897,  p.  269-280. 

W.  Distant  W.  L.  Cicadae  from  the  Malay  Archipelago. 
Cicada  operculissima.   —    Lembeja    maculosa.    —    L. 
Fruhstorferi. 
Ann.  Mar/.  Nat.  Hist.,  octobre  1897,  p.  369-371. 

IS.  Garstang  W.  On  some  modificalion-s  of  i^lruclure 
siibservient  lo  Respiration  in  Decapod  Cruslncea  v./iich 
burroij;  in  Sand  ;  With  some  Remarks  on  the  Vtility  of 
spécifie  citaracters  in  the  Genus  Calappa.  and  the 
description  of  a  New  Species  of  Alhunea  'A.  scutel- 
loides;.  pi.  XII-XIV. 

Quart.  Journ.  microsc.  Sci..  n»  i:j8,  189",  p.  211-232. 

13.  Gill  T.  et  Townsend  C.  H.  Diagnoses  ofnew  Spe- 
cies of  f  ishesfound  in  Bering  Sea. 

Raia  rosispinis.  —  R.  oblusa.  —  R.  interrupta.  — 
Macdonaldia  alla.  —  M.  longa.  —  Ericara  (N.  g.)  — 
salmonea.  —  Lycodes  digitatus.  —  L.  concolor.  —  Ma- 
crurus  lepturus.  —  M.  dorsalis.  —  M.  firmisquamis.  — 
M.  magnus.  —  M.  suborbitabilis.  —  Hippoglossoides 
robuslus. 

Biol.  soc.  of  Washington  (Proced.)    1897.  p.  231-234. 

14.  Goodrich  Edwin  S.  On  the  Relation  of  the  Arthro- 
jioil  lleiid  lo  Ihe  Aniielid  l'roslomimn. 

Quart,  .lourn.  microsc.  n»  l.;8,  1897,  p.  247-268. 

15.  Goodricli  Edwin  S.  Notes  on  the  Anatomg  of  Ster- 
nnsjiis..  pi.  XV. 

Quart.  Journ.  microsc,  n»   138,  1897,  p.  233-246. 

16.  Goto  'Seïtaro  R.  R.;.  Die  Entwickelumj  der  Gono- 
phoren  hei  l'hysalia  maxima,  pi.  XV. 

Journ.  Coll.  Imp.  Univers.  Japon.  X.  2.  1897,  p.  175- 
191. 
111.  Harmer   S    F.  Sole   on  Sev:   lare  Brislish   Marine 
l'olijzoa.. 
Journ.  .Marine  Biol.  Assoc.  V.,  1897,  p.  51-53. 

18.  Hatta  S.  Contributions  to  the  Morphology  of  Cyclo- 
stoma. 

1.  On  the  Formation  of  the  Heart  in  Petromyzon. 
Journ.   Coll.  Imp.  Univers.  Japon.  X.  2,  1897,  p.  220- 
237. 

19.  Lewis  G.  On  some  species  of  IJisleridœ. 
Apobletes  servulus.  —  Platysoma  estrarium.  — Pachy- 
cracus  morulus.  —  Hister  Colensoi.  —  H.  Planifornis. 
—  Sliclostix  mormoni.  — Phelister  hilarulus.  —  .\na- 
glymma  impar.  —  Trypeticus  planislernus.  —  T.  inci- 
lis.  —  T.  mustï^linus.  —  Pagocœlis  africanus.  —  Try- 
pobias,  Sp. 

Ann.  Mag.  Nat.  Hist.,  octobre  1897,  p.  2:;6-265. 

20.  Leydig  F.  Zirbel  und  Jacobson'sche  Organe  einiger 
Reptilien,  pi.  XIX-XXI. 

Archiv.  f.  Mikrosk-Anat.,  1897,  p.  383-418. 

21.  Masterman  A.  T.  On  the  Diplochorda  {i).Slruclura 
of  Actinotrocha  —  (2)  Structure  of  Cephalodiscus, 
pi.  XVIII-XXVI. 

Quart,  journ.  microsc.  Sci  n»  158,  1897,  p.   281-366. 

22.  Meyer  P.  Ein  neuer  blinder Riisselkâ fer  dus  Algérien. 
Alaocyba  Theryi. 

Wiener  Entomol.  Zeil-,  1897,  p.  207. 

23.  Miller  'Gerrit  S.).  The  Nomenclature  of  some  Euro- 
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24.  Thomas  O.  On  the  Dv:arf  Mungoose  Helogale)  of 
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Helogale  Atkinsoni. 
Ann.  Mag.  Nat.  Hist..  octobre  1897,  p.  377-379. 

25.  Wasmann    E.    Veber    Fustigerodes.    {Novoclaviger 

Stroughtoni. 

Wiener  Enlomol.  Zeil.  1897.  p.  202. 

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F.  Braunsi. 

Wiener  Entomol.  Zeil.,  1897,  p.  201. 

2 II.  Willey  A.  The  Adhesive  Tenlacles  of  Naulilus,  uilh 
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pi.  XI. 

Quait.  Journ.  Microsc.  Sci..  n°  158,  1897,  p.  207-210. 

28.  Zoufal..  Zuei  neue  Gastrallus-Arten. 

G.  striatus.  ^  G.  unistriatus. 
Wiener  Enlomol.   Zeil.,  1897,  p.  206. 

GÉOLOGIE,  MINÉRALOGIE,  PALÉONTOLOGIE 

29.  Ameghino,  F.  Mammifères  crétacés  de  TArgentine. 

Notopithecus  [N.  G.)  adapinus  —  .V.  fossulatus  —  N. 
summus  —  Eupithecops  {N.  G.)  proximus  —  Arcliœopi- 
Ihecus  [S.  G.)  Rogeri  —  Pachypithecus  {N.  G.)  macro- 
gnalhus  —  Archseophytus  N.  G.)  patrius —  Prohegeto- 
the-ium  (N.  G.)  sculplum  —  Pj'opachyrucos  {N.  G.) 
—  Smith-Woodv;ardi  —  Prosotherium  (N.  G.)  Gar- 
zoni  —  P.  Iriangulidens  —  /'.  robustum  —  Eutrachg- 
Iherus  (.Y.  G.)  spegarriziamus  —  E.  conturbatus.  — 
Prœdrium. 

Bol.  Inst.  geogr.  Argent.  1897,  p.  406-429. 

30.  Banmhaner   'H  ).   Neue    Bcobachtungen  am  Binnit 
und  Dufrenoysit.  PI.  IX  fig.  4-9. 

Zeilsrh.  f.Krystall.  28.   1897,  p.  343-553. 

31.  Bertrand  (M.)  et   Golliez  H.  Les    chaînes   septen- 
trionales des  Alpes  bernoises  (18  fig.j. 

Bull.  Soc.  Géol.  France.  1897,  p.  368-395. 

32.  Blayac  et  Gentil.  Le  Trias  dans  la  région  de  Souk- 
Ahras  (Algérie).  PI.  XXI. 

Ilull.  .Soc.  Géol.  France.  1897,  p.  323-547. 

33.  Deely  (R.    M.,.   The    Erosive   Power   of  Rivers   and 
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Geolog.  Magaz.  1897,  p.  388-397, 

34.  Depéret.    Ch.  Les  animaux  pliocènes  du    Roussillon. 
2  pi. 

Mém.  Soc.  Géol.  France.  (Paléontol.)  VII  fasc.  IV., 
part.  1. 

35.  Depéret   Ch.).  Découverte   du  Mastodon  angustidens 
dans  l'étage  cartennien  de  Kabylie.  PI.  XIX. 

Bull.  Soc.  Géol.  France.  1897,  p.  518-322. 

36.  Dies,    Notiz    liber    die    Zusammensetzung   des    Ilme- 
niis. 

Zeitsch.  f  KrysluU.  28.  1897,  p.  596-398. 

SA.  Gaudry  (A.).  Sur  un  nouveau  Tapiridé  des  phospho- 
rites  du  Quercy. 
Bull.  Soc.  Géol.  France.  1897,  p.  367-568. 

38.  Holm  (T. V  Studies  in  Cypcracc;e. 

.imer.  Journ.  of  Sci.  Octobre  1897,  p.  298-306. 

39.  Howorth    H.    H.).    Surface  contour  of   ScMUdinavia 
and  Finland. 

Geolog.  Magaz.  1S97,  p.  397-404. 

40.  Kayser  (E.).  Beilragc   zur   Kenntniss   einiger  palao- 
zoischer  Faunen  Nord-Amerikas.  PI.  XIII-XIV. 

Zeitsch.  Deutsch.  Geol.  Gesells.  49.  1897,  p.  274-317. 

41.  Lambert    (J.).  Note  sur  quelques  Echinides  éocènes 
de  lAude.  PI.  XVIII. 

Bull.  Soc.  Géol.  France.  1897,  p.  313-318. 

G.  Malloizel. 


Le  Gérant:  Paul  GROULT. 

PARIS.    —   IMPRIMERIF.  F.   LEVÉ,     P,UE  CASSETTE,    17. 


19'  ANNÉE 


2-  Série  —    i-V"  »2Î8 


1"  DÉCEMBRE  1897 


LES  PROTOCERAS 

Ces  étranges  ruminants  possédaient  une  trompe,  des 
cornes  sur  le  nez  et  sur  le  front  et  des  canines  en 
forme  do  stylets  triangulaires.  Leur  découverte  date  dv. 
1891.  A  cette  épO(|ue,  le  professeur  Marsh  trouva,  dans 
le  miocène  du  sud  du  Dakota  :Améri(|ue  du  Nord),  des 
restes  de  Mammifères  éteints,  qu'il  rapporta  à  un  Ar- 
tiodactyle,  auipiel  il  donna  le  nom  de  l'iotoceras.  C'était 
le  premier  Artiodactyle  à  cornes  trouvé  dans  le  mio- 
cène: d'où  sou  nom. 

L'année  suivante,  Osborn  et  \Vortman  décrivirent  ce 
genre  avec  détails  et  montrèrent  les  rapports  étroits 
qu'il  présentait  avec  les  chevrotains,  les  cerfs  et  les 
girafes.  Enfin  M.  Marsh,  à  la  suite  de  nouvelles  décou- 
vertes, vient  de  donner  une  description  complète  de  ce 
genre  si  curieux. 


Les  Protot^ras  étaient  de  vrais  ruminants  de  la  taille 
d'un  mouton, .mais  de  iiroportiuns  plus  délicat(!S. 

Leur  tète  possédait  ([uaire  ])aires  de  cornes  ou  de  pro- 
tubérances osseuses,  fait  jusqu'ici  inconnu  chez  les 
Artiodactyles.  Il  est  intéressant  de  constater  la  ressem- 
blance de  ce  crâne  avec  celui  des  Dinocerns,  mammifères 
trouvés  également  eu  Amérique,  mais  dans  un  horizon 
géologique  différent  et  appartenant  à  un  autre  ordre 
(Amblypodes)  que  celui  des  Protoceras. 

La  paire  antérieure  des  cornes  des  Protoceras  est  placée 
sur  le  maxillaire,  comme  chez  les  Dinoceras,  et  la  paire 
postérieure  est  également  sur  les  pariétaux  comme  chez 
les  animaux  de  ce  dernier  genre.  La  ressemblance  des 
deux  crânes  est  encore  accentuée  par  l'absence  d'inci- 
sives supérieures  et  la  présence  de  grandes  canines  en 
forme  de  lames  recourbées. 

Parmi  les  Périssodactyles,  le  gigantesque  Bronlothe- 
riiim  a  de  grandes  cornes  proéminentes  sur  les  maxil- 


2'P">      i'P^        4.p„ 


Fig.  ^.  —  Crâne  du  mâle  de  Protoceras  celer,  vu  de  pro61,  d'après  Marsh.—  Pmx.  Prémaxillaire,  Mx.  Maxillaire 
supérieur,  {'<'  C,  l"  paire  de  cornes,  \a.  Nasal,  Fr.  Frontal,  2e  c.  2«  paire  de  cornes;  3'  c.  3°  paire  de 
cornes.  Par.  Pariétal,  Or/j.  orbite.  Occ.  Occipilal  Sq.  Squamosal,  Per.  Périodique,  T;/mp.  Tympanique  ; 
Ju.  Jugal.  La.  Lacrymal.  I.  Incisives.  Cs.  canine  supérieure.  Ci.  canine  inférieure.  l«r_4e  p^^j.  prémolaires, 
l'-S'  m.  molaires. 


laires,  ce  qui  fait  ressembler  un  peu  son  crâne  à  celui 
du  Protoceras. 

Dans  le  même  ordre,  le  genre  miocène  Diceratherium, 
quoique  étant  un  vrai  rhinocéros,  possède  une  paire  de 
cornes  sur  les  os  nasaux,  tandis  que  tous  les  autres 
rhinocéros  n'ont  pas  de  cornes  ou  n'en  possèdent  que 
sur  la  ligne  médiane.  En  un  mot,  les  cornes  paires  ne 
sont  connues  que  chez  les  Artiodactyles,  ordre  le  plus 
récent  et  maintenant  le  groupe  d'ongulés  le  plus  riche 
en  formes. 

Le  crâne  du  mâle  de  Protoceras  diffère  un  peu  de  celui 
de  la  femelle.  Comme  il  était  peu  connu,  nous  allons  en 
donner  la  description,  que  nous  empruntons  en  partie 

Le  Saluraliste.  46,  rue  du  Bac,  Paris. 


aux  Mémoires  de  M.  Marsh.  A  part  les  cornes  variées  et 
les  protubérances  du  crâne,  le  trait  le  plus  saillant  de 
ce  crâne  est  la  très  grande  ouverture  de  la  cavité  nasale 
(fig.  2  et  4),  caractère  qui  se  montre  dans  les  deux  sexes 
et  dans  toute  la  famille  des  Protocératidés.  L'existence 
d'une  pareille  ouverture  a  une  grande  importance  par 
sa  signification  fonctionnelle  et  sa  rareté  chez  les  formes 
récentes  des  Artiodactyles.  Elle  indique  clairement  dans 
les  animaux  vivants  un  long  nez  flexil)le  ou  même  une 
vraie  trompe  de  proboscidien.  Le  seul  ruminant  vivant 
possédant  ce  caractère  est  la  rare  Saïga  antelope  des 
steppes  de  Sibérie. 
Ainsi   les  Protoceras  possédaient,  outre  leurs  4  paires 


270 


t,Ë     NATURALISTE 


de  cornes  et  leurs  grandes  canines,  un  appendice  nasal, 
probablement  bien  développé. 

La  forme  générale  du  crâne  du  mâle  est  aiïongée  et 
étroite  avec  la  partie  faciale  très  étirée.  Ce  crâne 
s'élargit  considérablement  dans  la  région  frontale  et  se 
rétrécit   de  nouveau  dans   la    région  occipitale.    Vu   de 


coté,  il  se  montre  surbaissé  avec  les  orbites  liien  dis- 
tmcts  rejetés  en  arrière  et  faisant  saillie  sur  les  cotéf. 
caractère  qui  les  distingue  des  Dinoceras. 

Les  prémaxillaires  sont  petits  et  sans  dents.  Leur 
extrémité  antérieure  est  déprimée  et  un  peu  dilatée 
transversalement,  comme  dans  les  ruminants  typiques. 


r'i;_'.  2.  Cràiic   du  mâle   de  l'ruluceras  celer,  face   supin-ioure,  d'après  Marsh.  Mêmes  lettres  que  la  fig.  précédente  F.  N. 

Ouverture  supcrieurc  des  fosses  nasales.  C.  "^'ir.  cornes  p:iriétales. 
Kig.  3.  —  Crànc  du  mâle  de    l'roloceras  celer  tface   inférieure),    d'après   Marsh,   mêmes  lettres   que  la  fig.  précédente. 

0.  I.  F.  X,    Ouverture  inférieure  des  fosses  nasales. 


Us  forment  ensemble  la  surface  palatine,  en  avant  des 
maxillaires  très  développés,  et  constituent  de  beaucoup 
les  plus  grands  éléments  du  crâne.  L'extrémité  anté- 
rieure des  maxillaires  supporte  la  grande  canine  descen- 


dante, en  forme  de  défense,  et  elle  est  creusée  assez 
profondément  pour  loger  sa  racine.  Ce  sont  les  maxil- 
laires qui  forment  entièrement  la  paire  antérieure  des 
hautes  cornes  recourbées  en  arrière  et  dont  le  sommet 


LE     NATURALISTE 


271 


est  triangulaire  ou  ovale.  Ces  os  constituent  éf;alemont 
le  plancher  du  palais.  Un  autre  caractère  du  crâne  est 
l'existence  d'une  forte  crête  latérale  s'étendant  horizon- 
talement sur  la  surface  extérieure  des  os  maxillaires  et 
se  continuant  vers  l'orliite.  Dans  les  deux  sexes,  la  por- 
tion antérieure  de  cette  ride  latérale  se  termine  sous  forme 
de  tubercule  et  forme  le  bord  inférieur  d'une  dépres- 
sion profonde  qui  devaitprobablement  loger  une  glande. 

Les  os  nasaux,  fortement  développés  transversale- 
ment, rejoignent  les  os  maxillaires  et  complètent  le  bord 
postérieur  de  la  grande  ouverture  nasale. 

Les  frontaux,  qui  limitent  les  nasaux  en  arrière,  sont 
de  grands  os  beaucoup  plus  larges  que  longs.  A  la  jonc- 
tion latérale  du  frontal  et  du  nasal  existe  une  petite 
tubérosité  qui  constitue  la  troisième  paire  de  protubé- 
rances crâniennes.  .V  l'angle  postérieur  externe  des  fron- 
taux, au-dessus  des  orbites,  se  montre  une  autre  paire 
de  protubérances  beaucoup  plus  grandes  dont  les  som- 
mets sont  fortement  étalés  transversalement.  La  sur- 
face supérieure  des  frontaux  est  rugueuse  et  elle  présente 
des  sillons  profonds  caractéristiques. 


Les  os  jjarjétaux  sont  Iteaucoup  plus  petits  que  les 
frontaux;  ils  supportent  la  paire  de  cornes  postérieure 
(|ui  din'èr8.dans  chaque  espèce  du  genre  Protoceras.  Der- 
rière ces  cornes  arrondies  se  voit  une  petite  crête  sagit- 
tale séparant  les  deux  fosses  temporales.  La  portion 
inférieure  de  chaque  fosse  est  constituée  par  le  squa- 
mosal  qui  couvre  la  moitié  inférieure  de  la  cavité  crâ- 
nienne et  envoie  en  avant  une  courte  branche  zygoma- 
tique  s'adaptant  dans  une  encoche  des  os  malaires. 

Les  os  tympaniques  ne  sont  pas  dilatés  en  une  bulle 
définie. 

L'orbite  est  fermé  en  arrière  par  une  apophyse  du 
frontal  qui  rencontre  la  branche  supérieure  du  malaire. 

Les  orbites  sont  larges,  subovales,  rejetés  latéralement 
et  bien  distincts.  Leur  position  à  la  région  postérieure 
lie  la  tétc  est  un  des  caractères  du  genre  Protocenis.  Le 
genre  Dinoceras,  auquel  il  a  été  comparé  pour  la  struc- 
ture du  crâne,  possède  des  orbites  fusionnés  avec  les 
fosses  temporales  et  non  rejetés  latéralement. 

L'étroitesso  de  la  région  occipitale  est  caractéristique; 
de  sorte  que  le  crâne  va  en  rétrécissant  progressivement 


Fig.4.  —  Crâne  du  mâle  de  Vrolocems  celer,  vu  de  l'ace,  d'après  Marsh.  Mêmes  lettres  que  les  figures  précédentes. 


en  avant  en  forme  de  coin  et  rapidement  en  arrière.  Los 
palatins  sont  étroits  et  limités,  eu  avant,  par  les  narines 
postérieures  qui  s'étendent  jus(|u'au  niveau  de  la  dernière 
molaire. 

La  mâchoire  inférieure  est  longue  et  grêle,  principale- 
mentdans  sa  portion  antérieure.  Elle  correspond  donc  au 
crâne  comme  contour.  Les  condyles  sont  larges  et  forte- 
mentconvexesen  dessus. L'apophyse  coronoide  estcourte, 
mais  son  sommet  est  cependant  plus  haut  que  le  condyle. 

La  dentition  est  celle  d'un  ruminant  type,  ainsi  que  le 
montre  la  série  des  courtes  molaires  sèlénodontes.  La 
formule  dentaire  est  la  suivante  : 

,     .  .        0  \  4  3 

Incisives  -,  canines  --,  prémolaires  v.  molaires  -. 
i  I  4  i 

Dans  le  crâne  du  mâle,  les  canines  supérieures  sont 
très  développées.  Elles  sont  comprimées  et  possèdent 
une  section  triangulaire.  Elles  devaient  former  des 
armes  terribles  pour  la  lutte. 

Les  prémolaires  supérieures  (première  paire)  sont  de 
petite  taille;  elles  sont  séparées  par  un  long  diastème  de 


la  deuxième  paire  cjui  commence  la  série  continue  des 
dents.  Les  deuxième,  troisième  et  quatrième  paires  de 
prémolaires  sont  triangulaires  et  de  plus  en  plus  fortes. 
Les  molaires  ont  des  couronnes  courtes  et  le  double 
croissant  do  la  dentition  sélénodonte. 

Les  trois  incisives  de  la  mâchoire  inférieure  diminuent 
de  taille  de  la  première  à  la  troisième;  la  canine  est 
encore  plus  petite.  Elle  est  située  près  de  la  troisième 
incisive  et  sa  forme  est  semblable. 

Le  cerveau  du  Protoceras  était  de  grande  taille;  il  était 
plus  développé  que  chez  les  premiers  ongulés  et  possé- 
dait des  circonvolutions  très  accentués.  Sa  connaissance 
ajoute  à  ce  que  l'on  savait  déjà  sur  le  développement  de 
cet  orgai3,e  si  important,  chez  les  mammifères  tertiaires. 
Le  cervele  tétait, au  contraire, très  petit,  comparativement 
à  celui  des  mammifères  actuels.  Les  figures  5  mon- 
trent la  forme  de  ce  cerveau  qui  rappelle  colle  dos  verté- 
brés très  évolués. 

Le  crâne  de  la  femelle  était  un  peu  différent  de  celui 
du  mâle.  La  constitution  du  crâne  des  Protoceras  le  fait 


272 


LE     NATURALISTE 


rapprocher  de  celui  des  Girafes  et  des  Pyr(^tlierium.  Les 
membres  peuvent  être  au  contraire  plus  utilement  com- 
parés à  ceux  de  la  famille    des  Chevrotains.  4Vs  sont,  en 


Fie;.  5.  _  Cerveau  de  l'rotoceras  celer,  vu  de  profil  et  d'en 
haut.  Les  diflërents  lobes  et  circonvolutions  sont  nettement 
indiqués. 

outre,  à  un  slade  plus  primitif  fjue  chez  les  autres  Cervi- 
cornespar  la  non-soudure  de  leurs  éléments  osseux. 

Il  y  a  disproportion  dans  la  taille  du  nienihre  antérieur 
et  du  memlire  postérieur,  comme  chez  les  Tragulinés:  la 
patte  de  devant  étant  plus  grande  que  la  patte  de  der- 
rière; elle  est  également  plus  spécialisée  par  la  réduction 
des  doigts  latéraux. 

La  patte  antérieure  possède  un  cubitus  et  un  radius 
de  proportions  à  peu  près  égales.  Ces  deux  os  qui  tendent 
à  se  eoossifier  sont  marqués  à  leur  extrémité  distale  de 
deux  fossettes  articulaires  pour  le  sca]]hoide  et  le  semi- 
lunaire. 

Le  carpe,  qui  ressemble  à  celui  des  Tragulinés,  en 
diffère  toutefois  par  le  degré  de  réduction  observée  dans 
la  rangée  distale,  ce  qui  le  fait,  au  contraire,  rapprocher 
de  Vllnodon,  ruminant  qui  a  été  également  trouvé  en 
Ainéri(iue.  Les  os  du  carpe  sont  tous  séparés.  A  l'extré- 
mité interne  du  trapézoïde  existe  un  petit  os  représentant 
le  trapèze,  qui  possède  une  facette  destinée  à  supporter  le 
premier  métacarpien.  Les  Protoceras  avaient  donc 
5  doigts  à  la  patte  antérieure,  mais  le  premier  était  très 
réduit,  beaucoup  plus  que  chez  VOreodon  et  beaucoup 
moins  que  chez  les  Tragidus. 

Il  existait  donc  4  doigts  bien  distincts  :  le  jiremier, comme 
nous  venons  de  le  dire, étant  rudimentaire. Le  deuxième  et 
le  cinquième,  de  taille  sensiblement  égale,  étaient  moins 
grands  que  le  troisième  et  le  quatrième  qui  s'appuyaient 
sur  le  sol. 

La  patte  postérieure  est  assez  différente  de  la  patte 
antérieure. 

Le  péroné  est  très  réduit,  comme  chez  les  daims,  et  il 
tend  à  se  eoossifier  à  son  extrémité  distale  avec  le  tibia. 

Les  os  du  tarse  restent  séparés  dans  le  jeune  âge,  mais 
ils  se  soudent  en  pariie  pendant  la  vieillesse.  Le  calca- 
néum  est  relativement  petit;  l'astragale  est  haut  et  étroit 
et  fortement  appliqué  au  naviculaire  et  à  l'ectocunéi- 
forme. 

Les  métacarpiens  comprennent  4  éléments,  les  mé- 
dians III  et  IV  sont  très  développés  et  ont  une  tendance 
à  se  souder  pour  former  un  canon,  les  2  latéraux  II  et  V 
sont  au  contraire  rudimentaires;  le  premier  métacarpien 
est  absent. 

Les  pattes  du  Protoceras  fournissent  un  exemple  inté- 
ressant, car  les  antérieures  ont  5  doigts  lilires  et  les  posté- 
rieures n'en  ont  que  deux.  Elles  se  rapprochent  de  la 
sorte  de  celles  des  Ruminants  actuels  et  s'éloignent  assez 


de  celles  des  Girafes  et  des  Sivatherium.  dont  les  élé- 
ments sont  relativement  coossifiées 

Par  tous  leurs  caractères,  les  Protoceras  sont  donc  in- 
termédiaires entre  les  Tragulidés  (Chevrotains),  auxquels 
ils  peuvent  être  comparés  pour  la  constitution  des 
membres,  et  les  Girafes,  dont  le  crâne  offre  un  grand 
nombre  d'analogies. 

L'existence  de  quatre  paires  de  cornes,  de  grandes  ca- 
nines et  probablement  d'une  trompe  devait  donner  une 
singulière  physionomie  à  ces  animaux  qui  sont  des  Ru- 
minants typiques,  par  leurs  molaires,  mais  dont  les  ca- 
nines font  penser  involontairement  aux  Carnivores. 

Ph.  Glanceaud. 


DE  L'IMPORTANCE  DES  SCIENCES  NATURELLES 


DANS     L'HISTOIRE 


Les  philosophes  se  sont  souvent  demandé  quelles  rai- 
sons motivent  la  supériorité  d'un  peuple  sur  un  autre. 
Pourquoi,  à  un  moment  donné,  certaines  nations  sont 
prospères  et  puissantes,  d'autres  humbles  et  avilies  ? 

La  nature  du  sol  qui  nourrit  la  nation  commande  à 
ses  destinées.  Il  faut  consulter  l'histoire  naturelle  d'une 
contrée,  et  ce  point  doit  intéresser  particulièrement  les 
lecteurs  tlu  Naturaliste,  pour  comprendre  son  rôle  dans 
l'histoire  de  l'humanité,  caria  supériorité  d'une  nation 
tient  avant  tout  à  ses  richesses  naturelles.  L'agriculture 
doit  être  placée  en'  première  ligne,  elle  est  la  base  de 
toute  société'  puissante;  car  elle  seule  peut  nourrir  les 
multitudes  humaines. 

Les  richesses  minières  ont  également  une  grande  im- 
portance. Il  est  capital  pour  les  nations  contemporaines 
de  posséder  la  houille. 

Combien  serait  diminuée  la  puissance  de  l'Angleterre 
si  elle  n'avait  point  de  houille  !  L'Angleterre,  l'Alle- 
magne et  dans  une  moindre  mesure  la  France  sont 
pourvues  de  houille,  le  bassin  de  la  Méditerranée  est 
pauvre  en  houille,  et  les  Etats  latins  ont  vu  en  ce  siècle 
décroître  leur  puissance, 

Si  les  Etats-Unis  ont  pu  acquérir  la  puissance  d'une 
grande  nation,  ils  le  doivent  en  partie  aux  immenses 
mines  de  houille  qu'ils  possèdent. 

Si  la  Russie  est  appelée  à  un  grand  avenir,  elle  le 
doit  pour  une  bonne  part  aux  immenses  bassins  houil- 
1ers,  certains  grands  comme  la  France,  qu'elle  jiourra 
un  jour  exploiter  activement. 

Si  on  craint  la  puissance  chinoise  dans  l'avenir,  c'est 
que,  outre  ses  richesses  naturelles,  ce  pays)  possède  les 
plus  riches  mines  de  houille  du  monde  entier. 

En  efl'et,  la  possession  de  mines  n'assure  pas  seule-t 
ment  à  l'Etat  l'exploitation  de  richesses,  mais  le  déve- 
loppement de  nombreuses  industries  portant  une  source 
de  progrès  qui  sans  elles  n'existerait  point. 

Un  exemple  entre  mille  :  l'industrie  chimique  s'est 
tellement  développée  en  Prusse  grâce  aux  mines  de 
potasse  de  Stassford,  les  seules  du  monde  entier. 

Les  riches  gisements  de  phosphates  situés  en  France 
et  aux  Etats-Unis  ont  une  grande  importance  au  point 
de  vue  agricole. 

On  sait  enfin  que  de  nnmlireuses  industries,  aciéries, 
verreries,  etc.,  s'installent  près  des  puits  houillers  pour 


LE     iNATUItALISTl-: 


■ri\i 


]iouvoir  proIltiM'  iln  lion  iiiarclu'  (Ii>  celle  nialièro  jin'- 
mièro. 

Les  richesses  agricoles  ei  niiiiéialés  ne  sont,  pas  les 
seules  que  procure  le  pays.  La  i-onli-iuration  physique 
même  du  sol  peut,  devenir  une  source  de  richesses  pour 
ses  liabitanis.  De  nomhreu.K  ports  naturels,  une  cote 
]irofondénient  découpée  facilitent  le  commerce,  c'était 
une  des  causes  de  la  prospérité  de  la  (irèce.  De  grands 
fleuves  servoni  de  routes  économiques,  ce  sont  des  che- 
mins qui  marchent. 

Pour  que  la  civilisation  se  développe,  ili'aut  non  seu- 
lement un  terrain  mais  un  climat  favorable.  Les  philoso- 
phes ont  depuis  louf^temps  l'ecunnu  l'iniiiurlance  de  ce 
facteur. 

Bodin  le  premier,  dans  sa  République  i[u\  ]iarut  on  lo07, 
deux  siècles  avant  l'Esprit  des  lois,  fil  'intervenir  en  his- 
toire les  inlluences  <-limalériques. 

Plus  lard  Montes(iuieu  essaya  d'établir  une  relation 
entre  les  ma-urs  et  les  climats.  Les  peuples  des  pays 
chauds,  disait-il  dans  rEsprit  des  lois,  sont  sans  courage, 
le  repos  leur  paraît  délicieux  et  le  mouvement  pénible. 
Ils  regardent  l'entière  inaction  comme  l'état  le  plus 
parfait.  Et  de  fait  tous  les  peuples  civilisés  se  sont  jus- 
qu'à présent  développés  sous  les  climats  tempérés.  Dans 
le  cas  où  les  civilisations  ont  existé  dans  la  zone  inter- 
tropicale, c'est  à  de  hautes  altitudes  :  telles  les  civilisa- 
tions américaines  du  Mexique  et  du  Pérou. 

Le  climat  èqualorial  enlève  toute  énergie,  toute  ar- 
deur au  travail.  Les  besoins  immédiats  y  sont  faibles 
et  très  aisément  satisfaits;  aussi  ces  peuples  sont-ils  pa- 
resseux et  ne  développent  guère  leurs  richesses. 

Au  contraire,  sous  les  latitudes  boréales,  la  vie  est 
trop  difdcile.  Les  produits  de  la  terre  sont  insuffisants  et 
ne  peuvent  être  acquis  que  par  un  elTorl  trop  énergique. 

Une  objection  se  présente  de  suite  ;  la  civilisation  s'est 
développé  dans  des  pays  à  climats  très  différents  ;  on  ne 
peut  comparer  le  climat  de  l'Egype  à  celui  de  Saint-Pé- 
lersbourg  et  de  Stockholm. 

La  civilisationa  évolué  constamment  du  sud  au  nord 
Elle  débuta  sur  les  bords  du  Xil  et  de  l'Eupiu'ate,  passa 
ensuite  en  Grèce,  puis  à  Rome.  Plus  tard,  c'est  Venise  et 
la  haute  Italie,  puis  la  France,  l'Angleterre,  l'Allemagne. 
Il  semble  aujourd'hui  que  la  prééminence  appartienne 
aux  peuples  du  Nord. 

Mougeolle  (l|  a  insisté  sur  ce  déplacement.  Pour  l'ex- 
pliquer il  compare  l'homme  à  une  machine  qui  produit 
du  travail  et  eu  produira  d'autant  plus  qu'il  vivra  dans 
un  pays  plus  froid,  car  les  besoins  y  sont  plus  considé- 
rables; de  plus,  le  travail  y  est  plu;  nécessaire,  car  la 
terre  est  moins  riche.  L'énergie  humaine  est  par  suite 
forcée  de  s'uccroitrc. 

Comme  preuve,  il  suffit  de  comparer  les  besoins  d'un 
Arabe  et  d'un  Français,  d'un  Français  et  d'un  Anglais. 

Les  climats  froids  sont  donc  les  plus  favorables  au 
progrès,  c'est  là  ([u'il  a  atteint  son  plus  grand  dévelop- 
pement. 

Mais,  au  début,  la  civilisation  trouvait  des  conditions 
plus  favorables  dans  les  pays  chauds,  car  une  société 
très  évoluée  |)Ouvait  seule  mettre  en  valeur  des  contrées 
froides  où  les  moissons  sont  moins  abondantes  plus  dif- 


^1)  Jloiilesquieu.  L  Esprit  des  lois,  liv.  XIV. Des  lois  [dans 
le  rapport  quelles  ont  avec  la  nature  du  climat. 

(1,  Haul  Mougeolle  Slatisligue  des  civilisatiotis,  1883,  Paris 
Kraest  Leroux. 


liciles  à    obtenir,  plus    aléatoires   si    les  mauvais  temps 
sont  fréquents. 

Les  ob.sfactes  étaient  trop  l'on  s  pdur  être  surmontés 
au  début.  Ce  n'est  qu'après  que  h^s  sociétés  civilisées 
eurent  éclos  dans  des  pays  plus  chauds  rpi'elles  purent, 
se  [jortaul  vers  le  Nord,  s'iinplanlei'  et,  se  développer. 

Fih.i.x  Uii(;x.\i;i.T. 


LA  KIATIÈRE  VUE  PAR  UN  HOmiflE  TOUT  PETIT 


Imaginons  un  homme  si  petit,  qu'une  tète  d'épingle  de 
t  millimètre  de  diamètre  soil  pour  lui  un  véritable  globe  ter- 
restre. U  en  faudrait  des  milliards  comme  lui  pour  peupler  la 
surface  de  cette  petite  sphère.  A  part  sa  taille,  supjiosons-le 
bâti  tout  à  fait  comme  nous.  11  arriverait  à  voir  les  molécules 
de  la  matière  et  ses  atomes  au  microscope,  si  ce  n'est  à  l'œil 
nu  peut-être.  U  distinguerait  ainsi  une  foule  de  choses  que 
nous  ne  pouvons  pas  voir:  mais  surtout  la  matière  lui  appa- 
raîtrait sous  un  jour  tout  dîlférent  de  celui  qu'elle  otlVe  à  nos 
yeux. 

Ainsi  le  corps  le  plus  commun,  l'eau  pure,  lui  semblerait  à 
l'état  ordinaire  une  poudre  de  verre  transparente,  à  grains 
impénétrables,  incapables  d'être  réduits  en  morceaux  plus 
petits  :  les  molécules.  Ces  grains  ne  se  touchent  pas,  mais 
sont  fort  loin  les  uns  des  autres.  En  eli'et,  un  verre  d'eau  su- 
crée, c'est  un  liquide  renfermant  du  sucre  en  dissolution.  Il 
faut  donc  qu'il  y  ait  beaucoup  de  place  entre  les  molécules  de 
l'eau  pour  que  les  molécules  du  sucre  puissent  se  loger  entre 
elles.  Si  on  songe  que  ce  verre  d'eau  sucrée  va  absorber  mille 
fois  son  volume  de  ga/.  ammoniaque,  on  voit  qu'il  faut  qu'il  y 
ait  énormément  de  place  entre  les  molécules  de  l'eau  et  du 
sucre  ;  puisque  autour  d'une  molécule  d'eau,  il  y  a  mille  molé- 
cules d'ammoniaque.  Et  tout  cela,  sans  que  le  verre  d'eau  pri- 
mitif déborde,  c'est  à-dire  sans  que  le  volume  d'eau  ail  aug- 
menté de  dimension.  Comme  les  niolécules  sont  incompressi- 
bles, il  faut  bien  que  ce  soit  l'espace,  l'iutervalle  compris 
entre  les  molécules,  qui  soit  assez  consideiable  pour  faire 
place  aux-molécules  du  sucie,  de  l'ammoniaque  et  des  autres 
sols  que  cette  eau  peut  encore  dissoudre  :  acide  carbonique 
pour  faire  du  carbonate  d'ammoniaque  sans  augmenter  de 
volume.  Que  de  place  entre  les  molécules  d'eau  [lour  loger 
tous  ces  corps,  sans  augmenter  de  volume! 

Ainsi  un  verre  d'eau  apparaîtrait  à  ce  petit  homme  comme 
un  verre  rempli  d'une  poudre  transparente  comme  le  cristal, 
dont  les  grains  seraient  fort  loin  les  uns  des  autres,  puistpi'on 
pourrait  mettre  autour  de  chacun  d'eus,  non  seulement  des 
molécules  de  sucre  et  d'acide  carl)onique  pour  faire  de  l'eau 
de  seltz  sucrée,  mais  encore  des  milliers  de  molécules  d'ammo- 
niaque et  autres  sels  solubles,  Xon  seulement  ces  grains  ne 
se  touchent  pas,  mais  ils  sont  agités  de  mouvements  de  toute 
espèce  :  gyratoires,  ondulatoires,  oscillatoires,  lourbiUou- 
naires,  etc.  La  chaleur,  la  lumièie  même  agit  sur  ces  mouve- 
ments, ainsi  que  sur  les  ondulations  des  particules  invisibles, 
de  l'étlier  qui  sépare  toutes  ces  molécules  les  unes  des  autres: 
eau,  sucre,  acide  carbonique,  ammoniaque,  etc. 

Quand  on  plonge  un  morceau  de  papier  dans  l'eau,  il  se 
mouille  et  s  imbibe  d'eau;  c'est-à-dire  que  les  molécules  de 
l'eau  se  mêlent  aux  molécules  du  papier,  en  conservant  à 
celles-ci  leurs  rapports  de  façon  à  conserver  aux  fibres  végé- 
tales du  papier  leur  forme  primitive  plus  ou  moins  modifiée  : 
fibres  gonflées,  distendues  par  l'imbition  du  liquide. 

Mais,  dans  une  foule  de  circonstances,  quand  la  surface  est 
liuileuse,  grasse  ou  cireuse,  l'eau  ne  mouille  jias  à  propremen 
parler  les  objets  sur  lesquels  elle  repose.  Elle  se  prend  à  l'éta 
sphéroidal,  comme  la  rosée  sur  nue  feuille  de  chou,  par 
exemple.  Notre  petit  homoncule  verrait  l'eau  olïrir  dans  ce 
cas  une  -j-.rface,  non  pas  horizontale,  mais  sphérique.  11  ver- 
rait les  liquides  comme  une  poudre  formée  de  particu.es  so- 
lides ayant  de  la  tendance  à  se  grouper  en  sphère.  La  ina- 
tière  sous  ses  trois  états  (liquide,  solide  et  gazeux)  est  toujours 
formée  de  molécules  solides.  De  sorte  que  solides,  lic|uides 
ou  ga?,  la  matière  ne  serait  jamais  pour  le  petit  homme  qu'une 
poussière  solide,  dont  les  éléments  seraient  très  éloignés  les 
uns  des   autres,  tendant  à  se  maintenir  toujours  à  peu  près  à 


274 


LE     NATURALISTE 


la  même  distance  relative,  ou  tendant,  au  contraire,  à  s'enfuir 
dans  toutes  les  directions,  quand  il  s'agit  de  ga». 

De  plus,  la  surface  de  l'eau,  qui  nous  parait,  bien  unie,  est 
le  siège  d'un  va-et-vient  constant  de  molécules,  qai  se  préci- 
pitent dans  l'air  ambiant  (évaporatiom  sous  l'influence  de  la 
chaleur,  et  qui  se  précipitent,  au  contraire,  en  sens  inverse 
(condensation)  sous  l'influence  du  froid.  C'est  ainsi  que  la 
rosée  s'accumule  de  plus  en  plus  sur  des  feuilles  de  chou, 
pendant  la  seconde  partie  de  la  nuit;  tandis  qu'elle  s'évapore 
pendant  la  première  partie  du  jour,  sous  les  rayons  du  soleil 
levant.  Notre  homoncule  verrait  donc  l'eau  comme  une  poudre 
de  poussière  incolore,  bombardant  l'atmosphère  de  milliards 
de  grains,  ou  au  contraire  recevant  des  milliards  de  ces  gra- 
nulations moléculaires  pour  augmenter  de  volume:  sous  l'in- 
fluence de  l'évaporation  dans  le  premier  cas  et  de  la  conden- 
sation dans  le  second  cas.  Ce  serait  pour  lui  un  spectacle  très 
intéressant  que  cette  activité  qui  a  lieu  de  la  part  des  molé- 
cules, au-dessus  de  la  surface  des  liquides. 

On  sait  que  le  brouillard  et  la  vapeur  blanche  qui  s'échappent 
de  la  cheminée  d'une  locomotive,  c'est  de  l'eau  à  l'état  vésicu- 
laire,  de  la  vapeur  d'eau  invisible,  qui  devient  visible  en  se 
condensant  en  petites  bulles  de  savon  qui  grossissent  de  plus 
en  plus  pour  former  des  gouttes  de  pluie.  Notre  petit  homme 
verrait  ces  l:)nllons  se  former  avec  une  excessive  rapidité.  De 
plus,  comme  il  arriverait  à  distinguer  les  molécules,  l'eau  à 
l'état  vésiculaire  serait  pour  lui  une  sphère  creuse  formée  de 
petits  corpuscules  solides  et  transparents,  les  molécules. 

Ainsi  la  glace,  le  givre,  la  neige,  la  grêle,  la  pluie,  la  rosée, 
le  brouillard,  la  vapeur  visible  et  la  vapeur  d'eau  invisible,  qui 
affectent  nos  sens  d'une  manière  si  différente,  ne  seraient  ja- 
mais pour  notre  petit  homme  que  de  la  poussière  à  grains 
transparents,  plus  ou  moins  écartés  les  uns  des  autres,  animés 
de  mouvements  très  rapides  et  très  variés,  à  l'état  d'équilibre 
stable,  instable  ou  indifférent;  suivant  que  l'eau  est  à  l'état 
solide,  à  l'étai  gazeux  ou  à  l'état  liquide.  Les  phénomènes  de 
capillarité,  si  peu  visibles  pour  nous,  seraient,  au  contraire, 
ce  qui  frapperait  le  plus  notre  homoncule.  Il  ne  verrait  jamais 
que  des  molécules  qui  ne  se  touchent  pas,  et  ne  comprendrait 
pas  la  signification  du  mot  mouiller.  L'inibibition  de  l'eau 
dans  un  morceau  de  papier  représenterait  à  ses  yeux  quelque 
chose  comme  des  grains  de  verre  transparent  mélanges  à  des 
haricots  blancs,  s'il  s'agit  de  papier  blanc  ;  et  encore  tous  ces 
grains  étant  très  loin  les  uns  des  autres  et  constamment  agités 
de  mouvements  complexes,  en  équilibre  stable,  indifférent  ou 
instable,  à  cause  de  l'évaporation  qui  a  lieu  à  la  surface. 

Di"  Bougon. 


MINÉRAUX    lOïïVEAïïX 


Gonnardite.  —  Cette  nouvelle  zéolite,  dont  M.  A. 
Lac.oix  a  démontré  l'individualité  se  rencontre  dans  les 
vacuole?  de?  basaltes  doléritiqnes  ijui  constituent,  près 
de  Gigiiat  (Puy-de-Dôme),  le  plateau  désigné  sous  le 
nom  de  Chaux-de-Bergonne.  Elle  offre  la  plus  grande 
analogie  avec  le  mésole  d'Islande  et  des  Féroë  :  aussi 
est-ce  sous  ce  nom  que  l'avait  désignée  M.  Gounard  qui 
en  a  donné  la  description  en  1871. 

La  Gonnardite  se  présente  en  mamelons  blancs, 
fibreux,  de  la  grosseur  d'un  pois,  et  est  recouverte  par 
des  cristaux,  d'autres  zéolites  (cbristianite,  ebabasie)  et 
d'aragonite.  Elle  se  trouve  surtout  à  la  partie  inférieure 
de  la  coulée  doléritique  de  Gignat.  M.  Lacroix  a  aussi 
constaté  sa  présence  dans  les  basaltes  doJéritiques  du 
puy  de  Chalus,  près  C'ournon  (I'uy-de»Doni.e|.  Elle 
est  probablement  ortborhombique  et  toujours  sphéroli- 
tique,  sa  densité  est  de  2,2''i6  à  2,337  et  sa  dureté  4,5  à  b. 
Le  plan  des  axes  optiques  est  parallèle  aux  fibres.  La  bis- 
sectrice aiguë  positive  est  parallèle  à  celles-ci.  L'angle 
des  axes  optiques  2  E  est  très  petit  et  même  souvent  le 
minéral  est  uniaxe. 


L'analyse  a  donné  les  résultats  suivants  : 

Silice 42,30 

Alumine 28,10 

Chaux 10 

Soude 6,70 

Potasse traces 

Eau 14,10 

Total 101,20 

Cette  composition  corresiiond  à  lu  formule 
(Ca,  Na^V-îSisOi:'  -f  .'I.ÎIH^O. 

M.  A.  Lacroix  a  dédié  cette  espèce  au  minéralogiste 
français  M.  F.  Gonnard. 

La  Rœblingite,  décrite  par  les  minéralogistes  améri- 
cains S.  L.  Penfield  et  H.  W.  Foote  se  présente  en  masses 
compactes  blanches  consistant  en  un  agrégat  de  petits  cris- 
taux prismatiques.  Ils  sont  trop  petits  pour  qu'on  ait  pu 
déterminer  leur  système  cristallin,  mais  comme  ils 
agissent  sur  la  lumière  polarisée,  ils  n'appartiennent  pas 
au  système  cubique.  La  composition  de  ce  minéral  est 
très  intéressante.  Il  est  en  effet  formé  d'un  mélange  de 
cinq  molécules  du  silicate  de  chaux 
CaO,     SiO'^     H'^0 

et  de  deux  molécules  du  sulfite  de  chaux    et   de  plomb 
CaO,    PbO,     S02. 

C'est   la  première  fois  que  l'existence  d'un  sulfite  est 
constatée  dans  la  nature. 
L'analyse  a  donné  les  résultats  suivants  : 

Silice 23,58 

Acide  sulfureux 9 

Oxyde  de   plomb ^ 31,03 

Manganèse 2,48 

Strontiane 1,40 

Potasse 0,13 

Soude 0,40 

Eau 6,31 

ToT.-vL 100,32 

La  Rœblingite  fond  facilement  au  chalumeau;  elle  est 
soluble  dans  les  acides  et  traitée  par  le  carbonate  de  soude 
sur  le  charbon  et  à  la  flamme  réductrice,  elle  donne  un 
globule  de  plomb  métallique. 

Dédié  à  l'ingénieur  Rœbling,  ce  minéral  a  été  ren- 
contré à  Franklin,  New  Jersey,  au  contact  d'un  granit 
et  d'un  calcaire  blanc,  associé  au  grenat,  à  l'anatase,  au 
zircon,  etc. 

P.  G.iUBERT. 


LA  BÉCASSE  FRANCO-RUSSE 


En  parcourant  les  7,apiski  rotijéinova  oklio(nil;a  Oren- 
hoiirgahoi  goiiberniy  (Tablettes  d'un  chasseur  du  gou- 
vernement d'Orenbourg),  d'Aksakoff,  j'ai  été  frappé  de  ce 
fait  que  l'oiseau  que  les  Russes  nomment  Bécasse  (le  mot 
est  le  même  dans  les  deux  langues)  n'est  point  notre 
Bécasse.  Voici  au  surplus  la  description  qu'Aksakoff  en 
donne,  et  que  j'ai  traduite  très  exactement  : 

«  La  Bécasse  est  de  petite  taille,  de  la  grandeur  d'un 
poussin  de  trois  semaines,  mais  elle  a  le  bec  et  les  pattes 
très  longs.  Son  dos,  ses  ailes  et  sa  courte  queue  sont 
revêtus  d'un  plumage  bigarré.  Le  ventre  et  la  région  de 
l'estomac  ou  de  la  poitrine  sont  blancs.  Ses  yeux  sont, 
foncés,  un  peu  à  fleur  de  tète,  assez  grands  et  gais;  lef 


LE     NATURALISTE 


pattes  sont  également  de  couleur  foncée,  presque 
noirâtre.  Les  trois  doigts  de  devant  sont  très  longs  et 
munis  d'ongles  pointus  assez  longs.  Le  bout  de  son  bec 
est  comme  un  peu  aplati.  Ce  bec,  relativement  à  la  lon- 
gueur du  corps,  est  d'une  extraordinaire  longueur.  Chez 
une  vieille  Bécasse  de  forte  taille  il  atteint  une  longueur 
d'un  verchok  et  un  quart  (environ  îiO  millimètres).  Elle 
l'enfonce  dans  le  sol  fangeux  des  marais  et  en  extrait 
les  radicules  blanchâtres  des  herbes  et  des  plantes  qui 
constituent  sa  nourriture  favorite.  La  résidence  habi- 
tuelle de  la  Bécasse,  ce  sont  les  marais.  Elle  s'y  dissi- 
mule parfaitement  parmi  les  monticules  de  terre.  Au 
moindre  danger,  la  Bécasse  s'aplatit  et  s'allonge  sur  la 
terre.  » 

Il  faudrait  avoir  sous  les  yeux  la  série  des  espèces 
voisines  (bécassines  et  chevaliers)  jjour  établir  une 
diagnose  exacte.  .le  laisse  ce  soin  aux  ornithologistes  du 
Naturaliste,  bien  persuadé  néanmoins  que  ce  léger  désac- 
cord ne  portera  pus  atteinte  à  l'alliance. 

D'  11.  Vall.^ntin. 


DESCBIPTION  D'UN  LUCANIOE  NOUVEAU 


ClNTUAftOLETHRUS    AZAMBREI,    11.   Sp. 

1°  Mâle. 

Longueur  totale,  mandibules  incluses  :  47  mm. 

Longueur  des  maiidibules  :  13.5  mm. 

Largeur  masima,  au  corselet  :  14,5  mm. 

Entièrement  noir,  très  brillant  et  presque  complètement 
lisse  en  dessus,  tète  et  prothorax  rugueux  on  dessous. 

Tète  trapézoïdale,  élargie  en  avant,  anguleuse,  fortement 
écbancrée  et  présentant  deux  carènes  arrondies  et  saillantes 
qui  partent  des  angles  antérieurs  et  vont  se  rejoindre  à  la 
partie  postérieure.  L'échancrure  frontale   est  bordée  par  une 


Cantharolethrus  Azambrei  (n.  sp.)  mâle 

crête  arrondir,  bien  visible,  mais  peu  saillante;  l'espace  trian- 
gulaire compris  entre  le  bord  antérieur  et  les  carènes  con- 
vergentes est  fortement  ponctué,  surtout  en  avant.  Les  yeux 
sont  peu  saillants,  les  canthus  courts  et  faibles;  les  côtés  la- 
téraux de  la  tétc  sont  ponctués  et  présentent  une  sorte  d'arête 
formant  séparation  entre  la  partie  supérieure  et  la  partie 
inférieure   de   la   tétc.  La   partie  frontale   est  lisse,  avec  une 


saillie  intermandibulaire  courte,  triangulaire,  excavée  et  assez 
aiguë. 

Mandibules  fortes,  sensililement  planes,  plus  longues  que  la 
tête,  régulifr.^îment  arquées,  épaissies  en  dehors  et  tranchantes 
en  dedans,  présentant  un  dcnticule  et  une  dent  à  la  base,  ar- 
mées d'une  dent  aiguë  à  peu  près  au  milieu,  faiblement  bifur- 
quées  à  l'apex.  Leur  surface  supérieure,  bien  que  très  bril- 
lante, n'est  pas  lisse,  mais  couverte  de  points  sailhmts;  les 
surfaces  latérales  et  inférieures  sont,  au  contraire,  parfaite- 
ment polies  et  miroitantes. 

Antennes  très  développées,  dont  le  scapo  i  lui  seul  est  plus 
long  que  la  tête;  elles  sont  assez  grêles,  à  peu  près  cylin- 
driques et  ne  me  paraissent  pas  différer  beaucoup  de  celles  du 
C.  Ùiickleyi,  Parry. 

Menton  petit,  faiblement  ponctué,  bilobé  et  présentant  une 
dépression  médiane;  gorge  brillante.  Sous  l'œil  existe  un 
tubercule  arrondi,  assez  gros,  ponctué;  les  joues  sont  très 
rugueuses  et  fortement  ponctuées. 

Prothorax  bombé,  miroitant,  faiblement  ponctué  sur  les 
côtés,  fortement  élargi  en  arriére,  bordé  postérieurement  et 
latéralement.  Il  présente  une  dépression  médiane  bien  mar- 
quée, très  légèrement  ponctuée,  et,  de  chaque  côté,  trois  dé- 
pressions en  forme  de  fossettes;  les  deux  premières  sont  si- 
tuées à  mi-distance  de  la  ligne  médiane  et  des  bords  laté- 
raux, le  long  du  bord  postérieur  et  du  bord  antérieur;  la 
troisième  est  voisine  de  l'angle  postérieur  du  corselet.  Les 
angles  antérieurs  sont  plutôt  tronqués  qu'arrondis;  les  angles 
postérieurs  sont  saillants,  mais  non  épineux. 

Ecusson  ogival  arrondi,  très  ponctué,  brillant. 

Elytres  lisses,  miroitantes,  portant  une  légère  saillie  épi- 
neuse à  l'angle  humerai;  elles  s'élargissent  fortement  sur  le 
premier  quart  de  leur  longueur,  puis  vont  en  s'atténuant 
beaucoup  vers  le  sommet,  de  façon  à  former  un  ovale  assez 
aigu. 

En  dessous,  le  prothorax  est  très  rugueux  sur  les  bords, 
ridé  transversalement  au  milieu;  il  présente  une  forte  saillie 
prosternale  subconique,  inclinée  vers  l'arrière. 

Le  mésosternum  est  faiblement  saillant  et  porte  une  dépres- 
sion qui  correspond  à  la  saillie  du  prosternum.  Les  pièces 
thoraciques  sont  presque  lisses,  ainsi  que  les  segments  abdo- 
minaux. 

Les  fémurs  sont  brillants  ;  les  tibias  ponctués  en  dessus  et 
en  dessous;  les  tarses  sensiblement  égaux,  avec  le  dernier 
article  presque  aussi  long  que  les  quatre  premiers  ensemble, 
à  toutes  les  paires  de  pattes. 

Les  tibias  antérieurs  portent  sur  leur  bord  externe  des 
dents  aiguës,  irrégulièrement  disposées  et  qui  paraissent  en 
nombre  variable;  les  intermédiaires  sont  munis  d'une  dent 
assez  faible  près  de  l'extrémité;  les  postérieurs  sont 
simples. 

Cette  espèce,  dont  je  possède  un  mâle  assez  défectueux  pro- 
venant de  l'Equateur,  est  évidemment  voisine  du  C.  Buckleyi, 
Parry.  Elle  s'en  distingue  par  une  forme  plus  robuste,  la  tête 
et  le  corselet  plus  larges,  les  élytres  notablement  élargies 
dans  leur  premier  quart;  la  dent  des  tibias  intermédiaires, 
les  carènes  de  la  tête  plus  fortes;  la  saillie  intermandibulaire 
simple  ;  les  mandibules  à  section  triangulaire,  non  infléchies, 
moins  arquées,  décroissant  régulièrement  de  largeur,  et  dont 
la  dent  médiane  est  bien  plus  rapprochée  de  la  base. 

Elle  ne  peut,  d'ailleurs,  être  confondue  avec  C.  Luxeri,  Bu- 
quet,  ni  avec  C.  Slein/ieili.  Parry,  se  distinguant  nettement 
de  tous  deux  par  les  mandibules,  et,  de  plus,  de  C.  Lii.reri 
parles  antennes  à  articles  sensiblement  cylindriques  et  l'échan- 
crure frontale  de  la  tête,  de  C.  Sleinheili,  par  son  corselet 
trapézoïdal. 

Je  suis  heureux  de  dédier  cette  belle  espèce  à  M.  Azambre, 
qui  a  bien  voulu  mettre  à  ma  disposition  les  Dorcid;e  de  son 
importante  collection  pour  une  étude  que  je  prépare  sur  ce 
groupe. 

■2°  Femelle. 

Je  rapporte,  quoique  avec  un  peu  de  doute,  à  celte  espèce, 
une  femelle,  provenant  des  environs  de  Quito,  qui  m'a  été 
communiqure  par  M.  Azambre,  et  dont  je  donne  ci-dessous  la 
description  : 

Longueur  totale  :  34,5  mm. 

Largeur,  aux  élytres  et  au  corselet  :  12,5  mm. 

Entièrement  noire, partie  antérieure  très  rugueuse  en  dessus 
et  en  dessous,  élytres  veloutées  et  soyeuses. 

Tête  trapézoïdale,  élargie  en  avant,  entièrement  ponctuée  et 
vermiculée, présentant  une  dépression  postéro-mêdiane  et  deux 


2"  G 


LE     NATURALISTE 


dépressions  frontales  plus  faiblement  rur'ueuses,  d'aspect 
opaque . 

Mandibules  aiguës,  portant  un  mamelon  biconique  sur  la 
face  interne,  fortement  et  régulièrement  ponctuèrt»  en  dessus, 
plus  faiblement  sur  les  côtés  et  la  face  inférieure. 

Antennes  assez  fortes,  dont  les  articles  sont  sensiblement 
aplatis;  le  cinquième  est  notablement  plus  long  et  plus  large 
que  le  quatrième  et  le  sixième. 

Menton  très  ponctué,  petit,  Ijilobé;  gorge  ponctuée;  joues 
couvertes  de  très  gros  points  confluents. 

Corselet  également  très  rugueus,  fortement  et  régulièrement 
élargi  d'avant  en  arrière,  bordé  postérieurement,  présentant 
une  dépression  longitudinale  élargie  vers  le  milieu,  et,  de 
cliaque  coté,  deux  dépressions,  l'une  le  long  du  bord  posté- 
rieur, l'autre  à  l'angle  postérieur  du  corselet.  Au-dessus  de 
ces  deux  dépressions,  on   en  distingue  moins  nettement  deux 


Cantharolethrus  Azambrei  (n.  sp.)  femelle 

autres,  dont  l'une  est  placée  entre  la  dépression  médiane  et  le 
bord  antérieur,  et  l'autre,  plus  limitée,  se  dirige  obliquement 
vers  l'angle  antérieur. 

Les  côtés  sont  presque  droits,  crénelés;  les  angles  posté- 
rieurs sont  saillants,  mais  non  épineux;  la  base  se  rattache  au 
côté  par  une  forte  écliancrure  en  quart  de  cercle. 

Ecusson  ovalaire,  fortement  ponctué,  brillant. 

Elytres  présentant  un  aspect  à  la  fois  velouté  et  soyeux; 
elles  s'élargissent  dans  le  premier  cinquième  de  leur  longueur, 
puis  décroissent  régulièrement  en  ovale  assez  aigu. 

Chaque  élytre  porte,  à  partir  de  l'angle  humerai,  une  côte 
saillante,  brillante,  grossièrement  crénelée,  doublement  inflé- 
chie, qui  ne  dépasse  pas  les  deux  cinquièmes  de  sa  longueur, 
et  à  laquelle  succède  une  sorte  de  fossette  allongée  qui  suit  la 
même  direction. 

Les  elytres  présentent  une  ponctuation  superficielle,  dis- 
posée suivant  des  lignes  régulières  et  qui  va  en  s'atténuant 
vers  le  sommet.  Elles  sont  entourées  d'une  bordure  assez 
large,  qui  n'est  nullement  relevée  en  gouttière. 

En  dessous,  le  prothorax  est  très  fortement  ponctué;  la 
saillie  du  prosternum,  ponctuée  inférieurement,  lisse  latérale- 
ment, se  dirige  en  arrière,  et  le  mésosternum  est  échancré 
pour  la  recevoir.  Les  pièces  méso  et  métathoraciques  sont 
ponctuées,  quoique  moins  fortement  que  celles  du  prothorax- 
les  segments  abdominaux  sont  finement  ponctués. 

Les  fémurs  et  les  tibias  sont  ponctués;  les  tarses  sont 
égaux,  grêles  et  courts  à  toutes  les  paires  de  pattes.  Les  ti- 
bias antérieurs  portent,  sur  leur  marge  externe,  quelques 
dents  faibles  et  aiguës  ;  leur  prolongement  apical  est  très 
long  et  très  aigu;  les  intermédiaires  et  les  postérieurs  sont 
iuermes. 

Cette  femelle  me  parait  dill'érer  de  celle  du  C.Buckleyi  par 
ses  carènes  élytrales  plus  longues,  l'absence  fie  la^forte  saillie 
épineuse  ;'i  l'angle  postérieur  du  corselet  et  à  l'angle  humerai 
des  elytres,  les  côtés  l.itéraux  du  prothorax  presque  droits; 
elle  est  encore  plus  atténuée  en  arrière  et  correspond  bien  à 
la  structure  du.màle. 

H.    BoiLEAU. 


Les  Triantes 

DANS  L'ANTIQUITÉ  : 
LÉGENDES,  POÉSIE,    HISTOIRE.   ETC  ,   ETC 


DATTIER.  —  Les  Latins  appelaient  le  dattier 
Phmii.c  {X'hn'nw  daetylifera,  L.);  les  Grecs  lui  don- 
naient le  nom  de  $0Lvi|,  parce  que  sa  vie,  croyaient-ils, 
était  aussi  longue  que  celle  du  fameux  oiseau,  et  la 
datte  prenait  le  nom  de  tpoivixo;  pœXavo;.  gland  du  dattier, 
ou  palmier. 

Les  Hébreux  l'appelaient  "^DD,  thamar,  et  les  Arabes 
lui  donnent  aujourd'hui  encore  celui  de  tamr;  les 
plus  beaux  se  trouvaient  aux  environs  de  Jéricho  et 
d'Engaddi;  Jéricho  était  d'ailleurs  surnommée  la  Ville 
des  palmiers  (Deutéronome,  .\.\xiv.  3  —  Juges,  l,  16  ;  m, 
13  —  II  Paralipoménes,  xxviii,  Ib,  etc.).  Avec  le  fruit 
du  palmier  l'on  fabriquait,  et  l'on  fabrique  toujours,  une 
sorte  de  miel  et  un  vin  spécial.  Saint  Chrysostome  (in 
Isaia,  V,  11),  Théodoret  et  Théophile  d'Antioche,  qui 
étaient  Syriens,  et  qui,  par  conséquent,  devaient  savoir 
ce  qu'était  le  siccra  (Hixipa),  assurent  que  ce  mot  désigne 
le  vin  de  palmier  :  vimtm  et  siceram  non  bibet 
(Juges,  XIII,  14).  Dans  le  temple  de  Jérusalem,  Salomon 
fit  faire  des  colonnes  en  forme  de  palmier  (III  flots,  vi, 
29,  etc.).  L'épouse  du  Cantique  des  Cantiques  (v,  11)  com- 
pare les  cheveux  du  Bien-Aimé  aux  jeunes  pousses  du 
palmier  mâle  et  à  la  noirceur  du  corbeau  :  comx  ejiis 
quasi  elatse palmarum,  nigrœ  quasi  corvus  ;  quant  à  Salomon, 
il  compare.àson  tour  la  Bien-Aimée  à  un  palmier:  «  vu,  8 

—  Dixi  :  ascendam  in  painam  et  apprehendam  fructus  ejus  : 
et  erunt  uhera  tua  sicut  botri  vinex,  et  odor  oris  tui  sicut 
malorum.  —  J'ai  dit  :  je  monterai  sur  le  palmier  et  je 
prendrai  ses  fruits;  et  tes  seins  seront  pour  moi  comme 
des  grappes  de  raisin,  et  le  parfum  de  ta  bouche  comme 
celui  des  pommes...  »  Déjà,  au  verset  précédent  (v.  7),  le 
bon  roi  Salomon  avait  dit  à  sa  bien-aimée  :  Statura  tua 
assimilata  est  palmn-,  et  utera  tua  botris;  ta  taille  est  élé- 
gante comme  celle  du  palmier,  et  tes  seins  gonflés 
comme  des  grappes  de  raisin  ».  Décidément,  l'adora- 
teur de  la  reine  de  Saba,  la  nigra  sed  formosa  ancêtre  de 
notre  ami  Ménélik  II  (Ménélik  I  fut  le  fils  de  Salomon 
et  de  la  reine  de  Saba),  aimait  à  se  répéter. 

La  prophétesse  Debbora  jugeait  Israël  sous  un  pal- 
mier, comme  saint  Louis  jugeait  les  Frani.'ais  sous  le 
chêne  célèbre   {Juges,  iv,  4)  : 

«  4. —  Il  y  avait  en  ce  temps-là  une  prophétesse  nom- 
mée Debbora,  femme  de  Lapidoth,  laquelle  jugeait  le 
peuple; 

«  S.  —  Elle  s'asseyait  sous  un  palmier  qu'on  avait 
appelé  de  son  nom,  entre  Rama  et  Belhel,  sur  la  mon- 
tagne d'Ephraîm  ;  et  les  enfants  d'Israël  venaient  à  elle 
pour  faire  juger  tous  leurs  dill'érends.   » 

La  Bilde  parle    vingt  fois  du  ijalmier  (Ea;ode,  xv,  27; 

—  Lévitique,  xxill,  40;  —  Nombres,  xxxill,  9;  —  Deuté- 
ronome, xxv,  1  ;  xxxiv,  3;  —  Juges,  i,  16;   m,  13;  iv,  5; 

—  III  liais,  VI,  29,  32,  3o  ;  vu,  36,  etc.,  etc.),  et  sept  fois 
du  sierra,  ou  vin  de  palmier  {Deutéronome,  xiv,  26  ; 
XXIX,  6  — Juges,  xill,  4,  7,  14;  —  Proierbcs,  xxi,  6;  — 
Luc,  1,  15). 

Les  monuments  de  l'Egypte,  de  l'Assyrie,  de  la  Phè- 
nicie,  de  la  Grèce  même  et  de  Rome,  représentent  des 
ligures  de  palmiers.  On  a  trouvé  la  re]irésentnfion  de  ces 


LE     NATURALISTE 


277 


arbres  sur  do  nombreuses  monnaies  ]iuni(|ues.  ro- 
maines, etc.  llorus  Apollo  {Les  Ilidrorih/phcs,  liv.  1, 
iiiérog.  m)  (lit  :  '<  Isis  et  un  palmier.  —  Isis  désigne  l'an- 
née. C'est  une  femme,  carc'est  ce  que  marque  ce  mot  chez 
les  Egyptiens;  il  désigne  aussi  une  déesse  et  un  astre 
que  ce  peuple  nommé  Sotliis,  et  que  les  Grecs  désignent 
sous  le  nom  d'ïotfoxOwv  {la  Canicule).  Les  Egyptiens  dé- 
signent Isis,  ou  l'année,  par  un  palmier,  jiarce  que  cet 
arbre  est  le  seul  de  tous  qui  pousse  une  branche  à  la 
nouvelle  lune,  et  que  l'année  est  complète  lorsqu'il  a 
poussé  douze  branches  ». 

«  (Iliérog.  IV).  Une  hrani-he  de  palmier,  et  la  Lune 
ayant  les  pointes  de  son  croissant  fournîmes  m  bas.  —  La 
Lune  représentée  de  cette  façon,  ou  une  branche  de  pal- 
mier,oll're  le  symbole  du  mois.  Une  branche  de  palmier 
offre  aussi  ce  symbole  pour  la  raison  dite  à  l'hiéroglyphe 
précédent,  etc.,  etc.   » 

D'après  Valerianus  Pierius.  {Les  lIiiiiidiH.vi'iilCQUES 
de  Iiin-Pierre  Vakrian,  vulgairement  nomme  l'ierius. 
Lyon,  10 li),  in-folio,  page  670),  le  palmier  signifiait  chez 
les  Egyptiens  : 

Chap.  II.  —  L'an  et  le  moisî 

Chah.  III.  —  La  longueur  du  temps  ; 

CnAP.  IV.  —  L'égalité; 

Chap.  ^'.  —  La  justice; 

Chap.  VI.  —  Le  soleil  : 

Chap.  VIL  —  La  victoire. 

Chap.  VUI.  —  La  Judée  ; 

Chap.  IX.  —  La  perte; 

Chap.  X.  —  Les  nopces; 

Chap.  XL  —  L'innocence; 

Chap.  XII.  —  La  vie  des  bons. 

On  a  trouvé  des  dattes  dans  des  momies  qui  font  par- 
tie du  nmsée  égyptien,  à  Paris;  un  immense  bois  de 
dattiers,  dit  Champollion  dans  un  lettre  écrite  de  Sak- 
karah  le  !>  octobre  1828,  couvre  aujoui'd'hui  l'emphice- 
ment  de  Memphis. 

Le  palmier  était  l'emblème  de  la  fécondité  ;  il  (Igure 
sur  les  monnaies  des  empereurs  dont  le  règne  fut  signalé 
par  l'abondance  des  biens  ;  il  l'était  surtout  de  la  Vic- 
toire, comme  nous  le  verrons  tout  à  l'heure;  au  moment 
de  livrer  bataille,  César  apprit  qu'un  palmier  était  tout 
à  coup  poussé  au  pied  de  la  statue  qu'on  lui  avait  élevée 
dans  le  temple  de  la  Victoire,  ce  qu'il  prit  pour  un  augure 
favorable.  Un  autre  empereur,  dont  je  ne  me  rappelle 
pas  le  nom,  fut  aussi  averti  qu'un  palmier  était  apjiaru 
sur  un  autel  qui  lui  avait  été  dressé  dans  une  ville  de 
]irovince.  On  y  voyait  le  signe  certain  d'une  longue  suite 
de  prospérités  :  —  «  J'y  vois  celui  de  votre  négligence, 
rôpliqua-t-il  ;  car  vous  devez  sacrifier  bien  rarement  sur 
cet  autel.  Retirez-vous.  » 

Les  l']gyptiens  adoraient  cet  arbre,  et  les  haliitants  de 
Delos  avaient  aussi  pour  lui  la  plus  grande  vénération, 
en  souvenir  de  ce  que  la  déesse  Latone  avait  mis  au  jour 
chez  eux,  sous  un  palmier,  Apollon  et  Diane. 

Les  anciens  ont  souvent  parlé  du  palmier  comme 
emblème  de  la  victoire.  Ainsi,Martialdit  (liv.  X,épig.L)  : 

Frangat  Idumœas  tristis  Victoria   palmas,  etc.  «  que  la  vic- 
toire, désolée,  brise  ses  palmes  Iduméennes,  etc.  » 
Ménandre  : 

'l'oivi;  Hov  vixocv  èvsjîsi,  nirpavTî  \i.f(OiMy_tï 
MaxÉpa  ^O'.vixwv,  xàv  7ro)."j:iatoa  Tûpov. 

«  Le  palmier  est  le  signe  de  la  victoire,  et  revendique  pour 
patrie  la  mère  des  palmiers,   la  féconde  Tyr.  » 


OviDK  {Mdtii.morphose'i,  liv.  .\,  v.  102)  : 
et  lontao,   victoris  pru'mia  )i;dm:<'. 

<( — et  vovis,  souples  palmes,  récompense  du  vainqueur  ». 
.Ii:vÉNAL  (Satire  VI,  sur  les  Femmes,  v.  321)  : 

Ipsa  Medullin.'p  frictum  crissantis  adorât: 
Palmam  inter  dominas  virtus  natalibus  requat. 
<i  A  son  tour  elle  rend    hommage  aux  fureurs  de  Mé- 

dulline  :  celle  qui    triomphe    dans    ce   conflit   est  considérée 

comme  la  plus  noble.  )> 

Suétone  {Vie  dWuçiuste.  chap.  xnii)  :  «....  Il  était  sur- 
tout frappé  de  certains  phénomènes  :  il  mit  dans  le 
sanctuaire  de  ses  dieux  pénates,  et  lit  cultiveravec  grand 
soin  un  palmier  né  devant  sa  maison,  entre  des  join- 
tures de  pierre,  n 

Même  livre,  cba]iitre  .xciv  :   « Iules  César,  traçant 

son  camp  au]U-ès  de  Munda,  trouva,  un  palmier  dans  une 
forêt  qu'il  faisait  abattre,  et  le  conserva  comme  un  signe 
de  victoire.  Le  palmier  poussa  des  rejetons  en  peu  de 
jours,  de  manière  non  seulement  à  ombrager  sa  tige, 
mais  même  à  la  cacher  ;  et  des  colombes,  qui  ordinaire- 
ment évitent  cet  arlire,  dont  le  feuillage  est  dur,  y  firent 
leur  niil.  Cette  espèce  do  phénomène  fut,  dit-on,  un  des 
motifs  qui  déterminèrent  le  plus  .1.  César  à  n'avoir  point 
d'autre  successeur  que  son  petit  neveu  Octave.  » 

Plutarque  (Symposiaçues,  question  iv,  §  i)  ne  s'explique 
pas  pourquoi  la  liranche  du  palmier  est  spécialement 
donnée  en  récompenseaux  victorieux  ;  il  sait  néanmoins 
que  les  anciens  ont  fort  estimé  cet  arbre,  et  qu'Homère 
(Odyssée,  chant  vi,  v.  163)  lui  compare  la  beauté  de  la 
jeune  Phéacienne  Nausicaa,  fille  du  roiAlcinoûs;  ils 
connaissaient  la  longue  durée  de  cet  aibre,  témoin  ce 
vers  d'Orphée  : 

Leur  durée  égalait  colle  des  liauts  palmiers. 
«  Les  Babyloniens,  dit-il,  célèbrent  et  chantent  cet 
arbre  comme  leur  présentant  trois  cent  soixante  espèces 
d'utilités  dift'érentes.  Pour  nous  autres  Grecs,  il  ne  saurait 
nous  servir  à  quoi  que  ce  soit;  mais  c'està  cause  de  sa 
stérilité  même  qu'il  a  été  choisi  pour  exciter  la  glorieuse 
émulation  des  athlètes.  Tout  en  étant  très  beau  et  très 
gracieusement  élancé,  il  ne  produit  —  chez  nous  du 
moins  —  aucun  fruit.  La  nourriture  qu'il  prend  ne  sert, 
comme  chez  l'athlète,  qu'à  développer  l'harmonie  de  ses 
proportions,  etc.,  etc. 

«  Sans  parler  deces  considérations,  le  palmier  possède 
une  vertu  qui  lui  est  exclusivement  particulière  et  que  je 
vais  dire  :  sur  une  branche  de  palmier,  que  l'on  mette  un 
lourd  fardeau  ;  le  bois,  loindollécbir  et  déplier,  se  cour- 
l)era  en  sens  inverse,  comme  pour  protester  contre  cette 
violence.  » 

Nous  verrons,  plus  loin,  que  cette  croyance  était  à 
peu  près  générale. 

Ovide  parle  encore  du  [>almier,  de  l'arbre  victorieux, 
dans  ses  Fastes,  livre  III,  v.  31  ;  Ilhéa  Sylvia  voit  en 
songe  Romuluset  Remus  sous  la  forme  de  deux  palmiers 
inégaux,  dont  l'un  était  le  présage  de  la  grandeur  de 
Rome,  et  -îouvrait  de  son  ombre  toute  la  terre  : 

Inde  du:e  pariter  (visu  mirabile)  palmœ 

Surgunt,  ex  illis  altéra  major  erat  : 
Et  gravibus  ramis  lotum  protexerat  orbem, 
Contigeralque  nova  sidéra  summa  coma. 
«  O  prodige!  il  en  sort   à   la  fois   deux    palmiers  d'inégale 
hauteur  ;  le  plus    grand   étendait    sur  l'univers  entier  ses  ra- 


LE     NATURALISTE 


meaux    touflus,  et   portait   jusqu'aux  nues   sa  jeune    tête.  » 
Fastes,  liv.  I,  v.  183  : 

Quid  vult  palma  sibi  rugosaque  carica,  dixi, 
Et  data  sub  nivco    candido  niella  cado  ? 
"  Je  dis  :  que    signifient    les  dattes,  les    figues  ridées  et    le 
miel  blanc  dans  un  vase  blanc?...  » 

Métamorphoses,  livre  VIII,  v.  674: 

Hic  nux  ;  hic  mixta  est  rugosis  carica  palmis. 
«  Ici  est  la  noix  ;  là,  la  figue  mêlée  aux  dattes  rugueuses.  » 

On  a  vu  que,  sous  Auguste,  le  palmier  poussait  cà  et 
là,  entre  deux  cailloux,  comme  la  première  plante  pa- 
rasite venue  ;  on  a  également  vu.  dans  Plutarque,  que 
les  dattiers  ne  mûrissaient  pas  en  Grèce,  pas  plus,  sans 
doute,  qu'en  Italie.  Mais  nous  voyons  aussi  dans  Audebert 
(xvi=  siècle?)  :«  Néanmoins,  j'en  ay  veu  à  Rome,  à  Naples 
et  aultres lieux  chauds,  bien  chargés  de  fruicts,  qui  meu- 
rissoienl  en  perfection  :  et  mesmes  y  en  ay  mangé  d'ung 
palmier  qui  est  à  Rome  dedans  la  cloistre  et  préau  de 
Saint  Pierre  in  vincula  ;  lequel  est  treshaut,  et  beau, 
et  avoit  quantité  de  fruicts  lors  que  j'y  estois.  »  (tes  06- 
servations  de  plusieurs  choses  diverses,  qui  se  trouvent  en 
Italie,];).  192.) 

Le  palmier  a  donné  lieu  à  bien  des  superstitions,  à 
bien  des  légendes.  L'Indian  antiquary,  de  1872,  dit  que, 
jadis,  les  populations  indiennes  étaient  persuadées  que  ce- 
lui du  lac  de  Taroha,  dans  l'Inde  centrale,  n'était  visible 
que  le  jour,  et  qu'il  rentrait  sous  terre  le  soir  (I). 

Les  Arabes  l'appellent  l'arbre  sacré.  ïarbre  bienheureux; 
et  ils  se  basent  sur  cette  particularité  qu'il  ne  pousse,  ou 
du  moins  ne  fructifie,  que  dans  les  pays  mahométans  ; 
aussi  le  déclarent-ils  le  plus  précieux  de  tous  les  arbres, 
etlui  donneat-ils  avec  l'homme  une  origine  commune  ; 
ainsi  entre  autres,  Ibn-el-Vardi,  qui  écrivait  au  xiv°  siècle, 
dit  au  chapitre  X  de  suCosmographie  :  «  L'apotre  de  Dieu 
(auquel  Dieu  soit  propice,  et  que  la  paix  soit  avec  lui!) 
a  déclaré  ceci:  Honorez  votre  oncle  le  palmier!  et  il 
l'appelle  ainsi  parce  qu'il  a  été  créé  avec  le  reste  de  la 
terre  dont  fut  formé  Adam  (que  la  paix  soit  sur  lui  I)  >• 

Aussi,  les  Arabes  reconnaissent-ils  au  palmier-dattier 
une  foule  de  similitudes  avec  l'homme  :  tous  deux  ont 
une  haute  stature;  ils  vivent  longtemps;  ils  sont  mâle  et 
femelle  ;  ils  ont  un  cerveau  {moelle)  et  une  chevelure  ; 
ils  se  propagent,  ils  éprouvent  des  maladies,  etc. 

Ils  lui  reconnaissent  aussi  une  intelligence  remar- 
quable; dans  ce  même  livre  d'Ibn-el-Vardi,  nous  lisons: 

«  Parmi  ses  maladies  se  trouve  la  stérilité,  et  tu  y 
remédieras  sûrement  si,  prenant  une  hache,  tu  te  rends 
auprès  de  l'arbre  malade,  en  disant  à  un  camarade  qui 
est  avec  toi  : 

—  (c  Je  vais  abattre  cet  arbre  ;  il  est  stérile. 

—  N'en  fais  rien,  je  t'en  prie,  dira  ton  ami,  car  il  te 
donnera  du  fruit  cette  année... 

—  (I  Pas  du  tout,  répondras-tu;  il  doit  périr! 

Et  tu  lui  donneras  deux  ou  trois  coups  avec  le  dos  de 
la  hache.  Mais  ton  camarade  t'arrêtera  encore  en  te 
disant  : 

—  «  Par  le  Seigneur  Dieu,  tu  ne  le  feras  pas  !  Car, 
aussitôt  cette  année  écoulée,  tu  auras  du  fruit.  Sois  donc 
miséricordieux  envers  ce  palmier,  écoute-moi;  et  si, 
décidément,  il  ne  te  donne  pas  de  dattes,  alors  tu  le  cou- 
jieras. 

(1)  A.  de  Gubcmmis,  Mythologie  desplantes,  tome  II,  p.  211. 


«  Sois  certain  que  l'année  suivante,  le  palmier  sera 
fécond  et  qu'il  te  donnera  beaucoup  de  fruits.  » 

Et  maintenant,  si  nous  ouvrons  l'évangile  de  saint 
Luc,  chapitre  xiii,  nous  y  trouvons  une  histoire  sem- 
blable, une  parabole,  relative  au  figuier,  cet  autre  arbre 
si  précieux  pour  les  Orientaux  : 

«  Chapitre  xiii...  v.  0.  —  Non,  vous  dis-je  :  mais,  si 
vous  ne  vous  corrigez  pas,  vous  périrez  tous  comme 
eux.  i> 

«  6.  —  Il  leur  dit  aussi  cette  parabole  :  un  homme  avait 
un  figuier  planté  dans  sa  vigne,  et  il  vint  pour  y  prendre 
du  fruit,  mais  n'en  trouva  jioint  ; 

«  7.  —  Et  il  dit  au  vigneron  :  voici  :  il  y  a  déjà  trois 
ans  que  je  viens  chercher  du  fruit  à  ce  figuier,  et  je  n'y 
en  trouve  point.  Coupe-le.  Pourquoi  occuperait-il  inuti- 
lement la  terre  '? 

«  8.  —  Le  vigneron  lui  répondit  :  Seigneur,  laisse-le 
encore  cette  année,  jusqu'à  ce  que  je  l'aie  déchaussé  et 
que  j'y  aie  mis  du  fumier; 

(I  9.  —  S'il  porte  du  fruit,  à  la  bonne  heure.  Sinon, 
alors  tu  pourras  le  couper.  » 

Les  deux  récits  ne  sont-ils  pas  proches  parents,  et  la 
superstition  dont  parle  gravement  Ibn-el-Vardi  n'avait- 
elle  pas  cours   déjà  du  temps  de  Jésus-Christ"?... 

Les  Arabes  disent  aussi  que  le  palmier  était  cher  à 
Mahomet,  et  qu'il  fit,  sous  son  ombre,  de  nombreux 
miracles;  ils  prétendent  encore ;que  les  dattes  constituent 
la  nourriture  des  élus,  et  que  le  Messie  est  né  sous  un 
palmier;  c'est  Mahomet  lui-même  qui  l'affirme  dans  le 
Coran  {Sourate  xix,  M.\rie,  versets  22-26)  : 

«  22.  —  Elle  devint  grosse  de  l'enfant,  et  elle  se  retira 
dans  un  endroit  éloigné. 

«  23.  —  Les  douleurs  de  l'enfantement  la  surprirent 
auprès  d'un  palmier  :  Plût  à  Dieu,  s'écria-t-elle,  que  je 
fusse  morte,  avant  d'être  oubliée  d'uu  oubli  éternel! 

<i  2i.  —  Queli]u'un  lui  cria,  de  dessous  elle  :  Ne 
t'afflige  point.  Ton  Seigneur  a  fait  couler  un  ruisseau  à 
tes  pieds. 

«  25.  —  Secoue  le  tronc  du  jmlmier  :  des  dattes  mûres 
tomberont  vers  toi  ; 

(I  20.  —  Mange,  rafraîchis  ton  œil  [mange  et  bois),  et 
console-toi.  » 

Remarquons  que,  pour  le  Koran,  la  mère  du  Christ, 
Meriem,  est  sœur  de  Moïse  et  d'Aaron. 

Cette  phrase  :  Quelqu'un  lui  cria,  de  dessous  elle,  etc., 
doit  s'entendre  de  l'ange  qui  se  tenait  à  ses  cotés,  ou, 
mieux  encore,  de  l'enfant  divin  lui-même,  consolant  sa 
mère  et  la  rassurant.  Il  en  fut  ainsi,  dit  la  mythologie, 
pour  la  déesse  Latone  quand  elle  enfanta  dans  l'île  de 
Délos. 

Dans  le  poète  Callimaque  (Hymne  vi,  en  l'honneur  de 
Délos),  ncus  voyons  qu'Apollon,  dans  le  sein  de  sa  mère, 
désigna  à  Latone  l'ile  de  Délos  où  elle  pourrait  se  dissi- 
muler aux  regards  des  dieux  ennemis  et  le  mettre  au 
jour  : 

«  Elle  voulait  aborder  à  Co,  mais  Phébus  lui-même 
l'en  détourna  :  Orna  mère,  lui  dit-il,  ce  n'est  point  là  que 
tu  dois  m'enfanter;...  il  est  au  milieu  des  eaux  une  petite 
île  remarquable  qui  flotte  sur  les  mers,  etc.,  etc.  —  Là, 
détachant  sa  ceinture,  le  dos  appuyé  contre  le  tronc  d'un 
palmier,  déchirée  parles  douleurs  les  plus  aiguës,  inondée 
de  sueur  et  respirant  à  peine,  elle  s'écria  :  Pourquoi 
donc,  ô  cher  enfant,  tourmenter  ta  mère?  Ne  suis-je  pas 


LE     NATURALISTE 


'ilO 


dans  celte  ilo  eri'antP(iup  tu  m'as  (li'signép?  Mais,  6  mon 
fils,  nais  et  sois  do  mon  sein  avec  moins  de  cruauté.  » 

C'est,  du  reste,  l'avis  du  moine  grec  Eutliymios,  para- 
|)hrasant  le  passage  ci-dessus  du  Koran  :  <<  Mohammed 
dit  i|ut'  ^larie,  sœur  de  Moyse  et  d'Aarou,  cummc  elle 
allait  mettre  le  Christ  au  monde,  ju-és  d'un  palmier,  et 
comme  les  douleurs  l'anéantissaient,  le  Christ  lui-niénie 
lui  parla,  de  l'intérieur  de  ses  lianes,  et  lui  (inhuiua  de 
frapper-  le  palmier  et  de  manger  de  ses  fruits.  » 

Cet  enfantement  de  Latone,  sous  un  palmier,  est 
l'ohjet  de  fnMiueiites  allusions  chez  les  .\neiens.  Homère, 
dans  son  Hymne  à  Apollon  (v.  181,  dit  : 

Xaïpe,  (jiaxap  '  {î>  At^toi,  èuet  tIxî;  àyXaà  Te'xva, 
*.\.7ro).>.(Ovâ  t'  àvaxia  xa'-.  "ApT£[x;v  îo/éatpav 
[Tr|V  liiv,  i-i  'Ofvjyii],  TÔv  8è,  xpavaT]  àv'i  Ar,X(<)], 

K£X/.t|X£VYl  TTpÔç  |J,aXpC(V  ôpoç  xai    KOvôtov   Ô'/OûV, 

'\'C/UTâ':ui  sotvixo;,  utt'  'Ivwttoio  pséOpocî- 

«  Salut,  bienheureuse  Latone,  parce  (ju'il  t'est  né  de 
splendides  enfants,  le  nii  Apollon  et  Diane,  habile  à 
lancer  les  flèches,  |  celle-ci  dans  Urtygie,  celui-là  dans 
Delos  l'escarpée]  ;  tu  étais  appuyée  contre  un  palmier, 
sur  un  mont  élevé  el  la  colline  de  Cynthie.  aux  bords  du 
fleuve  Inopus  » 

Et,  au  vers  116  : 

Tr|V  t'JTe  Sî)  Toxo;  t'ù.t,  lievoiviiasv  Zï  TSxéoTai. 
'.\ji:fî  ai  çoivixi  fiàù.t  Tir,y_zî,  ^oùva  S'  ipEiusv 
A£tfj.(t)vt  iJ.3t)>ax(T>. 

n  Enlin  l'enfantemenl  commença,  et  elle  faisait  tous 
ses  eflbrts  pour  se  délivrer.  Elle  jeta  les  bras  autour  du 
tronc  d'un  palmier,  et  tomba  à  genoux  sur  un  gazon 
moelleux  ». 

Euripide  (Héiube,  v.  -iaS)  :...  «  dès  que  les  jeunes  et 
sacrés  rameaux  du  palmier  et  du  laurier  s'allongent,  pro- 
tégeant l'enfaiilenient  divin  d'une  déesse  chère  à  ,ki]ii- 
ter..." 

Et  dans  Ipltigénic  en  Tauride,  vers  1099  :  «...  Diane 
Lucine  favorisa  l'enfantement  de  Latone,  auprès  de  la 
colline  de  Cynthie,  au  milieu  des  palmiers  chevelus  et 
des  blancs  lauriers  u. 

Ovide  (Métamorphoses,  liv.  "VI,  v.  33S)  : 

Illic,  incumbens  cum  Palladis  arbore  palm;«, 
Edidit  invita  geminos  Latona  noverca. 

(1  Là,  couchée  entre  un  palmier  et  l'arbre  de  Pallas,  elle 
met  au  monde  deux  enfants,  en  dépit  de  leur  imj)lacable 
marâtre  (Jiinon).  » 

Et  livre  XIII,  v.  63;i  : 

Urbem  ostendit,  delubraque  nota,  duasque 
Latonâ  quondam  stirpes  pariente  retentas. 

n  ...  11  lui  montre  la  ville,  ses  édifices  sacrés  déjà 
célèbres,  et  les  deux  arbres  qu'enilirassa  Latone  ([uand 
elle  devint  mère.  » 

Nonnos,  dans  ses   Dionysiaques  (chant  XXVll,  v.  27)  : 

EiTÔxE  AtjXo^  a[X'jv£  [loyoç  toxoç,  tlarjv.z  AtiTw 
O'JTiSavoîç  7t£Tà>.ot(Tt  yépwv  ii.ait!>naxo  9oivi?. 

«  ...Jusqu'à  ce  qu'enfin  Dèlos  s'offrit  à  sa  délivrance,  et 
que  le  chétif  feuillage  du  palmier  la  secourût,  n 

Tzetzès,  dans  son  commentaire  sur  l' Aie vandra  de 
Lycophron  (v.  401),  dit  :  «  Et  quand  Latone  fut  là,  ayant 
louché  un  laurier  et  un  palmier  qui  s'y  trouvaient,  elle 
mit  au  monde  Diane;  et  un  instant  après,  ceZ/e-Ci  l'aidant, 
elle  enfanta  Apollon.  » 

On   voit   que   les    mythologues  ne   connaissaient  pas 


d'obstacles;  il  est  vrai  (]uo  tout  était  possible  aux  dieux, 
—  même  de  se  faire  administrer  do  soIid(!s  corrections 
par  les  simples  mortels,  si  nous  ajoutons  foi  aux  combats 
i'pi(|nes  décrits  par  Homère  dans  son  immorl(dle  Iliade. 
Pourtant,  il  y  a  i|uelques  div(!rgences,  chez  les  anciens 
autours,  relativement  aux  deux  arbres  dont  l'attouche- 
ment procura  la  délivrance  de  la  vagabonde  déesse  La- 
tone, aimée  du  père  des  Dieux  et  des  hommes,  qui  n'était 
mémo  pas  capable  delajirendre  sous  sa  haute  jiroteclion 
dans  une  circonstance  aussi  délicate,  et  dont  il  était  la 
cause  bien  reconnue.  Quelques-uns  veulent  i[ne  Latone 
ait  touché  un  palmier  et  un  olivier  : 

l'^lion  (Histoires  diveises,  liv.  V,  ch.  iv)  dit  :  «  Les  Dé- 
liens prétendent  que  l'olivier  et  le  palmier  sont  nés  à 
Délos,  et  que  c'est  seulement  après  les  avoir  touchés  que 
Latone  put  enfanter,  ce  ([u'elle  ne  pouvait  faire  aupara- 
vant. )' 

Didyme,  scholiaste  d'Homère,  dit  aussi,  à  propos  du 
vers  9  du  premier  chant  de  l'Iiiade(l)  :  «  ...Quand  elle  fut 
là,  saisissant  deux  arbres,  un  olivier  et  un  palmier,  elle 
mit  au  monde  deux  jumeaux  :  Diane  et  Apollon.  » 

Consultons  maintenant  les  historiens  et  les  géo- 
graphes : 

Pausanias  nous  dit  que  «  ...des  palmiers  croissent 
devant  le  palais  d'Agamemnon  (en  Béotie),  portant  des 
fruits  ;  mais  ils  sont  bien  moins  délicats  que  ceux  de  la 
Palestine  ».  (V.  Pausanias,  Description  de  la  Grèce,  VIII, 
XLViii  :  X,  XV  ;  IX,  xix.) 

Xénophon  (Anabase,  livre  11,  ch.  m)  :  «On  arriva  enfin 
aux  villages  où  les  guides  avaient  indiqué  qu'on  pourrait 
prendre  des  vivres  :  on  y  trouva  du  blé  en  abondance, 
du  vin  de  palmier,  et  une  hoisson  acide  qu'on  tire  du 
fruit  en  le  faisant  fermenter  et  liouillir.  Quant  aux  dattes 
mêmes,  on  les  servait  aux  domestiques,  pareilles  à  celles 
qu'on  voit  en  Grèce  (2)  ;  il  n'en  paraissait  sur  la  table  des 
maîtres  que  de^choisies,  et  d'étonnantes  pour  la  grosseur 
et  la  beauté;  leur  couleur  ne  difl'érait  pas  de  celle  de 
l'ambre  jaune  ;  on  en  faisait  sécher  aussi  qu'on  mettait  à 
part  pour  le  dessert;  c'était  un  mets  délicieux  à  la  fin  du 
repas,  mais,  il  donnait  des  maux  de  tête.  Ce  fut  là  aussi 
(jue,  pour  la  première  fois,  nos  sojdats  mangèrent  du 
chou  palmiste;  on  était  flatté  de  sa  forme  et  du  goût 
agréable  qui  lui  est  propre;  mais  il  causait  aussi  de  vio- 
lents maux  de  tête.  Le  palmier  se  sèche  entièrement  dès 
qu'on  enlève  le  sommet  de  sa  tige.  » 

Athénée  (Deipnosophistes,  livre  II,  chap.  xxviii)  dit  : 
n  ...Théophraste  ajoute  ceci  après  avoir  parlé  du  pal- 
mier: ...C'est  ainsi  qu'on  multiplie  le  palmier  en  semant 
les  dattes;  mais  pour  en  avoir  du  plant,  on  coupe  la  partie 
supérieure,  dans  laquelle  est  la  moelle  ou  cervelle 
{iyv.étfoù.oi),.. 

«  Xénophon  dit,  au  second  livre  de  son  Anabase  :  Ce 
fut  là  que  nos  soldats  mangèrent  la  première  fois  de  la 
cervelle  de  palmier.  Ils  furent  presque  tous  étonnés  de  la 
saveur  exquise  et  singulière  qu'ils  trouvèrent  dans  ce 
fruit;  mais  cet  aliment  leur  donna  de  grands  maux  de 
fête.  Le  palmier  dont  on  avait  enlevé  la  cervelle  se  des- 
séchait rapidentent.  » 

(A  suivre.)  Santini  de  Riols. 

(I)  Ar,TO'j;  xa'i  A'.o;  'j'iô;.  'O  yàp  po(i7iÀf,î  -j^oXmOe'iç...  «Le  fils 
de  Latone  el  de  Jupiter.  Car,  irrité  contre  le  roi... 

[2'  On  a  remarque  plus  liaut  que  I^lutarque  prétend  qu'en 
Grèce,  le  dattier  ne  dunne  pas  de  fruits  ;  c'est  iWidemment  une 
erreur,  déjà  relevée  par  d'autres  anciens  écrivains. 


280 


LE     NATURALISTE 


LIVRE     NOUVEAU 


La  culture  des  niers  en  Europe  {Piscifacll^re  —  Pisci- 
cnllure  ■ —  Ostréiculture),  par  Georges  Roche,  inspecteur 
général  des  Pèches  maritimes,  (l  vol.  in-S",  avec  SI  gravures 
dans  le  ♦cxte,  cart.  à  l'anglaise,  6  fr.  ;  franco  6  fr.  oO.) 

Depuis  des  siècles,  l'homme  s'est  préoccupé  de  régulariser 
la  production  de  la  mer,  et,  pour  qu'une  exploitation  désordon- 
née ou  trop  active  des  espèces  comestibles  n'en  amenât  pas  la 
diminution  ou  la  disparition,  il  voulut  restreindre  l'exercice 
des  pèches  et  aider  la  nature  elle-même,  en  se  livrant  à  une 
sorte  de  culture  du  milieu  marin. 

Dans  la  seconde  moitié  de  ce  siècle,  c'est  en  France,  sous 
l'influence  du  génie  fécond  de  Coste,  et  grâce  aux  efforts  du 
commissaire  de  la  marine  de  Bon,  que  s'est  créée  l'industrie 
ostréicole.  Par  contre,  c'est  surtout  à  l'étranger  que  les 
hommes  de  science  se  sont  consacrés  le  plus  activement  à  l'é- 
tude de  toutes  les  questions  biologiques  qui  intéressent  l'ex- 
ploitation des  mers. 

Depuis  lors,  ces  connaissances  se  sont  précisées  et  étendues 
et  l'on  est  arrivé  à  n  fabriquer  des  alevins  "  des  espèces  co- 
mestibles importantes  avec  une  précision  technique  très 
grande. 

M.  Roche  n'a  pas  eu  la  prétention  d'écrire  un  traité  d'aqui- 
cnlture,  mais  il  a  pensé  qu'il  était  intéressant  d'initier  le  pu- 
blic au  fonctionnement  des  industries  maritimes  et  à  la  tech- 
nique des  méthodes  piscicoles  et  ostréicoles.  11  expose  d'abord 
les  procédés  de  pèche  modernes  et  les  résultats  qu'ils  fournis- 
sent dans  les  mers  d'Europe,  puis  il  passe  en  revue  les  essais 
et  les  résultats  de  piscifacture  et  de  pisciculture  pratiqués 
dans  les  divers  pays,  la  reproduction  des  homards  et  des  lan- 
goustes, l'ostréiculture  si  développée  en  France  que  ses  dé- 
bouchés actuels  sont  devenus  insullisants.  Un  dernier  chapitre 
est  consacré  à  la  culture  des  éponges  industrielles. 


BIBLIOGRAPHIE 


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ein  neucs  Minerai.  :>  fig. 

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G.  Malloizel. 

Le  Gérmit:  Paul  GROULT.       ~ 

PARIS.    —  IMPRIMERIF  F.   LEVÉ,     RUE   CASSETTE,    17. 


19«  ANNÉE 


2"    SÉRIK   —     1^°    'iSii* 


1.-;  DÉCEMBRE  1897 


CONTRIBUTION  NOUVELLE 

A  L'ÉTUDE  DES  DENDRITES  DE  MANGANÈSE 


Si  je  reviens  encore  une  fois  sur  un  sujet  que  j'ai  traité 
déjà  dans  le  Naturaliste,  non  seulement  an  point  de  vue 
descriptif,  mais  pour  décrire  des  expériences  permet- 
tant la  reproduction  artificielle  des  dendrites,  c'est  ([uo  je 
■\'iens  de  rencontrer  un  écliautillon  qui, comme  le  montre 
la  figure  jointe  au  présent  article,  présente  une  particula- 
rité nouvelle. 

C'est  une  marne  calcaire  assez  dure,  extrêmement 
feuilletée  et  qui  provient  du  terrain  dit  des  marnes  de 
Saint-Ouen,  des  environs  du  Gué  à  Tresme,  non  loin  de 
Meaux,  en  Seine-et-Marne.  Ces  marnes  recouvrent  là, 
sur  quelques  collines  relativement  élevées,  d'épaisses 
accumulations  de  sables  moyens,  dont  quelques-unes  se 
signalent  par  l'extraordinaire  abondance  de  débris  des 
crustacés  marins.  Klles  sont  associées,  dans  les  couches 


lacustres  qu'elles  constituent,  à  des  lits  calcaires  dont 
plusieurs  sont  littéralement  pétris  de  tests  du  Limnsea 
tongisi-ata, mélangé  de  quelques  rares  planorbes.Ces  cou- 
ches contiennent  beaucoup  de  dendrites  de  manganèse,  et 
de  préférence  sur  les  coquilles  fossiles;  mais  les  dendrites 
ne  présentent  alors  rien  de  particulier  et  rentrent  dans 
les  types  les  ])lus  habituels. 

Au  contraire,  et  comme  le  montre  la  figure  que  nos 
lecteurs  ont  sous  les  yeux,  dans  les  marnes  les  dendrites 
sont  disposées  d'une  façon  très  spéciale.  D'abord  il  faut 
dire  que  les  feuillets  minces  dont  les  couches  marneuses 
sont  constituées,  présentent  des  dendrites  sur  leurs  deux 
faces  et  sensiblement  avec  les  mêmes  allures.  En  se- 
cond lieu,  les  dendrites  ne  partent  pas  d'un  point  de 
rayonnement  commun  ou  d'une  ligne  de  rayonnement 
commune,  comme  la  chose  a  lieu  d'ordinaire,  mais  d'un 
très  grand  nombre  de  points  grossièrement  équidistants 
sur  chaque  feuillet  considéré  à  part. 

A  première  vue,  cette  seconde  circonstance  est  plus 
dillu'ilc  à  e.xpliipii'r  que  la  première,  qui  suppose  sim- 


Marne  endurcie  feuilletée  présentant  des  dendrites  de  manganèse  en  groupe  dont  cliacun  a  pour  contre  un  petit  canal 
cylindrique.  Du  Gué  à  Tresme,   près  Meaux  (Seine-et-Marne).  Grandeur  naturelle. 


plement  la  rencontre,  dans  les  interstices  capillaires,  des 
feuillets  des  substances  capables  de  la  réaction  mutuelle 
reproduite  dans  nos  expériences,  et  dont  le  produit  est 
l'oxyde  mixte  de  fer  et  de  manganèse  disposé  en  den- 
drites.Pour  concevoir  comment, sur  ces  mêmes  feuillets, 
cette  réaction  peut  se  développer  en  des  points  très  dis- 
tincts les  uns  des  autres, il  faut  évidemment  une  circons- 
tance su])plémentaire  et  très  rarement  réalisée. 

Or  elle  réside,  à  n'en  pas  douter,  dans  l'existence  de 
singulières  perforations  cylindriques  du  diamètre  d'une 
piqûre  de  fine  aiguille  (li2  millimètre  environ)  qui  tra- 
verse perijendiculairement  les  feuillets.  On  voit  l'ouver- 
ture d'un  de  ces  petits  canalicules  au  centre  de  chacune 
des  dendrites  rayonnantes,  et  le  dessinateur  en  a  repro- 
duit un  certain  nombre.  Sans  doute  le  liquide  générateur 
des  dendrites  a  profité  de  ces  tubulures  pour  arriver  très 
lentement  dans  les  fines  diastomes  qui  séparent  les  feuil- 
lets, et  pour  étendre  de  là  peu  à  peu  la  double  décom- 
position à  laquelle  le  calcaire  prend  une  part  si  décisive, 
dans  toutes  les  directions. 

Le  Saliiralisle    46,  rue  du  Bac,  Paris. 


Les  vaisseaux  cylindriques  peuvent  donc  ajouter  un 
fait, et  très  singulier,à  ceux  que  nous  avons  déjà  recueil- 
lis quant  à  la  genèse  des  dendrites.  Seulement  il  reste  à 
se  faire  une  idée  de  l'origine  de  ces  tubulures  elles- 
mêmes. 

Four  y  parvenir, il  convient  de  les  examiner  avec  soin, 
et  alors  on  s'aperçoit  qu'elles  ne  sont  pas  toutes  exacte- 
ment perpendiculaires  aux  feuillets.  Plusieurs  font  un 
angle  assez  marqué  pour  qu'on  puisse  les  suivre  sur  plu- 
sieurs millimètres  avant  qu'elles  ne  disparaissent  dans 
les  profondeurs  de  la  roche:  leur  surface  interne  est  en- 
duite d'une  couche  continue  d'acerdèse  pareille  à  celle 
qui  constitue  les  dendrites.  Kn  quelques  points  on  trouve 
même  des  tubulures  dirigées  sensiblement  selon  les 
plans  des  feuillets  sur  plusieurs  centimètres  de  distance, 
et  alors  le  tracé  s'en  est  constitué  comme  la  ligne  de 
symétrie  de  part  et  d'autre  de  laquelle  se  sont  faites  des 
dendrites  sur  le  feuillet.  A  ce  titre  elles  se  comportent 
alors  rigoureusement  comme  une  fissure  accidentelle 
qui  traverse  la  roche  dans  une  région  de  sa  masse. 


28i 


LE      NATURALISTE 


Les  conséiiuences  de  ces  remarques  sont  très  nettes. 
D'abord  on  voit  qu'il  ne  s'agit  ])as  de  canaux  perforés 
par  un  animal  ayant  vécu  dans  le  bassin  de  sédimenta- 
tion, car  alors  les  feuillets  ne  devraient  pas  être  assez 
distincts  les  uns  des  autres  pour  ofl'rir  une  direction  de 
moindre  résistance.  En  outre  les  cassures  qui  ont  inlé- 
ressé  tout  renseml)le  des  feuillets  et  qui  sont  dés  lors 
postérieures  à  l'acquisition,  par  la  roclie,  de  sa  cohésion 
actuelle,se  cnmpoi-ient  vis-à-vis  des  dendritos  exaclenieut 
comme  les  tubulures.  Enfin  la  production  des  dendrites 
est  évidemment  très  postérieure  à  l'époque  de  dépôt  de 
la  roche  et  résulte  de  la  circulation  dans  ces  vides  de 
liquide  n'ayant  aucun  rapport  avec  ceux  du  bassin  de 
sédimentation. 

La  conclusion,  c'est  que  les  tubulures  ressemblent  sur- 
tout à  celles  que  peut  perforer  le  fin  cheveln  des 
racines  de  la  plupart  des  végétaux.  Reste  à  savoir  à 
quelle  époque  intermédiaire  entre  celle  du  dépôt  de  la 
marne  lacustre  et  les  temps  présents, ont  vécu  les  plantes 
dont  les  racines  ont  si  bien  préparé  la  production  d'élé- 
gantes dendrites.  C'est  un  jioint  que  l'échantillon  actuel 
semble  ini])uissant  à  élucider. 

Stanislas  Meunier. 


CONSERVATION  DES 

POMMES  DE  TEME   MALADES 


On  sait  que  les  êtres  vivants,  jdantes  ou  animaux,  res- 
pirent tous  de  la  même  manière,  en  absorbant  l'oxygène 
de  l'air  et  en  exhalant  l'acide  carbonique  provenant  de  la 
combustion  de  leurs  tissus.  Seulement  les  parties  vertes 
des  plantes,  qui  doivent  leur  coloration  à  la  chlorophylle, 
ont  la  propriété  d'absorber  l'acide  carbonique  et  de  s'as- 
similer le  carbone,  en  exhalant  de  l'oxygène  sous  l'in- 
fluence de  la  lumière  solaire.  On  ue  doit  donc  pas 
confondre  la  respiration,  qui  est  partout  uniforme  dans 
l'empire  des  êtres  vivants,  avec  les  réactions  (|ui  sont 
spéciales  à  la  chlorophylle  dans  certaines  conditions  dé- 
terminées. Ce  sont  là  deux  fonctions  alisolument  dis- 
tinctes, i[ue  l'on  a  eu  le  grand  tort  de  confnodi-e  long- 
temps sous  la  même  dénomination. 

L'assimilation  du  carbone  par  la  chlorophylle  n'est  pas 
à  projirement  parler  un  acte  de  respiration  ;  c'est  une 
question  de  nutrition,  d'assimilation  et  de  désassiraila- 
tion.  D'ailleurs  bien  des  parties  des  végétaux  n'ont  pas 
de  chlorophylle  à  une  époque  déterminée  de  leur  exis- 
tence. 

On  sait  (|ue  les  graines  respirent,  ])uisque  la  graine  est 
un  végétal  tout  entier  à  l'état  emliryonnaire.  Cependant 
elles  peuvent  vivre  fort  longtemps  sans  respirer.  C'est 
ainsi  qu'une  graine,  dragéifiée  avec  une  couche  de  chaux, 
ne  perd  pas  pf)ur  cela  ses  aptitudes  à  reproduire  le  végé- 
tal d'où  elle  provient  elle-même. 

Les  tubercules,  comme  la  pomme  de  terre,  qui  sont  de 
véritables  tiges  souterraines,  couvertes  de  bourgeons  à 
l'état  d'œils,  respirent  absolument  coiume  toute  plante 
vivante.  Or  on  peut  faire  vivre,  des  mois  entiers,  une 
pomme  de'"  terre  plongée  dans  l'eau;  c'est-à-dire  dans  des 
conditions  telles,  que  sa  respiration  soit  réduite  à  sa  plus 
simple  expression.  Il  est  i-urieux  de  voir  ce  qui  se  passe 
quand  un  végétal  quelcûn(iue,  pomme  de  terre  ou  cham- 


pignon, ne  peut  plus  respirer.   La  plante  ne  meurt  pas, 
mais  elle  cesse  de  se  développer. 

Voici  une  pomme  de  terre  malade,  c'est-à-dire  envahie 
par  un  champignon  parasite,  le  Peronos|iora  (Phyto- 
iditora)  infestans.  Si  on  la  met  dans  une  eau  stagnante, 
elle  va  pourrir  au  sein  d'une  fermentation  toute  spéciale 
de  l'amidon,  qui  gorge  ses  cellules.  Mais,  si  on  a  soin  de 
la  placer  au  fond  d'un  fossé  parcouru  par  une  eau  cou- 
rante, la  jiomme  de  terre  ne  fermente  pas,  ne  pourrit 
pas,  et  se  conserve  intacte.  Sa  maladie  ne  guérit  pas, 
mais  s'arrête  au  point  où  elle  en  était  arrivée.  Si  le 
champignon  parasite  n'avait  encore  envahi  que  le  quart 
du  tubercule,  les  trois  autres  quarts  restent  sains,  ou  à 
peu  près,  même  au  bout  de  plusieurs  mois  de  séjour  au 
fond  du  liquide,  qui  se  renouvelle  incessamment.  Tandis 
que,  si  la  pomme  de  terre  était  restée  dans  les  conditions 
ordinaires,  la  maladie  aurait  envahi  la  totalité  du  tuber- 
cule, en  quelques  semaines  seulement. 

Ainsi  le  seul  fait  d'empêcher  une  pomme  de  terre  de 
respirer,  en  la  plongeant  au  fond  d'une  eau  courante,  à 
le  double  avantage  de  ne  pas  l'empêcher  de  pouss'er  plus 
tard,  et  surtout  de  limiter  sa  maladie  au  point  où  elle  en 
est.  Il  est  vrai  que  cela  n'empêche  pas  le  champignon 
parasite  de  se  développer  plus  tard,  à  partir  du  moment 
où  on  la  retirera  de  l'eau  préservatrice.  Le  grand  avan- 
tage qui  en  résulte,  c'est  de  pouvoir  attendre  plusieurs 
mois,  sans  que  la  pomme  de  terre  se  gâte  davantage,  si 
on  doit  l'utiliser  pour  nourrir  les  animaux  ou  pour  en 
faire  de  la  fécule.  De  cette  façon,  on  a  devant  soi  le 
temps  nécessaire  pour  en  tirer  parti,  sans  voir  les 
pommes  de  terre  conservées  être  envahies  tout  en- 
tières par  la  maladie  parasitaire. 

Indépendamment  de  la  respiration,  on  voit  encore  une 
autre  fonction  physiologique,  chez  les  pommes  de  terre 
conservées  à  l'air.  Leur  surface  se  recouvre  d'une  eau, 
exhalée  par  le  tubercule  par  transsudation,  de  sorte 
qu'elles  se  ratatinent  et  se  flétrissent  à  la  longue,  en  se 
desséchant  de  plus  en  plus.  Le  séjour  des  pommes  de 
terre  dans  un  endroit  frais,  humide  et  sombre,  comme 
les  caves,  est  donc  indispensable,  si  on  veut  les  con- 
server dans  toute  leur  fraicheui-.  On  conçoit  que  le 
séjour  dans  une  eau  courante  soit  encore  plus  avanta- 
geux, puisque,  bien  loin  de  permettre  la  traussudation 
de  l'eau  contenue  dans  le  tubercule,  ce  séjour  prolongé 
dans  l'eau  aurait  plutôt  chance  de  produire  un  phéno- 
mène inverse,  la  pénétration  de  l'eau  extérieure  à  l'inté- 
rieur du  tubercule,  par  suite  de  l'endosmose.  Peut-être 
même  arriverait-on  ainsi  à  débarrasser  par  exosmose  les 
pommes  de  terre  de  certains  produits  dont  on  aurait 
avantage  à  se  débarrasser.  C'est  une  question  que  nous 
laisserons  à  résoudre  à  des  personnes  plus  compétentes. 

En  définitive,  la  fonction  chlorophyllienne,  la  respira- 
tion proprement  dite  des  êtres  vivants  et  la  transsudatioh 
ou  exhalation  de  l'eau  à  la  surface  de  la  [leau  ou  île  l'épi- 
derme  des  tubercules  :  voilà  trois  fonctions  absolument 
distinctes,  bien  qu'elles  soient  plus  ou  moins  compa- 
rables entre  elles.  Ces  fonctions  ont  leurs  résultats  spé- 
ciaux, totalement  différents  les  uns  des  autres,  leurs 
caractères  projires,  leurs  lois  particulières,  llya  là  autre 
chose  qu'une  simple  respiration,  suivant  les  cas.  A  coté 
de  certains  phénomènes  physiques,  il  y  a  là  d'autres 
phénomènes  physiologiques  dépendant  de  la  vie,  c'est-à- 
dire  des  propriétés  inhérentes  à  la  cellule  vivante.  Sans 
doute  la  vie  résulte  de  l'ensemble  d'un  certain  nombre 
de  lois    ]diysi(|ues   et    chimiques  ;    mais    il   y  a  encore 


LE     NATURALISTE 


283 


autre  chose  dans  les  ètros  vivants,  c'est  la  vie.  c'est-à- 
dire  cette  force  de  direction  particulière,  qui  fait  qu'une 
cellule  de  navet  va  produire  autre  chose  qu'une  cellule 
de  carotte  ou  de  pomme  de  terre  ;  c'est  cette  force  de  di- 
rection, (jui  fait  qu'une  plante  donnée  va  produire  des 
feuilles  de  telle  forme,  et  non  pas  de  telle  autre  ;  c'est 
cette  force  de  direction,  qui  fait  que,  sur  la  tète  humaine, 
il  y  aura  un  nez  et  non  pas  deux,  deux  yeux  et  non  pas 
un,  vingt  dents  à  la  première  dentition  et  non  i>as  dix, 
32  dents  à  la  deuxième  dentition  et  non  pas  64  ;  et  ainsi 
de  suite.  C'est  à  cette  force  spéciale,  qu'on  a  donné  le 
nom  de  force  vitale. 

D'  Bougon. 


Les  triantes 

DANS  L'ANTIQUITÉ  : 

LÉGENDES.   POÉSIE.   HISTOIRE.   ETC  .   ETC 


t,E   OAXXIER    (Suite) 


Diodore  de  Sicile  {Bibliothèque  Imtoriquc,  livre  II, 
chap.  lui)  vaute  les  palmiers  de  l'Arabie  et  de  la  Bah\- 
lonie  : 

«  ....\insi,  pour  emprunter  des  exemples  aux  arbres 
les  palmiers  de  la  Libye  donnent  des  fruits  secs  et  petits 
tandis  que  ceux  de  la  Cœlé-Syrie,  appelés  caryotes,  don- 
nent des  fruits  remarquables  parleur  saveur, leur  volume 
et  l'abondance  du  suc.  Mais  on  trouve  de  ces  fruits  bien 
plus  grands  encore  en  Arabie  et  dans  la  Babylonie;  on 
en  recueille  qui  ont  jusqu'à  six  doigts  de  longueur  (?),  et 
leur  couleur  est  tantôt  jaune  de  miel,  tantôt  d'un  rouge 
de  pourpre,  de  manière  à  charmer  tout  à  la  l'ois  la  vue 
et  le  palais. 

«  Les  tiges  des  palmiers  s'élèvent  à  une  hauteur  consi- 
dérable; elles  sont  nues  et  sans  feuilles  jusqu'à  la  cime; 
le  sommet  de  la  tige  se  compose  d'un  faisceau  de  feuilles, 
qui  est  comme  une  chevelure  dout  la  disposition 
varie,  etc.  » 

Pline  (Histoire  naturelle)  s'étend  fort  longuement  sur 
le  palmier:  je  ne  citerai  de  lui  que  les  passages  sui- 
vants : 

(Livre  'VI,  ch.  x.xxii.)  —  «  (jallus...  rapporta  les  ren- 
seignements suivants  :  les  Indiens  expriment  un  vin  des 
palmiers  et  une  huile  du  sésame  (V.  aussi  ch.  xix, 
livre  XIV).  » 

«  Tout  le  feuillage  l'st  au  sommet,  ainsi  que  le  fruit. 
Ce  dernier  n'est  pas  entre  les  feuilles,  comme  dans  les 
autres  arbres,  mais  au  milieu  des  branches;  il  pend  en 
grappes  à  des  pédicules  qui  lui  sont  i)ropres,  participant 
à  la  fois  de  la  grappe  et  de  la  pomme...  On  fend  les  feuilles 
pour  faire  des  cordes,  des  nattes  et  des  parasols  légers. 

«  ...On  assure  ([ue,  dans  une  forêt  naturelle,  les  pal- 
miers femelles  privés  de  mâles  n'engendrent  pas;  que 
plusieurs  femelles  autour  d'un  seul  mâle  inclinent  de 
son  côté  leur  feuillage,  qui  semble  le  flatter;  que  lui, 
hérissant  sa  chevelure,  féconde  les  autres  par  son  souffle, 
par  la  vue,  et  par  la  poussière  même  ;  que,  l'arbre  mâle 
étant  coupé,  les  femelles,  veuves,  deviennent  stériles. 
Leurs  amours  sont  si  bien  connues,  que  l'homme  a  ima- 
giné de  produire  la  fécondation  en  secouant  les  fleurs  et 
le  duvet  des  mâles,  ou  même  simplement  leur  poussière, 
sur  les  femelles.  » 


il, ivre  .\I11.  eh.  IX.)  —  «  la  moelle  en  est  douce  au 

sommet;  c'est  ce  ([u'on  ajipelle  cervelle  {cerebrum);  on 
peut  l'extraire  sans  faire  mourir  l'arbre,  ce  qui  n'a  pas 
lieu  pour  les  autres  espèces  (suit  une  longue  énumératioti 
des  différents  dattiers).  » 

(Livre  XIII,  ch.  vi.)  —  « Quant  à  la  Judée,  célèbre 

par  les  parfums,  elle  l'est  encore  plus  par  ses  palmiers, 
dont  nous  allons  maintenant  traiter.  On  en  trouve  même 
en  Europe  ;  ils  sont  communs  en  Italie,  mais  stériles 
(\'.  plug  haut  ce  que  dit  Audebert)  ;  sur  les  plages  mari- 
times de  l'Espagne,  ils  donnent  des  fruits,  mais  d'un  goût 
âpre  ;  en  Afrique,  le  fruit  est  doux,  mais  la  saveur  s'en 
])erd  aussitôt.  Il  en  est  autrement  dans  l'Orient:  là,  ils 
fournissent  du  vin,  servent  de  pain  à  certaines  nations, 
et  sont  même  un  aliment  pour  plusieurs  quadrnpedes...  » 

(Livre  XII,  ch.  .XLVill.)  —  o  Le  fruit  du  palmier  d'Egypte 
appelé  aSii^/oc  (calmant  la  soif)  est  employé  dans  la  par- 
fumerie comme  le  miroholan,  et  vient,  pour  l'usage, 
immédiatement  après.  Il  est  vert,  d'une  odeur  de  coing, 
sans  bois  à  l'intérieur.  On  le  récolte  un  peu  avant  qu'il 
ne  commence  à  mûrir;  si  on  le  laisse  mûrir,  on  le  nomme 
phœnicobalanos  (gland  phénicien,  gland  du  palmier);  il 
devient  noir,  et  enivre  ceux  qui  en  mangent.  » 

Virgile  (Géorgiques,  il,  v.  6o-()8)  : 

Planlis  et  durte  coryli  nascuntur 


.  etiam  ardua  palma 


Nascitur.    .     . 

«  C'est  de  rejetons  que   naissent et   que    nait  le 

palmier  ailier.  » 

Géorgiques,  iv,  v.  120  : 

Palmaque  Testibulum  aut  ingens  oleaster  inumbrct. 

«  Qu'un  palmier  ou  un  olivier  sauvage  protège  de  son 
ombre  l'entrée  de  leur  demeure  (des  abeilles).  « 

Nous  avons  vu  Pausanias  vanter  les  dattes  de  la  Pa- 
lestine ;  ces  dattes  étaient  particulièrement  estimées,  et 
de  nombreux  auteurs  les  mentionnent  avec  éloges;  on 
les  appelait  iduméennes;  en  elfet,  les  Iduméens  ayant 
envahi  une  grande  partie  du  territoire,  pendant  la  capti- 
vité des  Juifs,  la  Judée  prit  chez  les  Romains  le  nom 
d'Idumée  ;  de  là  les  triomphes  iduméens  ou  triomphes  juifs, 
comme  ceux  de  Vespasien  et  de  Titus. 

Dans  les  Géorgiques  (livre  III,  v.  12)  Virgile  dit  encore  : 

Primus  Idunueas  referam  tibi,  Mantua,  palnias. 

«  Le  premier,  ù  Mantoue,  je  t'apiiorterai  les  ])almes 
d'Idumée.  » 

Silius  Italiens  {Les  Puniques,  liv.  III,  v.  o97)  : 

Compescet  ripis  Rhenum,  rcget  imiiiger  Afros, 
Pahnifcramque  senes  bello  domita'oit  Idumcn. 

«  Il  pacifiera  les  rives  du  Rhin,  gouvernera  l'Afrique 
avec  vigueur,  et,  dans  sa  vieillesse,  domptera  l'Idumée 
fertile  en  palmiers.  » 

Lucain  (La  Pharsale,  liv,  III,  v.  216)  : 
.     .     .  et  aibusto  palmarum  dives  Idume. 

(i  Et  l'Idumée  fière  de  ses  nombreux  palmiers.  » 

Stacc  (Les  Sylves,  liv,  I,  ch.  vi)  : 

Jam  bellaria  adoria  pluebant, 
Quiquid  nobile  Ponticis  iiucetis, 
Fu-cundis  cadit  aut  jugis  Idumcs, 
Quod  ramis  pia  germinal  Damascus,  etc. 

« Déjà  pleuvaient  les  gâteaux,  rosée  nouvelle  que 

répandait  à  son  lever  la  déesse  du  matin  ;  tous  les  fruits 

renommés  ijui  tomlient  des  noyers  du  Pont,  que   nour- 


284 


LE     NATURALISTE 


rissent  les   monts  fertiles    de   l'Idumée,   que  la   pieuse 
Damas  voit  croître  dans  les  vergers,  etc.  » 
Et  au  vers  10  de  la  même  pièce  : 

et  latente  palma 

Pnç grandes  caryotides  cadebant... 

"  d'énormes    dattes,    sous     lesquelles  disparaît  la 

branche  qui  les  porte...  » 
(Livre  Ul,  cli.  ii,  v.  138)  : 

dulce  nemus  florentis  Idumes 

(c  ....  {lu  me  parleras')  des  bosquets  enchantés  de  la  floris- 
sante Idumée.  » 

Priscien  {Périégiie,  v,  2-i8i  : 

Nili,  quem  circum  floret  niiraliilis  arbor 
Estinguitque  sitiin  porno,  cui  nomen  âS;il/oç 

«  ...  du  Nil  au  bord  duquel  fleurit  cet  arbre  merveilleux 
dont,  les  fruits  étachent  la  soif,  et  qu'on  homme  adipsos.  » 
Hoiace  {EpUres,  livre  II,  ép.  ii,  v.  183)  : 

(;ui-  aller  fratrum  cessare,  et  ludere,  et  ungi 
Prœferat  Hcrodis  palmetis  pinguibus,  aller, 
Dives  et  importunus,  ad  umbram  lucis  ab  ortu 
Syivestrem  flammis  etierro  miiiget  agrum?... 

«  De  deux  frères,  pourquoi  l'un  préfére-t-il  le  repos, 
le  jeu  et  les  parfums  au  superlie  revenu  des  palmiers 
d'IIérode,  tandis  que  l'autre,  déjà  riche  mais  insatiable, 
s'etlorce,  depuis  le  lever  du  soleil  jusqu'à  son  déclin,  à 
défricher  un  bciis  par  le  fer  et  le  feu'?...  » 

Tacite  (Hiftoire^,  livre  Y.  ch.  y]  : 

«  Les  productions  du  sol  semblables  aux  nôtres  y 
abondent  {en  Judée)  ;  ils  ont,  de  plus,  le  baumier  et  le 
lialmier.  Le  palmier  est  élevé  et  majestueux,  etc.  » 

Entre  tous  les  dattiers  de  la  Judée,  nous  savons  déjà 
que  ceux  de  Jéricho  étaient  surtout  recherchés.  Voici  ce 
qu'en  dit  l'historien  Josèjibe  dans  les  Antiquités  judaïques 

(livre  XIV,   ch.  vu)  :   ..  le  premier  campement  que 

fit  Pompée  fut  à  Jéricho,  célèbre  par  ses  italmiers,  etc.  » 

(Livre  XV,  ch.  v)  :  «  C'iéoiiàtre désira  voir  la  Judée; 

Ilérode  la  reçut  avec  grand  honneur  et  traita  avec  elle 
du  n'venu  de  cette  partie  de  l'Arabie  qu'Antoine  lui 
avait  donnée,  et  du  territoire  de  Jéricho,  qui  est  le  seul 
où  croit  le  baume,  le  meilleur  de  tous  les  parfums,  et 
où  l'on  voit  en  abondance  les  plus  beaux  jialmiers  du 
monde.  » 

{Guerre  des  Juiff:  contre  les  Romains,  livre  I,  ch.  v]  : 
«  Pompée...  hâta  d'autant  plus  sa  marche  qu'il  reçut  la 
nouvelle  delà  mort  de  Mithridate  lorsqu'il  était  près  de 
Jéricho.  Ce  pays,  le  plus  fertile  de  la  Judée,  est  très 
abondant  en  palmiers  et  en  liaurno.  etc.  « 

Justin   illisluires  Philippiques,   livre  XXXVI,  ch.  m)  : 

" On  y  ™it.  {en  Judi'e]   une   vallée,    entoui'ée  d'une 

chaîne  de  montagnes,  comme  un  camp  de  ses  remparts. 
Son  étendue  est  de  deux  cents  arpents  ;  son  nom  est 
Jéricho.  Dans  celte  vallée  est  un  bois  fertile  et  riant, 
planté  de  palmiers  et  des  arbrisseaux  qui  fournissent  le 
baume.  « 

Oribase  (Collection  médicale,  livre  I,  ch.  i.iii)  :  «  Cer- 
taines dattes  sont  sèches  et  astringentes,  comme  les 
dattes  d'Egypte;  certaines  autres  sont  molles,  humides, 
et  sucrées,  comme  celles  qu'on  appelle  caryotis  {daites- 
noix);  les  meilleures  de  cette  dernière  espèce  croissent  à 
Jéricho,  dans  la  partie  de  la  Syrie  appelée  Palestine,  »  etc. 

(Suivent  divers  préceptes  médicaux.) 

Autres  auteurs  qui  ont  généralement  parlé  du  dattier: 


SiDoiNiw\poLLix.\iHE(P.i?!é(;î/rî7!«;rfeiU(yo)"ie)i,vers44): 

Ferl  Indus  ebur,  t'haldieus  amoiiium, 

Assyrius  gemmas,  >Ser  vellcra,thura  Sabœus, 
.Vthis  meJ,  Phœnix  palmas,  Lacedœmon  olivum. 
« l'Indien   apporte  l'ivoire,    le   Chaldéen  ses  par- 
fums, l'Assyrien  ses  gommes,  le  Sère  ses  toisons,  le  Sa- 
Itéen  l'encens,  l'Athénien  son  miel,  le  Lacédénionien  son 
huile  et  le  Phénicien  ses  dattes.  » 
PiCRSE  {Salive  vi,  v.  38)  : 

Ha  (il;  postquam  sapcrc  urbi 

Cum  piperc  ctpalmis  venit  nostrum  lioc  maris  expers 

«....  Voilà  où  nous  en  sommes;  depuis  que  nous  est 
venue,  avec  le  poivre  et  les  dattes,  cette  belle  sagesse 
d'outre-mer,  etc.  » 

Strabon  {Géographie,  livre  XV,  chap.  li)  :  Les  Ichthyo- 
phages  font  leurs  filets  avec  l'écorce  du  palmier....» 

(Livre  XV,  cha]).  v)  :  « L'armée  [d' Alexandre)  dut 

son  salut  aux  palmiers,  dont  le  fruit  et  la  moelle  nourrit 
les  soldats  {dans leurmarche pénible  à  traversluGédrosie).  » 
(Livre  XV,  chap.  x)  :  «....  Aristobule  dit,  à  propos  des 
poutres  du  palmier  :  les  plus  solides,  au  lieu_  de  céder 
avec  le  temps  et  de  fléchir  sous  le  poids  qu'elles  suji- 
portent,  se  voûtent  de  lias  en  haut  en  se  raidissant,  et 
n'en  soutiennent  que  mieux  le  toit  de  l'édifice.  » 

(Livre  XVI,  chap.  v)  :  o  Vu  la  rareté  du  bois  dit  de  char- 
pente, on  n'emploie  pour  bâtir  les  maisons,  dans  toute 
la  Babylonie,  que  des  poutres  et  des  piliers  en  bois  de 
palmier.  On  a  soin  seulement  d'entortiller  chaque  pilier 
avec  des  cordelettes  de   jonc  qu'on   recouvre  ensuite  de 

plusieurs  couches  de  peinture Le  palmier  est  très 

abondant  en    Babylonie,   de  même   ([n'en  Susiane,  sur 

tout  le  littoral  de  la  Perse  et  en  Caramanie » 

(Livre   XVI,   ch.    xiv)  :     « La    Babylonie    produit 

beaucoup  d'orge...,  mais  tout  le  reste  de  sa  sujjsistance, 
elle  le  tire  du  palmier;  c'est  le  palmier  qui  lui  fournit  le 
pain,  le  vin,  le  vinaigre,  le  miel  et  la  farine  ;  avec  les 
fibres  du  palmier,  les  Babyloniens  font  toutes  sortes 
d'ouvrages,  nattés  ou  tressés  ;avec  les  noyaux  des  dattes, 
leurs  forgerons  suppléent  au  manque  de  charbon  ;  avec 
ces  mêmes  noyaux,  qu'on  a  laissés  exprès  macérer  dans 
l'eau,  on  nourrit  les  bœufs  et  les  moutons  i|ue  l'on  veut 
engraisser.  Bref,  si  ce  qu'on  dit  est  vrai,  on  chante  en 
Perse  une  vieille  chanson  dans  laquelle  sont  énumérées 
trois  cent  soixante  manières  d'utiliser  le  palmier. 

(Livre   XVII,   ch.  Li)  :  « Partout,  en    Egypte,  les 

palmiers  qu'on  rencontre  sont  de  l'espèce  la  plus  com- 
mune ;  souvent  même  le  fruit  en  est  immangeable  ;  tel 
est  le  cas,  en  particulier,  pour  le  Delta  et  les  environs 
d'Alexandrie.  En  revanche,  on  peut  dire  que  le  palmier 
de  la  Thébaide  l'emporte  sur  ceux  de  tous  les  autres 
pays,  etc.,  etc.  » 

Le   palmier  servait   aussi  à  confeclionner  des  balais  ; 
voici,  à  ce  sujet,  deux  citations  : 
IIORACiî  {Satires,  livre  II,  sat.  iv,  v.  83): 
Tenn'  lapides  varies  lutulenta  radero  palma?.... 
Balais-tu  une  mosaïque  avec  un  Ijilai  boueux'?... 
M.vRTi.\L  (livre  XIV,  é]iig.  Lxx.xn)  : 

In  prctio  scopas  testatur  palma  fuisse, 
Otia  sed  scopis  nunc  analecta  dabunt. 

«  Le  palmier,  dont  ils  sont  formés,  prouve  que  ces  ba- 
lais eurent  du  prix  :  mais  désormais  les  restes  du  repas, 
en  tombant  sous  lu  laide,  laisseront  du  rej)Os  à  ces  ba- 
lais. 0 

Aulu-Gei.le.  dans  ses  Nuits  attiques,pa.v\e  aussi  du  pal- 


LE     NATUKALlSïli; 


283 


mi('r(liv.  III,  eh.  vi)  ;  ArisloU",  dans  le  \'II''  livi-c  de  ses 
ProlilOmcf,  et  l'iutiirque,  dans  ir  M 11°  di-  ses  Sijmpo- 
.•ii(i(/iii'f,  rapiiiii'li'iit  lin  l'ail  bien  éluniianl  :  Si  vijus  nictle/. 
disent-ils,  sni'  le  huis  du  palmier  un  poids  très  lourd,  le 
palmier  ne  cédera  pas,  ne  fléclura  pas;  au  contraire,  il 
résistera  et  se  relèvera  en  formant  une  fOurl)c.  «  Voilà 
poui'ipioi,  dit  Phitarriue.  dans  lescomlials  la  liranchc  de 
palmier  est  devenue  le  symbole  delà  vieloire,  etc.  u 

J'ai  cité  plus  haut  le  passaj^e  dr  l'iulnniue  ;  quanta 
C(dui  d'Ai'istole.  il  est  introuxalde,  cl  Aihi-Gelle  a 
confundu  avec  un  autre  auleur:  ou  iiien  son  manuscrit 
du  philosophe  i^rec  était  plus  complet  que  les  éditions 
i|ue  nous  possédons  :l). 

(Livre  \'ll,  chap.  xvij  :  Il  cite,  d'après  N'arnin  dans 
une  satire  ayant  pour  titre  :  les  aiimcnis,  les  mets  les 
plus  appréciés  des  gastronomes  :  le  paon  de  Samos,  les 
franco! i lis  de  l'hrygie,  les  grues  de  Mélos,  le  chevreau 
d'Amhracie,  le  jeune  thon  de  Chalcédoine,  la  iKurùne  de 
Tartesse,  \'dmorue  de  Pessinorite,  les  kuilm  de  Tarente, 
\v  pùloncle  de  C'iiio,  l'esao-ycon  di;  Rhodes,  le  .sa)'(/e(  de 
Cilicio,  les  noix  de  Thasos,  LES  dattes  d'Egypte  (ce- 
peuiianl  réputées  bien  mauvaises  par  Strabon  et  autres 
auteurs  :  il  veut,  sans  doute,  ]iarler  des  dattes  de  Pa- 
lestine), et  les  qlanda  d'Espagne. 

Comparez  celte  énumératioii  de  mets  délicats  avec 
celle  ([u'IIorace  met  dans  la  bciucbe  de  l'épicurien  Catius 
(livre  II,  satire  ivi. 

Nous  avons  vu  l'iine.tout  à  l'iieure,  n(ius  l'aire  ini  cu- 
rieux tableau  (les  jialmiers  l'emcdles  rangés  autour  de 
mâle  glorieux,  abaissant  vers  lui  leur  feuillage,  pendant 
qu'au  contraire  «  il  hérisse  sa  chevelure  >i,  etc.  \'oyons  ce 
qu'en  dit  IIÉnoDOTE  : 

(Histoires,  livre    I,  chaji.  cxcin)  :  « Les   palmiers 

croissent  abondamment  dans  la  campagne  ;  la  plupart 
portent  des  fruits  dont  les  habitants  tirent  une  partie  de 
leur  nourriture,  et  avec  lesquels  ils  font  une  sorte  de 
vin  et  du  miel.  Ils  les  cultivent  comme  nous  cultivons 
les  figuiers,  c'est-à-dire  qu'ils  attachent  aux  palmiers  à 
dattes  les  fruits  des  palmiers  que  les  Grecs  appellent 
.mdlts  ;  l'insecte  qui  s'y  trouve  mûrit  le  gland  de  la  datte 
en  y  pénétrant,  l't  rempècbe  de  couler.  Les  palmiers 
mâles  portent  dans  leur  fruil  nu  insecte,  comme  les  li- 
gues   sauvages  qui  servent    a  la  caprifîcation.  » 

Pierius  Valerianus.  dont  il  a  été  cité  un  extrait  plus 
haut,  dit  (Les  Hicroijlyfw jues,  cUa.[).  x)  que  Jovien  Pon- 
lanus,  «  jierSonnage  de  mérite  nullement  menteur,  et 
quieust  rougi  d'escrire  des  fables  et  menteries  au  lieu 
d'vne  histoire  de  chose  cogneuè  à  tous  ceux  de  son 
temps  »,  a  composé,  sur  les  «  nopcos  »  des  palmiers  un 
poème  fort  élégant.  Il  n'en  donne  pas  le  texte  latin,  que 
l'on  peut  lire  dans  le  llierohotanicon  d'Olaus  Celsius 
(Upsal,  I7Vd.  2  vol.  in-12)  et  dans  VMhënéc  de  Lefebvre 
de  Villebrune  (en  note,  à  l'article  Palmier,  livre  II,  cha- 
pitre xxviii);  mais  voici  la  traduction  en  vim-s  faite  par 
■  lui: 

■(  A  Bi-ondizzo  verdu  vn  j.'ranil  ai-ljre  cslevé 
D'Iduiiii'C  veou  :  vn  avu-e  s'est  trouvé 
Près  (l"Oaanto,  tcnaïus  l'vn  place  masculine, 
L'avlre  faict  le  devoir  et  cliai-gc  féminine. 
Ces  arbres  ne  sont  cruz  en  mesme  lieu  tous  flous, 


II)  Ell'ectiveiucut.  ce  passage  n'existe  ni  dans  les  l'roblémes 
ni  dans  la  lie  (/es  animaux;  vovez  la  grande  érlilion  grecque- 
latine  de  Uidot  :  au  vol.  IV  {/•■/■a.(/;?!PH/«:,  on  dit  seulement 
qu'Aulu-Gelle  prétend  avoir  lu,  etc.,  et  l'on  cite  ensuity  le 
passage  grec  de  Plutarque. 


Aius  en  divers  endroits  de  grand'distance  entr'cux. 

Kt  sans  société  :  tous  les  deux  sans  fruictage 

Ont  demouré  longtemps,  sans   verdeur,  sans  feuillage. 

Mais  ayants  plus  au  loing  leurs  branches  estendu, 

El  dans  un  jilus  grand  air  largement  cspandù, 

.Si  que,  s'ontrevoyants,  le  luaslc  sa  femelle, 

La  femelle  son  masle,  vn  amour  mutuelle 

Les  veucis  altéra  doucement  de  tous  deux, 

Dont  ce  couple  d'amants  se  sentoit  langoureux. 

On  vid  bien-tost  après  (chose  tresadmirable) 

A  leurs  branches  se  pendre  un  fruiol  Iresagréable  ». 

Cette  jioésie  primitive  ne  vaut-elle  pas  mieux  —  au 
moins  au  point  de  vue  de  la  clarté,  —  cjut- celles  de  nos 
poétastros  décadents  d'aujourd'hui.  Ions  si  illustres,  et 
dont  les  vers  de  dix-huit  .-'i  vingt-ciu(|  ]iicds  n'ont  ni  syn- 
taxe, ni  sens,  ni  rime,  ni  raison '... 

Caste!,  dans  son  poème  dos  l'ianlef,  (clianl  I),  parle 
ainsi  de  cette  fécondation  : 

Mais  quel  nouveau  spectacle  !  un  insecte  léger 

Est  devenu  îles  (leurs  l'agile  message' . 

Deux  cpous,  l'cartés  par  un   destin  bizarre, 

Ne  peuvent-ils  franchir  le  lieu  qui  les  sépare? 

L'abeille,  en  voltigeant,  leur  porte  tour  à  tour 

Les  gages  désirés  d"un   mutuel  amour. 

L'homme  leur  prête  aussi  sa  moderne  industrie. 

Dans  les  brûlants  climats  où  la  palme  Hcurie 

.Semble,  en  penchant  la  tête,  appeler  son  amant, 

L'.Vrabe  prend  un  Ihyrse  au  palmier  fleurissant. 

Sur  elle  le  secoue,  et  revient  en  automne 

Cueillir  les  fruits  nombreux  que  cet  hymen  lui  donne. 

rielille,  dans  ses  Trois  règnes  de  la  nature,  chant  VI, 
s'exprime  ainsi  : 

Ces  amonrs,  ces  hymens  observés  par  nos  sages, 
Croit-on  qu'ils  aient  été  méconnus  dos  vieux  âges? 
Non  :  le  peuple  du  Nil  précéda  nos  savants; 
Lui-même  il  suppléait  à  l'haleine  des  vents  ; 
Lui-même,  à  leur  défaut,  sur  la  palme  stérile 
Secouait  les  rameaux  de  son  époux  fertile. 
Elle  besoin  avait  devancé  le  savoir. 
Le  même  art  dans  la  Grèce  exerça  son  pouvoir. 
Les  insectes  nourris  sur  le  figuier  sauvage, 
Du  figuier  domestique  approchant  le  feuillage, 
Faisaient  pleuvoir  sur  lui  ces  globules  féconds 
Duni  leur  trompe  en   volant  avait  saisi  les  dons. 

Disons,  en  passant,  que  les  dattes  étaient  au  nombre 
des  pelits  cadeaux  que  l'on  avait  coutume  de  se  laire  au 
renouvellement  de  l'année,  d'après  ce  que  dit  Martial 
(Epigranrmcs,  iiv.  XIII,  op.  xxviil)  : 

Aurea  porrigitur  Jani  euryota  Kalcndis  ; 
Sed  tamen  hoc  munus  pauperis  esse  solet. 

<-  On  oITre  des  dattes  dorées  aux  kalendes  de  janvier: 
encoH'  n'est-ce  souvent  que  le   présent  du  pauvre.  » 

Et  voyons  maintenant  ce  que  les  anciens  pensaient 
de  ce  fruit,  au  iioiut  de  vue  médical. 

Selon  Dioscorides  (les  six  livres  de  la  matière  médicale, 
Iiv.  I.  ch.  cxxiv),  «  le  palmier  nait  en  Egypte,  et  le 
temps  où  l'on  recueille  le  fruit  est  l'automne.  Ce  fruit  est 
semblable  au  mirobolan  de  l'Arabie,  et  on  le  nomme 
pomme;  il  est  vert  et  a  l'odeur  de  coing;  mais,  lorsqu'il 
est  bien  mùr,  on  le  nomme  phoinicobalanon.  Cl-  fruit, 
i|ui  se  recueille  à  moitié  mùr,  est  aigre  et  astrictif.  On 
le  boit  dans  du  vin  pour  faciliter  le  llux  du  ventre  et  les 
écoulements  mensuels.  Il  guérit  les  hémorrhoîdes,  et, 
en  emplâtre,  il  ralfermit  les  ulcères.  Les  phoïnicoliala- 
nons  frais  sont  plus  astrictifs  que  les  secs;  ils  occa- 
sionnent des  douleurs  de  tête,  et  enivrent  quand  on  en 
mange  trop.  L'usage  îles  idioinicobalanons  est  bon  encore 
pour  les  crachements  de  sang,  le  vomissement  de  la 
viande  cl  la  dyssenterie.  Ils  agissent  bien  mêlés  dans  un 


286 


LE     NATURALISTt 


emplâtre  avec  dos  coings,  dans  les  douleurs  de  la  vessie. 
Mangées  telles  ([uelles,  les  dattes  adoucissent  l'àpreté 
du  gosier.  La  décoction  des  dattes  thébaïques,  bue.  calme 
la  chaleur  des  fièvres  continuelles  ;  bue  avec  de  la  vieille 
eau  miellée,  elle  redonne  des  forces.  On  les  mange  aussi 
avec  de  la  viande  ;  on  en  fait  du  vin,  efficace  dans  bien 
des  cas.  Les  noyaux  de  dattes,  brûlés  comme  tous  les 
autres  noyaux,  dans  un  vase  de  terre  et  m.ouillés  de  vin, 
peuvent  être  utilisés  pour  les  maux  d'yeux,  etc.). 

Serenus  Sammonicus  (De  medicina  prxcepta,  v.  327) 
dit,  de  son  côté  : 

Prodcrit  hoc  stomacho,  rictus  et  concoquet  cscas, 
Grana  peregrini  piperis  difiindito  quinque, 
Nicolao  (1)  molli  quje  manc  inserta  capesses. 

n  Ceci  fera  du  bien  à  l'estomac  et  facilitera  la  diges- 
tion :  mange,  le  matin,  une  datte  où  tu  auras  introduit 
cinq  grains  de  poivre  fendus.  » 

Oribase  (Des  médicaments  externes,  ch.  xl)  décrit  ainsi 
le  cataplasme  de  dattes  :  «  On  arrose  d'un  peu  de  vin  des 
dattes  palÉles,  et  on  y  ajoute  de  la  poudre  d'alphiton  ; 
c'est  là  un  topique  pour  l'orifice  de  l'estomac,  quand  il  y 
a  de  l'anxiété  dans  cette  région.  Si  l'on  n'a  pas  à  sa  dis- 
position de  pareilles  dattes,  mais  qu'on  en  possède  de 
plus  grasses,  on  y  fait  de  petites  incisions  et  on  les 
trempe  dans  du  vin  jusqu'à  ce  qu'elles  en  soient  saturées; 
on  les  pile  et  on  les  triture,  puis  on  y  ajoute  de  la  poudre 
d'alphiton,  et  l'on  obtient  un  cataplasme  pour  le  cas 
mentionné  plus  haut.  S'il  y  a,  en  même  temps,  quelque 
inflammation  aux  hypocondres,  on  obtient  un  cataplasme 
éminemment  bon;  mais,  dans  ce  cas,  on  fait  bouillir  les 
dattes  avec  un  peu  de  miel,  et  l'on  jette  dessus  de  la 
graine  de  lin  triturée.  » 

Oribase  donne  encore  les  formules  de  deux  autres  cata- 
plasmes. 

Ibn-el-Beïthar  cite  les  auteurs  ci-après  : 

«Ibn-Massouîh.  —  Les  dattes  dures  tonifient  l'esto- 
mac et  resserrent  le  ventre.  Cette  action  est  encore  plus 
prononcée  chez  les  dattes  molles.  Les  dattes  gâtent  les 
dents.  —  Razès,  dans  son  Traité  des  coirectifs  des  ali- 
ments :  Les  dattes  échauffent  le  corps  et  le  dévelo])pent. 
Elles  fournissent  un  aliment  grossier  et  fétide.  Elles  sont 
nuisibles  aux  engorgements  du  foie  et  de  la  rate;  elles 
ne  valent  rien  au  foie,  au  poumon  ni  aux  intestins.  Elles 
provoquent  de  la  céphalalgie  et  de  l'ophtalmie,  relâchent 
les  articulations  et  déterminent  de  la  lassitude.  Il  faut 
s'abstenir  d'en  faire  un  usage  habituel,  ou  d'en  user 
copieusement,  dans  les  cas  de  tendance  à  la  céphalalgie, 
à  l'ophthalmie,  aux  aphtes,  aux  angines,  aux  maladies 
des  gencives  et  des  dents,  etc.,  etc.  —  Galien  (Des  ali- 
ments) :  Quant  à  la  datte  fraîche,  elle  est  plus  nuisible 
que  les  autres.  Elle  engendre  du  gonflement  dans  le  corps, 
ainsi  que  le  fait  la  figue  fraîche.  Il  en  est  de  la  datte 
fraîche,  relativement  à  la  datte  sèche,  comme  de  la  figue 
fraîche  comparée  à  la  sèche.  Dans  les  pays  qui  ne  sont 
pas  chauds,  la  datte  ne  saurait  mijrir  complètement,  de 
telle  sorte  qu'on  ne  peut  la  sécher  et  la  conserver  — 
Abou  Hanifa  :  Quand  les  (leurs  contenues  dans  les 
spathes  du  palmier  commencent  à  donner  (|uelque  chose 
de  vert,  c'est  là  ce  (ju'on  appelle  halali ,  qui  n'est  autre 
Chose  pour  le  palmier  que  ce  qu'est  le   verjus  pour  la 

(1)  Le  nom  de  Nicolai  fut  donné  aux  dattes  de  Syrie  et  à 
des  gâteaux  faits  de  ces  dattes,  parce  que  le  philosophe  Nico- 
las, de  Damas,  est  le  premier  qui  en  ail  envoyé  à  Rome,  du 
temps  d'.\uguste. 


vigne.  On  prétend  que  le  vui  qui  s'en  fait  surpasse  en 
bou(iuet  tous  les  autres  vins.  —  Avicenne  :  Les  dattes 
occasionnent  des  obstructions  de  foie.  Leur  abus 
engendre  dans  l'abdomen  des  humeurs  grossières  et 
provoque  l'écoulement  de  l'urine.  —  Le  Chérif:  L'usage 
prolongé  des  dattes  suspend  les  tumeurs  de  la  lèpre  tu- 
berculeuse et  convient  dans  cette  affection.  Elles  pro- 
voquent la  sécrétion  du  lait,  etc.  » 

L'abbesse  Sainte-Hildegarde  (De  arboribus,  lib.  III, 
cap.  LXI)  dit  :  «  La  datte  est  chaude  et  humide;  celui  qui 
souffre  de  la  pleurésie  doit  exprimer  le  jus  de  l'écorce, 
du  bois  et  des  feuilles,  et  le  boire  souvent  dans  du  vin 
chaud  ;  il  s'en  trouvera  bien  et  sera  promptement  guéri. 
Qu'il  mange  souvent  des  dattes,  et  son  mal  disparaîtra. 

<c  Que  celui  qui  est  phrénétique  fasse  cuire  dans  de 
l'eau  du  bois  et  des  feuilles  du  palmier,  et  s'en  mette 
souvent  sur  la  tète  ;  il  retrouvera  tout  son  bon  sens. 

«  Si  l'on  mange  la  datte  cuite,  elle  jirofite  absolument 
comme  le  pain;  mais  elle  charge  l'estomac.  » 

E.  Santini  de  Riols. 


PUBLICATION   D'UNE  FAUNE  DE  LA  ROUMANIE 


Le  numéro  juillet-août  du  Bulletin  de  la  Société  des 
Sciences  de  Bucarest  consacre  un  article  à  un  important 
travail,  commencé  par  M.  le  D'  Jaquet,  et  ayant  pour  objet  la 
publication  d'une  faune  de  la  Roumanie. 

La  Roumanie,  cette  contrée  presque  totalement  inconnue 
au  point  do  vue  zoologique,  renferme  une  richesse  incompa- 
rable d'animaux  inférieurs.  Les  conditions  les  plus  diverses 
propres  au  développement  des  formes  les  plus  variées  se 
trouvent  réunies  dans  ce  pays  qui  couvre  une  superficie  de 
un  peu  plus  de  douze  mille  hectares.  Les  montagnes,  les  pla- 
teaux, les  vallées  et  les  hautes  collines  des  Alpes  de  Transyl- 
vanie et  des  Carpathes  de  Moldavie  abritent  leurs  animaux 
spéciaux.  La  plaine  roumaine,  cette  vaste  étendue  limitée  au 
sud  et  à  l'est  par  le  Danube,  n'est  pas  moins  riche  que  la 
région  montagneuse;  les  espèces  les  plus  variées  s'y  rencon- 
trent dans  les  milieux  les  plus  ditïérents,  tels  que  cours  d'eau, 
lacs  d'eau  douce,  d'eau  saumàtre,  d'eau  salée.  Enfin  la  Do- 
broudja,  importante  bande  de  terre  comprise  entre  le  Danube 
et  la  mer  Noire,  n'est  pas  sans  intérêt  au  point  de  vue  zoolo- 
gique. Ses  marais  à  perte  de  vue,  ses  collines,  ses  forèls,  en 
font  le  rendez-vous  d'un  nombre  incalculalde  d'Inverléljrés. 
La  mer  Noire,  moins  salée  que  la  Méditerranée,  fournira  aussi 
son  contingent  de  matériel  destiné  à  servir  de  base  à  l'étude 
de  la  faune  roumaine. 

Comme  on  le  voit,  le  pays  réunit,  sur  une  surface  relative- 
ment restreinte,  toutes  les  conditions  nécessaires  à  l'évolution 
vitale  dans  les  directions  les  plus  diverses.  En  outre,  grâce  à 
ses  frontières  naturelles,  Alpes  de  Transylvanie,  Carpathes, 
Dantlbe,  Pruth  et  mer  Noire,  la  Roumanie  constitue  un  centre 
bien  délimité  au  lîoint  de  vue  des  frontières  zoologiques. 

Le  plan  du  travail  de  M.  le  D'  Jaquet  a  été  conçu  dans  de 
vastes  limites  et,  pour  mener  cet  ouvrage  à  bien,  ainsi  que 
pour  en  déterminer  une  prompte  exécution,  l'auteur  s'est 
assuré  le  concours  de  plusieurs  spécialistes  émérites,  choisis 
dans  tous  les  pays  de  l'Europe.  Plusieurs  de  ces  savants  ont 
déjà  reçu  des  envois  d'animaux  à  déterminer  et  le  Bulletin 
des  Sciences  de  Bucarest  a  publié  les  premières  données  de 
ce  tout  destiné  à  combler  une  lacune  encore  béante  de  la 
faune  européenne. 


LE     NATURALISTE 


287 


NOTE  SUR  UN  CAS  TÉRATOLOGIQUE 
OBSERVÉ    SUR    UN    &RAra    PRIONIEI 


Dans  le  Naturaliste  n"  173  du  i:i  mai  ISOi-,  j'ai  eu  l'oc- 
casion (1(1  figurer  un  liol  cxomiilairc  de  Ctenoxcelis  pi'é- 
sontanl  une  curieuse  atrophie  de  l'antenne  droite,  la- 
quelle était  extrêmement  courte  et  se  trouvait  réduite  à 
8  articles  assez  mal  conformés. 

Le  Xixuthrus  que  je  reproduis  ici  d'après  nature, 
n'est  pas  moins  curieux.  L'antenne  droite  est  également 
atropliiée,  mais  cette  atrophie  [n'alVecte  que  la  longueur 


Xi.riithriis   Hiifo.  Anormal, 
té  gauche  semble  tenir  d'un  mile;  le  cûto  droit,  d'une  femelle. 
Grandeur  uaturelle. 

de  l'organe  ;  les  articles  sont  au  complet  (11),  ils  sont  fort 
bien  venus  et  leur  longueur  réciproque  est  parfaitement 
normale. 

Peut-être  y  a-t-il  là  tendance  à  hermaphrodisme  !  ? 

Par  contre,  la  patte  antérieure  et  la  patte  médiane  du 
côté  droit  sont  complètement  rabougries  et  leurs  tarses, 
surtout  ceux  de  la  patte  médiane,  offrent  trace  d'un  vé- 
ritable rachitisme.  Cette  dernière  patte  surtout  est  mal 
articulée  et  il  est  vraisemblable  que  la  démarche  de  l'in- 
secte devait  en  être  considérablement  modifiée. 

Ce  curieux  spécimen  a  été  reçu  tout  récemment 
d'Amboine  par  MM.  Les  Fils  d'Emile  DeyroUe  au  milieu 
d'un  certain  nombre  d'insectes  de  la  même  espèce,  tous 
bien  développés. 

Louis  Pl.\net. 


DESCRIPTION  m  COLÉOPTÈRE  NOUVEAU 


Metopodontus  Pla.n'eti,  n.  sp. 

c''  Longueur  totale,  mandibules    incluses 45,(1  mm. 

Longueur  des  mandiljules 12, ti     

Largeur  masima,  à   la  této 13,5    

D'un  brun  jaune  clair,  nuancé  de  brun  foncé  rouge.'itre  et 
de  noir. 

Mandibules  d'un  brun  presque  noir,  tète  brun  rougeâtre 
passant  au  noir  sur  le  bord  frontal  et  les  joues.  Corselet  cou- 
leur de  buis,  finement  bordé  do  noir  et  portant  deux  petites 
macules  en  l'orme  de  croissant  vers  les  angles  postérieurs; 
partie  antérieure  et  disque  couverts  par  une  large  tache  brune 
qui  rejoint  !a  bordure  [lostérieure,  elle  est  plus  foncée  en 
avant  et  diminue  peu  à  peu  d'intensité  vers  les  bords. 

Ecusson  brun,  bordé  de  noir.  Elytres  jaunâtres,  finement 
bordées  de  noir  à  la  base  et  sur  les  côtés,  suture  plus  large- 
ment bordée  de  noir. 

Partie  inférieure  d'un  brun  nuancé  de  noir  avec,  sur  le 
mésothorax,  deux  larges  taches  trapézoïdales  do  la  couleur  des 
élytrcs  séparées  par  un  espace  triangulaire  médian  noir. 
Epipleures  des  élytres  noires.  Pattes  d'un  brun  rougeâtre 
nuancé  de  noir,  avec  une  macule  rouge  châtain  sur  les  faces 
supérieures  et  inférieures  des  fémurs. 

Tète  forte,  finement  granuleuse,  échancréc  antérieurement: 
labre  petit,  excavé;  yeux  gros,  saillants,  à  demi  divisés  parles 
canthus.  La  surface  supérieure  présente,  en  avant,  un  espace 
triangulaire  faiblement  excavé,  limité  par  deux  sortes  de 
carènes  très  émoussées  qui  convergent  en  arriére.  Les  joues 
sont  armées  d'une  forte  saillie  derrière  les  yeux. 

Mandibules  droites,  dépolies,  à  peine  courbées  vers  l'extré- 


Metopoclonlus  l'ianeli,  espèce  nouvelle. 

mité,  aplanies  supérieurement,  armées  vers  la  base  d'une  dent 
conique  assez  forte,  légèrement  inclinée  vers  l'avant,  d'une 
dent  presque  égale  un  peu  au  delà  du  milieu  et  de  trois  petites 
dents  coniques  près  de  la  pointe  terminale,  qui  est  simple  et 
aiguë. 

Antennes  assez  courtes,  scape  aplati,  fouet  formé  de  cinq 
articles  normaux,  d'un  sixième  portant  une  pointe  latérale  et 
de  trois  articles  élargis  et  spongieux. 

Menton  petit,  arrondi,  relevé  sur  le  bord  antérieur;  gorge 
et  joues  finement  granuleuses.  Prothorax  bombé,  étroi'.ement 
bordé,  très  finement  granuleux  ;  angles  antérieurs  arrondis, 
angles  postérieurs  brièvement  tronqués,  bords  latéraux  et 
postérieurs  sinueux. 

Ecusson  ogival  arrondi,  moyen. 

Elytres  longues,  presque  parallèles,  assez  brusquement  arron- 
dies et  un  peu  sinueuses  à  l'extrémité  ;  elles  sont  légèrement 


288 


LE     NATURALISTE 


ponctuées,  d'un  aspect  plutôt  soyeux  que  brillant,  et  portent 
quelques  stries  longitudinales  très  faibles  et  pou  visibles. 

Partie  inférieure  du  prothorax  finement  granuleuse,  pro- 
sternum portant  un  tubercule  conique,  court  et  émoussé  ; 
mésosternum  non  saillant,  mésothorax  lincmcnt  ponctué  sur 
les  côtés  et  portant  au  milieu,  sur  la  partie  noire,  des  poinis 
enfoncés  assez  gros,  segments  abdominaux  ponctués,  légère- 
ment pubescents. 

Fémurs  dépolis  à  la  base,  ensuite  lisses  avec  des  points 
épars,  tibias  dépolis,  tous  inermes;  tarses  fortement  soyeux  en 
dessous. 

La  nouvelle  espèce,  dont  je  ne  possède  qu'un  màlc  d'assez 
grand  développement,  provenant  du  Congo  français,  est  très 
distincte  par  sa  forme  et  sa  couleur,  et  ne  peut  être  confondue 
avec  les  autres  cladognathides  africains,  elle  fait  partie  du 
deuxième  groupe  des  Métopodontus  et  doit  être  placée  non 
loin  du  M.  occijiilalis,  Hope. 

C'est  avec  beaucouj)  de  plaisir  que  je  dédie  cet  élégant 
insecte  à  mon  ami  et  collègue  M.  Louis  Planct,  dont  le  beau 
travail  monographique  sur  les  Lucanes  et  Pseudolucanes, 
après  avoir  paru  dans  le  Xatufaiiste,  vient  d'être  publié  en  un 
volume  qui  comprend  les  Pseudolucanes  du  globe  et  les 
Lucanes  européens,  et  forme  ainsi  la  première  partie  d'un 
important  ouvrage  dont  la  suite  doit  comprendre  les  Lucanes 
asiatiques  et  américains. 

H.    BOILEAU. 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Comme  suite  à  sacommunicationprécédente  (1 1  surlerenver- 
sement  du  courant  respiratoire  chez  les  décapodes,  M.  Georges 
Bohn  montre  que  le  fait  semble  absolument  général  dans  ce 
groupe  de  crustacés.  La  fréquence  des  inversions  varie  peu 
d'un  type  à  l'autre,  il  y  en  a  le  plus  souvent  deux  par  minute 
et,  chez  une  mémo  espèce,  le  nombre  parait  diminuer  àmesure 
que  la  taille  croit;  la  durée  des  inversions  est  souvent  très 
courte,  un  centième  de  minute  environ;  mais,  chez  un  certain 
nombre  d'espèces,  connue  le  Carcinus  Mœnas,  elle  peut  être 
bien  plus  considérable. 

M.  Georges  Bohn  étudie  aussi  le  parallélisme  qui  semble 
exister  entre  le  renversement  du  courant  respiratoire  et  la 
présence  des  parasites  branchiaux  des  décapodes  (Eutonis- 
ciens,  Cépon,  Bopy{ es  proprement  dits  etquelqucs  copopodes), 
renversement  qui  d'ailleurs  semble  avoir  des  inconvénients  et 
des  avantages  pour  le  parasite. 

Les  Dorippidés  sont  des  Crabes  qui  habitent  pour  la  plu- 
part les  profondeurs  plus  ou  moins  grandes  des  océans.  Leur 
nombre  est  actuellenieut  de  60  espèces  comprises  dans 
9  genres;  M.  E.  L  Bouvier,  ayant  eu  à  sa  disposition  la  plus 
grande  partie  de  ces  formes,  a  pensé  qu'il  serait  utile  d'en  tirer 
parti  pour  liser  les  origines  et  l'évolution  de  la  famille.  Si  les 
Dromidés  se  placent  au  premier  rang  parmi  les  crabes  et  rat- 
tachent ces  derniers  aux  macroures  du  groupe  des  homards, 
les  Dorippidés  viennent  immédiatement  ensuite  et  doivent  être 
considérés  comme  des  Uromidés  modifiés.  Ce  fait  est  aujour- 
d'hui admis  sans  conteste  par  le  plus  grand  nombi-c  des  zoolo- 
gistes ;  mais  c'est  tout  ce  que  l'on  sait  sur  l'origine  de  la 
famille  et  personne  n'a  fixé  jusqu'ici,  avec  jdus  de  jn-ècision, 
son  vrai  point  de  départ. 

Les  Drumidés  comprennent  trois  sous-familles  fort  distinctes 
(Honioliens,  Dron]iens,Dynoméniens),  et  l'on  est  en  droit  de  se 
demander  quelle  est,  de  ces  trois  sous-familles,  celle  dont 
sont  issus  les  Dorippidés.  Suivant  les  observations  de  M.  E.  L. 
Bouvier,  les  Doriiqjidés  se  rattachent  aux  Dromidés  de  la 
sous-famille  des  Dynoméniens  comme  les  Dynoméniens  primi- 
tifs (Acanthodroniia  Dynoniene  Ursula,  etc.)  ;  les  Dorippidés 
ont  pris  naissance  dans  la  mer  des  Antilles  et  dans  les  parties 
voisines  du  Pacifique,  cl  une  époque  où  l'isllnne  de  Panama 
n'avait  pas  encore  surgi  du  fond  de  l'eau. 

Le  genre  Cténodrilus  a  été  étudié  surtout  jiar  Ivennel  et  par 
Zeppelin.  Ces  auteurs  et  api'ès  eux  la  plupart  des  zoologistes 
l'ont  considéré  comme  une  forme  très  primitive  et  l'ont  rangé 
dans  les  Archianiélides.  D'autres  l'ont  placé  à  la  base  des 
Oligochètes.  Or  les  faits  déjà  connus  et  les  documents  nou- 
veaux que  MJNL  P.  Mcsnil  et  M.  Caullery  ont  recueillis  sur 
l'Embryogénie  de  Dodécaceria  Coucharum  (Oerstcd)  leur  pa- 
raissent de  nature  à  assigner  à  Cténodrilus  une  position  sys- 

(1)  Séance  du  11  octobre  1897. 


tématique  plus  précise  et  assez  difl'érentc  de  celles  précédem- 
ment proposées.  Suivant  ces  auteurs,  Cténodrilus  serait  en 
effet  un  cirrtitulicn,  probablement  simplifié  par  régression. 

La  circulation  des  Aniph.cténicns  déjà  étudiée  par  Pallas, 
Rathke,  Claparède  et  plus  récemment  par  A.  Wiren,  a  fait 
l'objet  de  quelques  observations  intércssanles  de  M.  F  Fau- 
vel  Claparède  avait  nié  l'existence  de  vaisseaux  dans  les  ten- 
tacules de  ces  annélides.  C'estune  erreur  facilement  réfutable, 
car  les  vaisseaux  sont  aussi  visibles  sur  les  animaux  vivants 
que  sur  les  coupes.  MM.  F.  Mesnil  et  M.  Caullery  ont  eu  l'oc- 
casion d'observer,  dans  le  cours  de  leurs  études  sur  lesSpioni- 
diens  des  côtes  de  la  Hague,  la  présence  d'un  organisnte  nou- 
veau parasite  des  Grégarines.  Les  auteurs  proposent  pour  ce 
parasite  le  nom  générique  de  Melchriikovella;  il  ne  semble 
avoir  d'allinités  bien  précises  avec  aucun  des  groupes  particu- 
liers d'organismes  inférieurs. 

M.  Viguier  a  pu  observer  la  plupart  des  phases  du  dévelop- 
pement de  la  Tethys  fimbriata,  dejiuis  le  début  de  la  segmenta- 
tion de  l'œuf  jusqu'au  stade  véligèro  avancé;  dans  une  note  à 
l'Académie,  il  décrit  les  phénomènes  de  la  segmentation  dans 
ses  débuts. 

En  botanique,  M.  J.  Léger  a  étudié  la  différenciation  et  le 
développement  des  éléments  libériens  et  M.  G.  Chauveaud 
décrit  l'évolution  des  tubes  criblés  primaires  qui  se  produisent 
durant  une  phase  de  différenciation  maximum  ayant  une  durée 
très  courte  ;  il  indique  un  procédé  technique  très  parfait  pour 
faire  cette  étude  (Traitement  des  cou]jes  par  l'hypochrorite  de 
soude  et  après  lavage  à  l'eau  acidulée  par  l'acide  acétique;  co- 
loration au  brun  Bismarck). 

La  jjhysiologie  végétale  nous  offre  quelques  notes  intéres- 
santes :  c'est  d'abord  une  note  de  M.  Molliard  sur  la  détermi- 
nation du  sexe  chez  le  chanvre.  Les  expériences  de  l'auteur 
semblent  montrer  que  le  milieu  peut  agir  sur  la  détermination 
du  sexe  du  chanvre,  à  partir  de  la  graine;  que,  contrairement 
à  la  théorie  actuellement  admise,  la  transformation  des  fleurs 
mâles  en  fleurs  femelles  s'opère,  en  ce  cas,  dans  des  conditions 
désavantageuses  pour  le  développement  de  lappared  végéta- 
tif. 

C'est  encore  une  observation  du  même  genre  que  nous  de- 
vons à  M.  Dassonville  sur  l'action  des  sels  minéraux  sur  la 
forme  et  la  structure  du  lupin  (1). 

Outre  les  faits  précédents  indiquant  nettement  une  action 
causée  par  le  milieu  chimique  sur  la  difl'érenciation  des  végé- 
taux, il.  Julien  Ray  nous  montre  une  action  analogue  causée 
par  un  agent  physique,  l'action  de  la  pesanteur  sur  la  crois- 
sance des  champignons  inférieurs. 

M.  Jules  Welsch,  ayant  eu  l'occasinn  d'étudier  la  formation 
crétacée  des  environs  de  Saumur  (Maine-et-Loire)  et  les 
couches  lacustres  éocénes  qu'elle  supporte,  pense  pouvoir  assi- 
gner aux  sables  et  grès  à  Sabalites  Andegavensis  une  origine 
marine  ;  ils  appartiennent  au  crétacé  supérieur  et  non  pas  à  l'é- 
poque tertiaire,  comme  on  le  pensait  généralement. 

Les  recherches  que  le  Muséum  de  Lyon  continue  d'opérer 
dans  les  argiles  de  la  Grive-Saint-Alban  viennent  de  mettre 
au  jour  des  ossements  nouveaux. d'une  grande  rareté.  Il  s'agit 
do  la  découverte  d'un  ptéropidé  miocène,  sorte  de  grande 
chauve-souris  V(nsine  des  Roussettes  d'Egypte. 

Signalons  enfin  une  note  de  M.  Albert  Gandry  sur  la  denti- 
tion des  ancêtres  des  Tapirs  et  le  compte  rendu  l'ait  par  le 
même  auteur  du  congrès  géologique  international  de  Saint- 
Pétersbourg,  congrès  qui,  suivant  les  expressions  de  M.  Al- 
bert Gandry,  a  ])rouvé  encore  une  lois  de  plus  qu'au  point  de 
vue  scientilique  comme  au  point  de  vue  matériel,  la  Russie 
prend  un  immense  essor.  Le  prochain  congrès  se  tiendra  à 
Pai-is  en  1900  et  on  ne  lient  se  dissimuler  que  nous  aurons 
beaucoup  de  peine  à  égaler  ce  qui  a  été  fait  à  Saint-Péters- 
bourg. 

A.  Euii.   Malaru. 


ILLÏÏSTEATIOIES  PL  ANTAMI 

EUROPE    RARIORUM 
Autore    G.   ROUY 


Diagnoses  des  plantes  rares  ou  rarissimes  de  la  flore  euro- 
péenne accompagnée  de  planches  représentant  toutes  les  es- 
pèces décrites.  Reproduction  photographique  des  exemplaires 

(1)  Séance  du  15  novembre. 


LE     NATURALISTE 


289 


existant  dans  les  grandes  collections  botaniques  et  notamment 
dans  l'Herbier  Rony. 

Fascicule  IV  (I8!l"j).  —  Huit  pages  de  texte  in-4'',  p.  2u-:i2,  et 
25  iilanches  phoiograpliiées  21  x  27.  Prix  :  50  francs.  Paris, 
chez  I.cs  Fils  d'Emile  Deyrolle,  éditeurs,  -46,  rue  du  Bac. 

L'importance  des  publications  entreprises  par  M.  G.  Rony 
et  continuées  par  lui  avec  une  persévérante  régularité  l'ont 
classé  au  premier  rang  des  Aoristes  français.  Ku  même  temps 
que  la  Flore  de  France,  ilont  un  volume  parait  ponctuellement 
chaque  année  (1),  les  lll.uxlralhmes  planlaruni  Europx  rcirio- 
viiin  continuent  à  nous  faire  connaître  les  raretés  de  la  flore 
d'Europe,  dont  M.  Kouy  puise  jursque  tous  les  types  dans  le  riche 
écrin  de  son  herbier,  sans  cesse  accru  par  ses  noiLibreux  voyages 
et  les  échanges  précieux  de  ses  correspondants  comprenant  à 
peu  prés  tous  les  botanistes  d'Europe  les  plus  sérieux  et  les 
plus  renommés.  A  dilï-rcntes  reprises  déjà,  j'ai  eu  le  plaisir, 
par  une  analyse  sommaire  de  ses  albums  photographiques, 
dont  l'exécution  est  de  plus  en  plus  soignée  et  parfaite,  d'in- 
sister sur  le  choix  des  espèces,  la  plupart  nouvelles  ou  peu 
connues,  parcimonieusement  répandues  dans  quelques  her- 
biers privilégiés,  et  (pm  M  Rouy  rend  accessibles  à  tous.  Le 
bassin  méditerranéen  en  fournit  le  principal  contingent;  mais 
c'est  aussi,  de  toute  l'Europe,  le  domaine  végétal  le  plus  riche 
en  espèces  ou  formes  spéciales,  soit  dans  la  péninsule  Ibé- 
rique dont  M.  Rouy  connaît  si  bien  la  flore  tant  par  ses  ex- 
cursions que  par  ses  publications  antérieures  (2),  soit  dans  sa 
partie  orientale,  Balkans,  (jréce.  Archipel,  etc.,  dont  chaque 
district  montagneux,  chaque  île,  semble  constituer  un  centre 
disjoint  de  végétation  (Tchihatchell'),  et  fournit  des  espèces  ou 
formes  végétales  spéciales,  à  dispersion  très  limitée,  parfois  à 
localité  unique.  La  plupart  de  ces  plantes,  il  est  vrai,  ne  peu- 
vent guère  être  considérées  aujourd'hui  que  comme  des  sous- 
espèces,  des  races  régionales  ou  locales,  les  unes  fixées,  les 
autres  en  voie  d'évolution,  parfois  de  simples  formes  ou  va- 
riétés; mais,  pour  en  apprécier  la  valeur,  il  faut  d'abord  les 
bien  connaître,  et  il  sera  toujours  temps,  dans  un  ouvratre 
systématique,  de  1rs  subordonner  les  unes  aux  autres,  suivant 
la  méthode  naturelle  et  rationnelle  appliquée  par  les  savants 
auteurs  de  la  Flore  de  France.  Les  analyses  raisonnées,  que 
j'ai  publiées,  des  trois  premiers  fascicules  des  lUusIra- 
tiones  (3),  ayant  intéressé  plusieurs  botanistes,  ainsi  mis  au 
courant  de  la  publication  et  édifiés  sur  le  sujet  de  chaque 
planche,  j'ai  été  encouragé  à  continuer  les  comptes  rendus 
des  fascicules  suivants. 

Fasciculk  IV.  —  LXXVI.  X  Ranuxculus  aco.mtoides  (DC.) 
Rouy  [R.  aconilifutitis  x  r/ladalis)  ;  rare  hybride,  découvert 
par  Thomas,  en  18IS,  au  Grand-Saint- l'ernard,  au  milieu  des 
parents;  retrouvé  à  la  même  localité,  en  1889,  par  MM.  Besse 
et  Woltl  et  parce  dernier  sur  deux  autres  points  du  Vabiis, 
montagnes  de  Lens  et  Thyon  (H.  Jaccard,  Calai,  fl.  Valais. 
(181)'>  ,  p.  1.)  A  rechercher  dans  nos  Alpes  françaises,  où  il  a 
de  grandes  chances  d'être  rencontré.  — ^LXXVII.  Hellehorus 
CïcLOi'iivLLUs  Boiss.,  Spécial  aux  hautes  montagnes  de  la 
Grèce,  et  qui,  très  voisin  d'W.  V'ridis  L.,  semble  établir  une 
transition  entre  cette  espèce  et  H.  Orientalis  Lam.  —  LXXVIII. 
Chelidoxilm  majl's  L.  var.  fumarifolium  (DC.)  R.  et  F.,  très 
curieuse  variété,  signalée  il  y  a  plus  de  deux  siècles  par  Mo- 
rison  (1680),  retrouvée  seulement  en  1892,  et  en  un  exem])laire 
unique,  dont  la  planche  LXXX'III  représente  un  fragment, 
par  Barthès,  à  Sorèze  (Tarn).  Plus  récemment.  M.  Jeanpert 
l'a  retrouvée  à  \'crsaillcs,  et  M.  E.  lioze,  qui  l'a  cultivée  et 
étudiée  pendant  idusieurs  années,  lui  a  consacré  un  article 
{Journal  de  bo!.  de  Murot,  )895;.,  dans  lequel  il  rattache  cette 
variété  à  Ch.  luciniatum  Mill.  considéré  comme  espèce  dis- 
tincte de  Cil.  maja.s  L.  J'ai,  à  mon  tour,  observé  cette  variété 
à  Autun  {1S9j-1SU7),  en  assez  grande  abondance  pour  la  ré- 
colter et  la  distribuer  dans  les  exsiccata  de  la  Sociélc  pour 
l'étude  de  la  flore  franco-helvéiigiie  (189"/),  et  mes  observa- 
tions, tout  en  conlirmant  celles  de  M.  Itoze.  m'ont  amené  ce- 
pendant à  rattacher,  conmic  MM.  Rouy  et  Foucaud,  le  C.  la- 
cinialum  Mill.  et  sa.  y^viéié  fainarif'olium,  au  type  C.  majus  L. 

(1)  Flore  de  France  ou  description  des  plantes  qui  croissent 
spontanément  en  France,  en  Corse  et  en  Alsace-Lorraiue, 
par  MM.  G.  Rouy  et  J.  Foucaud,  t.  I  (1S94);  t.  II  (1895);  t.  III 
(1896);  t.  IV  (1897). 

(2)  Voyez  à  ce  sujet  :  D'  Gillot.  La  Flore  d'Espagne;  Voj/ar/es 
de  il.  lioui/  en  lispur/ne  (1S79-1883)  in  Revue  de  botanique,  ill 
.1881).  p     i-12. 

(3)  l.e  Xaltiralisle,  IV  année,  2»  série,  n»  197  (15  mai  1895). 
p.  122-  —  Ibid.,  n»  213  (15  janvier  1896).  p.  27.  —  Ibid.,  n»  222 
tl"  juin  18961,  p.  131. 


qui  reste  la  seule  espèce  légitime.  —  LXXIX.  Petrocoptis 
cuASsiFOLiA  Rouy,  distingué  par  l'auteur  des  /*.  Pi/renaica  A. 
Br.  et  /'.  Lanascn:  Willk.,  trouvé  par  lui  à  Bielsa  (Espagne),  et 
à  rechercher  dans  nos  Pyrénées  françaises  (R.  et  F.  FI.  de  Fr. 
III,  p.  93,  obs.).  —  LXXX.  Sn.KNE  uRACiiYfODA  Rouy  (R.  et  F. 
FI.  de  Fr.  III,  p.  lia),  voisin  de  S.  nutans  L.,  auquel  on 
devra  probablement  le  rattacljcr  comme  sous-espècc  propre  à 
la  région  méditerranéenne,  où    le  S.  nutans  type  parait  rare. 

—  LXXXl.  Ononis  pyrenaica  Willk.  et  Costa,  que  M.  liouy 
est  porté  à  considérer  comme  une  simple  forme  parvirtore 
d'O.  Natri.r  L.,  et  dont  les  stations  du  versant  méridional  des 
Pyrénjcs  centrales  sont  jusqu'ici  exclusivement  espagnoles, 
mais  bien  près  do  nos  limiies  françaises.  —  LXX.KII.  X  Geum 
Rillielii  Gillot  (G.  monlanum  X  virale],  dédié  à  mon  ami 
P.  Billiet,  de  Clermont-Forrand,  et  dont  l'origine  hybride  ne 
lait  pas  de  doutes,  et  qui  semble  susceptible  de  se  fixer  par  la 
culture  (Cf.  Gillot,  Bull.  soc.  bot.  Fr.  XXXIII  (1886),  p.  548. 

—  LXXXIII.  RosA  ALPicOLA  Uouy,  forme  très  curieuse  et 
très  distincte  de  Rosier,  dont  la  classification  a  fort  intrigué 
M.  Rouy,  qui  l'a  d'abord  regardé  comme  un  hybride,  R.  alpino- 
minula\l!iill.  soc.  bol.  Fr.  XXII  (lS7i),  p.  29.5),  puis  ensuite, 
mais  non  sans  réserves,  comme  une  espèce  distincte  {Suites  a 
la  fl.  de  Fr.  I,  p.  85),  ou  tout  au  moins  un  bâtard  héréditaire. 
M  Crépin,  Etudes  sur  les  lioses  hybrides  (1894),  sembb;  avoir 
ignoré  ce  Rosier,  dont  le  pori,  d'après  la  planche  des  Illustra- 
tiones,  me  rappelle  absolument  celui  des  petits  exemplaires  de 
R.  minuta  Bor.,  que  j'ai  observés  ;'i  la  Grave.  Si  donc  on  con- 
sidère la  rareté  de  ce  Rosier  dont  il  n'existe  que  quatre  exem- 
plaires, la  coexistance  dans  cette  région  de  l'Isère  des  parents 
supposés,  et  la  grande  variabilité  des  formes  spontanées  ou 
hybrides  dans  le  genre  Kosn,  je  serais  tout  à  fait  porté  à  consi- 
dérer comme  bien  fondée  l'opinion  première  de  M.  Rouy,  et 
à  regarder  ce  Rosier  comme  produit  par  le  croisement  d'un 
Uosa  alpina  inerme  et  de  R.  minuta  Bor.  —  LXX.KIV.  CoL- 
LADONiA  TRiQUETRA  DC,  élégauto  Ombellifèrc  des  environs  de 
Constantinople  et  de  Bulgarie,  la  première  espèce  décrite  du 
genre  Colladonia,  dédié  par  Do  CaudoUe  à  CoIIadon  (1792- 
1862),  monographe  des  Casses,  et  dont  les  espèces  peu  nom- 
breuses appartiennent  toutes  ;■!  la  flore  orientale.  —  LXXX'V. 
Arie.vhsia  crh-hmifolia  L.,  espèce  des  sables  maritimes  du 
Portugal,  que,  dans  une  critique  serrée,  M.  Rouy  {Rull.  soc. 
bot.  Fr.  XXXVII  (189il),  .less.  e.rt.  à  la  Rochelle,  p.  xvi)  a  par- 
faitement diliéronciée  des  formes  maritimes  à' A.  campesiris  L., 
et  à  laquelle  il  identifie  l'.-l.  Gaijana  Besser,  de  Cadiz  (Es- 
|iagne).  —  LXXXVI.  Centaurea  Kernekiana  Janka,  que 
l'ensemble  de  ses  caractères  rattache  au  groupe  de  C.  nervosa 
L.,  dont  elle  est  peut-être  une  espèce  de  remplacement  dans 
cette  flore  des  monts  Rhodopes  si  riche  en  formes  particu- 
lii^res.  —  LXXXVII.  Hieraciu.m  bomisyclnum  Boiss.  et  Rcut., 
belle  espèce  espagnole  [nohilissima  species,  Frics,  Epie.  Hier., 
p.  51),  qui  relie  la  section  Lanifera  Fr.,  dimt  elle  a  le  port, 
l'involucre,  etc.,  à  la  section  Andryaloidea,  dont  elle  a  l'indu- 
mentum,  caractère  que  la  photograpliie  tait  bien  mieux  res- 
sortir que  la  gravure.  —  LXXXVIII.  Crépis  cespitosa  G.  G., 
très  rare  espèce  de  Sardaigne  cl  de  Corse  que  nous  avons 
cherchée  sans  succès  aux  environs  de  Bastia,  lors  de  la  session 
extraordinaire  de  la  Société  botanique  de  France  en  1877.  La 
plante  figurée  par  M.  Rouy  no  me  semble  pas  répendre  exacte- 
ment à  la  description  de  Barkhausia  cespilosa  Moris,  Fl.  sard.. 
Il,  p.  524,  ni  à  la  planche  9!  de  cet  ouvrage,  tant  pour  le  port 
que  pour  la  forme  des  feuilles.  Elle  me  rappelle  plutôt  une 
forme  dift'use  de  Crépis  l.eontodonloides  Ail.  commune  en  Corse. 
Ces  espèces  sont,  du  reste,  suscepiibles  de  très  nombreuses 
variations  comme  le  vulgaire  C.poîj/mo/'p/irt'Wallr.  —  LXXXIX. 
Scorzonera  ANGUSTiFOLiA  L.  Il  Rarissimo  espèce  linnéenne  » 
retrouvée  par  M.  Uouy  en  Espagne,  province  de  Valence,  et 
qui,  malgré  l'assertion  de  Linné  lui-même  l'indiquant  à  Mont- 
pellier: Habitai  in  Hispanise,  Monspelii,  .iustriœ  collibus  sa.ro- 
sis  Sp.  éd.  2.  p.  1113,  n'a  pas  été  trouvée  en  France.  '•  On  a 
pris  pour  cette  espèce  linécnne  les  variétés  à  feuilles  linéaires 
de  toutes  les  autres  espèces.  >-  G.  G.  Fl.  de  Fr  II,  p.  391.  — 
XC.  HvMEN0.iiENA  LACOsicuM  Boiss.  var.  MiNrs  Rony;  forme  à 
lige  courte  et  uniflore  d'une  espèce  voisine  d'il.  Onecum  Boiss. 
(Catananche  Grwca  L.),  mais  plus  étroitement  cantonnée  dans 
les  provinces  de  Messénie  et  de  Laconie.  —  XCI.  Pinguicula 
i.oNoiFOLiA  Ram.,  belle  espèce  de  la  flore  française,  superbe- 
ment représentée  dans  cette  planche  qui,  non  moins  que  la 
diagnose  antérieurement  établie  par  M.  Rony  {Suites  à  la  fl.  de 
Fr.,  1,  p.  144),  servira  à  fixer  l'opinion  des  botanistes  sur  cette 
espèce  controversée.  —  XCll.  Convoi.vulus  valentini/S  Cav. 
«  Plante   des  plus  rares  d'Espagne  »,  retrouvée  en  1883  par 


290 


LE     NATURALISTE 


M.  Rouy  à  ]a  localité  même  de  Cavanilles.  province  d'Alicante, 
près  de  Benilachel,  et  qui  se  classe,  comme  esprce  très  dis- 
tincte, à  coté  de  C.  Canlabrictis  h. —  XCllI.  Celsia  cyllenea 
Boiss.  et  Heldr.  De  même  que  l'espèce  précédente  n'a  jusqu'à 
présent  qu'une  localité  connue  en  Espagne,  celle-ci  n'a  été 
rencontrée  qu'au  mont  Kyllené,  en  Grèce,  où  elle  croit  dans 
les  régions  alpines,  à  1000  pieds,  comme  l'espèce  voisine 
C.  acaulia  Bory  et  Chaub.  croît  à  la  même  altitude  sur  le 
mont  Taygéte.  Les  allinités  de  ces  deux  plantes  rares  et  leurs 
étroites  localisations  rendent  plus  que  probable  la  supposi- 
tion de  Boissier,  FI.  Or.  iv,  p.  S.'iS,  que  ce  sont  deux  races  lo- 
cales différenciées  d'un  même  type  spécifique.  —  XCIV.  Pue- 
up.EA  ScHULTzii  Walp.,  espècc  du  bassin  méditerranéen, 
parasite  principalement  sur  les  grandes  Ombellifêres,  si- 
gnalée d'abord  en  Algérie,  puis  en  Espagne,  et  dont  F.  Schultz, 
Arch.  de  la  fl.  de  Fr.  et  d'Allem  ,  p.  99,  a  bien  démontré  la 
dill'érenciation  d'avec  /'.  lavandulacca  (Rehb.)  F.  Schultz.  — 
XCV.  KocHiA  SAXicOLA  Guss.  i<  Considérée  comme  une  des 
espèces  les  plus  rares  d'Europe  »  (E.  Levier),  et  dont  il  n'a 
été  trouvé  jusqu'ici  que  deu.x  pieds,  l'un  dans  les  rocailles  de 
l'ile  d'Ischia,  l'autre  sur  les  rochers  abruptes  de  l'ile  de  Capri 
(Nyman,  Consp.  fl.  europ.  Siippl.,  p.  268).  —  XCVI.  Fritilla- 
RiA  RH0D00ANAKIS  Orph.  dédiée  au  botaniste  grec  Rhodoca- 
naki,  également  localisé  dans  une  seule  station  de  l'île  d'Hydra 
(Grèce),  et  qui  me  parait  devoir  être  considéré  comme  une 
race  locale  de  F.  Grseca  Boiss.  et  Spr.  —  XC  Vil.  Iris  sintenisii 
Janka,  voisin  d'/.  r/raminea  L.,  et  remplaçant  en  Grèce  ce  der- 
nier Iris  qui  y  est  fort  rare  et  ne  s'y  trouverait  d'après  Bois- 
sier, Fl.  Or.  V,  p.  128,  comme  espèce  endémique,  que  dans 
l'île  de  Céphalonie.  — XCVIU.  Potamogeton  subfi.avus  Loret 
et  Barr.,  forme  locale  française  de  f .  .'^iciiiiis  Tin.,  qui  se 
rattache  lui-même  en  sous-espèce  méridionale  à  l'espèce  pri- 
maire P.  coloralus  Hornem.  (Cf.  Nyman,  Consp.  fl.  europ., 
p.  682  et  Suppl.,  p.  28';  Richter,  PI.  europ.,  i,  p.  12).  — 
XCIX.  HiEROcHLOA  PAUciFLORA  R.  Br.,  petite  Graminée  des 
gazons  arctiques  des  deux  continents,  Amérique  boréale,  Si- 
bérie, Nouvelle-Zemble,  etc.  —  C.  Scolopendrium  lobatum 
Rouy,  dont  l'exemplaire  unique,  reproduit  en  agrandissement 
dans  cette  planche  et  récolté  à  Aviutes  près  Porto  (Portugal), 
est  considéré  par  M.  Rouy  comme  un  hybride  probable  du 
Scolopendrium  vulgare  X  Asplenium  marinum,  d'autant  plus 
intéressant  que  les  hybrides  sont  fort  rares  et  tout  à  l'ait 
accidentels  chez  les  Fougères. 

M.  Rouy  justifie,  comme  on  le  voit,  le  sous-titre  de  sa  pu- 
blication :  JJiar/noses  des  plantes  rares  ou  rarissimes  de  la 
flore  européenne,  assurant  ainsi  la  reconnaissance  de  plantes 
réparties  en  très  petit  nombre,  parfois  en  exemplaire  unique, 
dans  les  herbiers,  en  ]iremièrc  ligne  dans  le  sien,  et  qui  se- 
raient fatalement  vouées  à  la  destruction  dans  un  temps  plus 
ou  moins  éloigné. 

Dl-    X.     GiLLOT. 


BIBLIOGRAPHIE 


ZOOLOGIE 

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Callidina  venusta.  —  C.  pusilla.  —  C.  cornigera... 
Sleptianops  tenellus. 

Proc.  Zool.  Soc.  of  London,  1897,  p.  793-799. 

Baker   (F.    C.).   Critical  Notes  on  the  Muricidje. 

Trans.  Acad.  Se.  of  Saint-Louis  (M.  J.),  'Vil,  n»  10, 
1S97,  p.  371-391. 

Bock  (Max  von').  Ueberdie  Knospung  von  Chaîtogas- 
ter  Diaphanus.  Gruith.Pl.  Vl-VUI. 
Jenaisch-Zeitsclir.,  44,  1897,  p.  103-182. 

Bonjour  (S).  Lépidoptères  de  la  Loire-Inférieure 
(suite). 

ISuU.  Soc.  S.  N.  de  l'Ouest,  1897,  p.  177-263. 

Collinge  [W.  E.).  Descript.  of  two  New  Species  of 
the  Genus  Parmenion.  PI.  XLIV. 

Parmenion  Everetli.  —  P.  intermedium. 

Proc.  Zool.  Soc.  London.,  1897,  p.  778-781. 

Cordeaux  [W.  W.].  Notes  on  Ibidorhynchus  strut- 
hersii. 

r/ie  Ibis,  1897,  p.  .■;63-.';64. 

Dominique  J.  Notes  ortho;rtérologiques. 

(1)  Développement  des  ailes  dans   le  genre  Nemobius. 

(2)  Parthénogenèse  et  parasitisme  chez  le  Bacillus  gal- 
licus. 

Bull.  Soc.  S.  \.  de  l'Ouest,  1899,  p.  265-271. 

Dubois  (A.'.  Remarques  sur  certains  oiseaux  sup- 
posés nouveaux. 

Tiya  borneonensis.  —  Melanerpes?  —  Mesopicus  po- 
liocephalus.  —  Vinar/o  Salvadorii. 

Proc.  Zool.  Soc.  of  London,  1897,  p.  782-784. 

Elliot  (E.  A.  S.).  Notes  on  the  godwits  (Limosa). 
The  Ibis,  1897,  p.  564-574. 

Elliot  (Gr.).  List  of  Mommals  from  Somali-Land  ob- 
tained  by  the  Muscum's  East  Al'rican  expédition  and 
Remarks  upon  two  species  of  Deer  of  the  genus  Cer- 
vus  from  the  Phillippine  Archipelago.  PI.  X\'I-XXXIX. 

Field  Columbian  Muséum  (Zool.),  1,  1897,  p.  109- 
158. 

Elwes  (H.  J.)  et  Ed-wards  (J.).  a  revision  of  the 
oriental  Hesperide;i'.  Fl.  XVlll-XXlI.  66  espèces  nou- 
velles figurées. 

Transact,  zool.  Soc.  of  London.,  XI'V,  Part.  IX,  1897, 
p.  lOt-323. 

Grienshaw  (Peroy-Holl).  SomeUype-specimens  of 
Lepidoptera  et  Coleoptera  in  the  Edinburgh  Museunfi 
of  Science  and  Art. 

Proc.  R.  Soc.  Edinburgh.,  XXI,  1896-97,  p.  326-327. 

Hornung  {V.).  'Wcitero  Beitrago  zur  Kenntniss  des 
Lebcns  Blindschleiche  (Anguis  fragilis)  in  der  Gefan- 
genschaft. 

Der  Zoolog.  Garlen.,  1897,  p.  306-312. 

Kœnlke  (F.).  Zur  Kenntniss  der  Gattung  Hydrachora 
(0.  F.  MuUer)  Dug 

H.  distincta.  —  //.  aspralilis.  —  H.  levigata.  —  H. 
regulifera.  —  H.  exlorris.  —  H.  Piersigi. 

Zoolog.  Anzeiger.,  octobre  1897,  p.  39't-398. 

Mead    (A.    D.).    The  Early    Development    of   Marine 
annelids.  PI.  X-XIX. 
Journ.  of  MorphoL,  XIII,  1897,  p.  227-326. 

Meer'warth  (H.).  Simi;e  american8e.'(Nach.  H.  Schle- 
gel.  Les  Singes,  Leiden,  1876),  à  suivre. 
Der.  Zoolog.  Garlen.,  1897,  p.  294-305. 

Montgomery  (T.  H.).  Studies  of  the  Eléments  of  the 
central    Nervous    System  of  the    Heteronemertini.  PI. 
XXIV-XXVI. 
Journ.  ofMorp/iol.,  XIII,  1897,  p.  381-444. 

Moore  (J.  Peroy).  On  the  structure  of  Discodrilid 
Nephredium.  PI.  XX-XXIU. 

Journ.  of  MorphoL,  XIII,  p.  327-.380. 

Mtiller-Desterro  (Fr.).  Die  Mischlinge  von  Ruellia 
l'orniosa  und  silvaccola. 
Jenaisch.  Zeitschr.,  44,  1897,  p.  153-155. 


LE  NATURALISTE,  REVUE  ILLUSTRÉE   DES  SCIENCES  NATURKLLES 


TABLE   DES   MATIERES 

DU   ONZIÈME  VOLUME    DE  LA   DEUXIÈME    SÉRIE 

1897 


MaiiimHV-i-es,   Oiseaux,   Rt-p»il«;s,    I»<»issoiis 

CÉXKRAI.ITKS 

Animaux    mylliuloiiiques.    légendaires,     histnriques,    illustres, 
célèbres,    etc.,   Santini  de'  Riols.         1o-I9-30-6!)-80-121-128-1.j9- 

166-197-252 

Description   de  deux  espèces  nouvelles  de  Singes  de  la  collec- 
tion du  Muséum  de  Paris,   D''  Trouessart. 

Klevage  de  l'Autruche,  Forest. 

Influencede  la  tailledans  l'appréciation  desdistances,  D'Bougon. 

La  Bécasse  franco-russe,   D'  Vallanlin. 

La  puissance  dynamique  des  mâchoires.  P.  Jacob. 

La  symphonie  du  prinlemps,  Magaud  d'Aubusson. 

L'élevage  de  l' Autruche  en  Algérie.  Forest. 

L'élevage  de  l'Autruche  en  Russie  d'Europe,  Forest. 

Les  causes  des  bruits  du  cunir,  1)'  Bougon. 

Les  nids  de  nos  Oiseaux,  Magaud  d'Aubusson. 

Les  Oiseaux  au  point  de  vue  industriel,   Forest. 

Les  Oiseaux  de  passage,  Magaud  d'Aubusson. 

Les  races  de  l'Inde  (fig.).  Léveillé. 

Note  sur  l'appareil  vocal  des  Oiseaux,  Cretté  de  Palluel 

Oiseaux  acridophages,  Forest. 

Promenade   à   la   foire    .Saint-Romain    de   Rouen,  phénomènes 

vivants  et  types  curieux  (iig.),  P.  Noél.  245-260 

Recherches  sur  les  capsules  surrénales,  thèse  de  Petit.  61 

Répertoire   étymologique    des    noms   français    et  des    dénomi- 
nations vulgaires  des  Oiseaux,  A.  Oranger.         2T-39-52-62-75-111-1.5S 

Sur  un  Poussin  monstrueux  du  genre  Déradelphc  (iig.),  H.  Ga 


It 
2'i2 
144 
274 
98 
176 


222 

212 

201-215 

97 

152 
55-133-142 


deau  de  Kerville. 

137 

Un  nid  de  Loriot,  M.  Plaideau. 

131 

PUINCII'.ILES    ESPÈCES 

DKCurrKs  ou  citées 

Cercocebus  agilis  (n.  sp.  i.              9 

Gallinacés. 

56 

Corbeau.                                         19 

Grillon. 

19  J 

Corvida?.                                        55 

Hippopotame. 

232 

Dauphin.                                          81) 

-Macacus  Harmandi 

(n.  sp.) 

10 

Eléphant.                                       121 

Paradisiers. 

56 

Arthropodes,    Mollusques,    Rayonnes,    etc. 

GÉXÉUALITÉS 

Aberration  de  Zygœna  trifolii  (fig.).  22 

Descriptions  de  Coléoptères  nouveaux   (lig.l,  Pic,   Planet,  Boi- 

leau  23-49-124-134-142-156-170-179-182-191-205-226-247-262- 

265-275-287 
r.   Description  de  Mollusques  nouveaux,  .Jousseauuie,    C.-F 
"        cey. 

Dissections  :   Arthropodes  (fig.)'  Gruvel. 

Dissections  :  Crustacés    iïg.),  Gruvel. 

Dissections  :  Escargot  (fig.),  Gruvel. 

Dissections  :  Mollusques  (fig.',  Gruvel. 

Dissections  :  >;epia  ollicinalis  (fig.),  Gruvel, 


Au- 

178-222-250 
140 
123 
199 
192 
217 


Essai    monographique    des   Coléoptères   des   genres  Lucane  et 

Pseudolucanc,  Louis  Planet.  82-99-106-171 

Gênera    analytique   illu^etré    des  Coléoptères   de    France  (fig.l, 

Houlbert.  11-23-63-93-50 

La  Chrysis  enflammée,  P-  Jacob.  190 

La  transformation    des    Bernard-l'Ermite    en    Lithodes    (fig.>, 

E.-L.  Bouvier.  i' 

Le  Bombyx  du  mûrier,  Léon  Flameng.  67 

Le  Phylloxéra  de  la  vigne,  Léon  Flameng.  156 

Les  Ecrevisses.  Paul  Jacob.  103 

Les  Fourmis,  Léon  Flameng.  110 

Le  Stilbum  Buquesti.  1^1 


Les  premiers  états  de  la  Tortrix  grotiaua,  P.  Chrétien. 
L'Eumenes  pomiforinis  et   ses  victimes. 

Mœurs  et  métamorphoses  de  l'Anthodinus  amictus,  Xambeu. 
Notice  sur  le  Parnassius  Nordmanni  et  sur  sa  variété,  Austaut. 
Notice   sur  quelques  Cossides  nouveaux  de  la  Perse,   AuStaut. 
Note   pour   servir  à  l'étude  de  la  Mouche  des  Orchidées  (Iig.), 

Decaux. 
Note  sur  Cantharis  vcsicatoria,  Decaux. 
Points  de  contact  des   Insectes  avec    les    autres   Artliropodes, 

Acloque. 
Sur  un  cas  tératologique  observé  sur  un  grand  Prionien  (fig.), 

L.  Planet. 
Une  larve  de  Pseudonévroptère  du  Chili  ayant  l'apparence  d'un 

Crustacé,  Lataste. 
■Variétés  de  l'Abraxas  grossulariata  (fig). 

PRINCIPALES    ESPÈCES    DECRITES    OU    CITÉES 


258 

35 

104 

169 

44 

233 
26 

132 

287 

44 

54 


.Emœops    daghestanica    (n. 

sp.). 
Anlhicus  albifasciatus. 

—  antennatus. 

—  distinctus   (n.    sp.). 

—  nitidiceps  (n.  sp.). 

—  3  i'asciatus  (n.  sp.). 
striatopunctatus  (n. 

.sp.). 

—  dilaticeps  (n.   sp.). 

—  Mardini  (n.  sp.). 

—  flavopictus  (n.  sp.). 

—  mutatus  (n.  sp.). 
Cantharis  vesicatoria. 
Cantharolethrus  Azambrei(n. 

sp.)   (fig.). 
t'hrysomelides.^ 
Clytanthus     Caucasiens     (n. 
sp.). 
—  Faldermanni  (n. 

sp.). 
Clytus  brunnescens  (n.  sp.). 
Colydiens. 

Cossus  Iranicus  (n.  sp.). 
Cyclophorus    Vesconesi 

sp.)   (fig.). 
Crabe  (fig.). 
Cucujides. 
Diabolica  diabolica. 
Dryptus  Flori  (n.  sp.). 
Ecrevissc. 

Eurigeniomorphus  rugosus. 
Eurytrachelus  rama  (n.  sp.). 
Formicomus  Bangi,  v.latior. 

—  bispilil'asciatus 

(n.  sp.). 

—  bituberculatus. 

—  tuberculifer  (n. 
sp.). 


Fourmi. 
Holcocerus 


persicus. 

marmoratus. 

strigatus. 


262 
49 
49 
14-i 
1.=.7 
137 

157 
157 
170 
170 
170 
26 

275 
11 

262 

262 

262 

94 

44 

250 
127 

93 
263 
265 
123 

25 
191 

49 

134 
25 

134 
1.59-166 
43 
45 


(n. 


Hydrophile  (fig.).  140 

Isosoma  orchidœarum.  223 
LeptachaLumapproximans(n. 

sp.).  222 

Lucanus  capreolus.  83 

—  maxillaris.  S'i 

—  tauricus.  83 

—  orientalis.  83 

—  Tctraodon.  83 

—  BoileaviHig,).       205-227 

—  Groulti  (fig.).  227 

—  turcicus  (fig.).  84 

—  orientalis.  171 

—  iljericus.  171 

—  turcicus  (fig.).  99 

—  Oberthuri    (n.    sp.) 

(fig.).  179 

—  Poujadei     (n.    sp.) 

(fig.).  267 

—  Fairmairci   (n.  sp.) 

(fig.).  265 
Macrati-ia     nigripennis     l,n. 

sp.).  182 

—  major  (n.  sp.).  182 

—  crassipes  (n.  sp.).  182 
Metopodontus  Planeti  (fig.)-  287 
Musaria  Kurdistana  (n.  sp.).  262 
Mylilus  edulis.  192 
Odontolabis  Leuthneri  (fig.).  247 
Pagures.  41 
Parnassius  Nordmanni.  169 
Prosopistoma  punctit'rons.  44 
Pseudolucanus  mazama.  82 
Sphegestis    brunnescens    (n. 

sp.).  26Î 

Torii'is  grotiana.  258 

Trogosiudes.  93 

Xixuthrus  Bufo.  287 

Zeuzera  Speyeri  (n.  sp.).  45 

Zygœna  Irifolii  (fig.).  22 

Zygia  elongata  (n.  sp.).  124 

—     viridipennis  (n.  sp.).  124 


Botanique 

GÉNÉRALITÉS 

Culture  et  fabrication  de  la  Chicorée  à  café.  P.  Jacob. 

Etymologies  botaniques,  D^  Bougon. 

Herbier  et  bibliothèque  de  James  Lloyd. 

La  Grassette,  Hariot. 

La  Greffe  et  ses  applications,  Daniel. 


131-153 

213 

37 

223 

102 


292 


LE    NATURALISTE 


La  Dionée  (fig-).  Hariot.  189 

La  Pcllotine.  22 

Le  Drosci-a  (fig.).  Hariot.  173 

Le  Palmier  nain  en  Portugal,  Malinvaud.  246 

L'Erodium  battandieranum,  espèce  algérienne  nouvelle,  Rouy.  15 

Les  Bois  de  construction  et  les  Bois  utiles,  P.  Jacob.  170 

Les  Bosquets  de  Saint-Paul,  D'  Bougon,  205 

Les  Graminées  dans  l'orneraentation,  P.  Hariot.  11 

Les  Nympheacées  (fig.),  Hariot.  263 
Les  Plantes  dans   l'antiquité,    légendes,   poésie,    histoire,  etc., 

Santini  de  Riols.  :;3-10G-li5-178-194-206-228-276-283 

Les  Utriculaires  (lig.),  Hariot.  105 

Les  Sarracenia,  P.  Hariot.  60 

L'exposition  des  Champignons,  Hariot.  249 

Note  sur  le  Diplotasis  erucoidcs.  265 
Sur  l'Arbre   ahicain  qui  donne  le  beurre  de  Galam  ou  de  Ka- 

rité  (lig.),  D'  Heckel. 


PRINCIPALES    ESPECES    DECRITES    OU    CITEES 


Aubépine.  194 

Butvrospcrmum  Parkii(fig.).  161 

Chou.                                     "  228 

Dionœa  (lig-j-  189 


Diplotasis  erucoides. 
Drosera  (fig.). 
Nénuphars  (fig.). 
Pinguicula  vuîgaris. 


Géologie 

GÉNÉRALITÉS 

Conditions  de  la  vie  végétale  à  la  surface  de  la  lune,I)''Bougon. 

Contribution  nouvelle  à  l'étude  des  Dendrites  de  manganèse 
(fig.),  Stanislas  Meunier. 

Crevasses  de  ravinement  sur  la  lèvre  d'une  vallée  sèche  de  la 
craie   (fig.),  Boursault. 

Cristallisation  spontanée  du  Gypse   (fig.),  St   Meunier. 

Crochons  expérimentaux  ifig.).    St.  Meunier. 

Kxpéricnccs  sur  les  Roches  asphaltiques  (fig.).  St.  Meunier. 

Histoire  géographique  des  Mammifères,  Glangeaud. 

La  capture  des  Glaciers  l.fig-),  St.  Meunier. 

La  forêt  de  Caruelle   et  la  Pierre  turquaise  (fig.).  Boursault. 

L'âge  du  Renne,  P.  Girod. 

La  Photosphère,  D^  Bougon. 

La  question  des  Sources,  D""  Bougon. 

La  préhistoire  dans  le  Pas-de-Calais,  Pouticz. 

Les  anciens  Glaciers,  D''  Girod. 

Les  Marnes  intragypseuscs  dans  les  quartiers  nord  de  Paris 
(fig.),  H.  Boursault. 

Les  Mines  de  bitume  de  Seysscl-Pyrimont  fig.),  Stanislas 
Meunier. 

Les  Protoceras  (fig.),  Glaugeaud. 

Les  taches  du  Soleil,  D'  Bougon. 

Les  Ti'ilobites  (fig.),  Glangeaud. 

L'Homme  interglaciaire  (fig.),  D''  Girod. 

Minéraux  nouveaux,  Gaubert. 

Note  sur  les  Bogheads  combustibles  anciens  et  les  Bactéria- 
cécs  qu'ils  contiennent  (fig.),  Renault. 

Observation  complémentaire  sur  le  Spongelioinorplia  Saporlai 
(fig.),  Stani.slas  Meunier. 

Sur  la  Minéralogie  des  cadavres,  Lacroix. 

Sur  le  terrain  à  cailloux  striés  des  Préalpes  vaudoises  ifig.), 
Stanislas  Meunier. 

Sur  quelques  phénomènes  intéressants  dus  à  l'action  bacté- 
rienne (fig.),   Renault. 

Un  dernier  mot  sur  la  Météorite  de  Madrid,  Stanislas  Meu- 
nier. 

PRINCIPALES     ESPÈCES    DECRITES    00    CITÉES 

66 


161-180 


26» 
173 
263 
223 


97 

281 

101 
165 
185 
118 
138 
149 
2S0 
174 


92 
29 


221 


17 

269 

48 

77 

-113 

73 

69 

-274 

Arthropitus  lineala  (fig.). 
Cladiscothallus       Keppcni 

(fig.)-  211 

Gonnardile  ^n.  sp.).  274 

Gypse  (fig.).  165 

Hapaloxylon  Rochei  (fig.).  65 

Hymcnophagus.  65 

Hypoparia    lig.).  113 

MacropneuslosPrevosti(flg.).  221 

Micrococcus.  65 

—         petrolei  (fig.).  209 

Opisthoparia.  113 

Pearcoite.  09 

Divers 

Augmentation  de  la  durée  de  la  vie,  D''  Bougon. 
Conservation  des  pommes  de  terre  malades,  D'  Bougon. 
Déboisement  et  décadence,  D'  Regnault. 

De  l'importance  des  Sciences  naturelles  dans  l'histoire   F.  Re- 
gnault. 
Diminution  de  la  chaleur  dans  nos  pays,  D'  Bougon. 


Phokidomyia  ludcnsis  (fig.). 

Pila  bibractensis  (fig.). 

Proparia. 

Protoceras  celer  (fig.). 

Rathite. 

Reinschia  australis  (fig.). 

Rœblingite  (n.  sp.). 

Schuizenite. 

Silex. 

Spongcliomorpha      Saportai 

(fig-)- 
Thylax  britannicus  (fig.). 
Triarthrus  Beckii  (fig.). 


209 

257 
128 

84 

Ga 

7 

221 

209 

114 

269 

69 

210 

274 

69 

73 

257 
210 

77 


248 

282 

90 

272 
187 


La  combustion  des  corps  dans  les  incendies,  B. 

La  distance  des  étoiles,  D^  Bougon. 

La  légende   de  Romulus    expliquée   par    l'Histoire    naturelle, 

Regnault. 
La  matière  vue  par  un   homme  tout  petit,  D'  Bougon. 
La  richesse  faunique  de  la  Normandie,  H.  Gadeau  de  Kerville. 
Le  Gyroscope,  D''  Bougon. 

Le  monde  microscopique  des  eaux,  D^  Bougon. 
Le  1"  janvier   1896    en    Amérique,    anniversaire    d'une    pluie 

étrange,  Paul  Jacob. 
Les  pluies  étranges,  Paul  Jacob. 
L'esprit  des  bétes,  F.  Regnault. 
Les  rayons  X  et  la  lumière  noire  (fig.),  Santini. 
Les  Sciences  naturelles  aux  Salons. 
Les  Sciences  naturelles  aux  Salons  de  1897. 
Mes  rêves,  D''  Bougon. 
Moyens  de  conserver  le  gibier,  P.  Jacoli. 
Notes   sur  l'hiver  de  1894-1895  dans  le  département  des  Cùtes- 

du-Nord,  Cretté  de  Palluel. 
Nouvelle  division  des  êtres  organisés  des  trois  règnes,  D''  Jous- 

seaume. 
Pourquoi  l'année  1900  ne  sera  pas  bissextile?  D''  Bougon. 
Effet  de  l.i  température  .sur  les  Lépidoptères. 
Inauguration  du  Jardin  botanique  du  Mont  Saint-Bernard. 

Civres    noiiveaii:K 

Catalogue  des  Mammifères,  D''  Trouessart. 
Flore  de  France,  tome  IV,  Rouy. 

Histoire  naturelle  de  la  France  :  Minéralogie,  P.  Gaubert. 
Histoire  naturelle  des  êtres  vivants,  E.  Aubcrt. 
lUustrationes  plantarum  Europte  rariorum,  par  Rouy. 
La  culture  des  mers  en  Europe,  G.  Roche. 
Le  beurre  et  les  fromages,  D.  Allaud. 

Les  parasites  animaux  de  la  peau  humaine,  Dubrcuilh  et  Beille. 
Minéralogie  de  la  France  et  de  ses  colonies,  Lacroix. 
Précis  d'anatomie  et  de  dissection. 
Publication  d'une  faune  de  Roumanie. 
Traité  de  Zoologie,  E.  Perrier. 

Recherches  sur  l'appareil   circulatoire   des    Aranéides,   .Marcel 
Causard. 

Académie  des  Sciences 
Acariens  des  vins. 
Accouplement  d'Acariens. 
Anatomie  des  Spirorbis. 
Appareil  buccal  des  Hyménoptères. 
Appareil  digestif  des  Orthoiitères. 
Appareil  masticateur  des  Mollusques. 
Appareil  sternal  des  Vertébrés. 
Autotomie  des  Annélides. 
Autotomie  d'Orthoptères. 
Campagne  aux  Açores. 
Circulation  chez  les  Annélides. 
Coquille  embryonnaire  des  Lamellibranches. 
Courant  respiratoire  chez  les  Crustacés. 
Dentition  des  ancêtres  des  Tapirs. 
Détermination  du  sexe  chez  le  Chanvre. 
Développement  des  Phrynés. 
Encéphale  des  Poissons. 
Faune  des  étangs  de  la  Corse. 
Formation  du  tissu  assimilateur. 
Gravures  préhistoriques. 
Innucellées  et  Santalinées. 
Maladies   de  la  Vigne. 
Mammifères  fossiles  de  l'Algérie. 
Membres  des  Batraciens  et  des  Sauriens. 
Nouvelle  classification  des  Phanérogames. 
Organes  des  sens  des  Crustacés. 
Origine  de  l'asphalte. 
Préparation  des  rotateurs. 
Refroidissement  du  globe. 
Remplacement  de  la  racine  principale. 
Rouget,  trombidion. 
Sesamis  nuisibles  au  Maïs. 
Signification  morphologique  des  os  en  V. 
Système  lymphatique. 

Système  nerveux   embryonnaire  des  Crustacés. 
Système  nerveux  des  Orthoptères. 
Théorie  évolutionniste. 
Venin  des  Serpents. 

Le  Gérant  :  Paul  GKOULT. 

PARIS.    —   IMPRIMERIE   F.    LEVÉ,     RUE   CASSETTE,    17. 


lE  du  n"  «se  du   1"  «lAIVVlER   1S97-  t 

-.y     II  nniii    ■'''^'"''  ^  ■■"""' -"^    —   Le  {"janvier  1896    en   Améi-ique,  Anni- 
versaire d'une  pliiie  étrange.  Paul  Jacob.  —  Un  dernier  mot  sur   la    Météorite    de 

Madrid.  Stanislas  Mkunikr.  —  La  question  des  sources.  D^  Bouc_:on. Description 

de  deux  espèces  nouvelles  do  singes  de  la  collection  du  Muséum  dé    Pari.s.    D''  E 
Trouf.ssart.   —  OCfrcs    et   demandes.    —    Gênera  analytique   illustré    des    Coléo- 
ptères de  France.  Constant  Houlbert.  — L'Erodium  Battandierianuni  Houv,  espèce 
algérienne  nouvelle.  G.  Rouy.  —  Animaux  mythologiques, légendaires,  historiques 
illustres,    célèbres,   curieux    par  leurs  traits    d'intelligence,  de  reconnaissance,  etc' 
E.  Santim  mk   Rioi.'i. 


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